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Injustice – Année zéro

Que s’est-il passé l’année précédant les évènements d’Injustice (la série de comics, cf. index) ? C’est ce que révèle ce volume Année zéro. Rien d’extraordinaire malheureusement… Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
« Tout aurait pu être différent s’ils avaient été parmi nous. » Un an avant que Superman ne devienne le dictateur le plus haï de la planète, une Ligue de la Justice encore unie célébrait les héros qui les avaient précédés : la Société de Justice. À leur contact, Batman, Superman et les membres de la Ligue de Justice moderne apprirent comment ces aînés parvinrent secrètement à défaire le tyran nazi durant la seconde guerre mondiale. Mais cette ambiance fraternelle est vite gâchée par les derniers agissements du Joker. Le criminel aurait trouvé le moyen de contrôler mentalement ses adversaires, et s’apprêterait à saboter la Ligue et la Société de Justice de l’intérieur…

Inutile de détailler le début de l’histoire, le résumé officiel de l’éditeur suffit.

[Critique]
Injustice – Année zéro aurait pu être ce prologue palpitant, pièce manquante d’un puzzle narratif et vidéoludique géant mais il n’en est rien, bien au contraire. Des connexions avec la grande saga Injustice, cette Année zéro ne conserve que d’éparses moments, souvent anecdotiques ou prévisibles (Harley Quinn qui réclame un sous-marin, Lois qui apprend qu’elle est enceinte, etc.). L’histoire aurait pu se situer dans un elseworld quelconque ou même dans la chronologie habituelle que cela n’aurait pas changé grand chose.

En effet, le cœur du récit nous ramène… à Hitler (oui oui). Un mystérieux artefact (découvert bien plus tôt) par Hawkgirl et Hawkman permet à quiconque le possède d’obtenir un pouvoir de persuasion mental très puissant. Passé de main en main jusqu’aux nazis, on retrouve sa trace « de nos jours » via un prisonnier de Blackgate, André, échangeant les coordonnées du lieu où a été enfoui ledit objet (par la Société de Justice des années auparavant) contre son évasion. C’est bien sûr le Joker qui se charge d’aider le détenu et, forcément, récupérer l’amulette magique peu après.

Un macguffin puis des confrontations plus ou moins épiques rendant grâce à la Société de Justice (en gros, les premiers super-héros de l’ère DC), globalement absents d’Injustice (en comics – et l’on comprend donc pourquoi ici), nourrissent la fiction. C’est plus agréable à lire que Ground Zero mais ce n’est pas non plus très palpitant, faute à ce scénario (pourtant signé Tom Taylor) semi original, semi déceptif. Effectivement, on s’attendait légitimement à une aventure montrant les destins croisés de tous les héros qui interviendront dans Injustice : les prémices d’une Wonder Woman radicale (comme ce fut le cas de l’annual qui lui était consacré, cf. Injustice 2 – Intégrale 2) et bien entendu quelques sauts d’humeur de Superman… Il n’en est rien ; difficile de savoir si c’est « mieux » comme cela (à minima cela reste cohérent).

Si beaucoup de protagonistes de l’écurie DC Comics gravitent dans Année zéro (avec quelques beaux moments pour certains d’entre eux, les plus « âgés » notamment), il manque cette consistance qui faisait le sel d’Injustice : un rythme endiablé, des retournements de situation, de l’émotion, de l’humour utilisé avec parcimonie, une touche d’humanité qui sonnait très « juste », etc. On repart sur quelque chose d’à la fois convenu et à la fois improbable mais aussi « facile » (le Joker équipé d’un pouvoir magique).

C’est tristement efficace (dans sa narration) sans provoquer d’émerveillement ou d’étincelles qualitatives qui tireraient l’œuvre vers le haut. Point fort et point faible, le récit est auto-suffisant, il peut se lire sans connaître le reste d’Injustice (et donc s’en démarque faute de liens pertinents). Comme toujours avec Taylor et dans cette saga, Harley Quinn est plutôt soigné, ses amoureux devraient donc jeter un œil et apprécier.

Graphiquement, Rogê Antônio et Cian Tormey se relayent avec deux styles à peu près homogènes et plutôt agréables, colorisés par Aine Beredo. Cela fait du bien d’avoir peu de dessinateurs, encreurs et coloristes différents dans un segment d’Injustice ! Le travail est tout à fait correct, à l’image du scénario, ce n’est pas forcément exceptionnel mais ce n’est pas désagréable pour autant. Comme les autres séries Injustice, cette dernière a d’abord été publiée numériquement et en moitié de planches.

À l’instar de Ground Zero, Année zéro est complètement dispensable et n’apporte pas grand chose à la chouette saga que constituait Injustice, à défaut d’avoir ses conclusions de jeux vidéo en comics purs et durs, il y a donc ce prologue bancal et inégal qui vient ajouter une petite touche de complémentaire d’utilisation de tout le bestiaire DC. Ne reste que Injustice vs. Les maîtres de l’univers pour avoir LA dernière fiction corrélée à la saga et tout sera bel et bien terminé, sauf si Taylor se plaît à proposer un troisième opus même s’il n’existera(it) pas en jeu vidéo.

Il faut dire qu’Année zéro a été proposer en 2020 soit trois ans après le dernier jeu vidéo, donc pourquoi pas ! Urban annonce d’ailleurs 270.000 exemplaires vendus des comics (en recoupant les chiffres, nous aurions apparemment 200.000 pour la première série Injustice – incluant probablement les nombreuses éditions diverses de la première année – et 500.000 pour le jeu vidéo (en France uniquement)), preuve qu’il existe toujours un engouement pour l’univers. Ce n’est pas pour rien que les intégrales sont sorties également.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 04juin 2021.
Contient : Injustice Year Zero #1-14
Nombre de pages : 176

Scénario : Tom Taylor
Dessin & encrage : Rogê Antônio et Cian Tormey
Couleur : Aine Beredo

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Calix Ltd, Île Maurice

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