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Batman Saga – Hors-série #7 : Futures End ! Le Batman de demain !

Explications nécessaires avant d’entamer la lecture.
Ce septième hors-série du magazine Batman Saga propose six chapitres one-shot, dits Futures End #1, de séries en lien avec le Dark Knight comme les classiques Detective Comics, Batman & Robin, Batgirl, etc.

Ces courts récits s’inscrivent cinq ans dans le futur et donnent un aperçu du monde (possible) qui attend les héros. Futures End (Fin des Futures) est également le nom de la série principale dont sont inspirées ces anticipations. En effet, dans le premier tome (sur quatre) de Futures End (prévu le 26 juin 2015 — preview sur le site à venir), Terry Mc Ginnis, le dernier protégé de Bruce Wayne et nouveau Batman, est chargé de revenir trente-cinq années dans le passé, c’est à dire « de nos jours », afin d’éviter la création du satellite Œil. Cette intelligence artificielle, conçue par Mr Terrific et Batman lui-même, a transformé tous les super-héros en cyborg et contrôle presque le monde entier. Seulement, le voyage dans le temps ne se déroule pas comme convenu et Terry/Batman atterri… cinq ans plus tard que prévu.

Batman Saga Hors Serie 7 Futures EndC’est suite à cet évènement que l’éditeur DC Comics a proposé à toutes ces séries un chapitre unique Futures End, se raccrochant directement à la série mère (comme c’est le cas ici avec Batman & Superman et Batman), ou bien proposant une aventure « hors-norme » (Detective Comics) ou encore en respectant également la continuité conçue avec la série de base (Batman & Robin, Batgirl, Grayson).

Ce contexte, très particulier, est résumé en ouverture du magazine. Peut-on lire avant la « vraie » série Futures End cet hors-série ? Oui c’est possible, cela annonce le ton que qu’elle devrait avoir. On peut également le lire après, donc plus de deux mois après sa sortie. Ce premier aperçu de la fin des futures est censé donner envie de découvrir la série Futures End. Est-ce le cas ? Pas sûr… Résumés et critiques.

Futures End 01 Batman SupermanFutures End : Batman / Superman #1 – Inachevé
Après une guerre (dont on ne sait rien), Bruce Wayne fait le deuil de son ami Clark Kent, alias Superman. Ce dernier est apparemment mort. Bruce culpabilise et déprime. Il décide d’affronter Metallo, ennemi qui a survécu à une attaque nucléaire.
Un très bon chapitre qui annonce indéniablement des conséquences « épiques » d’une bataille sans précédent. Hélas, on en apprend peu mais on a réellement envie de savoir ce qu’il s’est concrètement passé et ce qu’il va se dérouler ensuite !
[Scénario : Greg Pak / Dessin : Diogenes Neves (p. 5 à 14), Jack Herbert et Vicente Cifuentes (p. 15 à 24) / Couleur : Hi-Fi]

Futures End : Batman #1 – Reste
Batman cherche inlassablement le moyen de conserver son « héritage ». Il ne veut pas que ses compagnons continuent d’être des super-héros défendeurs de Gotham City, il souhaite qu’il y ait un Batman pour toujours… Pour cela il s’infiltre dans l’entreprise de Lex Luthor afin de lui voler un projet secret.
L’histoire, et sa révélation en dernière page, promettent un concept très intéressant et excitant, s’il est respecté bien sûr. Ce chapitre fait écho à l’un des quatre back-up de Detective Comics #27, déjà scénarisé par Scott Snyder (à lire dans Batman Saga #28). Dans celui-ci, intitulé Vingt-Sept, on découvrait dans un futur proche une sorte de boucle temporelle dans laquelle Batman apprenait de son « moi futur » l’infinité de Batman qui sont efficaces pendant vingt-sept ans, avant de devoir en créer de nouveaux. Cet excellent chapitre qui avait un aspect graphique assez original, est donc plus ou moins prolongé dans cette courte histoire. C’est efficace et donne aussi envie d’en savoir plus !
[Scénario : Greg Pak (Intrigue avec Scott Snyder) / Dessin : Aco / Couleur : Fco Plascencia]

Futures End 02 Detective Comics Batman & RobinFutures End : Detective Comics #1 – Anniversaire
Batman fait équipe avec le Riddler pour entrer dans… l’Asile d’Arkham. L’Almanach menace de tuer des otages si on ne lui livre pas la personne qui est responsable de la mort de sa famille.
Un récit atypique, sans relation avec Futures End, dans la droite lignée d’un épilogue de L’An Zéro. Rien d’exceptionnel en soi, le Riddler ne correspond pas vraiment au redoutable ennemi intelligent auquel on est habitué, mais le chapitre offre un twist agréable, bien qu’assez prévisible.
[Scénario : Brian Buccellato / Dessin : Scott Hepburn (p. 49 à 54, 56 à 59), Cliff Richards (p. 60 à 68), Fabrizio Fiorentino (p. 55) / Couleur : Brian Buccellato (p. 49 à 59), Lee Loughridge (p. 60 à 68)]

Futures End : Batman & Robin #1 – Frères d’Armes
Batman affronte l’Hérétique, celui-là même qui avait tué Damian Wayne. Il impose à Alfred de ne surtout pas demander de l’aide à nouveau Robin, c’est à dire Duke, le jeune black de banlieue de Gotham City aperçu dans L’An Zéro lorsqu’il était enfant.
Là aussi un chapitre sans réel lien avec Futures End, qui se veut à la fois prolongement du run de Morrison, de L’An Zéro, mais aussi de la série classique Batman & Robin. Mis à part ces connexions, l’ensemble est plus que convenu et prévisible.
[Scénario : Ray Fawkes / Dessin : Dustin Nguyen / Couleur : John Kalisz]

Futures End 03 Batgirl GraysonFutures End : Batgirl #1 – Une âme plus noire
James Gordon Jr. « force à se suicider » le compagnon de sa sœur, Barbara, le jour de son mariage avec celle-ci ! Folle de rage, elle s’isole et renonce à être Batgirl. Elle préfère infiltrer les réseaux de Bane, se rapprocher de lui aussi physiquement parlant, pour enfin l’affronter. Trois de ses amies sont devenues de nouvelles Batgirl à Gotham City.
Une histoire peu convaincante, servie par des dessins grossiers. C’est clairement n’importe quoi et déshonneur complètement le personnage. À noter qu’il s’agit de la dernière prestation de l’auteure Gail Simone sur Batgirl. Difficile de faire pire pour une séparation…
[Scénario : Gail Simone / Dessin : Javier Garron / Couleur : Romulo Fajardo Jr.]

Futures End : Grayson #1 – Un lieu unique pour mourir
L’histoire narrée à l’envers de Grayson, de sa probable mort par pendaison à ses acrobaties accompagnées de ses parents, en passant par l’assassinat d’un criminel après des années d’infiltration dans Spyral.
Prolongement de la série éponyme toute récente (et à découvrir dans Batman Saga), ce Grayson est extrêmement osé. Par sa forme tout d’abord, avec une chronologie inversée, mais aussi par sa double conclusion (le début du chapitre donc). En effet, Dick tue volontairement un ennemi avant d’être lui-même pendu (même si le récit sous-entendu qu’il connaît une astuce pour s’en sortir vivant). Une histoire originale donc, qui a le mérite de proposer quelque-chose de neuf mais qui pourra déplaire aux fans du personnage et à ceux qui respectent l’éternel « moral » des super-héros et sa loi numéro un : on ne tue pas.
[Scénario : Tom King (Intrigue avec Tim Seeley) / Dessin : Stephen Mooney / Couleur : Jeromy Cox]

Futures End(Couverture originale de Futures End #0, l’introduction à la série
—qui aurait méritée d’être présente dans le magazine—
et qui servira de couverture pour le premier tome,
en vente dès le 26 juin prochaine.
)

Conclusion
Cet hors-série est donc de qualité inégale et suscite davantage d’interrogations —notamment à travers les séries Batman/Superman et Batman— qu’autre chose. Ce qui, commercialement parlant, est une réussite puisqu’elle donne envie de découvrir la série Futures End.
La version abîmée de Batman et le look d’Alfred, barbichette et style moins coincé, offrent des perspectives judicieuses, aussi bien en terme de graphisme évidemment, mais surtout de scénario, mais seront-elles respectées ? Ces innovations ne servent pour l’instant pas à grand chose. Les aperçus du futur sont assez pessimistes, l’univers du Dark Knight est par conséquent relativement cohérent.
Toutefois, exceptés les deux premiers récits, et éventuellement le dernier, l’ensemble reste assez anecdotique et plutôt convenu (soit plus de la moitié du magazine quand même). Faut-il pour autant passer à côté ? À priori non, ne serait-ce pour les deux premiers chapitres comme déjà dit. Seulement, si la série Futures End n’y renvoie pas de façon intelligente ou si celle-ci est plus que moyenne, cet hors-série n’aura guère d’intérêt.
Une preview du premier tome de Futures End, va être prochainement mise en ligne, ce qui permettra d’avoir un autre œil sur ce Batman Saga HS #7 ; qui sera donc mis à jour dans la foulée.

Aller plus loin
• Si cet aperçu du « futur » vous a convaincu, il est évidemment conseillé de lire la série Futures End, dont le premier tome (sur quatre), sortira fin juin (voir ci-dessous).
• Pour se familiariser avec le principal héros de Futures End, Terry Mc Ginnis, on peut le découvrir dans le premier tome de Batman Beyond, Le Retour de Silence, en vente depuis début mai. Suite à la création de ce personnage un dessin animé (Batman : La Relève), le héros bénéficia de plusieurs séries en comics dès 1999. Chacune s’intitulant Batman Beyond vol. 1 à 6. Ce sont les « vol. 3 et 4 » qui sont proposés dans le premier tome en France (qui offrent un ton plus adulte que les précédents).
Tout ceci est parfaitement résumé dans un article sur le site de l’éditeur. La critique sera en ligne prochainement.

Les autres one-shot Futures End et la série éponyme en France
L’éditeur Urban Comics a peu communiqué, pour l’instant, sur le reste des publications. Ce qui est sûr :
– La série Futures End sera publié en quatre tomes. Le premier sort le 26 juin 2015. Il comprendra les douze premiers chapitres (la série en aura quarante-huit au total), précédé par le chapitre zéro, qui sert d’introduction.
– Sur les trente-neuf séries de DC Comics ayant eu droit à un chapitre one-shot Futures End #1, six d’entre elles ont été publiées en France dans ce septième hors-série de Batman.
Futures End : Catwoman #1 sera dans le cinquième tome de la série Catwoman, qui sortira le 3 juillet 2015.
Futures End : Green Arrow #1 sera dans le troisième tome de la série Green Arrow, qui sortira le 16 octobre 2015.
– Aucune autre information sur d’éventuelles publications. On peut supposer que celles d’Aquaman ou la Justice League par exemple seront dans les tomes de leurs séries respectives (comme c’est le cas pour Catwoman et Green Arrow).
– Concernant l’univers de Batman, quatre autres séries ont eu droit à un chapitre : Batwoman, Harley Queen, Batwing et Red Hood & the Outlaws. Les deux premières seront certainement dans les tomes de leurs séries respectives, les deux dernières ne seront sans doute pas publié en France.

En savoir plus
Bien que chaque chapitre porte l’appellation #1, il s’agit bien de chapitres uniques qui n’auront pas de suite directe (mais indirectement à découvrir dans la série principale Futures End très certainement). Aux États-Unis, chaque couverture (cf. les illustrations de cet article) comportaient la mention one-shot avec le #1. Elles étaient également en 3D.

Batgirl – Année Un

Comics Batman 08 Batgirl Annee Un[Histoire]
Barbara Gordon
, fille du célèbre commissaire, souhaite mener une double-vie. Entre un père protecteur et une société la prenant pour une « simple jeune fille fragile », elle doit faire ses preuves.

Entraînement d’arts martiaux, création du premier costume et… apparition dans un bal masqué de la police ! C’est durant celui-ci que Killer Moth décide de kidnapper Bruce Wayne. Les premiers pas de Batgirl débutent alors et l’héroïne rousse commence à se faire une petite réputation.

Batman et Robin lui proposent alors certaines épreuves pour savoir si elle est apte à devenir une justicière dans Gotham City. Par ailleurs, James Gordon suspecte l’activité nocturne de sa fille, et un nouveau criminel enflamme tout sur son passage : Firefly.

Batgirl Année Un[Critique]
À l’instar de Robin – Année Un, cet ouvrage sur la sympathique Barbara Gordon est à posséder pour connaître les débuts de cette alliée féminine. Scénarisé par le même binôme, Scott Beatty et Chuck Dixon, et moins sombre que les premiers pas du jeune prodige, cette histoire, en neuf chapitres, est très prenante. On y retrouve deux ennemis : Killer Moth (que Robin affrontait déjà, rapidement, dans son propre comic), un criminel de bas étage relativement pathétique, mais surtout Firefly, complètement fou et beaucoup plus dangereux. Pas d’ennemis plus « connus » de l’univers de Batman ici, et ce n’est pas plus mal.

Batgirl Killer Moth FireflyAinsi, le récit se concentre évidemment sur Barbara/Batgirl —dont le nom d’héroïne provient de… Killer Moth ; la belle rousse aurait préféré Batwoman. La première version de son costume était un costume original pour le bal masqué !— qui est aussi la narratrice. On a donc l’impression de lire un peu son journal intime. En plus de l’évolution d’héroïne (les erreurs, la relation avec Robin et Batman), il y a son parcours d’adolescente, tout simplement.

« Personne ne sait de quoi demain sera fait.
À part un oracle peut-être. » Batgirl

Barbara vit seule avec son père protecteur (étonnant d’ailleurs de voir Gordon si présent dans son foyer !), qui suspecte l’activité nocturne de sa fille. La colocation entre les deux découle sur des scènes originales, peu vues dans des comics sur Batman. Premiers flirts aussi pour Barbara, entre Jason Bard, collègue du paternel (qui a droit à une version revisitée dans Batman Eternal) et bien sûr Robin. Tous ces ingrédients fournissent une intrigue plutôt convenue et prévisible mais dont l’ensemble se lit avec grand plaisir. D’autant plus que peu d’ouvrages sur Batgirl sont disponibles en France.

Batgirl Barbara Gordon Annee UnLes dessins de Marcos Martin (qui officiait sur le dernier chapitre de Robin – Année Un) sont adeptes de la ligne claire, proposant ainsi un style cartoony voire enfantin, mais qui contrastent avec certains passages violents. Le découpage en peu de cases, six par planches maximum, accompagné d’une colorisation relativement vive et chaude permet d’offrir à Batgirl – Année Un une signature graphique et une cohérence visuelle impeccable. Comme d’habitude, c’est évidemment un style qui peut déplaire mais qui confère une légèreté presque obligatoire dans l’univers très sombre de Batman.

À lire en parallèle de Robin – Année Un, tant on a l’impression que les deux histoires bénéficient de peu d’écart temporel, et pour découvrir les origines de ces deux alliés, très bien écrites à quatre mains par les mêmes auteurs. L’édition propose un petit sketchbook de différents croquis préparatoires.

Batgirl Annee Un Robin Alfred[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 6 février 2015.
Titre original : Batgirl : Year One
Scénario : Scott Beatty et Chuck Dixon
Dessin : Marcos Martin
Couleur : Javier Rodriguez
Encrage : Alvaro Lopez
Lettrage : Calix-Ltée, Île Maurice
Traduction : Mathieu Auverdin

Première publication originale en 2004.

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Batgirl Year One Anne Un

The Dark Knight Strikes Again

Page récapitulative du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns, qui a révolutionné aussi bien la mythologie de Batman que celle des comics. The Dark Knight Strikes Again, chroniqué ci-dessous, en est la suite directe.

The Dark Knight Strikes Again[Histoire]
Trois ans après la mort supposée de Bruce Wayne/Batman (son identité fut révélée à tout le monde), Carrie Kelly seize ans, ancienne partenaire, qui reprenait le nom de Robin, travaille pour lui en secret. Devenue Catgirl, la jeune fille rassemble, avec l’aide de son armée de BatMen, d’anciens membres de la Ligue de Justice, comme Atom, Flash ou Plastic Man, disparus ou étrangement séquestrés par le gouvernement.

En effet, le règne politique, proche d’une dictature, est aux mains d’un faux président (une image numérique d’un homme montrée aux citoyens) démasqué par Jimmy Olsen . La véritable personne derrière ce faux président est Lex Luthor, épaulé de Brainiac. Ils gardaient donc prisonniers certains anciens super-héros pour mieux les contrôler.

C’est pour renverser cet état totalitaire que Batman cherche à retrouver ses alliés, mais aussi pour trouver la force d’affronter Superman, qui est toujours au service des États-Unis, donc indirectement de Luthor. Le Dark Knight, encore plus nihiliste et brutal, ne peut s’empêcher de constater le déclin des habitants de sa ville, à travers la télévision notamment : un monde superficiel, une perte d’intelligence et de culture, un attrait pour le sexe et les people, etc.

DK 2 Batman Catgirl[Critique]
Difficile d’égaler une œuvre comme The Dark Knight Returns en terme de scénario. Cette suite est indigne du travail que Frank Miller opéra sur le premier opus (et par extension sur Année Un). Il prévient dans la préface que suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, son histoire prend un tournant davantage pessimiste en milieu d’ouvrage (il était en pleine création au moment de l’effondrement du World Trade Center). Cette allusion est effectivement bien visible, à travers la ville en ruine de Metropolis notamment, même si la raison de la catastrophe reste assez confuse, et avec la tournure radicale du discours politique qui se tend à la fin du livre. Même si Batman prévient que « ils ne sont pas là pour semer le chaos et l’anarchie mais mettre fin au règne des criminels ». Cette explication, maladroite, est censée justifier un duel très manichéen et sommaire entre le gouvernement (le grand méchant) et les justiciers (qui ont raison et sont gentils). Outre cet aspect extrêmement réducteur (surtout comparé au précédent volume), le personnage du Chevalier Noir a lui aussi été remanié. Si son aspect radical dans The Dark Knight Returns séduisait, il devient ici un « gros bourrin assoiffé de violence »…

DK 2 CatgirlBatman n’est, de toute façon, qu’un personnage assez en retrait dans cette histoire (ce qui n’est pas forcément un reproche, en revanche des connaissances sur l’univers DC Comics sont requises). Il n’apparaît qu’à la fin du premier chapitre (sur trois, et de loin le meilleur), et les suivants se concentrent principalement sur Carrie, Superman, les anciens membres de la Ligue de Justice et sur les (trop nombreux) témoignages de citoyens. Cet enchevêtrement régulier d’avis vient, encore une fois, casser un certain rythme. L’extrémité des propos, dans le sens où la plupart du monde devient idiot, ne parvient pas vraiment à accorder une voie crédible à l’œuvre. Même si l’afflux des journalistes, de la télévision et d’Internet dépeignent une population s’accaparant à la paresse, au pouvoir de l’image et, en gros, à la débilité profonde (encore une fois, un message que confirme Miller dans sa préface, et qu’il soutenait avoir déjà fait dans The Dark Knight Returns, certes mais en plus subtil !) ne sont pas forcément une mauvaise idée (la société actuelle ne peut que le confirmer), ça passe difficilement comme propos car on a l’impression que le lecteur est, lui-aussi, pris pour un idiot.

Autre élément critique de ce Strikes Agains, et pas des moindres : la partie graphique, qui est totalement bâclée (comme en témoignent les illustrations de cet article). Miller reprend son crayon mais il aurait dû s’abstenir. La pauvreté des décors, se réduisant souvent à un simple fond coloré, conférant des espaces vides un peu partout et les traits carrés (style propre à l’artiste qui fait normalement « son charme ») mais qui sont ici plus grossiers encore qu’à l’accoutumée et donnent l’impression de voir des brouillons encrés et… c’est tout (Miller est seul, sans Klaus Johnson à l’encrage cette fois). Même les visages des civils passants à la télévision sont proches du guignolesque. Certaines cases sont carrément dignes d’avoir été dessinées par des enfants en école primaire. S’il n’y avait pas eu TDKR auparavant, on aurait pu trouver dans ceci une sorte de touche abstraite, un côté expérimental, indépendant, loin des conventions graphiques d’usage, pourquoi pas, et encore ça ne justifierait pas tout, mais ici rien n’est peaufiné, tout est trop vulgaire.

DK2 Superman Wonder Woman(Six pages successives qui piquent les yeux… Cliquez pour agrandir.)

La plupart des planches sont très chaudement colorées, rien à voir avec Returns. Lynn Varley (qui officie à nouveau avec Miller), propose des ambiances que l’ont peut qualifier de « pop et flashy », voire d’un délire complètement psychédélique (là aussi ce n’est pas un forcément un reproche en soi). C’est d’ailleurs sous cet angle qu’il faut peut-être envisager ce comic. À ne pas prendre au sérieux, à lire comme une grosse blague. Malheureusement, le discours de Miller, explicite dans sa préface, implicite dans son œuvre, prouve que le récit est on ne peut plus « important et sérieux ». Pourtant, en caressant l’idée que l’auteur se moque totalement de sa création, la remplit des clichés (qu’il voulait sûrement dénoncer), se la joue provoc’ (sic) et fait un doigt d’honneur à la bien-pensance, on pourrait tenter de l’excuser. Dénoncer la bêtise humaine en la dessinant et en l’extrapolant, pourquoi pas… Mais quand bien même, ça ne passe car c’est tout simplement mal réalisé ; indigeste.

Il est compliqué de trouver des arguments pour défendre cet opus, tant la laideur des dessins va et vient, et que son scénario est à des années lumières du tome précédent. Par ailleurs, le psyché de certains personnages est une insulte à leur création : Superman, faible au possible, Wonder Woman, niaise et ridicule, faire-valoir sexuelle de l’Homme d’Acier (sexisme ?), et même Dick Grayson, pour des raisons à découvrir en fin d’ouvrage. D’autres ne sont guère compréhensibles : La Question, Plastic Man, Le Limier Martien… On est obligé de se forcer à lire un ramassis de clichés (qui pourtant partait d’une idée de départ plutôt bonne) pour connaître l’issue du dernier chapitre. Sans surprise, le ton général est assez douteux ; les thèmes sous-jacents politisés sont sommaires, la caricature grossière anti-Amérique ne fait pas mouche.

DK 2 Batman SupermanCette suite a le mérite d’exister et d’être publiée (sous une couverture extrêmement vendeuse mais un poil « mensongère» ), car, selon certains avis récoltés sur la Toile, elle plaît par son audace. On peut donc la qualifier d’objet insolite à découvrir… en n’oubliant pas qu’il s’agit surtout d’un développement extrême des personnages de l’univers DC, croqués sous une forme primaire et colorés de façon punk. De cette façon, The Dark Knight Strikes Again sera peut-être plus agréable à lire pour certains.

Un troisième et ultime tome est prévu pour l’automne 2015 :  The Dark Knight III – The Master Race (premier tome sur quatre à priori, car il y a huit chapitres prévus, en France le 4 mars 2016). Ce dernier sera co-scénarisé avec Brian Azzarello et Klaus Janson encrera à nouveau cette histoire, cette fois dessinée par Andy Kubert. L’édition d’Urban Comics propose beaucoup de croquis préparatoires, quelques visuels et photos de figurines, ainsi que la préface de l’auteur. La première édition contient un DVD et un Blu-Ray de The Dark Knight Returns2ème partie (la suite de l’adaptation en film de TDKR, et non pas celle de TDKSA). La seconde, dispensée de ses galettes bonus, sera en vente le 4 mars 2016, en même temps que le premier tome de TDKIII.

Pour trouver un futur hypothétique dans lequel officient à nouveau Superman, Batman et les autres membres de la Ligue de Justice il vaut mieux (re)lire le magnifique Kingdom Come, de Mark Waid et Alex Ross.

MàJ : un point de vue différent est à lire dans cet article, qui donnera peut-être envie d’une nouvelle lecture, voire d’une redécouverte complète.

DK 2 Catgirl Carrie[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 1er mars 2013.
Titre original : The Dark Knight Strikes Again
Scénario et dessin : Frank Miller
Couleur : Lynn Varley
Lettrage : Studio Makma
Traduction : Nicole Duclos

Première publication originale en 2002.
Également sorti en France en 2002 en trois volumes chez Comics USA sous le titre DK2, deux ans plus tard en un seul, toujours chez le même éditeur.
En 2009, Panini Comics publie une version Absolute (format géant) de The Dark Knight Returns accompagnée de cette suite, intitulée alors Dark Knight : La Relève.

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