Après un premier opus accessible, moyennement convaincant dans son écriture mais séduisant dans son approche graphique, élégante et homogène, que vaut le deuxième volet de Ghosts of Gotham ?

[Résumé de l’éditeur]
Asema a été mise hors d’état de nuire, mais ses agissements restent entourés de mystère alors que déjà, une nouvelle menace plane sur Gotham… et sur le monde entier. Toujours ébranlé par les révélations sur son propre passé, Batman n’a d’autres choix que de quitter Gotham pour mener l’enquête sur une mystérieuse secte obsédée par l’immortalité, et qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins… ni même à s’attaquer à un ami très cher du Chevalier Noir.
Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Attention, lecture très dispensable ! Pas forcément désagréable mais qui est tellement oubliable, semble déconnectée du précédent ouvrage et qui compile plusieurs petits bouts d’histoires, qu’on n’a pas l’impression de lire un ensemble conséquent et qui se suit… En effet, Elixir se compose de Batman, ne résous pas mon meurtre, correspondant à l’annual #1 de la série Detective Comics 2025, suivi de Batman et David Rosales, élève de cinquième. Le premier récit offre une enquête inédite au Chevalier Noir : le cadavre d’un homme qui a écrit avec son sang de ne pas résoudre son meurtre (d’où le titre, cf. image également ci-dessus). La fiction est plutôt sombrement rocambolesque, piochant dans le monde de l’édition (!) et… des équations (!). C’est complètement anecdotique. Le second segment, relativement court, propose une courte collaboration entre le justicier et un collégien qui suspecte l’Épouvantail d’avoir son ancienne planque dans l’établissement scolaire. Là aussi c’est sans intérêt…
Il faut atteindre la cinquantième page pour trouver le récit le plus conséquent éponyme à l’œuvre. Elixir s’étale sur trois chapitres (Detective Comics #1097-1099), tous trois écrits par Tom Taylor et dessinés par Lee Garbett (là où tout le reste de la bande dessinée enchaîne différents artistes – voir bloc À propos). On y suit Batman et Bullock, dans une (en)quête autour de deux malfrats semblant immortels et d’anciennes légendes du GCPD corrompues. Le Pingouin s’invite à la fête – comme allié inattendu – et l’ensemble reste assez convenu dans sa démonstration.

Place ensuite à Perdus et retrouvés « suivi de trois récits complets » (sans titre pour chacun d’eux, tous tenant sur une dizaine de planches, en VO ils sont nommés – Your role in the community, The Knife and Gun Club, The Fall), correspondant à des historiettes de Detective Comics #1100, il fallait donc marquer le coup… La première remet en scène Batman avec un enfant, dans un ensemble muet (sans aucune bulle de texte donc) – la communication s’effectuant en langue des signes entre Batman et le jeune garçon à la recherche de son chien.
Le second récit montre Bruce Wayne à un dîner caritatif où il échange avec un journaliste sur les actions pour servir la ville. Le milliardaire arguant signer des chèques, agaçant son interlocuteur préférant du concret, avec en toile de fond les actions de l’alter ego justicier bien plus productives et tangibles. L’avant-dernier récit complet expose une nuit à l’hôpital où deux infirmières échangent leur point de vue quant à la croisade du Chevalier Noir et ses conséquences pour le corps médical. Enfin, l’ultime récit est une chute de Batman pour sauver (ou non) un criminel – on en retient principalement l’art de Bill Sienkiewicz.

Et voilà… Lecture rapide, sans réelle importance, rien de révolutionnaire, rien qui fait avancer le run de Tom Taylor (s’il a un plan en tête – le contraire serait surprenant), à la brève exception de l’histoire Elixir qui renoue un peu avec ce qui avait été vu dans Clémence et châtiment. Ce second opus rappelle le sixième de la série Batman de Scott Snyder (Passé, présent, futur), complètement superflu. Aparté : on peut d’ailleurs s’étonner qu’Urban Comics publie ces segments (même si on leur reprocherait s’ils ne le faisaient pas) à l’heure où ils assument n’éditer que ce qu’ils aiment/souhaitent ou se targuent d’une forme de complétisme pour certaines œuvres (qui ne le méritent pas, cf. ces deux exemples), alors que d’autres titres n’en bénéficient pas…
À ce stade, si vous avez aimé le premier tome, vous pouvez faire l’impasse sur cette première « suite » ; il faudra attendre le troisième pour véritablement replonger dans la série et espérer une intrigue plus solide et stimulante. Comme évoqué plus haut, l’ensemble est dessiné par une myriade d’artistes différents. Aucun n’est spécialement honteux, aucun ne sort non plus du lot (sauf Sienkiewicz évidemment mais c’est bien trop court). On a donc un ensemble graphiquement hétérogène (mais pas désagréable pour autant) pour sept récits (dont cinq extrêmement courts) totalement dispensables et oubliables, comme déjà dit en ouverture de critique. Bref, on était en droit d’espérer mieux de Tom Taylor d’une part, mais aussi pour « fêter » le chapitre #1100 de Detective Comics d’autre part. On garde espoir pour le volet suivant ?

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 28 novembre 2025
Contient : Detective Comics #1097-1100 + Detective Comics 2025 Annual #1
Nombre de pages : 176
Scénario : Tom Taylor, Mariko Tamaki, Greg Rucka, Dan Watters, Al Ewing, Joshua Hale Fialkov
Dessin et encrage : Lee Garbett, Mikel Janin, Alvaro Martinez Bueno, Amancay Nahuelpan, Bill Sienkiewicz, Stefano Raffaele, John McCrea, Fico Ossio, Mike Norton
Couleur : Lee Loughridge, Mikel Janin, Bill Sienkiewicz, Triona Farrell, Ulises Arreola, Arif Prianto, Giovanna Niro, Nick Filardi
Traduction : Thomas Davier
Lettrage : SCRIBGIT
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