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Batman Dark Patterns – Affaire #4 : L’enfant de feu

Dernier tome de la série Dark Patterns qui, sans surprise, voit se connecter les trois anciennes « affaires » dans une conclusion globalement satisfaisante. Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Suite à l’apparition d’un mystérieux pyromane en ville, il semble évident que les récents événements qui ont enflammés Gotham et épuisé à petit feu le Chevalier Noir n’étaient pas le fruit du hasard. Et aujourd’hui, son sinistre projet entre dans sa phase finale. Il ne faudra plus que quelques braises pour que l’enfant de feu mène son grand œuvre à ses fins… et réduise la ville en cendres.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Les trois derniers chapitres (#10-12) sont enfin disponibles pour conclure la série Dark Patterns, qui remettait Batman au cœur de son ADN : un simple détective et justicier, sans ses alliés (à part Alfred et Gordon), sans gadgets de science-fiction, plongé dans Gotham (et la Bat-Cave) pour aider les plus démunis. Les trois précédents opus étaient chacun centrés sur un nouvel ennemi (qualifions les plutôt « d’une nouvelle forme d’antagonisme ») qui ont un écho essentiel dans L’enfant de feu – même s’ils ne sont pas montrés directement. Il fallait s’en douter : le rare fil rouge plus ou moins maintenu depuis le début trouve aussi un dénouement cohérent (et malheureusement assez prévisible). Difficile d’en dévoiler davantage sans divulgâcher une certaine immersion, passez au paragraphe après le suivant si jamais.

Effectivement, dès le premier volet de Dark Patterns, L’Homme Blessé, Batman échangeait avec deux nouveaux personnages. D’un côté, un médecin légiste (Dr Sereika), qui était beaucoup trop louche pour être réglo et en même temps ne pouvait pas être un vilain car cela aurait été trop évident. D’un autre côté, un journaliste indépendant (Nicky Harris), qui s’avère bien être un méchant (comme esquissé dans le troisième tome (Paréidolie). Harris était connecté aux différentes affaires précédentes où des incendies étaient toujours liés (majoritairement dans la deuxième, La Tour aux Mille Voix).

Et qui dit incendie, dit… Firefly. De quoi offrir à ce criminel de seconde zone une aura plus angoissante qu’à l’accoutumé, dans le cadre de la fiction où il doit aider Gordon à identifier l’autre pyromane qui sévit dans Gotham City. Toutes les pièces du puzzle se regroupent donc avec une certaine satisfaction de voir l’ensemble se relier et converger vers un final marquant mais, hélas, un peu abrupt. C’est l’un des rares défauts de ce dernier volume. Les deux malfrats identifiés (Firefly et le second pyromane donc) se retrouvent dans une fin plutôt ouverte (dont on imagine plusieurs suites possibles mais qui reste frustrante comme rien est montré) et, surtout, il manque une conversation entre Bruce et Alfred.

En effet, un moment fort du récit est simplement un échange tendu mais touchant entre le milliardaire blessé et son majordome bienveillant. Ce dernier somme son maître de se reposer, dans une discussion marquante et très efficace. Comme toujours, Wayne n’en fait qu’à sa tête et reprend son costume – et sa santé fragile n’aura pas d’impact sur la suite. On attendait le discours de réconciliation ou de remontrances qui semblait légitime mais il ne viendra pas. C’est peut-être un détail pour le lectorat mais, ici, on trouve que c’était l’une des scènes les plus humaines et intenses de la bande dessinée (tous volets inclus), à laquelle une prolongation aurait été la bienvenue.

Comme toujours, le style graphique d’Hayden Sherman (couplé à la colorisation de Tríona Tree Farrell) sert à merveille les Dark Patterns (voir critiques précédentes des Affaires #1, #2 et #3). On apprécie dans cette ultime salve le costume ignifugé malaisant avec sa tête de poupée – peut-être trop rapidement enlevé et perdant de son inquiétante étrangeté d’entrée de jeu. Que dire de plus ? Qu’on espère sincèrement une réédition intégrale dans les deux ou trois prochaines années car débourser 64 € au total pour 12 chapitres (soit 264 pages uniquement pour la BD en elle-même – hors bonus, pages de présentation, etc.) , ça pique… surtout quand dès le début du projet on savait qu’il y aurait uniquement ces 12 épisodes ! Comme déjà dit à de nombreuses reprises sur ce site, ce n’est pas tant une histoire de ratio entre le prix et le nombre de pages mais la qualité du récit, le temps de lecture et la comparaison avec les offres de l’éditeur [1].

En synthèse, si vos finances le permettent, la série Dark Patterns vaut clairement le coup, elle montre un Chevalier Noir à hauteur d’homme, face à de nouveaux protagonistes ou peu familiers, avec une forme de mélancolie et donne le meilleur d’elle-même en offrant un regard inédit sur des « petites gens », sans pour autant oublier sa mythologie de l’homme chauve-souris. L’auteur Dan Watters a signé un titre pas forcément « culte » mais très plaisant, suffisamment singulier pour être remarqué et qui saura perdurer dans le temps sans aucun problème. À défaut de pouvoir tout acheter maintenant au prix fort, il y a de grandes chances qu’une compilation intégrale ou, au pire, une version de poche (Nomad) sorte dans les prochaines années [1] – et rejoindra les coups de cœur du site. À suivre !

[1] Prenons deux exemples récents d’Urban Comics : DC KO Tome 2 et 3 (mai et juin 2026). C’est leur première édition, donc il faut payer la traduction, le lettrage, la maquette et ainsi de suite. L’un s’étale sur 288 pages, l’autre sur 264. Les deux coûtent 25 €, ce qui – théoriquement – devrait être le prix de Dark Patterns s’il avait été publié en intégralité d’entrée de jeu. Ce choix de segmenter la fiction en quatre petits comics est compréhensible d’un point de vue marketing (même s’il peut écorner l’image de l’éditeur) mais le titre n’est pas non plus un chef-d’œuvre qui mérite de débourser autant. Gageons qu’une éventuelle réédition au même format avoisinera ce prix de 25 € ou, encore bien plus tard, qu’il y aura une ressortie au format poche (collection Nomad) qui sera – là aussi théoriquement et en se basant sur les prix équivalent de la collection – à 10,90 €.

Encore une fois, le problème n’est pas forcément d’avoir un récit complet d’une soixantaine de pages qui coûte une quinzaine d’euros (ça a toujours été le cas – dès Killing Joke par exemple) mais de choisir d’en proposer plusieurs qui font partie de la même série à ce prix, au lieu de les regrouper. C’est d’autant plus discutable pour les Dark Patterns car dès le départ on savait qu’il y aurait douze épisodes (et c’était déjà la même chose/le même débat pour les One Bad Day). Mais bon, si ça se vend, pas de raisons que l’éditeur arrête cette formule…

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 21 août 2016.
Contient : Batman: Dark Patterns #10-12
Nombre de pages : 80

Scénario : Dan Watters
Dessin & encrage : Hayden Sherman
Couleur : Tríona Tree Farrell

Traduction : Basile Beguerie
Lettrage : Makma (Gaël Legeard)

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