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Batman – Le Dernier Halloween

Nouvelle suite du célèbre et incontournable Un Long Halloween (et son successeur Amère Victoire), Le Dernier Halloween voit le jour fin 2021 quand Jeph Loeb et Tim Sale – les deux artistes initiaux à l’origine de cet univers – publient un chapitre bonus en guise d’introduction à une histoire plus vaste. La maladie emporte Tim Sale quelques mois après (16 juin 2022) et le projet reste en stand-by avant que dix dessinateurs reprennent le flambeau, livrant chacun un épisode (à partir de fin 2024) et un ensemble conclusif hautement satisfaisant, découverte.

[Résumé de l’éditeur]
Gotham City réapprend à craindre Halloween alors qu’un terrible événement menace de détruire la vie de Jim Gordon et met plus à l’épreuve que jamais le travail d’équipe de Batman et Robin. Dans une ville peuplée de menteurs, de justiciers masqués et de criminels… peut-on encore faire confiance à qui que ce soit ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Qu’il est bon de revenir dans l’univers créé par Jeph Loeb et Tim Sale, inauguré en 1996 dans trois épisodes spéciaux (compilés et renommés Haunted Knight – publiés chez nous d’abord chez Semic sous le titre Halloween et repris chez Urban Comics dans le recueil Des ombres dans la nuit) puis dans l’indispensable récit fleuve Un Long Halloween (1996-1997) ! Deux autres titres gravitent autour : la suite tout aussi culte Amère Victoire – Dark Victory en VO – avec la première apparition de Robin (1999-2000) ainsi que le complément moins connu Catwoman à Rome (2004, lui aussi inclus dans Des ombres dans la nuit puis réédité à part dans le comic éponyme). Le Dernier Halloween se réfère à chacun de ces comics, apportant une sorte « d’œuvre-somme conclusive » fortement appréciable.

Jeph Loeb renoue avec son sens du rythme, d’une enquête passionnante, globalement accessible (un arbre généalogique de la famille Falcone n’aurait pas été de trop !) et qui met autant en avant sa multiple investigation (Holiday est-il de retour ? que cache Catwoman ? qui tire sur toutes les « bêtes de foire » de Gotham ?) que ses nombreux protagonistes. Au-delà de Batman, on apprécie particulièrement la place du jeune Robin qui gravite dans ce nouveau monde violent et complexe (de quoi rappeler le très chouette et tout aussi récent Batman & Robin – Année Un). Le prodige doit faire sa place mais également apprendre de son mentor et développer ses propres facultés.

Selina Kyle/Catwoman n’est pas en reste, accentuant autant sa relation ambigüe avec Batman que son propre destin – le personnage est bien loin d’être un simple faire-valoir féminin, bien au contraire, sa riche individualité permet de se connecter à d’autres antagonistes pour améliorer la structure de l’ensemble. James Gordon n’est pas oublié non plus, les conséquences de ses choix sur sa vie personnelle sont également au cœur de la première partie de la fiction (le kidnapping de son fils vient probablement ajouter rétroactivement une nouvelle « couche » de traumatisme à ce dernier). Seule figure familière un peu en retrait : Alfred. Le célèbre majordome reste efficace dans ses échanges verbaux mais on le voit peu, de même que Bruce Wayne en civil, complètement inexistant (ce n’est pas grave mais cela aurait apporté une autre palette qualitative – dans un douzième épisode par exemple).

Si le scénario est soigné et se lit d’une traite, la partie graphique n’est pas en reste avec un choix audacieux et risqué : « remplacer » Tim Sale par un autre artiste pour chaque chapitre. La liste est prestigieuse : Eduardo Risso, Klaus Janson, Mark Chiarello, Cliff Chiang, Bill Sienkiewicz, Enrico Marini, Dave Johnson, Becky Cloonan, Chris Samnee et Matteo Scalero. Quasiment tous ont déjà œuvré sur Batman (voir paragraphe suivant) et ont réussi à garder leur propre style tout en conservant le « chara-design » de Tim Sale pour une homogénéité visuelle (comme c’est expliqué dans les bonus – voir plus loin), celui de Catwoman en tête, au costume et masque reconnaissable entre tous. La colorisation est assuré par Brennan Wagner et principalement Dave Stewart.

Pour rappel, on doit à chacun (sélection non-exhaustive) Cité Brisée et autres histoires par Eduardo Risso, l’encrage de la saga The Dark Knight Returns par Klaus Janson, Catwoman – Lonely City par Cliff Chiang, The Dark Prince Charming par Enrico Marini, Batman & Robin – Année Un par Chris Samnee, One Bad Day – Mr. Freeze par Matteo Scalero. Les autres ont signé quelques épisodes par-ci par-là ou des couvertures sur Batman. Une liste impressionnante qui ajoute un cachet inédit et élégant au livre.

Le Dernier Halloween croque donc de long en large toute la vaste galerie de vilains du Chevalier Noir (avec un accent sur Harvey Dent/Double-Face bien entendu), ses lieux emblématiques (le toit du GCPD, la Batcave, l’asile d’Arkham…) et une Gotham City nocturne et poisseuse. Un voyage palpitant pour les yeux tant on navigue en terrain connu mais dans une dimension paradoxalement nouvelle (un synopsis inédit) et habituelle (l’impression de lire un long épilogue qui était une évidence – redonnant aussi quelques lettres de noblesse à des ennemis de seconde zone). Difficile de détailler davantage sans révéler des éléments narratifs imprévus mais l’accent sur le côté détective est de nouveau au centre de la fiction, pour le plus grand plaisir des lecteurs (un aspect plutôt oublié ces dernières années…).

Différentes couvertures inédites de Tim Sale de ces dernières années ont été récupérées dans ses archives et séparent les épisodes. Une soixantaine de pages bonus complètent le beau livre (qui devrait être disponible dans trois éditions différentes – à un mois de sa sortie (4 janvier – 6 février), on s’étonne de cet oubli de communication d’Urban, à suivre !). Parmi elles, un entretien avec Jeph Loeb et une interview de chaque dessinateur (les mêmes questions y sont posées systématiquement). De quoi découvrir quelques anecdotes et, surtout, une forme de complaisance commune et un hommage collectif à Sale. C’est sympathique et relativement sage… Différents croquis ou story-boards sont proposés pour les plus complétistes.

L’année 2026 commence donc bien avec Le Dernier Halloween, un titre improbable, de même que Silence 2, lui aussi écrit par Jeph Loeb – mais moins bien à ce stade – et qui situe Batman dans ses premières années, rappelant une forme de nostalgie agréable (sans pour autant faire du « fan service ») et car on atteint une certaine saturation des séries habituelles (Batman et Detective Comics). En synthèse, aucune raison de faire l’impasse sur Le Dernier Halloween mais attention, il est crucial d’avoir lu les autres segments de cet univers voire de bien les avoir en tête avant histoire de ne pas être trop perdu !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 06 février 2026.
Contient : Batman The Long Halloween Special #1 + Batman The Last Halloween #1-10
Nombre de pages : 368

Scénario : Jeph Loeb
Dessin : collectif, voir article
Couleur : Brennan Wagner, Dave Stewart

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Nube Consulting (Yasmin Govoni et Tlalli Atl)

Acheter sur amazon.frBatman – Le Dernier Halloween (26 €)

Batman – Silence 2

Annonce surprise de 2024, la suite inattendue du célèbre et incontournable récit Batman Silence (Hush en VO) est prévue en six chapitres (ceux de la série Batman, #158-163). Ces derniers sont publiés en France avec une date rapprochée des États-Unis. En effet, Urban Comics propose chaque épisode en format souple et en noir et blanc. Ainsi, le premier chapitre de Silence 2 est sorti fin mars 2025 outre-Atlantique et début juillet chez nous, soit presque trois mois après.

Silence 2 devait initialement s’étaler en France sous cette forme jusqu’en décembre 2025 (mais un retard aux US décale tout ça – on en parle plus loin) mais ce sera pour février 2026. L’éditeur publiera ensuite l’intégralité du titre en couleur le 30 avril 2026. Pour l’occasion, Urban Comics a aussi mis en vente la version 20ème anniversaire du premier Silence (le 4 juillet 2025), contenant un épilogue inédit (Prologue : The Aftermath en VO). Pour éviter de repasser à la caisse, on espère qu’il sera dans la version intégrale de Silence 2.

Sur ce site, la critique se fera également en deux temps, uniquement sur cette page. Une première, mensuelle, revenant sur chaque épisode disponible. Une seconde, plus générale, quand l’intégralité sera disponible et lisible « à la suite » et en couleur. Début juillet 2025, lors de la sortie du coffret très soigné de la version noir et blanc (voir photo plus bas), on apprenait que la publication de la série prenait un certain retard aux États-Unis (trois chapitres disponibles au lieu de quatre – les suivants déjà annoncés comme reportés).

Mi-septembre 2025, le sixième et dernier chapitre est annoncé pour janvier 2026 (au lieu d’août 2025). L’éditeur français met à jour son site : le cinquième épisode sortira fin janvier 2026 et le sixième un mois plus tard. Sauf que… l’on apprend aussi (toujours sur Bleeding Cool) que Silence 2, titré H2SH aux US, serait en deux parties ! La seconde contiendrait six autres chapitres (donc équivalent de #07-12), soit les chapitres Batman #164-169 – ce qui n’a aucun impact sur la numérotation du renouveau de la série Batman (par Matt Fraction et Jorge Jimenez – pas encore disponible en France) car celle-ci a été recommencée à un numéro #01 et peut donc se lire en parallèle (tout le monde suit ?). L’article va même plus loin est évoque en plus de ce H2SH – Part Two un H3SH ! Donc, un troisième segment sur Hush ? Il faut croire… sauf si celui-ci correspond à la seconde partie de Hush 2, c’est un peu nébuleux. Néanmoins, vu le retard aux dessins de Jim Lee, il est difficile d’envisager tous ces futurs épisodes croqués par le big boss de DC.

01. Le Pion
Sortie le 4 juillet 2025 (uniquement dans un coffret spécifique)11,90 €
Batman #158

[Résumé de l’éditeur]
Il y a des années, Batman et ses alliés ont soudainement été assaillis par tous leurs ennemis, jusque dans leur vie civile. Derrière cette attaque se cache un mystérieux adversaire masqué se faisant appeler Silence, directement lié à l’enfance de Bruce Wayne et connaissant tous les secrets de la Chauve-Souris. Alors que la menace semblait enterrée, Silence semble pourtant de retour, plus dangereux que jamais et décidé à mener sa guerre contre la bat-famille jusqu’au bout…

[Résumé du chapitre]
En affrontant le Joker, Batman échappe à la mort de peu, sauvée par Talia al Ghul. En enquêtant sur cet affrontement, le Chevalier Noir comprend que son ancien ennemi Silence est de retour.

[Critique]
Voilà une entrée en matière rythmée et efficace – mais un poil décevante. Au scénario, Jeph Loeb déploie rapidement et brillamment plusieurs éléments. On sait d’entrée de jeu que nous sommes dans la continuité classique (Damian est évoqué et les trois victimes du Joker des habituels morceaux de la chronologie du Chevalier Noir sont remémorés : James Gordon et sa fille Barbara via Killing Joke et Jason Todd/Robin via Un deuil dans la Famille), on y croise déjà des alliés (Nightwing et Batgirl), des ennemis (le Joker et Silence), une antagoniste (Talia) et un nouvel adversaire, complice de Tommy Elliot visiblement : Soupir. En somme, en une petite trentaine de pages, le ton est posé (sérieux, divertissant, vaguement original) et de nombreux protagonistes se côtoient directement ou indirectement.

Le « problème » est davantage une appréhension qu’un souci factuel sur ce premier épisode. On sait qu’il n’y aura que six chapitres au total pour cette histoire et ce premier semble presque « anecdotique » pour évoquer ces retrouvailles mythiques. Il ne faut donc pas être trop sévère et garder espoir sur le long terme, même si on aurait pu espérer quelque chose de plus novateur voire épique. Mais attendons la suite avant de se montrer trop pessimiste. Pour information, Urban Comics a inclut le prélude La Promesse (quatre pages) qui servait de bonus au premier chapitre de Justice League Unlimited en VO (sans rapport entre les deux séries) pour introduire le récit.

En revanche, on adore les planches en noir et blanc de Jim Lee couplées au fabuleux encrage de Scott Williams – même équipe artistique qu’à l’époque du premier opus. Un régal pour les yeux, des traits toujours aussi fins, des cases détaillées, des personnages reconnaissables et aux expressions faciales lisibles, tous charismatiques et appréciables. Toutefois, la vision de l’ensemble s’avère parfois frustrante – on aurait aimé découvrir la version colorisée (par Alex Sinclair) en même temps, aussi bien pour la comparer que l’admirer. On se perd aussi un peu de temps à autre à savoir si l’action se déroule en journée ou de nuit et des détails sanglants semblent « adoucis » par l’absence de couleur mais, une fois de plus, ne boudons pas notre plaisir tant le duo Lee/Williams fait des merveilles ! Le Pion se lit rapidement et, même s’il ne propose pas forcément de grosse promesses narratives ou quelque chose d’ambitieux, il reste modestement efficace. À suivre !

02. La Tour
Sortie prévue le 29 août 20255,90 €
Batman #159

[Résumé / Début de l’histoire]
Le Joker
est quasiment laissé pour mort par Silence. Batman se voit dans l’obligation de l’aider pour ne pas qu’il décède et le transporte chez Leslie Thompkins. Red Hood ne semble pas l’entendre de la même oreille…

[Critique]
Jeph Loeb
semble savoir (sans surprise) où il va ! On s’interroge déjà sur qui manipule qui ? Jason Todd/Red Hood travaille-t-il avec Silence ou bien l’ancien Robin agit comme l’avait prévu Tommy ? En sauvant la vie du Joker, Batman a-t-il fait exactement ce qu’avait prévu Silence ? Difficile d’en dire davantage sans dévoiler certains éléments – dont l’arrivée d’un allié inattendu en toute fin (et avec un look improbable de prime abord) mais qui demeure très cohérente avec le premier tome Silence de l’époque (on aura sans doute l’occasion d’en reparler dans le chapitre suivant). L’ensemble commence tout doucement à être étrange par rapport à la continuité « classique », attention à ne pas trop dévier… Du reste, on poursuit un rythme efficace et une narration solide même s’il y a toujours cette crainte d’un récit complet moins marquant que l’œuvre mère, puisqu’on est déjà à un tiers de sa fin.

Comme pour l’épisode précédent, on se régale au niveau des planches de Jim Lee et du saisissant contraste bichrome plus prononcé ici grâce à trois lieux en huis clos distincts (la clinique de Thompkins, le Batcave et l’Horloge/repaire de Batgirl). Des pleines pages (parfois doubles) font clairement décoller les rétines. Il ne s’est déroulé qu’une poignée d’heure depuis le début de Silence 2 et on espère qu’en quatre chapitres restants, on pourra explorer la partie civile du héros avec Bruce Wayne et, à minima, son idylle avec Selina/Catwoman, qui occupait une place importante dans l’opus précédent. Pour l’instant, l’auteur semble se concentrer sur l’action et une poignée de protagonistes seulement. Pour le meilleur ou pour le pire ?

03. Le Cavalier
Sortie prévue le 26 septembre 20255,90 €
Batman #160

[Résumé / Début de l’histoire]
Red Hood 
veut tuer le Joker, ligoté et endormi dans une planque de Silence mais ce dernier l’en empêche, arguant que le célèbre Clown doit vivre pour la suite de son plan – qui consiste(ra) à montrer que Batman préfère sauver le Joker que son entourage. Le Sphynx/Riddler devient un allié inattendu auprès de Batgirl (qui va tâcher de retrouver son père rapidement) et Nightwing (qui se dirige vers Jason Todd). Au milieu de tout ça, Batman enquête sur l’origine des scalpels utilisés par Tommy et se retrouve dans un chaos d’affrontements…

[Critique]
Encore un chapitre explosif, riche en action et en parcours (géographiques) de différents protagonistes ! C’est presque épuisant d’essayer de tout suivre (faute à nouveau au noir et blanc qui empêche la lisibilité d’intrigue diurne/nocturne – mais c’est du détail). Après une courte première phase de « repos » (on insiste sur les guillemets), tout s’enchaîne à degrés divers. Nygma parle par énigme alors qu’il n’a pas besoin (fait-il partie du plan d’Elliot lui aussi ?), la présence de Damian Wayne confirme la continuité chronologique – et la surprise de le voir avec Bane (tueur d’Alfref) ainsi que la réaction de Batman viennent confortent aussi en ce sens. Néanmoins, il n’est pas exclu qu’a posteriori, Jeph Loeb (ou DC Comics d’une manière générale, par la voix de leur représentant donc… Jim Lee, le dessinateur de ce comic), ce Silence 2 soit proposé comme Trois Jokers, c’est-à-dire faisant partie de la continuité ou en marge de celle-ci en fonction du bon vouloir du lecteur. Curieux de voir, une fois de plus, si cela sera évoqué dans l’épisode suivant. Du reste, arrivé à la moitié de l’arc, on apprécie globalement sans pour autant être totalement conquis. Mitigé mais paradoxalement confiant ET inquiet quant à la suite…

04. La Reine
Sortie prévue le 31 octobre 20255,90 €
Batman #161

[Résumé / Début de l’histoire]
Batman
trouve le repaire de Silence et constate que Jim Gordon a été blessée. Sa fille Barbara, alias Batgirl, s’en prend au Chevalier Noir.

[Critique]
Probablement le moins bon chapitre depuis le début. Le sujet Bane/Damian(/Alfred) est vite balayé, Barbara/Batgirl s’éloigne de l’ADN de son personnage (combattre son mentor ne lui ressemble pas), l’intrigue générale n’avance toujours pas (Silence est quasiment absent de l’épisode même si c’est visiblement fait exprès pour la poursuite de son plan), deux Robin ont du mal à en découvre face à un Joker armé et doivent s’enfuir, etc. Bref ! Pas mal de courtes situations improbables ou anecdotiques qui laissent un peu de marbre. C’est d’autant plus délicat qu’il ne reste que deux chapitres avant la fin…

Toutefois, l’on apprenait quelques semaines plus tôt (début septembre 2026) qu’il pourrait y avoir une seconde partie à ce Silence 2 et carrément un Silence 3 (voir haut de cette critique) ! À la fois rassurant car on a du mal à voir comment en six volumes aussi courts on pourrait atteindre une maestria importante et en même temps frustrant vu le temps nécessaire de production… En attendant, on a plutôt l’impression de lire/voir une aventure « lambda » de Silence, qui ne mériterait pas d’être une « suite officielle », comme il y a pu en avoir par le passé (cf. index dédié). Heureusement, les dessins de Jim Lee et l’encrage de Scott Williams continuent de faire des merveilles (cette double planche ci-dessus), dynamiques et aérés, lisibles et élégants ; c’est toujours ça de gagné dans une lecture mi-figue mi-raisin…_

05. Le Roi
Sortie prévue le 30 janvier 20265,90 €
Batman #162 (sortie le 12 novembre aux US)

[Résumé / Début de l’histoire]

[Critique]

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06. Aucun titre annoncé (probablement Le Fou )
Sortie prévue le 27 février 2026 – 5,90 €
Batman #163 (sortie le 28 janvier 2026 aux US)

[Résumé / Début de l’histoire]

[Critique]

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Infinite Crisis – Tome 05 : Crise infinie

Cette fois, c’est la fin ! Après un premier tome introductif très efficace (Le projet O.M.A.C.), les deux suivants – plus inégaux – qui se composaient de nouvelles séries spécifiquement conçues pour la saga (Unis pour le pire et Jour de vengeance) et le quatrième qui proposait enfin la première partie de la « crise infinie » (Les survivants), Infinite Crisis arrive à sa conclusion dans un cinquième tome qui vient rabattre les cartes de l’univers DC ! Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Superboy-Prime et Alexander Luthor, les derniers survivants de la précédente Crise cosmique sont bien décidés à ressusciter leurs Terres détruites durant cet événement. Luthor lance ainsi la Société Secrète à l’assaut de Metropolis, tandis que les deux Superman s’affrontent entre différentes dimensions. Au terme de ce combat, un nouveau Multivers pourra-t-il renaître ?

[Critique]
Comme les tomes précédents, celui-ci se compose de plusieurs segments distincts. La suite est fin de la série Crise infinie bien sûr (trois chapitres entremêlés entre les autres histoires) mais aussi les conclusions de La guerre Rann-Thanagar et Unis pour le pire (tous deux entamés dans le deuxième tome), Le projet O.M.A.C. (dans le premier) et Voici ta vie, Superman, évidemment centré sur l’homme d’acier (composé de trois épisodes : Superman #226, Action Comics #836 et Adventures of Superman #649).

A l’instar du quatrième et solide volet, ce cinquième se lit globalement bien avec une certaine cohérence. En effet, les chapitres sont disposés de façon à être à peu près dans l’ordre chronologique mais cela casse une certaine immersion, notamment pour la série éponyme (Crise infinie / Infinite Crisis). Par ailleurs, il faut se rappeler des deux premiers tomes pour renouer avec leurs « suites et fins » ici mais si on a lu toute la saga dans l’ordre en quelques jours ou semaines, alors aucun problème.

Difficile de résumer donc le début de cet ultime opus qui regroupe les conclusions de quatre (voire cinq) fictions ! On débute avec la fin de La guerre Rann-Thanagar, probablement la partie la moins passionnante de l’ensemble mais contenant de belles propositions graphiques cosmiques. Le titre accélère véritablement ensuite avec le cinquième épisode de Crise infinie où l’on suit le Superman de Terre-2 qui assiste impuissant à la mort de Lois Lane avant de tomber fou de rage et de s’en prendre, entre autres, au Superman de Terre-1 (planète où se déroule l’entièreté de l’action de la saga). En parallèle, le Luthor rescapé de Crisis on Infinite Earths rétablit le multivers et d’autres mondes, afin de créer la « Terre parfaite » (en voulant tamiser chaque Terre pour récupérer chaque « bonnes parties » et tout fusionner en une unique Terre idyllique).

La narration (toujours de Geoff Johns) est – à ce stade – relativement dense, complexe, folle et passionnante ! Mais le fil rouge du récit (de ladite crise infinie) est alors un peu mise de côté pour faire place au long passage sur Superman, qui sonne comme un honneur au kryptonien, avec une armée d’artistes étalée sur trois épisodes (dont Joe Kelly et Jeph Loeb au scénario et notamment Jerry Ordway, Tim Sale, Lee Bermejo, Phil Jimenez, Ian Churchill et Ed McGuiness… aux dessins). Les amoureux de Superman seront probablement aux anges, profitant d’une narration différente mais aussi de différents hommages visuels (cf. images en fin de critique).

En suivant à la fois la vie de Superman mais aussi l’évolution de l’être humain au sens large (incluant une pleine planche devant le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau), l’on saisit mieux la dualité entre la noirceur du modernisme des super-héros et l’ancien âge (plus lumineux) des ères DC Comics. Un sujet fleuve qui parsème Infinite Crisis et déjà entamé dans Crise d’identité d’une certaine manière (auquel on trouve quelques nouveaux échos dans le livre). De la même manière, la longue introduction consacrée à Power Girl dans le tome précédent se connecte un peu plus ici (mais on peut déplorer avoir pris autant de temps avant (et de place) pour, in fine, pas grand chose).

Après cette semi-parenthèse, la crise reprend (Infinite Crisis #6) et on assiste un véritable maelstrom des figures de DC, effectuant de la figuration pour la majorité. L’intrigue se recentre sur les deux Superman, la Trinité mais aussi le nouveau Blue Beetle, unique entité à réussir à voir le fameux satellite l’Œil et les derniers OMAC. Si c’est assez bavard et un peu confus (des milliers de Terre sont montrées subrepticement), on en prend plein les yeux à tous points de vue. Ça fuse de partout en action (dans l’espace notamment) avec plein de couleurs différentes – pas de doute, nous sommes en pleine lecture d’un comic book ! Les dessins de Phil Jimenez, Jerry Ordway et George Pérez sont incroyables (accompagnés d’Ivan Reis et Joe Bennett sur les autres chapitres).

Ensuite, nouvelle « pause » dans l’histoire puisqu’on retrouve Sasha Bordeaux (en OMAC) pour découvrir ce qu’elle devient depuis le premier volet, pile au moment où elle se connecte au titre principal. Idem pour Unis pour le pire où on renoue avec quelques Secret Six mais surtout avec Oracle (Barbara Gordon) et… le Limier Martien ! Une association efficace pour un épisode plus palpitant que le précédent mais qui garde un goût d’inachevé.

Enfin, l’ultime épisode d’Infinite Crisis (#7) explose tout sur son passage. La confrontation entre les Superman (face notamment à Superboy), la fin de Luthor (assez surprenante – avec l’intervention d’un personnage DC extrêmement populaire qui était cantonné à un curieux absentéisme jusqu’à ce moment fatidique) et… un départ de la Trinité pour se ressourcer. Bizarrement, le retour d’autres Terres est à peine évoquée (il a eu lieu en amont) et on se concentre sur le bien fondé et l’humanité de Superman, Wonder Woman et Batman, tous trois croqués en civil pour l’occasion. Tous décidant de prendre une année de repos pour réfléchir à une nouvelle méthode pour agir, déconstruire leur propre vision de la justice, etc. Ce qui donnera lieu à plusieurs séries dont la 52 (que s’est-il passé durant une année d’absence de la Trinité ?).

Voici pour les résumés de ce cinquième volume, assez inégal. Si les conclusions de chaque arc sont les bienvenues, elles sont parfois expéditives voire frustrantes (on veut – encore – la suite de ce qui se déroule pour certains protagonistes ; à découvrir justement dans de nouvelles séries, Secret Six déjà évoquée mais aussi Checkmate par exemple ou encore One Year Later). Surtout : elles cassent le rythme effréné de la série principale, nettement plus soutenue et aboutie, mémorable et impressionnante ! Difficile d’en vouloir à l’éditeur qui a ainsi imprimé une saga complète et dans un ordre de lecture idéale, au détriment donc d’une immersion plus soignée.

Ce qui ressort de l’ensemble est malgré tout relativement positif : toutes les pièces du puzzle se sont assemblées, rien a été mis de côté. Les multiples menaces se croisent et donnent du fil à retordre à nos héros, principalement la force brute de Superboy couplé au génie de Luthor et sa reformation des Terres. On assiste à la fois à la fin d’une ère (et son lot de tragédie) et on nous en esquisse les contours alléchants d’une nouvelle (recouvrer une « dignité » (envers le peuple ? le lecteur ?)). Le scénariste Geoff Johns a signé un récit fort, mature et intelligent, consolidé par les autres architectes de l’évènement. Du reste des crédits d’ailleurs (pour ce tome) on retrouve les mêmes équipes que précédemment pour chaque conclusion des mini-séries évoquées (Dave Gibbons, Greg Rucka et Gail Simone donc côté écriture).

Graphiquement, l’ensemble n’est pas forcément homogène mais la série principale, comme évoqué plus haut, est magistrale. Entre moments iconiques et lisibilité exemplaire des (nombreuses) séquences d’action, on retient aussi quelques parties bien sanglantes (Black Adam qui défonce littéralement la tête du Psycho Pirate, Superboy-Prime qui se bat contre les deux autres Superman…). Une conclusion épique, aussi bien au sens figuré que littéral !

Ce cinquième et dernier tome d’Infinite Crisis conclut brillamment une épopée qui a su habilement jongler entre les points de vue, fausses pistes et enjeux (d’une guerre spatiale aux conflits humains en passant par une bataille entre intelligence artificielle et magie pure). En brassant la plupart des genre avec brio, cette saga (incontournable à l’époque en 2005 et toujours aujourd’hui) a révolutionné une fois de plus la mythologie de DC Comics. Plus accessible que Crisis on Infinite Earths, à laquelle elle est mécaniquement reliée (ainsi qu’à Crise d’identité), Infinite Crisis passe mieux l’épreuve du temps que son illustre aînée de 1985. Plus touchante et émouvante également, chose rare dans l’industrie.

[Conclusion de l’ensemble]
Infinite Crisis vaut-il le coup ? Indéniablement oui. Certes il y a des épisodes de trop (ceux sur Superman notamment – évidemment les férus de l’Hommes d’acier seront servis et en profiteront davantage) ou encore des séries annexes inégales et mal exploitées, mais c’est un véritable plaisir de lecteur que d’avancer pas à pas dans l’énorme échiquier que représente le jeu de piste de Johns et ses compères. Si cela démarre fort (premier tome) puis accuse une petite baisse de régime (les deux volumes suivants), c’est pour mieux redémarrer et cracher son potentiel ensuite (les deux derniers volets).

Les multiples visions confèrent une approche singulière très plaisante. Si l’œuvre – on l’a dit – a révolutionné en son temps DC Comics, l’impact fut moins « spectaculaire » (toutes proportions gardées). Les morts ne durent jamais très longtemps et de nouvelles crises remettent tout à plat (Final Crisis suivra très rapidement en 2009 puis Flashpoint en 2011). Ce n’est pas tant le destin tragique de certains protagonistes (beaucoup de seconds couteaux à de rares exceptions) mais plutôt le statu quo de la Trinité, le « nouveau départ » et surtout le retour des Terres parallèles et du multivers (fièrement annoncé sur chaque frise chronologique de l’éditeur) qui ajoutent un marqueur résolument majeur et impactant.

La saga fourmille de références mais reste accessible – c’est sa grande force, à l’inverse de Crisis on Infinite Earths (qu’elle cite abondamment dans ses deux derniers volets). Ainsi, on retrouve souvent mentionné le sort de Green Lantern/Hal Jordan – quand il était Parallax notamment, cf. Crise temporelle –, le Corps des Green Lantern illumine d’ailleurs la conclusion de multiples façons, on voit aussi les conséquences de la déconstruction de la Justice League dans Crise d’identité (notamment dans Crise de conscience, au cœur du troisième tome d’Infinite Crisis), enfin la mort de Superman et l’ascension à la présidence de Lex Luthor sont aussi régulièrement évoquées. En somme, la plupart des titres importants publiés chez DC dans les années 1990 et le début des années 2000 trouvent une sorte d’aboutissement dans cette crise infinie, poussant le lecteur à s’interroger sur la noirceur et le degré de complexité atteint chez ses héros favoris. Certains diront que c’est le début de la fin, d’autres une audace et une voie novatrice et agréable.

Côté Batman, ce dernier joue un rôle prononcé dans Infinite Crisis, notamment au début (le projet O.M.A.C., c’est lui indirectement), au milieu (au sommet de sa paranoïa et colère face à ses collègues qui l’ont trahi et manipulé – cf. les conséquences de Crise d’identité) et à la fin (le combat contre l’Œil, le soutien à Nightwing, etc.). C’est donc encore plus plaisant de suivre cette saga aussi bien quand on est fan de DC Comics que de Batman (contrairement à Crisis on Infinite Earths où le Chevalier Noir était quasiment absent). L’investissement économique est conséquent (un peu moins de 150 €) mais le jeu en vaut la chandelle. Néanmoins, si vous souhaitez surtout lire l’évènement principal (ou que vous n’êtes pas complétistes), alors les tomes quatre et cinq peuvent suffire. Le premier et, surtout, le troisième restent appréciables pour avoir la suite directe de Crise d’identité. En somme, le second volet est le plus « passable ».

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 1er avril 2016.
Contient : Infinite Crisis #5-7 + Rann-Thanagar War Special + OMAC Project Special + Villains United Special + Superman #226 + Action Comics #638 + Adventures of Superman #649

Scénario : Geoff Johns, Dave Gibbons, Joe Kelly, Greg Rucka, Gail Simone, Jeph Loeb
Dessin : collectif (voir critique)
Encrage : collectif
Couleur : collectif

Traduction : Edmond Tourriol (Studio Makma)
Lettrage : Stephan Boschat (Studio Makma)

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