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Batman Infinite – Tome 3 : État de terreur (2ème partie)

La séduisante proposition graphique du tome précédent compensait quelques faiblesses narratives. En est-il de même pour cette suite et fin d’État de terreur ? Oui et non. Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Tandis que Poison Ivy développe un réseau de plantes dans les souterrains, Gotham City est rongée par la terreur. Dernier rempart contre ce système de peur permanente promu par Simon Saint, Batman et Miracle Molly poursuivent leur combat. De son côté, l’Épouvantail couve de sombres projets pour traumatiser encore davantage les Gothamiens…

[Début de l’histoire]
Pas besoin de détailler davantage, le résumé de l’éditeur et la critique ci-dessous suffisent.

[Critique]
À l’instar du volume précédent, une critique par ordre chronologique semble plus pertinent du fait de son éclatement entre les épisodes (sept au total), provenant de différentes séries (deux régulières et deux récits complets). Le premier chapitre, Batman #115 nous ramène dans la série mère initiale, toujours écrite pas James Tynion IV, dessinée et encrée par Bengal et Jorge Jimenez avec une fois de plus Tomeu Morey à la colorisation.

On avance un peu plus ans un récit qui « stagnait » un peu avec Batman et Miracle Molly d’un côté, l’Épouvantail et Sean/Peacekeeper-01 d’un autre, le tout avec Saint qui veut la tête d’Ivy ! Simple mais efficace, sans trop d’éclat (l’action est rapide) et graphiquement Jimenez intervient peu, laissant à Bengal la majorité des planches, pour un résultat graphique un peu plus convenu, malheureusement… L’époque du No Man’s Land est mentionnée, inscrivant – s’il le fallait – cette ère Infinite dans la mythologie « officielle » du Chevalier Noir.

Place ensuite à Nightwing #85, qui remet en avant Dick et Barbara, alias Batgirl. Tom Taylor est toujours à l’écriture (très bon auteur prolifique : DCEASED, Injustice, Suicide Squad Rénégat et, bien sûr, Nightwing Rebirth/Infinite), sublimée par Robbi Rodriguez à l’encrage et au dessin, avec Adriano Lucas – pour un résultat incroyable, graphiquement élégant et au style singulier, une vraie merveille !

Augure est le nom de la femme qui a pris possession du réseau de l’Oracle pour diffuser de fausses informations. Pour en venir à bout, il faudra davantage d’une destruction physique de matériel informatique. De quoi ouvrir une parenthèse sur le passé du binôme (avec une autre patte artistique – tout aussi réussie) et montrer quelques séquences d’action plus originales que celle de Batman. Si le récit tente une fausse surprise « choquante » (désamorcée en quatre planches mais de toute façon on n’y croyait pas), il ne commet pas d’impairs et conjugue tout ce qu’il faut pour être passionnant, aussi bien dans les aventures de Batgirl que de Nighwting, que l’évolution des deux héros et dans l’entièreté de la fresque narrative de l’œuvre globale.

On enchaîne avec le Batman #116 où Jimenez opère cette fois seul aux dessins (tant mieux). L’action bat son plein avec plusieurs confrontations dont le retour de Ghost-Maker (qui opère toujours comme un deux ex machina…) en allié de Poison Ivy, une situation inattendue à propos de l’Épouvantail, un affrontement très brutal entre Batman et Peacekeeper-01, etc. Des séquences plutôt explosives donc qui font avancer aussi bien l’histoire (vers une conclusion abrupte ?) que de sceller le sort des protagonistes.

Heureusement, le style si atypique de Jimenez couplé à la colorisation sans faille de Morey continuent d’émerveiller tout l’univers de Tynion mis en place depuis le premier Joker War. Entre les planches de la série Batman avec ce trio artistique et celles de Nightwing, c’est un régal pour les rétines ! On avait justement quitté Nightwing avant cet épisode, on le retrouve juste après – gommant déjà le problème de rythme du premier volet d’État de peur qui jonglait entre trop de récits plus ou moins indépendants qui cassaient l’immersion narrative – ce n’est donc pas le cas ici, arrivé à la moitié du livre.

Nightwing (#86) reprend pile là où il s’était arrêté, avec Dick, Barbara et Tim. D’emblée une mention au back-up de Batman #116 est prononcée mais ce segment n’est pas inclut dans la BD, dommage… Nighwing, Batgirl, Red Robin, Orphan et Spoiler vont affronter Augure, ses robots et Simon Saint. Une conclusion assez convenue et expéditive mais qui reste correcte. En revanche, la série se vautre encore dans une fausse tragédie (on nous fait croire aux morts de certaines personnes – on n’y croit absolument pas – et c’est vite rétabli), dommage…

Reste la proposition graphique, toujours séduisante et le capital sympathie de Dick couplé à Barbara, le duo fonctionne très bien et est super attachant. La fin de l’épisode ouvre également sur une nouvelle antagoniste à suivre.

Dernier chapitre de Batman (#117), permettant de maintenir le rythme impeccable instauré d’entrée de jeu dans le comic. Le fameux « État de terreur » prend fin, entre exécutions un brin rapides et quelques évènements inattendus, avec une certaine pointe de poésie… Une première conclusion mi-figue mi-raisin (la seconde, la « véritable », est à découvrir en toute fin d’ouvrage, dans Fear State Omega #1.), pour une histoire qui s’était trop attardée dans le premier volet puis s’est soudainement accélérée dans le second, avec parfois une impression de survol.

Si l’arc avec Ivy semble précipité, il trouvera une explication plus poussée juste après dans le chapitre Batman Secret Files – The Gardener #1 ; à ce stade, pour expliquer la métamorphose d’Ivy, il faut se tourner vers Tout le monde aime Ivy, le sixième tome de Batman Rebirth (!), et vers la série Catwoman dans… Batman Bimestriel #14 – tous deux cités par l’éditeur au détour d’un dialogue avec Harley Quinn. Un peu rapide pour tout saisir. Du côté de Batman et ses alliés, on retient un Chevalier Noir fougueux, moins désespéré qu’à une époque, interagissant astucieusement avec Molly, entre autres. La conclusion de l’ensemble est donc à découvrir après la critique des deux derniers épisodes qui complètent évidemment cette petite fresque chapeautée par James Tynion IV.

Le chapitre Batman Secret Files – The Gardener #1 est sobrement nommé Interlude dans l’édition française – avant l’ultime épisode. Nouveau style graphique, intégralement signé Christian Ward (dessin, encrage, couleur) qui dénote avec ce qui était montré jusqu’à présent tout en restant très soigné. Le découpage y est hors-norme, jouant entre les cases et les mises en scène des planches afin de constituer une lecture parfois labyrinthique ou décloisonnée (rappelant modestement Batman Imposter par exemple, avec la patte unique d’Andrea Sorrentino). Les palettes chromatiques, forcément majoritairement émeraudes, épousent à merveille les traits de l’artiste; mêlant végétation luxuriante et instants intimes feutrées.

On y découvre plus en détail le Dr Bella Garten, aperçue brièvement dans les volets précédents – introduite comme l’ex petite amie d’Ivy alors que cela n’avait jamais été mentionné auparavant. Un procédé scénaristique un peu facile donc, à la manière de Ghost-Maker, considéré comme un élément implanté dans l’univers de Batman depuis longtemps alors qu’on le découvre seulement aujourd’hui. Ce système d’écriture est appelé retcon pour retroactive continuity, soit la continuité rétroactive, cela consiste à placer un nouvel élément narratif en l’implémentant a posteriori dans un texte/une œuvre, tout en faisant croire (à grands renforts de flash-backs montrant des scènes d’un autre point de vue) qu’il y est disséminé depuis longtemps, c’est-à-dire « défaire la continuité rétroactivement » pour constituer une nouvelle chronologie – Star Wars en est adepte.

L’occasion de mentionner Jason Woodrue, responsable de la transformation de Pamela Isley en Poison Ivy, un personnage déjà évoqué dans Batman Arkham – Poison Ivy. Étonnamment, cet interlude vient complémenter efficacement cet autre comic centré sur l’Empoisonneuse puisque sa relation avec Woodrue était à peine montrée dedans. Le chapitre débouche sur la création d’une « germe contenant le meilleur de Pamela » (utilisée dans l’épisode d’avant). C’est surtout l’évolution de Pam/Ivy qui est intéressante ici, sublimée par les jolies planches de Ward. Du reste, on s’étonne que ce segment n’ait pas été proposé plus tôt (en ouverture de ce troisième tome de Batman Infinite ou dans le deuxième, qui faisait la part belle à plein de récits annexes).

Enfin, Fear State Omega #1 vient fermer le titre – simplement renommé Conclusion dans l’album. Après Fear State Alpha #1 (dans l’opus précédent), cet Omega apporte une conclusion plus développée de toute cette ère étatique de peur. Écrit par James Tynion IV à nouveau mais dessiné par cinq artistes (!) – on en parle plus loin –, l’ultime épisode permet d’achever aussi bien les deux volumes État de terreur que les trois de Batman Infinite puisque le premier (Lâches par essence) y était aussi connecté. On peut même inclure les trois tomes de Joker War, formant ainsi un run en six volets en attendant la suite…

Il manque à cet état de peur, une dimension plus civile, à hauteur d’homme, comme l’on pouvait la suivre dans Joker War. Néanmoins cette conclusion permet à Batman de « respirer » et, surtout, de s’exprimer, lucide sur son utilité (de plus en plus restreinte) à Gotham et l’avenir de la ville avec ou sans lui. Une approche bienvenue après des épisodes plus ou moins bavards mais qui allaient à l’essentiel. Fear State Omega s’attarde aussi sur quelques têtes connues (Bao/Clown Hunter, Ghost-Maker, Peacekeeper-01…) ou en évoque d’autres le temps d’une ou deux cases (le Batman de Futur State, le collectif Unsanity, Amanda Waller, Catwoman…).

Ce balayage des protagonistes (hors Batman et Crane, les deux mis en avant ici), permet de terminer un long récit qui a offert de belles perspectives graphiques (son point fort), des situations excitantes (les manipulations multiples), de nouveaux personnages plutôt travaillés (Molly, Sean…) et de jolies parenthèses (le duo Nightwing/Batgirl). Malheureusement, le rythme un brin décousu entre les multiples séries et récits complets perd parfois un peu le lecteur, sans s’attarder suffisamment sur ce qui aurait été plus judicieux voire mérité (le parcours d’Ivy, Quinn quasiment absente, Saint expédié aussi, etc.). Une histoire qui, in fine, repart un peu à zéro et ouvre, une fois de plus, un nouveau segment narratif qui pourrait être audacieux et inédit (à suivre dans le tome 4 de Batman Infinite, prévu le 23 septembre, écrit et dessiné par une nouvelle équipe – Joshua Williamson et Jorge Molina au scénario, Mikel Janin au dessin – sur quatre chapitres seulement).

Mais, comme toujours, c’est après quelques années qu’on se rendra compte si le récit est resté intemporel et fortement ancré dans la mythologie du Chevalier Noir. Dans l’immédiat, sans être un gros coup de cœur ni une déception ou un loupé, ces tomes 2 et 3 de Batman Infinite sont à savourer visuellement. À ce stade, on retrouve les mêmes critiques que les runs d’auteur précédents, Grant Morrison, Scott Snyder, Tom King et désormais James Tynion IV : chacun y livre un sentier parfois original, parfois convenu, souvent inégal mais proposant de belles choses, graphiquement et scénaristiquement. Chaque artiste a déjà marqué la mythologie de Batman, certains de façon clivante (Snyder), d’autres plus acclamés par un lectorat spécialiste (Morrison) ou néophyte (King). Une chose est sûre : les titres courts ou les récits complets marquent davantage l’Histoire, grâce à un accès plus aisé et un investissement économique (et de temps) moins élevé.

En synthèse, si vous avez aimé la fiction depuis Joker War, aucune raison de ne pas aller jusqu’à État de terreur. Si vous avez trouvé ça « sympa sans plus », inutile de poursuivre. Si vous accordez autant d’intérêt aux graphismes qu’au scénario alors vous serez séduits, sans aucun doute !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 17 juin 2022.

Contient : Batman #115-117, Nightwing #85-86, Batman Secret Files – The Gardener #1 et Fear State Omega #1.

Scénario : James Tynion IV + Tom Taylor
Dessin & Encrage : Jorge Jimenez + Robbi Rodriguez  + Christian Ward (+ collectif)
Couleurs : Tomeu Morey + Adriano Lucas + Christian Ward (+ collectif)

Traduction & Introduction : Jérôme Wicky & Thomas Davier
Lettrage : Makma (Sabine Maddin, Michaël Boschat et Gaël Legeard)

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Ci-dessous les six couvertures variantes de la série Batman qui constituaient un grande fresque une fois rassemblée.

Opération estivale 2022 – Le meilleur de Batman (à 4,90€)

C’est désormais une tradition : chaque été l’éditeur Urban Comics propose une opération commerciale (*) très alléchante pour un nouveau lectorat avec dix titres à 4,90€. Entamée en 2020, poursuivi l’an dernier, cette troisième vague est entièrement dédiée à Batman ! Les titres proposés sont d’excellentes factures et c’est (presque) un sans faute pour débuter les bandes dessinées sur l’homme chauve-souris avec cette sélection, en vente à partir du 8 juin 2022. Six volumes – voire huit – sont particulièrement accessibles et idéaux si on ne connaît pas Batman en comics. Une page sur les collections à petits prix est désormais en ligne sur ce site.

Au programme :

  • Tome 1 : Batman – The Dark Knight Returns : F. Miller (contient The Dark Knight Returns # 1-4 + The absolute Dark Knight)
  • Tome 2 : Batman – Année Un : F. Miller et D. Mazzuchelli (contient Batman #404-407 + Batman and the monster men #1-6)
  • Tome 3 : Batman – Arkham Asylum : G. Morrison et D. MC Kean (contient Batman Arkham Asylum TPB)
  • Tome 4 : Batman – Aventures : T.Templeton, D. Slott et R. Burchett (contient Batman Adventures #1-7)
  • Tome 5 : Batman – Le fils de Batman : G. Morrison et A. Kubert (contient Batman #655-658, 664-666)
  • Tome 6 : Batman – Le Cœur de Silence : P. Dini et D. Nguyen (contient Detective Comics #846-852 + Batman #685)
  • Tome 7 : Batman – Terre-Un : G. Johns et G. Frank (contient Batman Earth One Vol.1)
  • Tome 8 : Batman – Sombre Reflet : S. Snyder et Jock (contient Detective comics #871-881)
  • Tome 9 : Batman – Année Zéro : S. Snyder, J. Tynion IV, Capullo, Albuquerque et Clarke (contient Batman #21-27 + Batman #29-33)
  • Tome 10 : Batman – Curse of The White Knight : S. Murphy (contient Batman Curse of the White Knight #1-8 + White Knight : Von Freeze)

The Dark Knight Returns n’est probablement pas le meilleur titre pour commencer Batman mais il reste culte et incontournable. À posséder donc mais à lire plutôt après avoir découvert d’autres récits (de cette sélection) sur le justicier. Œuvre phare de Frank Miller (qu’il écrit et dessine) publiée en 1986, TDKR a révolutionné aussi bien un pan des comics (dans la foulée de Watchmen) que la mythologie de Batman (voir critique sur le site), ouvrant également un univers façonné par Miller aux suites inégales, cf. notre index récapitulatif.

Année Un est sans aucun doute LE récit fondateur de l’ère moderne de Batman. On y retrouve Frank Miller (à l’écriture seulement), un an après son TDKR (1987 donc) pour une histoire courte (quatre chapitres) narrant le parcours croisé de Bruce Wayne et James Gordon, tous deux débarquant à Gotham City et, bien sûr, les premiers pas de Batman dans un univers « réaliste », poisseux et austère. Indispensable (critique) !

Arkham Asylum est un récit atypique, torturé, proche du « roman graphique ». Là aussi il fait partie de la courte liste des comics Batman incontournables. Il n’a toujours pas été chroniqué sur ce site (la honte – ce sera bientôt réparé) mais c’est évidemment à lire et relire.

Batman – Aventures est tout simplement une série de comics inspirée par la série d’animation de Bruce Timm et Paul Dini, aussi bien graphiquement que scénaristiquement. C’est donc à destination « des enfants » en priorité mais passe aisément pour un ado/adulte bien entendu. À noter que cette série a été publiée dans la collection Urban Kids, donc un format plus petit que les standards de comics, assez épais et souple. Elle compte quatre tomes puis diverses extensions : Batman – Les nouvelles aventures (2 tomes), Batman & Robin – Aventures (3 tomes), Gotham Girls (1 tome), Les adaptations animées (1 tome qui reprend les deux films d’animation, l’excellent Batman contre le Fantôme Masqué et Batman & Mr Freeze : Sub-Zero) et enfin Batman Gotham Aventures (5 volumes pour l’instant, série toujours en cours de parution). Aventures est donc un titre qu’on conseille pour un lectorat plus jeune ou par nostalgie pour les amoureux de la série animée (mais, attention, il y a une suite, voire plusieurs, à découvrir dans un autre format).

Le fils de Batman est un récit peut-être moins accessible car il s’intègre dans une immense saga, regroupée chez Urban Comics dans la série Grant Morrison présente Batman (chroniquée partiellement sur ce site en attendant une relecture complète). Néanmoins, l’auteur ouvrait son run justement sur ce segment sur Damian Wayne (le fils de Batman donc). Le titre reste donc abordable mais se déroule lors d’une chronologie assez avancée (trois Robin se sont déjà succédé à ce moment-là) et appelle à une suite dense et importante dans la mythologie de l’homme chauve-souris. Il s’agit tout de même des premiers pas de Damian Wayne, si vous les avez loupés ou ne voulez pas vous engager sur une longue série/collection, c’est le moment.

Le cœur de Silence est, lui aussi, un titre peut-être moins abordable car il remet en avant le personnage de Silence (Hush en VO) issu du célèbre et incontournable comic éponyme. En France, après une édition par Panini Comics en 2009, Urban Comics avait publié ce récit dans le second tome (sur trois) de la série Paul Dini présente Batman en 2015. Le titre n’a pas encore été chroniqué sur ce site mais est globalement apprécié. Silence faisait partie de la sélection 2020 de l’opération similaire, le remettre deux ans à peine plus tard aurait été délicat.

Terre-Un est le premier titre d’une série se déroulant hors de la chronologie dite « classique » du Chevalier Noir. C’est une réinterprétation des origines sous un prisme encore plus « réaliste » qu’Année Un. Le récit est très accessible et de grande qualité (cf. la critique) mais, encore une fois, il y a deux suites à découvrir : sobrement intitulées tome 2 et tome 3. Normalement, la série est terminée en trois tomes mais vu la conclusion du dernier, on peut imaginer un éventuel tome 4 un jour même si cela n’a jamais été évoqué pour l’instant. D’une manière générale, la gamme Terre-Un (Earth One en VO) revisite les premiers pas de plusieurs super-héros et sont recommandés ; en France, on peut lire les deux tomes sur Superman, les deux sur Wonder Woman, les deux sur Green Lantern et les trois sur Batman bien sûr. Deux sur les Teen Titans existent en anglais.

Sombre Reflet est un récit complet, très conseillé également (cf. critique). Dick Grayson endosse la cape du Chevalier Noir et poursuit le fils de James Gordon. C’est l’un des premiers titres qu’Urban Comics a publié à son arrivée sur le marché en 2012, ouvrant ensuite sur le fameux relaunch New52 et la série Batman de Scott Snyder. On retrouve une certaine extension à cette histoire dans Le Batman Qui Rit, qui embarque les mêmes protagonistes et est produit par la même équipe artistique (Snyder et Jock).

Année Zéro, déjà publié sous le titre L’An Zéro, correspond aux tomes 4 et 5 de la série Batman de Snyder et Capullo. Une fois de plus, il s’agit d’origines revisitées et parfaitement accessibles (qui se déroulent de toute façon avant les autres aventures du Chevalier Noir de la même ère). Moins acclamé et plus clivant, ce titre fonctionne tout de même par son alléchante proposition graphique et une intéressante structure narrative en trois actes, corrélés à trois ennemis : Red Hood (futur Joker), le Sphinx et le Dr. La Mort. Clairement inégal, Année Zéro fait le travail tout de même si on n’est pas trop exigeant. Et puis, douze chapitres (normalement étalés sur deux volumes) pour 4,90€, il serait dommage de s’en priver.

Curse of the White Knight est un très bon comic mais il s’agit de la suite directe de White Knight (qui était dans l’opération 2020 – à l’instar de Silence, difficile de le remettre aussi tôt dans cette sélection – même s’il sera en août prochain dans la collection Nomad donc à petit prix également, cf. bas de cette page). Il est donc impératif de connaître le titre initial avant de se plonger dans celui-ci… Si Curse of the White Knight est un poil moins réussi que son prédécesseur (cf. critique), il complète et enrichit brillamment le « MurphyVerse », du nom de son auteur/dessinateur Sean Murphy et s’avère donc indispensable si on a apprécié la première salve (complétée depuis par un brillant récit sur Harley Quinn et en attendant le troisième volet de cette saga, Beyond of the White Knight – fin 2022 ou début 2023 en France, ainsi que sa série dérivée sur Red Hood).

 

En synthèse, si vous n’avez rien sur Batman, vous pouvez prendre les yeux fermés les tomes 1, 2, 3, 7, 8 et 9 et éventuellement les 4 et 5 en fonction de vos affinités (voir leur descriptions). Les 6 et 10 sont clairement des suites (surtout le 10) et seront moins intéressants si vous n’avez pas lu Silence et White Knight (tous deux disponibles dans le même format de l’opération 2020 et le second est également prévu dans la collection Nomad qui sortira fin août, cf. bas de cette page). Pour l’ordre de lecture, vous pouvez commencer par Année Un et ensuite il n’y a pas forcément de chemin parfait. Arkham Asylum semble le plus pertinent puis Année Zéro et Sombre Reflet. Terre-Un est une autre relecture des origines mais n’est complète qu’avec ses deux suites (tomes 2 et 3 de Terre-Un donc). Aventures peut se lire aisément n’importe quand, surtout pour les nostalgiques de la série d’animation de 1992. The Dark Knight Returns peut fermer le bal puisqu’il se déroule dans un futur hypothétique avec un Bruce Wayne âgé.

Bien évidemment, si vous n’êtes pas à deux ou trois tomes près et complétiste pour avoir la fresque aux dos des ouvrages, autant prendre les dix… Un pack à 49€ semble en vente en précommande mais mieux vaut passer par une librairie pour être sûr de les avoir. Les lecteurs habituels feront peut-être l’impasse sur l’ensemble de la collection tant elle propose des titres assez cultes et connus. Ou bien, comme toujours, l’occasion de s’en procurer un ou deux manquants à sa bibliothèque même s’ils feront dépareillés.

(*) À noter que cette sélection était connue depuis plusieurs mois grâce/à cause des listings d’éditeurs indexés automatiquement sur les sites de vente comme amazon ou decitre. Une mise en ligne qui ne peut pas être contrôlée par l’éditeur et qui ne correspond pas forcément au bon timing pour sa communication. Difficile d’en vouloir aux personnes qui relaient ces informations ni à l’éditeur contraint de s’adapter bon gré mal gré. Urban Comics a dévoilé officiellement cette opération fin avril 2022.

L’éditeur Panini Comics est concerné également et propose, lui aussi deux types d’opérations similaires. L’an dernier une sur une dizaine de récits phares Marvel en format comics couvertures dures à 5,99€ puis une en 2022 dédiée à Spider-Man, toujours dans le même format mais à 6,99€. En parallèle, dans les enseignes Carrefour, Panini propose depuis quatre ans des récits Marvel thématiques (les alliances, les antagonistes, etc.) et Star Wars dans une (autre) collection, plus petite et format souple (proche de celle d’Urban) pour 2,99€ (puis 9,90€).

Joker Infinite – Tome 1 : La chasse au clown

Juste après Joker War et en marge de Batman Infinite, Joker Infinite s’intéresse à la traque du célèbre Clown Prince du Crime par James Gordon, commanditée par une mystérieuse personne. Une chasse étonnante qui prolonge également le célèbre… Killing Joke ! Coup de cœur et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Si les trajectoires de Batman et du Joker sont intimement liées, il en va de même pour toutes les victimes collatérales du clown criminel. Parmi celles-ci, Jim Gordon figure parmi les plus sévèrement traumatisés. Depuis les événements qui paralysèrent sa fille Barbara, l’ex-commissaire reste hanté par la barbarie du Joker. Aussi, lorsque la représentante d’une mystérieuse organisation lui propose d’assassiner le Joker, Gordon y voit l’occasion de faire ce que Batman ne se résoudra jamais à faire et de débarrasser une bon fois pour toute le monde de cet avatar du Mal absolu.

[Histoire]
Pas besoin de détailler davantage en lisant le résumé et les trois premiers paragraphes de la critique ci-après.

[Critique]
James Gordon Infinite, tel aurait pu être le titre de cette nouvelle série. Ne pas se fier à son titre ni à sa couverture (un choix audacieux néanmoins), tant ce premier tome met en avant et suit uniquement Gordon. Mais c’est une qualité ! En effet, une bande dessinée avec le Joker en personnage principal est toujours un projet risqué, mieux vaut le laisser vadrouiller en second plan et le faire apparaître aux bons moments plutôt que le placer en continue sur le devant de la scène. C’est donc ce qui se passe dans La chasse au clown, qui poursuit complètement la fin de Joker War, puisque le criminel prenait la fuite, éborgné, sans qu’on sache ce qu’il advienne de lui.

Si la gamme Infinite n’est pas forcément un relaunch (suite au titre DC Infinite Frontier – non chroniqué), elle n’opère aucun changement majeur pour Batman Infinite (déjà suite directe de Joker War) ni ce Joker Infinite (sobrement intitulé en VO The Joker d’ailleurs). Pas besoin donc de pré-requis pour entamer la lecture (connaître Joker War est un plus, éventuellement le premier tome de Batman Infinite, mais rien d’obligatoire) ; il faut en revanche avoir Killing Joke en tête !

Quand on propose à Gordon de tuer une bonne foi pour toute le Joker, l’ancien policier hésite. Sa décision n’est pas arrêtée au cours de la traque qu’il accepte. Si l’on pouvait imaginer une sorte de course poursuite « classique », il n’en est rien ici puisque James Tynion IV fait voyager ses protagonistes un peu partout (dont en France !). Il continue de créer de nouveaux personnages et d’utiliser quelques valeurs sûres (ici Barbara – dont le père lui dévoile qu’il est au courant de sa double identité, de quoi relancer l’intrigue avec un angle novateur).

Le scénariste joue sur l’attentat provoqué par l’Épouvantail et imputé au Joker (cf. Batman Infinité – Tome 1) pour ajouter de nouveaux ennemis au Clown Prince du Crime. Ainsi, trois factions se détachent du lot. La première par le prisme de Cressida, la belle femme qui embauche Gordon – on découvre assez tôt qui est derrière elle et cela renoue avec une mythologie de l’univers de l’homme chauve-souris moyennement exploitée jusqu’ici – on a donc hâte de voir son évolution, passez au paragraphe suivant si vous ne voulez pas savoir. Fin du chapitre deux, nous découvrons que la Cour des Hiboux cherche à se débarrasser du Joker !

Second groupe à la poursuite du Joker : les aficionados de Santa Prisca voulant manger la mort (apparente) de Bane. Ce dernier semble être mort lors du « Jour A » (l’attaque d’Arkham de Crane) et une autre femme mystérieuse endosse son costume et inhale son venin pour décupler ses forces. Si de prime abord, cette « Lady Bane » (comme l’appelle le Joker) est un peu ridicule, elle n’en demeure pas puissante et intéressante (son échange avec Gordon). Enfin, troisième équipe d’individus traquant le célèbre Clown : les Sampson, une famille du Texas dont l’un des membres est également décédé lors du « Jour A ». Famille plutôt dérangée et brutale, on n’est pas loin d’un hommage (ou une copie) à peine déguisée à celle de Massacre à la tronçonneuse (Texas Chainsaw Massacre) – ce qui sera quasiment confirmé dans le tome 2 de Joker Infinite.

Cette multiplication de personnages – parfois clivants – ne fait jamais de l’ombre à Gordon qui évolue « presque » comme dans Batman – Année Un, comprendre avec son journal intime, ses pensées narrées case après case (les fameuses tours Mazzucchelli sont même évoquées, piochant ainsi dans le nom du dessinateur de Year One). Le titre évoque régulièrement les traumatismes survenus dans Killing Joke, quitte à reprendre quelques cases et planches de cette période. Joker Infinite peut même être considéré comme une suite de ce monument (au même titre que le décrié Trois Jokers).

Le pari est risqué et pourtant, le scénariste livre un excellent travail, original, plein de rebondissements, parfois tendre (la relation James/Barbara – parfaite), parfois sanglant (on retrouve un Joker très dangereux) et palpitant ! Il faut dire qu’en plus du handicap de Barbara, le Joker est responsable de la mort de l’autre enfant de Gordon : James Junior [en revanche, impossible de trouver une source sur le sujet, même l’introduction d’Urban Comics ne précise pas dans quel titre cela a lieu – peut-être Le Batman Qui Rit où il était apparu ? Pas encore eu le temps de relire l’ensemble].

L’auteur peut compter sur Guillem March, en très bonne forme et familier de l’univers DC (Catwoman période Renaissance/New52, quelques épisodes de Batman Rebirth, Batman Eternal ou encore Poison Ivy). March jongle habilement entre le fantasque et l’excentricité des meilleurs comics propre au Chevalier Noir (le look du Joker, des scènes d’action, les visions de cauchemar…) – bien aidé par la colorisation d’Arif Prianto – tout en gardant une patte « réaliste », notamment pour l’enquête de Gordon. Le dessinateur cède sa place le temps d’un chapitre flash-back à Francesco Francavilla (écrit par Tynon et Matthew Rosenberg) et son style pulp nappé de pourpre partout. De quoi renouer avec Sombre Reflet (où apparaissait également Gordon Jr.) et conserver une bonne homogénéité graphique entre le présent et le passé (où le style visuelle de Francavilla, aperçu brièvement aussi sur le second tome d’All Star Batman, tranche radicalement avec celui de March).

Entre les rebondissements peu prévisibles, l’intrigue générale palpitante, la grande galerie de personnages, le rythme haletant, l’originalité de l’ensemble et les coups de crayon sublimes, Joker Infinite remporte l’adhésion sur à peu près tous les points d’un excellent début de comic book. Attention à conserver une qualité si élevée par la suite, garder l’équilibre entre les œuvres cultes du passé (Killing Joke, Année Un…) et celles du présent (Joker War, Batman Infinite…) tout en jonglant entre les genres (dramatiques voire tragiques, action, aventure, humour noir…) avec brio ! Sur ce site, c’est un coup de cœur pour ce premier tome, La chasse au clown.

À noter que Punchline n’apparaît pas (ce sera dans le prochain tome) même si elle est brièvement mentionnée (et orne quasiment toutes les couvertures variantes en galerie à la fin). Son histoire était présente dans les back-ups en VO mais étonnamment pas ici, probablement pour être compilé dans un récit complet à l’occasion… À l’instar des tomes de la gamme Infinite, un guide de lecture centré sur le personnage phare de l’œuvre (ici le Joker même si Gordon mérite tout autant sa place).

[À propos]
Publié par Urban Comics le 25 février 2022. Contient : The Joker #1-6

Scénario : James Tynion IV, Matthew Rosenberg
Dessin & encrage : Guillem March, Francesco Francavilla
Couleur : Arif Prianto, Francesco Francavilla

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sabine Maddin et Stephan Boschat)

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