Shazam ! (2019)

 

[Histoire]
Billy Batson a 14 ans et écume les foyers pour enfants abandonnés. Il essaie de retrouver sa mère biologique par tous les moyens. L’adolescent fait les quatre cent coups et nargue la police dès qu’il en a l’occasion. Il atterrit chez sa nouvelle famille d’accueil qui a déjà quatre autres enfants à charge dont Freddy, admirateur de super-héros comme Superman et Batman.

Billy rencontre le vieux sorcier mystérieux Shazam qui lui lègue ses pouvoirs. En prononçant son nom, le jeune homme devient un adulte surpuissant et invulnérable ! S’amusant de ses nouveaux pouvoirs, Billy va découvrir les responsabilités que ceux-ci impliquent et contrer une puissante menace : le Dr. Sivana, qui désire lui aussi récupérer la force de Shazam.

[Critique]
Shazam !
est clairement une comédie d’action (orientée familiale mais échoue sur cet aspect — on en reparle plus loin). Le film est relativement moyen dans l’ensemble, tant sur le fond que sur la forme. Parmi les réussites, il y a évidemment l’humour constant qui fait mouche — le ton bon enfant rappelant les aventures en bandes dessinées bien sûr. Hélas, les meilleurs gags et répliques sont dans toutes les vidéos promotionnelles… Il faut quand même saluer le jeu du duo Zachari Levi (Fandral dans les films Thor et, bien sûr, Chuck dans la série éponyme) et le jeune Jack Dylan Grazer (vu dans Ça) qui campent respectivement Shazam (Billy Batson adulte) et Freddy, son illustre compagnon. Le binôme fonctionne très bien. Si bien que lorsque Billy Batson redevient adolescent, non seulement son interprète (Asher Angel) est vite effacé, mais en plus on n’a pas l’impression qu’il s’agit du même personnage. Dommage.

Côté scénario, le lecteur du one-shot Shazam ! écrit par Geoff Johns (et publié dans trois éditions différentes, dont la sublime noir et blanc qu’on conseille *), ne seront guère surpris. À l’exception de Black Adam absent (remplacé par Sivana, joué par l’impeccable Mark Strong mais qui n’apporte rien d’original dans le traitement scénaristique d’un méchant, pire encore : impossible de réellement comprendre ses motivations) et d’un tigre devenu une peluche en fête foraine, l’histoire du film suit les mêmes lignes que celle du comic-book (Batson jeune est moins insupportable que sa version papier modernisée cela dit). Difficile de savoir si un non connaisseur de l’œuvre sera étonné en suivant les aventures de Shazam, tant l’ensemble est relativement convenu et prévisible.

Le long-métrage de 2h12 jouit d’un bon rythme, pas le temps de s’ennuyer entre les bastons et les punchlines (ce qui rappelle les films du MCU, voir en fin de critique). Malheureusement, il manque cruellement une « signature artistique » qui offrirait un aspect singulier à Shazam !. C’est d’autant plus surprenant que l’univers DC au cinéma entamé avec Man of Steel semblait très pointilleux sur ce sujet. Même les mésestimés opus suivants (Batman v Superman, Suicide Squad, Justice League…) offraient une certaine « patte visuelle » chère à celle débutée par Zack Snyder. On la retrouvait plus ou moins dans Wonder Woman également voire dans Aquaman, premier métrage du DCEU à entamer un virage plus comique mais plutôt réussi. Dans Shazam !, la photographie est inexistante, les plans n’ont rien d’original, la musique ne se retient pas, la mise en scène est quelconque, les effets spéciaux sont corrects sans plus, bref rien qui ne peut clairement marquer les esprits (ni le septième art, ni l’univers DC au cinéma). Un certain « manque d’ambition » dont faisait plus ou moins brillamment écho Le Point lors de la sortie du film.

Pourtant, la réalisation de David F. Sandberg, habitué du genre horrifique (Dans le noir, Annabelle 2 : La Création du mal) est un paradoxe ambulant. Shazam ! propose un spectacle familial humoristique d’action d’assez bonne facture (si on est peu exigeant avec le genre) tout en incrustant sept monstres assez effrayants pour les plus jeunes (les fameux « sept pêchés capitaux ») et des passages particulièrement violents (Sivana qui tue à tout va et balance des corps vivants du haut d’un immeuble !). De la même manière, le récit s’attarde bien sûr sur les nouveaux pouvoirs (et responsabilités) de Shazam mais l’encombrent d’un fil rouge secondaire plutôt raté et inutile, surtout peut-être « dur » pour des enfants… À côté, des gags visuels, sonores ou écrits s’énchainent, lorgnant sur le meilleur et le pire, avec des inspirations bancales (le vieux sorcier Shazam est totalement ridicule et pas crédible).

En plus de cela, les « blagues méta » et allusions à l’univers DC fusent ! Avec le paradoxe annoncé plus haut : Batman et Superman sont évoqués tout le temps, dans des dialogues ou via des jouets, des objets, des souvenirs… Les tee-shirts et sacs des adolescents montrent les logos d’Aquaman ou de Wonder Woman (étrangement la seule justicière un peu en retrait avec Flash) et bien sûr ceux de l’homme chauve-souris et du kryptonien. Ce dernier fera même une « apparition spéciale » qui en dit long sur l’avenir du super-héros dans la saga de DC (voir l’article complémentaire tout à la fin de cette page). Shazam ! se déroule sans conteste dans le même univers que les autres films mais la production en fait des caisses (ou ne laisse pas le champ libre au metteur en scène) pour ne pas cloisonner ce long-métrage, alors que c’était le seul qui pouvait se targuer de l’être. Malgré tout, la notion de connexion est au mieux maladroite, au pire mal assumée. Dans les deux cas il en résulte une étrangeté et un film qui tranche avec le reste du DCEU.

En synthèse, Shazam ! se regarde une fois pour rigoler un peu (l’esprit léger, le côté bienveillant et l’humour bon enfant des comics est présent) mais est loin de révolutionner le genre. Il n’en a pas la prétention de toute façon mais impossible de ne pas trouver cela dommage vu les possibilités offertes (nouveau super-héros peu connu du grand public, démarcation du reste du DCEU jouable, nouvelle mythologie et ennemi(s) à instaurer, etc.). Difficile de ne pas aussi comparer aux traditionnels films du MCU et de leur « formule gagnante » que Shazam ! semble complètement copier cette fois (Aquaman s’en rapprochait déjà avec le succès qu’on lui connaît). Il y a fort à parier, hélas, que cette nouvelle direction cinématographique pour adapter les œuvres de DC Comics soit de plus en plus présente. Va-t-on se retrouver avec du divertissement convenu et aseptisé ? Sympathique mais pas flamboyant non plus ? On ne l’espère pas…

* Urban Comics profite (à raison) de la sortie du film pour proposer plusieurs comics sur Shazam, auparavant nommé Captain Marvel. On retient évidemment le one-shot de Geoff Johns et Gary Franck (en couleur ou en version limitée et agrandie en noir et blanc) mais aussi l’anthologie dans les conseils lecture.

 

 

Où en est le DCEU / The Worlds of DC ?

L’univers partagé de DC Comics continue de faire couler beaucoup d’encre virtuelle et réelle. Shazam ! apporte une certaine information pertinente mais tout aussi frustrante sur son statut actuel. Attention, les propos suivants révèlent une partie du film ainsi que celui en tournage sur Birds of Prey.

L’homme d’acier est évoqué à de multiples reprises dans Shazam !. Freddy évoque à deux écoliers qui le briment qu’il connaît Shazam en personne et que celui-ci viendra déjeuner avec lui. L’un de ses agresseurs lui rétorque « et pourquoi pas Superman pour le dessert pendant qu’on y est ?! ». À partir de là, nul doute que le kryptonien apparaîtra… ce qui se produit à la fin. Au moment dudit déjeuner, forcément, quand Shazam débarque avec Superman. Le costume est bien celui des précédents films du DCEU mais… le plan « coupe » le haut du personnage qui s’arrête donc au niveau du cou. On ne voit donc pas le visage et donc pas de Henry Cavill. Cela ne veut pas dire non plus que l’acteur a définitivement tourné la page de ce rôle puisque factuellement c’est encore très flou et non acté. Qui plus est, si Warner avait décidé d’un nouvel acteur pour le rôle, autant le montrer à ce moment là.

Fin mars s’est produit la même chose pour le film Birds of Prey (qui sortira en février 2020) à propos… du Joker ! En effet, sur des photos de tournage on peut voir « monsieur J » balancer les affaires de Harley Quinn depuis une fenêtre à l’étage d’un maison à son ancienne muse en bas dehors. Une scène un peu « cliché » pour une rupture qui justifie sans doute une partie de « l’émancipation » du réel titre du métrage : Bird of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn). À l’instar de Superman dans Shazam !, le Joker a le même look que dans Suicide Squad mais… les barreaux de la fenêtre cachent son visage ! Ce n’est donc pas Jared Leto qui l’interprète. Là aussi, on ignore toujours si l’acteur/chanteur a raccroché ou non puisque rien n’est précisé. Mais l’artiste joue désormais chez la concurrence, pas pour le MCU mais pour le « Spiderverse sans Spider-Man » de Sony, entamé avec Venom.

Il semble donc que Warner poursuive sa volonté d’univers partagé, à la base nommé DCEU par les fans jusqu’à en devenir le nom officiel avant d’être renommé The Worlds of DC par le studio de production. Peu importe l’appellation, Shazam ! prouve que l’univers partagé est toujours d’actualité (alors que c’est le seul film du studio qui n’était pas obligé de s’y connecté !). Les suites confirmées de Wonder Woman et Aquaman vont évidemment dans ce sens, ainsi que celle de Suicide Squad (par James Gunn) qui semble aller dans un cheminement similaire puisque Harley Quinn devrait en faire partie ainsi que Captain Boomerang (peut-être pour être tué dès le début ?). Enfin, pour The Batman (prévu en 2021), même si Ben Affleck a, lui, confirmé avoir rendu la cape, on sait que l’histoire se déroulera dans les années 1990 et au moment des premiers pas du justicier. De quoi raccrocher le film de Matt Reeves au DCEU en le faisant tout simplement situer avant les autres (à l’exception du premier Wonder Woman qui se déroulait durant la première Guerre Mondiale). Quant à Flash sur le grand écran, tout est à nouveau reparti à zéro en mars 2019, cette fois sous la houlette d’Ezra Miller lui-même au scénario ainsi que… Grand Morrison ! Un duo qui pourrait bien changer la donne mais il faut se dépêcher : apparemment le contrat de Miller pour incarner le bolide écarlate se termine en mai prochain et l’acteur a déjà clamé que si son scénario ne serait pas accepté il quitterait le rôle… Seul le long-métrage Joker (sorti en octobre prochain), incarné par Joaquin Phœnix, sera visiblement totalement à part de l’univers partagé DC.