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Joker Infinite – Tome 1 : La chasse au clown

Juste après Joker War et en marge de Batman Infinite, Joker Infinite s’intéresse à la traque du célèbre Clown Prince du Crime par James Gordon, commanditée par une mystérieuse personne. Une chasse étonnante qui prolonge également le célèbre… Killing Joke ! Coup de cœur et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Si les trajectoires de Batman et du Joker sont intimement liées, il en va de même pour toutes les victimes collatérales du clown criminel. Parmi celles-ci, Jim Gordon figure parmi les plus sévèrement traumatisés. Depuis les événements qui paralysèrent sa fille Barbara, l’ex-commissaire reste hanté par la barbarie du Joker. Aussi, lorsque la représentante d’une mystérieuse organisation lui propose d’assassiner le Joker, Gordon y voit l’occasion de faire ce que Batman ne se résoudra jamais à faire et de débarrasser une bon fois pour toute le monde de cet avatar du Mal absolu.

[Histoire]
Pas besoin de détailler davantage en lisant le résumé et les trois premiers paragraphes de la critique ci-après.

[Critique]
James Gordon Infinite, tel aurait pu être le titre de cette nouvelle série. Ne pas se fier à son titre ni à sa couverture (un choix audacieux néanmoins), tant ce premier tome met en avant et suit uniquement Gordon. Mais c’est une qualité ! En effet, une bande dessinée avec le Joker en personnage principal est toujours un projet risqué, mieux vaut le laisser vadrouiller en second plan et le faire apparaître aux bons moments plutôt que le placer en continue sur le devant de la scène. C’est donc ce qui se passe dans La chasse au clown, qui poursuit complètement la fin de Joker War, puisque le criminel prenait la fuite, éborgné, sans qu’on sache ce qu’il advienne de lui.

Si la gamme Infinite n’est pas forcément un relaunch (suite au titre DC Infinite Frontier – non chroniqué), elle n’opère aucun changement majeur pour Batman Infinite (déjà suite directe de Joker War) ni ce Joker Infinite (sobrement intitulé en VO The Joker d’ailleurs). Pas besoin donc de pré-requis pour entamer la lecture (connaître Joker War est un plus, éventuellement le premier tome de Batman Infinite, mais rien d’obligatoire) ; il faut en revanche avoir Killing Joke en tête !

Quand on propose à Gordon de tuer une bonne foi pour toute le Joker, l’ancien policier hésite. Sa décision n’est pas arrêtée au cours de la traque qu’il accepte. Si l’on pouvait imaginer une sorte de course poursuite « classique », il n’en est rien ici puisque James Tynion IV fait voyager ses protagonistes un peu partout (dont en France !). Il continue de créer de nouveaux personnages et d’utiliser quelques valeurs sûres (ici Barbara – dont le père lui dévoile qu’il est au courant de sa double identité, de quoi relancer l’intrigue avec un angle novateur).

Le scénariste joue sur l’attentat provoqué par l’Épouvantail et imputé au Joker (cf. Batman Infinité – Tome 1) pour ajouter de nouveaux ennemis au Clown Prince du Crime. Ainsi, trois factions se détachent du lot. La première par le prisme de Cressida, la belle femme qui embauche Gordon – on découvre assez tôt qui est derrière elle et cela renoue avec une mythologie de l’univers de l’homme chauve-souris moyennement exploitée jusqu’ici – on a donc hâte de voir son évolution, passez au paragraphe suivant si vous ne voulez pas savoir. Fin du chapitre deux, nous découvrons que la Cour des Hiboux cherche à se débarrasser du Joker !

Second groupe à la poursuite du Joker : les aficionados de Santa Prisca voulant manger la mort (apparente) de Bane. Ce dernier semble être mort lors du « Jour A » (l’attaque d’Arkham de Crane) et une autre femme mystérieuse endosse son costume et inhale son venin pour décupler ses forces. Si de prime abord, cette « Lady Bane » (comme l’appelle le Joker) est un peu ridicule, elle n’en demeure pas puissante et intéressante (son échange avec Gordon). Enfin, troisième équipe d’individus traquant le célèbre Clown : les Sampson, une famille du Texas dont l’un des membres est également décédé lors du « Jour A ». Famille plutôt dérangée et brutale, on n’est pas loin d’un hommage (ou une copie) à peine déguisée à celle de Massacre à la tronçonneuse (Texas Chainsaw Massacre) – ce qui sera quasiment confirmé dans le tome 2 de Joker Infinite.

Cette multiplication de personnages – parfois clivants – ne fait jamais de l’ombre à Gordon qui évolue « presque » comme dans Batman – Année Un, comprendre avec son journal intime, ses pensées narrées case après case (les fameuses tours Mazzucchelli sont même évoquées, piochant ainsi dans le nom du dessinateur de Year One). Le titre évoque régulièrement les traumatismes survenus dans Killing Joke, quitte à reprendre quelques cases et planches de cette période. Joker Infinite peut même être considéré comme une suite de ce monument (au même titre que le décrié Trois Jokers).

Le pari est risqué et pourtant, le scénariste livre un excellent travail, original, plein de rebondissements, parfois tendre (la relation James/Barbara – parfaite), parfois sanglant (on retrouve un Joker très dangereux) et palpitant ! Il faut dire qu’en plus du handicap de Barbara, le Joker est responsable de la mort de l’autre enfant de Gordon : James Junior [en revanche, impossible de trouver une source sur le sujet, même l’introduction d’Urban Comics ne précise pas dans quel titre cela a lieu – peut-être Le Batman Qui Rit où il était apparu ? Pas encore eu le temps de relire l’ensemble].

L’auteur peut compter sur Guillem March, en très bonne forme et familier de l’univers DC (Catwoman période Renaissance/New52, quelques épisodes de Batman Rebirth, Batman Eternal ou encore Poison Ivy). March jongle habilement entre le fantasque et l’excentricité des meilleurs comics propre au Chevalier Noir (le look du Joker, des scènes d’action, les visions de cauchemar…) – bien aidé par la colorisation d’Arif Prianto – tout en gardant une patte « réaliste », notamment pour l’enquête de Gordon. Le dessinateur cède sa place le temps d’un chapitre flash-back à Francesco Francavilla (écrit par Tynon et Matthew Rosenberg) et son style pulp nappé de pourpre partout. De quoi renouer avec Sombre Reflet (où apparaissait également Gordon Jr.) et conserver une bonne homogénéité graphique entre le présent et le passé (où le style visuelle de Francavilla, aperçu brièvement aussi sur le second tome d’All Star Batman, tranche radicalement avec celui de March).

Entre les rebondissements peu prévisibles, l’intrigue générale palpitante, la grande galerie de personnages, le rythme haletant, l’originalité de l’ensemble et les coups de crayon sublimes, Joker Infinite remporte l’adhésion sur à peu près tous les points d’un excellent début de comic book. Attention à conserver une qualité si élevée par la suite, garder l’équilibre entre les œuvres cultes du passé (Killing Joke, Année Un…) et celles du présent (Joker War, Batman Infinite…) tout en jonglant entre les genres (dramatiques voire tragiques, action, aventure, humour noir…) avec brio ! Sur ce site, c’est un coup de cœur pour ce premier tome, La chasse au clown.

À noter que Punchline n’apparaît pas (ce sera dans le prochain tome) même si elle est brièvement mentionnée (et orne quasiment toutes les couvertures variantes en galerie à la fin). Son histoire était présente dans les back-ups en VO mais étonnamment pas ici, probablement pour être compilé dans un récit complet à l’occasion… À l’instar des tomes de la gamme Infinite, un guide de lecture centré sur le personnage phare de l’œuvre (ici le Joker même si Gordon mérite tout autant sa place).

[À propos]
Publié par Urban Comics le 25 février 2022. Contient : The Joker #1-6

Scénario : James Tynion IV, Matthew Rosenberg
Dessin & encrage : Guillem March, Francesco Francavilla
Couleur : Arif Prianto, Francesco Francavilla

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sabine Maddin et Stephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Joker Infinite – Tome 1 : La chasse au clown (16€)





Prélude à Joker War et autres récits complémentaires

En France, la saga Joker War a été publiée en librairie dans trois tomes. Mais aux États-Unis, d’autres épisodes se greffaient avec plus ou moins d’intérêt autour de ce crossover. Pour les lire, il faut se tourner vers d’autres séries, proposées soit en librairie, soit en semi-kiosque via Batman Bimestriel (les numéros #11 à #13 notamment). Récapitulatif, explications et critiques.

Tout d’abord, voici commence se décompose la saga en VO. en violet les tomes sortis en librairies, en bleus ceux en kiosque/magazine.

ROAD TO JOKER WAR (Prélude à Joker War)

  • Batman #90-94 : publié dans Joker War – Tome 1 et dans Batman Bimestriel #12 (renommé Le Plan D.)
  • Detective Comics #1022-1024 : publié dans Batman : Detective – Tome 04 : Un cœur hideux et dans Batman Bimestriel #13
  • Nightwing #70-73 : publié dans Batman Bimestriel #12

MAIN STORY (histoire principale)

  • Batman #95–100 : publié dans Joker War – Tome 2 et dans Batman Bimestriel #13 et #14

TIE-INS (récits annexes : pas obligatoires de les lire mais compléments parfois utiles)

  • Batgirl #47–50 : publié dans Batman Bimestriel #13 (sauf le chapitre 50)
  • Catwoman #25–26 : publié dans Batman Bimestriel #13
  • Detective Comics #1025–1027 : publié dans Batman : Detective – Tome 04 : Un cœur hideux (et le chapitre 1027 dans Tome 05 : Briser le miroir) et dans Batman Bimestriel #13
  • Nightwing #74–75 : publié dans Batman Bimestriel #12 (sauf le chapitre 75)
  • Red Hood Outlaws #48 : publié dans Batman Bimestriel #12
  • Batman: The Joker Warzone #1 : publié dans Joker War – Tome 2
  • Harley Quinn #75 publié dans Batman Bimestriel #12

Comme on peut le constater, il reste deux chapitres encore non publiés en France, la plupart des autres se trouvant dans les Batman Bimestriel #12 et #13. Tous ces chapitres n’ont pas encore fait l’objet d’une critique sur le site, difficile donc de savoir si on peut les qualifier d’indispensables ou non dans l’immédiat. Pour les plus complétistes, on peut noter que le prologue de trois pages de Joker War n’est pas inclut dans ce listing (Batman #85 (back-up)), il était proposé en guise d’épilogue dans le douzième et dernier volume de Batman Rebirth (on le trouve également en ouverture dans Batman Bimestriel #11).


Tome 1 : Batman #86-92 + Batman Secret Files #3
Tome 2Batman #95-100, Joker War Zone #1, Joker 100 pages Spectacular
Tome 3 : Batman #101-105, Batman Annual #5, Punchline Special #1

Par contre, on peut se tourner vers les trois tomes actuellement disponibles en librairie afin de découvrir Joker War (incluant une bonne partie de son prélude) et tous chroniqués sur ce site (cliquez sur les couvertures ci-dessus). On rappelle que les deux premiers tomes – qui se suffissent largement à eux-mêmes et forment un récit quasiment complet – remportent l’adhésion et sont un véritable coup de cœur (bien aidés par leur proposition graphique). Le troisième volume se compose de Batman #101-105, Batman Annual #5 et Punchline Special #1, des récits qui n’ont plus grand chose de liés à Joker War

Il est vrai que le choix éditorial d’Urban Comics est un peu étrange, cf. composition ci-dessus. Avoir nommé Joker War cette saga en pensant l’étaler sur plusieurs tomes était risqué puisqu’on savait qu’il s’agissait d’une histoire à peu près terminée avant sa publication. Le premier tome propose ainsi des chapitres introductifs (quatre Batman Secret Files #3 et les épisodes #86 à #89 de la série Batman, qu’on trouve également dans Batman Bimestriel #11) et en quatrième de couverture du troisième tome, il est spécifié « série en cours » (on attend donc légitimement un tome 4). Hors, l’éditeur a depuis précisé en réponse à un commentaire sur Facebook que Joker War était bel et bien terminée en trois volumes… La « suite » (les guillemets sont de mises car il s’agit bien de la continuité de la série Batman mais qui n’a plus du tout de lien avec la fameuse guerre du Joker) sera dans Batman Infinite (tome 1 prévu en janvier 2022), qui proposera donc les épisodes #106 à #111 de la série Batman. Tout le monde arrive à suivre ?

Le lecteur français a de quoi être davantage perdu car, plusieurs mois après la publication des tomes en librairies de Joker War, on peut découvrir dans Batman Bimestriel d’autres récits s’y connectant. Certains étaient déjà connus si on lisait la série Batman : Detective, d’autres sont complètement inédits et leur critique sera disponible sur cet article prochainement. Difficile de savoir s’ils vont être publiés ensuite en librairie, il y aurait moyen de constituer un tome 0 ou un 4 avec ce matériel, il est vrai…

Batman Arkham – Poison Ivy

Pamela Isley, alias Poison Ivy est à l’honneur dans le deuxième opus de la collection Batman Arkham ! La célèbre empoisonneuse (ou éco-terroriste selon les périodes éditoriales) est au centre de onze récits (ainsi qu’une double page et des « fiches signalétiques »), majoritairement issus des années 1990 et 2000 (à l’exception de sa première apparition dans un épisode de 1966), incluant un très long chapitre de soixante-dix pages environ (L’ombre d’un doute). De quoi offrir un bel éventail d’histoires pour cette antagoniste charismatique trop souvent reléguée au second plan. La sélection propose du beau monde côté artistes avec quelques scénaristes connus, comme Neil Gaiman et Paul Dini, mais aussi des dessinateurs de renom comme Guillem March (Catwoman) et Stjepan Šejić (Harleen).

Prenez garde à Poison Ivy !Batman #181 (1966)
Scénario : Robert Kanigher | Dessin : Sheldon Moldoff

Une mystérieuse nouvelle ennemie apparaît à Gotham : Poison Ivy ! Séduisant tous les hommes et usant de produits chimiques pour aveugler ses victimes, elle partage un double objectif. D’un côté, elle veut devenir la criminelle numéro de la ville, pour cela elle doit prendre la place des trois femmes les plus belles et dangereuses du moment : Libellule, Aranéide et Halisidote. D’un autre côté, elle veut « simplement » partager sa vie avec un homme la méritant : elle hésite entre Batman et… Bruce Wayne !

Personnage immédiatement charismatique, Poison Ivy a plus ou moins « mal vieilli » en relisant sa première apparition. Pour coller à l’époque, la bande dessinée est très bavarde, justifiant chaque action de tous les protagonistes, aussi bien en bulle de narration qu’en paroles et dialogues explicites – ce qui est toujours un peu pénible mais conserve tout de même un certain charme. Le propos un brin sexiste fait un peu tâche aujourd’hui… mais les dessins sauvent l’ensemble et puis, c’est historique, c’est la première fois qu’on voit Ivy ! Encore mal définie, il n’est pas question de manipuler la flore pour l’Empoisonneuse – qui mettra des décennies avant d’être entièrement caractérisée, cf. conclusion générale en fin de critique – mais son look « chlorophylle » est déjà présent. On apprécie l’effort de langage soutenu habilement traduit, délicieusement vintage… L’histoire, quant à elle, n’est pas très passionnante mais divertit ; c’est déjà ça.

 

PavaneSecret Origins V2 #36 (1989)
Scénario : Neil Gaiman | Dessin : Mark Buckingham

Un inspecteur doit interroger Poison Ivy, enfermée en prison. Objectif : comprendre qui est l’Empoisonneuse, quelle est sa véritable identité, ses missions, etc. Tous les rapports d’enquête (FBI, CIA, GCPD…) ont des informations contradictoires. Mais l’homme va-t-il résister aux charmes d’Ivy ?

Nettement plus moderne (forcément vu l’année de publication), on se surprend à « suivre » Ivy dans ses récits : sont-ils fictifs ? réels ? exagérés ? Difficile de savoir et c’est ce qui donne un certain charme à cette petite bande dessinée qui tente élégamment de caractérisée Pamela, en proie à une certaine folie. Graphiquement, on n’a pas forcément l’impression de lire un comic book mais presque une œuvre indépendante, on ne croise d’ailleurs aucun super-héros, ni Batman et Robin (seulement le temps de deux ou trois cases en flash-back qui fait écho au segment précédent) ni Green Lantern qui est en couverture avec Ivy pourtant (la première partie de ce Secret Origins #36 lui était consacrée). Bref une seconde entrée en matière efficace.

Effet de SerreLegends of the Dark Knight #42-43 (1993)
Scénario : John Francis Moore | Dessin : P. Craig Russell

Un homme se suicide lors d’une soirée de charité où Bruce Wayne est présent. En enquêtant sur les raisons qui ont poussé la victime à se donner la mort, Batman comprend que Poison Ivy est probablement derrière cet acte. Pourtant, Pamela Isley se déclarait guérie et, malgré, son ancienne idylle avec le Chevalier Noir, elle est peut-être elle aussi manipulée…

Deux chapitres plutôt bien écrits et dessinés servent une histoire un brin convenu, dont les prénoms franco-français de certains personnages (Dominique, Victor…) sonnent un peu « faux » mais on apprécie énormément l’emprise d’Ivy sur Batman, tout en finesse, ajoutant des nuances d’empathie envers l’Empoisonneuse, ou plutôt l’Ensorceleuse, fragile et un peu perdue elle aussi. On regrette juste qu’elle reste en costume civil tout au long des épisodes (à de rares exceptions près sur la fin). Sa relation avec Batman et les tourments de ce derniers sont la force de ce récit, qui prennent le dessus sur les quelques clichés ambulants liés au côté séduction féminine/emprise masculine.

Année UnBatman : Shadow of the Bat Annual #3 (1995)
Scénario : Alan Grant | Dessin : Brian Apthorp

Depuis un an, Bruce Wayne arpente les rues de Gotham City la nuit en tant que Batman. Il commence à bâtir une réputation de justicier dans la ville. Sa route croise celle de Poison Ivy, envoûtante jeune femme à laquelle le milliardaire n’est pas insensible. Qui est-elle ? Comment les hommes tombent-ils, littéralement, sous son charme ?

Probablement LE titre le plus intéressant (jusqu’ici) qui alterne habilement les premiers pas du Chevalier Noir et ceux de l’Empoisonneuse, il manque encore « l’origine de ses pouvoirs », rapidement esquissée le temps d’une ou deux cases mais on la voit (enfin !) en pleine capacité de contrôler les plantes et d’injecter du poison (des champignons poussent sur ses victimes). L’ensemble est brillamment dessinée, explosant parfois en pleine page ou double pages (dont une verticale, cf. illustration en fin de la critique) quelques séquences d’action ou d’intimité. Clairement un titre important qui n’a pas pris une ride ! On apprécie aussi l’humour d’Alfred, l’enthousiasme d’un Bruce Wayne pas encore abîmé ou lassé et quelques allusions sympathiques à Batman, la série animée ou d’autres clins d’œil à la mythologie d’Ivy, comme le trio d’ennemies féminines de sa première apparition réincarné ici en groupe de rock.

La loi de la jungleBatman : Poison Ivy #1 (1997)
Scénario : John Francis Moore | Dessin : Brian Apthorp

Réfugiée sur une île avec la faune et la flore, Poison Ivy jure de se venger quand des mercenaires incendient la nature… À Gotham, Bruce échange avec un de ses amis entrepreneurs créateur de parfum…

Un récit assez long comportant les qualités et défauts de son époque. La proposition graphique peine à satisfaire, faute à une colorisation numérique semi-réussie et des traits assez quelconque. Le titre est très convenu et prévisible – ça fonctionne rarement un « nouveau collègue » de Wayne… – , néanmoins il apporte une évolution non négligeable pour Ivy (sexualisée comme jamais ici) : on se prend d’empathie pour elle puisque ses desseins ne sont pas foncièrement « mauvais », Batman lui-même échange sur le sujet avec sa rivale. Une parenthèse avec Killer Croc, lui aussi sensible à la verdure, se révèle intelligente. L’Empoisonneuse amorce le tournant qui la nuancera davantage que les sempiternelles crimes pour se faire de l’argent, l’approche écologique commence ici. Un chapitre important donc, malgré ses défauts.


Fruit de la PassionThe Batman Chronicles #14 (1997)
Scénario : Andrew Helfer | Dessin : Cully Hamner

Enfermée à Arkham, Ivy conçoit d’étranges créatures mi-animales, mi-florales : des petits rongeurs ressemblant fortement à des plantes… Un des gardiens de l’asile décide d’en offrir à sa fille.

Sans aucune doute l’épisode le moins passionnant, très court (neuf pages) aux dessins un peu « brouillon » et à l’histoire vite expédiée voire confuse… On peut clairement faire l’impasse dessus même si les fans d’Ivy (qui sont là pour lire tout ce qui tourne autour d’elle) seront peut-être satisfaits.

Le PariBatman : Gotham Knights #14 (2001)
Scénario : Paul Dini | Dessin : Ronnie Del Carmen

Enfermées à Arkham, Harley et Poison Ivy se lancent un pari amusement mais un peu risqué : l’empoisonneuse estime que chaque homme du pénitencier peut tomber sous son charme et l’embrasser !

On replonge dans l’univers du dessin animé de Batman puisque Paul Dine signe le scénario, Bruce Timm l’illustration de couverture – les dessins de la bande dessinée sont assurées par Ronnie Del Carmen, qui s’efforce d’approcher du style de Timm avec une certaine réussite. Initialement, ce court récit (huit pages seulement) est paru en noir et blanc dans Batman Black & White mais a été mis en couleur pour l’occasion (on ignore par qui en revanche). L’histoire se déroule quand Harley est encore férocement amoureuse de son poussin. Pour cause, le titre est sorti en avril 2001, bien loin de l’émancipation actuelle de l’ancienne docteur… mais l’histoire est autant centrée sur elle qu’Ivy qui trouve ici une amorce humoristique très bienvenue. À noter qu’Urban avait déjà publié ce segment dans un hors-série de Batman Univers consacré à Harley Quinn.

Entre l’arbre et l’écorceBatman : Gotham Knights #15 (2001)
Scénario : Devin K. Grayson | Dessin : Roger Robinson

Poison Ivy contrôle plusieurs personnes présentes lors d’une soirée caritative visant à préserver les forêts. Parmi les invités : le père de Timothy Drake et sa nouvelle compagne. Batman et Robin arrivent sur les lieux…

Autant tourné vers le troisième Robin – encore à ses débuts visiblement même si le personnage existait depuis une douzaine d’années – que sur l’Empoisonneuse, on retrouve ce qui fonctionne « bien » : Ivy y apparaît radical dans son combat écologique (elle n’hésite pas à tuer) mais ce qu’elle tente de sauver est tout à fait respectable. Son échange avec un Robin jeune mais déjà mature conclut bien cet épisode, visuellement très agréable avec quelques découpages bien sentis et des teintes émeraudes efficaces.

L’ombre d’un douteBatman/Poison Ivy : Cast Shadows #1 (2004)
Scénario : Ann Nocenti | Dessin : John Van Fleet

Tandis qu’Ivy tente une guérison à Arkham, un riche homme d’affaires est en train de faire construire le plus haut gratte-ciel de Gotham City. De quoi masquer le soleil et la lumière… si précieux pour les citoyens et bien sûr pour Pamela.

Épisode très long (près de soixante dix pages), volubile (inutilement au début) mais très prenant, doublé d’une proposition graphique très séduisante et une lisibilité de l’ensemble très « cinématographique ». L’histoire est un peu convenue de prime abord mais bénéficie du capital sympathie d’Isley/Ivy puis de sa relation avec Batman : le duo est efficace et sert le récit avec une certaine pointe de mélancolie (une fois de plus, on comprend les intentions de l’Empoisonneuse, son combat est louable). Les teintes sépias tout le long confèrent une atmosphère anxiogène qui épouse à merveille la fiction, épique quand elle se lâche dans des scènes d’exposition ou d’action, magistralement servie à la fois par des décors proche du photo-réalisme et de la colorisation (a priori effectuée par le dessinateur Van Fleet même si ce n’est pas confirmé). Seuls quelques visages aux traits anguleux et gras cassent un peu « l’ambiance » mais l’identité visuelle de l’ensemble reste un régal.

DéfloréeJoker’s Asylum : Poison Ivy #1 (2008)
Scénario : J. T. Krul| Dessin : Guillem March

Depuis Arkham, le Joker conte une histoire, intitulée Déflorée, revenant sur Poison Ivy : ses origines et son combat actuel.

Rien de neuf sous le soleil de Gotham ici, un condensé de ce qu’on connaît déjà sur Ivy servi par les dessins de Guillem March (la série Catwoman (Renaissance)), donc avec forcément plein de belles jeunes femmes – même si on a connu l’artiste plus inspiré dans le même registre –, les amateurs de jolies courbes seront séduits, les autres y verront un énième sexisme maladroit qui s’était pourtant éloigné de la caractérisation du personnage (est-on obligé de dessiner Pamela/Ivy nue quasiment tout au long de la bande dessinée ?). Reste quelques échanges amusants et un Batman moins habile que d’habitude.

La justicière verteSecret Origins V3 #10 (2015)
Scénario : Christy Marx | Dessin : Stjepan Šejić

Pamela Isley rend visite à une cultivatrice de maïs, voisine malgré elle d’une entreprise versant des produits nocifs sur les récoltes…

Encore une fois un récit « origine » sur Ivy, il y en a clairement un peu trop dans l’ouvrage (on y reviendra en conclusion). Néanmoins, il permet d’apprécier le superbe style de Stjepan Šejić, qu’on retrouvera quelques années plus tard sur le titre Harleen (qu’on recommande), dans lequel intervenait déjà Ivy avec ce nouveau look, encore plus abouti – il est étonnant de ne pas avoir inclut ce segment dans Harleen justement, peut-être parce que le dessinateur-auteur avait prévu toute une histoire sur Ivy avant de l’abandonner…

Les origines de Poison IvyCountdown #37 (2007)
Scénario : Scott Beatty | Dessin : Stéphane Roux

Une ultime double page sur… les origines et l’histoire de Poison Ivy, décidément ! L’intérêt se situe dans les dessins du Français Stéphane Roux et des sagas essentielles conseillées pour explorer d’autres récits sur l’Empoisonneuse (presque identiques entre la VO et la VF). Les archives de la Suicide Squad (vol. 3), Batman – No Man’s Land puis New Gotham, Gotham Girls et Harley & Ivy sont ainsi cités (Paul Dini Présente Batman – Tome 1 également mais en mention par rapport à une connexion textuelle), tous disponibles chez Urban Comics.

Deux « fiches signalétiques » concluent l’ouvrage, chacune composée d’un dessin d’un long texte biographique.

Conclusion générale :

L’avant-propos d’Urban Comics retrace le parcours éditorial d’une figure féminine mal définie durant des années. Créée tardivement (juin 1966, au moment de la diffusion de la série TV à succès), Poison Ivy est assimilée à une séductrice fatale, intelligente et armée d’un « stimulateur de plantes ». C’est durant les années 1980 qu’elle obtient l’identité de Pamela Lillian Isley, dotée de pouvoirs (« phéromones agressives et immunité totale ») avant d’être enfin « réellement » caractérisée dans Batman, la série animée, soit dans les années 1990.

L’approche éco-terroriste misanthrope influence les auteurs de comics tout en nuançant la personnalité d’Ivy : elle aide et sauve certains habitants de Gotham (on pense à la saga No Man’s Land par exemple) ou rejoint Harley Quinn et Catwoman dans diverses aventures. Elle noue une relation tantôt amicale, tantôt amoureuse avec l’ancienne compagne du Joker (on recommande d’ailleurs la série d’animation Harley Quinn pour l’efficacité du duo Ivy/Quinn). Uma Thurman l’a interprétée dans Batman & Robin en 1997 – en allumeuse ridicule.

L’Empoisonneuse mériterait aussi bien une nouvelle adaptation moderne au cinéma (dans une des suites de The Batman ?) qu’une histoire en comics qui « ferait date ». En effet, le combat radical écologique (et féministe) d’Ivy est un puissant écho à l’actualité, on pourrait aisément s’y projeter. Le personnage serait légitime d’avoir ces honneurs et serait redoutablement plausible et fascinant avec cette approche réaliste, surfant sur les enjeux de notre monde moderne et en adéquation avec notre temps. Qui s’y collera ?

À l’instar de Selina Kyle/Catwoman, Pamela Isley/Poison Ivy est donc souvent croquée comme le cliché de « la femme fatale », une séductrice mortelle. L’évolution du personnage est en ce sens passionnante. Subsiste une frustration : ce qu’il s’est déroulé avec le Dr. Woodrue, responsable (tour à tour) de sa peau verdâtre, de son contrôle de la flore, de son immunité au poison tout en pouvant en prodiguer elle-même, etc. Cet évènement est relaté uniquement lors d’une ou deux cases en flash-back sans que l’on voit (et donc sache) vraiment ce qu’il s’est produit…

Par rapport au contenu VO, Urban Comics fait l’impasse sur deux épisodes de 1978, A Kiss of Death Times Three et A Poison of the Heart (World’s Finest Comics #251-252) ainsi qu’un de 1981, A Sweet Kiss of Poison (Batman #1981). Idem pour deux segments plus récents, un sans titre issu de Gotham City Sirens (#8 en 2010) et l’évident The Green Kingdom (Detective Comics #23.1 en 2013, déjà publié en kiosque). Un choix étonnant donc mais qui permet d’être remplacé par cinq autres titres (toute la seconde moitié de l’ouvrage presque) qui sont clairement dans le haut du panier.

En synthèse et sans surprise, Batman Arkham – Poison Ivy est un incontournable pour les amoureux de l’Empoisonneuse. On aimerait encore d’autres titres, plus longs et aboutis, dans d’autres collections (seul un hors-série de l’époque kiosque lui fut consacré). Pour ceux qui n’accrochent pas plus que ça à cette ennemie, il n’est évidemment pas utile de lire cet ouvrage, d’autant qu’on y trouve peu le Chevalier Noir.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 3 décembre 2021.

Scénarios et dessins : collectif (voir critique)
Traduction : Thomas Davier, Xavier Hanart et Jérôme Wicky
Lettrage : Moscow Eye et Makma

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Page de la collection Batman Arkham sur le site.