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Le Batman Qui Rit

Article récapitulatif sur l’univers de la série et ses conséquences.

Apparu dans Batman Metal, le personnage charismatique du Batman Qui Rit poursuit sa croisade contre Batman/Bruce Wayne dans un volume indépendant qui se déroule après la fin de la série mère (le volume trois de Metal donc). Toujours écrit par Scott Snyder, que vaut cette incursion ?

 

(À gauche, la couverture classique, dessinée par Ben Oliver,
à droite la version croquée par Jock pour l’édition limitée en vente au Comic Con 2019 de Paris.)

[Histoire]
Le Batman Qui Rit a survécu à son combat contre Batman et le Joker. Il débarque à Gotham City avec un nouveau Bruce Wayne maléfique : le Grim Knight. Dans le monde initial de ce Chevalier Noir, ce Bruce/Batman utilise des armes à feu et tue de sang-froid tous les criminels (il avait abattu Joe Chill avec sa propre arme juste après le meurtre de ses parents).

Le Batman Qui Rit et Grim Knight ont un double plan. D’un côté faire de Bruce Wayne un nouveau Batman Qui Rit en le fusionnant avec une toxine du Joker qui se libère une fois qu’il meurt. D’un autre évidemment détruire la ville…

Plusieurs cadavres sont retrouvés par Batman : tous ont son ADN et sont donc des Bruce Wayne provenant d’autres mondes. Qui sont-ils exactement et pourquoi sont-ils arrivés ici ?

[Critique]
Un des rares éléments les plus réussis de Batman Metal était le fameux Batman Qui Rit (et ses fameux Chevaliers Noirs). On se plaît donc à le revoir ici au premier plan, face à « notre » Batman. Les huit chapitres qui forment ce volume unique (qui appelle à une suite mais peut effectivement être lu de façon indépendante) sont une plongée violente et passionnante dans une course contre-la-montre, certes tirée par les cheveux (comme souvent chez le même auteur, Scott Snyder), mais dotée de bons ingrédients.

On retrouve en premier lieu un triptyque efficace contre le Mal : Batman, Alfred et Gordon. Ce côté « à l’ancienne » est accentué par la présence quasi mystique du Joker et du Grim Knight. Cela forme une approche très terre-à-terre et brutal, très efficace puis paradoxalement rejointe par l’aspect horrifique, fantastique et presque science-fiction du Batman Qui Rit. Un mélange des genres plutôt bien géré.

Malgré certaines qualités narratives (l’originalité du début — sincèrement réussi —, l’empathie envers les personnages…), d’autres séquences d’écrituer viennent plomber un peu le récit. Le dernier tiers du livre est interminable et confus. Snyder retombe dans ses explications alambiquées et vers un statu quo somme toute classique (comme trop souvent avec lui, hélas). Le scénariste continue aussi d’explorer son propre BatVerse avec cette « incompréhensible » Cour des Hiboux (vite mise hors-jeu pourtant, donc presque figurante) et Gotham elle-même dans un rôle majeur.

On trouve (avec malice) dans cette histoire une suite plus ou moins officielle à l’excellent Sombre Reflet, première histoire du Chevalier Noir écrite par Snyder et dessinée également par Jock. En effet, James Gordon Jr. tient un rôle important ici, permettant de voir ce qu’il était devenu. Bouclant ainsi la boucle, comme le laisse entendre l’auteur en avant-propos. Il explique aussi que Le Batman Qui Rit se déroule en parrallèle de son autre série qu’il scénarise : New Justice. Nul besoin de la connaître pour comprendre les éventuelles connexions (à chaud on en voit même aucune si on est vierge d’informations sur New Justice).

Le dessinateur Jock livre des dessins de bonnes factures avec son style inimitable : ses traits anguleux, droits et sa violence graphique. Malheureusement, il n’est pas au sommet de son art (cf. certaines illustrations de cet article, avec une petite galerie à la fin — même si les plus « belles» ont été sélectionnées —, et à l’exception de l’image ci-après et d’une autre, facilement identifiables, signées Eduardo Risso). La faute aussi à des décors parfois pauvres ou des fonds vides et à peine colorisés. Il manque quelques dessins en pleine planche ou double-pages où Jock aurait laissé son talent casser les rétines des lecteurs. Attention, ce n’est pas raté, loin de là (à nouveau se référer aux images de ce papier), mais quand on connaît le travail de l’artiste, on est un petit peu déçu de ne pas le voir déployer plus grandement son art.

Néanmoins l’ambiance sombre de l’ensemble est un des points forts du comic-book. Par contre le lettrage et la colorisation de celle-ci sont un point faible, car cela donne parfois du texte rouge sur fond noir ou gris plutôt illisible. À l’image de l’antagoniste croqué de façon brouillonne en fin de volume (un effet volontaire mais qui tombe à plat). Eduardo Risso (Cité Brisée, Dark Night…) assure le chapitre consacré au Grim Knight, dans deux styles nettement différents et bienvenus.

Le Batman Qui Rit mérite le détour pour ceux qui veulent connaître ce personnage en évitant la lecture indigeste (et coûteuse d’une certaine façon) des trois volets de Batman Metal — on peut tout de même en lire le second tome puis celui-ci. Étonnamment accessible, sa première partie est franchement plaisante, rappelant et offrant une suite à Sombre Reflet, comme un polar efficace. Sa seconde partie, hélas, est interminable, inutilement compliquée et parfois bâclée. L’ensemble reste prenant tout de même avec beaucoup d’action, un rythme en demi-teinte et une certaine approche de l’horreur, tranchant radicalement avec les aventures « classiques » du Chevalier Noir.

Le Batman Qui Rit reviendra en 2020 nous informe la dernière page, il s’agit du « tome 2 » : Les Infectés, prévu en avril prochain (même si aucun numéro n’est écrit sur le livre, de même que sur celui-ci).

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 15 novembre 2019.

Scénario : Scott Snyder (avec James Tynion IV pour The Grim Knight)
Dessin : Jock (Eduardo Rysso pour The Grim Knight)
Couleurs : David Baron et Dave Stewart

Traduction : Edmond Tourriol
Lettrage : MAKMA (Stephan Boschat, Sabine Maddin)

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Le Batman Qui Rit

Batman – Tome 08 : La Relève (1ère partie)

Avant-dernier tome de la série scénarisée par Scott Snyder, l’artiste va encore plus loin que d’habitude pour casser les codes de la mythologie du Chevalier Noir. Audacieux ou ridicule ? Dans les deux cas, c’est osé et ne laisse pas indifférent. Plongée dans la suite de Mascarade, qui dévoile un nouveau Batman, au sens littéral comme au figuré.

batman-tome-8-la-releve

[Histoire]
Cinq ans avant l’attaque du Joker sur Gotham City, un cadavre était retrouvé par Batman dans les marécages en amont de la ville. Ce dernier aurait un lien avec… Le Pingouin.

De nos jours, alors que Batman est considéré comme mort, c’est l’ancien commissaire Gordon qui est désigné par la puissante compagnie Powers International pour remplacer le Chevalier Noir ! Mais celui-ci travaillera avec la police et n’agira pas en totale indépendance. L’évolution du symbole du justicier s’illustre également à travers un costume radicalement modifié puisque « Batman » est aux commandes, la majeure partie du temps, d’une armure géante/combinaison robotique. Celle-ci ne sera pas de trop pour venir à bout d’ennemis composés d’énergie et aux super-pouvoirs divers.

De son côté, Bruce Wayne est sorti vivant de son combat contre le Joker mais est devenu amnésique. Il est en couple et s’occupe de jeunes enfants dans un refuge de Lucius Fox. Alfred lui a rappelé une partie de son passé mais lui a caché son ancienne identité secrète, afin que son maître continue de vivre heureux et apaisé.

Dans les ruelles de Gotham, un nouveau mal rôde : Mister Bloom, créature longiforme qui a l’air indestructible…

Batman Bunny

[Critique]
Voici une histoire atypique dans l’univers de Batman. Si le chapitre qui ouvre le comic-book (le #44, Un cas comme un autre, sorte de flash-back placé en début d’intrigue pour cette version reliée en librairie) est de facture classique, écrit par Scott Snyder et Brian Azzarello (Dark Knight III, La Cité Brisée), élégamment dessiné par Jock (Sombre Reflet) qui signe aussi la couverture choisie pour cette édition française, les suivants (du #41 au #43 puis le #45) du tandem Snyder-Capullo offrent un renouveau faussement polémique. Tout d’abord, Bruce Wayne écarté de son rôle de justicier a déjà été vu, aussi bien dans le run de Morrison (lorsque Batman était « mort » et remplacé par Dick Grayson) mais également dans la saga Knightfall, où Jean-Paul Valley lui succédait le temps que le milliardaire se remette de sa blessure. Ce fameux « Azraël » évoluait d’ailleurs vers un costume de plus en plus robotique, comme ici et à l’instar de l’armure qu’endosse Batman dans The Dark Knight Returns de Frank Miller (et dans une moindre mesure dans Kingdom Come). Bref, rien de réellement novateur sur ce plan là ; seule l’amnésie de Wayne est « originale ». Plus anecdotique : ce principe de relève (comme le titre du livre) se rapproche de la vision de Christopher Nolan dans son film The Dark Knight Rises, qui concluait sa trilogie.

Par ailleurs, l’idée que Batman soit financé (et « contrôlé ») par une organisation rappelle à nouveau Morrison avec Batman Incorporated (la notion de contrôle en moins, évidemment). Finalement, outre le look d’une armure tourné vers les « mechas » (issus des animes et mangas, donc de la culture japonaise) et plutôt calqué sur un lapin qu’une chauve-souris, c’est surtout que Gordon soit affilié à cette position qui est surprenant. C’est éventuellement réprobateur : le policier, quarante-six ans dans la série, suit un entraînement intensif, se rase le crâne, enchaîne les vannes et les punchlines… En somme, ce Gordon 2.0 devient « cool » et totalement différent du personnage classique. C’est ce parti pris, trahison suprême ou intéressante initiative, qui mérite un débat. Dans l’évolution du travail de Scott Snyder, ça ne choque pas tant que cela mais pour un respect de cohérence, il aurait été plus judicieux de choisir un autre protagoniste pour incarner cette mouture. Pourquoi pas Harper Row, alias Bluebird ? Une jeune fille démunie et un brin punk : une image totalement contrastée avec celle de Bruce Wayne. Introduite dès le début de la série et occupant une place de plus en plus importante (notamment dans Batman Eternal), cela aurait été un choix certainement plus judicieux (mais toujours délicat par rapport au reste).

Bruce Wayne Gordon New Batman

Scott Snyder, très lucide, a anticipé les critiques négatives (une fois de plus) en établissant plusieurs mises en abîme dans sa bande dessinée pour montrer à son lectorat qu’il a bien conscience du traitement totalement hors-norme qu’il fait subir à Batman. Ainsi, l’on découvre en dessin deux enfants qui tiennent chacun une figurine du Chevalier Noir : l’un a celle du Batman « classique », l’autre celle du nouveau (c’est à dire de l’armure/du robot).

« Tu peux raconter ce que tu veux, mais Batman, c’est celui-ci. C’est lui, le vrai.
Ton machin là ? Même s’il a toute une collec’ de jouets assortis, c’est pas Batman.
Et puis, sérieux, il a même pas de Batmobile ! »

Même chose plus loin, avec Gordon qui explique que sa combinaison hight-tech, ressemblant plus à un lapin qu’à une chauve-souris, n’est pas non plus ce qu’est censée représenter le Chevalier Noir. Sans parler de la Batmobile devenue un énorme camion blindé…

« Parce que pour moi, non, hein, c’est pas Batman, ça. […]
On dirait… Un Bat-Lapin. Un Robot-Bat-Lapin ? »
[Gordon lorsqu’il découvre sa future armure.]

Batman La Releve Figurines

À côté de cette version plus ou moins novatrice de Batman, le lecteur découvre un ennemi végétal, créature hybride particulièrement menaçante, encore un peu mystérieuse. Poison Ivy aurait-elle été plus appropriée ? Très certainement. Elle aurait gagée aussi à parfaire un angle « réaliste » plausible qui était sensiblement instauré depuis le premier tome. Le Caped Crusader affronte en plus d’autre étrangetés, monstres organiques et/ou composés d’énergie (!). Ces combats ne transportent pas vraiment le lecteur (d’autant plus qu’on ne comprend pas spécialement leurs enjeux), ils servent surtout à se familiariser avec Gordon/Batman.

Les quatre chapitres de Snyder/Capullo sont encore trop « maigres » pour plonger avec fascination dans ce nouvel arc. Comme pour La Cour/Nuit des Hiboux et L’An Zéro, Snyder préfère étaler (à raison) son histoire sur l’équivalent de deux volumes. Ce n’est pas plus mal car ses « one-shot » (Le Deuil de la Famille et Mascarade) se lisent trop rapidement, confèrent un sentiment de bâclage voire de chapitres expéditifs. Il faudra donc attendre la suite (et fin) de cette relève pour construire un avis définitif, aussi bien sur ce segment que sur son travail global sur la série.

Comme toujours, côté graphique, le triptyque de choc excelle : Greg Capullo et son trait fin, détaillé et fluide, encré par Danny Miki puis colorisé avec brio par Fco Plascencia. Ce dernier procure, depuis L’An Zéro, un rendu visuel parfois « psychédélique », avec de nombreuses couleurs vives : en résultent d’agréables planches. Pour la partie scénaristique, cela devient une habitude : Snyder enchaîne bonnes et mauvaises idées et citent beaucoup ses anciennes et annexes productions (agréable pour le fin connaisseur, déstabilisant pour le néophyte). Par exemple le jeune Duke aperçu enfant dans L’An Zéro est ici adolescent et les connexions avec Batman Eternal et Mascarade sont nombreuses. Mais on navigue entre flashbacks et flashforwards avec une étonnante fluidité (les prémices du nouveau Batman, l’acceptation puis le changement de Gordon, ses affrontements, etc.).

Batman Gordon Suit Costume

Batman Annual #4, Maison de Fous, clôt l’ouvrage. Écrit par James Tynion IV (fidèle compagnon de plume de Snyder, comme le #3 publié dans Mascarade), on y suit Bruce Wayne (qui ignore toujours son ancienne double-identité), sa compagne Julie, mademoiselle Powers (à la tête de la compagnie éponyme qui a recruté Gordon en nouveau Batman) et Alfred dans le manoir familial (qui était devenu provisoirement le lieu d’hébergements des fous de l’asile d’Arkham, suite à son effondrement dans Batman Eternal). Le petit groupe sera confronté à l’Homme-Mystère, Mister Freeze et Gueule d’Argile. Un bon complément, dessiné par Roge Antonio, qui poursuit le statu quo inédit du lieu. La Relève est donc à découvrir, principalement pour son originalité (qui divisera, comme toujours), mais il est nécessaire de prévoir l’achat de la suite, faute de ne pas être totalement satisfait cette fois-ci.

Batman Releve

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 27 mai 2016.
Scénario : Scott Snyder, Brian Azzarello (Un cas comme un autre) et James Tynion IV (Maison de fous)
Dessin : Greg Capullo, Jock (Un cas comme un autre) et Roge Antonio (Maison de fous)
Encrage : Danny Miki
Couleur : Fco Plascencia, Lee Loughridge (Un cas comme un autre) et Dave McCaig (Maison de fous)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

Contient : Batman #41-45 and Free Comic Book Day 2015: DC Comics Divergence #1 + Batman Annual #4

Batman Jock

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Batman – Tome 07 : Mascarade

Mister Bloom

Batman – Tome 03 : Le Deuil de la Famille

Batman le deuil de la famille[Histoire]
Le Joker est de retour à Gotham City après un an d’absence. Il s’était fait enlever le visage par le Taxidermiste (cf. Detective Comics #01) avant de quitter la ville du Chevalier Noir pour élaborer son plan. Ce dernier consiste à briser la famille de Batman, c’est à dire la plupart de ses alliés : Nightwing, Batgirl, Red Robin, etc.

Selon le Clown du Crime, c’est l’attachement de Batman à cette famille qui l’affaiblit et le rend par conséquent plus vulnérable et c’est cela qu’il déplore, il souhaite (re)trouver un adversaire digne de lui. Afin de tuer « psychologiquement » cette famille, le Joker va préparer un dîner particulier où les convives seront les alliés du Dark Knight. Il commence donc par capturer un majordome habitué des soirées mondaines : Alfred Pennyworth.

Est-ce le hasard ou bien un choix délibéré de choisir le domestique de Bruce Wayne ? De plus, lorsque le Joker avoue connaître l’identité de chaque allié, s’agit-il d’un coup de bluff ou d’un réel chantage ? Pourquoi sa carte s’est retrouvée dans la BatCave et personne n’a été mis au courant alors que Batman le savait pertinemment ?
C’est en semant le trouble et en s’en prenant violemment ou avec de la torture psychique sur l’entourage de Batman que le Joker va mener à bien ses objectifs.

Perdant peu à peu la confiance de ses alliés, le Chevalier Noir va se confronter à son pire ennemi dans un lieu emblématique : l’asile d’Arkham.

Batman Deuil Joker[Critique]
Cette critique porte sur le recueil publié en librairie (qui contient uniquement la série Batman et ses back-up) mais aussi sur les publications dans Batman Saga (avec l’intégrale des histoires annexes). Attention donc à bien différencier les deux.

« Revenir sur l’histoire globale a un goût amer,
on se sent tellement dupé par le jeu de Snyder. »

Difficile parfois de juger une œuvre tant la fin de celle-ci est importante, c’est le cas ici. Si la conclusion est loin d’être réussie, est-ce que tous les éléments précédemment mis en place, avec brio, permettent de trouver l’ensemble finalement intéressant ? Vaste débat (qui est valable également pour le cinéma).
Quoiqu’il en soit, il est indéniable que le dernier chapitre (voire les deux derniers) sont très décevants. Revenir sur l’histoire globale a un goût amer, tellement on se sent dupé par le jeu de Scott Snyder.

Joker Batman Deuil de la FamilleReprenons depuis le début.
Dès la dernière planche du premier chapitre de la série Batman, le lecteur est pris par l’histoire et voudra connaître la fin. Mais avant d’en arriver au bout, ce qui est possible très rapidement en ne lisant « que » les cinq chapitres de la série mère (et qui donne clairement un récit sans intérêt, incomplet et ridicule — c’est hélas ce qui est publié dans le recueil sorti en librairie), il est nécessaire de lire tous les petits bouts de vie des séries-sœurs (ne serait-ce que pour comprendre comment le Joker a réuni autour de sa table les alliés de Batman). À savoir : Batgirl, Nightwing, Catwoman, Red Robin (via Teen Titans), Robin (via Batman & Robin) et enfin Jason Todd (via Red Hood & the Outlaws). Chaque personnage se verra en effet confronté au Joker et finira capturé par ce dernier et ligoté au fameux dîner préparé par le Clown du Crime.

« Il est conseillé de découvrir cet arc avec
les cinq numéros de Batman Saga au lieu du recueil en libraire. »

Si les deux chapitres consacrés à Catwoman sont plutôt confus et sans réel intérêt, ceux sur Batgirl sont à l’inverse indispensables et très intéressants. La belle héroïne voit sa mère capturée par le Joker, on suppose donc qu’il connaît son identité, avant de comprendre qu’il s’agit de son frère psychopathe qui a agit en tant que bras droit du Joker (vu dans l’excellent Sombre Reflet). Le Clown ira même demander en mariage la belle…
Dans la série Detective Comics, seules quelques cases donnent un écho à la trame principale, c’est donc totalement passables (exceptés le seizième chapitre, un peu plus ancré dans l’arc). Les chapitres sur Damian Wayne (Robin) n’est pas non le plus fouillé.
En revanche, Nightwing reste une valeur sûre et, surprise, les chassés-croisés et dialogues entre Red Robin et Red Hood, sonnent justes et sont pertinents, notamment dans la série Teen Titans :

« Voilà ce qu’il pense : on affaiblit Batman. On affaiblit son efficacité. Nous tuer rendra Batman plus fort, ce qui rendra la partie plus intéressante pour le Joker. Je déteste le reconnaitre, mais il raison. Alors comment faire ? » (Teen Titans #15 Cri d’adolescent)

« Quelque part à Gotham City, des gens crient. Je les entends malgré le brouillard des drogues. Je ne peux pas ouvrir les yeux, j’ai les lèvres enflées. C’est le Jooker. Il est responsable de tout ça. Il essaie d’endurcir Batman en brisant sa famille. Nightwing, Batgirl, Catwoman, Alfred, Bruce Wayne et moi, Red Robin… Il cherche à nous tuer. Mais plus déconcertant que les cris, c’est la respiration étouffée dix centimètres devant moi. Il y a un très léger écho. Pas une cagoule. Pas un capuchon. L’odeur de la cordite et du cirage sur un pistolet Red Hood. Jason Todd. Peut-être la personne qui a été le plus pèrs d’être un vrai frère de toute ma vie. Deux outsiders dans le club de garçons le plus fermé du monde : les Robins. Rouges ou non. Anciens  »acolytes » de Batman. Jason et moi n’avons pas parlé beaucoup depuis qu’il est revenu d’entre les morts et s’est lancé dans une grande vengeance. Mais je peux vous dire ceci. Si je dois affronter le Joker… je ne veux personne d’autre à mes côtés. » (Teen Titans #16 Gotham vire au rouge)

Batman Teen Titans Red Robin Red Hood Jason Todd Deuil de la familleBref, même si les chapitres de la Bat-Family sont de qualité inégale, la majorité est tout de même intéressante, indispensable et agréable à lire. Il est donc conseillé de découvrir cet arc via les cinq numéros de Batman Saga (cf. infographie après l’article) au lieu du recueil sorti en libraire. Celui-ci ne suit que le Dark Knight et malgré un excellent début, dès l’arrivée à Arkham ce qui suit devient loufoque : les chevaux, les combats ridicules et éphémères contre des ennemis emblématiques démolis en deux cases… Une fois au bout, Batman découvre tous ses alliés prisonniers, impossible de savoir comment ils sont arrivés là sans avoir lu les histoires annexes du coup.

« Deux dessinateurs (Greg Capullo et Jock) au sommet de leur art
mais qui sont malheureusement  desservis par leur collègue scénariste Scott Snyder. »

Malgré tout, la conclusion, tant attendue survient après d’épiques moments (sauf dans le recueil) et la tension est à son comble.
Mais celle-ci s’essouffle dès l’instant où les visages de chaque allié apparaissent sans être défiguré. Snyder (ou les hauts bureaux de DC ?) n’ont pas eu le courage d’aller au bout des choses. Ce n’est pas le plus grave, c’est surtout que le Joker ignorait bel et bien les identités de chacun ! Sacré pétard mouillé !
Certes, la famille se retrouve séparée et en conflits intérieurs. Les dernières planches sont, sur ce point prévis, particulièrement réussies. Tout cela ne servirait donc que pour « la suite » des aventures de la Bat-Family. Sauf qu’il y a fort à parier qu’il n’y aura quasiment pas de réelles répercussions, et quand bien même, cet arc narratif forme « un tout » avec donc une fin peu satisfaisante. L’après Deuil de la Famille sera surtout axé sur un autre évènement (la mort d’un personnage dans une autre série — qui aurait paradoxalement mieux été baptisée avec le nom de cet arc du coup) et cette histoire vite oubliée…

batman deuil de la familleEt c’est vraiment, vraiment dommage. Car tous les ingrédients étaient là, tout était quasi-parfait avant les derniers chapitres totalement à côté de la plaque.
De plus, côté graphisme Greg Capullo excelle à nouveau, sa version défigurée du Joker est superbe (même si scénaristiquement l’intérêt reste flou) ; Jock est aux commandes des back-up, consacrés respectivement au Pingouin, au Riddler (L’Homme Mystère) et à Double Face. Son style unique tranche avec celui de Capullo, mais les deux se complètent parfaitement : deux artistes au sommet de leur art mais qui sont malheureusement desservis par leur collègue scénariste Scott Snyder.

Critique peut-être trop sévère, mais à chaud et après une seconde relecture l’avis n’a pas trop changé. L’intégrale de ce Deuil de la Famille est bon, sa fin est (très) mauvaise. La déception l’emporte donc. À relire dans quelques mois, peut-être après le nouvel arc, L’An Zéro, qui apportera un nouveau regard.

Joker Joke[À propos]
Publié en France dans Batman Saga  #15 à #19 (août à décembre 2013) et en recueil chez Urban Comics le 14 février 2014.
Titres des chapitres : voir infographie ci-dessous.
Ce qui suit concerne uniquement le recueil.
Scénario : Scott Snyder
Dessin : Greg Capullo / Jock (pour les back-up)
Couleur : Fco Plascencia
Encrage : Jonathan Glapion
Lettrage : Christophe Semal et Laurence Hingray (studio Myrtille)
Traduction : Jérôme Wicky
Publication originale dans Batman vol. 3 : Death of the Family (Batman #13-17)

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• Tome 3 : Le Deuil de la Famille
• Tome 2 : La Nuit des Hiboux
• Tome 1 : La Cour des Hiboux

Deuil de la Famille