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Batman Rebirth – Tome 04 : La Guerre des Rires et des Énigmes

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[Histoire]
Bruce échange avec Selina * : avant de s’engager plus « sérieusement » dans leur relation, il tient à lui confier un lourd secret. Un secret qui pourrait bien remettre ses valeurs et modifier le sort de la relation entre Batman et Catwoman

Ainsi, le milliardaire raconte qu’à ses débuts (quelques temps après L’An Zéro), il fut au centre d’une guerre entre le Sphinx et le Joker, un conflit meurtrier qui rassemble plusieurs ennemis de Batman. Certains se sont alliés à l’Hommes-Mystère, d’autres au Clown du Crime.

Entre les rires et les énigmes, qui sortira vainqueur de cette guerre ? Comment Batman a pu l’arrêter ?

* Il n’est pas du tout obligatoire d’avoir lu les trois premiers tomes de Batman Rebirth pour découvrir celui-ci mais attention, comme l’histoire principale est sous forme de flash-back, on découvre assez rapidement la « fin » du volume trois avec notamment [attention à la révélation pour ceux qui n’ont pas lus] : la demande en mariage de Bruce à Selina !

Batman vs Sphinx vs Joker

[Critique]
De beaux dessins et une idée originale ne donnent pas forcément un « bon comic ». C’est le constat amer après lecture de ce quatrième tome de Batman Rebirth. Cette fameuse « guerre des rires et des énigmes » était évoquée discrètement dans les précédents volumes, annonçant un évènement meurtrier de grande ampleur, et ayant profondément marqué le Chevalier Noir. Malgré quelques éléments intéressants, l’ensemble a du mal à convaincre, principalement à cause d’énormes improbabilités. Explications.

Le principal problème de l’histoire, au-delà de sa crédibilité fragile, est qu’elle ne semble pas « complète ». On a l’impression d’effleurer le conflit, à travers le prisme de trois ou quatre personnages (pas forcément une mauvaise idée en soi), au lieu de suivre le point de vue de tout le monde (ça aurait été nettement plus efficace ici). C’est justement ce point précis qui est un gros souci. Du jour au lendemain, naissent deux équipes : celle du Joker, composée donc du Clown du Crime avec le Chapelier Fou, Man-Bat, Mister Freeze, le Pingouin, Deathstroke, le Ventriloque… et celle du Sphinx, où l’Homme-Mystère est accompagnée de Poison Ivy, Double-Face, Gueule d’Argile, Killer Croc, Deadshot, L’Épouvantail… On ne sait pas comment ni pourquoi. Notons qu’ils sont tous « en liberté » (!) et toute cette incroyable galerie est malheureusement reléguée à de la figuration (à l’exception de quelques planches s’attardant brièvement sur Poison Ivy — un début d’idylle avec le Sphinx est vaguement amorcé). C’est assez surréaliste et vraiment mal amené (et dommage). Idéalement, il aurait fallu un chapitre spécial sur chacun de ces antagonistes pour expliquer leur motivation et leur ralliement. Cela rappelle vaguement Le Règne du Mal mais le contexte était mieux justifié et se prêter davantage à l’histoire.

Bruce Selina

Par conséquent, il y a des affrontements totalement risibles, par exemple le duel Deadshot vs Deathstroke qui n’en finit plus et Batman qui arrive et tape les deux et voilà… Si on peut ne pas forcément s’attarder sur ce « détail », force est de constater que c’est une succession de « petits problèmes » plus ou moins similaires qui entachent fortement le récit. Toutes les blagues et les énigmes qui parsèment l’histoire ne sont pas vraiment drôles et surprenantes. La dualité entre le Joker et le Sphinx semble décousue, on peine à y croire… Un point intéressant cependant est d’avoir rendu le Joker complètement antipathique : il ne sourit et rit jamais. Son but est justement de retrouver sa folie, corrélée avec Batman, mais cela arrive trop tard et se révèle mal exploitée in fine.

Qui dit guerre, dit morts, c’est inéluctable. À écouter le Chevalier Noir (pas tellement au premier plan du récit), il y a un nombre incroyable de victimes. Problème : on ne les voit jamais. Enfin plus ou moins… Deux ou trois au détour d’une planche (et encore, on a plus l’impression qu’ils sont blessés) et, surtout, des portraits en noir et blanc de toutes ces personnes tuées mis côte à côte pour se rappeler et honorer les morts. Là aussi « ça ne prend pas », il fallait montrer la violence du conflit, il fallait montrer ces citoyens en train de mourir, il fallait montrer ces cadavres s’empiler, impossible de trouver tout cela plausible sinon…

Deadshot Deathstroke

Notons tout de même la mort d’un enfant (un « tabou » parfois abordé dans des comics, dont le très bon La Cible de Deadshot), mise en avant (mais pas dessinée) pour justifier l’évolution d’un personnage secondaire (Kite Man) dont on entendait un peu parler dans les précédents volumes. C’est un des rares autres points intéressants, qui permet une certaine pirouette scénaristique en conclusion de l’œuvre mais malgré tout ça reste bien maigre (les interludes qui lui sont consacrés cassent totalement le rythme et l’immersion — il aurait fallu, comme évoqué plus haut, peut-être tout un volume consacrant un à deux chapitres sur chaque antagoniste pour comprendre leurs motivations avant de revenir au cœur de la guerre dans un autre volume).

Parmi les autres choses surréalistes, ou à lesquelles il est difficile de « croire » : un dîner interminable au Manoir Wayne avec donc Bruce et Alfred qui accueillent… les deux clans ! Le Joker et le Sphinx, ainsi que six autres ennemis venus prêter main forte à leur leader au cas où ça tournerait mal. On se retrouve donc avec quasiment tous les ennemis de Batman au même endroit dans le manoir Wayne pour un repas mondain organisé on ne sait pas comment et durant lequel le milliardaire appelle à la paix entre les deux rivaux. C’est tellement grotesque qu’on a la désagréable sensation d’assister à une parodie !

Sphinx vs Joker

Et malheureusement, les huit chapitres (dont deux entièrement alloués à Kite Man) qui composent ce tome sont du même acabit, oscillant entre une « fausse » violence, des combats ridicules, des situations totalement improbables, des incompréhensions et incohérences majeures, des conséquences risibles, etc. Difficile d’être totalement empathique avec un protagoniste ou de plonger et adhérer complètement à cette guerre des rires et des énigmes. Cela rappelle Le Deuil de la Famille, qui avait deux niveaux de lecture : soit l’histoire principale (donc le tome 3 de la série Batman période Renaissance/New 52), soit l’intégralité avec les petits chapitres annexes (publiés dans Batman Saga) qui permettaient d’avoir le point de vue de toute la Bat-Family. On l’a déjà écrit deux fois : ce second choix ne peut être appliqué ici, reste donc l’impression d’effleurer quelque-chose qui se voulait « gravissime » et qui ne l’est pas plus que ça en fin de compte.

Le côté « pétard mouillé » est aussi de mise (à l’instar du Deuil de la Famille une fois de plus) puisque Batman annonce que la conclusion de son histoire sera décisive pour la suite de sa relation avec Selina. Un secret qu’il n’assume pas et qui remet en cause sa morale et sa personnalité. Rien que ça ? Oui en effet… C’est correct : Batman a voulu tuer une personne. Évidemment il ne l’a pas fait, mais pas parce qu’il s’est arrêté, parce que quelqu’un d’autre l’a stoppé. Et comme ce quelqu’un n’est pas n’importe qui, cela permet d’avoir une nouvelle relation pimentée entre elle et le Dark Knight. Une fois de plus : il faudra constater par la suite si ce micro-évènement aura des conséquences pour la suite (à priori non), mais saluons la petite audace d’avoir narré cela (même si ce n’est pas non plus si extraordinaire que cela puisque ça ne change en rien les bases du Chevalier Noir, éventuellement certaines fondations philosophiques mais pas plus).

Catwoman Guerre énigmes

Heureusement, restent les sublimes dessins, planches et découpages opérés par Mikel Janin (qui alterne un volume sur deux avec David Finch et qui avait donc signé le second, Mon nom est Suicide, particulièrement réussi) et son style élégant, réaliste, bien aidé grâce à la colorisation de June Chong. Quelques jeux de couleur sont sympathiques aussi, avec une dominance de vert/marron/rouge pour la team du Sphinx et une de noir/violet/bleu pour celle du Joker. Certaines séquences sont superbes — cf. les images d’illustration de cet article et celles en tout en bas — et on reconnaît humblement que toute la partie graphique est finalement le point fort de l’œuvre (ce qui ne suffit évidemment pas à en faire une bonne histoire).

Les deux chapitres « interludes » — Kite Man Begins & Kite Man Returns — sont signés Clay Mann qui propose là aussi de jolies choses, un peu plus classique (donc moins bien) que celles de son confrère mais gardant une certaine homogénéité des couleurs et ressemblances. On appréciera ou non les looks du Joker (qui ne sourit donc jamais, et ne donne pas l’impression d’être « le Joker ») et du Sphinx (avec sa chemise ouverte en permanence — sic — un attribut sexué totalement injustifié et ridicule).

La Guerre des Rires et des Énigmes est donc un (gros) ratage sur de multiples points, à commencer par des éléments fondamentaux pour une bande dessinée (et une histoire au sens large du terme) : pas du tout crédible, guère d’empathie, narration bâclée, faux enjeux, etc. Pour l’anecdote, il peut se lire en one-shot, comme un volume indépendant du reste de la mythologie de Batman. Mais on le déconseille fortement et c’est le premier réel « loupé » de Tom King depuis qu’il est à la tête de la série Batman Rebirth. Le cinquième volume, prévu pour septembre 2018, reviendra « au présent » pour proposer la suite de la conclusion du troisième tome : le mariage entre Bruce et Selina. On peut donc faire l’impasse sur celui-ci sans problème.

Guerre Blages Enigmes Joker

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 18 mai 2018. Précédemment publié dans les magazines Batman Rebirth #13 à #17 (juin à septembre 2018).

Contient Batman #25-32

Poisin Ivy Sphinx

Scénario : Tom King
Dessins : Mikel Janin, Clay Mann (#27 et #30)
Encrage : Hugo Petrus, Danny Miki, John Livesay, Clay Mann (#27 et #30)
Couleur : June Chung, Gabe Eltaeb (#27), Jordie Bellaire (#30)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Guerre Enigmes Blagues

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Joker

Sphinx

 

Sphinx Batman Enigmes Guerre

Joker Blague Guerre

 

Batman Rebirth – Tome 03 : Mon nom est Bane

Après un premier tome prometteur mais un peu bancal puis un second volet globalement réussi (surtout d’un point de vue graphique), suite de l’arc narratif opposant Batman à Bane.

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[Histoire]
Bane est de retour à Gotham City, bien décidé à se venger du Chevalier Noir et récupérer le Psycho-Pirate « pour oublier la douleur » (cf. tome 2). Dick, Jason et Damian comptent bien se frotter au colosse malgré les avertissements de leur mentor. Batman a vu juste : Bane n’a fait qu’une bouchée des trois alliés du Dark Knight. Celui-ci doit affronter seul un de ses pires ennemis.

Bruce Wayne et Alfred continuent d’aider Claire (ex-Gotham Girl – cf. tome 1) à vaincre ses démons et à se relever de la perte de son frère.

Bane

[Critique]
Suite directe du précédent volume, celui-ci se distingue évidemment par l’imposant Bane, qui retrouve ici de sa superbe. Le duel face à Batman est efficace, bien rythmé, découpé avec talent et s’avère extrêmement violent. La puissance de Bane est incommensurable. C’est un sans faute pour cette affrontement ! La plupart des comics sur le Chevalier Noir montrent des combats mais qui sont souvent expéditifs ou avec une issue prévisible. Ici, Batman inverse les codes de la saga Knightfall : c’est Bane lui-même qui est confronté à tous les fous d’Arkham dans le but d’être épuisé avant le final épique contre le Dark Knight.

« Je ne suis ni un clown ! Ni un poseur de devinettes ! Ni un oiseau, ni un chat, ni un pingouin ! Ni un épouvantail, ni une plante, ni un guignol ! Je ne suis ni ton ami schizophrène ! Ni ton mentor ambigu ! Ni un personnage de conte pour enfant ! Ni un tas de boue qui se prend pour Laurence Olivier ! Je ne suis aucun de ces échappés de l’asile qui hurlent à la lune ! Et je suis tout sauf un gosse de riche dans sa panoplie de vampire ! »

Batman Psycho Pirate

Les dessins de David Finch sont plus réussis que dans le premier tome (beaucoup de pleine page ou doubles pages qui sont un régal pour les rétines) et servent à merveille le scénario de Tom King qui met en place un parallèle étonnant entre les enfances de Bruce et de Bane (l’exercice avait déjà eu lieu plus tôt dans la série et avait atteint son point d’orgue dans la narration croisée entre Catwoman et Batman dans l’excellent deuxième volume). Ici, les deux adversaires se revoient adolescents conversant avec leurs défuntes mères. Un habile récit qui permet d’être plus empathique envers Bane.

On retrouve également, avec plaisir, Thomas Duke et Claire (Gotham Girl) pour découvrir leur évolution, un bon point car ils semblaient un peu oubliés. Les membres de la Bat-Famille ne sont pas en reste mais font surtout office de figuration, un peu dommage (Superman aussi est de la partie). La fin du premier chapitre est, à ce titre, particulièrement glaçante mais se révèle dès le suivant être un pétard mouillé… Gordon rejoint aussi le premier plan le temps de quelques planches, une agréable surprise. Enfin, même Alfred a un rôle à jouer important et l’ensemble de ces « seconds rôles », auxquels s’ajoute évidemment Catwoman, est plutôt bien équilibré.

Alfred Batman Rebirth

Parmi les quelques points négatifs, notons la présence trop prononcée de Maxie Zeus, dont tous les monologues plombent la narration. Cassant l’immersion et s’avérant inutile, cet incursion de l’ennemi antique ne dure heureusement que quelques planches. Selon un dialogue en début d’ouvrage, Tim Drake (Red Robin) serait mort… Aucun mot de l’éditeur n’explique cela (avant ou pendant).

De façon anecdotique, comme dans le tome précédent, La Guerre des Rires et des Énigmes est mentionnée (par le Sphinx). C’est le titre du prochain tome, tant d’annonces laissent présager une longue « guerre » qui a eu lieu par le passé. Le Sphinx ayant le look de l’An Zéro et les nombreuses mentions à tous les évènements opérés sous l’égide Snyder (La Cour des Hiboux, Le Deuil de la Famille, Mascarade, L’An Zéro, La Relève…) teasent un autre acte important dans la mythologie de Batman.

Bane vs Double Face

La fin de l’arc avec Bane se termine par une incroyable planche avec une pleine page et une déclaration surprenante mais très réussie (et romantique). La suite se compose d’une courte histoire, Bon Chien, issue de Batman Annual #1 (déjà publié en hors-série kiosque) et une autre en un chapitre, La sève et l’audacieux, où Swamp Thing retrouve Batman.

On remarque que ce dernier est le chapitre #23 de la série régulière Batman (sous l’ère Rebirth). Manquent donc les #21 et #22 qui sont en fait un cross-over avec la série The Flash (et là aussi avec ses chapitres #21 et #22) intitulé Le Badge, faisant suite à ce qui avait été aperçu à la fin de DC Rebirth Univers.

Gordon Swamp Thing

Le Batman Annual est plutôt anecdotique (Alfred récupère un chien qui avait agressé Batman et le dresse —  l’intérêt est surtout d’introduire un nouvel animal de compagnie pour Bruce) tandis que La sève et l’audacieux se révèle très original : il est rare que La Créature du Marais rencontre Le Chevalier Noir. En cause la mort du père biologique d’Alec Holland (Swamp Thing) à Gotham. Le duo atypique s’allie pour enquêter. Le dialogue au Manoir Wayne est un régal de composition en terme de découpage, de dessins soignés et d’une touche d’humour non négligeable (Alfred ramassant les feuilles de Swamp Thing). Les titres des mini-chapitres (qui durent parfois deux ou trois cases) gâchent un peu l’immersion et auraient pu donner lieu à plus de place pour des dessins (signés Mitch Gerads, déjà apparu sur le premier tome de Batman Rebirth). La fin offre une lecture noire et cruelle mais possiblement « spirituelle » pour Batman.

Mon nom est Bane s’achève sur beaucoup de bonus : les traditionnelles galeries de couvertures alternatives mais aussi de nombreux crayonnés encrés en noir et blanc plutôt classes. Un tome qui vient donc conclure une petite période originale et qui se lit aisément à la suite. On retient principalement le volume deux puis ce troisième. La véritable « suite » de ce qui s’est terminée avec Bane (et surtout, ce qui a « commencé » avec Catwoman) sera dans le tome 5, en vente le 7 septembre prochain.

Batman Catwoman Love

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 2 février 2018. Précédemment publié dans les magazines Batman Rebirth #8 à #10 et #12 (janvier à mai 2018).

Titre des chapitres :
Batman #16-20 + #24 : Mon nom est Bane ( + épilogue)
Batman #23 : La sève et l’audacieux
Batman Annual #1 : Bon Chien

Scénario : Tom King
Dessins : David Finch, Mitch Gerads (#24), Clay Mann
Encrage : David Finch, Danny Miki, Trevor Scott, Seth Mann, Mitch Gerads (#24)
Couleur : Jordie Bellaire, Gabe Eltaeb, Mitch Gerads (#24)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Bane Nygma Sphinx

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Batman Rebirth – Tome 03 : Mon nom est Bane
Batman Rebirth – Tome 02 : Mon nom est Suicide
Batman Rebirth – Tome 01 : Mon nom est Gotham

Batman vs Bane

Batman Rebirth – Tome 02 : Mon nom est Suicide

Suite directe du tome 1 de la nouvelle série Batman Rebirth (Mon nom est Gotham), ce second volet peut se lire indépendamment et est une réussite totale et se classe même dans les coups de cœur du site ! Explications.

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[Histoire]
Batman monte une équipe constituée de certains de ses ennemis qu’il a enfermé à l’Asile d’Arkham : Le Ventriloque (sans Scarface), Ben Turner (le Tigre de Bronze), Poli et Chinelle (un couple d’artistes) et, surtout, Catwoman (qui a 137 inculpations pour meurtre et est condamnée à la peine capitale par injection létale ! — on apprendra pourquoi dans la suite de l’ouvrage).

Objectif : récupérer le Psycho-Pirate à Santa Prisca auprès de Bane.

Batman Rebirth Suicide

[Critique]
L’histoire débute directement avec Batman #9, on saute donc les chapitres 7 et 8 qui sont dans La Nuit des Monstres. Récit qui rassemble aussi deux chapitres des nouvelles séries Rebirth Nightwing et Detective Comics. Étonnamment Urban Comics n’en fait pas mention dans son avant-propos (l’évènement avait pourtant été plus ou moins annoncé dans le tome précédent).

Cela n’entache pas à la lecture puisqu’on plonge directement dans ce qu’on avait laissé aussi en suspens à la fin de Mon nom est Gotham, c’est à dire : Claire dans un triste état, Batman qui accepte la proposition de Waller, Bane qui a récupéré le Pyscho-Pirate, etc.

Poli Chinelle

Tom King propose une version Suicide Squad gérée par Batman. Si Le Ventriloque et, surtout, Catwoman occupent la plus grande place (avec talent), il n’en est pas de même pour Poli et Chinelle (voir image ci-dessus), véritable version low-cost du Joker et Harley Quinn ainsi que du Tigre de Bronze, assez anecdotique in fine.

Cet aspect, avec celui d’un Batman surhumain qui se bat contre des centaines d’ennemis sans sourciller (et en ne se prenant aucune balle), sont les deux réels défauts majeurs du livre.

Catwoman Ventriloque

Le reste est quasi parfait : la narration double enchaînant Catwoman et Batman sied à merveille au récit, flirtant sur l’idylle des deux et navigant sur un plan alambiqué d’une mission passionnante.

Quelques prévisions (une vraie-fausse trahison de Catwoman), des absences notoires (qui seront peut-être comblées dans le tome suivant, comme celles de Claire et Waller), un Bane complètement nu et rasé (un élément divisant, on peut le percevoir comme une facilité artistique ou comme un personnage en proie à ses démons — pour montrer l’addiction à une drogue, puisque le Pyscho-Pirate devait l’aider à vaincre sa dépendance).

Bane Catwoman

De nombreuses références à d’ennemis hyper hyper secondaires sont recensées (Kite-Man, brièvement aperçu dans le tome précédent, Calendar Man (idem), Mayo (!), les jumeaux Tweed & Tweed, la femme « Doe »), des connexions avec Année Un et Batman #1 (1940) sont même à souligner (une postface de l’éditeur aide le lecteur à comprendre cela — complétée par quelques couvertures alternatives).

Holly Robinson est également de la partie, elle était dans les comics pré-cités et plus ou moins dans le film The Dark Knight Rises, interprétée par Juno Temple dont les dessins du personnage ici semblent en être inspirés.

Batman & Catwoman

Pour l’anecdote également, dès le début, il est mentionné par Batman lui-même qu’Arnold Wesker, alias Le Ventriloque, a été inculpé (huit fois) « pour des meurtres commis pendant la tragique guerre des rires et énigmes il y a quelques années« . Interné à perpétuité et clamant que c’est Le Pantin (sa marionnette) qui l’a poussé à faire ça. Ce passage annonce le quatrième tome de la série, intitulé La Guerre des Rires et des Énigmes (sortie prévue en mai 2018). Sans surprise, cette saga mettra en avant le Joker et le Sphinx.

Toute cette histoire ne serait rien sans les deux dessinateurs qui officient sur Mon nom est suicide : Mikel Janin (toute la mission à Santa Prisca) et Mitch Gerads (le retour à Gotham City). Le premier continue d’illustrer les héros et antagonistes de Gotham avec son trait si particulier : élégant, réaliste et fascinant (aidé par la superbe colorisation de June Chung).

Arnold Ventriloque

Le second, qui s’occupe de l’encrage et la couleur lui-même en plus des dessins, pêche un peu sur les visages mais offre un découpage, un univers et une mélancolie (bien aidée par le scénario bien sûr) assez exceptionnels. En somme, tout le côté graphique du tome est un régal et ne souffre d’aucun défauts.

Un tome qui est donc mieux que le précédent, qui peut quasiment se lire en one-shot et qui est rejoint les coups de cœur du site !

Bane vs Batman

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 10 novembre 2017. Précédemment publié dans le magazine Batman Rebirth #4 à #7 (septembre à décembre 2017).

Titre des chapitres :
Batman #9-13 : Mon nom est Suicide
Batman #14-15 : De toit à moi

Scénario : Tom King
Dessins : Mikel Janín (#9-13), Mitch Gerads (#14-15)
Encrage : Mitch Gerads (#14-15)
Couleur : June Chung (#9-13), Mitch Gerads (#14-15)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Selina Kyle

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Batman Rebirth – Tome 01 : Mon nom est Gotham

Batman My name is Suicide