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DCeased

Découverte d’un one-shot particulièrement accessible et réussi, qui a été un gros succès aux États-Unis. Pour marquer la sortie de DCeased en France, Urban Comics a sorti trois couvertures limitées en plus de la classique mais aussi quatre autres encore plus limitées (300 exemplaires chacune) pour le Festival d’Angoulême 2020.


 

[Histoire]
Darkseid est chassé de la Terre par la Justice League. Mais le tyran d’Apokolips parvient à diffuser sa fameuse équation d’anti-vie à travers Cyborg ! Celui-ci la diffuse contre son gré dans tous les réseaux électroniques et donc via Internet !

Chaque personne, super-héros ou non, qui regarde un écran connecté devient « zombifié » et agressif. Le techno-virus se propage très rapidement et l’apocalypse a lieu…

Superman et d’autres justiciers s’organisent pour sauver le maximum d’humains et trouver des lieux sûrs.

[Critique]
Simple. Efficace ! DCeased est sans aucun doute la pépite (imparfaite) originale et passionnante de ce début d’année 2020. Le postulat de départ (invasion/transformation en morts-vivants ou équivalents) n’avait curieusement pas encore été appliqué (à grande échelle) dans l’univers DC. Les lecteurs de la Maison des Idées associeront forcément tout cela à la série Marvel Zombies. Dans DCeased, on navigue entre les genres : drame, aventure, science-fiction, fantastique et même… humour. On alterne aussi les points de vue des protagonistes.

Chaque super-héros (ou simple humain) est plutôt bien représenté, l’équilibre est respecté avec une mise en avant un peu plus prononcé pour Superman (d’où la couverture principale) et de Wonder Woman. Le Chevalier Noir est rapidement mis hors-jeu, prenant à contre-pied le lectorat habituel. Il faut dire que le scénariste Tom Taylor inverse ici quasiment les enjeux de sa saga culte Injustice. Dans cette dernière, l’homme d’acier est un dictateur régnant d’une poigne de fer sur le monde face à l’homme chauve-souris qui mène une résistance de la dernière chance. Dans DCeased c’est Superman le meneur d’espoir, fidèle à son optimisme sans faille.

Plusieurs petites teams parcourent l’ouvrage : Batman et Alfred, Superman, Lois, leur fils Jon et Damian (Robin, séparé donc de son père), Harley Quinn et Poison Ivy, Mera et Wonder Woman, Green Arrow et une nouvelle Green Lantern, etc. Les refuges sécurisés sont peu nombreux : l’île des Amazones surtout, mais aussi un pan végétal de Gotham City (grâce à Poison Ivy), le Daily Planet… et quelques « arches volantes » conçues en urgence. Il est aussi agréable de s’attarder sur de « simples humains », Lois et Alfred en tête.

Le rythme du récit est lui aussi bien équilibré : aucun temps mort, un bon dosage de séquences dynamiques puis plus studieuses, même si tout va très (trop ?) vite. Faute à l’exigence de la mini-série devant tenir en six chapitres (sept en vrai, complété au milieu par un interlude s’attardant sur une autre équipe de justiciers, avec entre autres Mister Miracle et John Constantine). Ce rythme est donc à la fois un point fort (on ne voit pas le temps passer et on ne s’ennuie pas) et faible (on aurait aimé des moments peut-être plus contemplatifs pour « respirer » un peu, un chapitre intégralement « muet » n’aurait pas été de trop — et reste toujours une valeur sûre dans ce genre de fiction).

Moins bourrin qu’il n’y paraît (malgré d’excellents combats épiques), plus subtil et parfois émouvant (diverses morts qu’on ne dévoilera pas ici), DCeased fait mouche par son accessibilité : pas besoin de connaître toute la galerie des personnages de DC Comics pour l’apprécier. Un nouveau lecteur ou un habitué de longue date y prendra plaisir. Déconnecté des chronologies DC, l’œuvre est à envisager comme un elseworld, ne s’embarrassant donc pas des problématiques de continuités obligatoires et souvent pénibles, assurant dans le même temps une ouverture pour les non connaisseurs.

Bien sûr, la bande dessinée n’est pas sans défaut : outre le rythme évoqué et quelques figures iconiques en retrait (voir paragraphe suivant), la justification de l’épidémie zombiesque tient difficilement la route, encore plus sa propagation à travers des réseaux informatiques. Mais il faut « accepter » ce constat, très rapidement abordé de toute façon. Une fois fait, le plaisir de lecture devrait suivre sans soucis.

Graphiquement, la majorité  des dessins (environ 80% de l’ouvrage) sont signés Trevor Hairsine, gardant une certaine homogénéité dans son style sobre, détaillé et efficace (il faut quand même ajouter sept autres artistes qui œuvrent sur le premier et dernier chapitre mais surtout l’interlude — un chouilla dommage). L’ensemble est habilement coloré (intégralement par Rain Beredo), plein de tons vifs, tour à tour sombre ou lumineux, avec des plans larges et impressionnants parfois : on imagine aisément voir un film.

L’univers de DCeased mériterait d’être enrichi. Tout d’abord par une suite (à l’instar de l’excellent Batman – White Knight, pensé comme un one-shot avant de bénéficier d’une suite et de séries dérivées). Ce n’est pas prévu à date (février 2020) mais la dernière planche du comic-book annonce à la fois une fin et un nouveau départ. Vu le succès rencontré, aussi bien critique que public et commercial, il serait étonnant que l’éditeur ne s’y engage pas. Néanmoins, DCeased jouit déjà d’une extension en trois chapitres, The Unkillables, focalisée sur le point de vue de la galerie des antagonistes de DC Comics (premier épisode sorti en février 2020 (1) – nul doute qu’on l’aura à terme en France). Une aubaine tant la plupart sont réduits à de la figuration, incluant le Joker, pourtant fièrement mis en avant sur deux couvertures sur huit ! Il y a donc encore beaucoup à dire et explorer de ce nouveau « monde » palpitant.

DCeased aura-t-il droit à une suite ? On l’espère car, à la manière du classique du genre The Walking Dead, on préfère voir la survie (des humains et des super-héros) sur le long terme plutôt que de rester sur un one-shot « des origines » du virus, même si celui-ci n’a pas à rougir tant il est divertissant, original et passionnant.

Enfin, saluons l’excellent travail de l’éditeur Urban Comics, qui — une fois de plus — garni le livre d’une foule de couvertures : les régulières, les alternatives et celles inspirées d’affiches de film, allant de It à Conjuring en passant par Destination Finale ! Par ailleurs, comme vu au début d’article, les différentes couvertures sont plutôt classes.

(1)DCeased – The Unkillables est prévu en trois chapitres. Côté Bat-Family, l’on suit le parcours de Red Hood (Jason Todd), qui récupère Batgirl (Cassandra Cain) et Gordon. Du reste, Deathstroke et sa fille sont aussi mis en avant, ainsi qu’une équipe spéciale menée par Vandal Savage avec, entre autres, Bane et Deadshot. Prometteur !

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 28 février 2019.

Scénario : Tom Taylor
Dessin & encrage : Trevor Hairsine, Stefano Gaudiano, James Harren, Laura Braga, Darick Robertson, Richard Friend, Trevor Scott, Neil Edwards
Couleurs : Rain Beredo
Traduction : Jérôme Wicky (Studio Makma)
Lettrage : Cromatik Ltée (Studio Makma)

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Version limitée Wonder Woman [25€]
Les quatre versions extrêmement limitées (300 exemplaires) étaient réservées aux ventes du stand d’Urban Comics durant le Festival d’Angoulême en janvier 2020.

Batman Rebirth – Tome 9 : L’aile meurtrière

(Article en cours d’écriture/mise en page)

Après les évènements de l’excellent tome précédents (Noces Noires, à lire en parallèle d’À la vie, à la mort idéalement), quelle suite à (l’interminable) série de Tom King ? Réponse dans la critique. Il est évidemment conseiller de ne pas lire si vous n’êtes pas à jour.

[Histoire]
Bruce s’interroge s’il est assez fort pour continuer à être Batman… Il se rappelle aussi d’un cadeau de Superman : la kryptonite platine, procurant les mêmes pouvoirs de l’homme d’acier à l’homme chauve-souris s’il le souhaite.

Bruce Wayne somme Dick Grayson de quitter Gotham afin qu’il puisse revêtir à nouveau le costume du Chevalier Noir (Nightwing remplaçait Batman après l’échec du mariage).

Parallèlement, KGBeast est de retour à Gotham. Quant à Bane, il poursuit son plan dans l’ombre contre Batman.

[Critique]
Comme la plupart des tomes du run de Tom King, celui-ci ne fait pas exception à sa composition éclatée en plusieurs petites histoires. Ainsi les chapitres Batman Secret Files #1, Batman #54 à #60 et Batman Annual #3 (le #2 fut publié dans À la vie, à la mort) sont répartis en cinq histoires.

Vraiment fort (Batman Secrets Files #1) est un prologue de 3 pages qui n’a absolument aucun intérêt à ce stade. Peut-être qu’on verra l’utilité de ce qui a été présenté (la fameuse kryptonite spéciale) dans les tomes suivants. Ou bien si Batman l’utilise (dans les chapitres suivants), ce n’est pas précisé…

Le meilleur d’entre nous (Batman #54) dresse un parrallèle pertinent et sympathique entre le passé de Dick et Bruce — jeunes puis durant leurs premières années — et leur présent. C’est l’occasion d’apporter une certaine légèreté grâce à Dick/Nightwing.

Bêtes de sommes (Batman #55-57) est excellent : navigant entre les genre, alternant brillamment les narrations, on prend plaisir à lire les blagues de Nightwing face au taciturne Batman tout en suivant l’arrivée d’un antagoniste manchot, méthodique, implacable et efficace : KGBeast (alias La Bête). Cet ennemi a été peu vu ces dernières années dans les aventures de Batman, on se souvient surtout de lui dans les sagas Knightfall et No Man’s Land. Sa modernisation est particulièrement réussie. Toute l’histoire est d’ailleurs un florilège de références à d’ennemis loufoques de secondes zones, on croirait voir du Morrison. Anecdotiquement, on nous informe aussi l’anniversaire de la fin de « la guerre des rires et des énigmes » (cf. le tome 4, malheureusement raté), un évènement toujours évoqué depuis le début de l’ère Rebirth sans réelle pertinence in fine. Enfin, la vendetta à laquelle se livre Batman est brutale, sans faille avec une conclusion froide et précise. Clairement un trio de chapitres qui vaut le détour.

La Fête des Pères (Batman Annual #3), écrit par Tom Taylor cette fois, met en avant Alfred : ses habitudes et ses inquiétudes. Un récit doux-amer, très touchant, avec le célèbre majordome au centre de l’histoire comme on l’a rarement vu. C’est typiquement ce genre là qui manque cruellement aux (nombreuses) aventures de Batman : offrir un coup de projecteur sincère sur un personnage secondaire mais indispensable, qui plus est qui n’est pas un justicier mais, à sa manière, un véritable héros aussi. Simple et efficace, mélancolique et (presque) émouvant.

L’aile meurtrière (Batman #58-60, qui donne son titre au livre — et où l’on retrouve principalement aux dessins le fidèle Mikel Janin et son style atypique pour accompagner les textes de Tom King) reprend à la fois un des fils rouges « discrets » du début de la série, à savoir l’œuvre de Bane dans l’ombre, et également la suite de l’excellent tome précédent avec les conséquences de l’acquittement de Freeze à son procès — grâce à la plaidoirie de Wayne envers les membres citoyens du juré. Le Pingouin décide de trahir Bane et de dévoiler à l’homme chauve-souris que Bane, pourtant emprisonné à Arkham, manipule tout l’asile et la ville. Copplebot signe son arrêt de mort en donnant ces informations mais il n’a plus de raisons de vivre, car l’amour de sa vie Penny (sa compagne ? sa fille ?! on ne sait rien d’elle, elle débarque de nulle part) a été tuée et, à part la rejoindre, il ne sait plus quoi faire…

On note un petit rappel aussi au très bon comic Le Badge — insistant donc discrètement que les évènements de cet autre « gros morceau narratif » (la fin de Justice League ère New 52 puis DC Universe Rebirth et enfin Le Badge — qui amèneront à Doomsday Clock, croisant les univers de Watchmen et de DC) est toujours canon et à prendre en compte. Un aspect qui prend encore plus de sens lors de la toute dernière planche de l’ouvrage !

La première moitié du titre remet (un peu) en avant Nightwing ce qui est une bonne chose. À l’exception de Catwoman (forcément), les alliés de Batman étaient plutôt en retrait ou absents depuis le début de la série, cela permet de « respirer » un peu après toutes ces (més)aventures en solitaire. D’autant que le capital sympathie que dégage Dick est (toujours) aussi efficace. La seconde moitié reste palpitante et plus ou moins originale. L’ensemble est ponctué de combats dynamique, bien mis en scène et particulièrement violents (l’affrontement entre le Chevalier Noir et KGBeast et, surtout, le tabassage intense de Bane). La relation paternelle est évoquée via plusieurs prismes : brièvement celle de Bruce et Thomas, celle de Dick et Bruce, celle de Bruce et Alfred — et une ultime à venir qu’on ne dévoile pas ici. Des défauts d’écriture évidents sont malheureusement présents (une introduction inutile, Penny Copplebot inconnue au bataillon, le statut de Nightwing incertain, des mystères qui se doivent d’avoir une explication plausible dans la suite de la série, etc.). Mais attention, tous peuvent trouver une résolution satisfaisante dans la suite et gommeront donc ce qui est perçu, à date, comme des maladresses ou des frustrations.

Graphiquement, entre les traits précis de Tony S. Daniel (en moyenne forme tout de même), la patte de Janin et les ambiances particulière de Jorge Fornes, le livre tient la route malgré sa non homogénéité des styles (le premier chapitre de Matt Wagner est assez moyen), avec une nette préférence pour sa deuxième moitié (Janin et Fornes). Comme toujours une galerie de couvertures variantes (on ne comprend pas pourquoi Urban n’a pas choisi l’une d’elle pour illustrer ce neuvième volume plutôt que d’en sélectionner une qui ne représente pas vraiment la globalité du comic-book), croquis et autres dessins encrés ferment le livre.

Un titre qui se retrouve donc dans le haut du panier du run de King, qui avait bien débuté (tomes 1 à 3) avant de se vautrer dans un ennui et ratage complet (tomes 4 à 7 — sauf la toute fin de ce dernier) puis qui s’est superbement rattrapé (tome 8 et ce 9ème donc, même s’il n’atteint pas la maestria de son prédécesseur).

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 17 septembre 2019.

Contient : Batman Rebirth #54-60, Batman Annual #3 et Batman Secrets Files #1

Scénario : Tom King, Tom Taylor
Dessins : Mikel Janin, Tony S. Daniel, Matt Wagner, Otto Schmidt, Mark Buckingham, Jorges Fornes
Encrage additionnel : Danny Miki, Andrew Pepoy
Couleur : Jordie Bellaire, Tomeu Morey, Otto Schmidt

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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Batman – À la vie, à la mort

Court comic-book de 80 pages environ reprenant le deuxième chapitre « annual » de la série Batman Rebirth (du même titre À la vie, à la mort) et une curiosité (Elmer un peu, beaucoup… avec le chasseur Elmer des Looney Toon à Gotham !), À la vie, à la mort est un one-shot pouvant se lire totalement indépendamment de quoi que ce soit mais qui prend une certaine dimension (plus mélancolique) en le découvrant en parrallèle des tomes 7 et surtout 8 (Noces Noires) de la série Batman Rebirth. Toute sa première moitié a été publiée en noir et blanc et offert par Urban Comics lors du Batman Day Collector en septembre 2018.

[Histoire]
La relation entre Catwoman et Batman, le jeu du chat et de la (chauve) souris.

Ils se tournent autour, ils se découvrent, ils s’unissent. Ils vieillissent…

[Critique]
Le chapitre À la vie, à la mort (la première partie du livre donc) est un véritable coup de cœur, d’une efficacité redoutable et d’une perfection absolue ! La simplicité du récit vise juste grâce à ses dialogues profondément humains. Difficile d’en parler plus longuement sans dévoiler sa conclusion, montrant un couple âgé, à la santé fragile et rappelant, forcément, le monde qui nous entoure. C’est en misant sur ce postulat à la fois « facile » et inédit (la fin de vie de Bruce Wayne sous un angle sans doute jamais vu) que Tom King est à son meilleur (comme souvent). Exactement comme dans Noces Noires, dont cet épisode fait doublement écho : il peut être lu en complément pour imaginer ce que l’union de Selina et Bruce aurait donnée si leur mariage s’était bien déroulé ou bien être vu comme la suite d’une histoire (publiée en 1983 et incluse dans Noces Noires) qui montrait sur une Terre parrallèle les premiers pas du couple mythique (et sa « confirmation » sur le long terme puisque Bruce Wayne en parle longuement dans la rédaction de son autobiographie).

En croquant le début de romance entre les deux êtres sous leur costume, puis leur (presque) « fin » sous leur alias civils âgés en très peu de planches, l’ensemble séduit, émeut et marque comme rarement un comic-book le fait. Bien sûr, la bande dessinée trouve une résonance plus ou moins personnelle propre à chacun (son vécu, son entourage…) mais difficile (impossible ?) de ne pas être touché par ce très beau titre.

Les styles épurés mais réalistes de Lee Weeks et de Michael Lark accentuent la proposition singulière de l’œuvre, à la fois urbaine et très poétique. Nocturne et paradoxalement lumineuse. Un petit bijou qui trouve une autre vision dans sa version en noir et blanc (malheureusement limitée et non en vente) : plus poignante et mélancolique. Rares sont les œuvres dégageant autant d’émotions, il ne faut donc pas passer à côté.

Seul regret : À la vie, à la mort n’est pas inclus dans Noces Noires. Il y aurait largement mérité sa place. En l’ajoutant avec les autres chapitres (soit à la suite de celui publié initialement en 1983, soit en le remplaçant carrément), on aurait obtenu une pépite complètement indispensable et facilement accessible ! Mais c’est compréhensible : le proposer en volume unique permet d’attirer un public néophyte qui aurait eu peur de se lancer dans une série interminable (Batman Rebirth) même si ce fameux huitième tome (Noces Noires toujours) peut complètement se lire de façon déconnecté et garder tout autant sa puissance visuelle et narrative — et, comme on vient de le souligner, aurait gagné en intensité en incluant À la vie, à la mort. Peut-être dans une future réédition ?

Elmer un peu, beaucoup… met en avant Elmer Fudd (en couple avec Silver Saint-Cloud) qui veut tuer Bugs Bunny puis Bruce Wayne. Il s’agit bien des personnages du célèbre cartoon des Looney Tunes mais sous une forme humaine et non animale, avec un prisme noir, dans une veine polar singulière et étonnante ! On y croise aussi les alias de, entre autres, Titi, Porky Pig, Taz…

Si cette curiosité est agréable à lire, sincèrement originale et amusante, elle a la lourde tâche de succéder à un chapitre beaucoup plus terre-à-terre, réussi et important. In fine anecdotique, Elmer un peu, beaucoup… trouve difficilement sa place dans cet ouvrage. C’est clairement un remplissage justifié par les artistes communs qui ont travaillé sur les deux chapitres. Pourquoi ne pas avoir proposé uniquement le premier en couleur puis en noir et blanc avec différents bonus (et/ou avec l’histoire publiée en 1983 dans Noces Noires) ? C’est dommage, cela empêche À la vie, à la mort de rejoindre la très courte liste des comics Batman indispensables mais se hisse sans trop de difficulté dans celle des coups de cœur du site.

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 7 septembre 2018.

Contient : Batman Annual #2 + Batman/Elmer Fudd Special #1

Scénario : Tom King
Dessins : Lee Weeks Michael Lark
Couleur : Elizabeth Breitweiser, June Chung, Lovern Kindzierski

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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