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Batman : Joker War – Tome 2

Après un excellent premier tome proposant une sorte de nouveau départ pour le Chevalier Noir, que vaut ce deuxième volume de Joker War ?

[Résumé de l’éditeur]
Après avoir affronté le Designer, Batman réalise que son ennemi de toujours, le Joker, tirait en réalité les ficelles des événements récents. Le Clown prince du crime a, de son côté, trouvé une nouvelle compagne, Punchline, qui ne tarde pas à s’opposer à son ancienne conquête, Harley Quinn ! La ville de Gotham sombre dans le chaos tandis que la vie de Bruce Wayne, privé de sa fortune, se trouve à jamais bouleversée !

[Histoire]
Après avoir torturé Lucius Fox, Punchline sait où Batman se rend dans une de ses caves secrètes. Le Chevalier Noir y remarque une nouvelle armure scintillante (il pense que Fox qui l’a faite, ce dernier croyait que c’était Batman). Obligé de fuir, le justicier découvre sa ville à feu et à sang… le Joker a acheté tous les gangs, l’anarchie règne en maître, c’est une catastrophe.

Un nouveau justicier tâche de tuer tous les criminels : Clownhunter.

Dans le civil, rien ne va plus pour Bruce Wayne et sa fortune : les actions de Wayne Enterprises chutent…

Le Joker a aussi récupéré une bobine du film Zorro, le long-métrage qu’a vu Bruce enfant avec ses parents avant que ces derniers se fassent tuer en sortant de la séance. Le Joker souhaite le projeter dans le cinéma de l’époque à des morts-vivants (!) mais aussi et surtout à tous les habitants de Gotham à qui il propose de l’argent en échange.

En parallèle, le Clown Prince du Crime élabore une nouvelle toxine qui rend fou.

[Critique]
Légèrement en dessous du premier tome (passé la surprise forcément), cette incursion dans la guerre du Joker reste quand même particulièrement réjouissante à bien des égards ! Avant même d’aborder la narration et le récit en tant que tel, un constat évident à mentionner d’entrée de jeu : les planches assurées par les dessins de Jorge Jiminez et la colorisation de Tomeu Morey sont somptueuses ! Elles reflètent la majorité de l’ouvrage, c’est à dire les six épisodes #95 à #100. Le comic-book bénéficie également d’une courte introduction sur Punchline et d’un chapitre composé de mini-histoires centrées sur des personnages secondaires durant le conflit qui oppose l’homme chauve-souris au Clown (Joker War Zone #1 en VO).

Le trait fin, précis et élégant de Jiminez épouse à merveille son découpage dynamique, aéré (donc lisible) que ce soit dans l’action ou l’intimisme. Quant aux couleurs de Morey, les quelques exemples d’illustrations de cet article devraient convaincre les plus réfractaires. L’artiste magnifie les registres qui se succèdent : l’horreur, la guerre, le polar, la folie, le merveilleux… en choisissant habilement sa palette chromatique, mention spéciale aux tonalités chaudes prononcées pour les guérillas urbaines — prédominant le livre — et les clartés pourpres et scintillantes de la forêt d’Ivy (en exclusivité sur ce site sans les bulles de textes afin d’admirer correctement le travail commun du binôme, diablement efficace).

Ce deuxième segment de Joker War s’ouvre sur un interlude consacré à Punchline (The Joker 80th Anniversary 100-page Super Spectacular #1). C’était clairement ce qu’il manquait au volume précédent (erreur réparée donc), probablement car ces origines sur la nouvelle compagne du Joker furent publiés à peu près en même temps (en France) dans la chouette compilation Joker 80 ans. On les découvre donc enfin si on ne l’avait pas acheté (un recueil qui contient de multiples récits autour du célèbre Clown pour ses 80 printemps d’existence, incluant lesdites 100 pages « spectaculaires »). James Tynion IV a bien sûr rédigé ces premiers pas (il a créé le personnage) accompagné de Mikel Janin aux pinceaux, artiste qui avait fait la part belle à la série Batman Rebirth. Comment bien conclure une blague ? (le titre de cet épisode particulier) n’est malheureusement pas exceptionnel, pour pas dire franchement décevant.

La jeune étudiante Alexis dans le civil est simplement « une fan » du Joker. L’ironie est que face à ce dernier elle clame : « T’as demandé que je te prouve que j’étais sérieuse avant de me recruter pour ton grand projet. Tu voulais être sûr que je n’étais pas une autre groupie zarb’. La voilà, ta preuve. » Une groupie bizarre… C’est pourtant ce que Punchline semble être du peu qu’on la voit. Le personnage n’est pas bien fouillé, en quelques lignes l’on connaît ses motivations (pas envie d’être gentille — sic, avoir son propre monde — sic (bis), etc.). Des « origines » relativement pauvres et banales. « Ce monde que vous avez bâti est une blague et j’en suis la punchline » clame-t-elle… Heureusement, passé cette introduction peu brillante (qui ne représente que 10 pages sur 228 de BD environ, soit moins de 5% de l’ensemble) , tout le reste est beaucoup plus palpitant !

On retrouve donc le Chevalier Noir presque seul face au Joker et ses sbires. Même si on ne comprend pas tout des transactions financières qui ont causé la chute de l’empire Wayne (pour l’instant assez relégué en second plan), on prend plaisir à le voir en mauvaise posture. Entre l’anarchie provoquée par le Clown (qui n’est pas sans rappelé l’excellent film Joker de 2019), le difficile et douloureux deuil d’Alfred (nettement plus évoqué ici que dans le tome précédent), l’arrivée d’un nouveau protagoniste plutôt réussi (le fameux Clownhunter — qui sera davantage exploré dans le troisième volume), le retour de la Bat-Family… il y a de quoi se réjouir ! L’équilibre entre tous ces éléments est bien dosé, on regrette juste le traitement de Punchline, assez décevant (à l’instar de ses origines donc) et le manque de surprises (on n’aurait pas été contre un retournement de situation, une traîtrise par une tête connue par exemple, de l’imprévu dans l’évolution de certaines phases narratives…). Mais ça fonctionne, c’est le principal. Le Diable se cache dans les détails tout au long de l’œuvre : les allusions morbides à Alfred, la barbe de trois jours de Bruce sous son masque de Batman… Le texte et les dessins se rendent la pareille et se servent mutuellement. Les fans de Nightwing apprécieront aussi son retour en grâce.

Arrivé à la moitié du tome on enchaîne plein de courts chapitres se déroulant durant le siège de Gotham par le Joker et ses hommes de main. Chaque épisode (écrit et dessiné par différents artistes) se concentre sur un ou plusieurs alliés du Chevalier Noir, ou certains de ses antagonistes. Ainsi on découvre ce qu’il est advenu de Bane depuis la fin de Batman Rebirth et on peut voir également le fils de Lucius Fox ainsi que Spoiler et Orphan. Comme souvent dans ce genre d’entreprise, l’ensemble est inégal (aussi bien narrativement que graphiquement) mais il y a peu à redire : là aussi on est sur un pan de lecture assez rapide et court, on ferme donc aisément les yeux sur les quelques passages un peu moins palpitants. Le centième chapitre (le dernier du comic-book) offre une conclusion épique malgré quelques légers loupés. Il laisse un statu quo intéressant (dont un Joker… borgne !). On apprécie aussi la relation amicale entre Batman et Harley, rappelant celle, plus ambigüe, de Curse of the White Knight.

Comme toujours, le recueil se termine par une grande galerie de couvertures et si on a tendance à saluer le travail d’Urban Comics au global (prix, qualité d’édition, notes éditoriales…) on est parfois surpris par quelques erreurs de traduction (dont des flagrantes relayées ici et par exemple — avec une certaine ampleur début décembre 2020 qu’on peut déplorer sur la forme (à la limite du lynchage public comme trop souvent)). Dans le présent tome, c’est le célèbre « Home Sweet Home » qui a été littéralement traduit « Foyer, doux foyer », étonnant de proposer ceci en 2021 (personne ne dit ça en français, autant conserver le terme anglais). Rien de grave au demeurant, c’est du détail anecdotique…

En synthèse, malgré quelques défauts d’écriture ici ou là (caractérisation de personnages, prévisibilité de certaines choses…) Joker War – Tome 2 vaut complètement le détour. Assurément pour sa partie graphique et globalement pour son traitement narratif. Dans la droite lignée du premier, on ne peut que conseiller de le lire, aussi bien par les fans de longue date que les nouveaux venus.

Rendez-vous le 16 avril prochain pour le troisième tome qui contiendra les épisodes Batman #101 à #105, Batman Annual #5 et Punchline #1, soit sept chapitres au total. On y découvrira le mystérieux Ghost-Maker et probablement qui a conçu la nouvelle armure spéciale de Batman (qu’il n’a pas encore endossée, à moins que ce soit pour Justice League – Endless Winter, prévu en rayon au même moment ?). Pour avoir parcouru en VO ce troisième opus, on va perdre un peu en maestria graphique et en intérêt (MàJ 2021 : mais ça reste encore globalement bon — cf. critique en ligne).

Dans tous les cas « mini-histoire » auto-contenue dans les deux premiers tomes est (largement) suffisante pour avoir un récit de qualité avec un début, un milieu et une fin. On conseille donc les deux premiers volets de Joker War quoiqu’il arrive (sans obligation d’acheter la suite) !

[A propos]
Publié le 26 février 2021 chez Urban Comics.

Scénario : James Tynion IV (+ collectif additionnel)
Dessin : Jorge Jimenez, Guillem March, Mikel Janin (+ collectif additionnel)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : Tomeu Morey, Jordie Bellaire, Fco Plascencia (+ collectif additionnel)

Traduction : Jérôme Wicky (et Xavier Hanart)
Lettrage : MAKMA (Sarah Grassart et Stephan Boschat)

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Batman : Joker War – Tome 1

Se déroulant après la très longue série Batman Rebirth (12 tomes), Joker War se veut accessible (il l’est) et relançant l’univers du Chevalier Noir avec plusieurs nouvelles bases inédites (détaillées dans la critique). Pas besoin de se farcir les tomes de Rebirth pour profiter de cette nouvelle « guerre » mais un rappel d’informations est nécessaire, habilement évoquées en avant-propos par l’auteur James Tynion IV, qui succède à Tom King et Scott Snyder (tout en ayant été un de leur complice par le passé). Critique.

[Résumé de l’éditeur]
À présent que la ville de Gotham est libérée du joug de Bane, Batman et Catwoman ont décidé de s’associer pour rendre la justice dans la ville déchue. Mais une affaire ancienne qui a impliqué la féline cambrioleuse et les plus grands ennemis du Chevalier Noir menace de refaire surface quand le Designer, un super-vilain oublié, fait sa réapparition. Selina va devoir faire un choix entre ses anciennes et ses nouvelles relations.

[Histoire]
Dans un passé plus ou moins proche puis de nos jours, Batman combat quatre mercenaires redoutables : Cheshire, Merlyn, Mr Teeth et Gunsmith. Le Chevalier Noir les « retrouve » ensuite sous l’égide du terrible Deathstroke. Que prépare le fameux Slade Wilson ?

En parallèle, Catwoman, le Pingouin et le Sphinx reprennent contact pour évoquer un mystérieux souvenir incluant le Joker et un certain « Designer ».

Alternant les affrontements et les enquêtes, Batman ne comprend pas où veulent en venir ses ennemis, tous se jouent de lui et restent énigmatique quant à leur objectif.

Le Clown Prince du Crime se cache pourtant derrière ces nouvelles manipulations, aidé par Punchline, sa nouvelle compagne. Le Joker connaît en effet l’identité du justicier de Gotham et compte bien en profiter !

[Critique]
Coup de cœur ! C’est réjouissant de débuter (enfin !) une « nouvelle » aventure du Chevalier Noir avec autant d’intérêt et d’aisance. D’entrée de jeu, on sait que Joker War s’annonce différent de bon nombre de productions récentes (à la qualité variable). En effet, le comic-book propose de multiples nouveautés à tous points de vue. Ainsi, quatre personnages ont été conçus : Mr Teeth (alias Mr Dentition — sic) et Gunsmith, deux mercenaires (peu mis en avant pour l’instant) travaillant avec Deathstroke, le Designer, énigmatique homme de l’ombre tirant certaines ficelles et, surtout, Punchline, la nouvelle muse du Joker qui succède donc à Harley Quinn — celle-ci étant fraîchement émancipée de son Clown (dans à peu près tous les médiums où elle apparaît : comics, films, série animée…).

Lucius Fox remplace Alfred au rôle d’équipier à distance (avec de jolies mentions à l’ancien majordome, des moments qu’on peut qualifier de « deuil » par petites touches, particulièrement réussis). Bullock supplante Gordon (sur la touche lui aussi mais à cause du Batman Qui Rit — cf. le tome Les Infectés). Néanmoins aucune complication pour comprendre l’ensemble, qu’on soit novice ou non.

Certes le récit est assez dense avec foule de personnages mais si on est familier, même un peu, avec l’univers de Batman on s’y retrouve sans trop de problème. Une mention à Doom War est évoquée mais n’a aucune incidence sur la trame narrative globale. Un nouveau véhicule est également de la partie, le Nigthclimber, variante du Batplane et un gadget inédit de Fox permet aussi « l’appropriation » d’automobiles donnant l’illusion d’une Batmobile. L’enjeu scénaristique est lui aussi novateur : le Joker connaît l’identité de Batman et s’attaque à voler la fortune de… Bruce Wayne !

Résumons : d’un côté Batman, épaulé par Catwoman et Lucius, d’un autre les pions du Joker : sa compagne Punchline, Deathstroke et quatre autres mercenaires. Le Pingouin et Nygma gravitent également autour de ces protagonistes. Il semble que ces deux ennemis emblématiques cachent un lourd secret avec deux autres vilains habituels : le Joker, à nouveau, et… Catwoman ! Ils parlent d’un autre antagoniste : l’énigmatique Designer.

De l’aventure, de l’action, des mystères, une touche émouvante par-ci par-là, voilà un livre qui réussit le tour de force de séduire le lectorat habituel tout autant que les néophytes et qui devrait raviver la passion chez les fans du Chevalier Noir qui avaient du mal à s’y retrouver depuis quelques années (les égarements « grandiloquents » et teintés de SF/fantastiques dans la saga Metal, la romance décousue et parfois ennuyante de l’ère Rebirth, le manque de « prise de risque » mais aussi de « renouveau », etc.).

Dans Joker War, Batman se retrouve (presque) seul, quasiment à l’ancienne, face à une galerie de vilains charismatiques, un nouveau jeu de piste qui n’est pas sans rappeler la première saison en quatre volumes de Batman Eternal (qu’on conseille grandement) sur laquelle opérait déjà James Tynion IV. En somme, la bande dessinée est un nouveau départ réussi !

Tout n’est peut-être pas parfait mais on peut aisément fermer les yeux sur les défauts mineurs. Les premières pages de présentation des mercenaires par exemple ne sont pas forcément les plus palpitantes (d’autant qu’ils ne sont pas très bien exploités au long de la fiction, à l’exception d’un(e) — peut-être davantage par la suite) mais l’écriture presque soutenue sort du lot et on prend plaisir à parcourir les pages. Malgré les différents dessinateurs (voir ci-après) on trouve une homogénéité graphique notable et plaisante. Les origines de Punchline (en illustration en fin de cet article) ont été publiées dans le recueil des Joker 80 ans qui est sorti à peu près en même, ce qui est un peu dommage aussi (mais heureusement elles sont proposées dans le deuxième tome de Joker War !).

Du reste, difficile de s’épancher (on aimerait bien mais freinons nous) sans gâcher le plaisir de la découverte ! Entre la froideur et l’intelligence d’un Deathstroke, la complicité entre Harley et Catwoman (et les allusions au nouveau statu quo presque traîtresse de cette dernière), l’intensité des duels verbaux et physiques de Punchline et Harley… il y a vraiment beaucoup d’éléments appréciables, servis dans un mélange des genres très bien équilibré (drame, romance, mystère, aventure, action, légère science-fiction, soupçon de fantastique, etc.). On apprécie aussi les figures féminines parfois sexy mais sans tomber dans un sexisme primaire dont souffrait parfois Rebirth. L’écriture de tous les personnages est relativement soignée, fluide et palpitante.

Pour les passionnés, le tome est construit ainsi dans sa version française. D’abord quatre prologues issus de Batman Secret Files #3 : Cheshire dans Ne retiens pas ton souffle (scénario : Vita Ayala, dessin : Andie Tong), Merlyn dans Prédateurs (Phillip Kennedy Johnson / Victor Ibanez), Mr Teeth dans Muet (Mariko Tamaki / Riley Rossmo) et Gunsmith dans Qui a peur de l’Amérique ? (Dan Watters / John Paul Leon — vu récemment dans Créature de la nuit). Viennent ensuite les chapitres de la série Batman (toujours ère Rebirth depuis 2016) du #86 au #94 (sobrement intitulés Chapitre 1 à 10 contre Dark Design en VO), avec donc James Tynion IV au scénario et principalement aux dessins Tony S. Daniel, Guillem March et surtout Jorge Jimenez, tous trois livrant de superbes planches, des traits fins, un découpage dynamique, des plans épiques, tous servis par les colorisations sublimes de Tomeu Morey, Alejandro Sanchez, Jordie Bellaire et Fco Plascencia. Des noms qui parleront aux familiers de l’industrie et qui sont des « valeurs sûres » pour des productions mainstream de ce genre.

En synthèse, Joker War rejoint la liste des coups de cœur du site, le guide des comics Batman « par où commencer » mais aussi le haut du panier des meilleures nouveautés 2020 presque indispensables (avec Harleen notamment). Il est aussi une porte d’entrée pour les nouveaux venus, cela se faisait rare depuis plusieurs années, c’est donc une bonne chose !

[A propos]
Publié le 18 septembre 2020 chez Urban Comics.

Scénario : James Tynion IV (+ collectif additionnel)
Dessin : Tony S. Daniel, Guillem March, Jorge Jimenez, Carlo Pagulayan, Ragael Albuquerque (+ collectif additionnel)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : Tomeu Morey, Alejandro Sanchez, Jordie Bellaire, Fco Plascencia

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sabine Maddin et Stephan Boschat)

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Justice League : No Justice

Après les évènements dans Batman Metal, plusieurs « suites » (lisibles indépendamment) sont à découvrir. La série dérivée Le Batman Qui Rit mais aussi ce one-shot, No Justice, dont deux nouvelles séries en découlent : New Justice et Justice League Dark (Rebirth). Que vaut ce volume unique qui « remanie » la fameuse Ligue ?

[Résumé de l’éditeur]
Après la destruction du mur cosmique de la Source, Brainiac attaque une fois de plus Metropolis et force la Ligue de Justice à trouver de nouveaux alliés pour le contrer. Son but ? Les préparer à affronter les Titans Oméga : des entités représentant les énergies qui régissent l’univers tels le Merveilleux, la Sagesse, le Mystère et l’Entropie. Chacune des entités tient à reverser les autres afin de devenir la seule puissance régentant la création.

[Histoire]
Brainiac
, un ennemi de Superman extrêmement intelligent, est sur Terre. Mais il ne vient pas pour combattre la Ligue de Justice « classique », il vient les chercher pour l’aider à détruire quatre frères. Quatre Dieux cosmiques surpuissants. Les Titans Oméga. Chacun incarnant l’une des énergies fondamentales de la vie. L’Entropie, la Sagesse, le Merveilleux et le Mystère. Ces frères considèrent les univers comme un jardin géant, un terrain de jeu où ils plantent leurs graines cosmiques. Comme les super-héros ont brisé le Mur Source de la frontière du Multivers connu (dans Batman Metal), les Titans Oméga sont de retour pour voir quelle énergie, donc quel Dieu cosmique entre eux quatre, l’emporterait sur les autres. Comme l’a résumé Aquaman : « notre univers est comme un aquarium qu’on aurait vidé dans l’océan. Nous sommes un banc de poissons rouges qui tente de lutter contre les requins…« 

Sur Colu, la planète de Brainiac, ce dernier a conçu quatre équipes, incluant aussi bien les justiciers de la Terre que certains de leurs ennemis, pour combattre les Titans. Brainiac les « force » à coopérer et sauver Colu car s’ils perdent, la prochaine planète victime des Titans sera la Terre. Ainsi, quatre nouvelles « League » émergent.

L’Escadron Entropie est composée de Batman, Lobo, Deathstroke, Lex Luthor et Changelin (Garfield Logan, le métamorphe des Teen Titans). L’Escadron Mystère de Superman, Starfire, le Limier Martien, Starro et Sinestro. L’Escadron Merveilleux regroupe Wonder Woman, Zatanna, Dr Fate, Raven et Etrigan. Enfin, l’Escadron Sagesse combine Flash, Cyborg, Robin, Atom et Harley Quinn.

Intelligence, puissance, magie et vitesse se dressent donc sur Colu pour sauver la Terre. Sur cette dernière, Green Arrow et Supergirl veillent… De son côté Amanda Waller prépare la Force Spéciale XI, composée des télépathes les plus puissants du monde (qu’elle a enlevé dans Justice League vs. Suicide Squad — un comic très « blockbuster sympathique », critique prochainement en ligne) pour pirater Brainiac une bonne fois pour toute.

[Critique]
No Justice se divise en quatre chapitre et un cinquième en marge (DC Nation #0) qui a été incorporé en ouverture de l’ouvrage. Ce qui… gâche un peu le suspense et les compositions inédites des équipes puisqu’elles sont dévoilées immédiatement durant ce flash-forward (une séquence censée se dérouler plus tard dans l’histoire). Néanmoins le comic se lit bien et rapidement (moins de 150 pages au total) et reste hyper accessible, aussi bien pour ceux qui n’ont pas lu Batman Metal (il n’y a vraiment pas besoin), que pour les fans dédiés à Batman uniquement ou pour ceux qui s’aventureraient chez DC (même si, clairement, vu la palette très large de personnages, c’est peut-être ardu si on n’en connait pas beaucoup).

D’ailleurs, si cette galerie de protagonistes est séduisante, quelques étrangetés sont à constater : Aquaman n’est pas sélectionné par exemple mais Harley Quinn et Robin (Damian Wayne) oui… Et tous les autres super-héros sont dans un coma causé par Brainiac, une solution un peu facile pour justifier l’injustifiable… D’autres points sont à déplorer.

Le récit est faussement épique. Le périple commun des héros et antagonistes assure de bons moments dans son second acte mais tombe à plat dans son dernier (l’affrontement avec les Titans — de simples figurants presque — n’a pas vraiment lieu). La résolution à coup d’arbres magiques est un peu facile et expéditive.

L’ensemble est également faussement révolutionnaire. Cette aventure commune va « simplement » générer de nouvelles ligues qui seront à découvrir dans trois autres séries (dont deux disponibles en France)  : une Justice League repensée malgré une composition somme toute convenue (Le Limier Martien en leader puis Batman, Superman, Flash, Green Lantern (John Stewart) et Hawk Girl, ainsi que Wonder Woman, Cyborg et Aquaman aux débuts — à lire dans New Justice), une Justice League « Dark » (Wonder Woman, Zatanna, Swamp Thing, Bobo/Detective Chimp et Man-Bat — dans Justice League Dark Rebirth) la Légion Fatale (dirigée par Lex Luthor, avec Sinestro, Grodd, Black Manta, Cheetah et le Joker). Une autre équipe, inédite en VF, est à découvrir dans Justice League Odyssey (Cyborg, Starfire, Green Lantern (Jessica Cruz), Darkseid (!) et Azrael).

Malgré ces faiblesses (nombreuses), le récit fonctionne quand même assez bien. Grâce au matériel inédit (ces rapprochements surréalistes, avec un humour certain, dans le duo entre Lobo et Changelin par exemple) et au côté « mainstream » assumé de l’œuvre. Beaucoup d’action, beaucoup de couleurs. On est en terrain connu et conquis pour les fans pas forcément trop exigeants. Le rythme est bon, les échanges aussi, tout se lit aisément, à l’inverse des récits récents de Snyder, toujours trop bavard, confus et inutilement compliqué. En lisant tous ses events à la suite, ce No Justice apparaît comme une bouffée d’air frais ! Il est ici accompagné de ses fidèles acolytes James Tynion IV et Joshua Williamson, peut-être responsable de cette fluidité narrative bienvenu.

Par ailleurs, une certaine place est accordée au Limier Martien, à Starro et à Cyborg. Un aspect bienvenu (Cyborg était déjà mis en avant dans le dernier volume de Batman Metal) qui redonne une position forte au Limier Martien, très très en retrait (voire inexistant) dans beaucoup de productions récentes DC. Ce come-back ravira les fans.

Le véritable atout de la bande dessinée réside dans sa partie graphique. À tous niveaux : les dessins de Francis Manapul (déjà à l’œuvre sur l’agréable Batman – Anarky) et la colorisation très vive, tour à tour chaude et froide, spectaculaire, sublime. Les découpages sont dynamiques, sans temps mort (couplé à la narration fluide) et de nombreux dessins s’étalent sur un format horizontal, donc en double page. Un vrai régal !

Malheureusement, les dessins du troisième chapitres sont partagés entre Riley Rossmo et Marcus To. L’un des deux (Rossmo visiblement) gâche complètement le travail de ses confrères avec des visages difformes et hideux ainsi que des corps aux proportions grotesques (surtout chez Wonder Woman, cf. images ci-après). Un véritable loupé qui n’est que sur quelques planches mais c’est fort dommage…

Des couvertures alternatives ferment le comic en bonus, on regrette qu’il n’y ait pas les dessins d’ébauches des teams et de leur couleur prédominante des costumes (pourtant bien présentes dans l’édition américaine). Les collectionneurs auraient appréciés aussi une sorte de jacquette/couverture réversible pouvant proposer quatre magnifiques couvertures (une par Escadron — visibles en toute fin et qui peuvent être de jolis fonds d’écran, servez-vous !), mais cela aurait gonflé le prix relativement faible (15,50€), pas de quoi chipoter donc.

No Justice n’est donc ni révolutionnaire, ni indispensable mais plaisant et rapide à lire comme un blockbuster sympathique, aux dessins agréables et aux nombreuses couleurs vives pour une histoire inédite mais un peu convenue.

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 8 mars 2019

Contient Justice League : No Justice #1-4 et DC Nation #0

Scénario : Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Williamson
Dessin : Francis Manapul, Jorge Jimenez, Riley Rossmo et Marcus To
Encrage : Hi-Fi et Alejandro Sanchez

Traduction : Edmond Tourriol
Lettrage : Stephan Boschat et Cyril Bouquet (Studio MAKMA)

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