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Dark Knight III (intégrale)

Après une publication en quatre volumes pour coller au plus près de la sortie aux États-Unis (2016-2017), Urban Comics a, sans surprise, proposé l’intégrale de Dark Knight III en janvier 2019. Ce troisième volet du fameux « Dark Knight Universe de Frank Miller » n’avait pas vraiment convaincu en lecture initiale (donc au rythme des sorties étalées sur deux ans).

Les quatre volumes ont déjà été chroniqués sur le site (cf. Tome 1, Tome 2, Tome 3 et Tome 4) mais que vaut une lecture complète « à la suite » de Dark Knight III ? L’œuvre en sort-elle plus aboutie, plus passionnante ? On se prête au jeu à l’occasion de la sortie de The Dark Knight Returns – The Golden Child (qui est une mini-suite de DKIII).

[Résumé de l’éditeur]
Après avoir remporté une victoire décisive contre le tandem formé par Luthor et Brainiac, Batman disparaît, et Gotham est à nouveau en proie au crime et à la désolation. Mais peu après, la rumeur circule : le Chevalier Noir serait de retour… Au même moment, Lara, la fille de Superman, appelle le scientifique Ray Palmer au secours de la ville-bouteille de Kandor.

[Critique]
On ne va pas trop s’étendre longuement sur cette « nouvelle » critique puisqu’elle existe déjà sous forme de quatre articles, chacun détaillé sur deux chapitres de l’histoire principale et ses deux « appendices », cf. Tome 1, Tome 2, Tome 3 et Tome 4 — une chronique plus longue pour ce dernier volume, qu’on conseille en priorité s’il ne fallait en (re)lire qu’une.

En effet, pour cette intégrale, Urban a repris les épisodes dans l’ordre chronologique proposant ainsi les neuf chapitres de Dark Knight III, chacun entrecoupé d’appendices (des back-ups centrés sur un personnage en particulier), mettant en avant respectivement Atom, Wonder Woman, Green Lantern, Batgirl (et brièvement Aquaman) et Lara puis le trio féminin Batgirl/Lara/Wonder Woman (intitulé World’s Finest), Green Lantern/Hawkman/Hawkgirl (Strange Adventures), Yindel/Bruno (Detective Comics) et Batman/Batwoman & Clark/Lara (Action Comics). L’ensemble s’étale sur 360 pages environ, complémenté d’une petite cinquantaine de pages bonus (résumé, sketchbooks, crayonnées, biographies… — pour les nombreuses couvertures alternatives en couleur il faut se tourner vers ce sublime recueil limité à 2000 exemplaires). Soit un gros pavé de plus de 400 pages.

Andy Kubert dessine le récit principal et Frank Miller s’occupe des appendices (avec Eduardo Risso pour le deuxième). Cela avait longuement été décortiqué : Kubert essaie de rapprocher son style avec celui de Miller à l’époque, en résulte des planches hybrides mal équilibrées mais, heureusement, bien découpées et avec quelques scènes d’anthologie. L’artiste aurait gagné à conserver sa propre patte même si on la perçoit de temps en temps mais on le sent contraint et limité dans ses croquis.

Quant à Miller, ce n’est plus un secret depuis une éternité : il a perdu de sa superbe quand il est aux pinceaux. Des brouillons affreux, plein de couleurs vives plus ou moins justifiées, des figures presque tremblotantes sans décors ou à l’arrière fond uni d’une pauvreté affligeante. Heureusement, au fil de ces chapitres complémentaires, Miller retrouve un peu son talent.

Côté scénario, la lecture « à la suite » est évidemment plus digeste et cohérente. On le rappelle : il est quand même nécessaire d’avoir lu The Dark Knight Returns (évidemment) mais aussi idéalement sa suite décriée (et très inférieure) The Dark Knight Strikes Again. Une des réussites majeures de l’œuvre est son rythme : pas le temps de s’ennuyer, tout se lit très bien et rapidement (l’ensemble est moins dense et plus accessible que TDKR, ce qui n’est pas plus mal).

Seuls les appendices cassent un peu l’immersion du récit principal, corrélées -comme on vient de le voir- à leur pauvreté graphique qui tranche radicalement avec les traits de Kubert. Mais… les dessins de Miller offrent paradoxalement une certaine nostalgie bienvenue pour les fans de l’artiste. Miller, justement, co-écrit avec Brian Azzarello l’ensemble du livre sans réellement savoir « qui fait quoi » : d’un côté on retrouve bien la patte du scénariste et ses thèmes de prédilection, d’un autre côté ils ne sont pas trop difficiles à singer (en bien ou en mauvais) ; délicat donc de trancher si Miller a apporté un vrai surplus à l’écriture ou s’il officiait plutôt comme simple conseiller par exemple. Mais peu importe.

L’équivalent du premier tome (très moyen en lecture indépendante) devient ici une longue introduction semi-efficace qui s’émancipe rapidement (forcément) pour se prolonger dans un récit doublement palpitant jusqu’à la moitié du livre : les menaces sont concrètes, violentes, brutales… et Andy Kubert proposent de jolies planches avec une certaine démesure quant à ses héros déchus, mi-déifiés, mi-sacrifiés (équivalent du second tome donc).

Un affrontement gigantesque, très sanglant, habilement mené par le binôme Superman/Batman et quelques alliés poursuivent le titre (troisième tome), livrant de chouettes scènes d’action, toujours entrecoupées d’appendices gênants, même si Miller s’améliore au fil des épisodes et cela, jusqu’à la fin. Enfin, un autre combat titanesque clôt l’histoire suivie d’une élégante conclusion, plus légère après un cynisme et une violence quasiment perpétuelle (quatrième tome).

Outre les défauts graphiques évoqués (le « style » brouillon et pauvre de Miller sur les appendices, le déséquilibre de Kubert, hésitant entre ses propres traits — précis, fins, détaillés — et ceux de son aîné pour une certaine homogénéité entre les trois volumes), Dark Knight III pêche aussi par le non approfondissement de certains de ses personnages (les ennemis Quar et Baal en tête, complémentés par leur manichéisme primaire, Yindel et quelques figures iconiques de DC comme Flash, Green Lantern et d’autres justiciers relégués à une figuration de luxe – comme en son temps TDKSA qui se focalisait sur des super-héros DC et non Batman en particulier). La menace (kryptonienne) sort un peu de nulle part et fait office de facilité scénaristique.

On retient surtout la belle amitié entre l’homme d’acier et l’homme chauve-souris, plus efficace que jamais, l’exploration d’un univers « culte » modernisé subtilement (mais pas assez), la mise en avant de (nouvelles) héroïnes féminines comme Carrie/Batgirl et Lara (personnage clé de l’œuvre) mais aussi de Wonder Woman, au début et à la fin notamment. Une plongée dans Gotham certes, mais aussi dans l’univers DC au sens large, avec l’accent mis sur la fameuse Trinité et leurs héritières.

Mélange des genres agréable, on oscille entre l’aventure haute en couleur et le récit noir über brutal, l’urbanisme nocturne et la jungle diurne, la science-fiction (un peu) et le fantastique (un peu aussi), l’aventure épique et le drame plus ou moins tragique… Ça passe bien. Le plaisir aussi de constater la cohérence de toutes les intrigues et protagonistes qui se rejoignent ingénieusement (il est fort probable que « tout » était prévu dans la tête des auteurs depuis le début). La conclusion est réussie (c’est rare, il faut le souligner) et ferme efficacement la boucle côté Batman (malgré un statu quo intéressant qu’on aimerait découvrir) tout en la rouvrant aussi bien pour lui que pour Superman. In fine, on a donc l’impression d’esquisser (encore) une nouvelle mythologie du Chevalier Noir qui ne demande qu’à être explorée (à nouveau) tant tout passe trop vite et forme (presque) une introduction gigantesque pour « le monde de demain ».

On conseille donc Dark Knight III, qui gagne en qualité au fil des chapitres et, si on ferme les yeux sur ses problèmes évidents, propose un produit mi-mainstream, mi-indépendant, qui devrait ravir les moins exigeants. Ceux qui s’attendent à un coup de poing cérébral (comme TDKR en son temps) seront déçus, ceux qui cherchaient une narration dense et politique devraient plutôt se tourner vers White Knight. Si ce ne sont pas vos envies premières alors DKIII se lit aisément et avec plaisir.

[A propos]
Publié chez Urban Comics le 25 janvier 2019.

Scénario : Frank Miller et Brian Azzarello
Dessins : Andy Kubert et Brian Azzarello
Encrage : Klaus Janson
Couleur : Brad Anderson et Alex Sinclair

Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

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Batman – Dark Knight III : Les couvertures

Pour la sortie de l’intégrale de Dark Knight III, Urban Comics propose un très bel ouvrage intitulé Batman – Dark Knight III : Les Couvertures. Il est limité à 2.000 exemplaires, coûte 29€ et compile plus de 150 couvertures (qui ont illustrées les différents chapitres de DKIII) dessinées par près de 70 des grands noms de l’industrie : Frank Miller bien sûr, mais aussi Andy Kubert (qui s’occupait justement des dessins du troisième volet), Gabriele Dell’Otto, Gary Frank, Jim Lee, Greg Capullo, Lee Bermeko, Neal Adams, Klaus Janson (célèbre encreur de la saga), Darwyn Cooke, Tony S. Daniel, David Finch, Dave Gibbons, Patrick Gleason, Jae Lee, Sean Murphy, Paul Pope, Ivan Reis, Frank Quitely, Eduardo Risso, Tim Sale, John Romita Jr., Bill Sienkiewicz…

Des croquis de recherches, des crayonnés et couvertures en noir et blanc sont aussi de la partie ainsi que les courtes biographies de chaque artiste. Le célèbre encreur Klaus Janson signe une nouvelle préface inédite.

Le nom de Frank Miller trône fièrement sur le recueil mais un peu « à tort » car c’est une grande galerie de nombreux dessinateurs qui se succèdent. Les couvertures de Miller sont d’ailleurs les moins « réussies » (l’homme a perdu de sa superbe depuis longtemps côté pinceaux). Peu importe, ce beau livre est une petite pépite indispensable pour tous les collectionneurs de comics du Chevalier Noir

Page récapitulative du « Dark Knight Universe » de Frank Miller

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Page récapitulative du « Dark Knight Universe » de Frank Miller

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Dark Knight III – Tome 03

Dark Knight III (en quatre tomes) est le troisième volet du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns et poursuivi avec The Dark Knight Strikes Again.
Page récapitulative | Critique de Dark Knight III – Tome 01 | Tome 02

Batman Dark Knight III Tome 03

[Histoire]
Après l’invasion sur Terre de Quar, le leader sectaire radical de Kantor, qui a mis à genoux Superman, Batman somme Carrie Kelley, sous le costume de Batgril, d’aller chercher Aquaman

Le Roi des Océans et Batgirl (Carrie Kelley) vont essayer de ranimer Superman, immobilisé dans de la matière noire depuis son dernier combat contre sa fille Lara. Celle-ci a rejoint Quar et tous deux, ainsi que leurs soldats Kandoriens, assistent à la chute de Gotham.

De son côté Flash (dont les jambes ont été broyées) demande à Batman s’il peut les « réparer ». Le Chevalier Noir, avec son armée de Bat-Boys, va également tenter de protéger sa ville, en proie aux flammes et au chaos…

DKIII Aquaman

[Critique]
Un troisième tome plus plaisant que les deux précédents, sans temps mort et avec une certaine réussite graphique, malgré les chapitres dessinés par Miller (plus de détails plus loin dans l’article) et une armure de Superman qui prête à sourire de prime abord (cf. l’illustration en fin de cet article).

On retient surtout de cette suite un combat plutôt épique et habilement gagné par Batman (mais un poil « trop facile » — grâce à une pluie de kryptonite synthétique — après la forte menace de Quar) qui sonne presque comme la fin de cette nouvelle histoire du « Dark Knight Universe » mais qui retrouve finalement un second souffle plutôt bien vu par l’intermédiaire de Lara (même si c’était prévisible depuis le premier tome) . Le Chevalier Noir et l’Homme d’Acier reforment un duo efficace et doté d’armures gigantesques, sonnant comme un « on prend les mêmes et on recommence, en beaucoup plus gros ». Scénaristiquement il y a donc un pan assez faible mais le rythme et l’action priment avant tout. En résulte un livre agréable, bien que très court et à la lecture rapide.

DK III

À nouveau, ce format de publication (seulement deux chapitres, les #5 et #6 en l’occurence) est le problème récurrent de Dark Knight III. Bien difficile d’apprécier chaque tome séparément, là où une lecture intégrale (ou de moitié) permettrait non seulement une immersion plus poussée, mais aussi un avis plus général. Il faudra donc attendre le quatrième et dernier volume, prévu pour début décembre 2017, pour dresser un réel bilan critique. Pour l’instant ce n’est pas mauvais mais ce n’est pas non plus extraordinaire (la toute fin du chapitre #6 inaugure un élan inéluctable vers une conclusion tragique même si, une fois encore, cela semble un peu trop « gros/simpliste»). Ce n’est pas solide mais ce n’est pas non plus trop léger. On est loin d’atteindre la qualité de The Dark Knight Returns mais, heureusement, on n’est pas non plus dans le médiocre The Dark Knight Strikes Again. Bref, une fois de plus c’est une impression mitigée.

Toutefois, et cela devient une habitude,  les « faux » back-ups, des courts chapitres centrés sur un personnage en particulier et dessinés par Miller himself sont les points faibles du tome. Ils sont sur Lara, qui vit une courte relation d’amour-haine avec Baal, fils de Quar, et dont la majorité des cases ont un simple fond coloré, en plus des nombreux plans « fessiers » de l’héroïne. Sans réel intérêt si ce n’est pour l’ambigüité présente chez la fille de Superman et Wonder Woman (entre l’amour pour les Terriens et celui de ses ancêtres originels, donc les kryptoniens et les amazones) et l’introduction de son compagnon, plutôt discret jusqu’ici…

DKIII Lara Frank Miller

À l’instar du tome précédent, Trump apparaît brièvement, mais avec une résonance nettement plus gênante, l’homme d’affaire étant devenu le Président des États-Unis entre temps (et son bilan politique à peine une semaine après sa prise de fonction est effrayant). Une foule de planches noir et blanc et encrés concluent l’ouvrage en guise de bonus.

NB : Le chapitre #7 a été publié aux États-Unis fin décembre 2016, le #8 est prévu fin mars 2017. Un ultime chapitre (le #9) est prévu pour clore l’histoire mais n’a pas de date annoncé (probablement été 2017). Urban Comics inclura certainement les trois derniers chapitres dans le quatrième et dernier tome. MàJ : Cet ultime tome comporte bien les trois derniers chapitres et sera en vente le 1er décembre 2017 pour 15€

DK III Batgirl Carrie Kelley

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 24 mars 2017.
Titre original : The Dark Knight III – The Master Race & Dark Knight Universe Presents : Lara / World’s Finest
Scénario : Frank Miller et Brian Azzarello
Dessin : Andy Kubert et Frank Miller (DKUP : Lara #1  et World’s Finest #1)
Encrage additionnel : Klaus Janson
Couleur : Brad Anderson et Alex Sinclair (DKUP : Lara #1 et World’s Finest #1)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

DK III Batman Fight

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Dark Knight III – Tome 03
Dark Knight III – Tome 02
Dark Knight III – Tome 01

DKIII Batman Superman