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Bat-Man – Second Knight

Après l’excellent Bat-Man – First Knight, le scénariste Dan Jurgens et le dessinateur Mike Perkins renouvellent leur version de Batman durant la Seconde Guerre Mondiale.

[Résumé de l’éditeur]
1940. Le fascisme marche à travers l’Europe et ne montre aucun signe de défaite et le spectre d’une Guerre mondiale plane, ouvrant une période de peur et de paranoïa pour les habitants de Gotham. Quelques mois après l’apparition de Bat-Man, un tueur se livre à une série de meurtres, tous mis en scène avec la carte de visite du tueur : un nœud coulant. Un tueur dont la maîtrise de la peur va plonger la ville dans le chaos… et attirer la venue d’une certaine Lois Lane à Gotham.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
On prend (presque) les mêmes et on recommence, avec les mêmes (nombreuses) qualités et les (rares) défauts. Dans Second Knight, malgré les débuts de la Seconde Guerre Mondiale, c’est l’héritage traumatique de la Première qui parcourt presque autant le récit. Pour cause, Gordon a servi dans les tranchées et l’utilisation du fameux gaz moutarde trouve un écho à Gotham. Une arme chimique ? Un gaz toxique ? Forcément, l’Épouvantail est l’ennemi parfait pour cette itération de l’époque !

À ses côtés, le mystérieux Bourreau, qui avait entamé la même démarche que Crane un peu plus tôt dans la ville, à savoir répandre la peur, mais avec des moyens différents : des meurtres particulièrement sordides et violents. Pour l’anecdote, difficile de ne pas retrouver une forme d’inspiration pour le look du Bourreau dans le Juge Masqué de Watchmen (le fameux Hooded Justice). Le duo terrorise Gotham City et Batman a bien du mal à s’en sortir. L’aide d’un autre justicier ne serait pas de trop (passez au paragraphe après le suivant pour ne pas trop lire quelques révélations et évitez les images tout en bas de la critique après celle de Batman qui frappe L’Épouvantail).

Sans surprise, la venue de Lois Lane à Gotham s’accompagne de celle de Clark Kent. Et donc de Superman. Introduire un autre surhomme si tôt dans l’univers créé par Jurgens et Perkins est un pari risqué. On n’a toujours pas Alfred, Robin ou la plupart des antagonistes et vilains (à l’exception de l’Épouvantail donc) mais on a déjà l’homme d’acier ! Ce n’est évidemment pas un reproche mais cela peut casser la forme de « réalisme » pulp/noir qui donnait à la fiction cette atmosphère si particulière, conférant au Bat-Man une approche terriblement humaine et artisanale. La conclusion de l’œuvre amènera d’ailleurs un excellent dialogue entre les deux super-héros à propos de leurs visions différentes de l’humain et la possibilité (ou non) d’arrêter la guerre (et Hitler) par Superman.

Dans le civil, Bruce Wayne poursuit sa romance avec Julie Madison, actrice renommée venue présenter un film à Gotham malgré la vague de crimes qui sévit. Ça tombe bien, Lois Lane est censée couvrir l’évènement mais va peut-être en profiter pour investiguer sur l’énigmatique Bat-Man ! Que de personnages, que d’enchaînements. En moins de 170 pages, Dan Jurgens réussit parfaitement son dosage narratif. L’ensemble est prenant, jamais ennuyant ni répétitif.

Il va peut-être même un peu trop vite parfois mais n’oublie pas de faire respirer ses protagonistes, et donc les laisser vivre, les caractériser (bien aidé en montrant Wayne aussi bien en civil qu’en costume – un élément souvent absent des dernières productions de l’industrie – c’est donc très agréable).

Si Bat-Man – Second Knight est particulièrement sombre voire austère, il n’en demeure pas moins (à l’instar de son prédécesseur) porteur d’une forme d’espoir malgré le contexte de guerre et des multiples tensions qui parsèment la bande dessinée. La certaine « légèreté » de Bruce aide grandement (on le qualifiait même de « solaire » dans le tome précédent) en ce sens, bien aidé des joutes verbales de Lois et Julie, qui contribuent donc à désamorcer la noirceur de l’ensemble (outre les traumatismes de la Première Guerre Mondiale, des crimes dans Gotham, des cadavres coupés en deux, on y voit aussi de la prostitution et quelques scènes cauchemardesques).

Une fois de plus, les talentueux Mike rendent la lecture aussi éprouvante que palpitante grâce à la direction artistique : Mike Perkins livre des dessins qui lorgnent vers la bande dessinée franco-belge réaliste et Mike Spicer les colorise brillamment pour ajouter une véritable identité chromatique (majoritairement nocturne) qui donne cette patte graphique si singulière. Un vrai régal ! On pourra toujours déplore quelques facilités narratives (une blessure extrême sur Bruce dont il se remet trop aisément par exemple) ou des éléments un peu survolés (le rôle du Rabbi Cohen, les conséquences ou interrogations sur certains évènements, etc.).

On espère un Third Knight prochainement tant Jurgens, Perkins et Spicer ont su créer une véritable nouveauté dans les comics Batman ! C’est la grande force du Chevalier Noir à travers les âges : on peut le moduler et déplacer à n’importe quelle époque en reprenant quelques éléments iconiques, l’évoluer dans un registre plus ou moins différent de celui auquel il est habitué et proposer ainsi quelques pépites inédites ! C’est le cas ici (Second Knight rejoint d’ailleurs les coups de cœur du site, comme son aîné) et l’on conseille grandement ces beaux ouvrages du Black Label.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 3 juillet 2026.
Contient : The Bat-Man: Second Knight #1-3
Nombre de pages : 168

Scénario : Dan Jurgens
Dessin & encrage : Mike Perkins
Couleur : Mike Spicer

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Éric Montésinos

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