Après un premier volume très efficace, la conclusion de Batman & Robin Année Un est disponible ! Pour l’occasion, Urban Comics renoue avec le même soin (dos toilé, etc.) et propose une intégrale en noir et blanc aussi. Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Alors que Bruce Wayne vient officiellement d’adopter l’orphelin Dick Grayson qu’il forme comme son acolyte, un mystérieux nouveau patron du crime appelé le Général tente de s’approprier les rues de Gotham en annihilant la mafia locale… À la recherche de réponses, Batman et Robin vont devoir mener l’enquête mais aussi gérer les deux aspects de leur relation en tant que père et fils et duo dynamique !

[Critique]
En dissociant en deux opus ce qui aurait pu être un bel ouvrage complet dès sa première commercialisation (depuis le début du projet il était prévu une maxi-série en douze épisodes), Urban Comics a probablement gagné son pari risqué. Pour cause : l’intégrale sort finalement d’abord en noir et blanc (avec une légère polémique sur le choix de couverture dont on reparle tout en bas de cette critique), preuve que le succès fut au rendez-vous et que l’éditeur a confiance en son titre. Pourtant, un second tome se vend normalement toujours moins que le premier ; mais les critiques dithyrambiques du précédent, proposé dans un bel écrin (dos toilé, absence de résumé), auront sans doute raison des bonnes vente de cette suite et fin. Pourtant… force est de constater qu’en lecture « semi-indépendante » (comprendre pas à la suite directe du précédent), cette nouvelle salve est en dessous de l’autre… mais ne gâche pas l’ensemble du titre, heureusement.
Dans ce deuxième volet de Batman & Robin Année Un, on retrouve donc l’ambiance Gothamienne proche de la série animée de 1992. Un Robin/Dick vif et agréable qui effectue son apprentissage avec rigueur et malice, sous l’œil vigilant et bienveillant de Batman/Bruce, accompagné évidemment de l’autre figure paternelle qu’est ce bon vieil Alfred. Comme déjà dit, rien de très nouveau dans les faits mais une formule « simple et efficace » dont on s’accommode aisément tant elle apporte/renoue une forme de légèreté qui manque cruellement à toutes les publications récentes de ces dernières années. Alors, outre cette partie balisée, qu’est-ce qui cloche ?

Il faut se tourner vers les antagonistes pour chipoter sur le scénario de Mark Waid. En utilisant Gueule d’Argile, l’auteur use d’une forme de « facilité narrative » évidente : l’ennemi peut prendre la place de tout le monde et donc usurper l’identité de n’importe qui. Il n’y a donc plus vraiment de suspense ou de complications… Pire : le scénariste créé une multitude de Clayface, conférant donc une armée de transformistes face au dynamique duo. Ce n’est pas désagréable à lire et à suivre mais on perd à la fois en originalité et aussi en certaine « qualité » (Gueule d’Argile est plus impressionnant quand il combat ses propres démons avec une certaine mélancolie plutôt qu’en banal méchant copiant les traits de quiconque). En cela, ce deuxième segment déçoit un petit peu malgré le côté gangster toujours prononcé.
Au-delà du rythme endiablé et la facilité de lecture (un point fort du titre), ce sont les dessins de Chris Samnee qui offrent le meilleur de la fiction. Entre les aventures nocturnes dans une Gotham reconnaissable entre toutes, les différents hommages graphiques qui parsèment la bande dessinée (en premier à Bruce Timm comme évoqué plus haut), les traits élégants et le découpage fluide oscillant entre action et échanges verbaux, il n’y a rien à reprocher à la partie visuelle, au contraire. C’est d’ailleurs peut-être cela qu’il faut garder en tête : Batman & Robin Année Un est avant tout une œuvre parfaite sur « la forme » et peut-être un peu moins sur « le fond » (on préfère les passages éducatifs autour de Robin que les ennemis – c’était plutôt l’inverse dans le tome précédent).

Ne soyons pas trop sévère : aucun doute que la lecture d’une traite de l’ensemble donnerait un avis plus enjoué. Mais pour cela, à défaut d’acheter les deux livres (20 € le premier, 20,50 € le second, l’inflation est passée par là…, soit 40,50 € au total) on préfère attendre une version intégrale en couleur dans une édition aussi soignée que celles déjà proposées. À ce jour (début mai 2026) elle n’a pas été annoncée mais il serait étrange qu’Urban Comics ne le fasse pas dans un ou deux ans – ce qui sera l’occasion de mettre à jour cette critique ! En attendant, il existe une compilation qui regroupe les douze épisodes mais uniquement en noir et blanc (pour 39 €)…
… et, justement, le YouTubeur et libraire Max Faraday s’est indigné sur la « déformation » de la couverture utilisée de cette édition. En effet, il s’agit initialement de celle du second épisode (de Chris Samnee évidemment) qui se voit ici être retouchée de multiples façons. Pour mieux comprendre la démarche décrite textuellement, n’hésitez pas à regarder les illustrations en dessous. D’abord un passage vertical à l’horizontal (afin de profiter d’un effet aussi bien au recto qu’au verso quand on ouvre entièrement le livre, on appelle ça une couverture wraparound). Cela change la dynamique de la position initiale : l’on passe d’une chute assumée (vers la gauche) à une sorte de saut. Ensuite, afin d’avoir les deux justiciers sur la couverture principale, un effet miroir est appliquée… Robin semble ainsi un peu plus en avant que Batman (ce qui n’est pas très grave – mais le « saut » des justiciers va désormais vers la droite). Enfin, pour garder une cohérence de costume, son logo « R » sur sa poitrine de gauche (sur son cœur) a été supprimé (sinon il apparaissait à l’envers en mode miroir ET en plus au mauvais endroit). De même que le bâtiment d’où « tombaient » nos héros est aussi inversé sans que l’on s’en rende vraiment compte si on n’a pas l’information. En synthèse, voici les étapes graphiques obtenues pour ce changement :
1. La couverture initiale puis sans ses ajouts de commercialisation (titres, logos, code barre…)

2. Rotation horizontale puis un « effet miroir »

3. Passage en noir et blanc (sans que ce soit la version encrée faute de l’avoir pour cette démonstration)
Division pour la couverture finale française et suppression du logo de Robin (point rouge)

4. Couverture finale (en attendant une photo de la version réelle étalée)

Alors, est-ce grave ? Oui et non. C’est une proposition visuelle pour être attractif commercialement parlant. Et en cela, le challenge (nous) semble plutôt réussi ! Néanmoins, il est indéniable que ces modifications dénaturent voire changent (radicalement ?) l’illustration initiale et ce qu’elle souhaitait montrer. Le résultat a beau être pertinent, il va plus ou moins « à l’encontre » de la couverture désirée et du travail de Chris Samnee… C’est à lui, l’artiste d’origine, de se manifester sur ce sujet. A-t-il été consulté ? A-t-il un « droit de regard » (et de validation) ? Ou bien DC Comics ? Bref… Sur ce site, on ne trouve pas ça forcément digne d’une polémique mais il nous paraît indispensable de l’expliquer factuellement afin qu’un client potentiel le sache et reste juge de son achat.
[À propos]
Publié chez Urban Comics le 20 février 2026
Contient : Batman & Robin Year One #7-12
Nombre de pages : 152
Scénario : Mark Waid
Dessin & encrage : Chris Samnee
Couleur : Matheus Lopes
Traduction : Yann Graf
Lettrage : Eric Montesinos
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