Archives de catégorie : Review

La Remplaçante

Courte histoire en trois chapitres, La Remplaçante a été publiée dans les magazines Batman #1 et #2 de Panini, en 2005.

[Histoire]
Une jeune femme enceinte arrive en urgence à l’hôpital, visiblement blessée. C’est le Dr Leslie Thompkins qui la prend en charge. Celle-ci requiert l’aide de Batman, dont elle connaît la véritable identité mais désapprouve son côté justicier, pour trouver la famille de sa patiente.Dans Gotham, des personnes sont tuées par une arme qui agit sans balle mais à base d’eau. Serait-ce la signature de Mister Freeze ?

[Critique]
À l’instar d’Enfers Artificiels, cette histoire est sympathique mais sans plus. L’intérêt est de replacer le personnage de Leslie Thompkins dans son contexte pour les nouveaux lecteurs d’une part, mais aussi car elle jouera un rôle plus important dans Jeux de Guerre d’autre part. En effet, La Remplaçante fait partie des petits chapitres « introductifs » de cette saga. Et lui aussi est dans la compilation War Drums (inédite en France), proposant les prémices du grand arc futur.Bref, La Remplaçante souffre des mêmes défauts que le chapitre précédent : l’équipe technique est la même, les dessins de Nguyen sont corrects mais ses traits bien épais gâchent le potentiel (à moins que ce ne soit le fruit de son encreur Cam Smith ?). Les flash-back entre Leslie, le jeune Bruce et Alfred —qui noue une idylle discrète avec la Docteur— sont les éléments les plus réussis. Comme d’habitude pour le reste : des combats, une ambiance sombre, un ennemi défait en peu de temps et un Batman enclin à la violence. Chose étonnant : Leslie appelle Batman « Bruce » devant un témoin. Volontairement ou est-ce une erreur du scénariste ?

[À propos]

Scénario : Anderson Gabrych
Dessin : Pete Woods
Encrage : Cam Smith
Couleurs : Jason Wright
Traduction : Sophie Vievard
Lettrage : Vianney Jalin

Publié en France dans Batman #1 et #2, chez Panini Comics, en juin et juillet 2005.
Publication originale aux États-Unis dans Detective Comics #792 à #793, sous le titre The Surrogate, d’avril à juin 2004.

 Titres des chapitres :
1. Perdue de vue (Lost and Found)
2. La Traque (The Blinding)
3. Délivrance (Deliverance)

Enfers Artificiels

Ce chapitre unique (Detective Comics #790) a été publié dans le premier magazine de Batman de Panini Comics, en juin 2005.

[Histoire]
Une drogue tue de nombreuses personnes dans Gotham City, Batman remonte la piste de son dealer et le confronte violemment. Batgirl essaie de le modérer dans son approche mais le Chevalier Noir s’en moque.

[Critique]
Rapide et efficace, avec un côté déjà vu et revu et rien de nouveau mais on ne peut difficilement exiger une grande qualité dans une histoire one-shot d’une vingtaine de pages. Tout se passe de nuit, ce qui permet d’avoir une jolie ambiance sombre et amoindrit les traits beaucoup trop gros du dessinateur Pete Woods. La mini-série La Remplaçante s’enchaîne dans la foulée, puisqu’il s’agit du chapitre suivant et qu’en plusil était publié juste après au sein du magazine.

Ce qui est intéressant dans Enfers Artificiels est l’introduction de deux enjeux majeurs. Tout d’abord, Batman renie déjà Spoiler (Stephanie Brown), qui n’apparaît pas dans l’histoire, mais il songe déjà à lui retirer son titre. Ce qu’il fera par la suite et qui débouchera, d’une manière indirecte, sur les débuts de Jeux de Guerre. Ce one-shot fait d’ailleurs partie du recueil War Drums (uniquement disponible aux États-Unis), qui compilait les chapitres #790 à #796 de Detective Comics ainsi que les Robin #126 à #128. Cet ouvrage est considéré comme le prélude à Jeux de Guerre.

Ensuite, Batman et Batgirl (Cassandra Cain, avec un costume différent) se rendent sur la tombe de Jason Todd, qui aurait fêter son dix-huitième anniversaire. Ainsi, plus ou moins à l’instar de Le Vol du Corbeau (publié au même moment dans la série Batman ; et dans le même magazine du coup), les prémices d’un éventuel retour de l’ancien Robin peuvent être perçues…

[À propos]
Scénario : Anderson Gabrych
Dessin : Pete Woods
Encrage : Cam Smith
Couleurs : Jason Wright
Traduction : Sophie Vievard
Lettrage : Vianney Jalin

Publié en France dans Batman #1, chez Panini Comics, en juin 2005.
Publication originale aux États-Unis dans Detective Comics #790, sous le titre Scarification, en mars 2004.

Un Long Halloween

Principale source d’inspiration (avec Année Un) pour les films Batman Begins et The Dark Knight, Un Long Halloween est généralement le deuxième ouvrage à lire quand on commence les comics Batman. Celui-ci est considéré comme la suite d’Année Un, Frank Miller ayant donné son accord pour la réutilisation de ses personnages. Les auteurs d’Un Long Halloween partiront de ce principe pour développer leur fabuleuse histoire. Retour sur un récit incontournable.

Comics Batman 04 Un Long Halloween[Histoire]
Carmine « Le Romain » Falcone
règne en maître dans Gotham City. Son réseau, son influence et son pouvoir n’impressionnent pas Bruce Wayne, qui refuse de signer des accords d’entreprise avec lui, opération visant à blanchir l’argent sale de Falcone. Seul le neveu de celui-ci avait eu le courage de tout dénoncer devant un tribunal, avant de se raviser suite à une grosse somme d’argent déboursé par son oncle.

Harvey Dent, procureur ambitieux, souhaite arrêter Falcone mais ne peut franchir la ligne de la légalité. Épaulé par le lieutenant James Gordon, ils feront appel à Batman pour s’associer ensemble et coincer Falcone.

Mais le neveu de ce dernier est assassiné le soir d’Halloween… Pire encore : chaque mois, lors d’une fête, une personne en lien avec Falcone est tuée. Le meurtrier, surnommé Holiday, est introuvable. Bientôt, ce sont les fous d’Arkham qui feront aussi parler d’eux dans Gotham City : le Joker, Poison Ivy

Le Chevalier Noir, Gordon et Dent devront faire face à toutes ces menaces, en plus de leurs problèmes dans leurs vies privées, pour ramener la paix dans la ville et mettre fin aux agissement des clans mafieux et de Holiday.

Batman Long Halloween Batman Catwoman[Critique]
Un Long Halloween se lit, et relit, d’une seule traite (et rapidement). Énormément d’informations se succèdent dans cette histoire en treize chapitres, chacune s’axant sur un ou plusieurs protagonistes. Il y a tout d’abord, et c’était rarement vu jusqu’ici, les familles mafieuses. Falcone au centre du récit (dont la joue griffée par Catwoman dans Année Un rappelle la continuité directe — le personnage a d’ailleurs été inventé par Miller), avec ses enfants et sa sœur, mais aussi Maroni, le grand rival. Les références au livre et au film Le Parrain sont légions, du propre aveu du scénariste Jeph Loeb. Cette plongée au cœur de la mafia ayant la main mise sur la ville, à travers son réseau, l’argent sale et l’intimidation, surprend dans un univers qui était jusque là plutôt réservé aux fous d’Arkham, traditionnels ennemis du Chevalier Noir.

Batman Long Halloween FalconeC’est en effet la première fois que cet angle hyper réaliste est accentué dans un comic-book sur Batman, dans la droite lignée du travail qu’avait effectué Frank Miller auparavant. Mais la galerie de vilains du Dark Knight n’est pas en reste, puisque apparaîtront successivement Le Joker (pour une de ses premières fois), Poison Ivy, Le Sphinx, L’Épouvantail, Le Chapelier Fou, Calendar Man et même Solomon Grundy. Chacun a un rôle justifié et ne sert pas uniquement le récit pour de la figuration, bien au contraire. Double-Face n’est pas en reste, puisqu’Un Long Halloween est clairement l’équivalent de l’Année Un d’Harvey Dent. On suit le procureur assoiffé de justice dans sa croisade, aux côtés de Gordon et Batman, puis on découvre par petites touches sa schizophrénie potentielle, avant d’assister littéralement à sa naissance et son nouvel alias.

Harvey Dent est donc, lui aussi, au cœur du récit, mais ne vole pas la place à l’homme chauve-souris, qui alterne son rôle de vigilant et de playboy milliardaire avec un bon équilibre (là aussi un aspect pas forcément commun aux autres comics). Autour d’eux : Gordon tente de jongler entre son travail fastidieux et sa vie privée, dont le couple fragile (à voir dans Batman : Année Un) a vu l’arrivée de James Jr.. Couple qui trouvera un certain écho dans celui d’Harvey et Gilda. La femme du procureur se trouvant dans la même position que celle de Gordon à son arrivée dans Gotham City : de nombreuses menaces sur la famille, un mari souvent absent, etc. Ce sont ces petites touches de scènes quotidiennes, totalement transposables « dans notre monde et propre vie privée » qui assurent davantage d’immersion dans l’histoire. Tous les personnages génèrent de l’empathie ou de la sympathie.

Batman Long Halloween Dent Gordon GCPDCe n’est pas terminé : le tueur en série Holiday tient lui aussi le lecteur en haleine. À la première lecture, difficile de deviner qui est le meurtrier : Dent ? La sœur de Falcone ? Sa fille ? Catwoman ? Un inconnu ? Une inconnue ? Des inconnus ? À la seconde lecture, c’est l’évidence même et c’est là tout le génie de Loeb : il a écrit un polar pouvant être dévoré plusieurs fois avec chaque fois une nouvelle vision et tellement de sujets et de personnages que ce n’est pas forcément l’identité d’Holiday qui est au premier plan. C’est l’essence même d’un grand comic (et livre, d’une manière générale) : un parfait dosage de sujets personnels, intimes, mais également de suspens, d’action et de mystères. On notera que des années plus tard, le scénariste, associé cette fois au talentueux Jim Lee, publie Batman : Silence dont le schéma narratif est un peu identique. Tous les ennemis (et les alliés) interfèrent à chaque chapitre, Batman cherche l’identité de Silence, etc.

Un Long Halloween bénéficie du style atypique de Tim Sale. L’artiste croque ses personnages avec un petit côté « carré », rappelant parfois le travail de Frank Miller. Allant même, dans certaines planches, vers une approche à la Sin City, avec des cases noires et blanches monochromatiques. La quasi-permanence d’ombres procure une ambiance visuelle à nouveau dans la veine polar. À noter qu’Un Long Halloween est le fruit du travail effectué plus ou moins en amont par le duo d’artistes dans trois épisodes « Halloween Specials » quelques mois avant (et compilés dans Des Ombres dans la Nuit, avec le récit Catwoman à Rome, qui viendra clore la mini-série entamé avec Un Long Halloween et poursuivie avec Amère Victoire).

Batman Long Halloween JokerSi l’on cherche des défauts, on pourrait s’attarder sur Poison Ivy, dont la façon d’agir tranche un peu avec le réalisme observé dans le reste du récit, et la présence de Catwoman, indispensable évidemment, mais dont les finalités sont inabouties. Elle se contente d’être spectatrice sans qu’on comprenne réellement si elle a un but derrière tout cela. Peut-être qu’on en saura plus dans Amère Victoire, la suite directe, ou celle consacrée à son personnage : Catwoman à Rome. Certaines critiques pointent du doigt l’approche trop réaliste de l’ouvrage et le manque de « méchants fous » au détriment de membres de la mafia (sic). C’est évidemment une des qualités principales de l’œuvre, qui change un peu des autres ouvrages tout d’abord, et surtout qui est un peu fausse puisque la plupart des ennemis classiques apparaissent dans Un Long Halloween.

« Un Long Halloween est plus qu’un comic-book.
C’est une tragédie épique. »
Christopher Nolan, réalisateur de la trilogie The Dark Knight.

Le prix relativement élevé de l’ouvrage (35€) se justifie par son nombre de pages (416) et quantité de bonus mais reste tout de même trop onéreux (surtout par rapport à d’autres productions de l’éditeur). Beaucoup de compléments donc : une préface de Christopher Nolan et David S. Goyer, au moment de la sortie de Batman Begins et des prémices d’écriture de The Dark Knight (dont Un Long Halloween est clairement leur inspiration première pour ces deux films), des interviews de Jeph Loeb et Tim Sale, qui permettent de comprendre la matière créatrice de l’œuvre, des résumés, anecdotes et beaucoup de croquis, ainsi que les couvertures des treize numéros originaux.

Batman Long Halloween SphinxUne enquête-fleuve au sein de la mafia, un trio emblématique d’héros, la naissance de Double Face, une bonne partie des fous d’Arkham, un serial-killer mystérieux, etc. le tout servi par une fantastique ambiance visuelle avec des coups de théâtre et retournements de situations. Résolument culte et indispensable en seconde lecture des aventures du Chevalier Noir !

[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 4 janvier 2013.
Titre original : The Long Halloween
Scénario : Jeph Loeb
Dessin & encrage : Tim Sale
Couleur : Gregory Wright / Dave Stewart (pages complémentaires)
Lettrage : Laurence Hingray & Christophe Semal — Studio Myrtille
Traduction : Thomas Davier

Titres des chapitres :
1 – Crime
2 – Thanksgiving
3 – Noël
4 – Réveillon de la Saint-Sylvestre
5 – Saint-Valentin
6 – Saint-Patrick
7 – 1er Avril
8 – Fête des Mères
9 – Fête des Pères
10 – Jour de l’Indépendance
11 – Fête Romaine
12 – Fête du Travail
13 – Châtiment

Première publication originale en 1996-1997.
Publié en France en 1999 chez Semic dans quatre Batman hors-série. Réédité ensuite en intégrale version Absolute chez Panini Comics en 2009, puis deux ans après en version intégrale Deluxe (moins cher et moins épaisse que l’Absolute, qui avait énormément de bonus).

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