Batman – À la vie, à la mort

Court comic-book de 80 pages environ reprenant le deuxième chapitre « annual » de la série Batman Rebirth (du même titre À la vie, à la mort) et une curiosité (Elmer un peu, beaucoup… avec le chasseur Elmer des Looney Toon à Gotham !), À la vie, à la mort est un one-shot pouvant se lire totalement indépendamment de quoi que ce soit mais qui prend une certaine dimension (plus mélancolique) en le découvrant en parrallèle des tomes 7 et surtout 8 (Noces Noires) de la série Batman Rebirth. Toute sa première moitié a été publiée en noir et blanc et offert par Urban Comics lors du Batman Day Collector en septembre 2018.

[Histoire]
La relation entre Catwoman et Batman, le jeu du chat et de la (chauve) souris.

Ils se tournent autour, ils se découvrent, ils s’unissent. Ils vieillissent…

[Critique]
Le chapitre À la vie, à la mort (la première partie du livre donc) est un véritable coup de cœur, d’une efficacité redoutable et d’une perfection absolue ! La simplicité du récit vise juste grâce à ses dialogues profondément humains. Difficile d’en parler plus longuement sans dévoiler sa conclusion, montrant un couple âgé, à la santé fragile et rappelant, forcément, le monde qui nous entoure. C’est en misant sur ce postulat à la fois « facile » et inédit (la fin de vie de Bruce Wayne sous un angle sans doute jamais vu) que Tom King est à son meilleur (comme souvent). Exactement comme dans Noces Noires, dont cet épisode fait doublement écho : il peut être lu en complément pour imaginer ce que l’union de Selina et Bruce aurait donnée si leur mariage s’était bien déroulé ou bien être vu comme la suite d’une histoire (publiée en 1983 et incluse dans Noces Noires) qui montrait sur une Terre parrallèle les premiers pas du couple mythique (et sa « confirmation » sur le long terme puisque Bruce Wayne en parle longuement dans la rédaction de son autobiographie).

En croquant le début de romance entre les deux êtres sous leur costume, puis leur (presque) « fin » sous leur alias civils âgés en très peu de planches, l’ensemble séduit, émeut et marque comme rarement un comic-book le fait. Bien sûr, la bande dessinée trouve une résonance plus ou moins personnelle propre à chacun (son vécu, son entourage…) mais difficile (impossible ?) de ne pas être touché par ce très beau titre.

Les styles épurés mais réalistes de Lee Weeks et de Michael Lark accentuent la proposition singulière de l’œuvre, à la fois urbaine et très poétique. Nocturne et paradoxalement lumineuse. Un petit bijou qui trouve une autre vision dans sa version en noir et blanc (malheureusement limitée et non en vente) : plus poignante et mélancolique. Rares sont les œuvres dégageant autant d’émotions, il ne faut donc pas passer à côté.

Seul regret : À la vie, à la mort n’est pas inclus dans Noces Noires. Il y aurait largement mérité sa place. En l’ajoutant avec les autres chapitres (soit à la suite de celui publié initialement en 1983, soit en le remplaçant carrément), on aurait obtenu une pépite complètement indispensable et facilement accessible ! Mais c’est compréhensible : le proposer en volume unique permet d’attirer un public néophyte qui aurait eu peur de se lancer dans une série interminable (Batman Rebirth) même si ce fameux huitième tome (Noces Noires toujours) peut complètement se lire de façon déconnecté et garder tout autant sa puissance visuelle et narrative — et, comme on vient de le souligner, aurait gagné en intensité en incluant À la vie, à la mort. Peut-être dans une future réédition ?

Elmer un peu, beaucoup… met en avant Elmer Fudd (en couple avec Silver Saint-Cloud) qui veut tuer Bugs Bunny puis Bruce Wayne. Il s’agit bien des personnages du célèbre cartoon des Looney Tunes mais sous une forme humaine et non animale, avec un prisme noir, dans une veine polar singulière et étonnante ! On y croise aussi les alias de, entre autres, Titi, Porky Pig, Taz…

Si cette curiosité est agréable à lire, sincèrement originale et amusante, elle a la lourde tâche de succéder à un chapitre beaucoup plus terre-à-terre, réussi et important. In fine anecdotique, Elmer un peu, beaucoup… trouve difficilement sa place dans cet ouvrage. C’est clairement un remplissage justifié par les artistes communs qui ont travaillé sur les deux chapitres. Pourquoi ne pas avoir proposé uniquement le premier en couleur puis en noir et blanc avec différents bonus (et/ou avec l’histoire publiée en 1983 dans Noces Noires) ? C’est dommage, cela empêche À la vie, à la mort de rejoindre la très courte liste des comics Batman indispensables mais se hisse sans trop de difficulté dans celle des coups de cœur du site.

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 7 septembre 2018.

Contient : Batman Annual #2 + Batman/Elmer Fudd Special #1

Scénario : Tom King
Dessins : Lee Weeks Michael Lark
Couleur : Elizabeth Breitweiser, June Chung, Lovern Kindzierski

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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2 commentaires

  1. Je viens de lire ce one shot et franchement je ne comprends pas trop votre critique si élogieuse !
    Je suis très déçu par cet épisode. D’une rapidité sans nom, à peine le temps de commencer à apprécier que c’est déjà terminé.
    Est-ce le fait que je venais de terminer un gros pavé qu’est la saga NML (et les volumes entourant cette saga) ou le fait que je ne me suis pas encore attaqué à Batman rebirth, je n’ai pas eu la moindre émotion dans ce récit.
    Les planches sont superbe, les dessins, les couleurs..rien à dire !
    Les dialogues sont simples. Seul le moment où bruce parle de sa jeunesse, fait de l’histoire un moment un peu plus profond et sincère. Mais tout ce qu’il y a autour de la relation Bat-cat est d une rapidité à ne pas pouvoir être prit d’émotion.
    La fin, sans la dévoilée, est certes assez inédite pour le chevalier noir, mais dune banalité. Même là, pas eu d’émotion (et pourtant j’ai déjà été au bord des larmes dans certains Batman…)
    Je me faisais toute une idée de ce one shot et au final, 50 pages où on nous parle une nouvelle fois de la relation Bat-Cat.
    J’ai même plus apprécié la deuxième partie de ce tome, même s’il n’a rien à faire ici…
    Je relirai cet épisode de love story après les noces noires je pense. Peut être que ça prendra cette fois-ci…

    Merci en tous cas pour ce site, une référence pour moi!

    1. Hello, merci pour cet autre retour 🙂

      Je viens de relire ma critique, je ne changerais pas un mot même si c’est vrai qu’elle est très élogieuse, je renforcerai peut-être le fait que le livre est (vraiment) trop court.
      La part de subjectivité (de cette appréciation très élevée) provient sans doute du vécu personnel quant à Alzheimer qui est évoqué (au même titre que j’ai été « moins touché » que d’autres comics pourtant acclamés à l’unanimité car ils dressaient un parallèle avec le cancer – « maladie qui me touche moins » on va dire…).

      Néanmoins je pense que le lire en parallèle du (long) run de Tom King sur Rebirth le rend plus palpitant, tant la relation entre Bruce et Selina est au centre de ce récit.

      (Heureusement que l’investissement n’était pas trop onéreux !)

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