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Batman/Catwoman

Publié au sein du Black Label (qui permet aux auteurs de sortir de la complexe chronologie du Chevalier Noir), le titre Batman/Catwoman est écrit par Tom King, à l’œuvre de la très longue série Batman Rebirth où le couple entre Bruce et Selina occupait déjà une place importante. À mi-chemin entre la « suite » de son run et une œuvre parallèle, Batman/Catwoman est séduisant par bien des aspects mais se vautre de temps en temps. Critique d’un one-shot qui s’ouvre sur… la mort du Chevalier Noir (déjà publié dans À la vie, à la mort).

[Résumé de l’éditeur]
Batman et Catwoman se sont rencontrés, sont tombés amoureux et ont eu une vie heureuse. À la mort de Batman, Catwoman règle les derniers comptes d’une vie passée à évoluer entre les ombres. Son compagnon disparu, elle a désormais toute latitude pour rendre visite, une dernière fois, à une vieille connaissance à l’humour douteux…

[Début de l’histoire]
Voir critique d’À la vie, à la mort.

[Critique]
Voilà une bande dessinée touchante et singulière, à réserver en priorité aux fans de Catwoman (ça aurait pu/du s’appeler simplement Catwoman, la mention de Batman n’est pas pertinente) et/ou à ceux qui avaient aimé le travail de Tom King (qui sera une fois de plus clivant) sur le mythique couple, ainsi qu’aux lecteurs souhaitant voir ce qu’est devenue Andrea Beaumont, personnage principal et inoubliable de l’excellent film Batman contre Fantôme Masqué (Mask of the Phantasm) – qui n’avait jamais réellement eu droit à une présence dans les comics (ni à une « suite »), à l’inverse d’Harley Quinn.

Batman/Catwoman prolonge dans un futur lointain ce qu’avait proposé le scénariste dans À la vie, à la mort, comprendre : Bruce Wayne est mort, Selina est une veuve fortunée, sa fille Helena (née de son union avec Bruce bien sûr) a pris la relève pour protéger Gotham en tant que Batwoman (et Dick Grayson est devenu le commissaire du GCPD). Passé ce constat, Selina retrouve le Joker et le tue une bonne fois pour toute… Sa vie se poursuit, entremêlée de nombreux souvenirs et, notamment, d’une filature complexe de l’époque où elle était avec Batman. Tous deux couraient après le Fantôme Masqué (alias Andrea Beaumont), elle-même poursuivant le Joker (n’en dévoilons pas davantage).

On navigue donc entre le passé et le présent (ce dernier étant donc un futur hypothétique) où Selina croise d’anciennes figures alliées ou ennemies. La fiction bénéficie d’un double fil rouge narratif (et d’une double voire triple temporalité) qui le rend palpitant. D’un côté l’évolution des protagonistes après la mort de Bruce/Batman, d’un autre l’enquête du Chevalier Noir et de la Femme Féline sur une enfant disparu, le tout entrecoupé donc par le Joker et le Fantôme Masqué et, surtout, les aléas de la vie de couple de Bruce et Selina. C’était l’un des points forts de la série Batman Rebirth (dont on retrouver quelques « extensions » ici comme la sortie entre couple avec Lois et Clark) : l’écriture si « juste » sur l’amour entre ce couple mythique.

Tom King poursuit donc son travail et si le lecteur l’avait déjà aimé, pas de raisons qu’il n’accroche pas davantage. Batman/Catwoman s’étale sur douze chapitres, tous titrés par le nom d’une chanson (on y reviendra). Le récit s’ouvre sur un épisode à part (Batman annual #2) déjà publié (À la vie, à la mort donc) qui offre une solide introduction et contextualisation pour ceux qui ne l’avaient pas découvert auparavant. Une fois achevée, l’histoire est enrichie de trois chapitres spéciaux : Interlude, Helena et Héritage (ce dernier déjà publié dans Batman Bimestriel #13 et le cinquième et dernier tome de Batman : Detective sous le titre Histoire de fantômes). Tous proviennent de différentes séries ou publications inédites. Ces segments s’attardent sur différents moments de la vie de Selena, principalement son enfance et son parcours de voleuse, son idylle avec Bruce, sa grossesse, etc. Helena apparaît surtout quand elle fait ses premiers pas comme héroïne. Bruce est lui aux prises avec Dr Phosphorus.

En synthèse, le volume frôle les quatre cent cinquante pages mais n’est jamais indigeste, au contraire (sans oublier les traditionnels bonus : couvertures alternatives, recherches et un texte hommage à John Paul Leon (décédé en 2021 – il avait dessiné une toute petite partie d’Interlude – et est surtout connu pour l’atypique Créature de la nuit). La lecture a beau être aisée et globalement passionnante, elle n’en demeure pas moins « pénible » à plusieurs égards. Tout d’abord, l’omniprésence de chansons de Noël tout au long de la bande dessinée. Leurs titres sont aussi ceux des chapitres et leurs paroles (en anglais) occupent une certaine place en début de chaque épisode… Problème : en France la plupart de ces morceaux ne sont pas connus donc impossible de les « lire » avec leur air musical en tête ou – éventuellement – d’en saisir un double sens dans le texte. Cela gâche un peu l’immersion…

Ensuite, autre élément un peu pénible en lecture : les dialogues comportent beaucoup de mots vulgaires qui sont, comme toujours, écrit par des symboles (« Nom d’un @$@%@ », « Tout ça, c’est un @%@% de mensonge ?! »…). C’est la même chose en version originelle et peut-être qu’Urban n’a pas le droit de proposer un mot écrit alphabétiquement et donc « normalement » à la place mais c’est vite gonflant car passé le premier tiers du livre, ça prend une proportion hallucinante (presque un par planche !). Entendons-nous bien, la problématique n’est pas d’usiter d’insultes ou termes trop familiers, mais d’en utiliser trop (le cas ici, cela manque d’une certaine fluidité et d’un « son de lecture» peu agréable) et de ne pas les nommer directement.

C’est certes un détail mais c’est un peu dommage. Pour pinailler, évoquons la non lisibilité des titres des chapitres quand ils sont écrit pile au milieu de la double page qui coupe chaque épisode. Impossible d’ouvrir davantage le livre sans l’abîmer sinon. Encore une fois : ce n’est foncièrement pas grave non plus. Les seuls « vrais » défauts de Batman/Catwoman relèvent d’une certaine autre subjectivité. L’écriture autour de Selina rend de temps en temps (souvent ?) le personnage assez antipathique… C’est peut-être voulue, ou bien c’est une impression sommaire. Heureusement, la femme (dans ses jeunes années ou lorsqu’elle est âgée) est aussi (souvent ?) touchante et sonne « juste ». C’est donc probablement fait exprès mais c’est spécial… On fermera les yeux sur les capacités physiques hors-norme pour une personne qui a probablement soixante-dix ans voire davantage (sans parler du costume ridicule le temps de quelques cases).

Enfin, second élément qui fait tâche : les dessins de Clay Mann autour des femmes. L’artiste est brillant et signe ici l’une de ses meilleures œuvres (on en parle plus loin) mais – comme toujours – il ne peut s’empêcher de montrer ses corps féminins dans des postures sexuées, des tenues aguichantes, des poitrines et fessiers en avant, des costumes très moulants, etc. Si parfois ça fonctionne et fait presque sens pour la narration (Catwoman qui tourne autour de Batman, le couple qui fait l’amour…), trop souvent c’est complètement gratuit et semble relever de fantasmes adolescents… Un problème déjà soulevé (avec une analyse plus poussée qu’ici) dans Heroes in Crisis – également écrit par Tom King. Quand Mann est remplacé par Liam Sharp, ce dernier tombe également dans cette facilité mais à de rares occasion.

Même si l’on s’attarde sur ces quelques défauts (non négligeables certes), Batman/Catwoman reste une œuvre plutôt singulière dans le genre qu’on recommande (comme dit : surtout pour les amoureux de Selina et des travaux de King). Le titre offre également enfin une place de choix au Fantôme Masqué (il n’est pas obligatoire de connaître le film animé éponyme mais cela facilite grandement la compréhension). Curieusement, Andrea Beaumont n’avait jamais bénéficié d’une « seconde vie » en comics, c’est désormais le cas. Rien que pour cela il ne faut pas faire l’impasse sur Batman/Catwoman !

Difficile de détailler davantage le contenu de cette longue aventure sans gâcher un certain plaisir de découverte. Les dialogues fusent, les allers et retours entre les différentes époques également, sans qu’on s’y perde. Là-dessus, la BD est remarquable et offre une passionnante plongée au cœur d’une relation compliquée entre les convictions de chacun et les sacrifices nécessaires dans un couple. La difficulté de retrouver une certaine liberté et la quête d’un bonheur (utopique ?). C’est dans ces moments-là qu’excelle Tom King, quand il met à nu et tente de rendre plausible la réalité d’un couple fictif mais iconique et ancrée dans l’ère du temps, sans jamais dénaturer leur ADN (sauf, peut-être, Selina une fois âgée).

Graphiquement, Lee Weeks et Michael Lark signent À la vie, à la mort, une fois de plus se référer à la critique dédiée pour découvrir les illustrations et le style épuré qui convenait à merveille à l’histoire. Clay Mann s’occupe ensuite de neuf chapitres sur douze. L’artiste excelle à tous points de vue, conférant de magnifiques compositions, nocturnes ou diurnes, surtout durant les séquences dans le passé, dans Gotham entre autres. Si on met de côté les problèmes corporels féminins évoqués plus haut, l’ensemble est sublime, les traits sont fins, élégants et très précis, bien aidés par la colorisation sans faille de Tomeu Morey.

L’atmosphère froide et souvent austère qu’il se dégage jongle avec la chaleur de l’intérieur (dans le Manoir Wayne par exemple) et tire la cohérence graphique vers le haut. Liam Sharp intervient le trois de trois épisodes (sept, huit et neuf) dans un style moins conventionnel, un subtil mélange rappelant Dave McKean (L’Asile d’Arkham…), Sam Kieth (Batman : Secrets…) ou carrément Bill Sienkiewicz (qui a signé une couverture alternative). Visuellement, l’ensemble est donc majoritairement somptueux (cf. les illustrations de cette critique, près de quarante images avaient été sélectionnées initialement, difficile de choisir !).

La distribution est complétée pour les autres épisodes bonus par John Paul Leon, Bernard Chang et Mitch Gerads (Interlude – qui aurait du être placé en dernier tant sa conclusion est« parfaite » pour définitivement refermer cet univers), Michael Larks (À la vie, à la mort), Mikel Janin (Helena) et Walter Simonson (Héritage). En résulte des styles plus ou moins différents mais cohérents (à l’exception de Simonson).

Le titre a beau être imparfait, il s’intercale parfaitement comme une lecture divertissante ET de réflexion, dans un univers à la fois familier (le passé) et novateur (le « futur ») qu’on aimerait voir développer : comment Helena combat le crime ? La séduisante proposition graphique (imparfaite elle aussi comme évoquée plus haut) épouse brillamment le propos et permet à Batman/Catwoman de rejoindre les coups de cœur du site. Attention, l’épais ouvrage coûte tout de même 35 €, la fourchette haute des prix chez Urban… À feuilleter impérativement avant l’achat donc, et à ne pas prendre si on n’est pas très fan de Selina/Catwoman. Pour les autres, aucune raison de se priver de ce titre atypique dont quelques planches prennent aux tripes.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 novembre 2022.
Contient : Batman/Catwoman #1-12 + Special + Annual #2 + Detective Comics #1027 + 80th Anniversary

Scénario : Tom King
Dessin : Clay Mann, Liam Sharp, Lee Weeks, John Paul Leon, Bernard Chang, Mitch Gerards, Michael Lark, Mikel Janin, Walter Simonson
Encrage additionnel : Shawn Crysal
Couleur : Tomeu Morey, Liam Sharp, Mitch Gerads, Dave Stewart, Elizabeth Breitweiser, June Chung, Jordie Bellaire, Laura Martin

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legrand, Coralline Charrier, Lorine Roy et Stephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Batman/Catwoman (35 €)








 

Catwoman Eternal – Tome 02 : Héritage

Après un premier tome original mais pas totalement convaincant car laborieux dans son écriture (manque de caractérisation et de contextualisation et paradoxalement très bavard et dense) et plus ou moins bien servi par des dessins clivants dans le genre, Catwoman Eternal se conclut déjà avec ce second volume. Critique d’une œuvre exigeante et, in fine, plutôt réussie et marquante.

[Résumé de l’éditeur]
En tant que nouvelle reine de la mafia de Gotham, Selina Kyle pensait pouvoir raccrocher le masque pour de bon, mais la politique et la diplomatie ont leurs limites. L’Empire du crime est sur le point de basculer dans l’effroi d’une guerre sans merci. Il est donc grand temps pour Catwoman d’arpenter à nouveau les toits de la ville pour combattre le crime de manière plus frontale et découvrir par la même occasion les raisons de la disparition récente du Chevalier Noir.

[Début de l’histoire]
La famille Falcone veut s’associer aux Calabrese (donc à Selina). Face à eux, la triple alliance entre Black Mask, le Pingouin et la famille Hasegawa reste fragile.

Au centre de tout ça, Selina Kyle jongle comme elle peut pour continuer son ascension du pouvoir, en sachant pertinemment que ça ne durera pas.

À Gotham, Batman est déclaré mort, un autre coup dur pour Catwoman

[Critique]
Cette seconde et dernière salve de Selina en reine de la pègre est clairement plus aboutie et compréhensible que le volet précédent ! Un résumé de l’éditeur puis une présentation des personnages aident grandement à contextualiser l’ensemble, ainsi que le court épisode introductif (Sneak Peek). Les six chapitres suivants (Catwoman #41-46) montrent l’évolution de Selina et Eiko, toutes deux en proie à leur propre famille et en affaire avec les autres. Le temps de présence de ces deux protagonistes est habilement équilibré.

L’auteure Genevieve Valentine a la bonne idée de convoquer deux figures emblématiques de Gotham City : Spoiler (Stephanie Brown) et Killer Croc. La première est liée à ce qu’il se déroule dans la saga Batman Eternal mais cela n’entache pas la compréhension. Croc apparaît ici comme un allié et non comme un ennemi primaire, c’est appréciable. En revanche, les allusions à la série Batman et particulièrement les deux derniers tomes, La Relève, souffrent d’une connexion un peu forcée et peu claire si on ne les a pas lus (qui sont ces nouveaux Bat-Robots ? pourquoi Bruce Wayne porte-il une barbe ?).

Moins verbeux, plus fluide, le scénario perd en complexité inutile et gagne en linéarité tout en gommant d’autres défauts du volet précédent : moins de personnages secondaires inintéressants, un peu moins de citations historiques ou culturelles inutiles (mais il y en a toujours). Un récit recentré sur des protagonistes plus attachants et des antagonistes efficaces. Sans révolutionner le genre, Catwoman Eternal propose une petite fresque orientée « mafia » assez inédite et cohérente, aussi bien dans l’univers de Catwoman que dans celui, plus large, de Batman (et ses fictions anglées sur les trafics en tout genre qui parsèment Gotham ou sa vie à hauteur civile, côté protection (Gotham Central) ou mafia – comme ici donc). Si ce fond séduit, aucun doute que le lecteur y trouvera son compte. Ceux qui étaient mitigés (à raison) en lisant Reine du crime devraient davantage apprécier cet Héritage (dans le sens où ce qui n’allait pas trop à l’époque est plutôt corrigé ici, si le postulat de base ne vous intéressait pas, inutile de poursuivre bien sûr).

Côté dessin, David Messina succède à Garry Brown. Les planches sont plus « convenues », on est davantage dans une veine « comics », perdant l’approche plus « indépendante », parfois brouillonne mais séduisante, du premier opus. Messina use de traits souvent trop gras, de formes de temps en temps disproportionnées et pêche dans la finesse de certains visages. On retrouve aussi, malheureusement, un côté sexué qui avait intelligemment disparu chez la femme fatale (dans le premier tome) sans non plus être aussi ridicule et accentué que dans la série Catwoman précédente. Néanmoins, conserver tout au long de cet opus le même artiste – et toujours la colorisation de Lee Loughridge – permet d’avoir cette cohérence graphique à l’entièreté du volume. Les illustrations de couverture sont cette fois signées Kevin Wada, complètement différentes du style de Jae Lee, moins élégantes et épurées, mais tout ça n’est pas bien primordial de toute façon.

Catwoman Eternal se savoure donc plus ou moins bien avec deux volumes foncièrement différents mais complémentaires. Sa conclusion rapide signe aussi la fin de ce « micro-univers » au sein d’un autre plus vaste et c’est presque dommage tant l’exploration aurait pu être enrichie de mille façons. Doit-on déjà dire adieu à Eiko ? Quid des inspecteurs Alvarez et Keyes (trop en retrait ici) ? La parenthèse mafieuse touche à sa fin, on y a vu les ingrédients classiques de ce genre (famille, ascension, trahison…) à la sauce Catwoman mature – radicalement éloignée de la série précédente où l’héroïne sautait partout dans des positions sexy à se battre contre des ennemis ridicules. Au moins Eternal fut une incursion assez inédite et à peu près efficace !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 18 septembre 2015
Contient : Catwoman #41-46 + DC Sneak Peek : Catwoman

Scénario : Genevieve Valentine
Dessin : David Messina
Encrage : Gaetano Carlucci
Couleur : Lee Loughridge
Illustration des couvertures de la série : Kevin Wada

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Moscow Eye

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Catwoman Eternal – Tome 02 : Héritage (16 €)
Catwoman Eternal – Tome 01 : Reine du crime (16 €)

 


Catwoman Eternal – Tome 01 : Reine du crime

Après la série Catwoman (dont les deux premiers volumes étaient réussis mais les trois derniers complètements ratés), la série est « relaunchée » sous le titre Catwoman Eternal (uniquement en France). Cela permet de proposer un nouveau cycle d’aventures sur Selina Kyle conçue par une nouvelle équipe artistique et d’attirer un potentiel nouveau lectorat grâce au fameux « Tome 1 », tout en surfant sur une autre série (de l’époque) : Batman Eternal.

Reine du crime, le premier tome de Catwoman Eternal se déroule d’ailleurs après le deuxième opus de Batman Eternal (cf. chapitre 23 notamment) dans lequel Selina rend visite à son père en prison. Ce dernier, dont le nom de famille est Calabrese, fait comprendre à sa fille qu’elle-seule peut reprendre la tête de la pègre à Gotham. L’idée germe alors petit à petit dans la tête de la célèbre cambrioleuse avec un « aperçu cinq ans plus tard » proposé en fin du cinquième tome de la série précédente, dans le segment Futures End, en guise d’amuse-bouche. Découverte de cette nouvelle série en deux tomes, entièrement écrite par Genevieve Valentine (dessiné par Garry Brown pour le présent volume, David Messina pour le second).

[Résumé de l’éditeur]
Suite aux événements récents survenus dans Batman Eternal, Selina Kyle a fini par accepter ses responsabilités familiales pour enfin embrasser la carrière de reine de la pègre de Gotham. Mais la ville est-elle prête pour son règne ? Et si l’ex-héroïne masquée agit désormais à visage découvert, qui parcourt depuis les toits désertés de la cité ?

[Début de l’histoire]
Selina Kyle, Calabrese de son vrai nom, tente de se refaire un nom et de diriger son propre clan tout en interagissant avec les autres. Entre respect mutuel et trahison, la nouvelle reine de la pègre avance prudemment. Quel plan se cache derrière ses habiles coups ?

La pègre de Gotham a du mal à accepter cette situation…

Dans la ville, une personne a pris l’apparence de Catwoman, de quoi perturber Selina, même si Batman la suit de loin…

Mais quand Selina Kyle-Calabrese fait face à Black Mask et au GCPD, le danger est de plus en plus grand.

[Critique]
Difficile de résumer le début du récit (et même son entièreté), tant il est dense et exigeant (étonnamment, avoir lu la première série Catwoman aide un peu même si on est ici dans un tournant radical, original et une orientation plus séduisante et fondamentalement différente). Les échanges fusent, on a du mal suivre, une grande galerie de nouveaux personnages surgit sans qu’elle soit réellement présentée, Selina occupe déjà un poste assez haut dans la pègre sans qu’on ne sache pourquoi ni comment (et l’éditeur ne contextualise pas du tout cette situation en avant-propos, ni l’auteure – un comble), bref il faut donc s’accrocher ! Est-ce que ça vaut le coup ? Pas sûr… Cela dépendra du second volume (MàJ : meilleur que celui-ci donc finalement conseillé) mais il y a néanmoins plusieurs qualités (ne serait-ce que passer après les trois tomes de la série précédente ne peut « que » rehausser celle-ci).

On plonge d’emblée dans une ambiance complètement « polar » (narrative et visuelle – on y reviendra), qui entraîne le lecteur dans une Gotham noire, rappelant un peu Gotham Central. Cette incursion manque malheureusement cruellement d’exposition : comment Selina a-t-elle atterri là ? Quel est son rôle concret ? Qui sont ses alliés jamais vus auparavant : la cousine Antonia Calabrese, son frère Nick et le conseiller Chris Ward (sans oublier Aiden Mason) ? Quel est le lien entre les autres familles dont celle de M. Hasegawa et sa fille Eiko ? Les interrogations sont nombreuses et il faut embarquer dans le titre comme s’il était en cours depuis quelques épisodes et qu’on débarque à l’improviste. C’est donc difficile d’accès. Cette exigence pourrait tout à fait être un atout mais ici elle complexifie un scénario déjà très bavard. Les informations sont trop nombreuses et maladroitement déroulées pour ne pas s’y perdre, corrélée à tous ces nouveaux noms inédits…

L’auteure Genevieve Valentine écrit ici son premier comic (elle est aussi sur le deuxième et dernier tome de Catwoman Eternal et signera un peu plus tard quatre chapitres du très moyen Batman & Robin Eternal). Cette jeune écrivaine (née en 1981, elle avait donc trente-deux ans lors des débuts d’écriture de la série Catwoman Eternal) s’était davantage illustrée dans les romans de science-fiction et fantasy. Cela explique peut-être cet aspect verbeux et lassant qui parsème la bande dessinée. Au-delà du millefeuille de protagonistes, les dialogues sont entrecoupés aussi bien par diverses bulles narratives dont les pensées de Selina (rien d’anormal jusqu’à présent) mais aussi de nombreuses citations issues de poèmes, œuvres ou lettres historiques (se voulant métaphoriques de ce que vit Selina) qui se marient bien mal avec le reste du texte (comme souvent avec ce procédé littéraire), déjà très fourni – on se surprend à « se forcer » à lire ou se relire…

Malgré tout, le lecteur peut aisément être emporté – passé, et surtout accepté, cet étrange état des lieux – pour savoir comment va s’en sortir Selina. Si Reine du crime est maigre en scènes d’action (ce n’est pas un défaut), il instaure un climat de tension assez facilement : qui va trahir qui ? Qui va mourir ? Surtout : la figure de Black Mask n’aura jamais été aussi effrayante. En parallèle, la fiction s’aventure dans une double romance : Selina oscillant toujours entre Batman (forcément) et… une nouvelle antagoniste. C’est bien narré, ça passe crème, ça change (enfin !), bref c’est clairement une réussite. Ces différents éléments tirent donc le titre vers le haut.

On retrouve en complément quelques cabrioles « classiques » de Catwoman – même si ce n’est pas elle sous le masque, cf. paragraphe suivant –, un peu de présence de l’homme chauve-souris mais aussi du Pingouin et, comme évoqué, le terrible Roman Sionis (Black Mask). De quoi rester en terrain connu pour les fans même si tout ça est parfois au second voire au troisième plan. Sans oublier Alvarez et Keyes, deux inspecteurs présents depuis le début de la série précédente, permettant de les relier un brin. N’y a-t-il pas d’ailleurs des pistes quant au « fameux » mystère de l’épisode #0 publié deux ans plus tôt (et qui concluait le tome deux) ? Dans celui-ci, on voyait Selina rechercher son frère (possiblement présent dans cette aventure). L’identité de la voleuse était aussi supprimée des bases de données… un lien avec son patronyme ? Pourquoi pas… Et Selina était poussée en haut d’un toit, la laissant pour morte, comme si son nom avait une importance voire une influence dans Gotham. Ça se tient ! Mais était-ce réellement anticipé à l’époque ? Difficile à croire (d’autant plus que la famille Calabrese a été créée pour cette version, autant rester sur celle de Falcone comme déjà vu par le passé en comics ou en adaptations).

En parallèle, Catwoman Eternal met en avant Eiko Hasegawa ; on sait très vite qu’elle enfile le costume de Catwoman et tout l’épisode annual (qui arrive après le deuxième chapitre) est centré sur elle, idéal pour comprendre son point de vue et l’importance de son rôle dans ce grand puzzle complexe. Cet épisode est dessinée par Patrick Olliffe (qui avait majoritairement croqué Catwoman : Tome 5 – Course de haut vol) et John McCrea – encré par Tom Nguyen, colorisé par Lee Loughridge.

Sans être mauvais (visuellement parlant), il jure drastiquement avec les six autres épisodes, habilement mis en image par les traits épurés et imprécis de Garry Brown et dont les planches bénéficient des jeux de lumière de Lee Loughridge (à nouveau). Si les palettes chromatiques semblent peu variées, c’est pour mieux alterner ses ambiances chaudes et froides – simple, efficace. Entre le soin apporté aux visages (très anguleux), principalement quand ils sont en gros plans, et les nombreuses ombres qui les composent, on trouve un style graphique assez éloigné des productions mainstreams, à l’image de son scénario, in fine. Une succession de cases plutôt élégante et agréable à regarder, à défaut de suivre correctement l’intrigue. Oubliez la femme fatale en combinaison sexy et en posture sexuée des précédents tomes, ici l’approche se veut « réaliste » et civile mais pêche par le côté presque « brouillon » d’une silhouette ou un faciès dès qu’il est un chouilla éloigné.

Faut-il acheter et lire Catwoman Eternal ? Avec ce seul tome dans l’immédiat, on conseillerait la prudence, à savoir : attendre la suite et fin pour voir si le voyage vaut le cou(t)p d’être achever sereinement (MàJ : oui c’est plutôt réussi au final). Pour l’instant, malgré la proposition graphique alléchante (et très clivante – cf. les illustrations de cette critique), le scénario ne convient pas totalement : peu accessible, moins passionnant qu’il n’y paraît, défauts de caractérisation (de personnages) et d’expositions (de contextes), etc. Ce n’est ni une porte d’entrée pour découvrir Catwoman, ni une série « élitiste/prestigieuse » – ce qui n’est jamais un défaut – comme pouvait le prétendre à la fois le concept, les dessins et les superbes illustrations de couverture de Jae Lee (qui n’officie pas ailleurs attention – donc la couverture n’est pas représentative de son contenu). La direction empruntée est meilleure, sombre et lente, mais encore trop fortement déséquilibrée pour être incontournable ou simplement « plaisante ».

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 18 septembre 2015
Contient : Catwoman #35-40 + Annual #2

Scénario : Genevieve Valentine
Dessin : Garry Brown
Couleur : Lee Loughridge
Illustration des couvertures de la série : Jae Lee

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Moscow Eye

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