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Batman/Catwoman

Publié au sein du Black Label (qui permet aux auteurs de sortir de la complexe chronologie du Chevalier Noir), le titre Batman/Catwoman est écrit par Tom King, à l’œuvre de la très longue série Batman Rebirth où le couple entre Bruce et Selina occupait déjà une place importante. À mi-chemin entre la « suite » de son run et une œuvre parallèle, Batman/Catwoman est séduisant par bien des aspects mais se vautre de temps en temps. Critique d’un one-shot qui s’ouvre sur… la mort du Chevalier Noir (déjà publié dans À la vie, à la mort).

[Résumé de l’éditeur]
Batman et Catwoman se sont rencontrés, sont tombés amoureux et ont eu une vie heureuse. À la mort de Batman, Catwoman règle les derniers comptes d’une vie passée à évoluer entre les ombres. Son compagnon disparu, elle a désormais toute latitude pour rendre visite, une dernière fois, à une vieille connaissance à l’humour douteux…

[Début de l’histoire]
Voir critique d’À la vie, à la mort.

[Critique]
Voilà une bande dessinée touchante et singulière, à réserver en priorité aux fans de Catwoman (ça aurait pu/du s’appeler simplement Catwoman, la mention de Batman n’est pas pertinente) et/ou à ceux qui avaient aimé le travail de Tom King (qui sera une fois de plus clivant) sur le mythique couple, ainsi qu’aux lecteurs souhaitant voir ce qu’est devenue Andrea Beaumont, personnage principal et inoubliable de l’excellent film Batman contre Fantôme Masqué (Mask of the Phantasm) – qui n’avait jamais réellement eu droit à une présence dans les comics (ni à une « suite »), à l’inverse d’Harley Quinn.

Batman/Catwoman prolonge dans un futur lointain ce qu’avait proposé le scénariste dans À la vie, à la mort, comprendre : Bruce Wayne est mort, Selina est une veuve fortunée, sa fille Helena (née de son union avec Bruce bien sûr) a pris la relève pour protéger Gotham en tant que Batwoman (et Dick Grayson est devenu le commissaire du GCPD). Passé ce constat, Selina retrouve le Joker et le tue une bonne fois pour toute… Sa vie se poursuit, entremêlée de nombreux souvenirs et, notamment, d’une filature complexe de l’époque où elle était avec Batman. Tous deux couraient après le Fantôme Masqué (alias Andrea Beaumont), elle-même poursuivant le Joker (n’en dévoilons pas davantage).

On navigue donc entre le passé et le présent (ce dernier étant donc un futur hypothétique) où Selina croise d’anciennes figures alliées ou ennemies. La fiction bénéficie d’un double fil rouge narratif (et d’une double voire triple temporalité) qui la rend palpitante. D’un côté l’évolution des protagonistes après la mort de Bruce/Batman, d’un autre l’enquête du Chevalier Noir et de la Femme Féline sur un enfant disparu, le tout entrecoupé donc par le Joker et le Fantôme Masqué et, surtout, les aléas de la vie de couple de Bruce et Selina. C’était l’un des points forts de la série Batman Rebirth (dont on retrouve quelques « extensions » ici comme la sortie entre couple avec Lois et Clark) : l’écriture si « juste » sur l’amour entre ce couple mythique. Pas besoin d’ailleurs de connaître ou avoir lu Batman Rebirth pour apprécier la BD comme un récit complet.

Tom King poursuit donc son travail et si le lecteur l’avait déjà aimé, pas de raisons qu’il n’accroche pas davantage. Batman/Catwoman s’étale sur douze chapitres, tous titrés par le nom d’une chanson (on y reviendra). Le récit s’ouvre sur un épisode à part (Batman annual #2) déjà publié (À la vie, à la mort donc) qui offre une solide introduction et contextualisation pour ceux qui ne l’avaient pas découvert auparavant. Une fois achevée, l’histoire est enrichie de trois chapitres spéciaux : Interlude, Helena et Héritage (ce dernier déjà publié dans Batman Bimestriel #13 et le cinquième et dernier tome de Batman : Detective sous le titre Histoire de fantômes). Tous proviennent de différentes séries ou publications inédites. Ces segments s’attardent sur différents moments de la vie de Selena, principalement son enfance et son parcours de voleuse, son idylle avec Bruce, sa grossesse, etc. Helena apparaît surtout quand elle fait ses premiers pas comme héroïne. Bruce est lui aux prises avec Dr Phosphorus.

En synthèse, le volume frôle les quatre cent cinquante pages mais n’est jamais indigeste, au contraire (sans oublier les traditionnels bonus : couvertures alternatives, recherches et un texte hommage à John Paul Leon (décédé en 2021 – il avait dessiné une toute petite partie d’Interlude – et est surtout connu pour l’atypique Créature de la nuit). La lecture a beau être aisée et globalement passionnante, elle n’en demeure pas moins « pénible » à plusieurs égards. Tout d’abord, l’omniprésence de chansons de Noël tout au long de la bande dessinée. Leurs titres sont aussi ceux des chapitres et leurs paroles (en anglais) occupent une certaine place en début de chaque épisode… Problème : en France la plupart de ces morceaux ne sont pas connus donc impossible de les « lire » avec leur air musical en tête ou – éventuellement – d’en saisir un double sens dans le texte. Cela gâche un peu l’immersion…

Ensuite, autre élément un peu pénible en lecture : les dialogues comportent beaucoup de mots vulgaires qui sont, comme toujours, écrit par des symboles (« Nom d’un @$@%@ », « Tout ça, c’est un @%@% de mensonge ?! »…). C’est la même chose en version originelle et peut-être qu’Urban n’a pas le droit de proposer un mot écrit alphabétiquement et donc « normalement » à la place mais c’est vite gonflant car passé le premier tiers du livre, ça prend une proportion hallucinante (presque un par planche !). Entendons-nous bien, la problématique n’est pas d’usiter d’insultes ou termes trop familiers, mais d’en utiliser trop (le cas ici, cela manque d’une certaine fluidité et d’un « son de lecture» peu agréable) et de ne pas les nommer directement.

C’est certes un détail mais c’est un peu dommage. Pour pinailler, évoquons la non lisibilité des titres des chapitres quand ils sont écrit pile au milieu de la double page qui coupe chaque épisode. Impossible d’ouvrir davantage le livre sans l’abîmer sinon. Encore une fois : ce n’est foncièrement pas grave non plus. Les seuls « vrais » défauts de Batman/Catwoman relèvent d’une certaine autre subjectivité. L’écriture autour de Selina rend de temps en temps (souvent ?) le personnage assez antipathique… C’est peut-être voulue, ou bien c’est une impression sommaire. Heureusement, la femme (dans ses jeunes années ou lorsqu’elle est âgée) est aussi (souvent ?) touchante et sonne « juste ». C’est donc probablement fait exprès mais c’est spécial… On fermera les yeux sur les capacités physiques hors-norme pour une personne qui a probablement soixante-dix ans voire davantage (sans parler du costume ridicule le temps de quelques cases).

Enfin, second élément qui fait tâche : les dessins de Clay Mann autour des femmes. L’artiste est brillant et signe ici l’une de ses meilleures œuvres (on en parle plus loin) mais – comme toujours – il ne peut s’empêcher de montrer ses corps féminins dans des postures sexuées, des tenues aguichantes, des poitrines et fessiers en avant, des costumes très moulants, etc. Si parfois ça fonctionne et fait presque sens pour la narration (Catwoman qui tourne autour de Batman, le couple qui fait l’amour…), trop souvent c’est complètement gratuit et semble relever de fantasmes adolescents… Un problème déjà soulevé (avec une analyse plus poussée qu’ici) dans Heroes in Crisis – également écrit par Tom King. Quand Mann est remplacé par Liam Sharp, ce dernier tombe également dans cette facilité mais à de rares occasion.

Même si l’on s’attarde sur ces quelques défauts (non négligeables certes), Batman/Catwoman reste une œuvre plutôt singulière dans le genre qu’on recommande (comme dit : surtout pour les amoureux de Selina et des travaux de King). Le titre offre également enfin une place de choix au Fantôme Masqué (il n’est pas obligatoire de connaître le film animé éponyme mais cela facilite grandement la compréhension). Curieusement, Andrea Beaumont n’avait jamais bénéficié d’une « seconde vie » en comics, c’est désormais le cas. Rien que pour cela il ne faut pas faire l’impasse sur Batman/Catwoman !

Difficile de détailler davantage le contenu de cette longue aventure sans gâcher un certain plaisir de découverte. Les dialogues fusent, les allers et retours entre les différentes époques également, sans qu’on s’y perde. Là-dessus, la BD est remarquable et offre une passionnante plongée au cœur d’une relation compliquée entre les convictions de chacun et les sacrifices nécessaires dans un couple. La difficulté de retrouver une certaine liberté et la quête d’un bonheur (utopique ?). C’est dans ces moments-là qu’excelle Tom King, quand il met à nu et tente de rendre plausible la réalité d’un couple fictif mais iconique et ancrée dans l’ère du temps, sans jamais dénaturer leur ADN (sauf, peut-être, Selina une fois âgée).

Graphiquement, Lee Weeks et Michael Lark signent À la vie, à la mort, une fois de plus se référer à la critique dédiée pour découvrir les illustrations et le style épuré qui convenait à merveille à l’histoire. Clay Mann s’occupe ensuite de neuf chapitres sur douze. L’artiste excelle à tous points de vue, conférant de magnifiques compositions, nocturnes ou diurnes, surtout durant les séquences dans le passé, dans Gotham entre autres. Si on met de côté les problèmes corporels féminins évoqués plus haut, l’ensemble est sublime, les traits sont fins, élégants et très précis, bien aidés par la colorisation sans faille de Tomeu Morey.

L’atmosphère froide et souvent austère qu’il se dégage jongle avec la chaleur de l’intérieur (dans le Manoir Wayne par exemple) et tire la cohérence graphique vers le haut. Liam Sharp intervient le trois de trois épisodes (sept, huit et neuf) dans un style moins conventionnel, un subtil mélange rappelant Dave McKean (L’Asile d’Arkham…), Sam Kieth (Batman : Secrets…) ou carrément Bill Sienkiewicz (qui a signé une couverture alternative). Visuellement, l’ensemble est donc majoritairement somptueux (cf. les illustrations de cette critique, près de quarante images avaient été sélectionnées initialement, difficile de choisir !).

La distribution est complétée pour les autres épisodes bonus par John Paul Leon, Bernard Chang et Mitch Gerads (Interlude – qui aurait du être placé en dernier tant sa conclusion est« parfaite » pour définitivement refermer cet univers), Michael Larks (À la vie, à la mort), Mikel Janin (Helena) et Walter Simonson (Héritage). En résulte des styles plus ou moins différents mais cohérents (à l’exception de Simonson).

Le titre a beau être imparfait, il s’intercale parfaitement comme une lecture divertissante ET de réflexion, dans un univers à la fois familier (le passé) et novateur (le « futur ») qu’on aimerait voir développer : comment Helena combat le crime ? La séduisante proposition graphique (imparfaite elle aussi comme évoquée plus haut) épouse brillamment le propos et permet à Batman/Catwoman de rejoindre les coups de cœur du site. Attention, l’épais ouvrage coûte tout de même 35 €, la fourchette haute des prix chez Urban… À feuilleter impérativement avant l’achat donc, et à ne pas prendre si on n’est pas très fan de Selina/Catwoman. Pour les autres, aucune raison de se priver de ce titre atypique dont quelques planches prennent aux tripes.

Pour l’anecdote, une édition limitée à 500 exemplaires avec une couverture de Jim Lee (loin d’être la meilleure, à la fois de l’artiste ou de celles de Batman/Catwoman) a été proposée sur la boutique Original Comics. Cela semble très étonnant vu le discours tenu par son fondateur envers l’industrie au global et, surtout, contre Urban Comics mais bon…

Ce qui est dommage c’est que les autres versions du livre (les « normales » donc) ont le logo d’Original Comics sur la page des des crédits à la fin. Ce n’est clairement pas grave (même si pas très sympathique pour les libraires indépendants) mais si vous connaissez un peu le milieu  du « comics game » et cette boutique, c’est agaçant.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 novembre 2022.
Contient : Batman/Catwoman #1-12 + Special + Annual #2 + Detective Comics #1027 + 80th Anniversary

Scénario : Tom King
Dessin : Clay Mann, Liam Sharp, Lee Weeks, John Paul Leon, Bernard Chang, Mitch Gerards, Michael Lark, Mikel Janin, Walter Simonson
Encrage additionnel : Shawn Crysal
Couleur : Tomeu Morey, Liam Sharp, Mitch Gerads, Dave Stewart, Elizabeth Breitweiser, June Chung, Jordie Bellaire, Laura Martin

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legrand, Coralline Charrier, Lorine Roy et Stephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Batman/Catwoman (35 €)








 

Batman & Flash : Le prix (épilogue et « suite » d’Heroes in Crisis)

Court récit en quatre chapitres (les #64-65 des séries Batman et The Flash – toutes sous l’ère Rebirth), Le prix a été publié en France dans le magazine Batman Bimestriel #5 (mars 2020) puis dans le huitième tome de Flash (Rebirth) au titre éponyme (juin 2020).

Néanmoins, cette histoire est plutôt une sorte d’épilogue d’Heroes in Crisis, s’inscrivant dans des segments bien précis du run de Tom King sur Batman et celui de Joshua Williamson sur The Flash. Aux États-Unis, Le prix (The price en VO – correspond au prix de la justice et au prix à payer suite aux évènements survenus dans Heroes in Crisis) a même bénéficié d’une publication en librairie dans Heroes in Crisis – The Price and other stories (avec un chapitre annual de Flash – inclus dans le tome huit de Flash Rebirth – et trois épisodes de Green Arrow – inédits en France). Critique puis récapitulatif de l’ensemble des séries DC Comics impactées.

[Résumé de l’éditeur]
Une vieille affaire de la Ligue de Justice vient tout juste de refaire surface. Pour résoudre cette enquête qui risque fort de laisser des traces, les deux plus grands détectives de l’Univers DC ne seront pas de trop. Ensemble, Batman et Flash vont devoir affronter un démon du passé… et enterrer les leurs au passage. Mais une question demeure : qui tire les ficelles ?

[Début de l’histoire]
Le musée Flash est attaqué à Central City. Le Chevalier Noir et le Bolide Écarlate aident les citoyens présents.

En enquêtant sur le responsable de cet attentat, les pistes mènent vers… Gotham Girl !

Batman et Flash coopèrent malgré les rivalités entre eux et découvrent un laboratoire secret dans lequel l’ancienne justicière tente de ramener son frère à la vie grâce au Venin de Bane et à la technologie de Freeze.

Barry Allen tombe aussi sur un masque provenant du Sanctuaire (cf. Heroes in Crisis) remettant en question l’intégrité de Batman dans cette affaire et une précédente…

[Critique]
En complément du titre Le prix, il convient de revenir sur Trop de bolides ! (The Flash annual #2 – 2019) qui ouvre le huitième tome de Flash (Rebirth). Dans ce segment on découvre la réaction de Barry Allen quand il apprend que Wally West est mort (cf. le début d’Heroes in Crisis). Fou de rage, il court et s’émancipe au cœur de la Force Véloce dans laquelle se cachait son ennemi Godspeed (un ex policier ami de Barry, August Heart). En parallèle, Kid Flash (anciennement Impulse) fait son retour ; il s’agit de Bart Allen le… petit-fils de Barry et Iris, venu du futur et élevé en réalité virtuel. Iris West (compagne de Barry et tante de Wally) n’est justement pas au courant de la mort de son neveu et Barry tarde à lui annoncer. Enfin, il semblerait qu’un mystérieux ennemi tire les ficelles en utilisant Godspeed (à priori Captain Cold – si un lecteur des Flash Rebirth veut confirmer en commentaire, merci d’avance ! – mais cela a peu à voir avec l’objet de cette critique).

Un résumé peut-être complexe (surtout si l’on n’est pas familier des aventures des bolides écarlates) mais qui montre bien les réactions de Barry et Iris en marge du début d’Heroes in Crisis. La « suite » est à découvrir dans Le prix (qui se déroule après ladite « crise ») et reprend justement les tensions entre Barry et Iris lors de l’enquête commune entre Flash et Batman sur Gotham Girl. Il s’agit, une fois de plus, d’une introspection chez les super-héros, tirant cette courte histoire vers le haut. Joshua Williamson (l’habituel auteur de Flash période Rebirth) signe le scénario, continuant ce qu’avait insufflait Tom King (dans Batman Rebirth ET dans Heroes in Crisis).

Côté dessin, on retrouve Guillem March (Joker Infinite, Catwoman) pour les chapitres Batman #64-65 et Rada Sandoval pour The Flash #64-65, tous deux accompagnés de Tomeu Morey à la colorisation. Graphiquement, le titre sonne comme un bon « comic book » mainstream, oscillant entre de belles séquences d’action lisible et des palettes rouges et jaunes (Flash), bleues et vertes (Gotham Girl) et bien sûr sombres (Batman). De quoi suffire pour assurer un spectacle cohérent malgré les deux dessinateurs différents.

Le prix est plutôt palpitant mais s’inscrit à la fois en tant qu’épilogue d’Heroes in Crisis (aucun intérêt de le lire si on ne connaît pas ce dernier) et poursuite du run de Williamson sur Flash (notamment après le chapitre annual décrit plus haut) mais aussi du run de Batman (écrit à l’époque par Tom King). En effet, en replaçant Gotham Girl (Claire Clover) au centre du récit, Le prix propose donc une sorte de fiction « trois en un ». Autant dire que le lecteur complètement néophyte sera perdu.

La fiction emporte le lecteur sur une investigation menée tambour battant par le duo de détectives héroïques (à l’instar de ce qu’on avait vu dans DC Univers Rebirth – Le Badge, brièvement évoqué ici). Mais les errements mentaux et physiques de Gotham Girl ont un impact plus intéressant sur le relationnel entre Bruce et Barry. Les deux ont un immense respect envers l’autre mais aussi une méfiance mutuelle.

C’est ce parti pris qui offre un peu de substance au récit somme toute « classique » dans son dénouement (même s’il reste quelques zones d’ombre) mais qui – on l’a déjà dit et répété – ne trouve un intérêt réellement prononcé qu’en tant qu’épilogue à Heroes in Crisis (et comme titre annexe à Batman Rebirth presque).

Difficile donc de conseiller Le prix comme lecture indépendante. Il est curieux de l’avoir inclus dans la série sur Flash tant elle fait écho également à Batman. Le plus simple aurait été/serait de carrément proposer une version française de Heroes in Crisis – The Price and other stories (façon Doom War – Épilogue), afin d’avoir tout ce qui est connecté à cette œuvre-mère au même endroit ! D’ailleurs, même les suites « officielles » sont un casse-tête sans nom pour s’y retrouver (cf. explications plus bas). Le grand oublié est également Green Arrow, dont les chapitres #45 et #48-50 complètent le « and other stories » en VO. En France, la série Green Arrow Rebirth s’est achevée en cinq volumes, à l’épisode #31, donc impossible d’avoir ces chapitres. Encore une fois : il s’agit avant tout d’une sélection pour les complétistes car dispensable.

En revanche, ceux qui ont aimé Heroes in Crisis devraient apprécier Le prix avec plusieurs options pour se le procurer. Soit l’achat en VO pour une collection « complète » (20,95 €), soit la version librairie du huitième tome de Flash Rebirth (21 €) ou l’achat en occasion du Batman Bimestriel Rebirth #5 (12,90 € à l’époque mais difficilement trouvable à ce tarif désormais…).

Les quatre couvertures originelles (sans la titraille et les crédits),
dessinées par Chris Burnham et colorisées par Nathan Fairbain.

Comme évoqué dans la critique d’Heroes in Crisis, la « culpabilité » de Wally West trouve un second écho plusieurs titres de DC Comics. Tout d’abord dans la série en six chapitres Flash Forward (étonnamment inédite en France). Enfermé à Blackgate, Wally est délivré par Tempus Fuginaut qui lui redonne ses pouvoirs et lui confie une mission : parcourir les Terres parallèles pour surveiller qu’il n’y ait pas de problèmes (en gros) – mais il découvre petit à petit le Multivers Noir (apparu dans la saga Batman Metal) ! À découvrir uniquement en VO donc, faute de mieux, mais à prix correct (17 € environ) et de préférence en édition brochée car contenant quatre pages supplémentaires connectant à une autre série (on y vient).

Ensuite, dans le dernier tome de Flash Rebirth, Ligne d’arrivée, l’on apprend (dans The Flash #761) que la dépression qui s’était emparée de Wally au Sanctuaire avait été provoquée par Eobard Thawne, alias Zoom/Nega-Flash ! Ce célèbre ennemi « insufflait » à différents bolides écarlates des comportements à avoir ou actions à produire durant ces dernières années. Une pirouette scénaristique un peu facile mais qui réhabilite l’honneur de Wally… Le troisième Flash participe ensuite à la lutte contre le Multivers Noir (notamment dans la série Batman Death Metal – dont Flash Forward peut être considéré comme son prologue, cf. les pages bonus qui la connectait carrément), avec un costume bleu et des pouvoirs liés au… Dr. Manhattan (cf. Watchmen et Doomsday Clock) !

 

Enfin, le premier volume de la série Flash Infinite, En un clin d’œil (dont l’introduction d’Urban Comics a fortement aidé à la rédaction du paragraphe précédent), replace place Wally au cœur de l’intrigue. Dans le chapitre de conclusion du tome (The Flash annual #1 – 2021), on revit les évènements du Sanctuaire du côté de Wally et… l’explosion meurtrière est causée par Savitar, un autre ennemi des bolides écarlates ! Le tout accompagné d’une action volontaire de sacrifice de Roy Harper (Arsenal). Un sacré bazar donc… Surtout qu’il n’est pas établi que sans Savitar il n’y aurait pas eu de massacre. À la rigueur on peut imputer « rétroactivement » la tuerie de Wally à Thawne, mais moins à Savitar (et encore moins aux deux qui ne s’étaient pas concertés). Une façon de faire qui remet complètement en question les actes de Heroes in Crisis, quitte à abîmer l’œuvre intrinsèquement ou, au contraire, à gommer à posteriori ses défauts ? On laissera les lecteurs juges…

En synthèse, en ordre de lecture pour les plus complétistes, il y aurait donc : Heroes in Crisis, Flash Rebirth – Tome 08 : Le prix (ou Heroes in Crisis : The Price and other stories – uniquement en anglais) et Tome – 11 : Ligne d’arrivée, Flash Forward (uniquement en anglais), la série Batman Death Metal (en quatre volets) et enfin Flash Infinite – Tome 01 : En un clin d’œil (et ses suites, toujours en cours de publication). C’est-à-dire les couvertures ci-après (liens pour acheter en bas de cet article).

   

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 6 mars 2020 dans Batman Bimestriel #5 puis le 5 juin 2020 dans Flash Rebirth – Tome 08 : Le Prix.
Contient : The Price (Batman #64-65 + The Flash #64-65)

Scénario : Joshua Williamson
Dessin : Guillem March, Rafa Sandoval
Encrage : Guillem March, Jordi Tarragona
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky (Batman), Alex Nikolavitch (The Flash)
Lettrage : Sarah Grassart et Stephan Boschat (Studio Makma)

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Batman Bimestriel #5 (12,90 €)
Flash Rebirth – Tome 08 : Le prix (21 €)
Heroes in CrisisThe Price and other stories (uniquement en anglais – 20,95 €)
Heroes in Crisis (24 €)
Flash Rebirth – Tome 11 : Ligne d’arrivée (19 €)
Flash Forward (uniquement en anglais – 17,19 €)
Flash Infinite – Tome 01 : En un clin d’œil (17€)



 

Batman – Outre-tombe (Gotham County Line)

Une aventure où Batman et Deadman font équipe, voilà qui est original ! Que vaut Batman – Outre-tombe (sous-titré par son appellation en version originelle, Gotham County Line) ? Découverte et critique de ce comic publié initialement en 2005 (aux États-Unis) puis en 2007 en France chez Panini Comics et jamais réédité depuis.

[Résumé de l’éditeur]
Batman s’aventure rarement dans la banlieue de Gotham, mais une série de meurtres laisse la police de la ville impuissante. Les rimes macabres ressemblent à de véritables cérémonies et l’habile tueur entraîne le héros dans un dédale de ténèbres inextricables.

[Début de l’histoire]
Batman combat le Joker une énième fois. Suite à une réflexion du Clown, le Chevalier Noir s’interroge sur l’existence ou non de « l’au-delà ».

De retour à la Bat-Cave, le justicier est contacté par Gordon, à la retraite. Dans la banlieue de Gotham, une série de cambriolages affole la population car de sordides meurtres ont lieu dans la foulée…

Le Chevalier Noir se rend sur place et enquête.

[Critique]
Outre-tombe appartient au registre fantastique et horreur. Batman y côtoie des zombies (sans qu’on sache s’ils sont « réels » ou issus d’hallucinations) et de nombreuses scènes sont choquantes, glauques et sanglantes. Quand le Chevalier Noir évolue dans un univers éloigné de l’approche urbaine souvent « réaliste » (action, thriller…), c’est toujours délicat… Ça livre souvent des histoires oubliables (Les patients d’Arkham, Damned, La nouvelle aube…) mais, de temps en temps, quelques pépites sortent du lot (La malédiction qui s’abattit sur Gotham, Batman Vampire apparemment – toujours pas chroniqué). Outre-tombe appartiendrait plutôt à la seconde catégorie, tant mieux, sans pour autant être incontournable.

Découpé en trois chapitres d’une cinquantaine de pages, le récit va droit au but. D’abord dans une fiction proche du film Seven, une enquête méticuleuse dans une ambiance poisseuse et mystérieuse. Ensuite dans sa dimension plus morbide, avec différents « morts-vivants » et êtres repoussants, puis l’arrivée de Deadman à la rescousse. Enfin dans sa conclusion, plus ou moins épique, et éclairant les évènements survenus. Malgré tout, l’ensemble aurait gagné à être allongé d’un ou deux épisodes avec une cohérence plus fluide.

Le scénariste Steve Niles apporte certaines nouveautés plus ou moins pertinentes à divers degrés. Par exemple, Bruce Wayne se repose et se remet de ses blessures dans un spa de la Bat-Cave, un concept très banal mais pourtant jamais vu avant ou après. Autre élément assez inédit : une sorte de jet-pack permettant au Chevalier Noir de voler (façon Boba Fett de Star Wars). Ça fait bizarre au début mais le dessinateur Scott Hampton arrive à rendre l’ensemble plausible, ajoutant des petits détails singuliers, comme la cape du justicier roulée au-dessus des propulseurs permettant de ne pas être brûlée une fois dans les airs – même s’il y a un côté cheap pour ne pas dire ridicule de temps en temps…

Si on retrouve l’aspect détective au début du titre (ce qui est toujours plaisant), c’est ensuite un voyage horrible entre figures familières ressuscitées (Jason Todd…) ou transformées (Alfred…) qui a lieu. On navigue dans une banlieue fantôme, à tous points de vue. Il semblerait en effet que les créatures déambulant soient des fantômes ou des zombies – les explications volontairement floues de Deadman n’aident pas vraiment Batman ni le lecteur (dans un premier temps en tout cas) ; il s’agirait d’une dimension entre la vie et la mort. De même, les fonds de cases relativement pauvres voire unis confèrent cette idée désertique (difficile de savoir si là, en revanche, c’est fait exprès).

Pourtant, Scott Hampton signe un travail de haute qualité (attention, quelques images de cette critique sont plus saturées que la version imprimée auxquelles elle ne rendent pas grâce), délivrant une atmosphère lugubre tout du long. La colorisation de José Villarrubia accentue cette incarnation très sombre et les rares éléments qui s’en détachent revêtent une certaine important : un téléphone rouge pour échanger avec Gordon, le costume écarlate de Deadman, celui de l’ancien Robin, etc. Du reste, les teintes brunâtres parsèment le titre à la lecture froide, globalement aisée mais parfois déstabilisante. Le tout offrant une aventure hors-norme dans la mythologie de Batman. Disons que la forme l’emporte sur le fond.

Steve Niles est un habitué du genre horrifique ; on lui doit l’univers de 30 jours de nuit en comics (adapté ensuite en film), 28 jours plus tard (dont il a enrichit les longs-métrages avec ce titre se déroulant en marge), Criminal Macabre, Simon Dark, Octobre Faction et… Minuit à Gotham ! Un récit clivant (pas encore chroniqué sur ce site) avec une « seconde » vision assez inédite (le comic est sorti en 2008, soit trois ans après Outre-tombe). Quant à Scott Hampton, il avait déjà traité Batman bien avant, en 1994, dans le moyen Des cris dans la nuit – mais dont l’esthétisme pictural était particulièrement alléchant – Hampton s’éloigne donc de ce style pour Outre-tombe.

À l’instar d’Absolution et Secrets, Outre-tombe a été publié par Panini Comics dans les années 2000 dans leur gamme DC Icons et n’a pas été réédité par Urban Comics. Peut-être qu’il sera inclus dans un volume de la collection Batman Chronicles quand celle-ci atteindra l’année 2005 ? Loin de faire l’unanimité, cette incursion « horrifique » du Chevalier Noir (souvent jugée trop confuse, trop sale et trop éloignée de l’ADN habituel du justicier) est pourtant une curiosité à découvrir, imparfaite mais étrange et insolite.

Son prix initial (à l’époque) de vingt euros était en revanche trop élevé pour justifier l’achat (comme souvent chez Panini Comics pour cette collection – et même à l’heure actuelle, c’est l’un des plus gros défauts de l’éditeur avec ses traductions approximatives et sa communication numérique laborieuse, mais c’est un autre débat…). On trouve aujourd’hui le titre sur le marché de l’occasion à partir de vingt euros en moyenne (laissant donc un coût assez onéreux malgré tout pour une BD devenue « un peu » recherchée visiblement).

[À propos]
Publié chez Panini Comics le 5 février 2007.
Contient : Batman : Gotham County Line

Scénario : Steve Niles
Dessin : Scott Hampton
Encrage :
Couleur : José Villarrubia

Traduction : Sophie Viévard
Lettrage : Studio Vianney • Jalin

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