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Gotham – S05E03 : Penguin, our Hero

Page récapitulative sur Gotham

[Histoire]
L’armée du Pingouin, principalement composée d’un personnel docile et apeuré tombe de fatigue ou s’enfuie vers « le Paradis », lieu créé par James Gordon (en vérité un refuge pour tous les citoyens avec des lits, des vivres… — citoyens qui ignorent d’ailleurs que le gouvernement les a définitivement abandonnés). Le Pingouin compte donc s’en prendre au policier…

Selina Kyle est guérie et semble avoir développé quelques super-pouvoirs… Elle cherche à retrouver Jeremiah (qui lui avait tiré dessus) et se rapproche de plus en plus de Bruce Wayne. Les deux s’associent et leur enquête les mène à une église vouant un culte à Jeremiah.

[Critique]
La relation entre Selina et Bruce est au cœur cet épisode. Sans surprise, c’est donc relativement moyen. Leur premier combat en binôme n’est malheureusement pas très crédible : comme toujours, les deux acteurs moyens « surjouent » et côté cohérence, Bruce qui se débarrasse à mains nues d’une douzaine de brutes épaisses armées semble peu plausible. Celui de Selina face au leader d’une bande de criminels est lui aussi pas forcément crédible).

Ce leader ressemble furieusement au « chef des mutants » créée par Frank Miller pour The Dark Knight Returns. Il s’agit donc d’un hommage, ou plutôt de son adaptation télévisuel — respectueuse du look mais réduisant le personnage à un idiot musclé qu’on croise éphémèrement.

Le reste de l’épisode est centré sur la dualité entre le Pingouin et Gordon. Un « jeu » classique de la fiction qui permet d’apprécier le rôle du Pingouin, envieux d’être respecté et craint, détestant ne pas être aimé et trahi. Un côté appréciable mais franchement « déjà-vu » à de multiples reprises dans Gotham.

De maigres réussites tout de même : on retrouve aussi l’assistante de Jeremiah, personnage féminin toujours aussi mystérieux — une « proto Harley Quinn » ? Le show est de plus en plus sanglant (on ne compte plus les cadavres et les scènes violentes voire « perturbantes », incluant une séquence de roulette russe géante entièrement puisée dans l’excellent film 13 Tzameti). Malheureusement, il y a toujours un décalage entre cette noirceur (et son traitement) et le casting jeune ou peu charismatique, trop « propre », qui empêche d’être prise au sérieux…

En conclusion, un épisode peu palpitant (à part les séquences « dans la piscine »), ponctué d’incrédibilités et de clichés — les discours sur l’espoir et la survie sont déjà lourds alors qu’on est seulement au troisième épisode. Il n’en reste plus que neuf pour conclure la série et on a déjà l’impression qu’elle s’est engouffrée dans ses classiques situations ou lieu d’apporter une certaine originalité…

Gotham – S05E02 : Trespassers

Page récapitulative de la série Gotham.

Après un premier épisode efficace et plutôt réussi, que vaut le deuxième de cette cinquième saison ?

[Histoire]
Pour sauver Selina Kyle, Bruce Wayne doit trouver « la sorcière », en réalité… Poison Ivy !

Barbara Kean essaie de se remettre de la mort de Tabitha (tuée par le Pingouin dans l’épisode précédent).

James Gordon et Harvey Bullock enquêtent sur une exploitation d’enfants retenus prisonniers et forcés de creuser un tunnel par un groupe de mercenaires — mené par un certain Sykes — apparemment ceux-ci sont touchés par une maladie qui les oblige à porter des masques à gaz (projetant un antidote) en continue.

Le Sphinx essaie de comprendre ce qu’il fait « la nuit » quand il ne se contrôle pas puisqu’il se réveille systématiquement sans se souvenir de ses actions de la veille…

[Critique]
Le sang coule sans retenue, la série ne traîne plus en longueurs inutiles (normal, elle a été raccourcie de moitié) et… l’ensemble fonctionne plus ou moins. Comme toujours, David Mazouz (Bruce Wayne) et Barbara Kean (Erin Richards) plombent le show à cause de leur moyen jeu d’acteur et l’écriture de leur personnage. Ils occupent un bon quart (voire un petit tiers) de l’épisode, donc toute cette partie est la moins réussie. Le reste se regarde sans déplaisir : de bonnes scènes d’action, quelques angoisses bien ficelées, chaque personnage avance de son côté, etc.

Paradoxalement, la fiction met en avant la situation inédite du no man’s land sans pour autant que le spectateur constate un réel changement par rapport à un épisode des précédentes saisons — comprendre : la ville semble être la même qu’elle soit coupée de tous ou non… Cela aurait pu se dérouler dans une autre saison que, in fine, ça n’aurait pas changé grand chose. Ce n’est pas bien grave en soi mais il y a peut-être des améliorations à effectuer sur ce point. Côté incohérence, on s’étonne — justement — de voir autant de citoyens vivre visiblement « correctement » en se détendant dans le night club de Barbara par exemple !

Pour l’anecdote, on retrouve deux rôles aperçus brièvement fin de saison quatre : Mother et Orphan (ce dernier est le futur père de Cassandra Cain, alias une Batgirl), plus ou moins puisés dans la série de comics Batman & Robin Eternal.

La grande gagnante de cet épisode reste la photographie, aussi soignée qu’à l’accoutumée voire davantage ! Quelques beaux cadrages, une ambiance anxiogène crédible et, bien sûr, un travail sur la lumière très léchée et particulièrement efficace.

Gotham – Sans peur et cent reproches

Cet article a été écrit en juin 2018 et publié dans le magazine Séries Saga #13 peu après. Il s’attarde uniquement sur les quatre premières saison de la série et s’inspire partiellement d’une ébauche d’analyse mise en ligne sur ce site qui en est devenu le complément efficace. Rappel : tous les épisodes et critiques du show sont regroupés sur cette page.

Gotham est un vrai paradoxe : une série sur la ville de Batman et sur ses ennemis mais sans la présence du Chevalier Noir, un casting totalement inégal, une qualité (d’écriture et de réalisation) oscillant constamment entre le médiocre et le bon, des audiences en baisse alors que le show s’améliore… Décryptage.

En mai 2018, les fans de Gotham ont retenu leur souffle. La quatrième saison venait de se terminer et il était possible que ce soit la dernière car la série ne serait pas forcément renouvelée. Mais il y aura finalement davantage que 88 épisodes : elle a décroché de justesse une ultime saison, raccourcie de moitié (12 épisodes au lieu des 22 habituels, portant le total à 100). Cette cinquième salve, diffusée depuis début 2019, a la lourde tâche de conclure efficacement la fiction, surtout si Gotham veut passer la difficile épreuve de la postérité.

La série avait rassemblé plus de 8 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du pilote, à l’automne 2014 sur la chaîne Fox, avant de tomber à un peu plus de 2 millions en mai 2018 lors du dernier épisode de la quatrième saison (No man’s land). Emmenée par Bruno Heller, créateur et showrunner de l’excellente mini-série Rome (2005) et de la célèbre mais plus moyenne The Mentalist (2008-2015), Gotham a en effet immédiatement divisé son public. Les épisodes initiaux empilaient maladresses et défauts. Et malheureusement, la série (qui a pris pour point de départ l’assassinat des parents de Bruce Wayne) a continué sur la même voie tortueuse, sans trouver le réel équilibre « parfait », entre action, drame et policier (et même fantastique) aux yeux des fans — toujours exigeants — de l’indémodable Batman, qui fête ses 80 en 2019. Reste tout de même des éléments fascinants. Et d’incontestables réussites. On récapitule.

Une galerie de vilains quasiment complète

Axer son récit sur des enquêtes de James Gordon à Gotham City, tout en montrant l’évolution d’un jeune Bruce Wayne endeuillé et la « naissance » de plusieurs ennemis emblématiques de Batman ? Sur le papier, le projet était ambitieux et audacieux. Très séduisant, aussi, forcément, pour les passionnés de la mythologie du Chevalier Noir. Mais à l’écran, le rendu est vite bancal car les scénaristes s’entêtent à vouloir tout montrer très vite au lieu de « prendre leur temps ». On suit donc l’ascension de James Gordon, campé par un Ben McKenzie peu charismatique, au sein du GCPD (la police de la ville, pas mal corrompue). Il est épaulé par son acolyte Harvey Bullock, bourru mais sympathique (Donald Logue, impeccable), l’une des bonnes idées de la série. Les forces de l’ordre ont beaucoup de travail entre les criminels de seconde zone et les fous qui « s’émancipent » dans la ville.

En parallèle, le futur milliardaire Bruce Wayne devient donc orphelin (le meurtre de ses parents ouvre la série) et débute un entraînement pour rendre la justice et combattre le crime et la pègre à sa manière. Bruce est joué par David Mazouz qui est « LA » principale erreur de Gotham tant l’enfant (puis adolescent) est agaçant et ne brille pas particulièrement par son jeu d’acteur. Ce double problème de casting (Ben McKenzie et David Mazouz) ne se résout malheureusement pas avec le temps mais on reconnaîtra volontiers quelques beaux moments à McKenzie. Les deux personnages principaux de la série souffrent à la fois d’une écriture maladroite (l’évolution de Bruce est parfois risible) et d’une performance d’acteur plutôt limitée. Dommage…

Certains personnages « gentils » sont plus réussis et charismatiques, comme Alfred Pennyworth (Sean Pertwee), autoritaire, violent mais protecteur, et Lucius Fox (Chris Chalk), figure paternaliste complémentaire, déjà portée sur les inventions. Mais il faut se tourner vers les criminels de Gotham pour apprécier de bonnes idées de casting (mais pas toujours, comme nous allons le voir). On se rend compte, d’abord, que Gotham s’éloigne de la chronologie plus ou moins officielle de Batman (celle des comics et des films) puisqu’une dizaine d’années avant que le justicier masqué ne signe ses premiers faits d’armes, quasiment tous ses ennemis sont déjà présents dans la ville ! La plupart sont même déjà adultes et « à l’œuvre » (en tant que méchants donc). Un aspect inédit qu’il faut se forcer à accepter pour apprécier pleinement Gotham (quitte à considérer la fiction comme un elseworld). Le show réussit donc l’exploit, en 88 épisodes (4 saisons de 22 épisodes), de présenter pêle-mêle le Pingouin, l’Homme-Mystère (le Sphinx), Le Chapelier Fou, L’Épouvantail, Hugo Strange, Victor Zsasz, Poison Ivy, Gueule d’Argile, la Cour des Hiboux, Mister Freeze, le Professeur Pyg, Ra’s Al Ghul, Carmine et Sofia Falcone, Salvatore Maroni, Firefly et deux versions du Joker (on y reviendra plus tard), ainsi que d’autres antagonistes très secondaires ou créés pour cette adaptation télé. Ne manquent donc que Killer Croc, le Ventriloque, Bane et Man-Bat, sachant que ces trois derniers seront (normalement) dans la cinquième et ultime saison (même si Man-Bat et Killer Croc ont déjà été brièvement aperçus en caméo ou rôle tertiaire).

Des réussites exemplaires…

Parmi cette galerie de criminels, certains excellent. Le  traitement des personnages est plus ou moins fidèles à leurs versions de papier et quand il propose une lecture totalement inédite, celle-ci se révèle parfois très réussie. C’est le cas d’Oswald Cobblebot, alias le Pingouin (excellent Robin Lord Taylor), qui débute comme homme de main avant de gravir les échelons de la pègre et se faire un nom, avec une cruauté « sans faille », une dimension théâtrale mais aussi un côté très torturé. On lui prête même un penchant amoureux pour… Edward Nygma ! Une situation sans précédent mais bien écrite. Oswald ne ressemble d’ailleurs pas à l’image collective nourrie par les comics, le film Batman, le Défi (de Tim Burton) et la série d’animation de 1992 puisqu’il est maigre et doté d’une coiffure atypique. Bien loin du « petit obèse » qu’on imagine.

Le personnage du Sphinx (The Riddler en VO), alias Edward Nygma, est également soigné. Il gagne en maturité et en charisme au fil des épisodes. Il est d’ailleurs collègue de Gordon au GCPD dans un premier temps ! Cet Homme-Mystère (parfait Cory Michael Smith) apporte une réelle plus-value au show puisque ses dernières apparitions à l’écran (Frank Gorshin dans la série Batman des années 1960 puis Jim Carrey dans le film Batman Forever de 1995, signé Joel Schumacher) étaient plutôt « comiques » et oubliables. Autres franches réussites : Jarvis Tetch, a.k.a. le Chapelier Fou (Benedict Samuel, aperçu dans The Walking Dead), qui rend « crédible » un ennemi plutôt discret habituellement dans les comics, jeux vidéo et films consacrés au Caped Crusader, et pourtant passionnant, le Professeur Pyg, alias Lazlo Valentin (Michael Cerveris), véritable boucher effrayant qui donne du fil à retordre aux héros durant plusieurs épisodes (de la quatrième saison), Sofia Falcone (Crystal Reed), rusée et ambitieuse, plus intéressante que son père (Carmine Falcone, joué par John Doman) et, enfin, la deuxième mouture de l’Épouvantail, Jonathan Crane de son vrai nom. Deux acteurs se succèdent dans ce rôle (Charlie Tahan puis David W. Thompson) et on retient surtout la version « définitive » de cet ennemi se nourrissant des peurs de ses victimes, celle costumée et effroyable (donc en quatrième saison principalement).

Impossible de ne pas parler du « proto Joker », de Jerome et Jeremiah Valenska, quand on analyse Gotham (et, surtout, quand on évoque ses atouts). Qui sont Jerome et Jeremiah Valenska ? Deux frères jumeaux qui seront tour à tour deux incarnations différentes du « Joker ». Mais attention, il ne s’agit pas de la version définitive du Joker : pour l’instant il s’agit du « proto Joker », surnom dont les fans ont affublé ce personnage en gestation. Les deux frangins sont magnifiquement campés par Cameron Monaghan, qui mystifie l’éternel Clown du Crime et s’avère être la véritable révélation de la série. On l’avait principalement vu dans la sixième saison de Malcom et, surtout, dans le rôle de Ian Gallagher dans la version américaine de la série Shameless (depuis 2011).

Dans un premier temps, Jerome est présenté comme une personne normale avant de dévoiler sa folie destructive et d’être enfermé à Arkham. De plus en plus déjanté et meurtrier, il est tué puis ressuscité (et mutilé) avant de mourir « à nouveau » et de transmettre son héritage par l’intermédiaire de son frère Jeremiah. Ce dernier, nettement plus sérieux et studieux mais tout aussi effrayant, poursuit la « mise en place » de l’anarchie dans Gotham. Une vision totalement inédite du Joker, rappelant aussi bien Jack Nicholson (dans le Batman de Tim Burton) que Heath Ledger (dans The Dark Knight de Christopher Nolan). Si Monaghan semble s’inspirer des deux, il apporte à son personnage une originalité rarement atteinte jusqu’ici et il a déjà rejoint les meilleures performances du Clown du Crime. Les téléspectateurs  les plus exigeants regretteront peut-être les pirouettes scénaristiques un peu trop faciles (la résurrection puis le frère jumeau qui débarque de nulle part). Les fans intransigeants, eux, déploreront peut-être une approche finalement trop semblable au Joker des autres médiums (comics, films…). Une amitié entre lui et Bruce Wayne, à la manière de ce qu’avait proposé le jeu Batman : The Telltale Series, aurait été davantage surprenante et singulière.

…et des loupés épiques

Malheureusement Gotham souffre de la présence d’une autre galerie d’ennemis complètement ratés. Il y a tout d’abord l’insupportable trio féminin composé de Barbara Kean (Erin Richards), Fish Mooney (Jada Pinkett Smith) et Tabitha Galavan (Jessica Lucas). On a ici à la fois un problème d’écriture et de casting. Les trois femmes jouent globalement mal et leurs rôles sont ridicules. On ne sait pas trop si Barbara Kean était censée être « LA » Barbara Gordon (elle est en couple avec James Gordon dans les premiers épisodes) mais sa trajectoire est surréaliste (elle devient la reine du crime, la protégée de Ra’s Al Ghul puis se retrouve à la tête de la Ligue des Ombres, etc.). Jamais le spectateur n’est effrayé par Barbara ou n’arrive à la prendre au sérieux. Idem avec Fish Mooney, créée spécialement pour le show : impossible de la trouver crédible malgré de beaux moments, trop rares pour être véritablement marquants. Quant à Tabitha, si son arrivée (en saison 2) a été bénéfique à la série, son histoire d’amour improbable avec Butch (cf. paragraphe suivant) et sa piètre évolution l’ont rapidement rendue inintéressante. Il est incompréhensible que les showrunners tardent à les tuer tant les trois sont décriées et conspuées sur la Toile (Mooney est enfin morte mais vu que la résurrection est monnaie courante dans  la fiction, on ne sait jamais). Selina Kyle (Camren Bicondova), future Catwoman, empiète sur les plates-bandes des trois mais son parcours reste un chouïa plus palpitant que celui de ses aînées (même s’il est aussi assez ennuyant quand il est corrélé à celui de Bruce — et c’est souvent le cas).

Butch Gilzean — in fine Solomon Grundy (Drew Powell) — a quelques belles envolées mais se montre le plus souvent peu passionnant et, lui aussi, plutôt ridicule. Même son de cloche pour Hugo Strange, pourtant interprété par B.D. Wong (Oz, Mr. Robot…). Ce n’est pas forcément l’écriture du personnage qui fait tâche mais ses mimiques et son côté « low-cost » bizarre… Victor Zsasz (Anthony Carrigan) a un problème inverse : le comédien est plutôt bon et particulièrement charismatique mais le criminel suit une voie totalement improbable, surtout par rapport à sa version comics. Gueule d’Argile (Brian McManamon) est complètement sous-exploité alors qu’il apportait une certaine originalité et de multiples possibilités d’histoires. Là aussi, c’est dommage. Victor Fries (Nathan Darrow) était un peu soigné au départ (la trame reprenant l’histoire de sa romance tragique) avant de devenir un antagoniste de seconde zone. C’est l’inverse aussi pour Ra’s Al Ghul (Alexander Siddig) : dans un premier temps plutôt pitoyable, le grand immortel revient, dans un second temps, sous forme spectrale et zombiesque terrifiante. Mais, hélas, de façon trop éphémère.

L’insoluble équation qualitative (1)

On l’a vu, le profond déséquilibre du casting (et encore, on n’a pas parlé de tout le monde ! — Azrael, Poison Ivy… (1)), que ce soit dans l’écriture et l’évolution des personnages ou le jeu des acteurs et actrices, a pour effet de priver Gotham d’un intérêt plus prononcé. On constate malheureusement la même chose pour tous les aspects techniques du show. Certains sont réussis, d’autres complètement ratés. On applaudit, par exemple, la photographie plutôt soignée de chaque épisode, ainsi que le rythme (on ne s’ennuie pas). On apprécie aussi les costumes, les maquillages et les effets spéciaux (mais pas tous). On doit aussi saluer un « certain respect » de la mythologie de Batman (voir encadré sur les comics en bas de cet article). Celle-ci est parfois bousculée intelligemment. Ou désacralisée risiblement… Le résultat, c’est qu’on a du mal, une fois de plus, à apprécier pleinement Gotham devant un scénario tantôt malin, tantôt affligeant. De même, les incohérences sont nombreuses et la crédibilité de l’ensemble est bien mise à mal. Enfin, une musique peu mémorable et divers petits défauts (trop de plans d’intérieurs de Gotham, etc.) plombent une série qui possédait pourtant un potentiel énorme.

Ne sachant jamais quel spectateur viser, la Fox a d’abord tenté le « grand public familial » en imposant une enquête par épisode. La production a revu sa copie pour améliorer le show et proposer des arcs narratifs s’étalant sur plusieurs épisodes, tout en ciblant un public plus « adulte » grâce à une veine plus sombre, voire franchement gore. Les errements sont peut-être aussi imputables à la Warner Bros qui a imposé des restrictions discutables à la Fox, comme le dévoilait l’acteur Cameron Monaghan sur son compte Twitter en mai 2018. L’utilisation du nom du Joker est ainsi prohibé dans Gotham ! Idem pour les cheveux verts iconiques du Clown du Crime ! Un comble pour une série sur Batman… Il se murmure d’ailleurs aussi que le nom « Batman » ne doit pas être utilisé (seul « Dark Knight » est affiché en promotion et, pour l’instant en tout cas, jamais prononcé dans le show). Le but serait de préserver ces prestigieuses appellations pour le cinéma, afin de ne pas embrouiller les spectateurs (les croit-on si stupides que cela ?). Du côté du grand écran, entre le Joker de Jared Leto (Suicide Squad) et celui de Joaquin Phœnix (dans le film de Todd Phillips, actuellement en post-production), on ne sera a priori pas perdus, donc les craintes paraissent quelque peu infondées.  Si l’on comprend la volonté de ne pas céder à la tentation d’un univers partagé entre petit et grand écrans (ArrowVerse, Gotham, DCEU, « Titans »…), cette suppression de termes officiaux au sein de la série la dessert plus qu’autre chose.

La dernière chance

Il reste une ultime occasion de se rattraper pour Bruno Heller (qui travaille en parrallèle sur une fiction centrée sur… la jeunesse d’Alfred ! — voir dernier encadré en bas de cette page) et ses scénaristes dans la cinquième et dernière saison. Pour cela, il faut gommer les défauts de la série évoqués plus haut, oser tuer tous les personnages inutiles, voire pathétiques, et proposer une ellipse temporelle de plusieurs années pour changer l’acteur principal qui joue Bruce Wayne (David Mazouz) et qui devrait, en toute logique, devenir l’homme chauve-souris en fin de show. Le jeune comédien pourrait intervenir dans les premiers épisodes avant de laisser place à une version plus adulte de lui, par exemple. Si cette saison 5 réussit le tour de force de balayer les (nombreux) problèmes qu’on a listés pour offrir une œuvre aboutie (donc « une forte proposition de série »), avec une vraie patte artistique et une écriture plus pointue, alors Gotham pourra se targuer d’avoir rejoint la courte liste des séries de super-héros incontournables (Daredevil trône sans peine tout en haut actuellement). On n’est pas très optimistes quand même et on craint que ce programme finira au cimetière des séries à fort potentiel exploitées maladroitement. Un objet vaguement divertissant et vite oublié. Début de réponse en janvier 2019.

(1) – Titre originel de cette analyse publiée sur ce site après la vision des quatre saisons dans laquelle sont effectivement listés TOUS les personnages sous forme de tableau. Ce présent article se veut la « suite et fin » qui le complémente aisément.

LES INSPIRATIONS COMICS

Gotham puise dans quelques séries de bandes dessinées de Batman pour alimenter ses épisodes. Impossible de ne pas penser à Gotham Central, une excellente histoire se concentrant sur le quotidien du GCPD (l’homme chauve-souris est relativement en retrait puisque le but est de s’attarder sur les policiers). Scénarisée principalement par Greg Rucka et Ed Brubaker, cette série est disponible en quatre tomes chez l’éditeur Urban Comics. Elle a obtenu un grand succès critique et de nombreuses récompenses, indispensable pour les fans ! On pense également à quelques histoires moins connues du « grand public », comme Batman – Terre Un (Earth One en version originale). Une version alternative de la mythologie de Batman dans laquelle Alfred est proche de la vision de Gotham : svelte, bagarreur, radical, autoritaire, etc. Batman – Terre Un compte actuellement deux tomes, tous deux en vente en France. Le troisième devrait sortir aux États-Unis en 2019 (sans doute la même année chez nous).

 

Enfin, la fin de la saison 4 (et surtout la 5 désormais) évoque l’immense arc narratif No Man’s Land. Cette très bonne saga s’éparpille sur six tomes ainsi qu’un autre introductif, Cataclysme, et se poursuit plus ou moins dans New Gotham (en trois volumes). On y retrouve principalement Greg Rucka à l’écriture des scénarios, ainsi qu’Ed Brubaker, comme pour Gotham Central, et Jeph Loeb. Soit trois valeurs sûres dans le milieu. Tous ces volumes sont disponibles en France, toujours chez Urban Comics. La  cinquième saison de Gotham s’inspire d’ailleurs davantage de No Man’s Land avec une ville coupée de tous les accès extérieurs, à l’instar du film The Dark Knight Rises (son réalisateur, Christopher Nolan, avait déjà pioché dans cette saga culte).

L’histoire L’An Zéro, qui correspond aux tomes 4 et 5 de la série Batman (qui en compte neuf au total), devrait elle aussi au cœur de la cinquième saison (même si son premier épisode éponyme n’a finalement pas du tout pioché dedans). D’une manière générale, le show de Bruno Heller se sert surtout des personnages de la mythologie du Chevalier Noir, très connus ou plus confidentiels, et non dans des arcs narratifs de bandes dessinées spécifiques. Comme le personnage de Sofia Falcone (brillamment jouée par l’actrice Crystal Reed), principalement puisée dans l’excellent Batman – Amère Victoire, suite du tout aussi indispensable Batman – Un Long Halloween, dans lequel elle apparaissait brièvement. À noter également que le visage du premier « proto Joker », lorsqu’il est mutilé et « enlevé », correspond à la version papier aperçue dans le troisième volume de la série de comics Batman (celle en neuf tomes). De même, l’un des looks du second « proto Joker » (en fin de saison 4, avec son chapeau notamment) est très semblable à celui du livre Killing Joke, autre comic-book incontournable.

UNE SÉRIE SUR… LA JEUNESSE D’ALFRED !

En mai 2018, Bruno Heller, tête pensante de Gotham, a dévoilé son nouveau projet : une série sur le passé du célèbre majordome des Wayne, Alfred Pennyworth ! Un autre préquel de l’univers de Batman qui s’intitulera tout simplement Pennyworth. Il comportera 10 épisodes et sera diffusé sur la chaine américaine Epix. Le show explorera les origines d’Alfred dans le Londres des années 1960. Avant d’être majordome, Alfred était soldat, ancien des forces spéciales des Forces armées britanniques, le SAS (Special Air Service). Il est ensuite devenu gérant d’une entreprise de sécurité, ouverte avec Thomas Wayne, le père de Bruce. Ce sont ces deux éléments qui seront mis en avant dans Pennyworth. On sait aussi, à travers les comics, qu’Alfred fut comédien et espion (et il a eu plusieurs histoires d’amour) mais on ignore si cela sera reprit dans la série qui, problème de droits entre les chaînes oblige, ne se déroulera pas officiellement dans le même univers que Gotham (diffusée par la Fox). On ne verra donc pas l’acteur Sean Pertwee reprendre son rôle, plutôt marquant et réussi au demeurant.