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Batman/Superman – The Archive of Worlds (L’Archive des Mondes)

De fin 2019 à fin 2021, la série Batman/Superman s’est étalée, aux États-Unis, sur presque 25 chapitres (incluant deux annuals). En France, les  cinq premiers épisodes ont été compilés dans Le Batman Qui Rit – Les Infectés (c’était d’ailleurs une des réflexions de la critique : le volume aurait du s’appeler Batman & Superman pour être plus « juste »). Le sixième chapitre est dans Justice League – Doom War : Épilogue (pas encore chroniqué) – s’intercalant ainsi dans la grande saga Metal. Les épisodes #7 à #15 n’ont pas été publiés en France – une succession d’histoires sans grand intérêt, The Kandor Compromise (#7-8), Atomic (#9-11), Planet Brainiac (#12-14) et Snow Fight (#15).

En revanche, les épisodes #16 à #22 ainsi que l’annual 2021 sont inclus dans les magazines Batman Infinite Bimestriel #3 et #4 (novembre 2022 et janvier 2023). Ils sont majoritairement écrits par Gene Luen Yang et dessinés par Ivan Reis. Ils ne sont pas sortis en format librairie par la suite mais sont disponibles en anglais dans Batman/Superman – The Archive of Worlds (cf. première couverture ci-dessous et lien pour acheter tout en bas de la critique). Que vaut L’Archive des Mondes, récit complet sur les deux plus célèbres icônes de DC Comics ?

 

[Résumé de l’éditeur]
Le Détective de la Nuit n’a pas le temps de se reposer car, aux côtés du protecteur de Metropolis, il doit faire face à une tempête multiverselle ; Batman s’allie à Superman pour une nouvelle virée dans le Multivers où différentes versions des héros se télescopent !

[Début de l’histoire]
À Metropolis, tandis que Clark Kent, Lois Lane et Jimmy Olsen assistent à la présentation d’une invention révolutionnaire, l’omnibatterie, un mystérieux Sorcier Inconnu débarque sur des robots volants pour réclamer la paternité de cette singulière et inépuisable énergie. Après une rapide intervention de Superman qui a écarté efficacement le danger, Lois Lane interroge Martha Wayne (!), elle aurait volé l’idée de l’omnibatterie à… Lex Luthor !

À Gotham City, Batman et Robin poursuivent un camion infiltré à Arkham : le Joker, le Pingouin et Waylon Jones (Killer Croc) sont dirigés par L’Araignée, mystérieuse femme fatale criminelle. Le duo dynamique enquête ensuite sur l’étrange directeur de l’asile…

Quand ces étranges mondes convergent, trois super-héros se retrouvent pour former une équipe atypique !

[Critique]
Voilà un récit très singulier, complètement « méta » et une curiosité absolue qui mériterait une seconde publication en librairie ! Tout commence de façon à la fois classique et inédite : deux histoires se déroulent en même temps, une en haut de page centrée sur Superman, une seconde en bas suit Batman et un Robin encore jeune – Dick Grayson (il s’agit des versions « classiques » des célèbres super-héros, donc de l’Âge d’or de DC Comics, reprenant leurs codes des années phare de leur popularité). Le lecteur peut à sa guise lire les deux récits en même temps ou bien d’abord l’un puis l’autre. Évidemment, les deux se rejoignent à la fin et les chapitres suivants sont de forme plus convenue.

Cette introduction atypique séduit d’emblée mais, surtout, propose d’étranges variations des éléments habituels des deux justiciers. Ainsi, dans la fiction sur Superman, l’on apprend que Martha Wayne est en vie, est une criminelle, entretient une liaison avec un Alfred se transformant littéralement comme Bane et que Bruce Wayne est plutôt chétif et peureux ! Côté Batman, ses célèbres ennemis se transforment en monstre et une femme fatale, L’Araignée, semble tirer les ficelles d’une machination. Cette nouvelle antagoniste ressemble furieusement à… Lois Lane.

Sans surprise, l’on plonge dans un multiple elseworld d’une fluidité narrative exemplaire (aucun pré-requis) et amusante. En effet, l’ennemi qui a créé ces chamboulements (ou carrément ces univers – depuis Terre-Zéro, La Thermosphère) est L’Archiviste, qui se voit comme un réalisateur de cinéma ! La plupart des cases sont d’ailleurs entourées de pellicule, visant un montage ou une connexion entre deux morceaux de bobine pour concevoir de nouvelles choses. La bande dessinée ira encore plus loin dans cette approche « méta » lors de sa conclusion.

Entre-temps, elle fait intervenir, au-delà des célèbres justiciers, une poignée de têtes connues qu’elles réinventent de façon inédite, au risque – peut-être – de heurter un lectorat fidèle… Parmi les protagonistes, citons Etrigon, El Diablo… et gravitant autour de(s) Lex Luthor (dont l’un ressemble furieusement à Walter White de Breaking Bad !), Jimmy Olsen et autres Gordon habituels. Le spectacle est réjouissant, un divertissement de qualité sans prétention et plutôt original dans le genre. On apprécie également retrouver l’enthousiasme d’un Robin dans ses premiers pas en costumes et une époque qui semble désormais très lointaine.

L’Archive des Mondes ne vise pas à (re)chambouler l’univers DC ou concevoir une énième crise (cf. index des « crisis ») mais impossible de ne pas songer à certains titres fondateurs, saupoudrés du célèbre run de Grant Morrison. Le rythme est emmené, les dialogues percutants, l’humour fonctionne, la vague investigation fait mouche, il n’y a pas grand chose à dire si l’on fait partie du public qui adhère complètement au rocambolesque de ce genre de narration. Le parti-pris d’emblée ne trompe d’ailleurs jamais son lecteur puisqu’on découvre rapidement de quoi il en retourne avant d’entamer un voyage périphérique aux multiples registres littéraires : action, science-fiction, aventure, enquête, fantastique, etc. C’est souvent difficile d’obtenir un bon résultat équilibré dans ce genre de cas, ici le pari est remporté haut la main.

Entre hommages multiples et ambition modeste, l’auteur Gene Luen Yang tire son épingle du jeu grâce à la fluidité de son écriture, bien aidée par une mise en page parfois détonante et, surtout, les beaux dessins d’Ivan Reis en plutôt bonne forme (remplacé éphémèrement le temps d’un chapitre et cédant sa place au double récit conclusif à Paul Pelletier et Francesco Francavilla). Yang est un auteur plusieurs fois récompensé (pour American Born Chinese notamment, en 2007, qu’il avait dessiné, mais aussi pour Avatar : The Last Airbender). Soucieux des images des asiatiques aux États-Unis, on l’a retrouvé, entre autres, sur Shang-Chi pour Marvel de 2020 à 2022). On le retrouvera sur Planète Lazarus, achèvement de la série Robin Infinite et « suite » du crossover Shadow War, tous récemment chroniqués.

Ivan Reis signe des planches ultra dynamiques et lisibles. Le dessinateur très prolifique chez DC Comics (la série Aquaman période Renaissance, plusieurs tomes de Justice League de la même ère et diverses apparitions un peu partout (Geoff Johns présente Green Lantern, Infinite Crisis…) ou chez Batman (Batman Detective Infinite par exemple) – cf. son nom dans la recherche de ce site) est une valeur sûre pour un titre du genre orienté à la fois grand public et passionnés. Son découpage est fluide, ses personnages et visages reconnaissables et « vivants », bref il n’y a pas grand chose à reprocher à la partie graphique de la BD.

En synthèse, L’Archive des Mondes est une agréable proposition qui ravira autant les amateurs que les aficionados de longue date. Bien sûr, rien de révolutionnaire ici mais on salue la semi-originalité de l’ensemble et ses qualités visuelles. Malheureusement, faute de réédition en librairie, il faut débourser 25,80 € pour lire tout ça, ce qui est évidemment trop onéreux (sauf si les autres récits inclus dans les deux numéros de Batman Infinite Bimestriel intéressent, évidemment – se référer à l’index pour les détails). Comme évoqué en début de critique, l’achat de la version en langue anglaise peut compenser pour avoir un bel objet complet (à découvrir ici en vidéo) mais… cela reviendrait à 29 € environ. On vous laisse trancher ce qui vaut le coup/coût, sachant qu’il y a une forte probabilité d’arriver à trouver en occasion les deux magazines à prix moindre.

[À propos]
Publié chez Urban Comics dans Batman Infinite Bimestriel #3 et #4 (novembre 2022 et janvier 2023)
Contient : Batman / Superman #16-22 + Annual 2021

Scénario : Gene Luen Yang
Dessin : Ivan Reis + Paul Pelletier, Francesco Francavilla + collectif (José Luis, Emanuela Lupacchino, Steve Lieber, Darick Roberton, Kyle Hote
Encrage : Danny Miki, Jonas Trindade, Mick Gray, Francesco Francavilla, Keith Champagne
Couleur : Sabine Rich, Hi-Fi, Francesco Francavilla

Traduction : Benjamin Viette
Lettrage : Gaël Legeard (Studio Makma)

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