The Dark Knight Rises (2012)

affiche the dark knight rises

Vous pouvez lire la critique du film en exclusivité sur le webzine Ça Dépend Des Jours en attendant une réécriture ici avec un peu plus de détails, une fois le film revu lors de sa sortie la semaine prochaine.

Également en ligne, une tribune sur le site de L’Express : The Dark Knight Rises : que reste-t-il des comics dans le film de Nolan ?

Huit ans se sont écoulés depuis la triste fin de The Dark Knight. La population de Gotham City croit toujours que Batman a tué cinq personnes, dont Harvey Dent, le procureur qui avait fait baisser la criminalité dans la ville et incarnait l’espoir pour les citoyens. L’homme chauve-souris a décroché à ce moment-là, devenant officiellement un meurtrier fugitif. Une nouvelle loi a été adoptée, la loi Dent, supprimant les libertés conditionnelles accordées aux délinquants, ce qui a réduit le taux d’agressions et fait de Gotham City une ville sûre, par des moyens légaux. Bruce Wayne ne se montre plus en public et s’isole dans son manoir. Pendant ce temps, un étrange personnage masqué fait son apparition : Bane. Pour le combattre, le milliardaire affaibli devra à nouveau endosser sa cape et son costume…

Nolan s’inspire en partie de la grande saga Knightfall — qui vient tout juste de paraître en français — pour introduire le grand ennemi du justicier de Gotham : Bane, incarné par Tom Hardy. Extrêmement intelligente et mystérieuse, cette brute masquée met en place un plan dont on ignore concrètement le but au début du film, si ce n’est qu’il inclut la destruction de Batman et le chaos dans la ville. On peut dès lors établir un parallèle avec The Dark Knight : le Joker concevait lui aussi un plan machiavélique avec des objectifs similaires et l’ensemble du film gravitait autour de la prestation d’Heath Ledger. Tom Hardy est lui aussi très impressionnant, sa voix stridente et sa force glacent le sang. Mais pour autant, il ne vole pas la vedette aux autres protagonistes. À commencer par Selina Kyle (Anne Hathaway), Catwoman, dont l’alias n’est d’ailleurs jamais clairement établi dans The Dark Knight Rises. À l’annonce du casting, on se demandait comment faire mieux que Michelle Pfeiffer dans Batman Returns, de Tim Burton. L’approche du personnage est ici très différente — moins féline, plus « théâtrale » —, tout comme le personnage du Joker version Nolan l’était. Tout le monde huait Heath Ledger avant de voir The Dark Knight, jugeant qu’on ne pouvait faire mieux que Jack Nicholson (Batman, toujours de Tim Burton). Les critiques avaient par la suite reconnu le talent du défunt acteur qui les avait bluffés par son jeu.

« On pourrait croire que la trilogie a été écrite en une seule fois
tellement la boucle se ferme de la plus belle façon possible. »

Fort de vouloir ancrer sa trilogie dans un cadre très réaliste, Nolan introduit, en plus de la notion politique déjà présente dans le précédent opus, l’économie via une attaque d’institution financière visant à faire chuter certains marchés… Approche complexe mais nécessaire dans le plan de Bane. Un plan qui prend beaucoup de temps à exposer et dont la première partie de The Dark Knight Rises souffre peut-être d’ailleurs, via quelques longueurs. Il faudra attendre la dernière heure pour jouir pleinement du talent du metteur en scène, qui regroupe alors toutes les pièces de l’échiquier Gothamien qu’il avait mises en place dès Batman Begins. À ce titre, on pourrait croire que les trois films ont été écrit en une seule fois tellement la boucle se ferme de la plus belle façon possible. Le long-métrage mixe efficacement une sorte de retour de La Ligue des Ombres avec la politique de Dent, le tout orchestré sur un questionnement identitaire incessant de Bruce Wayne/Batman. Sur ce point, Christian Bale, l’air toujours aussi froid, excelle à nouveau dans son rôle. C’est d’ailleurs un point positif du film, on le voit plus en Bruce Wayne qu’en Batman, s’interroger sans cesse sur son avenir, son utilité. Conseillé par son fidèle Alfred (Michael Caine) et Lucius Fox (Morgan Freeman), les deux vétérans du septième d’art apportent, comme dans les précédents longs-métrages, la note « humoristique » d’un film très sérieux, très froid. Autre élément fort : la notion de terrorisme, encore plus prégnante que dans le précédent opus. Bane œuvre littéralement comme un terroriste dont les complices sont prêts à se sacrifier pour sa cause (mais laquelle ?).

L’autre bonne surprise réside dans le personnage de John Blake (Joseph Gordon-Levitt), sorte de nouveau James Gordon (Gary Oldman) et rare flic non corrompu assoiffé de justice. Tout en suivant les différents récits de personnages que tisse Nolan, Blake se trouve un peu au milieu de chacun d’entre eux, un coup avec Gordon, puis avec Wayne, puis Batman, etc. Si The Dark Knight fonctionnait par relations triangulaires — Wayne, Dent, Dawes ; Joker, Batman-Double-Face ; Gordon, Dent, Wayne —, ce sont ici plutôt des duos qui se succèdent : Wayne et Kyle, Batman et Catwoman, Gordon et Wayne, Gordon et Blake, Wayne et Blake, Batman et Bane, etc. Autre actrice déjà dirigée sur Inception : Marion Cotillard, qui incarne Miranda Tate, qui souhaite proposer un projet d’énergie écologique aux entreprises Wayne. Malgré un casting cinq étoiles composé de rôles forts et charismatiques, la française s’en sort très bien.

Difficile d’en dire plus sur les personnages et les rôles respectifs sans spoiler mais une chose est sûre : les surprises sont grandes et le public ne sera pas déçu. Le scénario s’inspire également d’un comic inédit en France qui devrait ravir les fans les plus sceptiques (s’ils existent encore). Côté technique, outre les mérites de la mise en scène de Nolan (les scènes d’action sont bien plus fluides que dans les précédents films), les effets spéciaux sont évidemment excellents, le point d’orgue se situant au milieu de The Dark Knight Rises et bien sûr lors de la dernière partie où tout « explose » à l’écran (rappelant alors l’autre adaptation réussie de l’année : The Avengers). La musique d’Hans Zimmer est toujours au rendez-vous pour provoquer frissons, malaises et moments épiques.

Difficile de considérer ce film meilleur ou moins bon que The Dark Knight, il est au même niveau et comblera à coup sûr tout autant les néophytes que les fans acharnés. La trilogie Batman version Nolan forme un tout, désormais culte au cinéma. C’est intelligent, c’est bien filmé, très bien interprété, c’est du divertissement sérieux qu’on aimerait voir tellement plus souvent à l’écran. Chef-d’œuvre.

TDKR.pngThe Dark Knight Rises

Réalisation : Christopher Nolan

Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan, d’après une histoire originale de Christopher Nolan et David S. Goyer, et d’après le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger.

Directeur de la photographie : Wally Pfister

Musique : Hans Zimmer

Avec : Christian Bale, Tom Hardy, Anne Hathaway, Gary Oldman, Joseph Gordon-Levitt, Juno Temple, Liam Neeson, Marion Cotillard, Matthew Modine, Michael Caine, Morgan Freeman, Nestor Carbonell, Cillian Murphy.

Sortie en France le 25 juillet 2012