Crisis Compagnon

Afin de mieux comprendre le récit Crisis on Infinite Earth, qui a chamboulé l’univers DC et posé de nouvelles bases « modernes » (en 1985/1986), Urban Comics a choisi de publier un autre pavé (près de 550 pages) intitulé Crisis Compagnon. Celui-ci suit les différents super-héros existant sur les différentes Terres qui peuplent le monde de DC Comics. En version originale, Crisis Compagnon regroupe des volumes de Crisis on Multiple Earths. Le but étant de se familiariser avec les nombreux héros, mais aussi leurs ennemis, leurs « univers » (comprendre leurs planètes respectives), ainsi que les notions de voyages dans les dimensions, le temps, mais aussi les premières bases de futurs conflits.

Comme expliqué dans le dernier paragraphe introductif de l’ouvrage : cet album propose un florilège des meilleurs team-ups entre les héros de différentes dimensions, non seulement dans les pages de Justice League of America mais également dans les autres titres DC. Au cours de ces sagas épiques, vous sont présentées les diverses Terres composant le « Multivers » ; Terre-1, Terre-2, Terre-3, Terre-S, Terre-X, Terre-Prime, ainsi que les éléments qui vont définir la mythologie de DC Comics, comme les Sept Soldats de la Victoire ou Apokolips, en une tapisserie cosmique aussi étrange que captivante.

Tour d’horizon sur les publications sélectionnées (s’étalant sur quasiment vingt ans !) avec un petit récapitulatif de chaque histoire et une rapide critique avec.

Crisis Compagnon

Terre-2 | Crise sur Terre-1 ! /////  Crise sur Terre-2 !
Justice League of America #21-22, août-septembre 1963

La Ligue de Justice d’Amérique de Terre-1, composée de Batman, Superman, Wonder Woman, Aquaman, Green Lantern, Flash, Green Arrow, J’onn J’onzz (Le Limier Martien) et Atom, est mise au défi d’arrêter les Champions du Crime par eux-mêmes, à savoir Félix Faust, Docteur Alchimie et Chronos.
De leur côté, après un hiatus de douze ans, la Société de Justice d’Amérique, c’est à dire Docteur Fate, Black Canary, Hawkman, Hourman, mais également « d’autres » Flash, Green Lantern et Atom (ceux de la précédente génération de comics) affronte les Champions du Crime de leur Terre-2 : Le Violoneux, Le Glaçon et Le Sorcier.
Dans les deux cas : c’est un échec pour les justiciers, tandis que leurs ennemis « s’enfuient » sur les Terres parallèles (les ennemis de Terre-1 vont sur Terre-2 et vice-versa) où ils sont totalement inconnus.
Grâce aux deux Flash qui peuvent vibrer à la même vitesse et par conséquent se rendre d’une Terre à l’autre, chaque équipe de super-héros peut aller se confronter à leurs ennemis d’origine sur leur autre Terre. Mais à nouveau c’est un échec et tous les justiciers vont bien vite se retrouver en prison dans l’espace !

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Deux histoires (de trois mini-chapitres chacune) qui se suivent et introduisent un grand nombre de personnages. Avec tous les éléments de charme de l’époque : des dessins certes « old-school » et des couleurs plutôt flashy mais dans l’ensemble réussis et fluides, des scènes d’action plutôt kitchs et pas très épiques et, surtout, cette narration omniprésente à chaque case qui détaille tout ce qu’il se passe, à nouveau doublonner par les citations des protagonistes expliquant chacune de leurs actions… Un style qui a évidemment bien vieilli et paraît parfois ridicule mais qui se lit avec nostalgie. Cela rappelle évidemment quelques moments de Batman Anthologie. Les « ennemis » n’ont guère d’objectifs originaux si ce n’est s’enrichir et prouver qu’ils sont plus forts que les héros (sic). Dans tous les cas, on plonge rapidement dans ce Crisis Compagnon et tout est très clair (même si les super-héros paraissent assez ridicules voire totalement boulets…).

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[Scénario : Gardner Fox / Dessin : Mike Sekowsky / Encrage : Bernard Sachs]

Terre-3 | Crise sur Terre-3 ! ///// La plus dangereuse de toutes les Terres !
Justice League of America #29-30, août-septembre 1964

La dimension de Terre-3 regorge de « doubles maléfiques », avec des versions négatives des héros. Ultraman, Owlman, Superwoman, Power Ring et Johnny Quick remplacent ainsi Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern et Flash. Ils exercent « le mal » et non « le bien », à la différence qu’il n’y a pas la conscience morale pour eux de ces actions (idem pour les habitants de Terre-3). Ce concept est assez compréhensible à travers « Justice League – L’Autre Terre » de Grant Morrison. Déroutant aux premiers abords mais finement scénarisé. Par la suite, ce sont ces mêmes « anti-héros » qui verront le jour dans la série Justice League des New52, notamment durant Le Règne du Mal.

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Le Syndicat du Crime d’Amérique règne en maître sur Terre-3. Ils peuvent voler, truander, agresser… sans aucune difficulté. Ses cinq membres, Ultraman, Power Ring, Owlman, Superwoman et Johnny Quick découvrent l’existence de leurs « doubles » sur une autre Terre. Ainsi, ils défient Superman, Green Lantern, Batman, Wonder Woman et Flash en allant sur Terre-1 (les justiciers ont également le jeune homme Snapper Carr dans leur rang).
Les cinq surhommes machiavéliques remportent une première bataille grâce à une habile technique. Piégeant la Ligue de Justice d’Amérique, ils continuent leur croisade contre La Société de Justice d’Amérique, cette fois-ci sur Terre-2. Celle-ci est composée de Docteur Fate, Black Canary, Hawkman, Dr Mid-Nite et Starman.
Le Syndicat du Crime de Terre-3 affronte donc La Société de Justice d’Amérique sur Terre-2 et sort vainqueur. Ils décident d’utiliser ce lieu « neutre » pour affronter « à la loyale » la Ligue de Justice de Terre-1.

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À nouveau deux histoires (par le même trio d’artistes) en trois mini-chapitres qui se suivent et introduisent efficacement les anti-héros de Terre-3. L’on pourra reprocher les mêmes défauts qu’aux précédentes productions (côté kitch, fonds de case assez pauvres, narration omni-présente explicitant chaque fait et geste, etc.) mais une fois de plus ça fonctionne bien et permet de lire de vieux épisodes inédits en français qui familiarisent totalement l’incursion dans le futur event.

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[Scénario : Gardner Fox / Dessin : Mike Sekowsky / Encrage : Bernard Sachs]

Terre-Prime | Flash : réalité ou fiction ?
The Flash #179, mai 1968

Après trois attaques consécutives d’une mystérieuse créature contre Barry Allen, le bolide écarlate se retrouve projeté sur Terre-Prime, c’est à dire « notre Terre » ! Dans celle-ci les super-héros n’existent pas et Flash n’existe que dans des comics. Barry rend donc visite à l’éditeur des aventures de Flash pour obtenir de l’aide !

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Si cette idée peut paraître loufoque aux premiers abords, elle est suffisamment bien écrite pour paraître intelligente et « plausible ». De plus l’on comprend que ce n’est pas la première fois que Flash a conscience que cette possibilité d’être dans des bandes dessinées existe. Pour l’époque, cela permettait sans doute de marquer le coup dans l’imaginaire collectif des « jeunes ». Si le choix de cette publication paraît anecdotique à première vue, nul doute que l’existence de Terre-Prime aura son importance pour la suite. Plaisant.

[Scénario : Cary Bates / Dessin : Ross Andru / Encrage : Mike Esposito]

Les Sept Soldats de la Victoire | Le Soldat Inconnu de la Victoire ! ///// La main qui fit trembler le monde ! ///// Et l’un de nous devra mourir !
Justice League of America #100-102, août-octobre 1972

À l’occasion de la centième réunion de la Ligue de Justice, tous les super-héros de Terre-1 sont conviés à fêter l’évènement. Mais la Société de Justice de Terre-2 requiert l’aide de leurs amis (et « doubles ») car leur univers s’apprête à disparaître ! En effet, un immense poing se rapproche dangereusement de leur planète et s’apprête à détruire leur astre. Pour contrer cette main galactique, les justiciers font appel à L’Oracle, un voyant cosmique. Celui-ci leur explique qu’une ancienne équipe, Les Sept Soldats de la Victoire, ont mis à mal le titanesque Nebula Man quelques années auparavant, un ennemi qui est sans doute le même que ce mystérieux poing cosmique. Problème : personne ne se souvient qui composait les Sept Soldats, ni lequel repose dans une tombe après un sacrifice de sa part. Les super-héros sont alors envoyés par l’Oracle dans plusieurs dimensions à la recherche des Sept Soldats restants… Certains ceux retrouvent à la préhistoire, d’autres au cœur de Robin des Bois ou de la culture maya/aztèque, ou bien en pleine guerre entre indiens !

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Trois chapitres ne sont pas de trop pour parfaitement comprendre les enjeux de cette « nouvelle » équipe qui existait auparavant mais dont l’éditeur n’avait pas su garder une certaine pérennité (excepté pour Green Arrow, membre restant devenu emblématique). L’on saisit également la notion de « vraie » mort de certains personnages et, enfin, devant la multitude de personnages les nombreux repères d’Urban Comics sont légions. Les Sept Soldats de la Victoire ont bénéficié d’un « remake » en 2004 par Grant Morrisson, qui a écrit quatre chapitres sur sept héros (différents de ceux de l’époque), comme Zatanna, Frankenstein, etc. chacun se lisant dans un ordre précis, le tout publié chez Panini Comics et malheureusement pas encore réédité.

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[Scénario : Len Wein / Dessin : Dick Dillin / Encrage : Joe Giella | Dick Giordano]

 TERRE-X | Crise sur Terre-X ! /////  Treize contre la Terre !
Justice League of America #107-108, septembre-décembre 1973

La Ligue de Justice (de Terre-1) expérimente une « machine à transmatière » avec la Société de Justice (de Terre-2). Le but ? Permettre la téléportation des justiciers dans l’ingénieuse trouvaille des deux Flash d’une Terre à l’autre. Ainsi Batman, Green Arrow et Extensiveman (Plastic Man) permutent avec Sandman, Superman et Dr Fate. Mais leur ami robotique Red Tornado (revenu à la vie malgré son sacrifice dans l’histoire précédente) s’est infiltré dans la machine et créé une défaillance. Tous se retrouvent sur Terre-X, un monde parallèle dans lequel le IIIème Reich est sorti vainqueur de la Seconde Guerre Mondiale ! Les États-Unis sont donc sous le joug des nazis et c’est une équipe hétéroclite qui fait office de résistance. Menée par Oncle Sam, aux côtés Phantom Lady, Black Condor, Le Rayon, Doll Man et La Bombe Humaine, ces « Combattants de la Liberté » trouvent dans les sept super-héros de Terre-1 et Terre-2 de nouveaux alliés. Trois groupes de quatre héros parcourent alors trois endroits stratégiques pour lutter contre l’invasion nazie. L’occasion pour Batman d’aller à Paris !

L’uchronie montrant les nazis gagnants la Seconde Guerre Mondiale n’est pas forcément une idée « originale » mais dans ce cas précis, elle sert de prétexte à se familiariser avec de nouveaux personnages. Même s’ils sont à peine esquissés, le lecteur novice « sait » qu’ils existent. Mais il est indéniable qu’une réédition plus globale de cette Terre-X serait particulièrement alléchante et intéressante ! Pour le reste, tout est très « similaire » aux histoires passées : les héros découvrent de nouveaux lieux, se familiarisent très rapidement avec leurs nouveaux amis et gagnent les combats plus ou moins facilement. La particularité de la Terre-X (tout comme la Terre-S à découvrir juste en-dessous) est qu’elle accueille des héros provenant d’autres éditeurs plus ou moins récupérés chez DC par la suite.

[Scénario : Len Wein / Dessin : Dick Dillin / Encrage : Dick Giordano]

Terre-S | Le choc des Terres !
All New Collectors’Ediction C-58, 1978

Karmang Le Mauvais met en place un habile plan. Il force Black Adam à aller sur Terre-1 en se faisant passer pour Captain Marvel (nouvellement connu sous le nom de Shazam) et à provoquer Superman en duel. Karmang soumet également Quarrmer, créature sablée proche de l’Homme d’Acier, à se rendre sur Terre-S, la Terre de Captain Marvel et sa famille. Quarrmer se mue en Superman et affronte Captain Marvel avant de s’enfuir. But ultime de cette double manœuvre ? Mettre en marche d’étranges machines de chaque Terre qui rentreront en collision mortelle et inéluctable si les vrais Superman et Captain Marvel se livrent un combat titanesque. Mais la cousine de l’alien de Krypton, Supergirl, et Mary Marvel, sœur dudit Captain, veillent…

Une idée « faussement originale » (assez classique malgré ce qu’on peut croire au premier abord) et plutôt longuette (près de soixante-quinze pages) pour un dénouement prévisible. Clairement l’histoire la moins passionnante jusqu’ici. Mais nécessaire pour introduire le personnage de Captain Marvel, cet enfant qui devient un adulte surpuissant doué d’une force surhumaine grâce à la magie que lui a transmis un sorcier. Quand le garçon prononce le mot SHAZAM (correspondant aux prénoms des plus puissants mages : SHAZAM) il est aussi puissant voire plus que Superman (ce dernier mène de peu et « gagne » officiellement leur combat). Mais ici, on manque cruellement de contexte : pourquoi Diana n’a plus ses pouvoirs, pourquoi Lois a l’air d’en vouloir à Clark, etc.
Dans le Relaunch de 2011, Captain Marvel est officiellement baptisé Shazam (logique, il faut éviter le nom du concurrent) et bénéficiera de sa propre histoire en back-up de la série Justice League. Les chapitres qui étaient publiés en France en kiosque seront même compilés dans un livre (volume unique), plutôt conseillé pour se familiariser efficacement avec ce héros atypique. Héros qui aura un rôle un peu plus important au fur et à mesure que la série Justice League (toujours en New52) avance, vers sa fin notamment. Mais dans Crisis Compagnon, pas besoin de trop s’épancher sur ce Captain Marvel pour comprendre qui il est et ses pouvoirs. Utile mais un poil barbant.

[Scénario : Gerry Conway / Dessin : Rich Buckler / Encrage : Dick Giordano / Couleur : Adrienne Roy]

Néo-Genesis et Apokolips | Crise sur Néo-Genesis ///// Apokolips Now ! ///// L’ascension de Darkseid
Justice League of America #183-185, octobre-décembre 1980

Lors d’une réunion entre la Ligue de Justice d’Amérique (de Terre-1) et de la Société de Justice (Terre-2), certains justiciers sont envoyés sur Néo-Genesis, une planète comprenant des Néo-Dieux comme Metron, Orion, etc. ceux-ci se rendent sur Apokolips accompagnés de quelques super-héros. Le but ? Sauver des enfants esclaves de la planète du tyrannique Darkseid, mais également mettre à mal Le Violoneux, le Glaçon et le Sorcier (vus dans les premières histoires du recueil, des ennemis sur Terre-2) qui agissent pour Darkseid. Lui-même souhaite évidemment la destruction de la planète Terre-2.

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Le « grand méchant » fait son apparition (ou plutôt sa réapparition), c’est bientôt la fin de l’ouvrage mais le début de la « vraie » crise des Terres infinies. L’ensemble est très rythmé, très efficace. Il rappelle le neuvième tome de Justice League, qui a modernisé Métron, Mister Miracle, etc.. et repris plus ou moins la même trame narrative (qui s’inspire donc en fait de ces jets ici). Si l’histoire de Geoff Johns a été lue peu avant, le lecteur ne sera pas trop perdu ici, sinon cela fait à nouveau des personnages à découvrir. Tous inspirés par Le Quatrième Monde de Jack Kirby, actuellement édité chez Urban (deux tomes sur quatre, le troisième prévu pour fin 2016).

Darkseid et Apokolips renvoient à la suite de la création de Jack Kirby (Le Quatrième Monde, avec deux tomes publiés pour l’instant) et ses Néo-Dieux. Pour le lecteur de la série Justice League actuelle (New52), cela permet de mieux saisir le neuvième tome sorti quelques jours avant (La Guerre de Darkseid – 1ère partie), puisque l’on va retrouver les mêmes éléments et personnages).

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[Scénario : Gerry Conway / Dessin : Dick Dillin | George Pérez / Encrage : Frank McLaughlin / Couleur : Gene D’Angelo]

Crise sur Terre-Prime | Crise puissance trois ! ///// Les hommes-mystère du mois d’octobre ! ///// L’explosion qui a retenti sur le globe ! ///// Le Maître du Monde et du Temps ///// Ce n’est qu’un au revoir…
Justice League of America #207-209, octobre-décembre 1982 ///// All Star Squadron #14-15, octobre-novembre 1982

Lors de la vingtième réunion annuelle entre la Ligue de Justice (Terre-1) et la Société de Justice (Terre-2), au moment du transfert d’une Terre à l’autre (via le cube à transmatière), c’est le Syndicat du Crime qui débarque sur Terre-1 et met en déroute l’équipe de Superman ! La Société de Justice, après un court passage dans la bulle de prison qui retenait le Syndicat du Crime, arrive sur Terre-Prime, (la Terre où les super-héros n’existent pas, sauf dans des bandes dessinées) en ruine et totalement dévastée à cause du nucléaire.

De son côté, la Ligue de Justice se met à la poursuite de la Société de Justice pour les secourir en allant sur Terre-2, mais atterrisse à une époque qu’ils pensaient lointaine mais qui s’avère bien être le présent. Avec un changement de taille notable : le monde vit sous le commandement de Per Degaton, puissant dictateur. Ils vont rencontrer l’Escadron des Étoiles (Robotman, Steel, Firebrand, Liberty Belle et Johnny Quick).

Pour imposer sa suprématie, l’homme machiavélique Per Degaton a tué le savant qu’il assistait et profité d’une machine à voyager dans le temps et les dimensions pour atterrir sur Terre-Prime. Au passage il a délivré le Syndicat du Crime (venant de Terre-3 et vaincue quelques histoires plus tôt). Il réussit même à manipuler mentalement l’Escadron des Étoiles et la Société de Justice pour qu’ils s’affrontent mutuellement !

La Ligue de Justice, la Société de Justice et l’Escadron des Étoiles vont retourner dans le passé pour arrêter à temps Per Degaton, sur chacune des planètes où il sème le mal.

Voyage dans le temps, entre les différentes Terre, manipulations diverses, justiciers dans l’incompréhension et la découverte… Les épreuves sont nombreuses pour les super-héros, qui rencontreront même le Président des États-Unis avec plusieurs faits réels (crise de Cuba) mis en avant pour accentuer le côté science-fiction uchronique de l’ensemble.

Assurément l’histoire la plus complexe mais également la plus fascinante de l’ouvrage. Cinq chapitres ne sont pas de trop pour comprendre ces multiples allées et venues dans le temps mais aussi dans les dimensions et Terre différentes. S’il est dommage d’avoir choisi « un simple humain » comme menace (Per Dagaton, créé quarante ans auparavant) face à une tonne de super-héros, cela peut apparaître comme ridicule, mais cela permet aussi de concevoir qu’un cerveau peut mettre en péril des surhommes (rappelant ainsi Batman). Plusieurs récapitulatifs parsèment les chapitres, une nécessité si on ne lit pas tout à la suite. La Terre-Prime (la « notre ») est terriblement ancré dans la réalité avec les menaces nucléaires et les chefs d’états respectifs de plusieurs pays (Russie, États-Unis, Allemagne, Japon et même brièvement la France). On notera aussi, pour l’anecdote, la ressemblance frappante de Superman avec l’acteur qui l’interprétait dès lors : Christopher Reeves.

[Scénario : Gerry Conway | Roy Thomas / Dessin : Don Heck | Adrian Gonzales / Encrage : Romeo Tanghal | Jerry Ordway | Sal Trapani | Don Heck / Couleur : Carl Gafford]

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Crisis Compagnon relève un double niveau de lecture, passionnant en tout point. Il est évidemment destiné à tout néophyte de l’univers DC dans sa globalité, mais aussi à tous les lecteurs déjà bons connaisseurs de son (très large) éventail de héros, et —surtout— du récit Crisis of Infinite Earth. On (re)découvre un point d’entrée idéale, très utile pour resituer les contextes marquants des vingts ans de publication. Même si les défauts (évoqués dans les mini-critiques ci-dessus) sont légions, le charme de l’époque opère, et on en fait gracieusement fi puisque l’intérêt est d’introduire de la façon la plus simple possible, tout le matériel possible gravitant autour de Crisis on Infinite Earth. À ce titre, le prix onéreux (35€) peut ralentir le lecteur potentiel (qui devra débourser la même somme pour la « suite », donc 70€ au total) ; mais il est clairement dommage de passer à côté de cette foule d’histoires évènementielles. Saluons, une fois de plus, le travail d’Urban Comics lorsqu’il s’agit d’éditer des récits anciens, sous formes d’anthologie ou par artistes marquants, avec des introductions et présentation efficaces avant chaque bande dessinée. La sélection intransigeante et généreuse est on ne peut plus idéale. De nombreuses couvertures alternatives concluent le livre, dont les très belles d’Alex Ross (cf. ci-dessous). Cette plongée dans l’Âge d’Argent et de Bronze de DC Comics est un régal, mais il faut vraiment avoir conscience que c’est « qu’une introduction » à un immense cross-over plus épique.

Livre impeccable sur le côté éditorial et matériel, donc en tant qu’objet et guide, sur la forme plus artistique, c’est à dire les dessins, la multitude d’artistes officiant ne craint pas un manque de cohérence, au contraire. L’ensemble se ressemble, sans être exceptionnel ni mauvais, ce sont les traits et les styles de l’époque (un véritable témoignage dont la colorisation a été retravaillé, bien plus vive, là aussi un travail efficace de l’éditeur), cela permet de garder au moins une certaine logique dans les multiples justiciers (costumes, couleur…). Sur le fond, les scénarios donc, la qualité est plutôt homogène, si l’on met de côté un ou deux chapitres (notamment celui sur Captain Marvel (Shazam) toutefois nécessaire), avec une prédilection pour les multiples croisements de Ligue/Société et créations d’équipes éphémères.

Un comic-book à posséder, pour les novices ou les fans, qui permet de (re)trouver un univers riche en personnages et d’avancer, lentement mais sûrement, vers un pan mythologique, quasiment ancré dans la culture populaire, de DC Comics.

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La suite est évidemment à découvrir dans Crisis on Infinite Earth

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(Critique prochainement en ligne sur le site,
ainsi que la finalisation des illustrations de cet article.)

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