Archives de catégorie : Review

La splendeur du Pingouin

Zoom sur l’incontournable Pingouin dans un récit complet accessible et à bas prix (16€), sorti en 2013 et qui sera proposé à partir de juin 2021 à 4,90€ grâce à la seconde opération estivale d’Urban Comics.

[Histoire]
Repoussant et difforme, Oswald Copplebot est passé du statut de martyr à l’un des plus puissants criminels de Gotham City. Génie du mal, prompt à faire basculer la vie d’une personne qui se moque de lui à un véritable enfer, le Pingouin découvre une nouvelle forme de bonheur en se nouant d’amitié avec une femme aveugle…

[Critique]
Entremêlant une enfance (forcément) malheureuse et une activité de nos jours de « parrain » local craint, le récit autour du Pingouin suit un sentier assez balisé pour peu qui a vu le film Batman – Le Défi (qui semble être une source d’inspiration pour le comic avec davantage de noirceur). La fiction nous emmène donc dans l’univers d’Oswald Copplebot sans réelles surprises : des crimes divers, des vengeances dès qu’on lui manque de respect, son attrait pour les volatiles et parapluies, des visites nocturnes de Batman et… une idylle avec une femme aveugle, Cassandra, qui ne le juge donc pas sur son physique. Gravitent autour de ces éléments deux autres axes narratifs liés : sa jeunesse ponctuée d’humiliations quotidiennes (par ses camarades ou sa famille) et sa relation singulière avec sa mère. Cette dernière était visiblement la seule personne lui témoignant de l’affection, Oswald lui accorde un soin particulier lorsqu’elle est devenue très âgée et diminuée — on la croit d’ailleurs morte, faute à une ambiguïté régnante entre les angles de vue la montrant à peine dans l’ombre et son mutisme permanent, rappelant le célèbre Psychose d’Alfred Hitchcock. Oswald offre des bijoux aux deux femmes qui de sa vie : sa mère et Cassandra. De la joaillerie volée sur laquelle enquête bien sûr le justicier de Gotham…

L’ensemble se lit vite, le rythme est bien équilibré, alternant flash-backs et présent, dialogues et pensées du Pingouin (narrateur de l’histoire). Les dessins de Szymon Kudranski  sont le point fort du livre mais sont loin d’être parfaits, plongeant le lecteur dans un univers sinistre, parfois violent et très sanglant (une décapitation ouvre le premier chapitre). Tout est noir, littéralement parlant puisque la plupart des cases sont extrêmement sombres, on peine parfois à distinguer ce qu’il s’y passe, surtout dans les scènes d’action. Les quelques tonalités brunes apportent une petite visibilité, élégamment couplées à celles bleutés, donc plus froides entourant l’aura du fameux Pingouin. C’est plutôt joli mais on aurait apprécié un peu plus de « luminosité » pour mieux parcourir les planches, aux segments parfois « illisibles », même si le travail sur ces jeux d’ombre et de lumière atteignent des sommets, sublimé par la colorisation de John Kalisz, le temps d’une ou deux cases assez régulièrement, avec un rendu quasi photographique.

Le récit signé Gregg Hurwitz associé aux élégants dessins (mais trop sombres) peine malgré tout à générer une certaine empathie (à défaut d’une pitié) pour son protagoniste, beaucoup trop proche mais aussi paradoxalement éloigné de son incarnation par Danny DeVito (le comédien apparaît d’ailleurs comme victime du Joker en arrière plan d’une case !). Trop proche dans sa façon de coller à peu près à la même histoire initiale, trop éloigné car manquant le coche pour se sentir touché par l’évolution d’Oswald (à l’inverse du long-métrage de Tim Burton donc). On s’en rapproche de temps en temps mais trop rarement, lors de quelques idées novatrices rapidement esquissées, vite envolées. Comme lorsque le Pingouin se mue en son ennemi juré dans un miroir, se demandant à quoi ressemble le monde de « son » point de vue. Bien sûr, on est plus ou moins « touché » selon sa sensibilité par la solitude d’Oswald, et in fine par sa tristesse et le pathos qu’il dégage, mais il manque quelques ingrédients qui auraient pu aboutir sur un coup de maître : une poésie macabre plus prononcée et une intrigue plus originale par exemple. Le binôme d’artiste (Hurwitz et Kudranski) a par la suite œuvré séparément ou ensemble sur la série Detective Comics (incluant Jours de colère) et Le Chevalier Noir.

Passé ces cinq chapitres de Pain & Prejudice (son titre originel), on a le droit à deux planches sur les origines du Pingouin (Countdown 52 #29) et surtout un épisode complet (Rira bien…) écrit par Jason Aaron et dessiné par Jason Pearson (Joker’s Asylum : The Penguin #1). Cet ultime récit raconte quasiment la même chose que La splendeur du Pingouin mais tient sur une vingtaine de pages, en étant tout autant efficace si ce n’est plus. Rédigé avant le premier (2008 vs. 2011/12), ce segment  fait partie d’une compilation d’histoires narrées par le Joker à propos de ses collègues d’Arkham. En synthèse, il est évident que le livre s’adresse aux fans du Pingouin, avides de retrouver ou découvrir le personnage malgré une narration sans grande audace et un aspect « déjà-vu ». Les amoureux de Batman ne seront pas servis en lisant cette histoire qu’on conseille davantage pour sa forme (les dessins et leur colorisation, même s’ils sont parfois trop sombres) que le fond (le scénario en lui-même).

[A propos]
Publié le 5 juillet 2013 chez Urban Comics

Scénario : Gregg Hurwitz (+ Jason Aaron)
Dessin : Szymon Kudranski (+ Jason Pearson)
Couleur : John Kalisz (+ Dave McCaig)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat — Studio MAKMA

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Batman : Joker War – Tome 3

Après deux excellents tomes (surtout le premier, le second baissant très légèrement en qualité), Joker War perd un petit peu de sa superbe dans son troisième volume. Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Le Joker est parvenu un temps à ses fins en prenant le contrôle de la ville et en ruinant Bruce Wayne ! Laissé exsangue à l’issue de leur combat, Batman doit désormais rebâtir sa vie et retrouver la confiance de ses alliés comme des citoyens de Gotham. Car de nouveaux ennemis, comme Punchline et le Ghost Maker ne vont pas lui laisser le temps de reprendre son souffle !

[Histoire]
Batman doit changer ses méthodes de travail, à commencer par un nouveau lieu : une résidence en plein centre de Gotham à la place de son traditionnel manoir. Suite aux chutes de l’Empire Wayne, Lucius Fox peut couvrir Bruce Wayne mais moins investir d’argent dans les équipements du Chevalier Noir.

Selina donne une année à son conjoint afin de régler les problèmes de sa ville ; à l’issue de ce temps, ils décideront de la façon de gérer leur vie de couple, c’est-à-dire en quittant Gotham ou en continuant leur double-vie respective.

Dans les rues, quelques zonards sous l’emprise de la toxine du Joker — appelés les Souriards — rôdent. Clownhunter a poursuivi sa vendetta et cherche à nuire à Harley Quinn quand un ancien adversaire de Batman surgit dans la métropole : Ghost-Maker. Ce dernier connaît parfaitement Bruce Wayne et sa double identité depuis des années !

Ghost-Maker et Batman semblent avoir passé un marché, Ghost-Maker ne devait jamais se rendre à Gotham. Oracle (Barbara Gordon) ne trouve rien sur ce mystérieux antagoniste…

[Critique]
Composé de sept chapitres (Batman #101-105, Punchline #1 et Batman Annual #5), cette troisième salve de Joker War est dans l’ensemble convaincante mais en deçà de ses prédécesseures. Les cinq chapitres de la série Batman (un épisode nommé Fini de rire ! puis quatre regroupés sous le titre Histoire de fantômes) forment une étrange narration étant à la fois une conclusion (aux deux tomes d’avant donc), un moment « de transition » (l’impression de stagner entre deux grandes histoires, une passée et une à venir) et… une introduction (la fin est ouverte et relance un peu la saga avec un nouvel allié notamment).

Parmi les trois personnages créés par James Tynion IV depuis le début de Joker War, on déplore l’absence de Punchline (elle sera au centre du récit dans le chapitre d’après qui lui est entièrement consacrée), on apprécie le cheminement de Clownhunter (il n’a pas suivi les directives de Batman, a continué de se venger mais refusera de mener à terme son objectif en écoutant… Harley Quinn — puis il disparaît, inaugurant un futur ambigu, on le souhaite en tout cas… — le dernier épisode du livre lui sera aussi dédié) et l’on est mitigé quant au traitement du fameux Ghost-Maker.

Littéralement sorti de nulle part, c’est un homme que connaît Bruce depuis son apprentissage exilé de Gotham. Ne jamais avoir été mentionné auparavant est toujours un peu risqué (on se souvient de Tommy Elliott dans Silence, davantage ami d’enfance que partenaire d’entraînement durant plusieurs années et donc plus plausible à une incursion de la mythologie du Chevalier Noir). Ici, on a du mal à « croire » que cet énigmatique antagoniste existe depuis des lustres… Techniquement irréprochable, au look futuriste soigné (étrange mélange d’Iron Fist et Moon Knight — donc plutôt chez la concurrence que DC), Ghost-Maker n’est finalement qu’un autre énième ennemi aux ambitions radicales proches d’un Ra’s al Ghul notamment (pas forcément incohérent vu le passif commun entre Bruce Wayne et Ghost-Maker). En gros : on tue les « criminels », pas de place aux sentiments et à l’émotion.

Un peu faible et trop stéréotypé comme caractéristiques, c’est dommage (pour pas dire incompréhensible) de la part d’un talentueux scénariste comme James Tynion IV de se vautrer dans ce genre de facilité d’écriture (que ce soit pour les origines de Ghost-Maker ou celles de Punchline justement — cf. tome 2). Attention à la révélation à venir si vous n’avez pas lu le comic (passez au paragraphe suivant si jamais) : en quelques cases lors de la conclusion de l’aventure, Ghost-Maker décide de rejoindre la croisade de Bruce/Batman et de devenir un de ses alliés ! Pourquoi pas dans le fond (et c’est vrai qu’on a hâte de revoir cet anti-héros — surtout s’il rencontre Red Hood avec qui il partage de nombreux points communs), mais c’est assez mal amené et trop abrupte comme décision.

Le développement de Ghost-Maker laissait un peu à désirer, ce retournement de situation plus ou moins improbable déçoit pas mal, même s’il amène à une situation (un petit peu) excitante quant à l’avenir des justiciers dans Gotham. S’il ne faut retenir que le bon de l’entièreté de ces cinq chapitres, on apprécie le rythme, toujours aussi efficace, les dialogues travaillés du premier épisode surtout (entre Fox et Batman puis entre Catwoman et son mari), une bonne partie des dessins (on y reviendra car une myriade d’artistes opère tour à tour) et un ensemble qui reste correct à défaut d’être réellement marquant (comme le furent davantage les deux premiers volets — après tout il n’y a plus de guerre ni de Joker dans ce qui faisait l’intérêt principale de cette… Joker War).

Le chapitre sur Punchline (Sur le devant de la scène) reprend ce qui avait été vu fin du tome précédent avec la vidéo virale d’Alexis/Punchline clamant son innocence. On retrouve la version civile de cette nouvelle compagne du Joker le temps d’un flash-back puis on la découvre davantage via l’écoute de ses témoignages par… Cullen Row ! Personnage très secondaire apparu dans La Cour puis La nuit des Hiboux (créé par Scott Snyder donc). Le jeune homme est fasciné par Punchline, ce qui inquiète sa sœur, Harper Row, alias Bluebird puis Siala. C’est une agréable surprise, on avait surtout vu cette récente alliée du Chevalier Noir dans la saga Batman Eternal.

A la veille de son procès, difficile de savoir si Alexis/Punchline a été manipulée par le Joker ou si elle était consciente de la gravité de ses actes et donc complice. Leslie Thompkins (proche d’Harper Row) est consultée à titre professionnelle pour analyser la psychologie de l’accusée. Une foule de fans de Punchline clame sa libération et s’organise devant le tribunal où se tient son jugement. L’ensemble se tient bien, reste agréable à lire et n’a qu’un (gros) défaut : il n’y a pas de fin concrète ! C’est même indiqué : « Fin… et commencement. » On a clairement lu une introduction qui a étoffé un personnage intéressant (mieux que dans le tome 2) mais, hélas, se termine trop vite (on ignore le résultat du jugement, ce que font faire Harper et son frère, etc.), c’est très frustrant !

Enfin, l’ultime épisode qui clôt l’ouvrage, Il reste un espoir à Crime Alley (Batman Annual #5) s’attarde sur Bao, alias Clownhunter. La mort de ses parents causée par le Joker est enfin révélée tout en poursuivant son évolution globale puisque l’adolescent se rend chez Leslie Thompkins suite aux recommandations de Batman. En plus d’étoffer un protagoniste plutôt intéressant, le véritable tour de force de ce segment est son approche graphique, signée James Stokoe (aussi bien aux pinceaux qu’aux couleurs). Son style tranche avec les productions comics habituelles, mixant un improbable mélange entre Geof Darrow (The Shaolin Cowboy), Juan Jose Ryp (la trilogie Black Summer – No Hero – Supergod et aperçu dans le tome 7 de Batman & Robin), Franck Quitely (L’Autre Terre) et même un peu de Paul Pope (Batman – Année 100). En résulte un aspect à la frontière du surréalisme et de l’horrifique, un régal (qui ne plaira pas à tout le monde) !

Côté dessins justement, sur ce tome 3, Jorge Jimenez est malheureusement absent, remplacé par quelques valeurs sûres, comme Guillem March (#101, #103, #104) et Carlo Pagulayan par exemple (#102, #103, #105) puis par une armée d’artistes opérant parfois sur les mêmes épisodes : Carlos d’Anda (#102), Alvaro Martinez (#105), Christian Duce (#105), Ryan Benjamin (#104), Bengal, (#104) Mirka Andolfo (Punchline #1) et enfin James Stokoe (Batman Annual #05) ! En conservant Tomeu Morey à la colorisation le temps du premier épisode on retrouve un peu l’univers visuel instauré initialement mais Jimenez manque cruellement à l’ensemble (il reviendra dans le quatrième tome — qui sortira dans un délai plus long, le chapitre #106 étant prévu en mars 2021 après une pause liée à l’évènement Future State). David Baron s’occupe des couleurs d’autres chapitres (#102, #103, #104, #105), secondé par Romulo Fajardo Jr. et James Stokoe pour la suite et fin. Parmi les couvertures alternatives proposées en fin d’ouvrage, on retient celles de Francesco Mattina, superbes à tous points de vue.

En synthèse, ce troisième volet de Joker War 3 se lit très bien mais pêche pas un scénario plus convenu, un manque d’audace et une non-homogénéité graphique globale (qui reste qualitative tout de même — cf. les images illustrant cette critique). Les deux derniers chapitres, nettement plus longs, relèvent le niveau des précédents qui ne sont pas désagréables en soi mais loin d’atteindre les moments épiques des deux premiers tomes, que ce soit à l’écriture ou aux pinceaux. Sorte d’épilogue poussif avec l’insertion maladroite d’un antagoniste (à deux doigts d’une continuité rétroactive), on attend malgré tout ma suite avec impatience, surtout que les premières images sont alléchantes. Rendez-vous probablement fin 2021 pour la découvrir.

[A propos]
Publié chez Urban Comics l 16 avril 2021
Contenu : Batman #101-105, Batman Annual #5, Punchline Special #1

Scénario : James Tynion IV (+ Sam Johns)
Dessins : collectif (cf. article)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : collectif (cf. article)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sarah Grassart et Stephan Boschat)

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Batman – Un deuil dans la famille | Un film interactif

Nouveau film d’animation DC Comics sur Batman, Un deuil dans la famille n’adapte pas vraiment la bande dessinée du même titre mais propose au spectateur de choisir la voie à emprunter et ainsi créer une petite dizaine d’histoires (assez courtes) différentes. Critique et explications.

[Histoire]
Batman se rend dans un entrepôt où Robin (Jason Todd) a été kidnappé et frappé par le Joker. Le bâtiment est truffé d’explosifs. Le Chevalier Noir se remémore quelques souvenirs avec son second side-kick, impulsif et tête brûlée. Arrivera-t-il à le sauver ?

[Critique]
Le résumé est volontairement court puisque le film propose trois choix scénaristiques après cette introduction. Le spectateur peut ainsi faire sauver Robin par Batman, laisser Robin s’en sortir seul ou bien faire mourir celui-ci (même si on sait déjà qu’il renaîtra en tant que Red Hood, car c’est le cheminement de la mythologie et chronologie classique du personnage).

Sans détailler tous les embranchements possibles (passez au paragraphe suivant sinon), notons que deux d’entre eux suivent un chemin assez balisé. Jason Todd tué montre son retour en Red Hood (piochant dans quelques extraits du film Batman & Red Hood : Sous le masque rouge pour illustrer cette orientation mais sans en faire une redite complète, pas d’inquiétude). Quant à Jason Todd vivant et s’en sortant par lui-même, cela le mue en vengeur violent, détestant son ancien mentor, avec un costume inspiré par Silence (dans lequel Gueule d’Argile reprenait éphémèrement l’identité de Todd). La troisième option est de loin la plus intéressante car elle débouche sur d’autres voies passionnantes. Ainsi, si Batman sauve Robin, le Chevalier Noir meurt dans la foulée. De ce sacrifice, au spectateur de choisir si Jason Todd attrape le Joker ou le tue. En fonction de cela, Bruce Wayne peut revenir à la vie grâce à Talia al Ghul par exemple. Tout le monde peut aussi mourir… Jason peut devenir fou et finir à Arkham, affronter Double-Face ou le Joker, redevenir « bon et humain » ou sombrer davantage dans la violence.

Un destin tragique ou une rédemption ? A vous de le découvrir (difficile de savoir ce qu’il va se passer en fonction de certains choix). En une session d’une bonne heure on peut, de toute façon, découvrir toutes les histoires possibles puisque dès que l’une d’elle se termine le film nous propose de revenir au moment d’un choix du passé. Cette façon de faire (rappelant l’épisode interactif Bandersnatch de l’excellente série Black Mirror disponible sur Netflix) est toujours un pari risqué. A mi-chemin entre le film et le jeu vidéo, le spectateur n’est plus tout à fait passif. Par ailleurs la notion de film est peut-être exagéré car, in fine, de ces choix possibles naissent sept courts-métrages différents (ce qui est annoncé sur la jaquette pour ne pas induire en erreur le potentiel acheteur), d’une moyenne de dix minutes chacun (64 minutes environ est-il précisé). Néanmoins le temps de tout regarder, revenir en arrière, hésiter, reprendre en cours, on est occupé un peu plus longtemps.

Difficile de conseiller ou non Un deuil dans la famille tant il s’inscrit dans un registre particulier : film d’animation interactif d’une part, proposant plusieurs courts-métrages aux destins radicalement différents d’autre part. Bien sûr des changements n’impactent pas forcément toujours la suite de l’histoire, dévoilant la même avec quelques variantes (de costumes notamment) mais toujours avec une conclusion inédite. Cette façon de faire est donc à la fois la force et la faiblesse de cette animation atypique. On est plutôt conquis sur ce site, car le comic-book éponyme a affreusement mal vieilli et tout le côté géo-politique n’aurait vraiment pas été intéressant et crédible à l’écran. Par ailleurs, lors de la publication de la bande dessinée écrite par Jim Starlin à la fin des années 1980 (toujours pas chroniquée sur le site), ce sont les lecteurs qui devaient appeler un numéro de téléphone pour sceller le sort de Jason Todd. Une audace pour l’époque qui permet d’être plus ou moins réutilisée avec ce format spécifique. On aurait aimé des narrations plus longues, des moyens-métrages de trente minutes et encore plus de choix, peut-être une prochaine fois si cet essai fonctionne bien ?

Côté animation, on est dans le haut de gamme de ce que propose DC habituellement : plutôt soigné sans être trop minimaliste. On constate d’ailleurs une dimension particulièrement violente et même gore (décapitation, flux de sang…). Outre Jason Todd, Batman et le Joker, Double-Face et Talia al Ghul sont un peu mis en avant. Même si ça n’explore pas des masses ces autres protagonistes, il est toujours appréciable de les croiser au détour de ces what if ? Le doublage français reprend ses voix habituelles depuis quelques années : Emmanuel Jacomy en Batman et Marc Saez en Joker. Gabriel Bismuth-Bienaimé joue Robin/Jason Todd (il doublait Damian Wayne dans Batman Ninja). En VO, pour rester cohérent avec les doubleurs du film Batman & Red Hood, pas de Kevin Conroy (habituel Batman) ni de Mark Hamill (Joker) mais Bruce Greenwood (Batman), John DiMaggio (Joker) et Vincent Martella (Jason Todd/Red Hood) qui officiaient donc sur cette œuvre d’animation à sa sortie en 2010 !

En synthèse, si ce format spécial vous séduit, il n’y a pas à hésiter, s’il vous rebute aucune raison d’y aller. Le Blu-Ray propose quatre autres courts-métrages, sur Adam Strange, le Phantom Stranger, Sergent Rock et Death, chacun durant un petit quart d’heure. On se retrouve donc avec une heure d’animation complémentaire ! Total de l’ensemble : un peu plus de deux heures (sans compter les commentaires audio en bonus). Le tout est proposé dans un bel écrin grâce à un fourreau en carton qui entoure le boîtier plastique du Blu-Ray avec une superbe affiche/couverture (cf. haut de l’article). Pour 14,99€ c’est tout à fait correct. Notons que ce film interactif est visiblement inclus dans un coffret collector comportant quatre aux films d’animations sur Batman et que ce dernier coûte seulement 20€ (voir liens ci-après la vidéo bande-annonce) ! Attention par contre, la sortie en DVD n’est pas prévue.

NB : tous les films d’animations sur Batman sont recensés sur cette page.

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Batman – Coffret Blu-Ray Collector 20,00€
(Un deuil dans la Famille + Batman Ninja + Year One + Gotham by Gaslight + The Dark Knight Parties 1 & 2)