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Absolute Batman – Tome 03 : L’atelier du diable

Après les chouettes tomes un (Le Zoo) et deux (Abomination), Absolute Batman se poursuit en offrant une place de choix au Joker et à Poison Ivy dans ce nouvel album, pas exempts de défauts. Critique.

 

La couverture classique et l’habituelle couverture en édition limitée des librairies Pulp’s Comics.

[Résumé de l’éditeur]
Fraîchement échappée du terrible complexe de l’Arche M, la Dre Pamela Isley se voit animée d’une haine sans fin et d’un désir ardent de vengeance envers Gotham et ceux qui l’ont enfermée dans le ventre de la bête. Pour tenter de sauver la ville et arrêter cette effroyable créature végétale, Batman devra survivre à un torrent d’horreurs sans fin et ne reculer devant rien… Mais alors que l’ombre du Joker s’étend de plus en plus sur Gotham, le monstre le plus dangereux n’est peut-être pas celui que l’on croit.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Le troisième volume d’Absolute Batman est un peu trop dense tant il comporte d’arcs narratifs en cours (qui ne se rejoignent pas forcément), en introduit de nouveaux, en poursuit d’anciens et propose une foule de nouveaux protagonistes – dont le Joker et Poison Ivy, tous deux au cœur de l’ouvrage. Toutefois, la bande dessinée reste dans le haut du panier des séries sur Batman (ou plutôt de cet univers alternatif sur Batman). Scott Snyder jongle plus ou moins habilement entre tous ses sujets et sa temporalité (sa fichue habitude d’entremêler trop de récits, du passé et du présent, atteint une forme d’apogée ici – pas désagréable mais empêchant une certaine fluidité de lecture).

Dans L’atelier du diable, l’auteur met temporairement de côté les conséquences du volume précédent : Waylon, Edward, Harvey et Oswald apparaissent éphémèrement et, sans surprise, amorcent bien un évolution haineuse envers Bruce/Batman (on les verra davantage dans le quatrième opus). D’autres personnages sont peu vus voire absents : Harley, Nightwing, Selina… De quoi décontenancer un petit peu. Ici, l’accent est mis sur Jack Grimm, la nouvelle incarnation du célèbre Clown du Crime dont on revisite ses origines. Mais avant d’en reparler, il est primordial d’évoquer la curieuse composition de l’album.

Ainsi, le comic book s’ouvre sur Absolute Evil #1 puis enchaîne avec Absolute Batman #15, Absolute Batman: Ark M Special #1 et enfin Absolute Batman #16-18. Ces épisodes n’ont pas forcément de titre en français. Le premier est complètement à part du reste : il met en scène Veronica Cale, une conseillère à la sécurité nationale (issue d’Absolute Wonder Woman), entourée, entre autres, de Ra’s al Ghul (ennemi d’Absolute Superman) et du Joker (Jack Grimm), et qui dresse un historique des premiers super-héros dans cet univers – de quoi voir Hawkman et Wildcat par exemple. On assiste à l’état des lieux des découvertes récentes majeures d’autre figures « surhumaines » exceptionnelles : Batman, Wonder Woman, Superman, Green Lantern, Flash et Martian Manhunter.

Cela relie toutes ces séries (disponibles chez l’éditeur) en préfiguration d’un évènement plus grand à venir (probablement un crossover – Absolute Justice ?)… On y croise aussi la version Absolute de Green Arrow qui jouera un rôle crucial pour la suite. D’autres têtes emblématiques de l’univers DC sont montrés et offrent donc à ce segment, pas inintéressant au demeurant, une forme de déconnexion des chapitres suivants (centrés sur Batman ou le Joker) et aurait peut-être mérité d’être proposé en conclusion du livre plutôt qu’en ouverture (ou carrément dans un futur opus corrélé à ce mystérieux event ou dans Absolute Green Arrow si Urban Comics le publie à terme).

Absolute Batman #15 renoue avec le Chevalier Noir, en conversation avec Pennyworth qui a investigué sur la dynastie Grimm, à commencer par Joseph, clown de rue au début du XXème siècle et… son descendant, Jack Grimm, l’actuel Joker – à moins qu’il ne s’agisse de la même personne ? Grimm est devenu un milliardaire qui effectue des chasses à l’homme sur des îles désertes qu’il possède pour le plaisir sadique de tuer et contenir son appétit de son alter ego, une monstrueuse créature. C’est aussi un homme d’affaires qui vit dans un manoir avec un majordome et dispose d’une cave cachée (belle inversion des rôles évidente avec Bruce Wayne). Absolute Batman: Ark M Special #1 a été publié « à part » aux États-Unis. Il suit le Dr Amadeus Arkham et, à nouveau, le Joker dans un jeu de faux semblant assez prévisible mais globalement efficace (s’achevant sur une fugace apparition de Deathstroke – encore un nouvel antagoniste teasé !).

Il faut donc attendre Absolute Batman #16 pour retrouver Bruce/Batman au présent avec la « suite » de la fin du volet précédent. Mais… l’essentiel de l’épisode se déroule avec Wonder Woman dans les enfers, faisant référence au chapitre Absolute Wonder Woman #15 (qui sera dans le tome 3 de la série prévue le 13 novembre) – où la guerrière était à Gotham avec le Chevalier Noir ; dommage de ne pas l’avoir inclus ici… Enfin, les Absolute Batman #17-18 sont enfin consacrés intégralement au Dark Knight et sa « nouvelle » ennemie : Poison Ivy (il est curieux que l’éditeur accentue son résumé de quatrième de couverture sur elle du coup, encore plus quand sa couverture – un choix très… discutable – est centrée sur le Joker). Pamela est aussi revisitée dans cet univers comme une créature hideuse, cassant un peu l’originalité dont bénéficiait le Joker quelques pages avant même si, graphiquement, l’Empoisonneuse est très stylisée et incroyable. Dans sa dernière ligne droite, L’atelier du diable introduit (encore !) de nouveaux antagonistes (bien célèbres dans la chronologie classique du Caped Crusader).

Sans dévoiler trop de péripéties, il est évident que l’ensemble sature de ce « trop plein » de protagonistes, dont certains mériteraient une exposition plus grande mais cela arrivera peut-être plus tard. Le célèbre Clown du Crime (qui ne rigole pas vraiment – à l’instar du Joker de Batman Rebirth sauf qu’ici c’est cohérent) occupe une place non négligeable et continuera d’être présent dans la suite sans aucun doute. Comme toujours, on a très hâte de découvrir cela, c’est la grande force de Scott Snyder qui sait promettre des rencontres de haut vol et nous garder en haleine (le cliffhanger des ultimes pages aident en ce sens – encore que, pour avoir lu l’épisode suivant, si celui-ci avait été dans ce tome, cela aurait encore été plus osé !).

Malgré la densité d’informations et de personnages, ce troisième opus d’Absolute Batman reste diablement efficace. Comme dit plus haut, on peut pester un peu contre la faible originalité d’avoir conçu deux créatures difformes pour deux ennemis emblématiques (le Joker et Poison Ivy) – même si cela semble être le virage « obligatoire » de l’univers Absolute – mais, une fois de plus, cela se regarde (et lit) sans déplaisir. Autre problème : quelques têtes secondaires (Harley et Nightwing notamment) semblent avoir vécu  des péripéties importantes depuis le précédent tome sans que cela soit montré ou évoqué, on a donc un peu l’impression d’être passé à côté de certaines choses… Rappelons à nouveau que la composition et l’ordre de lecture imposé dans ce troisième volet – théoriquement Urban est très libre là-dessus et n’est pas obligé de se calquer sur les US – peut contribuer voire gêner la fluidité de lecture . On espère aussi que Snyder a bien un plan sur le long terme, lui qui est si doué pour happer mais a toujours du mal à retomber après ou conclure ses fictions de façon convenable.

Inutile d’être trop négatif, la série reste une valeur sûre dans l’industrie et les récentes productions. Elle est bien plus alléchante que les deux œuvres phares de la continuité : Batman Prime (Batman) et Ghosts of Gotham (Detective Comics). Plusieurs artistes officient : l’habituel Nick Dragotta mais uniquement pour un épisode (!), remplacé par Eric Canete deux fois (#17-18, sur Poison Ivy) mais aussi Jock (#15) et quelques autres (dont Camuncoli et Nesi pour le premier chapitre, Hixson le segment sur Arkham – voir À propos pour les détails avec les coloristes). Comme toujours, l’ensemble bénéficie d’une homogénéité visuelle, les personnages sont reconnaissables aisément mais on retient principalement les traits inédits, rugueux et singuliers de Canete, qui traite donc intégralement toute l’histoire sur Poison Ivy, de quoi se régaler les rétines avec son style un brin différent mais respectant la « charte graphique » imposée initialement (indirectement ?) par Dragotta.

L’atelier du diable est peut-être « le moins bon » tome d’Absolute Batman mais cela n’en fait pas un mauvais opus pour autant. Il bénéficie de grandes qualités, dont une revisitation du bestiaire de vilains assez prononcée et originale, une aura du Joker extrêmement efficace – en tant qu’ennemi réellement « puissant » sur plein d’aspects –, une sensation de « grand ensemble » anticipé et une envie irrésistible de dévorer la suite. Reste que le livre déçoit par différents aspects listés dans cette critique mais arrive, in extremis, à émouvoir et surprendre de justesse. On ne peut donc que continuer de conseiller à lire la série (et les autres de la même collection) !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 septembre 2026.
Contient : Absolute Batman Ark M Special #1 + Absolute Batman #15-18 + Absolute Evil #1
Nombre de pages : 176 pages

Scénario : Scott Snyder, Al Ewing, Frank Tieri
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Eric Canete, Jock, Giuseppe Camuncoli, Stefano Nesi, Joshua Hixson
Couleur : Frank Martin, Romulo Fajardo Jr, Roman Stevens

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard)

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Absolute Batman – Tome 02 : Abomination

Après un premier tome convaincant et ambitieux, Absolute Batman se poursuit avec Abomination, confrontant le Chevalier Noir à Freeze (Jr.) puis à Bane. Un récit ultra-violent qui redistribue les cartes de cette mythologie déjà remaniée. À ne pas manquer !

(Comme pour le premier tome, ce second bénéficie d’une couverture inédite
vendue uniquement dans les enseignes Pulp’s Comics.)

[Résumé de l’éditeur]
Bruce Wayne enquête sur le mystérieux site connu sous le nom d’Arche M, et confronte sans le vouloir ses amis face à des dangers qui les dépassent tous – Batman compris. Que se passe-t-il dans ce terrifiant complexe qui cache en son cœur des créatures toutes plus monstrueuses les unes que les autres ? Et qui est Bane, le mystérieux colosse chargé de veiller sur les plus noirs secrets de l’Arche ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Encore une belle réussite de Scott Snyder pour cette série décidément acclamée (par les lecteurs et la critique dite « professionnelle ») et dont le succès commercial (aux États-Unis ET en France) est spectaculaire. Chez nous, le premier opus s’est écoulé en 2025 autour de 20.000 exemplaires, le hissant 4ème des meilleures ventes de comics (cf. article de Comicsblog.fr) – 3ème si on enlève « l’anomalie » Watership Down (non estampillé – dans un premier temps – comics, comprendre bande dessinée américaine/états-unienne).

Les autres titres de la gamme Absolute ne sont pas en reste : Superman en 7ème position, Wonder Woman (qu’on recommande chaudement !) en 10ème, Martian Manhunter en 20ème (malgré sa sortie au 21 novembre dernier !) et Flash en 24ème (idem). Les cinq séries DC Absolute d’Urban Comics occupent donc le Top 25 ! À voir si l’exploit se renouvèle en 2026 (il se murmure un chiffre de 4.000 exemplaires vendus durant les trois premiers jours de la sortie de ce deuxième tome d’Absolute Batman début février !) et si la dernière arrivée Green Lantern se vend également très bien (sortie le 13 février 2026). Mais revenons au comic !

Dans Abomination, le Chevalier Noir va « rejouer » son célèbre affrontement face à Bane (reprenant plus ou moins celui de Knightfall) dans une version modernisée, incroyablement violente et déstabilisante. Ce deuxième tome se décompose d’ailleurs en trois arcs : Zéro Absolu (Absolute Batman #7-8), dessiné par Marcos Martin, Abomination (épisodes #9-14) par Nick Dragotta (et un chapitre par Clay Mann) et le premier annual (sans titre), écrit et dessiné respectivement par Daniel Warren Johnson (pour la première histoire), James Harren pour la seconde (Sanctuary en VO, non traduit en VF) et Meredith McClaren pour le bonus des deux dernières planches (Let’s Learn about Bats ! / Instruisons-nous avec la chauve-souris !).

Zéro Absolu montre, sans surprise, la version Absolute de Mr. Freeze : il ne s’agit pas de Victor Fries mais de… son fils ! Ce dernier se transforme en créature difforme et puissante. L’échange peut paraître « anecdotique » (toutes proportions gardées) mais place quelques pions verbalement : les docteurs Strange, Isley (Poison Ivy) et Crane (L’Épouvantail) sont bien déjà présents dans cet univers (et semblent être des antagonistes). On note aussi une mention à Gueule d’Argile (Clayface en VO, une précision importante dans le cas présent). Mais le cœur de l’ouvrage, auquel il donne son titre, est bien (l’)Abomination. Bane en est une, surgonflée au Venin, il est une monstruosité absolu(t)e dans un mystérieux centre de recherche, gérée par la Dr. Arkham avec, à sa tête dans l’ombre, le mystérieux Joker (teasé en fin du premier opus).

La raison de l’acharnement de Bane est plutôt cohérente par rapport à ce qui est montré (les tests du sujet 27 – Wayne, forcément) même si on ne saisit pas encore l’intégralité du plan de ses supérieurs. Passez au paragraphe suivant pour éviter les révélations. La violence de l’ensemble prend une autre dimension quand Bane s’en prend aux trois amis de Bruce : Eddie, Harvey et Ozzy. Sans en dévoiler davantage, l’on peut se demander si la brutalité infligée à ces trois personnes ne sera pas l’élément déclencheur d’une bascule définitive du mauvais côté ? N’oublions pas que l’entièreté de l’entourage amical du justicier est au courant de sa double-identité (à la surprise générale en début d’ouvrage) ! De quoi redistribuer habilement les cartes de cette dimension si singulière

On apprécie aussi la vague relecture de la relation entre Selina et Bruce et la présence de Martha (vivante dans cet univers), inquiète pour son fils. Cette impression de naviguer dans un univers à la fois familier mais différent, à la fois habituel mais original, est décidément la grande force des titres. On a très hâte de voir la relecture du Joker – qui ne semble pas très excentrique de prime abord du peu qu’il est croqué ici, vivement la suite !

L’écriture de Scott Snyder est sans filtre (quel dommage que les insultes ne soient pas écrit en toutes lettres), on peut lui reprocher une alternance entre passé et présent un peu trop prédominante au risque de casser une certaine immersion et un rythme haletant – principalement le match de boxe et l’amitié entre Waylon et Bruce – mais c’est pour chipoter. Le lot d’improbabilités est toujours élevé : Bruce Wayne presque nu et attaché qui se libère et a immédiatement son costume de Batman (!), le même jeune homme qui cache une aiguille dans sa bouche (!!), qui manipule son urine et ses excréments pour créer un liquide acide (!!!)… Bref. On perçoit encore quelques mystères, certains assumés (comment Waylon est devenu un crocodile géant – et semble pouvoir se transformer en humain tout de même), d’autres ambigus (Nygma  a l’air de rester un allié de Bruce, Dent assume le détester « de moitié », Oswald ne s’est pas encore prononcé sur le sujet). Une fois de plus : hâte de découvrir ce que nous prépare le scénariste !

C’est sans compter sur les dessins de Nick Dragotta, majoritairement à l’œuvre sur cet opus, qui confère à Bane sa stature effrayante, dans des pleines planches parfois incroyables (voir la fin de cette page pour les plus belles). Pas grand chose à dire sur le reste, la colorisation (de multiples artistes – cf. rubrique À propos plus bas – mais principalement par Frank Martin) ou le découpage qui accompagnent brillamment les textes. Comme dit plus haut, Marcos Martin s’occupe des deux épisodes autour de Freeze, reprenant les characters designs des personnages de Dragotta, pas d’incohérences visuelles donc malgré une patte différente, un brin plus arty, moins mainstream. Les fans du style de Daniel Warren Johnson y trouveront aussi leur compte. Le dessinateur de Do a Power Bomb et, entre autres, Jurassic League, (l’excellent) Transformers, livre un épilogue/prologue agréable et sympathique, là aussi accentuant la robustesse de cet Absolute Batman et enrichissant son lore.

Le troisième opus sortira le 25 septembre. Le Joker y sera mis en avant avec l’artiste Jock pour l’occasion. Mais avant cela… un premier petit crossover est à découvrir dans DC Absolute Collector 2026 en noir et blanc. Qu’est-ce que c’est ? Tout simplement une édition au format souple du collectif de libraires Comics Shops Assemble (voir explications en bas de l’index des titres en noir et blanc) qui contient Absolute Evil #1 (un one-shot) puis Absolute Wonder Woman #15 et Absolute Batman #16, montrant les deux justiciers en enfer (où réside Diana) pour aider Waylon Jones ! Ces épisodes seront bien ensuite dans les tomes des séries régulières – selon ComicsBlog (donc à minima pour Batman et Wonder Woman). Disponible depuis le 10 avril 2026 pour 9,90 €. Rappelons que l’an dernier, une publication similaire avait été proposée pour faire découvrir l’univers Absolute en avant-première.

Par ailleurs, fin février 2026, DC Comics a annoncé un premier event dans une nouvelle mini-série dédiée mais qui resterait extrêmement accessible et indépendante. Pas vraiment un crossover donc ? La publication est prévue d’ici la fin de l’année et sera écrite par Jason Aaron, qui signe actuellement Absolute Superman. Au passage, aux USA il y aura la sortie de deux nouvelles mini-séries en six chapitres : Absolute Green Arrow (qui théoriquement fait suite au Absolute Evil évoqué plus haut) et Absolute Catwoman. Vu le succès de l’ensemble de cet univers, aucun doute qu’Urban les proposera chez nous !

  

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 13 février 2026.
Contient : Absolute Batman #7-14 + Annual #1
Nombre de pages : 248

Scénario : Scott Snyder, Daniel Warren Johnson, James Harren, Meredith McClaren
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Marcos Mrtin, Clay Mann, Daniel Warren Johnson, James HArren, Meredith McClaren
Couleur : Frank Martin, Muntsa Vicente, IVan Plascencia, Mike Spicer, Dave Stewart, Meredith McClaren

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard et Lorine Roy)

Acheter sur amazon.fr : Absolute Batman – Tome 02 : Abomination (25 €)

Absolute Batman – Tome 01 : Le zoo

Nouveau Batman dans un nouvel univers ! C’est ainsi qu’on peut raccourcir ce qu’est Absolute Batman (cf. cet article récapitulatif). Pour l’occasion, Urban Comics propose une version classique du premier opus, une en noir et blanc limitée (au format agrandie) et une troisième avec une couverture inédite (reprenant le célèbre manga et film anime Akira), disponible dans les enseignes Pulps. L’occasion pour le scénariste Scott Snyder de se réapproprier à nouveau le célèbre super-héros après ses différentes séries très inégales (Batman, Batman Metal, All-Star Batman… – voir les index A à Z de ce site).

[Résumé de l’éditeur]
Bruce Wayne ne part de rien. Il n’est pas le descendant d’un riche empire de Gotham City, il est le fils d’un professeur d’école publique qui, enfant, a vécu l’horreur inimaginable d’une fusillade, changeant à jamais la trajectoire de sa vie. Sans ressources illimitées pour le financer, sans manoir ni majordome pour s’occuper de lui, Bruce est devenu un Batman d’un genre tout à fait différent, à la fois cérébral et ultra musclé, vivant dans les quartiers les plus difficiles et les plus défavorisés de Gotham, loin de la haute société. Et alors que le gang de Black Mask sème la terreur dans la ville, il n’hésitera pas à déchainer un torrent de violence contre ses adversaires pour que le message soit clair : il y a un nouveau Batman en ville.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Quel plaisir de lire cette réinvention du mythe du Chevalier Noir ! On y retrouve un terrain très familier et pourtant si différent. Une proposition scénaristique solide et graphiquement (presque) impeccable. Un véritable coup de cœur pour un « renouveau » à la fois moderne, original et alléchant (à voir sur la durée – la série en est à son 9ème épisode en juin 2025 en VO, l’opus chroniqué ici en comporte six). Alors, qu’est-ce qui différencie ce Batman de l’habituel ?

Au-delà de ce qui est dit dans le résumé d’Urban Comics (et à l’instar de la continuité dans les séries Infinite), le fait que Batman ne soit pas fortuné ne change pas des masses les missions et ressources du justicier. Peut-être un peu moins de gadgets technologiques (et encore), une Batcave absente, des véhicules improbables, pas d’alliés proches mais dans le fond, c’est assez similaire. Ce qui change est davantage à trouver dans la nature des différents personnages. Ici, d’habituels antagonistes sont des amis d’enfance de Bruce ! Edouard (Nygma/le Sphinx), Oswald (Copplebot/le Pingouin), Harvey (Dent/Double-Face), Selina (Kyle/Catwoman) et Waylon (Jones/Killer Croc) sont, à l’âge adulte, toujours des relations amicales et personne ne semble être « méchant » (à l’exception d’Oswald qui trempe dans quelques affaires louches mais, à ce stade en tout cas, pas de bascule véritablement criminelle pour lui – et les autres). Des têtes connues de vilain sont évoquées ou montrées mais pas encore développées, plutôt annoncées pour la suite (à court terme et, probablement, à long terme également).

Si Bruce Wayne n’a pas de majordome, Alfred Pennyworth est pourtant bien présent, dans un rôle singulier et, sans trop de surprise, se rapproche de Batman et sa croisade – même si les qualificatifs de « partenaire et/ou soutien » sont encore prématurés. Autre aspect notable : le père de Bruce est bien décédé – lors d’une fusillade au zoo, d’où le titre de ce premier opus – mais sa mère est bien vivante ! De quoi rabattre les cartes et ajouter une dimension « relation mère/fils » totalement inédite et pertinente. Martha Wayne est même une bras droit du maire… Gordon !  Une idylle entre les deux semble envisageable.

Du reste, le grand ennemi est donc Roman (Sionis) alias Black Mask qui distribue des masques technologiques aux citoyens afin qu’ils tuent des cibles de prime abord au hasard mais l’on comprendra pourquoi en fin de récit (justifiant ainsi quelque chose qui pouvait paraître étrange dans la fiction – comment une armée grandit-elle aussi vite tout en étant constituée de milices à priori non professionnelles ?). On y retrouve un peu de la matrice de la série de films American Nightmare (La Purge) dans ces enchaînements de meurtres et de cette violence inédite. C’est là où Batman Absolute excelle tout en sachant poser ses limites : son Chevalier Noir est d’une grande violence avec un arsenal agressif MAIS il ne tue en aucun cas. Étonnant quand on connaît le passif de l’auteur Scott Snyder, fantasmant des Batman armés voire tueurs dans ses titres plus ou moins en marge de la chronologie officielle (Le Batman Qui Rit par exemple).

Côté histoire, sans en dévoiler davantage, les jalons sont posés et robustes, l’ensemble est alléchant ; peut-être moins du côté de Black Mask et les malfrats car cela aurait pu avoir lieu dans une histoire classique de Batman mais principalement grâce aux nouvelles tournures adaptées pour des protatonistes emblématiques (gentils, méchants ou entre les deux). Bruce/Batman est autant torturé qu’à l’accoutumée, son alias civil ne gambade pas en souriant de soirées caritatives en réunions des Wayne Enterprises mais lancine à droite à gauche, cache plus ou moins son spleen et reste mystérieux (on y retrouve un peu de l’approche de Matt Reeves dans son film The Batman). Dans son écriture, Snyder jongle entre le passé (Batman enfant, la journée au zoo qui a conduit au drame, les souvenirs avec ses parents…) et le présent (la traque de Sionis, ses milices…) avec une certaine fluidité même s’il est parfois trop bavard, multipliant les bouts de texte sans réelle plus-value mais c’est anecdotique au regard de l’ensemble de la bande dessinée.

Côté dessin, la majorité est signée Nick Dragotta, davantage connu pour ses travaux chez Marvel et, surtout, East of West chez Image (Urban Comics chez nous) – qui a aussi travaillé sur l’écriture avec Snyder sur le quatrième épisode, qu’il n’a pas dessiné, remplacé par Gabriel Hernandez Walta (on y reviendra). Si les visages non masqués ont une touche souvent trop lisse (et même parfois proche d’un style trop aéré, voire manga – donc sans doute clivante), Dragotta impressionne quand il déploie son massif Batman (ou son improbable Batmobile) et des séquences d’action spectaculaires qui occupent une voire deux planches intégralement. En revanche, le style de Walta, radicalement opposé, beaucoup plus « brut » et à l’encrage davantage prononcé, tranche beaucoup trop, cassant l’homogénéité graphique de l’ensemble, l’un des points faibles de la fiction de facto (cf. image tout en bas de cette critique)… L’ensemble est habilement colorisé par Frank Martin, qui confère cette tonalité urbaine et austère, nécessaire à la fiction – efficace donc.

Absolute Batman est donc une (modeste) réinvention du mythe du Dark Knight, très convaincante pour cette entrée en matière, complètement accessible (son point fort) et qui pourrait bien rejoindre un titre culte elseworlds comme Terre-Un (mais attention à préserver la qualité sur la durée). Le second tome sortira probablement entre octobre et décembre 2025, de même que ceux des autres séries de lancement de cette collection : Absolute Wonder Woman et Absolute Superman, qui seront rejoint fin 2025 par Absolute Flash, Absolute Martian Manhunter puis début 2026 par Absolute Green Lantern.

Fort de la possibilité de séduire un nouveau lectorat, Urban Comics a mis en vente plusieurs éditions (voir haut de la critique) mais aussi, pour l’occasion, choisi des dos des bandes dessinées de différentes couleurs (grise pour Batman). De quoi dénoter dans la bibliothèque et, surtout, dans les librairies (les retours critiques et commerciaux aux US sont exceptionnels pour toute la gamme Absolute) pour attirer le sacro-saint potentiel non connaisseur – à raison. De plus, l’ouvrage propose une galerie de croquis préparatoires dans les bonus ainsi les indispensables couvertures alternatives. Un véritable coup de cœur et une espérance grandissante pour cette nouvelle collection !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 30 mai 2025.
Contient : Absolute Batman #1-6
Nombre de pages : 184

Scénario : Scott Snyder, Nick Dragotta
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Gabriel Hernandez Walta
Couleur : Frank Martin

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard et Bryan Welstein)

Acheter sur amazon.fr :
– Absolute Batman – Tome 01 : Le zoo (20 €) [édition classique]
– Absolute Batman – Tome 01 : Le zoo (29 €) [édition noir et blanc limitée]
– Absolute Batman – Tome 01 : Le zoo (22 €) [édition Pulps]