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Découverte du premier numéro de la collection Eaglemoss

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L’éditeur eaglemoss propose en partenariat avec Urban Comics une collection de comics entièrement dédiée aux aventures du Chevalier Noir. Celle-ci s’intitule d’ailleurs « DC Comics – La Légende de Batman ». Son intérêt s’adresse surtout aux non-connaisseurs puisque les fans en terrain connu risquent d’avoir déjà pas mal de livres de cette collection. De même, il a été confirmé que les cinquante premiers numéros ne seront pas des doublons de l’autre collection d’eaglemoss « DC Comics – Le meilleur des super-héros ». Par conséquent les récits cultes de Batman, les incontournables tels que Année Un, Un Long Halloween, Silence… ne seront pas forcément inclus dans cette collection, et s’ils le sont ce sera dans plus de deux ans. Toutes les informations complémentaires sont à découvrir sur la page créée sur ce site à cet effet.

Le premier numéro de cette collection est la première partie de L’An Zéro, un récit idéal pour commencer les aventures de Batman, au prix exceptionnel de 2,99€. À noter que la suite direct coûtera 8,99€, ce qui permet de lire (et posséder) un arc narratif sympathique pour 11,98€ (au lieu de 36,50€ pour les deux tomes publiés chez Urban Comics, ça vaut quand même clairement le coup si on ne les a pas !). Découverte.

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Sans surprise, l’énorme verso du carton qui contient le fascicule et le comic-book est une publicité géante pour la collection.

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La bande-dessinée est clairement un « bel objet » : couverture dure, brillante et soignée. La « tranche » (en vrai il faut le dire « le dos », cf. cette image explicative) ne contient pas de numérotation, juste le titre et le début de la fresque. On ignore donc encore, à ce stade, si les volumes suivants seront accolés à celui-ci pour former la fresque dans un ordre chronologique. À priori il faudra attendre le troisième numéro de la collection pour le savoir. Toutefois, la mention « Ordre chronologique : 1 » au verso semble confirmer que les volumes ne seront donc pas proposés dans l’ordre chronologique (de lecture et de la fresque).

Curieusement, et toujours au verso, on constate que les chapitres #21 à #26 de la série Batman sont dans ce tome. Il aurait été plus logique de proposer, à l’instar de la publication d’Urban Comics, les chapitres #0 puis #21 à #24 pour former un premier ensemble cohérent et avec une première fin, et les chapitres #25 à #33 (à l’exception du #28 qui n’avait rien à voir avec l’histoire) dans un second tome. Il est donc fort probable que le deuxième numéro contiennent uniquement les chapitres #27 puis #29 à #33 et peut-être le #0 (cet article sera mis à jours dès qu’on aura la réponse). Ceci n’est évidemment pas bien problématique mais une curiosité éditoriale intrigante (et un poil dommage).

Du reste, on constate que la couverture est comme prévu différente de celle déjà connue de l’édition d’Urban. Il n’y a pas de texte éditorial explicatif mais une introduction (non-inédite) du scénariste Scott Snyder.

 

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Le fascicule (qui ne sera pas avec les comics pour les abonnés mais uniquement dans les premiers numéros en kiosque) est totalement inutile, il présente sommairement la collection et s’ouvre sur quatre pages au milieu. On retrouve la plupart des visuels et informations sur le site d’eaglemoss.

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À noter que cinq feuillets de propositions d’abonnement et diverses offres commerciales sont incluses. L’intérêt se situant évidemment dans la bande dessinée, tout le reste apparaît très secondaire (pour ceux qui veulent s’abonner, autant le faire sur le site pour gagner du temps).

En conclusion, une fois de plus c’est une aubaine pour le non-connaisseur, surtout avec un premier récit d’une certaine qualité (non sans défauts certes — (re)lire la critique pour les détails). Pour ceux ayant déjà ce volume, inutile de repasser à la caisse !

Batman & Robin Eternal – Tome 01

Après les quatre tomes de la série Batman Eternal — une semi-réussite, captivant mais s’étant trop éparpillé et nécessitant pas mal de connaissances à cause des nombreuses connexions avec d’autres histoires — la « seconde saison » est cette fois deux fois moins longue (26 chapitres répartis en deux tomes). Attention, la lecture de Batman & Robin Eternal est conseillée uniquement si l’on est à jour dans d’autres séries : la Batman de Snyder et Capullo (au moins jusqu’au tome 8), Grayson (au moins jusqu’à la fin du tome 2) et, moins obligatoire, la « suite » de la série Batman & Robin, c’est à dire l’event We Are Robin (pas encore abordé sur le site).

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[Histoire]
Cinq ans auparavant, Batman rentre blessé à la Bat-Cave et lit un fichier audio dans lequel on lui dit que Robin se rapproche de découvrir « la vérité », à savoir : ce qu’a conçu le Chevalier Noir pour privé d’un tout autre destin Dick Grayson…

Aujourd’hui, Dick, alias Agent 37, est de retour à Gotham City (voir Grayson – Tome 02 : Nemesis) auprès de Red Robin (Timothy Drake) et Red Hood (Jason Todd). Bruce Wayne est amnésique et c’est un « Bat-Robot », avec Gordon à l’intérieur, qui remplace Batman (voir Batman – Tome 08 : La Relève). Gordon cherche Harper Row, alias la justicière Sialia (petit oiseau plus connu sous le nom de ses trois espèces « merlebleu », rappelant le nom en VO beaucoup plus approprié Bluebird – une jeune fille aperçu plusieurs fois dans la série Batman et dont l’évolution en super-héroïne s’est confirmée dans Batman Eternal).

Dick enquête à propos « des Orphelins », des enfants qui ont l’air sous emprise d’une certaine « Maman » et qui cherchent tous à tuer Dick. Cette mission est liée à une ancienne qu’il avait suivie avec Batman à ses débuts, face à l’Épouvantail, son premier « vilain ». Les deux justiciers l’avaient traqué durant un an autour du monde entier. Batman a chargé Cassandra Cain de remettre un message à Dick si le Chevalier Noir venait à disparaître… C’est ce qu’a fait cette dernière. Dick va devoir résoudre un mystère du passé lié à son mentor et sa jeunesse, épaulé par ses alliés.

Batman & Robin Eternal Sialia Bluebird Dick Cassandra Cain

[Critique]
Dans la lignée de la précédente série, Batman & Robin Eternal n’est pas vraiment une « suite directe » à proprement parlé. C’est le même « concept » (à savoir un chapitre par semaine durant six mois au lieu de douze) avec plusieurs scénaristes et dessinateurs aux manettes, chapeauté par le duo Snyder/Tynion IV à nouveau. Dick Grayson est au cœur de l’intrigue. Lui qui était absent de Batman Eternal se voit ici offrir le rôle principal. Batman est très peu présent : il y a Gordon/Bat-Robot brièvement en début d’ouvrage et Bruce Wayne apparaît comme un figurant. En revanche, dans les flash-back entre le Chevalier Noir et Robin, Batman tient un rôle majeur, non pas dans le temps d’occupation des cases, mais dans l’énigme générale liée à l’histoire.

Celle-ci est à la fois convenue et originale. Assez basique dans son approche : une « maman » qui recueille des orphelins (voire les rend orphelins) et les façonne ensuite à sa guise avec des traumatismes et une éducation spéciale. Jusqu’ici, rien de très novateur, cela rappelle d’ailleurs fortement Talia As Ghul et le traitement sur Damian Wayne (totalement absent de ce tome par ailleurs).

Batman & Robin Eternal Maman Mother

L’originalité se situe au rapport moral de Batman, l’homme chauve-souris (dans le passé) et ses alliés (dans le présent) s’interrogent sur la façon de faire de Batman : n’est-elle pas plus ou moins la même finalement ? Cela est d’autant plus délicat lorsque les Robin apprennent que Batman a bien eu recours aux services de « Maman » pour trouver un nouveau Robin (mais lequel ?) !

Prendre quelqu’un qui vient de subir un traumatisme,
et le transformer pour répondre à ses propres désirs…
C’est absolument innommable…
Mais ne suis-je pas moi-même coupable de ce crime ?
[Batman]

Batman & Robin Eternal Harper Row Sialia

De ce point de vue, l’enquête ne s’éparpille pas trop. Dick mène les opérations, secondés par le duo Cassandra Caïn (qui fait son apparition dans les NEW52) et Sialia – deux figures féminines qui fonctionnent très bien, on regrette juste l’apparition trop brève de Batgirl et même de Spoiler, découverte dans Batman Eternal. Un autre binôme n’est pas en reste : Red Robin et Red Hood. Pour ce dernier, l’humour excelle même si deux chapitres leur sont consacrés lors d’un détour à Santa Prisca avec l’alliance inédite de Bane face à… Jean-Paul Valley.

Cette (courte) revisitation des emblématiques protagonistes de la saga Knightfall est l’un des points faibles de ce tome. Ce passage et celui avec un personnage totalement télépathe, donc avec un « super pouvoir » du registre « fantastique » (et arrivant un peu trop facilement) gâche le côté thriller et légèrement de science-fiction qui se dégageait de l’ensemble. Ce sont deux éléments peu importants sur l’ensemble du récit, donc ce n’est pas trop grave.

Batman & Robin Eternal Red Hood Bane

Le tout est brillamment rythmé, sans temps morts et avec une solide intrigue qui tient en haleine. Les échanges entre les multiples héros sont bien écrits, avec une certaine fraîcheur et, comme déjà mentionné, un humour bien placé. Mettre en avant l’entourage du Chevalier Noir au détriment de celui-ci fonctionne très très bien. Seul défaut : les nombreuses connexions à d’autres séries. Le lecteur néophyte risque d’être bien perdu entre tous ses protagonistes et leurs situations de départs (il est quand même possible de comprendre Batman & Robin Eternal sans cela, mais c’est quand même plus ardu).  La double lecture (passé/présent) et les échos lointains d’une époque révolue (un Batman fonctionnant à deux avant d’avoir toute une équipe complète) sont là aussi une bonne idée plaisante.

Dick découvrant Harper Row blessée :
– Un masque… Tu jours les super-héros, toi aussi ?
Y a combien d’ados déguisés qui sévissent à Gotham ces temps-ci ?
Spoiler, sa colocataire surgit :
– Ne touche pas à ma coloc, sinon… Spoiler : tu vas cracher tes dents !
– Mais ils distribuent les costumes dans les boîtes de lessive, ou quoi ?

Batman & Robin Eternal Red Robin Spoiler Dick

Côté graphique, on a globalement une homogénéité (ce qui n’est pas gagné de base avec une armée de dix dessinateurs !) avec du très bon en début d’ouvrage (Tony Daniel et Paul Pelletier) mais quelques chapitres un peu moins réussis (le septième, rattrapé par ses solides doubles planches) et, surtout, le neuf et le dix (toute la partie à Santa Prisca justement). D’une manière général, les planches sont bien découpées, chaque chapitre s’ouvre sur une double avec des dessins horizontaux, et le tout est plutôt élégant.

Du reste, on voyage aussi en Europe, surtout à Prague, l’ombre de l’Épouvantail flotte sur ce nouvelle ennemi qui tend à sourire (« Maman »…). Les couvertures de chaque chapitres sont sublimes, toutes de très haut niveaux, c’est à souligner, et Urban en propose certaines, en bonus, en noir et blanc, crayonnées ou encrées. Un très bon premier tome donc, original et bien dessiné avec un scénario finement écrit. L’un des rares points négatifs est un passage à priori un peu inutile (mais assez drôle et épique), tout le reste s’apparente à une réussite (pas totale certes, mais suffisant pour livrer une bonne bande dessinée).

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[À propos]
Histoire : Scott Snyder, James Tynion IV
Scénario : James Tynion IV (prologue, chap. 1-5), Tim Seeley (chap. 2-3), Steve Orlando (chap. 4-5), Geneviève Valentine (chap. 7-8), Jackson Lanzing (chap. 9-10), Collin Kelly (chap. 9-10), Ed Brisson (chap. 11-12)
Dessin : Tony Daniel (prologue, chap. 1-5), Paul Pelletier (chap. 2-3-4), Scott Eaton (chap. 3-4-5-8), Ronan Cliquet (chap. 5), Steve Pugh (chap. 5), Alvaro Martinez (chap. 7-8), Roge Antonio (chap. 9-10), Geraldo Borges (chap. 10), Fernando Blanco (chap. 11-12), Christian Duce (chap. 11-12)
Encrage : Sandu Florea (prologue, chap. 1-5), Tony Kordos (chap. 2-3), Marc Deering (chap. 3), Mark Moralas (chap. 5), Wayne Faucher (chap. 3-4-5-8), Raul Fernandez (chap. 7-8)
Couleur : Tomeu Morey (prologue, chap. 1-5), Rain Beredo (chap. 2-3), Gabe Eltaeb (chap. 4-5), Sandra Molina (chap. 7-8), Allen Pasalaqua (chap. 9-10), John Rauch (chap. 11-12)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephen Boschat (Studio MAKMA)

Contient : Batman Endgame Special Edition #1 (prologue), Batman & Robin Eternal #1-12

Batman & Robin Eternal Harper Row Cassandra Cain

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Batman & Robin Eternal Cassandra Cain

Critique de Batman & Robin Eternal – Tome 02

Batman & Robin Eternal Nightmare

Bonus : la critique des deux volumes en une seule fois sur UMAC
(Reprise de mes deux articles sur ce site et ajouts des points positifs et négatifs)

Batman – Tome 09 : La Relève (2ème partie)

Dernier volume de la série Batman, inaugurée en 2011 à l’occasion du Relaunch DC Comics. Portée par le scénariste Scott Snyder et le dessinateur Greg Capullo (ainsi que la complicité du coloriste Fco Plascencia), comment se conclut-elle ?
Pour rappel dans le tome précédent : Bruce Wayne était amnésique, totalement éloigné de sa croisade habituelle, et c’est un commissaire Gordon rasé de près et musclé qui prenait ladite « relève », en revêtant une armure high-tech bien loin du mythe de la chauve-souris. Une approche à la fois originale et délicate. Séduisante au premier abord, le personnage choisi pour être ce nouveau justicier (Gordon) rend vite dubitatif. Ajouté à un nouvel ennemi (Mister Bloom) à mi-chemin entre une créature fantastique et un extra-terrestre, nous avions là les quelques défauts de la première partie. Suite et fin dans cette seconde.

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(La couverture finale à gauche, une autre à droite
aperçue auparavant sur Internet mais qui n’a finalement pas été retenue.
)

[Histoire — La Relève (Batman #46-50 + épilogue)]
Gordon/Batman parvient à stopper Mister Bloom lors de son irruption au sein de l’élite de Gotham (survenue à la toute fin du tome précédent), mais cet étrange ennemi, dont les buts sont toujours inconnus, parvient tout de même à s’échapper.

Bruce Wayne souhaite épouser Julie Madison. Celle-ci est angoissée à l’idée que son père, Mallory Madison, puisse obtenir une liberté conditionnelle. Ce dernier avait en plus vendu à Joe Chill l’arme qui a tué Thomas et Martha Wayne. Bruce s’en moque.

Le jeune Duke part explorer « La Banquise », le Quartier Général du Pingouin. Duke est devenu « un Robin » (voir La Guerre des Robin et Nous sommes Robin) et ses parents sont encore victimes de la toxine du Joker (cf. Mascarade). Il y fait une découverte étonnante.

Geri Powers présente à Gordon de nombreux prototypes de robots Batman. Une armée potentielle qui peut s’avérer très efficace pour coincer Bloom. Gordon préfère l’affronter seul dans un premier temps, une décision qu’approuve le commissaire Sawyer, son remplaçant. L’occasion pour « Batman » d’utiliser le Bat-Chopper, sa moto géante.

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Les résumés des deux histoires suivantes contiennent des révélations quant à la conclusion de La Relève.

[Histoire — Gotham (Batman #51)]
Batman (Bruce Wayne) reprend ses habitudes et Alfred a recouvré l’usage de son bras. Gotham est plongé dans un black-out, le Chevalier Noir enquête.

[Histoire — La liste (Batman #52)]
Batman affronte Trompe-l’œil, un homme ayant la capacité de traverser les murs. Celui-ci a dérobé un cahier appartenant à Bruce Wayne qu’il avait mis sous coffre dans une petite banque. Se cache à l’intérieur la liste des 52 choses à suivre pour « passer le cap », c’est à dire se relever de la perte de ses parents.

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[Critique]
Une conclusion plutôt prévisible dans les grandes lignes : Bruce Wayne redevient évidemment Batman, Mister Bloom a levé sa propre armée et dispersé ses fameuses graines —procurant à qui la glisse sous sa peau des super-pouvoirs, provoquant un déchaînement proche du « n’importe quoi » avec plusieurs créatures (gâchant complètement la veine « réaliste » instaurée jusqu’ici) détruisant une énième fois Gotham City…— et va affronter celle des Bat-Robots, tout « redevient normal » à la fin. Seule l’identité d’un complice de Bloom est assez surprenante.

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Côté graphique, on note quelques passages visuels bien trouvés : le premier combat entre Gordon et Bloom, et Bruce Wayne face au métro et « sa peur ». Le reste est toujours dans la lignée de ce qu’offre, avec brio, le trio aux pinceaux : Greg Capullo aux crayons, Danny Miki à l’encrage et Fco Plascencia à la couleur. Côté scénario, on trouve de très beaux dialogues entre le Joker, redevenu un citoyen perturbé, et Wayne, puis entre Alfred et son maître, prêt à endosser à nouveau la cape. Le talent de Snyder se situe davantage dans ce genre de situations.

Dans le premier cas (le chapitre 7, correspondant à Batman #48), on se questionne sans cesse pour savoir si le Joker connaît l’identité secrète de Bruce Wayne. L’ancien clown est même plutôt touchant par sa mélancolie. Dans le second cas (le chapitre 8, c’est à dire Batman #49, dessiné par Yanick Paquette par contre — qui laisse place à quelques doubles planches fantasques), c’est l’intense échange entre Alfred, refusant que Bruce Wayne sacrifie son bonheur actuel et sa nouvelle vie, avec ce dernier qui le somme de le conduire à la Batcave, qui fait mouche.

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Le milliardaire avait d’ailleurs « anticipé » le futur de Batman en concevant dans le plus grand secret une machine pour se cloner et ainsi conserver une lignée de Batman jusqu’à la fin des temps. Ce système, plus ou moins compréhensible et officiant de facilité scénaristique, avait déjà été évoqué dans un back-up de Detective Comics #27 (27 était le nombre d’années d’efficacité de Batman), qui avait été publié dans le tome 6 de la série (le moins bon, composé de plusieurs histoires fourre-tout) mais aussi, et surtout, dans le hors-série Futures End. Dans le chapitre consacré à la série Batman de ce magazine, le Chevalier Noir cherche un moyen de conserver son héritage. Urban aurait d’ailleurs dû le (re)publier pour ceux qui ne le connaissent pas ou l’avaient oublié, car cela montre que Snyder avait un minimum prévu une porte de sortie depuis longtemps, c’est tout à son honneur.

Bruce Wayne à Alfred Pennyworth, le maître demande au domestique de l’aider à redevenir le justicier de Gotham :
— Vous êtes celui qui l’a rafistolé chaque fois qu’il a trébuché. À qui voulez-vous qu’il confie la sauvegarde de Batman ? Mieux encore : il a donné votre nom au programme qui devait engendrer chaque nouvelle génération de Batman. Je crois que ce mausolée abrite deux fantômes : celui de l’homme que j’ai été, et celui de l’homme que vous avez été, et en qui il plaçait sa confiance exclusive.
— Non ! Il est quasiment certain que vous y laisserez la vie. Ne m’imposez pas le rôle de votre assassin. Pensez à votre vie. Pensez à mademoiselle Madison.
— J’y pense Alfred. Je ne pense qu’à ça. Et si ça ne marche pas, il faudra lui dire combien je l’aime, et combien de regrette, mais je dois tout faire pour venir en aide aux gens de cette ville. Ça, elle le comprendra.
— J’ai passé ma vie d’homme à veiller sur la faible étincelle de lumière, la jeune minuscule trace du jeune Bruce Wayne qui subsistait à l’intérieur de celui qu’il était devenu. J’ai passé cette vie à attendre votre retour. Celui du vrai Bruce, un Bruce qui n’aurait jamais connu l’allée du crime. Et voilà que vous me confiez le rôle de Chill. Celui qui a pressé la gâchette. Et en prime, je serais censé tuer l’enfant, aussi ?
— C’est ça.

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Le parallèle avec Joe Chill va grossièrement plus loin, quelques planches après ce dialogue, à travers Julie. Ce qui aurait pu être évité, aussi bien par le cliché que le rocambolesque de cette situation inédite. Snyder anticipe à nouveau les critiques, cette fois par l’intermédiaire de Bloom : « C’est grâce à toi [Gordon] que le Bat-Logo a perdu tout son sens. Voilà un exploit notable… vider de son pouvoir le plus grand symbole de Gotham ! » On peut même y voir une auto-critique du scénariste.

Dès le début de sa série Scott Snyder a rendu accessible le mythique Dark Knight. Ses récits ont toujours les mêmes qualités et défauts : début intriguant, nouveaux concepts, action au rendez-vous, remise en question, « combats psychologiques » plus marqués que jamais, mais… fins en queue de poisson, non-utilisation plus poussée d’éléments créés par lui-même —quid de la Cour des Hiboux ? de BlueBird ? du Joker sans visage/masque, puis en civil et de son robot qu’on aperçoit le temps d’une case ?— ou pouvant être repris sans trop de difficulté (des ennemis emblématiques ne sont jamais vraiment intervenus dans les histoires de Snyder, comme Poison Ivy ou Double-Face, ou encore Bane, L’épouvantail…), etc. On peut même ajouter le surprenant (et raté) choix de Gordon en son remplaçant et des origines revisitées mais qui auraient pu être plus originales.

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Snyder a souvent « imposé » ses runs à ses confrères, obligés d’intégrer des pans d’histoires dans leurs séries, au détriment de celles-ci (Nightwing en est le parfait exemple). Là où le scénariste n’a, en revanche, jamais accepté son héritage, il ne mentionne que trop rarement Damian Wayne, ou assumer les histoires parallèles, comme celles de La guerre des Ligues/Le Règne du Mal. Ce n’est pas forcément problématique car cela permet de se focaliser uniquement sur l’homme chauve-souris, mais Snyder s’est perdu dans ses propres créations à plusieurs reprises.

L’auteur a finalement relancé des aventures qui s’axent autour de la même politique : la (brillante) création de la Cour des Hiboux (plus ou moins reprise par la suite de façon sporadique avant d’être quasiment abandonnée), un questionnement constant sur la place de Gotham City, de la justice et de la confiance (la postérité de Le Deuil dans la Famille est, contre toute attente, plus plaisante que de prime abord), des duels face au Joker et à l’Homme-Mystère (les autres ennemis, plus confidentiels, ne resteront pas dans l’histoire) puis un retour à la case départ.

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Alors, est-ce que ce dernier tome est convaincant ? Oui mais il est à l’image de tous les précédents de Snyder : impression mitigée, du bon et du  moins bon. Le lecteur n’est pas indifférent, évidemment, et d’une manière générale on a lu les neuf tomes de la série complète avec plaisir (pas tout le temps certes). Hélas, si ce très long run a la chance d’être extrêmement bien dessinée dans sa majorité (lorsque Capullo opère), il y a peu de chances qu’il reste dans la « mythologie » de Batman.

On se souvient, des années après, de récits emblématiques comme Knightfall (pourtant de qualité moindre !) ou du travail de Morrison (dont la série Batman & Robin assure une excellente continuité). Ce ne sera sans doute pas le cas ici : rien est vraiment chamboulé dans la mythologie de Batman. Snyder a osé de nouvelles choses dès le début et jusqu’à la fin, comme le démontrent les deux derniers volumes, et c’est exactement ce dont a besoin une série de comics. Alors, oui, tout n’est pas forcément bon dedans, on sort parfois des sentiers battus d’une étonnante façon, mais ces essais ont le mérite d’exister —c’est à saluer— même si, une fois encore, rien ne restera vraiment dans l’histoire des comics Batman, à part peut-être la Cour des Hiboux qui devrait continuer d’œuvrer dans l’ombre (voir ci-après).

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Finalement, Snyder est meilleur sur ses autres séries de l’univers de Batman, comme Batman Eternal, ou carrément sur ses autres travaux (Swamp Things, Trees, Wytches…). Il a su offrir de très beaux moments au Chevalier Noir, lui redonner quelques belles lettres de noblesse, mais aurait dû s’arrêter plus tôt, comme il était prévu à la base (les deux derniers tomes sont le résultat d’un allongement de son contrat avec DC Comics).

Son dernier chapitre (le 51 car le 52 est scénarisé par James Tynion IV) sonne comme sa lettre d’adieu, le narrateur se fond avec l’auteur, une double planche renvoie à la première de la Cour des Hiboux (les ennemis de Batman dans l’asile d’Arkham). Hiboux qui réapparaissent annonçant encore une fois un « renouveau ». De la même façon : quelques cases éparses reviennent sur des éléments majeurs ou mineurs (le Joker notamment, même si c’est loin d’être suffisant comme conclusion avec lui). Il est d’ailleurs dommage que ce 51ème chapitre ne conclut pas l’ouvrage, tant le 52ème est en marge de ce que l’on vient de lire (même s’il est assez agréable et, surtout, superbement dessiné par Riley Rossmo). La fin de La Relève était trop abrupte et soudaine. L’épilogue et le chapitre 51 compensaient un peu cela, de manière bancale mais tout de même « correcte ».

La suite des aventures de Batman continue après le nouveau relaunch (Rebirth). Le travail de Snyder ne semble pas éclipsé et la continuité conservée.

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[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 10 novembre 2016.
Scénario : Scott Snyder et James Tynion IV (La Liste)
Dessin : Greg Capullo, Yannick Paquette (ch. 8) et Riley Rossmo (La Liste)
Encrage : Danny Miki et Bryan Level (La Liste)
Couleur : Fco Plascencia, Nathan Fairbairn (ch. 8) et Ivan Plascencia, Jordan Boyd (La Liste)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

Contient : Batman #48-52

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