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DCEASED 2

Après un excellent premier tome et deux récits complets sympathiques qui se déroulaient en marge de l’histoire principale (Unkillables et Hope at World’s End), place à la « vraie » suite de DCEASED, intitulée Dead Planet en VO (et sobrement DCEASED 2 en France). Avant d’entrer dans le cœur du sujet, un rappel des évènements est nécessaire.

[Précédemment dans DCEASEDAvant-propos de l’éditeur]
Darkseid a des années durant tenté de percer le secret de l’équation d’Anti-Vie via des attaques régulières contre la Terre et ses héros. Mais récemment, il est parvenu à porter un coup fatal à la Ligue de Justice. Lors d’un combat où le groupe pensait avoir vaincu le despote d’Apokolips, celui-ci a infecté via Cyborg la population humaine avec un virus se répandant dans les entrailles du net. Toute personne connectée succombait alors à une folie démentielle la transformant en une créature proche des zombies, agressive et sans pitié.

Désemparés, les héros de la Ligue ont tenté d’enrayer la machine alors que leurs rangs étaient décimés au fur et à mesure que le virus se déployait. Batman fut le premier à succomber, obligeant Damian Wayne, son fils, à reprendre le flambeau. Puis, ce fut le tour de Metropolis d’être détruite dans une explosion causée par un Captain Atom infecté. Hal Jordan, lui aussi, devint fou et c’est Dinah Lance, Black Canary, qui fut choisie par son anneau pour devenir la nouvelle Green Lantern de la Terre.

Enfin, alors que la résistance s’organisait, Superman et Wonder Woman furent contaminés : Jon Kent, le fils de l’Homme d’Acier, et Cassie Sandsmark, protégée de Diana, endossèrent les rôles de leurs aînés. La Terre semblait condamnée et les rares survivants fuirent dans une arche spatiale protégée par le Corps des Green Lantern arrivé à la rescousse in extremis. Ces réfugiés s’enfuirent vers les étoiles en destination d’une « Terre-2 » à même de les accueillir. Cf. DCEASED.

Sur Terre cependant, il restait des humains, parmi lesquels Red Hood, l’ancien Robin, Ravager, la fille de Deathstroke et Mary Batson, seule rescapée de la famille Shazam, qui se trouvait cachée dans un orphelinat assiégé. Conduits par Red Hood, et sauvés grâce au sacrifice d’anciens super-vilains comme Deathstroke, Lady Shiva ou Solomon Grundy, les enfants trouvèrent refuge dans l’éden créé par Poison Ivy assistée par Harley Quinn. Ils restent néanmoins encore menacés par la présence de certains infectés dont la première Wonder Woman. Cf. DCEASED – Unkillables.

De leur côté, plusieurs héros marginaux comme Booster Gold, Blue Beetle, les Néo-Dieux Mister Miracle et Big Barda et le spécialiste de l’occulte, John Constantine tentèrent, en vain, de changer le cours du temps afin d’empêcher l’épidémie. Mais Constantine fut le seul survivant de l’expédition et rejoignit Zatanna, le Docteur Fate et d’autres mages. Cf. DCEASED – Hope at World’s End.

Cinq ans plus tard, l’heure est venue pour toutes ces factions de faire front commun pour déterminer si l’humanité pourra éliminer à tout jamais ce virus d’Anti-Vie.

[Résumé de l’éditeur]
Le monde est dévasté : les surhommes infectés par l’Anti-Vie de Darkseid ont condamné notre Terre forçant ses héros survivants à migrer vers des cieux plus cléments… du moins le croient-ils. Car à peine arrivés sur cette nouvelle planète les voilà attaqués par des extraterrestres, et rattrapés par une ancienne connaissance elle aussi infectée !

[Début de l’histoire]
Cinq ans après les tristes évènements de DCEASED, les survivants dans l’espace perçoivent un signal de détresse de Cyborg. Ce dernier est vivant et il existerait un remède pour guérir le virus. C’est le début d’un retour au bercail pour Jon Kent (Superman), Damian Wayne (Batman), Cassie Sandsmark (Wonder Woman) et quelques autres. L’occasion de retrouver des têtes familières à différents endroits (dans le havre de paix de Poison Ivy par exemple).

De son côté, John Constantine s’allie avec Swamp Thing afin de contrer une autre menace, le démon Trigon, qui pourrait bien être encore plus dévastateur que le virus…

[Critique]
On reprend à peu près les mêmes ingrédients que la formule gagnante du premier volet et on recommence ! DCEASED 2 fonctionne tout aussi bien que son aînée, passé la surprise et la découverte de cet univers « zombifié » de DC Comics. On y retrouve les mêmes points forts mais aussi les mêmes points faibles… Commençons par ces derniers. Le rythme de la fiction est très rapide, on passe d’une scène à une autre, d’un protagoniste à un autre, d’un lieu à un autre et ainsi de suite sans avoir le temps de « respirer », de profiter un peu d’une accalmie, parfois même de comprendre pourquoi on saute d’un sujet à un autre aussi brusquement.

Si le premier tome était assez accessible pour un nouveau venu chez DC, ici on brasse nettement plus de personnages secondaires parfois moins connus. Le fan y prendra donc plaisir là où le néophyte sera peut-être un peu paumé entre Mister Miracle, Etrigan, Dr Fate, Zatanna… De même, si Superman (Clark Kent) était la figure héroïque la plus mise en avant dans DCEASED, étonnamment ici c’est John Constantine sur qui les projecteurs sont braqués. Son parcours et même « son arc narratif » se mélangent avec le statu quo de la fiction tout en étant paradoxalement un peu déconnecté voire peu utile…

Il aurait été plus judicieux d’utiliser ce précieux temps pour s’attarder sur des héros trop peu exploités ou des figures emblématiques du tome précédent ici réduites à de la figuration ou absentes (Lois, Alfred, Harley Quinn, Poison Ivy…). Une dimension « humaine » moins croquée dans ce volume donc mais avec quelques petites touches agréables ici et là (les retrouvailles entre Damian et Jim, la bénédiction de Jason Todd pour que Damian endosse le costume de Batman, etc.). Clairement, on a plus l’impression de lire une aventure de Justice League Dark dont l’issue semble assez évidente (et précipitée). C’est peut-être le problème de cette suite, qui est un peu moins surprenante tout en restant efficace.

En clair, si l’univers DCEASED vous plaît, aucune raison de faire l’impasse sur cette suite. Si seulement le premier tome vous avait convaincu mais pas les deux courtes séries dérivées, pas sûr que ce second segment vous passionne autant. À date (juillet 2022), il n’y a pas d’autre suites ou spin-off, ce qui permettait d’enrichir a posteriori l’œuvre mère et la consolidait. Ici on aurait aimé exploiter le côté inédit de la situation (au fond… le même repproche que le premier tome) à défaut d’avoir une production « divertissante » (là-dessus, comme toujours, si on est peu exigeant, le voyage sera satisfaisant bien sûr).

Du reste, DCEASED 2 propose une « course contre la monstre » multiple, qui va certes trop vite et survole parfois ses intrigues (l’héritage et le passage de flambeau de la trinité DC notamment) et personnages (Jon et Damian sont assez présents mais Cassie et Black Canary à peine croquées), mais reste haletante et assez originale.

On y retrouve la même équipe artistique que le premier volet, Tom Taylor au scénario (qu’on ne présente plus) et Trevor Hairsine au dessin, de bonne facture, avec des séquences dynamiques et une action plutôt lisible (ces affrontements éclatés contre Plastic Man et tant d’autres, un régal !), au détriment d’un manque de détails sur les visages de temps en temps ou de fonds de cases assez pauvres. Le tout richement coloré par Rain Beredo, offrant donc un tableau graphique franchement agréable (vous serez en terrain connu si vous avez aimé DCEASED premier du nom donc).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 12 novembre 2021.
Contient : DCeased : Dead Planet #1-7

Scénario : Tom Taylor
Dessin : Trevor Hairsine
Encrage : Gigi Baldassini, Stefano Gaudiano, Tom Derenick
Couleur : Rain Beredo

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Cromatik Ltéee, Île Maurice

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DCEASED – Hope at World’s End

Après l’excellent DCEASED, récit original et prenant, on pouvait découvrir une petite extension de cet univers en lisant Unkillables, un segment se déroulant durant les évènements de DCEASED. Rebelote avec Hope at World’s End, nouvelle mini-série prenant également place pendant l’histoire principale de DCEASED. De quoi se préparer à la suite, DCEASED 2, en vente en septembre prochain en France !

[Résumé de l’éditeur]
L’équation anti-vie a infecté plus d’un milliard de personnes sur Terre. De chaque côté de l’échiquier, héros comme vilains, nombreux sont ceux qui lui ont succombé. Immédiatement après la destruction de Metropolis, Superman et Wonder Woman mènent un effort pour endiguer la vague d’infection, préserver et protéger les survivants et essayer d’entrevoir la lumière au bout du tunnel. À l’heure la plus sombre de la Terre, l’humanité fait face à son plus grand défi, ne pas perdre espoir, quand tout semble déjà perdu.

[Histoire]
Au moment où le virus techno-organique a été lâché, circulant sur tous les écrans connectés du monde entier (voir DCEASED), Jimmy Olsen a réussi à lui échapper et comprendre ce qui se tramait. Il tente d’immortaliser les évènements avec son appareil photo, afin de rendre hommage aux héros d’aujourd’hui qui pourraient bien disparaître demain…

Black Adam opte pour une solution radicale dans son pays, le Khandak. Afin de sauver sa population, il décime tous les infectés (ce que n’osent pas faire les autres super-héros) et déconnecte l’intégralité des écrans rapidement. Tristement, la région devient la plus sécuritaire. Superman, Wonder Woman et le Limier Martien veulent s’allier avec Black Adam pour protéger les rescapés.

De son côté, Wally West parcourt sa ville le plus vite possible afin de casser un maximum d’écran pour limiter les dégâts. Aerie et Wink, deux jeunes (et récents) super-héros se réfugient à Jotunheim, immense forteresse du Kurak. Enfin, Damian Wayne doit reprendre le costume de Batman afin d’honorer le symbole de son père…

[Critique]
Si Unkillables était un complément sympathique mais dispensable, Hope at World’s End est davantage important voire essentiel pour (mieux) savourer DCEASED (ce dernier est à lire obligatoirement avant). C’est peut-être même la pièce de puzzle absente au premier album, qui allait beaucoup trop vite et enchaînait les séquences intéressantes mais sans s’attarder sur certains protagonistes.

Ici, on prend le temps de mettre en avant des personnages secondaires (Jimmy Olsen entre autres) ou des super-héros moins connus, comme le trio juvénile composé de Batman/Damian Wayne, Superboy/Jon Kent (fils de Clark et Lois) et Wonder Girl/Cassandra « Cassie » Sandsmark. Ces enfants apportent une légèreté et un humour bienvenus dans la fresque épique et tragique qu’est DCEASED. Un numéro d’équilibriste complexe mais réussi, au sein duquel les délicieuses remarques de Talia al Ghul font mouche, nourrissant le récit d’une dimension drôle et décalée et… parfois touchante.

Les chapitres se suivent avec un excellent rythme (un des points forts de l’entièreté de la saga même si, comme déjà dit, elle devrait parfois lever un peu le pied), permettant de multiplier les points de vue, avec quelques clés de compréhension à des scènes « déjà connues » de DCEASED. Son même scénariste Tom Taylor (déjà architecte d’une autre saga culte : Injustice) s’offre le luxe d’étoffer la continuité de façon rétroactive en plaçant deux nouveaux personnages, Aerie et Wink qui ne manqueront pas de diviser les lecteurs pour diverses raisons [1] — qu’il a lui-même créé dans son excellente série en deux tomes Suicide Squad Rénégats.

Aerie et Wink souffrent justement d’une certaine introduction, débarquant de nulle part comme si l’on était familier du duo, par ailleurs particulièrement attachant. Si l’on sait à l’avance comment se termine la série (elle s’achève avant le sixième chapitre de DCEASED), elle parvient quand même à surprendre, que ce soit dans la narration (évolutions, retournements de situation…) ou bien dans sa proposition singulière de temps à autre (un focus le temps de plusieurs planches sur… des animaux, héroïques ou non !).

Pour résumer la chronologie de DCEASED, Urban propose une fresque très sommaire à la fin du livre ; avec pour le premier DCEASED trois points : « Départ de l’épidémie » puis « Mort de Superman » et enfin « L’humanité s’enfuit vers Terre 2 ». Entre les deux premiers points se déroulent UnkillablesPoison Ivy et les vilains créent un refuge à Gotham ») et Hope at World’s End La Justice League organise aussi la résistance ! ») puis cela converge vers DCEASED 2, attendu pour septembre 2021. Notons juste que la couverture de Hope… proposant Swamp Thing en mort-vivant ne reflète pas du tout le comic-book car la créature du marais n’y apparaît pas. Ce magnifique dessin de Francesco Mattina fait partie d’une galerie de portraits pour des couvertures alternatives issue des quatre titres gravitant autour de DCEASED, incluant sa suite, Dead Planet (simplement renommé DCEASED 2 chez nous). Urban Comics les utilise d’ailleurs pour ses versions françaises des séries.

Dans cette troisième aventure de cet univers alternatif, on (re)ferme les yeux sur l’improbabilité du fameux virus, équation de « l’anti-vie », qui transforme tout le monde en zombie. Inutile de s’attarder sur cette bizarrerie rocambolesque, si l’on replonge dans DCEASED, c’est qu’on a accepté cet état de fait. Hope at World’s End apparaît alors comme un enrichissement quasiment indispensable au premier comic-book ! Les dessins et l’encrage sont assurés par une myriade d’artistes : Marco Failla et Renato Guedes (les deux principaux — leurs noms apparaissent d’ailleurs sur la couverture) mais aussi Dustin Nguyen, Camine Di Giandomenico, Karl Mostert, Daniele Di Nicuolo et Jon Sommariva. Les couleurs sont le travail d’une seule personne : Rex Lokus, permettant à minima une homogénéité sur l’aspect chromatique. La série alterne divers styles, sans qu’aucun ne soit réellement déplaisant, l’ensemble forme une production somme toute assez « mainstream », avec son lot d’action, violence et beauté graphique de temps à autre, le tout vivement coloré. Bref, les fans DCEASED vous pouvez vous ruer sur Hope at World’s End !

[1] Aerie est non-binaire, c’est quelqu’un qui ne se retrouve pas dans la « norme binaire » de la société, c’est-à-dire qui ne se sent ni homme ni femme mais soit entre les deux, soit aucun des deux (cf. définition sur Wikipédia). Pour les qualifier en France, le pronom « iel » a été crée (contraction de il et elle donc — correspondant à l’équivalent they en anglais). Urban Comics a décidé de l’utiliser dans la bande dessinée (et ce dès la description des personnages en ouverture du livre) ainsi que l’écriture inclusive pour les participes passés et adjectifs (« Tu es épuisée »).

Une approche éditoriale à saluer mais qui risque d’être clivante chez le lectorat entre les conservateurs de la langue Française ou d’une manière générale et les progressistes (ou se qualifiant comme tel). Le plus ironique étant que le traducteur de DCEASED – Hope at World’s End est le même que celui qui s’était permis un encart « humoristique » sur l’écriture inclusive (avec une traduction factuellement incorrecte, dénaturant les propos du personnage (Batgirl) et des auteurs derrière) à propos d’un autre titre, déclenchant une polémique disproportionnée et sans réponse de l’intéressé ou de l’éditeur…

[A propos]
Publié chez Urban Comics le 9 avril 2021.
Contient DCEASED : Hope at world’s end #1-15

Scénario : Tom Taylor
Dessin et encrage : Collectif (voir article)
Couleur : Rex Lokus

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Cromatik Ltée, Île Maurice

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DCEASED – Unkillables

Après l’excellent one-shot DCEASED, l’histoire se poursuit dans cet Unkillables, spin-off qui met en avant le point de vue des antagonistes durant la propagation virus qui rendait cannibale le monde entier. Plus qu’une série dérivée, ces « increvables » sont clairement une suite, presque un tome « 1.5 » avant le second, confirmé et dont les premiers chapitres devraient être publiés durant le second semestre 2020. Critique et explications.

[Histoire]
Durant les premiers jours de l’épidémie du virus d’Anti-vie, Red Hood (Jason Todd) part à la recherche (avec le chien Ace) des derniers membres de la Bat-Famille encore en vie à Gotham City : Gordon et Batgirl (Cassandra Cain). Alfred et Robin (Damian) étant à Metropolis.

Slade Wilson, alias Deathstroke rejoint sa fille Rose, alias Ravager. Le pouvoir auto-guérisseur de Deathstroke permet à ce dernier de ne pas se transformer en zombie. Le maître des miroirs (McCulloch) leur propose une alliance initiée par l’immortel Vandal Savage. Tous se retrouvent sur une île isolée. D’autres vilains survivants sont déjà sur place : Solomon Grundy, Creeper, Cheetah, Captain Cold, Lady Shiva (mère de Cassandra), Bane et Deadshot.

Combien de temps vont-ils tenir ?

[Critique]
En trois chapitres et environ 125 pages de bande dessinée, Unkillables propose une extension haletante et réussie de sa mini-série mère. Comme dit en introduction, on trouve ici bien plus qu’une série dérivée puisque après un premier épisode qui se déroule en parallèle de DCEASED, le second s’étend au-delà de la fin de DCEASED et propose donc une suite au titre initial. Une « autre suite » a depuis était confirmé : DCEASED 2 – Dead Planet (le premier chapitre est prévu pour juin 2020). Tom Taylor poursuit ici son univers alternatif séduisant en écrivant l’entièreté de l’ensemble.

L’intérêt d’Unkillables est double : retrouver ce côté « zombifié » de DC Comics et se concentrer sur des personnages secondaires (le tout avec une nouvelle approche graphique comme on le verra plus loin). Après les écrans, la menace se fait ici à travers les miroirs et fenêtres (difficile d’expliquer pourquoi sans divulgâcher) et de la Wonder Woman zombifiée, surpuissante (qui permet de voir ce qu’elle devient après la fin du volet précédent donc). On apprend aussi ce qu’il était advenu de Billy Batson (Shazam), tôt dans le récit d’une façon énigmatique avant d’être confirmé plus tard, peaufinant ainsi rétroactivement DCEASED.

Suivre les antagonistes est réjouissant car tout ce petit monde se retrouve bien vite coincé dans un orphelinat à Blüdhaven avec des enfants « innocents ». Seul Gordon garde une certaine autorité morale et paternelle, accompagné de… Slade Wilson ! On trouve un duo atypique et étonnant avec ces pères de famille âgés et endeuillés (James a perdu Barbara et Slade ses fils).

Quelques moments géniaux (drôles et décalés) parsèment le récit brillamment rythmé, comme Jason qui attache le cadavre du Joker sur la Batmobile pour le plaisir, l’arrivée de Wonder Woman zombie dans le repaire de Savage, Bane qui suggère à Gordon de l’arrêter (pour le mettre en prison), les cours de survie aux enfants (et leur délicieuse insolence) par des profs criminels, un running gag entre Cheetah et une gamine, les blagues plus ou moins inspirées des protagonistes et l’utilisation de Solomon Grundy, qui est déjà mort-vivant de toute façon.

Pour chipoter, on peut s’étonner que Bane soit associé au sous-titre « le muscle » alors qu’on aurait dû avoir « le muscle ET le cerveau ».

Graphiquement, Karl Mostert et son style particulier apportent une variante bienvenue, loin des dessins un peu plus « mainstream » de DCEASED. Proche de la patte de Franck Quitely (L’Autre Terre) et surtout de Juan Jose Ryp (le tome 7 de Batman & Robin entre autres), les traits de Mostert, en particulier les visages, peuvent ne pas convenir à tout le monde. Petits yeux, lèvres accentuées, grimaces parfois involontaires, on navigue entre des têtes à la limite de la caricature et des figurines de collection plus ou moins loupées.

Cela confère un aspect comique sans qu’on sache si c’est souhaité ou non. C’est le seul point noir de l’ouvrage car du reste, corps, costumes, décors, véhicules, scènes d’action… tout est très net, parfaitement lisible et enveloppé d’une colorisation peu criarde, presque aux tons pastel, habilement dosée en terme d’intensité en fonction des scènes — dont certaines particulièrement gores et violentes. Jouissif !

A l’instar « du tome précédent », tant celui-ci apparaît comme une suite donc, l’ensemble est un peu court et mériterait d’être (une fois de plus) enrichit longuement. L’impression de voir un épisode d’une série télé type The Walking Dead ou jouer à un jeu vidéo du même genre. En cela, Unkillables fonctionne parfaitement, son prix attractif (15,50€) permet de ne pas bouder son plaisir.

Par ailleurs, le titre réussit à surprendre, entre autres par un retournement de situation inattendu et bien fichu pour conclure l’histoire. Comme pour DCEASED, des couvertures alternatives ferment l’ouvrage, dont deux inspirées par des films (Ça, chapitre 2 et Full Metal Jacket). Aucun doute que le lecteur qui avait aimé DCEASED ne doit pas faire l’impasse sur Unkillables (à lire en deuxième, évidemment) !

[A propos]
Publié chez Urban Comics le 10 juillet 2020.

Scénario : Tom Taylor
Dessin : Karl Mostert
Encrage :
Couleur :
Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Cromatik Ltée – Ile Maurice

Acheter sur amazon.fr : DCEASED – Unkillables