Archives de catégorie : Critique

Catwoman – Le Dernier Braquage (Le Grand Braquage)

Titre bien connu des fans de Darwyn Cooke, déjà publié en 2003 chez Semic (sous le nom Catwoman – Le Grand Braquage) puis en 2008 chez Panini Comics avec le récit avec lequel il forme plus ou moins un diptyque : Batman – Ego (sous le titre Catwoman – Le gros coup de Selina).

Urban Comics republie donc ce fameux braquage, le 14 janvier 2022 (en même temps que Batman – Ego). Cette nouvelle édition propose les quatre chapitres du fameux Dernier Braquage (Selina’s Big Score en VO), des histoires courtes inédites (Date Night) et huit autres chapitres (les quatre back-ups de Detective Comics #759-762 + Catwoman #1-4), tous déjà inclus dans le premier tome d’Ed Brubaker présente Catwoman. En effet le fameux Dernier Braquage se voulait initialement le point de départ de cette série mais n’avait jamais été inclut dans les volumes (au grand désespoir des fans qui le réclamait dans un éventuel tome 0 – chose réparée donc). Nous avons donc dans l’édition 2022 un récit écrit et dessiné par Darwyn Cooke puis d’autres où Ed Brubaker a pris la main sur le scénario.

Cette critique est basée pour l’instant uniquement sur le récit Le Grand Braquage de l’édition 2003 de Semic (et les back-ups de Detective Comics). Elle sera actualisée début 2022 quand celle d’Urban Comics sera disponible, incluant donc l’entièreté du tome 1 d’Ed Brubaker présente Catwoman.


(Le Dernier Braquage version Urban Comics 2022 compile Le Grand Braquage version Semic 2003
et le premier tome d’Ed Brubaker présente Catwoman, publié en juillet 2012 déjà par Urban Comics à l’époque)

[Résumé de l’éditeur]
Cela fait longtemps que les larcins de la mystérieuse Catwoman n’ont pas fait la Une des journaux de Gotham. Et pour cause, la rumeur court : la célèbre voleuse serait morte. Pourtant, bien loin de raccrocher les gants, une silhouette continue de parcourir discrètement les toits de la ville en quête de trésors. Alors lorsqu’une amie de son préteur sur gage lui parle d’un train rempli des billets à destination d’un trafic d’héroïne, Selina Kyle y voit le gros coup qui lui permettra peut-être de changer définitivement de vie. Il ne lui reste plus qu’à réunir une équipe de professionnels pour l’épauler dans cette nouvelle aventure, et d’assumer pleinement les conséquences de cet ultime braquage.

[Histoire – Le dernier braquage]
Déclarée morte à Gotham City, Selina en profite pour effectuer des vols mais le dernier, au Moyen-Orient, est un échec cuisant. De retour au bercail, une de ses amies, proche de Falcone, l’informe qu’un butin de vingt-quatre millions de dollars va prochainement transité par un train. Pour la femme fatale, c’est l’occasion idéale de se refaire une santé en montant une équipe efficace pour tenter le casse du siècle, le dernier braquage.

[Critique]
Quatre chapitres (Selina, Stark, Slam, Le braquage) et un peu moins de quatre vingt dix pages pour un récit sur un casse improbable et séduisant ! On tient là une petite pépite (idéalement complémentée par la trentaine de page sur Slam Bradler, voir critique suivante) magnifiée graphiquement et passionnante scénaristiquement.

Darwyn Cooke opte pour une multiplication de points de vue : les trois premiers épisodes sont ainsi racontés par leur protagoniste, Selina en tête suivi de son complice Stark et du privé Slam. On aurait aimé un chapitre sur Jeff, troisième précieuse aide lors du casse qui est malheureusement trop en retrait. Le quatrième épisode, sur le fameux braquage, conclut l’histoire (assez tragiquement – on le sent venir rapidement). Ce choix narratif permet de ne pas forcément « suivre » Selina/Catwoman mais bien le prisme de son entourage, allié ou ennemi, toujours indécis par rapport la charmante féline (la trahir ? la laisser en liberté ?).

Batman est totalement absent du titre (ce qui est très bien), laissant pleine puissance à la voleuse et son équipe, jonglant entre dialogues ciselés, amusants, et scènes violentes voire dramatiques. Un équilibre des genres parfaitement maîtrisé par Darwyn Cooke qui sublime son récit avec un découpage hyper dynamique, presque « cinématographique » avec une fluidité et lisibilité exemplaire (peut-être moins lors de l’attaque du train). On est bien loin des séquences psychédéliques de Batman – Ego (signé par le même auteur et sorti peu avant, auquel Le dernier braquage ne fait pas vraiment écho, style graphique similaire excepté), davantage encré dans une réalité tantôt sale (Gotham), tantôt artificielle (les casinos), alternant scènes diurnes et nocturnes avec brio.

Il faut dire que cette fois, Cooke est aidé par Matt Hollingsworth à la colorisation. L’artiste n’hésite pas à varier les palettes chromatiques pour conférer des ambiances précises, froides ou chaudes c’est selon (donc tendances bleues assombries et tonalités pourpres ou jaunes et ses variantes écarlates). Les couleurs épousent à merveille avec le style inimitable de Cooke, toujours proche du cartoony voire de la ligne claire européenne, tranchant avec la maturité du récit. Cet aspect graphique bien précis et défini se conjugue efficacement avec les nombreux textes ; encore une fois on pense presque à de la BD franco-belge tant il n’y a pas de notion de super-héros et qu’on lit plutôt un polar.

Il n’y a pas grand chose à reprocher au Dernier Braquage, sauf si on s’attend à y voir Batman ou même Catwoman en tenue (on est davantage concentré sur Selina Kyla la voleuse que son alter-ego costumé). Accepté cela et si le style graphiste ne vous rebute pas, aucune raison de ne pas lire ce titre qui rejoint aussi bien les coups de cœur du site que les incontournables sur Catwoman bien sûr.

En 2021, Matt Reeves confiait s’être inspiré de sept comics cultes autour de Batman, cf. la seconde newsletter de François Hercouët. Sans surprise, le classique triptyque des origines (Année Un, Un Long Halloween et Amère Victoire) mais aussi le titre sur Catwoman qui y est connecté (Catwoman à Rome), le très récent Imposter (co-écrit par le scénariste du film, Mattson Tomlin) ainsi que Batman – Ego et bien sûr ce Catwoman – Le Dernier Braquage. Cela semble faire sens par rapport aux premières images dévoilées où Catwoman a les cheveux courts, revêt des perruques, etc.

[Histoire – Sur la piste de Catwoman | Ed Brubaker présente Catwoman – Tome 1 (Detective Comics back-ups #759-762)]
Slam Bradley
est missionnée par le maire de Gotham pour retrouver Catwoman, considérée comme morte et suspectée d’avoir tué Selina Kyle, les deux femmes étant peut-être même complices…

[Critique]
Une trentaine de pages issue des back-ups (compléments d’histoires bonus) de la série Detective Comics, écrits par Ed Brubaker et dessinée par Darwyn Cooke bien sûr, mais aussi Cameron Stewart. Le tout centré sur Slam Bradley, détective privé sur les traces de Catwoman. Ce court récit est à la fois un prologue au Grand Braquage mais peut se lire après (on ignore la composition de l’album de 2022 pour l’instant).

L’intérêt étant surtout de découvrir le personnage de Bradley et comment son enquête vient se connecter avec le casse de Selina (les deux titres se déroulent au même moment puis se rattrapent). À nouveau volubile, l’histoire est efficace et permet de croiser Bruce Wayne puis Batman.

[Histoire – D’entres les ombres… | Ed Brubaker présente Catwoman – Tome 1 (Catwoman #1-4)]
Prochainement…

[Critique]
Prochainement…

 

Si vous souhaitez acheter la série Ed Brubaker présente Catwoman, inutile de prendre le premier tome qui est intégralement inclut dans ce Catwoman – Le Dernier Braquage !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 14 janvier 2022

Contient :
Catwoman : Selina’s Big Score (Le dernier/grand braquage), déjà publié chez Semic en 2003 et chez Panini Comics en 2008 (dans Batman – Ego)
Date Night (histoires courtes)
Detective Comics #759-762 + Catwoman #1-4, huit chapitres déjà publiés dans Ed Brubaker présente Catwoman – Tome 1

Scénario : Darwyn Cooke (Le dernier braquage)
Dessin : Darwyn Cooke
Couleur : Matt Hollingsworth

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Catwoman à Rome

Catwoman à Rome se déroule pendant Amère Victoire et est inclus dans la compilation des travaux de Jeph Loeb et Tim Sale Des ombres dans la nuit. Attention donc à ne pas acheter en doublon ! Le titre est ressorti en récit complet le 14 janvier 2022 à l’occasion du film The Batman. Il avait déjà été publié en 2006 chez Panini Comics. La critique ci-après est celle déjà présente sur le site pour Des ombres dans la nuit.

BATMAN-OMBRES-DANS-LA-NUIT

[Résumé de l’éditeur]
Depuis qu’il est devenu le vigilant de Gotham City, le jeune Bruce Wayne a eu l’occasion de croiser de nombreux adversaires, mais depuis quelque temps, les mafieux ont cédé la place à un nouveau genre de criminel. À la suite de la Chauve-souris, ce sont des Épouvantails, Pingouins, Chapeliers déments, Chattes et sinistres Clowns qui, chaque nuit, prennent d’assaut la cité de Gotham. Autant de raisons qui obligeront un Chevalier Noir encore en formation à se forger un code d’honneur sans failles.

[Contexte — cf. Un Long Halloween et Amère Victoire pour plus de détails — attention aux révélations si vous ne les avez pas lus]
Dans Un Long Halloween, le tueur Holiday sévissait les jours de fête. Il fut identifié et emprisonné. Cette affaire eut plusieurs dénouements tragiques : le procureur Harvey Dent devint le terrible Double-Face, Carmine Falcone (le parrain intouchable de Gotham City) fut tué par Dent, sa fille Sofia se retrouva paralysée suite à une chute et un combat contre Catwoman.

Dans Amère Victoire, Selina Kyle se rend aux funérailles de Carmine Falcone. Parallèlement, son idylle avec Bruce Wayne vacille : ce dernier est froid et distant. Catwoman propose à Sofia Falcone de retrouver le corps de son père, mystérieusement disparu, contre un million de dollars. Son enquête la pousse à demander de l’aide au Sphinx, tétanisé de peur. La féline est ensuite assommée et sauvée in extremis par Batman. La relation ambigüe entre les deux prend fin et Selina/Catwoman disparaît ensuite (chapitre 5).

Elle réapparaît en fin de récit (chapitre 13 — qui aurait dû être inclus dans Des ombres dans la nuit selon le site de l’éditeur mais qui ne l’est finalement pas) où Batman, qui la suspecte d’être « la tueuse au pendu », l’interroge pour savoir pourquoi elle est proche de Sofia et où elle était passée depuis trois mois (elle quitte Gotham pour l’Italie peu après la Saint Valentin et revient en mai pour la Fête du Travail). Plus tard, on comprend qu’elle était en Italie pour enquêter sur ses origines : elle est persuadée d’être la fille de Carmine Falcone, donc la demi-sœur de Sofia et culpabilise d’avoir causé le handicap et la défiguration de celle-ci. C’est ce voyage de plusieurs semaines, où elle fut accompagné du Sphinx, qui est narré dans Catwoman à Rome.

[Histoire]
Selina Kyle envole pour Rome, accompagné du Sphinx qui — elle en est persuadée — pourra l’aider à résoudre le mystère de sa vie et ses origines. Pourtant, à peine arrivés, des signes rappelant la galerie d’ennemis de Gotham City surgissent…

[Critique]
Voilà un voyage en Italie doublement rafraîchissant. Graphiquement d’une part, grâce à ses teintes plus chaudes car ici la colorisation est assuré par Dave Stewart et non Gregory Wright (à l’œuvre sur Nuits d’Halloween et le diptyque culte). On y retrouve moins le style « à plat » conférant une ambiance sombre. La légèreté de l’ensemble est assurée par l’écriture d’autre part, avec quelques situations absurdes amusantes et des dialogues épicés agréables (le caractère de Selina lui forge une vraie personnalité intéressante).

L’objectif de Selina Kyle se devine aisément si l’on a lu Amère Victoire avant, il est donc conseillé de lire Catwoman à Rome entre Un Long Halloween et sa suite. Cela permet de mieux comprendre sa position en retrait le long de l’histoire d’Amère Victoire. Toutefois, même si l’ensemble est sympathique, on est loin d’atteindre la maestria des autres travaux du binôme artistique.

Quelques défauts sont en effet à mettre en avant : le scénario est un peu confus, le duo original (Catwoman et le Sphinx) a du mal à prendre, l’ennemie Cheetah dénote un peu par sa « fantaisie » dans un univers jusque là assez réaliste et tout va très vite (le récit s’étale sur six chapitres, chacun correspondant à une journée). Le traitement de la femme fatale est plutôt juste, même s’il y a un peu trop de poses sexistes/dénudées gratuites (accompagnées d’un humour redondant assez plombant, voire carrément beauf, sur les formes de la belle)…

L’absence du Chevalier Noir est nullement problématique, d’autant qu’il apparaît plusieurs fois sous formes de fantasme, tant l’obsession envers Batman par Catwoman est très présente. Curieusement, on comprend que Selina Kyle a beau sortir avec Bruce Wayne, elle ne réalise pas qu’il est le Dark Knight, qu’elle croise pourtant souvent sous son alias félin (surtout quand on lit les deux volumes annexes).

Néanmoins Catwoman à Rome est un spin-off intéressant (mais pas indispensable) à Un Long Halloween et surtout Amère Victoire, pour illuminer une zone d’ombre durant ce dernier. Dans un premier temps, on s’agaçait de devoir débourser 35€ pour le lire, avec trois autres histoires one-shot sur la Fête des Morts, un prix peut-être un peu trop élevé… Une édition « à part » semblait plus judicieuse et c’est ce qu’a fait Urban Comics en proposant désormais ce titre pour 16€ le 14 janvier 2022.

[À propos]
Publié le chez Urban Comics  le 14 janvier 2022.
Précédemment publié chez Panini Comics.

Scénario : Jeph Loeb
Dessin : Tim Sale
Couleurs : Gregory Wright et Dave Stewart
Traduction : Alex Nikolavitch Racunica / Ed Tourriol / Makma

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Batman – Ego

Œuvre souvent acclamée (voire considérée comme culte – pas vraiment à raison comme on le verra dans la critique), écrite et dessinée par Darwyn Cooke, Batman Ego bénéficie enfin d’une réédition (en vente le 14 janvier 2022). Le titre était sorti en 2001 chez Semic puis en 2008 chez Panini Comics accompagné du récit avec lequel il forme (plus ou moins) un diptyque : Catwoman – Le gros coup de Selina. Ce dernier avait déjà été publié par Semic en 2003, sous le nom Catwoman – Le Grand Braquage. Urban Comics le ressort également le 14 janvier sous le titre Catwoman – Le Dernier Braquage, accompagné de quelques chapitres inédits et d’autres déjà inclus dans le premier tome de Ed Brubaker présente Catwoman.

Cette critique est basée uniquement sur le récit Batman Ego de l’édition 2001 de Semic et sera actualisée début 2022 quand celle d’Urban Comics sera disponible (qui contient quatre histoires courtes de Cooke sur le Chevalier Noir en bonus : Crime Convention, Déjà Vu, The Monument et There Be Monsters).


Les couvertures respectives d’Urban Comics (2022), Panini Comics (2008) et Semic (2001).

[Résumé de l’éditeur]
Au lendemain de la dernière vague de crimes du Joker, Batman se lance à la poursuite d’un de ses sous-fifres, Buster Snibbs, dans l’espoir d’obtenir des informations sur la position de son plus fidèle ennemi. Blessé, et épuisé tant physiquement que mentalement, le Chevalier Noir sauve néanmoins in extremis le vaurien qui, paniqué à l’idée-même des représailles de son patron, met fin ses jours. Un traumatisme qui poussera Bruce Wayne dans ses derniers retranchements, aux frontières de la folie pure.

[Histoire]
Trois ans après ses premiers pas, Batman continue inlassablement de combattre le crime dans Gotham, lucide sur sa situation (il peine à changer la ville), il s’habitue tristement aux méfaits des malfrats. Le dernier en date est un massacre dans un bal de charité orchestré par le Joker. Bilan : 27 morts, le Clown du Crime arrêté et un chauffeur, Buster Snibbs, en fuite avec 400.000 dollars.

Alors que le Chevalier Noir est sur le point de stopper Snibbs, ce dernier tente de se suicider, sauvé de justesse par le justicier. Mais le calme est de courte durée, Buster Snibbs reconnaît avoir tué sa femme et sa fille, de peur que le Joker s’en prenne à elles, puis se tire une balle dans la tête, sous le regard impuissant de Batman

Traumatisé par cet évènement, Bruce entame « une plongée psychotique au cœur des ténèbres », jonglant entre son passé et son présent, où un double machiavélique, alter ego chauve-souris géante, le martèle de ses échecs et d’une morale douteuse. Le milliardaire tente de se relever…

[Critique]
Relativement court (environ soixante-dix pages), Ego est précédé d’une jolie réputation mais est-elle méritée ? Oui et non… On reviendra sur la patte graphique de Cooke, inimitable et appréciable, après s’être attardé sur le scénario. Si le titre démarre fort avec ce suicide imprévisible et sa mise en scène sanglante, la suite enchaîne certes de belles séquences psychédéliques mais un peu vaines et, surtout, avec un gros sentiment de « déjà-vu ». Bien sûr, il faut contextualiser l’année de parution de l’œuvre, l’an 2000, période où l’on a déjà évoqué la psyché de Bruce/Batman à plusieurs reprises (Killing Joke, Arkham Asylum…), flirtant avec une éventuelle schizophrénie, comme Double-Face (habilement mis en avant lors d’un passage) et son éventuel nihilisme. Relire que le Caped Crusader est responsable de la création du Joker, que le seul moyen d’en finir est de le tuer et ainsi de suite n’est guère novateur… Néanmoins, la conclusion plutôt poétique laisse une note plus enjouée au global.

L’intérêt se situe donc au niveau des planches, Darwyn Cooke imposant parfois un gaufrier neuf cases (Killing Joke à nouveau mais aussi Watchmen bien sûr et plus récemment Doomsday Clock), signant les dessins et la colorisation (en plus du scénario – son premier pour DC Comics à l’époque, bien avant son chef-d’œuvre The New Frontier (pas encore chroniqué) ou l’excellent Before Watchmen – Minutemen). On se plaît à voir son style très doux, quasiment cartoon et presque pour enfants, proche de la ligne claire européenne parfois et l’esthétique pulp’s/glamour des 50’s,  tranchant avec la brutalité des séquences d’action ou de l’emprise cauchemardesque de la créature issue de la folie de Bruce/Batman. Un alter ego impressionnant quand il est croqué en pleine page (le format Black Label devrait rendre honneur au talent de Cooke dessinateur). À ce niveau, Batman – Ego n’a pas pris une ride et « vieillit bien ».

Le problème est qu’il survole son enjeu dramatique en l’expédiant en quelques dizaines de pages seulement alors qu’il y avait énormément à dire, à faire… Néanmoins ce classicisme introspectif reste dans l’ADN de l’homme chauve-souris, pour le petit prix (16€), on aurait tort de se priver de (re)découvrir ce titre particulier. Une lecture frustrante donc malgré un voyage chromatique sympathique, on la conseillerait plutôt pour les nouveaux venus, s’intercalant aisément dans les premières années du justicier (les alliés sont absents ou figurants le temps d’une case, Alfred n’est pas là non plus).

Ce conflit intérieur semble être l’une des inspirations de Matt Reeves pour le film The Batman (prévu pour mars 2022, justifiant ainsi la nouvelle publication du comic en France) [1]. « Je voulais entrer dans la tête du personnage et m’intéresser à sa psychologie. […] Une des plongées les plus profondes se trouve dans le Batman – Ego de Darwyn Cooke, expliquait-il en août dernier. Il se confronte à la bête qu’est Batman et c’est ce genre de dualité que je recherche. Il y a beaucoup de matière avec ce qu’il essaie de faire en faisant face à sa part d’ombre et son niveau de connaissance de soi. On est capable de comprendre ses motivations, mais Batman est brisé et pourquoi il fait ce qu’il fait et les raisons qui le poussent à penser que c’est juste ont une sorte d’ancrage héroïque. Et il y a également tellement de choses qui sont motivées par des aspects de sa personnalité qu’il ne connaît pas encore… c’est ce genre de choses qui sont très connectées à la vision de Darwyn Cooke pour Ego. » On attendra bien sûr la sortie du long-métrage pour voir si les œuvres se font écho…

[1] Sept titres semblent avoir servis de matrice pour le long-métrage de Matt Reeves, cf. la seconde newsletter de François Hercouët. Sans surprise, le classique triptyque des origines (Année Un, Un Long Halloween et Amère Victoire) mais aussi le titre sur Catwoman qui y est connecté (Catwoman à Rome), le très récent Imposter (co-écrit par le scénariste du film, Mattson Tomlin) et bien sûr cet Ego et Catwoman – Le Dernier Braquage. On note d’ailleurs qu’Urban Comics a choisi de le publier le même jour (14 janvier 2022), formant deux jolies couvertures côte à côte et se démarquant de la précédente édition (Panini Comics) qui avait rassemblé les deux récits en un seul volume.

[À propos]
Publié par Urban Comics le 14 janvier 2022. Précédemment publié chez Panini Comics (2008) et Semic (2001).

Scénario, dessin et couleur : Darwyn Cooke
Traduction : Alex Nikolavitch (à confirmer)
Lettrage : (à venir)

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Catwoman – Le Dernier Braquage (23€)