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Batman Prime – Tome 1 : Ennemi public n°1

Nouvelle série sur Batman ! Porte d’entrée idéale ou énième « divertissement sans plus » ? On fait le point sur ce premier volume de Batman Prime, qui inaugure une nouvelle ère.

 

(Le premier chapitre a été publiéefin mars dans la Gotham Gazette – on en parle plus bas.)

[Contextualisation]
Les fans le savent bien, aux États-Unis il y a deux séries historiques sur Batman : Detective Comics et Batman. La seconde a vécu trois relances (relaunch en VO) depuis 1940 (!) pour redémarrer chaque fois au numéro #1. L’idée est simple : attirer le sacro-saint potentiel nouveau lecteur pour l’embarquer dans une nouvelle série qui ne requiert (apparemment) pas trop de connaissances en amont. C’est souvent vrai mais à nuancer. En France, Urban Comics avait profité du relaunch de 2011 (New 52) pour lancer sa première série Batman (de Scott Snyder). En 2016, lors de la deuxième nouvelle numérotation, c’est l’ère Rebirth qui a dominé les séries françaises. Malgré ces relances, les séries restent intitulées Batman aux US – on leur accole l’année de départ (et de fin) quand on les nomme pour ne pas trop s’y perdre, avec également un numéro de volume correspondant aux périodes de publication. Ainsi, cela donne (hors numéros annuals et specials) :

  • Batman vol. 1 (1940-2011) – 713 numéros
  • Batman vol. 2 (2011-2011) – 52 numéros
  • Batman vol. 3 (2016-2025) – 164 numéros – normalement terminé mais toujours en cours à cause de Silence 2
  • Batman vol. 4 (depuis 2025) – En cours

Chez nous, bien difficile de ne pas dissocier autant de séries ; Rebirth est donc devenu Infinite dans un second temps (pour éviter de s’y perdre et de publier des séries à rallonge qui ne sont pas forcément de véritables suites directes entre elles – mais qui changent d’auteurs de l’une à l’autre). Par exemple Batman Rebirth et Joker War sont classés dans la collection DC Rebirth, tandis que Batman Infinite et Batman Dark City dans DC Infinite. Les derniers numéros de Batman vol. 3 sont consacrés à Silence 2 et auraient dû être terminés depuis longtemps. Pour ne pas attendre de trop, DC Comics relance Batman avec un numéro #1 – impossible de savoir si c’est lié au retard de Silence 2 ou prévu de longue date. L’astuce permet de faire co-exister DEUX séries intitulées Batman sans se préoccuper de la continuité et du retard de la première. Derrière cette habile manœuvre, la nouvelle numérotation permet d’avoir une porte d’entrée pour un nouveau lectorat. En France, Urban Comics a choisi de nommer cette nouvelle ère Prime (comme toujours, l’idée est d’anticiper une meilleure dissociation pour les futures séries autour du Chevalier Noir, quand le run d’un auteur sera terminé par exemple).

Problème : le premier chapitre de Batman Prime est clairement la suite des précédents (ceux qui se déroulaient avant Silence 2, donc ceux de Dark City – tout le monde arrive à suivre ?). Il est donc très étrange d’aborder la série comme s’il s’agissait d’une véritable nouveauté (d’autant plus que c’est le même dessinateur – le talentueux Jorge Jiménez – qui est à l’œuvre, comme il l’était sur Dark City). La lecture reste abordable sans difficulté mais on a du mal à l’envisager comme un nouveau départ au sens stricte du terme. Néanmoins, ce n’est pas si grave que cela. Voyons plutôt ça comme une nouvelle série classique autour de Batman, ce qu’elle est de prime (prime, vous l’avez ?) abord, de toute façon !

 

[Introduction d’Urban Comics]
L’éditeur ouvre le volume avec un long texte pertinent récapitulant les évènements récents qui ont eu lieu pour Batman (confirmant qu’on est loin d’un nouveau départ mais passons…). Voici un copié/collé de cette introduction (avec quelques ajouts référentiels pour les comics dans lesquels se déroulent les faits relatés), qui permet d’avoir en tête les éléments importants ou de les découvrir si le lecteur n’est pas à jour et reprend ses lectures (ou débute) Batman avec ce premier opus.

Un nouveau jour

Les dernières années ont été particulièrement difficiles pour le Chevalier Noir. Brisé par Bane (fin de Batman Rebirth), ruiné par le Joker (Joker War) et pris d’assaut par l’Épouvantail (Batman Infinite)… S’il est toujours parvenu, entouré de ses alliés, à se relever et faire face aux menaces, sa vie est loin d’être revenue à la normale. La mort d’Alfred Pennyworth des mains de Bane laisse un vide profond dans le cœur des membres de la Bat-Famille, et cette perte est d’autant plus douloureuse pour Batman qui voit partir son plus précieux allié, conseiller et figure paternelle.

Dans le même temps, Gotham est aussi secouée par un vent de changement au lendemain des crises successives qui ont ravagé la ville. Chris Nakano, un ex-policier qui perdit sa partenaire et fut grièvement blessé lors de la « Guerre du Joker», est élu maire. Véritable symbole du « ras-le-bol» des gothamiens, il estime Batman responsable des catastrophes frappant la ville et mène une stricte politique anti-justiciers.

Ces tensions contribuent à faire réémerger en Bruce Wayne une personnalité de secours amorale et ultraviolente, Zur-en-Arrh (Dark City). Celui-ci le pousse non seulement à faire preuve de plus de méfiance et de radicalité dans son combat, mais surtout à pousser ses alliés à quitter cette vie de dangers. Ainsi, quand Catwoman forme une « Ligue des voleurs » ciblant exclusivement les très riches en évitant toute violence, Batman atteint un point de rupture. Incapable de concilier sa philosophie de lutte contre le crime avec les actions de la voleuse, il part en guerre contre elle, malgré les objections d’une partie de la Bat-Famille. Prêt à tout, il ira jusqu’à manipuler mentalement Jason Todd pour le rendre incapable de se battre, brisant la confiance que ses coéquipiers avaient en lui.

 
(Quelques couvertures des dernières séries Batman et Detective Comics où se déroule les évènements relatés dans ce texte)

Mais cette Ligue n’est en réalité qu’une façade pour les plans de Vandal Savage, immortel né dans la préhistoire et super-vilain notoire. Réalisant que ses pouvoirs sont en déclin, il espère retrouver à Gotham la météorite qui lui a conféré sa longévité légendaire. Avantage de taille, il connait l’identité secrète de la Chauve-Souris et compte bien utiliser cette information à ses fins. Savage rachète le Manoir Wayne, s’y installe, et réunit toute la galerie de vilains gothamiens pour mener bien ses plans et faire tomber le Chevalier Noir. Batman et les siens sont finalement réunis pour un ultime combat face à lui, au terme duquel Catwoman passe pour morte aux yeux du monde, à l’exception de Batman qui garde le secret.

Sans manoir, sans Alfred et désormais isolé, Batman est privé de tout ce qui faisait son identité de Bruce Wayne. Plus paranoïaque que jamais, il est finalement dépassé par son identité de Zur-en-Arrh, qui a trouvé refuge dans l’implacable androïde Failsafe et l’attaque frontalement avant de le faire prisonnier. Ce n’est que par l’intervention d’une Bat-Famille resoudée que Zur-en-Arrh sera finalement vaincu…

Mais le repos n’est que de très courte durée, alors que Vandal Savage est nommé commissaire par Chris Nakano. En effet, si l’immortel est bien parvenu à rentrer en contact avec la précieuse météorite, il constate que ses effets se cantonnent aux frontières de Gotham. Désormais coincé dans la ville, il décide de se rapprocher des puissants pour en prendre le contrôle de l’intérieur. Sa première décision est radicale : aucun «justicier » ne peut agir à Gotham et Batman se retrouve, comme à ses débuts, hors-la-loi.

À ces intrigues s’ajoute une histoire d’amour tuée dans l’œuf : Jim Gordon entame une liaison avec Koyuki Nakano, l’épouse délaissée du maire. Il s’ensuit une dispute entre les deux hommes qui se solde par la mort de Nakano. Batman finira par prouver que Gordon a agi sous l’influence du Sphinx, armé de la technologie de contrôle mental du Chapelier Fou. Une fois innocenté, l’ex-commissaire décide de se réengager dans la police. Bien entendu soumis au bon vouloir de Savage, Gordon doit reprendre sa carrière à zéro, comme agent de terrain en uniforme, et ce malgré ses états de service. Ainsi, Batman et Gordon opèrent tous deux un retour aux sources, dans une Gotham en perpétuelle évolution.

C’est dans ce contexte que Matt Fraction prend les manettes de la nouvelle série Batman. Scénariste reconnu dans l’industrie des comics, récompensé de trois Eisner Awards pour son travail sur The Invincible Iron-Man, Hawkeye et Sex Criminals, il accepte la lourde tâche de reprendre les aventures du Chevalier Noir. Véritable coup de tonnerre aux États-Unis, ce relaunch marque la publication d’un nouveau « Batman #1 », le quatrième seulement depuis la création du personnage en 1939. Un événement historique donc, qui s’accompagne d’un véritable renouveau tout en s’inscrivant dans la continuité de la riche histoire du personnage. Bref, un exercice d’équilibriste pour Fraction, bien résolu à relever ce défi de taille.

Sa recette ? Présenter Gotham sous un nouveau jour, aussi reconnaissable par les lecteurs de longue date qu’accueillante pour les nouveaux lecteurs. Aussi, l’auteur multiplie les surprises: nouveau costume, nouveaux gadgets, nouveaux alliés… et bien sûr nouveaux ennemis. Pour réaliser cette vision, il est accompagné d’un artiste bien connu des fans de la Chauve-Souris: Jorge Jiménez, dessinateur emblématique des séries Batman – Joker War, Batman Infinite et Batman – Dark City. Avec son trait lumineux et dynamique, il vient magnifier cette version inédite de l’univers du Chevalier Noir.

Chaque chapitre est un récit auto-contenu, dessinant une intrigue au long cours. Le cadre parfait pour faire intervenir de nombreux personnages de l’univers gothamien, en passant de diner mondain en course-poursuite, de whodunit en combat épique. Les intentions de l’auteur sont claires : proposer des épisodes mettant autant Batman que Bruce Wayne sous le feu des projecteurs dans une Gotham où le crime organisé tend à se structurer autour de nouveaux visages. Autre particularité: après une période particulièrement sombre, Fraction souhaite écrire un Batman plus optimiste, empathique, tout en respectant l’ADN de ce qui fait le Croisé à la Cape. Un aspect souvent mis de côté par les auteurs, et qui transparaît ici dès les premiers chapitres.

Mais une Gotham lumineuse reste une Gotham dangereuse. Ainsi, les nouvelles Tours Arkham se fixent pour but de réhabiliter ses dangereux patients, mais peut-on s’y fier ? Chris Nakano a laissé sa place à un super-vilain au service d’une organisation criminelle, la Cour des Hiboux, elle-même infiltrée par des espions russes… Mais les élections approchant doit-on craindre l’arrivée d’un nouveau maire aux sombres desseins ? Enfin, Batman fait face à l’avenir doté d’une motivation nouvelle, mais doit toujours affronter le vide laissé par la mort d’Alfred. Le Chevalier Noir parviendra-t-il à faire son deuil pour véritablement tourner la page ?

[Résumé de l’éditeur]
Batman a connu des années difficiles : brisé par Bane, ruiné par le Joker et attaqué par sa propre création, Failsafe. Mais le Chevalier Noir, entouré de ses alliés, a toujours su se relever et faire face aux menaces. Ainsi, quand Vandal Savage, nouveau commissaire du G.C.P.D., déclare Batman hors-la-loi, notre héros ne recule pas et se lance dans une nouvelle ère d’héroïsme. Une nouvelle page, plus lumineuse, s’ouvre pour le plus Grand détective du monde !

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Comme évoqué, ce Batman Prime est un vrai/faux départ. Un vrai car le Chevalier Noir est plus ou moins revenu à zéro et il se lance dans de nouvelles investigations et de nouveaux affrontements… Un faux car le statu quo prolonge le précédent : Vandal Savage est à la tête du GCPD, Gordon est un simple agent de terrain, Alfred est toujours mort (remplacé par un hologramme – on en reparlera), la politique de feu Nakano toujours plus ou moins présente, les cheminements des différents Robin reprennent où ils étaient, etc. Le cadre est donc posé, pas tout à fait « classique/habituel » mais suffisamment familier pour le comprendre.

Alors, qu’est-ce que racontent ces six premiers chapitres ? Malheureusement pas grand chose de très original… Contrairement à ce qui est annoncé par Urban Comics, les épisodes ne sont pas vraiment auto-contenus et se suivent bien entre eux avec, à la fin de chacun, une petite séquence qui donne envie de lire la suite. Le premier chapitre montre ainsi Batman à la poursuite de Killer Croc (avec une conclusion moins brutale qu’à l’accoutumée), le deuxième Red Robin/Tim Drake avec un mix entre passé (flashback quand il s’essayait à conduire la Batmobile) et présent (il se prend une balle par un policier avant d’en sortir presque indemne  – première forme d’incohérence/facilité narrative qui casse de suite l’immersion/l’émotion). Le troisième épisode met en avant Bruce Wayne (en civil donc) en visite à l’hôpital puis dans ses entreprises – Batman et Robin sont décrétés hors-la-loi à ce stade –, avant une confrontation avec le Sphinx.

Il faut attendre le quatrième chapitre – le meilleur de la bande dessinée avec le cinquième – pour découvrir Le Minotaure, nouvel ennemi affublé, évidemment, d’un masque de taureau et possédant deux doigts supplémentaires (donc sept) à la main gauche. Manipulateur de finances et personne cruelle, ce Minotaure va-t-il se hisser au panthéon des antagonistes emblématiques du Dark Knight ? L’avenir nous le dira… L’occasion aussi de découvrir Annika Zeller, émérite docteur qui travaille au siège du département de sciences expérimentales Wayne (et déjà croisée en amont de l’histoire). Un rencard entre elle et Bruce est au cœur du cinquième épisode où se croisent des motards ninja (!) et une mystérieuse femme pouvant se transformer en plusieurs corbeaux (!!).

De nouveaux personnages donc (le Minotaure, Zeller et la femme aux corbeaux), quelques apparitions d’habituels (le Sphinx et le Pingouin) et une nouvelle menace encore opaque. Les jalons sont posés pour créer un nouveau mini-univers au sein d’un plus vaste. Celui de Matt Fraction donc. Le scénariste jongle comme il peut entre ce qu’il doit conserver de la continuité et en essayant d’avoir une semi carte blanche pour opérer son début d’arc. En cela l’ensemble est globalement réussi (bien aidé par sa partie graphique, on y reviendra). Le rythme est le point fort de la fiction, tout se lit vite et bien, avec une certaine hâte. Il faut attendre la seconde moitié de l’ouvrage pour être (enfin) un peu plus happé par l’intrigue. C’est donc une entrée en matière globalement convaincante mais pas non plus follement singulière. En somme ça devrait contenter les lecteurs habituels à la recherche d’une sympathique aventure de Batman mais, comme toujours, les deuxième et troisième tomes seront réellement décisifs pour trancher (la promesse de fin du premier est suffisamment palpitante pour avoir de beaux espoirs).

Côté écriture, si les échanges sont vifs et ciselés, sans temps morts, quelques points sont à soulever. Comme dit par l’éditeur en début d’ouvrage, Batman est doté de nouveaux gadgets. Très bien. Ça se traduit par une petite fiche signalétique qui le définit… Alfred est décédé ? Il est désormais remplacé par un hologramme (voire une IA – on ne sait pas trop) et amorce peut-être un chemin de résurrection future (comme avec Damian en son temps, cf. la série Batman & Robin). Timothy (Red Robin) annonce quitter Gotham pour s’installer avec son petit ami Bernard (cf. Dark City – Tome 2). En somme, des choses plus ou moins impactantes, pas vraiment révolutionnaires pour autant.

Une anecdote pour chipoter : le terme « boilermarker » est utilisé en VO pour qualifier un personnage secondaire, suivi de l’expression « back like a bad penny ». Cela signifie qu’il s’agit d’une personne pot de colle, qui revient sans cesse et dont on se débarrasse difficilement. Pour la version française, le traducteur (Jérôme Wicky) a curieusement choisi… « le sparadrap du capitaine Haddock ». La référence parlera évidemment à tous ceux qui ont lu ou vu les aventures de Tintin (et si ce n’est pas le cas, impossible de comprendre de quoi il en retourne) mais elle casse clairement une sorte d’immersion dans l’univers de Batman ! Quel dommage, il y avait des traductions plus simples possibles pour éviter cela. Voir les cases concernées tout en bas de cette critique. On le répète : c’est anecdotique mais à souligner néanmoins car ce n’est pas la première fois que cela arrive et pour le lectorat le plus exigeant, ce sont des choses qui peuvent agacer.

Dans Ennemi public n°1, le véritable héros est peut-être Jorge Jiménez. Il magnifie son homme chauve-souris et son alias civil à de multiples reprises. Des plans en pleine page (ou doubles pages), de la lumière (superbe colorisation de Tomeu Morey – habituel compagnon de route), un Bruce un brin plus léger et solaire qu’à l’accoutumée, ce sont surtout les véritables ingrédients rafraichissants de la série ! Le dessinateur impose un nouveau logo, un costume légèrement remanié et une Gotham lumineuse, vivante et appréciable (un parti pris de s’éloigner de l’habituelle cité trop sombre et morose). Ne serait-ce que pour la qualité visuelle et chromatique, on aurait tendance à conseiller ce Batman Prime (aux plus prudents : attendons à minima le second tome – sortie prévue fin 2026/début 2027).

Pour l’occasion, Urban Comics avait publié le premier épisode le 27 mars dernier dans une superbe Gotham Gazette à 3,90 € (cf. couverture en haut de cette page). Un faux journal dont la Une mériterait d’être encadrée (ou certaines planches dedans), à la fois objet atypique, preview accessible et édition limitée (déjà épuisée). L’éditeur ne sait pas à l’heure actuelle s’il réitérera l’opération pour d’autres séries. Quant à la version cartonnée classique, elle sera disponible le 22 mai prochain. Urban réitère sa maquette blanche pour l’occasion (comme pour Ghosts of Gotham), conférant cette impression de « beau livre » pour les nouveaux venus (seront-ils un peu perdus ou emportés ? à vous de nous le dire en commentaire) ou les lecteurs de longue date (seront-ils décontenancés ou satisfaits de cette nouvelle proposition ? idem, à vous de le manifester).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 22 mai 2026
Contient : Batman (2025) #1-6
Nombre de pages : 168

Scénario : Matt Fraction
Dessin et encrage : Jorge Jimenez
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Scribgit

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DC x Sonic

Crossover improbable, la Justice League rencontre les bolides hérissons de l’univers de Sonic (Sega) ! Cinq chapitres pour ce comic souple de la collection Urban Blast, destinée à un jeune lectorat. Mais… la démarche semble si sincère et sympathique qu’un fan ou non (de Sonic ou DC) devrait y prendre du plaisir. Découverte.

[Résumé de l’éditeur]
Lorsque le maléfique Darkseid envahit Green Hills à la recherche du pouvoir ultime, Sonic et ses amis se trouvent dos au mur… Heureusement pour eux, la Ligue de Justice est en mesure d’intervenir et de leur prêter main forte ! Mais pour espérer vaincre le tyran, il leur faudra combiner leurs pouvoirs et former une nouvelle Ligue hors-du-commun.
La fusion de deux univers adorés des fans : DC et Sonic ! Une rencontre dynamique et colorée pour la rentrée !

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Aparté]
L’auteur de ces lignes n’a absolument aucune connaissance de l’univers Sonic – juste quelques parties de jeux vidéo il y a des années – et n’a jamais vu les films ou quoique ce soit. Cela n’a pas empêché la compréhension de l’ensemble et son appréciation.

[Critique]
Impossible de ne pas envisager un produit mercantile avant tout face au rendez-vous des super-héros de DC et les bolides ultimes de Green Hills ! Pourtant… L’ensemble, qui vise un public théoriquement jeune, est très appréciable. Si on ferme les yeux sur les facilités narratives, le côté « bienveillant / souriant » des deux teams et les évidences de binôme (chaque hérisson se retrouve avec son comparse héroïque avec qui il partage le plus d’affinités voire… le remplace ! – on y reviendra), DC x Sonic est une œuvre courte (cinq chapitres) simple et efficace !

Sans rentrer dans trop de détails scénaristiques – rien n’est très surprenant donc autant éviter de dévoiler les grandes lignes –, on retrouve donc sous forme de duos : Sonic et Flash (les deux plus rapides – qui gagnerait d’ailleurs en course entre les deux ?), Tails et Cyborg (les deux matières grises), Amy et Wonder Woman (les deux… uniques femmes), Knuckles et Superman (les deux plus puissants), Silver et Green Lantern (prompts à matérialiser leurs envies) et évidemment Shadow et Batman (les plus « dark » et solitaires). De quoi avoir une double équipe atypique face à Darkseid et ses sbires. C’est sans compter sur Luthor et Robotnik dans leur coin (les antagonistes « sont toujours chauves ! »).

Bref, les échanges sont fluides entre tout ce petit groupe (à l’exception du premier épisode assez bordélique – tout va très vite (est-ce voulu vu l’univers ?)) et on prend du plaisir à les suivre et même constater un remplacement éphémère de chaque justicier par son pendant animalier ! C’est donc à la fois original et novateur (dans sa proposition) et en même temps convenu et évident (dans sa rédaction). Ce n’est pas spécialement un défaut, d’autant que l’écriture relève parfois de langage assez soutenu ou pointu (c’est toujours une bonne chose quand un texte est à destination d’un plus jeune lectorat). Le scénariste Ian Flynn est un grand fan de Sonic, rédige divers comics dessus et même des jeux vidéo ! Aucun doute que le fan du célèbre hérisson bleu y trouvera son compte.

DC x Sonic offre également des planches richement colorées, visuellement correctes et des séquences d’action globalement lisibles. Comprendre que ce n’est pas extraordinaire mais ce n’est pas non plus honteux. On doit le travail graphique à Adam Bryce Thomas, lui aussi dessinateur attitré et habitué aux autres nombreux comics sur Sonic. La colorisation de Matt Herms est là aussi une évidence, l’artiste œuvrant aussi sur… les comics Sonic. En somme, l’ensemble de l’équipe derrière la bande dessinée provient de l’univers Sonic. C’est peut-être ce qui le point fort et le point faible de l’œuvre : les fans de Sonic devraient en toute logique accrocher mais ceux de DC ? Un scénariste plus habitué à DC aurait-il ajouté une patte plus estampillé côté Justice League ? Pas sûr… Quoiqu’il en soit, pour faible prix (15 €), si vous aimez Sonic, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour une lecture détente sans prise de tête.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 10 octobre 2025.
Contient : DC x Sonic the Hedgehog #1-5
Nombre de pages : 122

Scénario : Ian Flynn
Dessin : Adam Bryce Thomas
Couleur : Matt Herms

Traduction : Xavier Hanart
Lettrage : Makma (Gaël Legeard)

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Justice League Unlimited – Tome 1 : L’ascension d’Inferno

C’est (enfin) le retour d’une nouvelle série Justice League ! Accessible, jolie, généreuse… la fiction est alléchante de prime abord mais sur la durée ? Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Suite aux événements d’Absolute Power, la Ligue de Justice se reforme avec un objectif précis : ouvrir les portes de leur quartier général, la Tour de Garde, à tous les héros de l’univers DC pour une Ligue plus forte et unie que jamais ! Alors que nos héros tentent de percer le mystère de la disparition de Darkseid, une course se dessine entre héros et méchants pour contrôler les capacités métahumaines. Un combat qui menace de détruire tout ce que la Ligue a construit – à moins qu’un traître en leur sein ne les détruise en premier…

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Segmenté en trois histoires, le prélude Alpha, le récit principal qui donne son titre au livre (L’ascension d’Inferno) en quatre chapitres et l’épilogue Omega. C’est probablement « typiquement » le genre de comic book mainstream efficace et qui fonctionne à peu près, sans révolutionner quoique ce soit dans l’immédiat. Comprendre qu’on a un récit emmené, rythmé, coloré, qui fait intervenir (beaucoup) trop de protagonistes, on s’y perd un peu (connaisseur ou non de l’univers) mais c’est beau, c’est sympa, c’est divertissant… Est-ce suffisant ? Comme toujours, cela dépend de l’exigence du lecteur. On décrypte.

L’ascension d’Inferno évoque comme son titre l’indique, la montée en puissance du mystérieux Inferno, aux contours et allures encore flous à ce stade. En préambule, l’on nous propose un zoom sur Booster Gold, fraîchement intégré dans la Justice League Unlimited – une super équipe née des cendres de la semi-défaite face à Amande Waller (lors d’Absolute Power donc). Une ligue qui comprend quasiment tous les héros ou méta-humains « gentils » possibles avec même une carte de membre ! Projeté dans un futur imminent, Booster est carrément dans un monde où Darkseid règne en maître avec une mystérieuse légion (d’Inferno).

Retour au « présent » : Superman, Wonder Woman et Batman sauvent (ou tentent de le faire) différentes personnes aux quatre coins du monde, avec des anomalies comme un puissant feu dans l’Amazonie. L’occasion de tenter une collaboration entre Aquaman et Swamp Thing. Le récit se limitant à quatre épisodes, difficile d’en dire davantage sans trop en révéler. Comme dit plus haut, ça se lit bien, c’est suffisamment palpitant pour donner envie de savoir la suite même si, paradoxalement, il manque peut-être cette cohésion d’équipe qui prédominait dans d’anciennes séries Justice League (celle de Renaissance par exemple – souvent critiquée alors qu’il s’agit d’une œuvre divertissante totalement satisfaisante). Faute à une foule d’héros haut en couleur qui se croisent et échangent sporadiquement. Ce n’est pas bien grave.

L’intérêt se situe chez un nouveau venu, Air Wave, apparemment infiltré dans la Tour de Garde. Un espion donc. Sans nul doute ce sera le fil rouge le plus intéressant à suivre. Du reste, l’épilogue (au style graphique radicalement différent, cf. image tout en bas de cette critique) nous conte surtout la création de l’univers Absolute (cf. Absolute Batman) ce qui est assez étrange puisque la communication de l’éditeur annonçait que ces itérations ne croiseront pas la continuité classique (celle du présent ouvrage donc, inaugurant la collection DC Prime, cf. article explicatif). Même si la gamme Absolute reste(ra) indépendante, il y a fort à parier que ces variations des figures emblématiques de DC viendront rendre visite et aider leurs homologues à terme.

Le scénariste « historique » de chez DC Mark Waid (Flash Chronicles et Justice League of America parmi ses titres phares anciens) a repris le flambeau récemment et a signé justement Absolute Power, Batman & Robin – Année Un et, entre autres, Batman Superman Worlds Finest – et Planète Lazarus). Il place tranquillement ses pions pour son plan narratif qu’on suivra assidument, en espérant quelques coups d’éclat après cette introduction un peu trop convenu.

Dan Mora (déjà à l’œuvre avec Waid sur Batman Superman Worlds Finest) livre de belles planches, détaillées, aux traits fins, presque épurées, superbement mises en couleur par Tamra Bonvillain. Il n’en faut pas plus pour être satisfait pour une fiction de ce genre, efficace et agréable. En synthèse, et comme déjà dit, un énième divertissement qui fait le taf, ni trop novateur, ni trop audacieux mais visuellement très joli et tout de même convaincant. On sera davantage sévère au second tome en fonction de l’évolution de tout ceci !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 27 juin 2025.
Contient : DC All-In Special #1 + Justice League Unlimited #1-4
Nombre de pages : 160

Scénario : Mark Waid, Joshua Williamson, Scott Snyder
Dessin & encrage : Dan Mora, Daniel Sampere, Wes Craig
Couleur : Tamra Bonvillain, Alejandro Sanchez, Mike Spicer

Traduction : Yann Graf
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard, Sébastien Scalisi et Bryan Wetstein)

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