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Batman – Europa

Batman et le Joker en Europe (incluant Paris), servie par une équipe talentueuse dont quelques grands noms (entre autres, Brian Azzarello et Jim Lee), voilà qui est alléchant ! Étonnamment, ce court récit (quatre chapitres) n’a été publié qu’en magazine (Batman Récit Complet #8), donc dans un format souple/kiosque et pas en librairie. Il a pourtant bénéficié d’une édition en couverture dure dans la collection Eaglemoss (seul moyen de l’avoir dans ce format). Critique et explications.


(Couvertures du magazine, de la version Eaglemoss et de la VO.)

[Résumé de l’éditeur]
Voir l’Europe et mourir. Épuisé après un combat contre Killer Croc, Batman fait un rapide examen médical à l’issue duquel il apprend qu’il a été empoisonné. Remontant la piste des maigres indices qui lui sont accessibles, il retrouve le Joker. Pensant dans un premier temps que le Clown du Crime est le coupable, il découvre avec effarement que ce dernier est lui aussi atteint du même mal : quelqu’un cherche à éliminer le héros et son adversaire. Ensemble, le Chevalier Noir et son ennemi juré entament une tournée des grandes villes européennes, de Berlin à Prague, de Paris à Rome, à la poursuite de leur assassin.

(Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, cela est déjà largement suffisant.)

[Critique]
Annoncé dès 2005 puis repoussé à 2011 avant d’être enfin publié fin 2015 aux États-Unis (les comics furent datés de janvier à avril 2016 – avant d’arriver deux ans et demi plus tard chez nous), Batman – Europa résulte d’un atypique cheminement éditorial ; comme l’explique Urban Comics en introduction. Projet né de multiples rencontres au milieu des années 2000, Batman – Europa associe les talents d’auteurs venus de différents pays. Le dessinateur Jim Lee et le scénariste Brian Azzarello, tous deux Américains (États-Uniens ndr), sont rejoints par le scénariste italien Matteo Casali et par trois dessinateurs, Giuseppe Camuncoli venu d’Italie, Diego Latorre en provenance d’Espagne et Gérald Parel originaire de France.

Camuncoli est en charge du découpage des quatre chapitres et des dessins du deuxième (Prague), là où Lee officie sur le premier épisode (Berlin) – l’on apprend d’ailleurs que le célèbre dessinateur doit son amitié à Casali et Camuncoli lors d’un long séjour en Italie dans les années 2000, où les premières pierres d’Europa furent posées lors de conversations, avant qu’Azzarello rejoigne le projet des années plus tard. Étonnamment, Latorre signe le troisième chapitre (Paris) et Parel le dernier (Rome). On aurait pu penser que chaque artiste traiterait d’une ville liée à son pays mais ce n’est pas le cas (et ce n’est clairement pas grave). Chacun appose son style singulier (mention spéciale pour Latorre) voire y dresse une passerelle en reprenant les mêmes planches (Lee et Parel) ; mais avant d’évoquer ces élégants dessins, que vaut cet Europa ?

On est clairement dans une histoire assez « simpliste » (et on le répète : ce n’est pas un défaut) avec une enquête bien rythmée bien qu’un peu confuse. Si l’investigation emmène Batman et le Joker en Europe, elle aurait très bien pu se dérouler à Gotham que ça n’aurait pas changé grand chose. C’est un simple prétexte à croquer quelques lieux géographiques cultes. Cela reste plaisant et change malgré tout des habituelles quartiers malfamés de Gotham. Les indices menant d’une ville d’Europe à une autre sont un peu « forcés » mais, une fois de plus, on ferme les yeux sur cela pour profiter du voyage.

En parallèle du dépaysement (géographique et… graphique !), on retrouve un thème récurrent dans la mythologie du Chevalier Noir : la vie de Batman est intrinsèquement connectée à celle de son ennemi juré. Si le Dark Detective a souvent été « accusé » d’être le créateur de ses vilains emblématiques, incluant le célèbre Clown, ici les deux doivent collaborer et former un duo inédit s’ils veulent survivre. C’est l’une des originalités de la fiction, qui replace l’alchimie du binôme au cœur de l’histoire.

En se concentrant sur Batman et le Joker, les deux auteurs (Matteo Casali et Brian Azzarello) délaissent les figures communes habituelles du Caped Crusader (à l’exception de Killer Croc, Alfred et le mystérieux responsable du virus). Là aussi ça fonctionne plutôt bien, Europa restant particulièrement accessible (comprendre : s’affranchissant de l’encombrante continuité et chronologie habituelle) et bénéficiant d’une intrigue menant le lecteur en haleine (malgré sa résolution mitigée). La bande dessinée a beau tenté de soigner son récit, il manque un ou deux chapitres pour prendre un peu le temps de souffler ou d’expliciter différemment la cabale (qui permet, à minima, de sublimer les bâtiments les plus connus et nobles de l’Europe).

C’est finalement avec son parti pris graphique que Batman – Europa sort son épingle du jeu. Les artistes sont tous en très bonne forme et emmènent le Chevalier Noir dans un voyage visuel et chromatique détonnant. On démarre avec Jim Lee qui « s’encre » lui-même, de façon très épurée – c’est le cas de le dire, puisque ses crayonnés sont directement mis en couleur – gommant ainsi l’aspect « comic book » habituel du dessinateur (Batman – Silence…). Ses traits fins et détaillés permettent au coloriste Alex Sinclair de livrer des planches somptueuses, moins « mainstream » qu’à l’accoutumée.

Giuseppe Camuncoli s’occupe ensuite de tout (en plus d’officier les découpages de l’entièreté du livre), imposant une touche graphique également en marge, proche des tons pastels et proposant des séquences nocturnes élégantes mais aussi des batailles diurnes contre des robots assez surréalistes. Place après à Diego Latorre qui vaut le détour à lui seul. Il illustre (dessine, encre, colorise) tout le segment de notre capital en s’inspirant du style de Bill Sienkiewicz et Dave McKean (L’Asile d’Arkham…). Brillant. Magnifique. Cauchemardesque.

Gérald Parel (lui aussi à l’œuvre sur tous les aspects) conclut le titre avec une patte là encore différente – mais ne gâchant jamais la compréhension visuelle globale. Poursuivant l’approche « indépendante » du chapitre précédent, Parel signe des cases sublimes, aux peintures âpres, parfois sensiblement réalistes… Il se réapproprie même le début de la BD (croquée par Jim Lee) avec son aquarelle, sur quelques pages (voir ci-dessous).


Batman – Europa est donc une semi-curiosité, qui vaut le détour par sa belle galerie de planches/dessinateurs et son scénario simple mais efficace. Un brin trop court et à l’exécution trop rapide, c’est pourtant un petit coup de cœur étrangement trop méconnu. Il faut dire que la révélation finale abrupte et étrange laisse un goût amer (et on retient souvent la conclusion d’une œuvre plutôt que tout ce qui l’a précédée). Une lecture conseillée pour ses dessins et le tandem Batman/Joker (rien de nouveau sur les échanges entre les deux et les quelques réflexions habituelles qui en découlent) que pour son enquête et son côté « carte postale »/voyage touristique. Malgré tout, voir Batman en Europe ici est nettement mieux réussi que dans La Dernière Sentinelle (sorti en France en 2022).

Entre les multiples couvertures alternatives (dont celle de Latorre sur Paris, cf. bas de cette critique) pouvant servis de bonus et les critiques globalement positives, il est étrange que Batman – Europa ne soit pas sorti en librairie. Comme dit en début d’article, il a été pourtant inclus dans la collection Eaglemoss, donc avec une couverture en « dur » (cas unique pour les comics Batman en France d’Urban Comics). Il reste heureusement aisément accessible en occasion à prix correct (moins de dix euros – et à ce tarif, il serait dommage de passer à côté !) comme à l’époque de sa mise en vente (5,90 € seulement) ; à moins que l’éditeur ne décide de le proposer dans une luxueuse édition dans un avenir proche ?

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 31 août 2018.
Contient : Batman Europa #1-4

Scénario : Matteo Casali et Brian Azzarello
Dessin : Jim Lee, Giuseppe Camuncoli, Diego Latorre et Gérald Parel
Encrage et couleur : les mêmes (sauf Alex Sinclair pour la couleur du premier chapitre)

Traduction : Xavier Hanart
Lettrage : Stphan Boschat (Studio Makma)

Acheter sur amazon.frBatman – Europa (5,90€)


 

Batman/Catwoman

Publié au sein du Black Label (qui permet aux auteurs de sortir de la complexe chronologie du Chevalier Noir), le titre Batman/Catwoman est écrit par Tom King, à l’œuvre de la très longue série Batman Rebirth où le couple entre Bruce et Selina occupait déjà une place importante. À mi-chemin entre la « suite » de son run et une œuvre parallèle, Batman/Catwoman est séduisant par bien des aspects mais se vautre de temps en temps. Critique d’un one-shot qui s’ouvre sur… la mort du Chevalier Noir (déjà publié dans À la vie, à la mort).

[Résumé de l’éditeur]
Batman et Catwoman se sont rencontrés, sont tombés amoureux et ont eu une vie heureuse. À la mort de Batman, Catwoman règle les derniers comptes d’une vie passée à évoluer entre les ombres. Son compagnon disparu, elle a désormais toute latitude pour rendre visite, une dernière fois, à une vieille connaissance à l’humour douteux…

[Début de l’histoire]
Voir critique d’À la vie, à la mort.

[Critique]
Voilà une bande dessinée touchante et singulière, à réserver en priorité aux fans de Catwoman (ça aurait pu/du s’appeler simplement Catwoman, la mention de Batman n’est pas pertinente) et/ou à ceux qui avaient aimé le travail de Tom King (qui sera une fois de plus clivant) sur le mythique couple, ainsi qu’aux lecteurs souhaitant voir ce qu’est devenue Andrea Beaumont, personnage principal et inoubliable de l’excellent film Batman contre Fantôme Masqué (Mask of the Phantasm) – qui n’avait jamais réellement eu droit à une présence dans les comics (ni à une « suite »), à l’inverse d’Harley Quinn.

Batman/Catwoman prolonge dans un futur lointain ce qu’avait proposé le scénariste dans À la vie, à la mort, comprendre : Bruce Wayne est mort, Selina est une veuve fortunée, sa fille Helena (née de son union avec Bruce bien sûr) a pris la relève pour protéger Gotham en tant que Batwoman (et Dick Grayson est devenu le commissaire du GCPD). Passé ce constat, Selina retrouve le Joker et le tue une bonne fois pour toute… Sa vie se poursuit, entremêlée de nombreux souvenirs et, notamment, d’une filature complexe de l’époque où elle était avec Batman. Tous deux couraient après le Fantôme Masqué (alias Andrea Beaumont), elle-même poursuivant le Joker (n’en dévoilons pas davantage).

On navigue donc entre le passé et le présent (ce dernier étant donc un futur hypothétique) où Selina croise d’anciennes figures alliées ou ennemies. La fiction bénéficie d’un double fil rouge narratif (et d’une double voire triple temporalité) qui la rend palpitante. D’un côté l’évolution des protagonistes après la mort de Bruce/Batman, d’un autre l’enquête du Chevalier Noir et de la Femme Féline sur un enfant disparu, le tout entrecoupé donc par le Joker et le Fantôme Masqué et, surtout, les aléas de la vie de couple de Bruce et Selina. C’était l’un des points forts de la série Batman Rebirth (dont on retrouve quelques « extensions » ici comme la sortie entre couple avec Lois et Clark) : l’écriture si « juste » sur l’amour entre ce couple mythique. Pas besoin d’ailleurs de connaître ou avoir lu Batman Rebirth pour apprécier la BD comme un récit complet.

Tom King poursuit donc son travail et si le lecteur l’avait déjà aimé, pas de raisons qu’il n’accroche pas davantage. Batman/Catwoman s’étale sur douze chapitres, tous titrés par le nom d’une chanson (on y reviendra). Le récit s’ouvre sur un épisode à part (Batman annual #2) déjà publié (À la vie, à la mort donc) qui offre une solide introduction et contextualisation pour ceux qui ne l’avaient pas découvert auparavant. Une fois achevée, l’histoire est enrichie de trois chapitres spéciaux : Interlude, Helena et Héritage (ce dernier déjà publié dans Batman Bimestriel #13 et le cinquième et dernier tome de Batman : Detective sous le titre Histoire de fantômes). Tous proviennent de différentes séries ou publications inédites. Ces segments s’attardent sur différents moments de la vie de Selena, principalement son enfance et son parcours de voleuse, son idylle avec Bruce, sa grossesse, etc. Helena apparaît surtout quand elle fait ses premiers pas comme héroïne. Bruce est lui aux prises avec Dr Phosphorus.

En synthèse, le volume frôle les quatre cent cinquante pages mais n’est jamais indigeste, au contraire (sans oublier les traditionnels bonus : couvertures alternatives, recherches et un texte hommage à John Paul Leon (décédé en 2021 – il avait dessiné une toute petite partie d’Interlude – et est surtout connu pour l’atypique Créature de la nuit). La lecture a beau être aisée et globalement passionnante, elle n’en demeure pas moins « pénible » à plusieurs égards. Tout d’abord, l’omniprésence de chansons de Noël tout au long de la bande dessinée. Leurs titres sont aussi ceux des chapitres et leurs paroles (en anglais) occupent une certaine place en début de chaque épisode… Problème : en France la plupart de ces morceaux ne sont pas connus donc impossible de les « lire » avec leur air musical en tête ou – éventuellement – d’en saisir un double sens dans le texte. Cela gâche un peu l’immersion…

Ensuite, autre élément un peu pénible en lecture : les dialogues comportent beaucoup de mots vulgaires qui sont, comme toujours, écrit par des symboles (« Nom d’un @$@%@ », « Tout ça, c’est un @%@% de mensonge ?! »…). C’est la même chose en version originelle et peut-être qu’Urban n’a pas le droit de proposer un mot écrit alphabétiquement et donc « normalement » à la place mais c’est vite gonflant car passé le premier tiers du livre, ça prend une proportion hallucinante (presque un par planche !). Entendons-nous bien, la problématique n’est pas d’usiter d’insultes ou termes trop familiers, mais d’en utiliser trop (le cas ici, cela manque d’une certaine fluidité et d’un « son de lecture» peu agréable) et de ne pas les nommer directement.

C’est certes un détail mais c’est un peu dommage. Pour pinailler, évoquons la non lisibilité des titres des chapitres quand ils sont écrit pile au milieu de la double page qui coupe chaque épisode. Impossible d’ouvrir davantage le livre sans l’abîmer sinon. Encore une fois : ce n’est foncièrement pas grave non plus. Les seuls « vrais » défauts de Batman/Catwoman relèvent d’une certaine autre subjectivité. L’écriture autour de Selina rend de temps en temps (souvent ?) le personnage assez antipathique… C’est peut-être voulue, ou bien c’est une impression sommaire. Heureusement, la femme (dans ses jeunes années ou lorsqu’elle est âgée) est aussi (souvent ?) touchante et sonne « juste ». C’est donc probablement fait exprès mais c’est spécial… On fermera les yeux sur les capacités physiques hors-norme pour une personne qui a probablement soixante-dix ans voire davantage (sans parler du costume ridicule le temps de quelques cases).

Enfin, second élément qui fait tâche : les dessins de Clay Mann autour des femmes. L’artiste est brillant et signe ici l’une de ses meilleures œuvres (on en parle plus loin) mais – comme toujours – il ne peut s’empêcher de montrer ses corps féminins dans des postures sexuées, des tenues aguichantes, des poitrines et fessiers en avant, des costumes très moulants, etc. Si parfois ça fonctionne et fait presque sens pour la narration (Catwoman qui tourne autour de Batman, le couple qui fait l’amour…), trop souvent c’est complètement gratuit et semble relever de fantasmes adolescents… Un problème déjà soulevé (avec une analyse plus poussée qu’ici) dans Heroes in Crisis – également écrit par Tom King. Quand Mann est remplacé par Liam Sharp, ce dernier tombe également dans cette facilité mais à de rares occasion.

Même si l’on s’attarde sur ces quelques défauts (non négligeables certes), Batman/Catwoman reste une œuvre plutôt singulière dans le genre qu’on recommande (comme dit : surtout pour les amoureux de Selina et des travaux de King). Le titre offre également enfin une place de choix au Fantôme Masqué (il n’est pas obligatoire de connaître le film animé éponyme mais cela facilite grandement la compréhension). Curieusement, Andrea Beaumont n’avait jamais bénéficié d’une « seconde vie » en comics, c’est désormais le cas. Rien que pour cela il ne faut pas faire l’impasse sur Batman/Catwoman !

Difficile de détailler davantage le contenu de cette longue aventure sans gâcher un certain plaisir de découverte. Les dialogues fusent, les allers et retours entre les différentes époques également, sans qu’on s’y perde. Là-dessus, la BD est remarquable et offre une passionnante plongée au cœur d’une relation compliquée entre les convictions de chacun et les sacrifices nécessaires dans un couple. La difficulté de retrouver une certaine liberté et la quête d’un bonheur (utopique ?). C’est dans ces moments-là qu’excelle Tom King, quand il met à nu et tente de rendre plausible la réalité d’un couple fictif mais iconique et ancrée dans l’ère du temps, sans jamais dénaturer leur ADN (sauf, peut-être, Selina une fois âgée).

Graphiquement, Lee Weeks et Michael Lark signent À la vie, à la mort, une fois de plus se référer à la critique dédiée pour découvrir les illustrations et le style épuré qui convenait à merveille à l’histoire. Clay Mann s’occupe ensuite de neuf chapitres sur douze. L’artiste excelle à tous points de vue, conférant de magnifiques compositions, nocturnes ou diurnes, surtout durant les séquences dans le passé, dans Gotham entre autres. Si on met de côté les problèmes corporels féminins évoqués plus haut, l’ensemble est sublime, les traits sont fins, élégants et très précis, bien aidés par la colorisation sans faille de Tomeu Morey.

L’atmosphère froide et souvent austère qu’il se dégage jongle avec la chaleur de l’intérieur (dans le Manoir Wayne par exemple) et tire la cohérence graphique vers le haut. Liam Sharp intervient le trois de trois épisodes (sept, huit et neuf) dans un style moins conventionnel, un subtil mélange rappelant Dave McKean (L’Asile d’Arkham…), Sam Kieth (Batman : Secrets…) ou carrément Bill Sienkiewicz (qui a signé une couverture alternative). Visuellement, l’ensemble est donc majoritairement somptueux (cf. les illustrations de cette critique, près de quarante images avaient été sélectionnées initialement, difficile de choisir !).

La distribution est complétée pour les autres épisodes bonus par John Paul Leon, Bernard Chang et Mitch Gerads (Interlude – qui aurait du être placé en dernier tant sa conclusion est« parfaite » pour définitivement refermer cet univers), Michael Larks (À la vie, à la mort), Mikel Janin (Helena) et Walter Simonson (Héritage). En résulte des styles plus ou moins différents mais cohérents (à l’exception de Simonson).

Le titre a beau être imparfait, il s’intercale parfaitement comme une lecture divertissante ET de réflexion, dans un univers à la fois familier (le passé) et novateur (le « futur ») qu’on aimerait voir développer : comment Helena combat le crime ? La séduisante proposition graphique (imparfaite elle aussi comme évoquée plus haut) épouse brillamment le propos et permet à Batman/Catwoman de rejoindre les coups de cœur du site. Attention, l’épais ouvrage coûte tout de même 35 €, la fourchette haute des prix chez Urban… À feuilleter impérativement avant l’achat donc, et à ne pas prendre si on n’est pas très fan de Selina/Catwoman. Pour les autres, aucune raison de se priver de ce titre atypique dont quelques planches prennent aux tripes.

Pour l’anecdote, une édition limitée à 500 exemplaires avec une couverture de Jim Lee (loin d’être la meilleure, à la fois de l’artiste ou de celles de Batman/Catwoman) a été proposée sur la boutique Original Comics. Cela semble très étonnant vu le discours tenu par son fondateur envers l’industrie au global et, surtout, contre Urban Comics mais bon…

Ce qui est dommage c’est que les autres versions du livre (les « normales » donc) ont le logo d’Original Comics sur la page des des crédits à la fin. Ce n’est clairement pas grave (même si pas très sympathique pour les libraires indépendants) mais si vous connaissez un peu le milieu  du « comics game » et cette boutique, c’est agaçant.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 novembre 2022.
Contient : Batman/Catwoman #1-12 + Special + Annual #2 + Detective Comics #1027 + 80th Anniversary

Scénario : Tom King
Dessin : Clay Mann, Liam Sharp, Lee Weeks, John Paul Leon, Bernard Chang, Mitch Gerards, Michael Lark, Mikel Janin, Walter Simonson
Encrage additionnel : Shawn Crysal
Couleur : Tomeu Morey, Liam Sharp, Mitch Gerads, Dave Stewart, Elizabeth Breitweiser, June Chung, Jordie Bellaire, Laura Martin

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legrand, Coralline Charrier, Lorine Roy et Stephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Batman/Catwoman (35 €)








 

Batman & Flash : Le prix (épilogue et « suite » d’Heroes in Crisis)

Court récit en quatre chapitres (les #64-65 des séries Batman et The Flash – toutes sous l’ère Rebirth), Le prix a été publié en France dans le magazine Batman Bimestriel #5 (mars 2020) puis dans le huitième tome de Flash (Rebirth) au titre éponyme (juin 2020).

Néanmoins, cette histoire est plutôt une sorte d’épilogue d’Heroes in Crisis, s’inscrivant dans des segments bien précis du run de Tom King sur Batman et celui de Joshua Williamson sur The Flash. Aux États-Unis, Le prix (The price en VO – correspond au prix de la justice et au prix à payer suite aux évènements survenus dans Heroes in Crisis) a même bénéficié d’une publication en librairie dans Heroes in Crisis – The Price and other stories (avec un chapitre annual de Flash – inclus dans le tome huit de Flash Rebirth – et trois épisodes de Green Arrow – inédits en France). Critique puis récapitulatif de l’ensemble des séries DC Comics impactées.

[Résumé de l’éditeur]
Une vieille affaire de la Ligue de Justice vient tout juste de refaire surface. Pour résoudre cette enquête qui risque fort de laisser des traces, les deux plus grands détectives de l’Univers DC ne seront pas de trop. Ensemble, Batman et Flash vont devoir affronter un démon du passé… et enterrer les leurs au passage. Mais une question demeure : qui tire les ficelles ?

[Début de l’histoire]
Le musée Flash est attaqué à Central City. Le Chevalier Noir et le Bolide Écarlate aident les citoyens présents.

En enquêtant sur le responsable de cet attentat, les pistes mènent vers… Gotham Girl !

Batman et Flash coopèrent malgré les rivalités entre eux et découvrent un laboratoire secret dans lequel l’ancienne justicière tente de ramener son frère à la vie grâce au Venin de Bane et à la technologie de Freeze.

Barry Allen tombe aussi sur un masque provenant du Sanctuaire (cf. Heroes in Crisis) remettant en question l’intégrité de Batman dans cette affaire et une précédente…

[Critique]
En complément du titre Le prix, il convient de revenir sur Trop de bolides ! (The Flash annual #2 – 2019) qui ouvre le huitième tome de Flash (Rebirth). Dans ce segment on découvre la réaction de Barry Allen quand il apprend que Wally West est mort (cf. le début d’Heroes in Crisis). Fou de rage, il court et s’émancipe au cœur de la Force Véloce dans laquelle se cachait son ennemi Godspeed (un ex policier ami de Barry, August Heart). En parallèle, Kid Flash (anciennement Impulse) fait son retour ; il s’agit de Bart Allen le… petit-fils de Barry et Iris, venu du futur et élevé en réalité virtuel. Iris West (compagne de Barry et tante de Wally) n’est justement pas au courant de la mort de son neveu et Barry tarde à lui annoncer. Enfin, il semblerait qu’un mystérieux ennemi tire les ficelles en utilisant Godspeed (à priori Captain Cold – si un lecteur des Flash Rebirth veut confirmer en commentaire, merci d’avance ! – mais cela a peu à voir avec l’objet de cette critique).

Un résumé peut-être complexe (surtout si l’on n’est pas familier des aventures des bolides écarlates) mais qui montre bien les réactions de Barry et Iris en marge du début d’Heroes in Crisis. La « suite » est à découvrir dans Le prix (qui se déroule après ladite « crise ») et reprend justement les tensions entre Barry et Iris lors de l’enquête commune entre Flash et Batman sur Gotham Girl. Il s’agit, une fois de plus, d’une introspection chez les super-héros, tirant cette courte histoire vers le haut. Joshua Williamson (l’habituel auteur de Flash période Rebirth) signe le scénario, continuant ce qu’avait insufflait Tom King (dans Batman Rebirth ET dans Heroes in Crisis).

Côté dessin, on retrouve Guillem March (Joker Infinite, Catwoman) pour les chapitres Batman #64-65 et Rada Sandoval pour The Flash #64-65, tous deux accompagnés de Tomeu Morey à la colorisation. Graphiquement, le titre sonne comme un bon « comic book » mainstream, oscillant entre de belles séquences d’action lisible et des palettes rouges et jaunes (Flash), bleues et vertes (Gotham Girl) et bien sûr sombres (Batman). De quoi suffire pour assurer un spectacle cohérent malgré les deux dessinateurs différents.

Le prix est plutôt palpitant mais s’inscrit à la fois en tant qu’épilogue d’Heroes in Crisis (aucun intérêt de le lire si on ne connaît pas ce dernier) et poursuite du run de Williamson sur Flash (notamment après le chapitre annual décrit plus haut) mais aussi du run de Batman (écrit à l’époque par Tom King). En effet, en replaçant Gotham Girl (Claire Clover) au centre du récit, Le prix propose donc une sorte de fiction « trois en un ». Autant dire que le lecteur complètement néophyte sera perdu.

La fiction emporte le lecteur sur une investigation menée tambour battant par le duo de détectives héroïques (à l’instar de ce qu’on avait vu dans DC Univers Rebirth – Le Badge, brièvement évoqué ici). Mais les errements mentaux et physiques de Gotham Girl ont un impact plus intéressant sur le relationnel entre Bruce et Barry. Les deux ont un immense respect envers l’autre mais aussi une méfiance mutuelle.

C’est ce parti pris qui offre un peu de substance au récit somme toute « classique » dans son dénouement (même s’il reste quelques zones d’ombre) mais qui – on l’a déjà dit et répété – ne trouve un intérêt réellement prononcé qu’en tant qu’épilogue à Heroes in Crisis (et comme titre annexe à Batman Rebirth presque).

Difficile donc de conseiller Le prix comme lecture indépendante. Il est curieux de l’avoir inclus dans la série sur Flash tant elle fait écho également à Batman. Le plus simple aurait été/serait de carrément proposer une version française de Heroes in Crisis – The Price and other stories (façon Doom War – Épilogue), afin d’avoir tout ce qui est connecté à cette œuvre-mère au même endroit ! D’ailleurs, même les suites « officielles » sont un casse-tête sans nom pour s’y retrouver (cf. explications plus bas). Le grand oublié est également Green Arrow, dont les chapitres #45 et #48-50 complètent le « and other stories » en VO. En France, la série Green Arrow Rebirth s’est achevée en cinq volumes, à l’épisode #31, donc impossible d’avoir ces chapitres. Encore une fois : il s’agit avant tout d’une sélection pour les complétistes car dispensable.

En revanche, ceux qui ont aimé Heroes in Crisis devraient apprécier Le prix avec plusieurs options pour se le procurer. Soit l’achat en VO pour une collection « complète » (20,95 €), soit la version librairie du huitième tome de Flash Rebirth (21 €) ou l’achat en occasion du Batman Bimestriel Rebirth #5 (12,90 € à l’époque mais difficilement trouvable à ce tarif désormais…).

Les quatre couvertures originelles (sans la titraille et les crédits),
dessinées par Chris Burnham et colorisées par Nathan Fairbain.

Comme évoqué dans la critique d’Heroes in Crisis, la « culpabilité » de Wally West trouve un second écho plusieurs titres de DC Comics. Tout d’abord dans la série en six chapitres Flash Forward (étonnamment inédite en France). Enfermé à Blackgate, Wally est délivré par Tempus Fuginaut qui lui redonne ses pouvoirs et lui confie une mission : parcourir les Terres parallèles pour surveiller qu’il n’y ait pas de problèmes (en gros) – mais il découvre petit à petit le Multivers Noir (apparu dans la saga Batman Metal) ! À découvrir uniquement en VO donc, faute de mieux, mais à prix correct (17 € environ) et de préférence en édition brochée car contenant quatre pages supplémentaires connectant à une autre série (on y vient).

Ensuite, dans le dernier tome de Flash Rebirth, Ligne d’arrivée, l’on apprend (dans The Flash #761) que la dépression qui s’était emparée de Wally au Sanctuaire avait été provoquée par Eobard Thawne, alias Zoom/Nega-Flash ! Ce célèbre ennemi « insufflait » à différents bolides écarlates des comportements à avoir ou actions à produire durant ces dernières années. Une pirouette scénaristique un peu facile mais qui réhabilite l’honneur de Wally… Le troisième Flash participe ensuite à la lutte contre le Multivers Noir (notamment dans la série Batman Death Metal – dont Flash Forward peut être considéré comme son prologue, cf. les pages bonus qui la connectait carrément), avec un costume bleu et des pouvoirs liés au… Dr. Manhattan (cf. Watchmen et Doomsday Clock) !

 

Enfin, le premier volume de la série Flash Infinite, En un clin d’œil (dont l’introduction d’Urban Comics a fortement aidé à la rédaction du paragraphe précédent), replace place Wally au cœur de l’intrigue. Dans le chapitre de conclusion du tome (The Flash annual #1 – 2021), on revit les évènements du Sanctuaire du côté de Wally et… l’explosion meurtrière est causée par Savitar, un autre ennemi des bolides écarlates ! Le tout accompagné d’une action volontaire de sacrifice de Roy Harper (Arsenal). Un sacré bazar donc… Surtout qu’il n’est pas établi que sans Savitar il n’y aurait pas eu de massacre. À la rigueur on peut imputer « rétroactivement » la tuerie de Wally à Thawne, mais moins à Savitar (et encore moins aux deux qui ne s’étaient pas concertés). Une façon de faire qui remet complètement en question les actes de Heroes in Crisis, quitte à abîmer l’œuvre intrinsèquement ou, au contraire, à gommer à posteriori ses défauts ? On laissera les lecteurs juges…

En synthèse, en ordre de lecture pour les plus complétistes, il y aurait donc : Heroes in Crisis, Flash Rebirth – Tome 08 : Le prix (ou Heroes in Crisis : The Price and other stories – uniquement en anglais) et Tome – 11 : Ligne d’arrivée, Flash Forward (uniquement en anglais), la série Batman Death Metal (en quatre volets) et enfin Flash Infinite – Tome 01 : En un clin d’œil (et ses suites, toujours en cours de publication). C’est-à-dire les couvertures ci-après (liens pour acheter en bas de cet article).

   

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 6 mars 2020 dans Batman Bimestriel #5 puis le 5 juin 2020 dans Flash Rebirth – Tome 08 : Le Prix.
Contient : The Price (Batman #64-65 + The Flash #64-65)

Scénario : Joshua Williamson
Dessin : Guillem March, Rafa Sandoval
Encrage : Guillem March, Jordi Tarragona
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky (Batman), Alex Nikolavitch (The Flash)
Lettrage : Sarah Grassart et Stephan Boschat (Studio Makma)

Acheter sur amazon.fr :
Batman Bimestriel #5 (12,90 €)
Flash Rebirth – Tome 08 : Le prix (21 €)
Heroes in CrisisThe Price and other stories (uniquement en anglais – 20,95 €)
Heroes in Crisis (24 €)
Flash Rebirth – Tome 11 : Ligne d’arrivée (19 €)
Flash Forward (uniquement en anglais – 17,19 €)
Flash Infinite – Tome 01 : En un clin d’œil (17€)