Archives par mot-clé : Daniel Warren Johnson

Absolute Batman – Tome 02 : Abomination

Après un premier tome convaincant et ambitieux, Absolute Batman se poursuit avec Abomination, confrontant le Chevalier Noir à Freeze (Jr.) puis à Bane. Un récit ultra-violent qui redistribue les cartes de cette mythologie déjà remaniée. À ne pas manquer !

(Comme pour le premier tome, ce second bénéficie d’une couverture inédite
vendue uniquement dans les enseignes Pulp’s Comics.)

[Résumé de l’éditeur]
Bruce Wayne enquête sur le mystérieux site connu sous le nom d’Arche M, et confronte sans le vouloir ses amis face à des dangers qui les dépassent tous – Batman compris. Que se passe-t-il dans ce terrifiant complexe qui cache en son cœur des créatures toutes plus monstrueuses les unes que les autres ? Et qui est Bane, le mystérieux colosse chargé de veiller sur les plus noirs secrets de l’Arche ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Encore une belle réussite de Scott Snyder pour cette série décidément acclamée (par les lecteurs et la critique dite « professionnelle ») et dont le succès commercial (aux États-Unis ET en France) est spectaculaire. Chez nous, le premier opus s’est écoulé en 2025 autour de 20.000 exemplaires, le hissant 4ème des meilleures ventes de comics (cf. article de Comicsblog.fr) – 3ème si on enlève « l’anomalie » Watership Down (non estampillé – dans un premier temps – comics, comprendre bande dessinée américaine/états-unienne).

Les autres titres de la gamme Absolute ne sont pas en reste : Superman en 7ème position, Wonder Woman (qu’on recommande chaudement !) en 10ème, Martian Manhunter en 20ème (malgré sa sortie au 21 novembre dernier !) et Flash en 24ème (idem). Les cinq séries DC Absolute d’Urban Comics occupent donc le Top 25 ! À voir si l’exploit se renouvèle en 2026 (il se murmure un chiffre de 4.000 exemplaires vendus durant les trois premiers jours de la sortie de ce deuxième tome d’Absolute Batman début février !) et si la dernière arrivée Green Lantern se vend également très bien (sortie le 13 février 2026). Mais revenons au comic !

Dans Abomination, le Chevalier Noir va « rejouer » son célèbre affrontement face à Bane (reprenant plus ou moins celui de Knightfall) dans une version modernisée, incroyablement violente et déstabilisante. Ce deuxième tome se décompose d’ailleurs en trois arcs : Zéro Absolu (Absolute Batman #7-8), dessiné par Marcos Martin, Abomination (épisodes #9-14) par Nick Dragotta (et un chapitre par Clay Mann) et le premier annual (sans titre), écrit et dessiné respectivement par Daniel Warren Johnson (pour la première histoire), James Harren pour la seconde (Sanctuary en VO, non traduit en VF) et Meredith McClaren pour le bonus des deux dernières planches (Let’s Learn about Bats ! / Instruisons-nous avec la chauve-souris !).

Zéro Absolu montre, sans surprise, la version Absolute de Mr. Freeze : il ne s’agit pas de Victor Fries mais de… son fils ! Ce dernier se transforme en créature difforme et puissante. L’échange peut paraître « anecdotique » (toutes proportions gardées) mais place quelques pions verbalement : les docteurs Strange, Isley (Poison Ivy) et Crane (L’Épouvantail) sont bien déjà présents dans cet univers (et semblent être des antagonistes). On note aussi une mention à Gueule d’Argile (Clayface en VO, une précision importante dans le cas présent). Mais le cœur de l’ouvrage, auquel il donne son titre, est bien (l’)Abomination. Bane en est une, surgonflée au Venin, il est une monstruosité absolu(t)e dans un mystérieux centre de recherche, gérée par la Dr. Arkham avec, à sa tête dans l’ombre, le mystérieux Joker (teasé en fin du premier opus).

La raison de l’acharnement de Bane est plutôt cohérente par rapport à ce qui est montré (les tests du sujet 27 – Wayne, forcément) même si on ne saisit pas encore l’intégralité du plan de ses supérieurs. Passez au paragraphe suivant pour éviter les révélations. La violence de l’ensemble prend une autre dimension quand Bane s’en prend aux trois amis de Bruce : Eddie, Harvey et Ozzy. Sans en dévoiler davantage, l’on peut se demander si la brutalité infligée à ces trois personnes ne sera pas l’élément déclencheur d’une bascule définitive du mauvais côté ? N’oublions pas que l’entièreté de l’entourage amical du justicier est au courant de sa double-identité (à la surprise générale en début d’ouvrage) ! De quoi redistribuer habilement les cartes de cette dimension si singulière

On apprécie aussi la vague relecture de la relation entre Selina et Bruce et la présence de Martha (vivante dans cet univers), inquiète pour son fils. Cette impression de naviguer dans un univers à la fois familier mais différent, à la fois habituel mais original, est décidément la grande force des titres. On a très hâte de voir la relecture du Joker – qui ne semble pas très excentrique de prime abord du peu qu’il est croqué ici, vivement la suite !

L’écriture de Scott Snyder est sans filtre (quel dommage que les insultes ne soient pas écrit en toutes lettres), on peut lui reprocher une alternance entre passé et présent un peu trop prédominante au risque de casser une certaine immersion et un rythme haletant – principalement le match de boxe et l’amitié entre Waylon et Bruce – mais c’est pour chipoter. Le lot d’improbabilités est toujours élevé : Bruce Wayne presque nu et attaché qui se libère et a immédiatement son costume de Batman (!), le même jeune homme qui cache une aiguille dans sa bouche (!!), qui manipule son urine et ses excréments pour créer un liquide acide (!!!)… Bref. On perçoit encore quelques mystères, certains assumés (comment Waylon est devenu un crocodile géant – et semble pouvoir se transformer en humain tout de même), d’autres ambigus (Nygma  a l’air de rester un allié de Bruce, Dent assume le détester « de moitié », Oswald ne s’est pas encore prononcé sur le sujet). Une fois de plus : hâte de découvrir ce que nous prépare le scénariste !

C’est sans compter sur les dessins de Nick Dragotta, majoritairement à l’œuvre sur cet opus, qui confère à Bane sa stature effrayante, dans des pleines planches parfois incroyables (voir la fin de cette page pour les plus belles). Pas grand chose à dire sur le reste, la colorisation (de multiples artistes – cf. rubrique À propos plus bas – mais principalement par Frank Martin) ou le découpage qui accompagnent brillamment les textes. Comme dit plus haut, Marcos Martin s’occupe des deux épisodes autour de Freeze, reprenant les characters designs des personnages de Dragotta, pas d’incohérences visuelles donc malgré une patte différente, un brin plus arty, moins mainstream. Les fans du style de Daniel Warren Johnson y trouveront aussi leur compte. Le dessinateur de Do a Power Bomb et, entre autres, Jurassic League, (l’excellent) Transformers, livre un épilogue/prologue agréable et sympathique, là aussi accentuant la robustesse de cet Absolute Batman et enrichissant son lore.

Le troisième opus sortira le 25 septembre. Le Joker y sera mis en avant avec l’artiste Jock pour l’occasion. Mais avant cela… un premier petit crossover est à découvrir dans DC Absolute Collector 2026 en noir et blanc. Qu’est-ce que c’est ? Tout simplement une édition au format souple du collectif de libraires Comics Shops Assemble (voir explications en bas de l’index des titres en noir et blanc) qui contient Absolute Evil #1 (un one-shot) puis Absolute Wonder Woman #15 et Absolute Batman #16, montrant les deux justiciers en enfer (où réside Diana) pour aider Waylon Jones ! Ces épisodes seront bien ensuite dans les tomes des séries régulières – selon ComicsBlog (donc à minima pour Batman et Wonder Woman). Disponible depuis le 10 avril 2026 pour 9,90 €. Rappelons que l’an dernier, une publication similaire avait été proposée pour faire découvrir l’univers Absolute en avant-première.

Par ailleurs, fin février 2026, DC Comics a annoncé un premier event dans une nouvelle mini-série dédiée mais qui resterait extrêmement accessible et indépendante. Pas vraiment un crossover donc ? La publication est prévue d’ici la fin de l’année et sera écrite par Jason Aaron, qui signe actuellement Absolute Superman. Au passage, aux USA il y aura la sortie de deux nouvelles mini-séries en six chapitres : Absolute Green Arrow (qui théoriquement fait suite au Absolute Evil évoqué plus haut) et Absolute Catwoman. Vu le succès de l’ensemble de cet univers, aucun doute qu’Urban les proposera chez nous !

  

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 13 février 2026.
Contient : Absolute Batman #7-14 + Annual #1
Nombre de pages : 248

Scénario : Scott Snyder, Daniel Warren Johnson, James Harren, Meredith McClaren
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Marcos Mrtin, Clay Mann, Daniel Warren Johnson, James HArren, Meredith McClaren
Couleur : Frank Martin, Muntsa Vicente, IVan Plascencia, Mike Spicer, Dave Stewart, Meredith McClaren

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard et Lorine Roy)

Acheter sur amazon.frAbsolute Batman – Tome 02 : Abomination (25 €)

Jurassic League

Et si la Justice League avait vécu au temps de la préhistoire ? Et si les super-héros étaient des… dinosaures ? C’est le concept original et amusant du récit complet Jurassice League ! Malgré cette idée singulière, on reste un peu sur notre faim… Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
L’histoire est connue : un nourrisson échappe à la destruction de sa planète natale et atterri sur Terre pour être élevé par des parents humains. Une déesse d’une cité perdue défend la vérité. Un théropode revêt un costume de chauve-souris pour semer la terreur dans le cœur des méchants. Cette trinité héroïque, ainsi qu’une Ligue d’autres dinosaures surpuissants, unissent leurs forces pour sauver une Terre préhistorique des sinistres machinations de Darkyloseid… Attends… quoi ? Ok, peut-être que vous ne connaissez pas l’histoire. Alors soyez témoin d’une toute nouvelle aventure plus ancienne que le temps, et découvrez la Ligue de Justice comme vous ne l’avez jamais vue auparavant !

[Début de l’histoire]
À Grognetham City, Batsaure poursuit un redoutable prédateur, Jokerzard. Ailleurs, Aquanyx affronte Blackmantasaurus.

À Metrrrrrrrahpolis, Supersaure aide les humains dont ses parent adoptifs. Dans l’ombre, Giganta et Brontozarro s’apprête à déchainer leur rage pour servir leur mystérieux maître…

Sur l’île de Trimyscira, Wonderdon s’apprête à rejoindre ces atypiques acolytes…

[Critique]
Le ton est donné avec le titre, la couverture, le résumé : Jurassic League est un bon gros délire qui imagine une Justice League composée de… dinosaures ! Si l’idée est séduisante, le développement laisse un peu à désirer. En effet, les deux auteurs Juan Gedeon (également aux dessins – on y reviendra) et Daniel Warren Johnson ne se foulent pas et reprennent une structure très convenue en interchangeant banalement l’époque et les protagonistes. On a du mal à croire que l’écriture résulte de deux personnes tant une seule suffisait pour pondre quelque chose d’aussi « simpliste » mais pourquoi pas…

Ainsi, l’on assiste prosaïquement à la rencontre entre les membres de l’équipe (Batsaure/Batman, Supersaure/Superman, etc.) et quelques ennemis (le bestiaire iconique de différents antagonistes est bien là) puis une confrontation contre un célèbre vilain de DC Comics (à découvrir tout en bas de cette critique pour ceux qui souhaitent savoir). Un parcours sommaire qui va droit au but et qu’on aurait aimé plus détaillé ou subtil mais ça passe quand même.

En six épisodes, Gedeon et Warren Johnson ne s’encombrent donc guère d’une complexité d’écriture ou d’un traitement très fouillé sur leurs créatures, ce qui est fort dommage mais peut-être volontaire pour tenter de drainer un nouveau lectorat curieux de la chose. S’il y a d’autres opus dans cet univers, on sera moins indulgent sur ce point, accordons une sorte de bénéfice du doute pour ce premier jet. Il y a heureusement quelques moments drôles, on songe par exemple au Batsaure affublé d’un jeune humain qu’il ne comprend pas et lui hurle – littérallement – dessus, à plusieurs reprises ! Mais le côté bourrin sans réflexion a du mal à fonctionner sur toute la durée (120 pages environ).

Dans l’ensemble, il faut donc s’attendre à des dialogues plutôt communs et de nombreux combats plus ou moins épiques, c’est là aussi une semi-déception. Les décors sont assez pauvres, les dinosaures parfois peu détaillés mais (encore une fois), ça reste une Jurassic League, il y a un côté cool dans tous les cas ! Flashraptor et Green Torch sont aussi de la partie mais nettement plus en retrait (et parlent entre eux comme des « bro », aussi bien VO qu’en VF – la traduction est d’ailleurs assurée par l’ami Cédric Calas, alias el famoso Commis des Comics – si vous avez vécu dans une grotte et ne le connaissez pas, on vous conseille évidemment de le suivre !), tout comme Aquanyx. La narration se concentre essentiellement sur Supersaure puis Batsaure, l’esprit d’équipe est vaguement présent mais met du temps à se mettre en place.

Juan Gedeon illustre cinq chapitres sur six. Cet artiste argentin est passé par les deux célèbres écuries US des comics ; en vrac Venom, Spider-Man, Miss Marvel côté Marvel, Teen Titans, Doom Patrol et quelques segments de la saga Batman Metal (sur le Multivers Noir notamment) côté DC. Ses traits sont efficaces et aérés, permettant une bonne fluidité dans les séquences d’action qu’il parvient à rendre assez dynamiques (malgré les fonds de case parfois un peu vides comme évoqué plus haut).

Hélas, son remplaçant Rafa Garrés sur un épisode livre un rendu nettement différent, ultra saturé de traits gras et épais, au style « arty » décousu, presque indépendant – et parfois franchement très « laid » (malgré toute la subjectivité que cela implique), cf. image ci-dessous. Un manque d’homogénéité graphique flagrant qui gâche un peu l’ensemble de l’ouvrage mais, heureusement, ça ne dure que le temps de quelques planches. Cette cassure radicale est clairement moins lisible et appréciable que le reste du livre.

On aurait aimé que Daniel Warren Johnson passe lui aussi aux pinceaux mais il se contente de co-écrire l’histoire avec Juan Gedeon. Warren Johnson avait dessiné de remarquables titres comme Wonder Woman – Dead Earth, Beta Ray Bill (tous deux écrit par lui) ou The Ghost Fleet (avec Donny Cates).  Sa dernière création, Do a powerbomb, sera disponible le 23 juin chez nous. À noter que c’est son collaborateur de longue date Mike Spicer qui affaire à la colorisation, richement variée et plaisante pour une aventure de ce genre, collant aussi bien aux stéréotypes des justiciers habituels sans trop dénaturer la condition préhistorique de l’ensemble.

En synthèse, Jurassic League est sympathique sans être transcendant. Une lecture « divertissante » sans prise de tête. Vu le concept, il y a/avait probablement mieux à produire (tant dans l’écriture que les dessins), espérons un autre volume plus abouti sur ces points après ce départ mi-figue mi-raison mais qui reste un fantasme WTF amusant sur le moment. Pour 10 € on aurait fermé les yeux et foncé, pour 17 € c’est plus délicat… À feuilleter impérativement avant l’achat en toute connaissance de cause : ce n’est pas l’écriture qui prime ici mais plutôt le concept général et son interprétation visuel (et, évidemment, faut aimer les dinos) !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 5 mai 2023.
Contient : Jurassic League #1-6

Scénario : Juan Gedeon et Daniel Warren Johnson
Dessin : Juan Gedeon, Rafa Garrés et Jon Mikel
Couleur : Mike Spicer

Traduction : Cédric Calas
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard, Sarah Grassart, Coralline Charrier et Sephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Jurassic League (17 €)