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Batman Prime – Tome 1 : Ennemi public n°1

Nouvelle série sur Batman ! Porte d’entrée idéale ou énième « divertissement sans plus » ? On fait le point sur ce premier volume de Batman Prime, qui inaugure une nouvelle ère.

 

(Le premier chapitre a été publiéefin mars dans la Gotham Gazette – on en parle plus bas.)

[Contextualisation]
Les fans le savent bien, aux États-Unis il y a deux séries historiques sur Batman : Detective Comics et Batman. La seconde a vécu trois relances (relaunch en VO) depuis 1940 (!) pour redémarrer chaque fois au numéro #1. L’idée est simple : attirer le sacro-saint potentiel nouveau lecteur pour l’embarquer dans une nouvelle série qui ne requiert (apparemment) pas trop de connaissances en amont. C’est souvent vrai mais à nuancer. En France, Urban Comics avait profité du relaunch de 2011 (New 52) pour lancer sa première série Batman (de Scott Snyder). En 2016, lors de la deuxième nouvelle numérotation, c’est l’ère Rebirth qui a dominé les séries françaises. Malgré ces relances, les séries restent intitulées Batman aux US – on leur accole l’année de départ (et de fin) quand on les nomme pour ne pas trop s’y perdre, avec également un numéro de volume correspondant aux périodes de publication. Ainsi, cela donne (hors numéros annuals et specials) :

  • Batman vol. 1 (1940-2011) – 713 numéros
  • Batman vol. 2 (2011-2011) – 52 numéros
  • Batman vol. 3 (2016-2025) – 164 numéros – normalement terminé mais toujours en cours à cause de Silence 2
  • Batman vol. 4 (depuis 2025) – En cours

Chez nous, bien difficile de ne pas dissocier autant de séries ; Rebirth est donc devenu Infinite dans un second temps (pour éviter de s’y perdre et de publier des séries à rallonge qui ne sont pas forcément de véritables suites directes entre elles – mais qui changent d’auteurs de l’une à l’autre). Par exemple Batman Rebirth et Joker War sont classés dans la collection DC Rebirth, tandis que Batman Infinite et Batman Dark City dans DC Infinite. Les derniers numéros de Batman vol. 3 sont consacrés à Silence 2 et auraient dû être terminés depuis longtemps. Pour ne pas attendre de trop, DC Comics relance Batman avec un numéro #1 – impossible de savoir si c’est lié au retard de Silence 2 ou prévu de longue date. L’astuce permet de faire co-exister DEUX séries intitulées Batman sans se préoccuper de la continuité et du retard de la première. Derrière cette habile manœuvre, la nouvelle numérotation permet d’avoir une porte d’entrée pour un nouveau lectorat. En France, Urban Comics a choisi de nommer cette nouvelle ère Prime (comme toujours, l’idée est d’anticiper une meilleure dissociation pour les futures séries autour du Chevalier Noir, quand le run d’un auteur sera terminé par exemple).

Problème : le premier chapitre de Batman Prime est clairement la suite des précédents (ceux qui se déroulaient avant Silence 2, donc ceux de Dark City – tout le monde arrive à suivre ?). Il est donc très étrange d’aborder la série comme s’il s’agissait d’une véritable nouveauté (d’autant plus que c’est le même dessinateur – le talentueux Jorge Jiménez – qui est à l’œuvre, comme il l’était sur Dark City). La lecture reste abordable sans difficulté mais on a du mal à l’envisager comme un nouveau départ au sens stricte du terme. Néanmoins, ce n’est pas si grave que cela. Voyons plutôt ça comme une nouvelle série classique autour de Batman, ce qu’elle est de prime (prime, vous l’avez ?) abord, de toute façon !

 

[Introduction d’Urban Comics]
L’éditeur ouvre le volume avec un long texte pertinent récapitulant les évènements récents qui ont eu lieu pour Batman (confirmant qu’on est loin d’un nouveau départ mais passons…). Voici un copié/collé de cette introduction (avec quelques ajouts référentiels pour les comics dans lesquels se déroulent les faits relatés), qui permet d’avoir en tête les éléments importants ou de les découvrir si le lecteur n’est pas à jour et reprend ses lectures (ou débute) Batman avec ce premier opus.

Un nouveau jour

Les dernières années ont été particulièrement difficiles pour le Chevalier Noir. Brisé par Bane (fin de Batman Rebirth), ruiné par le Joker (Joker War) et pris d’assaut par l’Épouvantail (Batman Infinite)… S’il est toujours parvenu, entouré de ses alliés, à se relever et faire face aux menaces, sa vie est loin d’être revenue à la normale. La mort d’Alfred Pennyworth des mains de Bane laisse un vide profond dans le cœur des membres de la Bat-Famille, et cette perte est d’autant plus douloureuse pour Batman qui voit partir son plus précieux allié, conseiller et figure paternelle.

Dans le même temps, Gotham est aussi secouée par un vent de changement au lendemain des crises successives qui ont ravagé la ville. Chris Nakano, un ex-policier qui perdit sa partenaire et fut grièvement blessé lors de la « Guerre du Joker», est élu maire. Véritable symbole du « ras-le-bol» des gothamiens, il estime Batman responsable des catastrophes frappant la ville et mène une stricte politique anti-justiciers.

Ces tensions contribuent à faire réémerger en Bruce Wayne une personnalité de secours amorale et ultraviolente, Zur-en-Arrh (Dark City). Celui-ci le pousse non seulement à faire preuve de plus de méfiance et de radicalité dans son combat, mais surtout à pousser ses alliés à quitter cette vie de dangers. Ainsi, quand Catwoman forme une « Ligue des voleurs » ciblant exclusivement les très riches en évitant toute violence, Batman atteint un point de rupture. Incapable de concilier sa philosophie de lutte contre le crime avec les actions de la voleuse, il part en guerre contre elle, malgré les objections d’une partie de la Bat-Famille. Prêt à tout, il ira jusqu’à manipuler mentalement Jason Todd pour le rendre incapable de se battre, brisant la confiance que ses coéquipiers avaient en lui.

 
(Quelques couvertures des dernières séries Batman et Detective Comics où se déroule les évènements relatés dans ce texte)

Mais cette Ligue n’est en réalité qu’une façade pour les plans de Vandal Savage, immortel né dans la préhistoire et super-vilain notoire. Réalisant que ses pouvoirs sont en déclin, il espère retrouver à Gotham la météorite qui lui a conféré sa longévité légendaire. Avantage de taille, il connait l’identité secrète de la Chauve-Souris et compte bien utiliser cette information à ses fins. Savage rachète le Manoir Wayne, s’y installe, et réunit toute la galerie de vilains gothamiens pour mener bien ses plans et faire tomber le Chevalier Noir. Batman et les siens sont finalement réunis pour un ultime combat face à lui, au terme duquel Catwoman passe pour morte aux yeux du monde, à l’exception de Batman qui garde le secret.

Sans manoir, sans Alfred et désormais isolé, Batman est privé de tout ce qui faisait son identité de Bruce Wayne. Plus paranoïaque que jamais, il est finalement dépassé par son identité de Zur-en-Arrh, qui a trouvé refuge dans l’implacable androïde Failsafe et l’attaque frontalement avant de le faire prisonnier. Ce n’est que par l’intervention d’une Bat-Famille resoudée que Zur-en-Arrh sera finalement vaincu…

Mais le repos n’est que de très courte durée, alors que Vandal Savage est nommé commissaire par Chris Nakano. En effet, si l’immortel est bien parvenu à rentrer en contact avec la précieuse météorite, il constate que ses effets se cantonnent aux frontières de Gotham. Désormais coincé dans la ville, il décide de se rapprocher des puissants pour en prendre le contrôle de l’intérieur. Sa première décision est radicale : aucun «justicier » ne peut agir à Gotham et Batman se retrouve, comme à ses débuts, hors-la-loi.

À ces intrigues s’ajoute une histoire d’amour tuée dans l’œuf : Jim Gordon entame une liaison avec Koyuki Nakano, l’épouse délaissée du maire. Il s’ensuit une dispute entre les deux hommes qui se solde par la mort de Nakano. Batman finira par prouver que Gordon a agi sous l’influence du Sphinx, armé de la technologie de contrôle mental du Chapelier Fou. Une fois innocenté, l’ex-commissaire décide de se réengager dans la police. Bien entendu soumis au bon vouloir de Savage, Gordon doit reprendre sa carrière à zéro, comme agent de terrain en uniforme, et ce malgré ses états de service. Ainsi, Batman et Gordon opèrent tous deux un retour aux sources, dans une Gotham en perpétuelle évolution.

C’est dans ce contexte que Matt Fraction prend les manettes de la nouvelle série Batman. Scénariste reconnu dans l’industrie des comics, récompensé de trois Eisner Awards pour son travail sur The Invincible Iron-Man, Hawkeye et Sex Criminals, il accepte la lourde tâche de reprendre les aventures du Chevalier Noir. Véritable coup de tonnerre aux États-Unis, ce relaunch marque la publication d’un nouveau « Batman #1 », le quatrième seulement depuis la création du personnage en 1939. Un événement historique donc, qui s’accompagne d’un véritable renouveau tout en s’inscrivant dans la continuité de la riche histoire du personnage. Bref, un exercice d’équilibriste pour Fraction, bien résolu à relever ce défi de taille.

Sa recette ? Présenter Gotham sous un nouveau jour, aussi reconnaissable par les lecteurs de longue date qu’accueillante pour les nouveaux lecteurs. Aussi, l’auteur multiplie les surprises: nouveau costume, nouveaux gadgets, nouveaux alliés… et bien sûr nouveaux ennemis. Pour réaliser cette vision, il est accompagné d’un artiste bien connu des fans de la Chauve-Souris: Jorge Jiménez, dessinateur emblématique des séries Batman – Joker War, Batman Infinite et Batman – Dark City. Avec son trait lumineux et dynamique, il vient magnifier cette version inédite de l’univers du Chevalier Noir.

Chaque chapitre est un récit auto-contenu, dessinant une intrigue au long cours. Le cadre parfait pour faire intervenir de nombreux personnages de l’univers gothamien, en passant de diner mondain en course-poursuite, de whodunit en combat épique. Les intentions de l’auteur sont claires : proposer des épisodes mettant autant Batman que Bruce Wayne sous le feu des projecteurs dans une Gotham où le crime organisé tend à se structurer autour de nouveaux visages. Autre particularité: après une période particulièrement sombre, Fraction souhaite écrire un Batman plus optimiste, empathique, tout en respectant l’ADN de ce qui fait le Croisé à la Cape. Un aspect souvent mis de côté par les auteurs, et qui transparaît ici dès les premiers chapitres.

Mais une Gotham lumineuse reste une Gotham dangereuse. Ainsi, les nouvelles Tours Arkham se fixent pour but de réhabiliter ses dangereux patients, mais peut-on s’y fier ? Chris Nakano a laissé sa place à un super-vilain au service d’une organisation criminelle, la Cour des Hiboux, elle-même infiltrée par des espions russes… Mais les élections approchant doit-on craindre l’arrivée d’un nouveau maire aux sombres desseins ? Enfin, Batman fait face à l’avenir doté d’une motivation nouvelle, mais doit toujours affronter le vide laissé par la mort d’Alfred. Le Chevalier Noir parviendra-t-il à faire son deuil pour véritablement tourner la page ?

[Résumé de l’éditeur]
Batman a connu des années difficiles : brisé par Bane, ruiné par le Joker et attaqué par sa propre création, Failsafe. Mais le Chevalier Noir, entouré de ses alliés, a toujours su se relever et faire face aux menaces. Ainsi, quand Vandal Savage, nouveau commissaire du G.C.P.D., déclare Batman hors-la-loi, notre héros ne recule pas et se lance dans une nouvelle ère d’héroïsme. Une nouvelle page, plus lumineuse, s’ouvre pour le plus Grand détective du monde !

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Comme évoqué, ce Batman Prime est un vrai/faux départ. Un vrai car le Chevalier Noir est plus ou moins revenu à zéro et il se lance dans de nouvelles investigations et de nouveaux affrontements… Un faux car le statu quo prolonge le précédent : Vandal Savage est à la tête du GCPD, Gordon est un simple agent de terrain, Alfred est toujours mort (remplacé par un hologramme – on en reparlera), la politique de feu Nakano toujours plus ou moins présente, les cheminements des différents Robin reprennent où ils étaient, etc. Le cadre est donc posé, pas tout à fait « classique/habituel » mais suffisamment familier pour le comprendre.

Alors, qu’est-ce que racontent ces six premiers chapitres ? Malheureusement pas grand chose de très original… Contrairement à ce qui est annoncé par Urban Comics, les épisodes ne sont pas vraiment auto-contenus et se suivent bien entre eux avec, à la fin de chacun, une petite séquence qui donne envie de lire la suite. Le premier chapitre montre ainsi Batman à la poursuite de Killer Croc (avec une conclusion moins brutale qu’à l’accoutumée), le deuxième Red Robin/Tim Drake avec un mix entre passé (flashback quand il s’essayait à conduire la Batmobile) et présent (il se prend une balle par un policier avant d’en sortir presque indemne  – première forme d’incohérence/facilité narrative qui casse de suite l’immersion/l’émotion). Le troisième épisode met en avant Bruce Wayne (en civil donc) en visite à l’hôpital puis dans ses entreprises – Batman et Robin sont décrétés hors-la-loi à ce stade –, avant une confrontation avec le Sphinx.

Il faut attendre le quatrième chapitre – le meilleur de la bande dessinée avec le cinquième – pour découvrir Le Minotaure, nouvel ennemi affublé, évidemment, d’un masque de taureau et possédant deux doigts supplémentaires (donc sept) à la main gauche. Manipulateur de finances et personne cruelle, ce Minotaure va-t-il se hisser au panthéon des antagonistes emblématiques du Dark Knight ? L’avenir nous le dira… L’occasion aussi de découvrir Annika Zeller, émérite docteur qui travaille au siège du département de sciences expérimentales Wayne (et déjà croisée en amont de l’histoire). Un rencard entre elle et Bruce est au cœur du cinquième épisode où se croisent des motards ninja (!) et une mystérieuse femme pouvant se transformer en plusieurs corbeaux (!!).

De nouveaux personnages donc (le Minotaure, Zeller et la femme aux corbeaux), quelques apparitions d’habituels (le Sphinx et le Pingouin) et une nouvelle menace encore opaque. Les jalons sont posés pour créer un nouveau mini-univers au sein d’un plus vaste. Celui de Matt Fraction donc. Le scénariste jongle comme il peut entre ce qu’il doit conserver de la continuité et en essayant d’avoir une semi carte blanche pour opérer son début d’arc. En cela l’ensemble est globalement réussi (bien aidé par sa partie graphique, on y reviendra). Le rythme est le point fort de la fiction, tout se lit vite et bien, avec une certaine hâte. Il faut attendre la seconde moitié de l’ouvrage pour être (enfin) un peu plus happé par l’intrigue. C’est donc une entrée en matière globalement convaincante mais pas non plus follement singulière. En somme ça devrait contenter les lecteurs habituels à la recherche d’une sympathique aventure de Batman mais, comme toujours, les deuxième et troisième tomes seront réellement décisifs pour trancher (la promesse de fin du premier est suffisamment palpitante pour avoir de beaux espoirs).

Côté écriture, si les échanges sont vifs et ciselés, sans temps morts, quelques points sont à soulever. Comme dit par l’éditeur en début d’ouvrage, Batman est doté de nouveaux gadgets. Très bien. Ça se traduit par une petite fiche signalétique qui le définit… Alfred est décédé ? Il est désormais remplacé par un hologramme (voire une IA – on ne sait pas trop) et amorce peut-être un chemin de résurrection future (comme avec Damian en son temps, cf. la série Batman & Robin). Timothy (Red Robin) annonce quitter Gotham pour s’installer avec son petit ami Bernard (cf. Dark City – Tome 2). En somme, des choses plus ou moins impactantes, pas vraiment révolutionnaires pour autant.

Une anecdote pour chipoter : le terme « boilermarker » est utilisé en VO pour qualifier un personnage secondaire, suivi de l’expression « back like a bad penny ». Cela signifie qu’il s’agit d’une personne pot de colle, qui revient sans cesse et dont on se débarrasse difficilement. Pour la version française, le traducteur (Jérôme Wicky) a curieusement choisi… « le sparadrap du capitaine Haddock ». La référence parlera évidemment à tous ceux qui ont lu ou vu les aventures de Tintin (et si ce n’est pas le cas, impossible de comprendre de quoi il en retourne) mais elle casse clairement une sorte d’immersion dans l’univers de Batman ! Quel dommage, il y avait des traductions plus simples possibles pour éviter cela. Voir les cases concernées tout en bas de cette critique. On le répète : c’est anecdotique mais à souligner néanmoins car ce n’est pas la première fois que cela arrive et pour le lectorat le plus exigeant, ce sont des choses qui peuvent agacer.

Dans Ennemi public n°1, le véritable héros est peut-être Jorge Jiménez. Il magnifie son homme chauve-souris et son alias civil à de multiples reprises. Des plans en pleine page (ou doubles pages), de la lumière (superbe colorisation de Tomeu Morey – habituel compagnon de route), un Bruce un brin plus léger et solaire qu’à l’accoutumée, ce sont surtout les véritables ingrédients rafraichissants de la série ! Le dessinateur impose un nouveau logo, un costume légèrement remanié et une Gotham lumineuse, vivante et appréciable (un parti pris de s’éloigner de l’habituelle cité trop sombre et morose). Ne serait-ce que pour la qualité visuelle et chromatique, on aurait tendance à conseiller ce Batman Prime (aux plus prudents : attendons à minima le second tome – sortie prévue fin 2026/début 2027).

Pour l’occasion, Urban Comics avait publié le premier épisode le 27 mars dernier dans une superbe Gotham Gazette à 3,90 € (cf. couverture en haut de cette page). Un faux journal dont la Une mériterait d’être encadrée (ou certaines planches dedans), à la fois objet atypique, preview accessible et édition limitée (déjà épuisée). L’éditeur ne sait pas à l’heure actuelle s’il réitérera l’opération pour d’autres séries. Quant à la version cartonnée classique, elle sera disponible le 22 mai prochain. Urban réitère sa maquette blanche pour l’occasion (comme pour Ghosts of Gotham), conférant cette impression de « beau livre » pour les nouveaux venus (seront-ils un peu perdus ou emportés ? à vous de nous le dire en commentaire) ou les lecteurs de longue date (seront-ils décontenancés ou satisfaits de cette nouvelle proposition ? idem, à vous de le manifester).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 22 mai 2026
Contient : Batman (2025) #1-6
Nombre de pages : 168

Scénario : Matt Fraction
Dessin et encrage : Jorge Jimenez
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Scribgit

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Batman Dark City – Tome 6 : Cité mourante

Dernier tome de la série Dark City de Chip Zdarsky, souvent moyenne, parfois médiocre, parfois sympathique, globalement oubliable. On était resté sur un cinquième opus quasiment conclusif et espérions que ce sixième serait un peu déconnecté du reste, quasiment une lecture indépendante (à l’instar du dernier tome de Batman Infinite). Est-ce le cas ? Que valent les cinq chapitres de cette fin de run, intitulée Cité mourante ? Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Après une longue et éprouvante absence, Bruce Wayne est de retour à Gotham pour traquer les criminels sous les traits de Batman et continuer d’investir financièrement dans la ville pour la rendre meilleure. C’était sans compter sur le Sphinx qui prétend s’être repenti et souhaite devenir le principal bienfaiteur de la ville… S’agit-il d’un nouveau départ pour l’un des plus grands criminels de Gotham ou bien d’une énigme plus importante que seul Batman peut résoudre ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Ouf ! En cinq épisodes, Cité mourante va à l’essentiel, propose une intrigue qui tient à peu près la route, remet au centre du récit des éléments habituels liés au Chevalier Noir et abouti sur une conclusion plutôt correcte (au détriment de certaines « énormités » – qu’on détaille plus loin). Point fort : ce sixième et dernier tome est (comme anticipé) quasiment indépendant et majoritairement déconnecté de ses cinq prédécesseurs. On peut donc le lire sans connaître l’intégralité de Dark City, c’est une bande dessinée parfaitement abordable, même pour ceux ayant peu de bagage Batmanien. Il se murmure que cet « ajout de fin de run » (le tome précédent pouvait déjà quasiment être considéré comme une fin de série) a été négocié pour laisser le temps à Jim Lee de ne pas avoir trop de retard sur Silence 2… Bref. Revenons à Dark City.

Difficile de parler de l’enquête principale sans en dévoiler des éléments majeurs. Évoquons donc le meurtre d’un personnage pivot ces dernières années dans la continuité – ni très connu, ni très empathique mais au statut important au sein de Gotham City. À partir de là, le Chevalier Noir remonte le fil avec d’évidents suspects : le Sphinx en tête mais aussi une nouvelle figure à la tête de la Cour des Hiboux, potentiellement des candidats à la municipalité, le mystérieux nouveau super-héro le Comandant Star et même Vandal Savage, devenu le commissaire du GCPD ! C’est l’aboutissement de l’investigation qui déroute (un peu). On en parle sous l’image suivante, avec donc des révélations, passez au bloc de texte sous la seconde image (Batman et les Hiboux) pour vous en préserver.

Batman recueille rapidement et efficacement les indices pertinents sur la scène de crime (on renoue avec une dimension « détective » très appréciable). Surprise : le principal suspect et, indirectement, le véritable coupable est… James Gordon ! Il faut accepter que l’ancien policier (reconverti en privé associé avec Bullock) a, à la fois noué une relation avec la femme de la victime (plus jeune que lui et dans une romance assez improbable), et a été manipulé à distance via des lunettes de vue (!), conçues par les technologies Tetch (le Chapelier Fou) et remaniées (en gros) par Nygmatech (alias le Sphinx — qui ne semble pas si innocent que cela, de facto). D’une part, on a donc un meurtre quasiment de sang-froid « à cause d’une puce électronique dans la branche d’une paire de lunettes qui impacte le cerveau », d’autre part cela semble suffire pour innocenter Gordon, car (auto-jugé non responsable de ses actes à cause de cette technologie à mi-chemin entre l’hypnose et la manipulation mentale). Après Failsafe (cf. premier opus éponyme) et tout ce qu’on a vu jusqu’ici, on n’est plus à ça près…

Malgré ce côté un brin ubuesque (sans oublier Gordon qui agresse littéralement Batman de son propre chef cette fois visiblement), on apprécie quelques échanges très « justes » à plusieurs reprises. Comme celui du détective et son amante, cette dernière lui reproche son égoïsme (à l’idée d’être innocenté) au détriment de son enfant, désormais sans père, et d’être malgré tout le tueur de son ex-mari. Ou encore, en toute dernière ligne droite, Batman qui promeut l’idée de faire au mieux pour être un homme bon. Cela peut paraître maigre eu égard du reste mais, comme pour le cinquième opus, ce sont ces touches « humaines » (cruelles ou tendres) qu’on retient davantage que le reste et qui font mouche, comme ce dialogue entre Bruce et un possible « frère » (à découvrir à la toute fin).

En synthèse, c’est une aventure mi-figue, mi-raisin qui officie comme guise de conclusion. Le lecteur exigeant trouvera cela (à juste titre) très moyen, là où le fan peut-être un peu plus optimiste (ou, à l’inverse, blasé et lassé de cette saga), y verra un récit mieux écrit, peut-être plus marquant. Mais ce serait occulter le reste et, peut-être, niveler par le bas – c’est à dire se contenter et apprécier la BD uniquement parce que ce qui était proposé avant était très moyen voire mauvais que Cité mourante en ressort grandit – alors que si c’était une fiction à part et vendue comme un titre Batman en marge du reste on ne l’apprécierait probablement pas davantage : vite lu, vite oublié ?

Côté dessins, on retrouve quatre dessinateurs différents qui se succèdent. Jorge Jiménez, fidèle au titre depuis ses débuts, dont les traits fins permettent d’avoir des cases plutôt détaillées et fournies, des visages reconnaissables aisément et un ensemble richement coloré par Tomeu Morey (qui opère sur tout le livre). Carmine Di Giandomenico ne parvient pas à aboutir à l’élégante patte de Jiménez même si on sent qu’il veut l’égaler, avec plus ou moins de réussite (faute à un encrage vaguement plus grossier, principalement sur les expressions faciales). Jorge Fornès tranche avec ses collègues avec une ambiance pulp, moins comic book mainstream et cela passe étonnamment car il opère sur un épisode quasiment constitué de flash-backs. Tony S. Daniel délivre des séquences d’action dantesque dans les deux derniers chapitres, avec le retour de Jiménez pour cet ultime tour de piste.

La cohérence graphique de Cité mourante est plaisante, l’ensemble des planches est franchement agréable visuellement. C’est l’un des points forts de l’ouvrage (et de la série au global – même si ça ne la sauvait pas forcément). La suite de la série Batman sera double : une première salve en six épisodes de la suite de Silence puis un renouveau à la rentrée septembre (aux États-Unis) avec Matt Fraction au scénario (connu surtout chez Marvel avec ses travaux sur Hawkeye et Iron Man, chez DC on lui doit Superman’s Pal Jimmy Olsen). Jiménez revient pour la partie graphique dans un premier temps avec quelques oscillations de looks, logos et couleurs plutôt alléchantes. On devrait sans doute découvrir tout cela début 2026 en France.

Pour revenir à Dark City, comme répété dans les critiques qui ont accompagné les sorties des six opus, c’est l’une des séries les moins intéressantes du Chevalier Noir. Après un début ultra actionner, vaguement SF et plutôt original, la fiction s’est vautrée en allant dans plusieurs directions improbables (le multivers éphémère, l’éloignement de l’ADN des personnages et leur moral, de nombreux retcons liés aux origines du Joker et, in fine, un fil rouge vaguement singulier – Batman meurtri, affaibli et Wayne dépouillé – sans réels impacts). Une volonté de « déconstruction » fièrement mise en avant par l’éditeur alors que ce statu quo est identique depuis des années. Pour les curieux, on conseillerait donc juste le premier et dernier tome. Passez votre chemin pour les autres (ou sur l’intégralité de la série si vous êtes déjà peu satisfait de la qualité des titres récents de la continuité sur Batman).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 2 mai 2025.
Contient : Batman #153-157
Nombre de pages : 136

Scénario : Chip Zdarsky
Dessin & encrage : Jorge Jiménez, Carmine Di Giandomenico, Jorge Fornés, Tony S. Daniel
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard, Emmanuel Touset, Morgane Rossi)

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Batman Dark City – Tome 5 : Sombres prisons

Les chapitres #145 -150 de la série Batman constituent ce cinquième tome de Dark City, intitulé Sombres prisons. Une aventure toujours chapeautée par Chip Zdarsky, qui prenait racine dans son ancien récit complet The Knight, connecté a posteriori à son run (depuis le quatrième opus, Bombe mentale). Très inégale (souvent moyenne voire médiocre), cet opus hausse-t-il (enfin) le niveau global ? Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Incarcéré dans la prison de Zur avec le Joker pour voisin de cellule, Batman doit organiser son évasion… Mais parviendra-t-il à s’échapper d’un établissement conçu par l’ultime version de lui-même ? De son côté, Zur est devenu le nouveau protecteur de Gotham et établit des règles toutes personnelles. Il détient un sombre secret, et si ce dernier venait à le révéler, une menace sans précédent s’abattrait sur le Chevalier Noir, la ville de Gotham, et l’Univers DC dans son ensemble.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Aparté : ce texte a été rédigé presque deux mois après avoir lu le tome. Il est possible qu’il y ait quelques égarements ou confusions malgré ma relecture rapide et en diagonale de la BD dans le cadre de la finalisation de cet article (je n’avais franchement pas envie de reperdre une heure à le relire intégralement). Merci d’avance pour votre indulgence et n’hésitez pas à corriger en commentaire s’il y a une erreur ou autre.

Un volume aux aspects conclusifs et globalement rushé, toujours autant improbable mais étrangement touchant, tout en repartant (presque) à zéro, c’est ce qui vient immédiatement en fin de lecture de ce cinquième opus de Dark City. Il est dissocié en plusieurs segments qui se suivent plus ou moins (on y reviendra) : Sombres prisons (Batman #145-147), Les directives du docteur (back-up Batman #145-146), Leur montrer à tous (back-up Batman #147), La tempête (Batman #148), Un beau rêve (#149) et enfin – assez déconnecté du reste – Être meilleur (#150).

Sombres prisons (qui donne donc son titre à la bande dessinée) positionne Batman dans sa prison avec le Joker. Passé ce postulat vite expédié, c’est une course contre la montre agréable qui suit un Chevalier Noir évadé face à son ennemi « ultime » : Zur fusionné à Failsafe (en gros). Une épopée qui fait croiser bon nombre d’alliés (Damian au premier plan), quelques ennemis habituels de la galerie de Gotham/Arkham (dont Punchline) et des antagonistes (Amanda Waller, Vandal Savage, le fameux Captio – « mentor » du Joker et de Batman sorti de nulle part, cf. tome précédent…), le maire Nakano ainsi qu’un nouveau vilain (de prime abord) : un clone de Bruce qui grandit plus vite que la normale (impossible de ne pas penser à Damian), supervisé par Zur. Ouf ! Malgré ce trop plein de protagonistes, Chip Zdarsky s’en sort à peu près bien pour confronter tout ce beau monde et, surtout, revenir à l’éternel point de départ…

En effet (passez au paragraphe suivant pour éviter les quelques révélations), par d’habiles tour de passe-passe scénaristiques, ou plutôt des facilités d’écritures franchement honteuses, Bruce Wayne retrouve sa fortune (merci Zur/Failsafe, tellement intelligent qu’il a réinvesti en bourse de l’argent) et… sa main biologique pourtant coupée ! Cette fois, il faut remercier le clone de Bruce qui lui offre ce cadeau – sa propre main donc (!) – qui servira davantage à Batman qu’à cet énième alter ego vieillissant – bigre ! Surtout, le Chevalier Noir renoue avec une cohésion d’équipe bienvenue, entouré de ses fidèles alliés. Néanmoins, le récit se termine sur une ouverture et un « à suivre » – qui devrait en toute logique correspondre en France au sixième et dernier opus, contenant donc les chapitres #153-157 et la fin du run de Zdarsky (enfin !), cf. explications à la fin de cette critique.

Les deux histoires back-up sont tout aussi douteuses, centrées sur Captio. La première revisite l’histoire du Joker sous ce nouveau prisme découvert dans le volet précédent : quelqu’un croit VRAIMENT à cette rocambolesque continuité rétroactive qui dévoile que le célèbre Clown est presque né des directives du coach Captio et que ce dernier l’a suivi lointainement tout au long de sa « carrière » ?! – c’est largement pire que la proposition Trois Jokers (clivante, ubuesque, osée mais intéressante et stimulante)… Bref. La seconde le place avec le Sphinx cette fois, introduisant la fameuse « suite » à découvrir théoriquement dans le sixième tome (encore).

Malgré tous les défauts d’écriture, on retient pourtant et paradoxalement de la bande dessinée son avant-dernier chapitre, Un beau rêve, centré sur le clone de Bruce et sa « vie » accélérée. Des moments particulièrement touchants, humains, et croqués en parallèle de la bienveillance (et des retrouvailles) de tous les membres de la Bat-Famille, voilà de quoi redonner espoir et foi pour la suite et se satisfaire de cette semi-conclusion dans un premier temps (encore une fois : malgré toute l’improbabilité qui découle de l’ensemble) !

Le dernier épisode raconte les déambulations d’un ancien homme de main Catwoman, Teddy, qui a découvert l’identité de Batman lors de la guerre entre les deux amants (cf. troisième tome, Gotham War). Un dilemme moral pour un père absent qui veut se racheter et une offre en or à marchander pour tous les ennemis de l’homme chauve-souris. Un segment « à hauteur d’homme » (à nouveau), faisant la part belle avec le précédent chapitre et qui rappelle, dans une moindre mesure, le très bon récit complet Joker (qui s’attardait aussi sur un membre d’une figure emblématique de Gotham et ses enjeux de survie urbaine).

Ce sont donc principalement ces deux derniers segments qui sortent du lot, de façon surprenante, et permettent d’apprécier Sombres prisons. Le reste de la fiction ne fonctionne pas vraiment mais on prend plaisir à lire un vrai retour de Batman et ses alliés, avec – comme toujours et heureusement –  les jolies planches de Jorge Jiménez (principalement sur le titre, d’autres artistes complètent la distribution, cf. rubrique À propos), qui permettent de sauver tout de même un peu plus l’ensemble. Dommage que l’enchaînement bordélique entre Zur/Failsafe, Captio et le rythme expéditif de cette fausse fin gâchent tout le reste (donc la majorité du comic), sans oublier l’écriture franchement faible (pas forcément les dialogues mais les situations au sens global) et qui prend quasiment ses lecteurs pour des imbéciles. Étrangement (ou non), Zdarsky s’en sort nettement mieux quand il déploie ses petites touches d’humanité sur deux personnages complètement secondaires et éphémères.

Il est toujours difficile de conseiller la série Dark City (son ensemble ou ce tome en particulier), mais on se motive en se disant (ou plutôt en espérant) que le sixième opus sera complètement déconnecté de tout ça (comme le fut le quatrième de la série Batman Infinite en son temps) et enfin une probable remise à zéro des compteurs. Il était temps. La fiction s’approche en effet de sa fin, plus ou moins en adéquation avec le souhait de son auteur. La fin de l’ère Infinite pour DC Comics sera à découvrir dans Absolute Power, qui contiendra l’épisode #151 de Batman (le #152 sera dans le second tome (sur trois) d‘Absolute Power), et le retour surprise de Jeph Loeb et Jim Lee pour la suite de Silence/Hush (en mars 2025 aux États-Unis) à partir du chapitre #158, il ne restera donc que les #153-157 sous la plume de Zdarsky pour achever son œuvre. Des épisodes qui devraient, en toute logique, composer la conclusion du sixième (et donc dernier) tome de Dark City chez nous, contenant l’arc intitulée en VO The Dying City. Si c’est bien le cas, il sera disponible au plus tôt en mai 2025 (Urban Comics ayant révélé toutes sorties jusqu’à avril 2025). MàJ : c’était exactement ça et la critique est disponible 😉

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 octobre 2024.
Contient : Batman #145-150
Nombre de pages : 208

Scénario : Chip Zdarsky, Joshua Williamson
Dessin : Jorge Jiménez, Michele Bandini, Miguel Mendonça, Steve Lieber, Denys Cowan
Encrage : John Stanisci
Couleur : Tomeu Morey, Alex Sinclair, Eren Angiolini, Nick Filardi

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard)

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