Après les chouettes tomes un (Le Zoo) et deux (Abomination), Absolute Batman se poursuit en offrant une place de choix au Joker et à Poison Ivy dans ce nouvel album, pas exempts de défauts. Critique.

La couverture classique et l’habituelle couverture en édition limitée des librairies Pulp’s Comics.
[Résumé de l’éditeur]
Fraîchement échappée du terrible complexe de l’Arche M, la Dre Pamela Isley se voit animée d’une haine sans fin et d’un désir ardent de vengeance envers Gotham et ceux qui l’ont enfermée dans le ventre de la bête. Pour tenter de sauver la ville et arrêter cette effroyable créature végétale, Batman devra survivre à un torrent d’horreurs sans fin et ne reculer devant rien… Mais alors que l’ombre du Joker s’étend de plus en plus sur Gotham, le monstre le plus dangereux n’est peut-être pas celui que l’on croit.
Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Le troisième volume d’Absolute Batman est un peu trop dense tant il comporte d’arcs narratifs en cours (qui ne se rejoignent pas forcément), en introduit de nouveaux, en poursuit d’anciens et propose une foule de nouveaux protagonistes – dont le Joker et Poison Ivy, tous deux au cœur de l’ouvrage. Toutefois, la bande dessinée reste dans le haut du panier des séries sur Batman (ou plutôt de cet univers alternatif sur Batman). Scott Snyder jongle plus ou moins habilement entre tous ses sujets et sa temporalité (sa fichue habitude d’entremêler trop de récits, du passé et du présent, atteint une forme d’apogée ici – pas désagréable mais empêchant une certaine fluidité de lecture).
Dans L’atelier du diable, l’auteur met temporairement de côté les conséquences du volume précédent : Waylon, Edward, Harvey et Oswald apparaissent éphémèrement et, sans surprise, amorcent bien un évolution haineuse envers Bruce/Batman (on les verra davantage dans le quatrième opus). D’autres personnages sont peu vus voire absents : Harley, Nightwing, Selina… De quoi décontenancer un petit peu. Ici, l’accent est mis sur Jack Grimm, la nouvelle incarnation du célèbre Clown du Crime dont on revisite ses origines. Mais avant d’en reparler, il est primordial d’évoquer la curieuse composition de l’album.

Ainsi, le comic book s’ouvre sur Absolute Evil #1 puis enchaîne avec Absolute Batman #15, Absolute Batman: Ark M Special #1 et enfin Absolute Batman #16-18. Ces épisodes n’ont pas forcément de titre en français. Le premier est complètement à part du reste : il met en scène Veronica Cale, une conseillère à la sécurité nationale (issue d’Absolute Wonder Woman), entourée, entre autres, de Ra’s al Ghul (ennemi d’Absolute Superman) et du Joker (Jack Grimm), et qui dresse un historique des premiers super-héros dans cet univers – de quoi voir Hawkman et Wildcat par exemple. On assiste à l’état des lieux des découvertes récentes majeures d’autre figures « surhumaines » exceptionnelles : Batman, Wonder Woman, Superman, Green Lantern, Flash et Martian Manhunter.
Cela relie toutes ces séries (disponibles chez l’éditeur) en préfiguration d’un évènement plus grand à venir (probablement un crossover – Absolute Justice ?)… On y croise aussi la version Absolute de Green Arrow qui jouera un rôle crucial pour la suite. D’autres têtes emblématiques de l’univers DC sont montrés et offrent donc à ce segment, pas inintéressant au demeurant, une forme de déconnexion des chapitres suivants (centrés sur Batman ou le Joker) et aurait peut-être mérité d’être proposé en conclusion du livre plutôt qu’en ouverture (ou carrément dans un futur opus corrélé à ce mystérieux event ou dans Absolute Green Arrow si Urban Comics le publie à terme).

Absolute Batman #15 renoue avec le Chevalier Noir, en conversation avec Pennyworth qui a investigué sur la dynastie Grimm, à commencer par Joseph, clown de rue au début du XXème siècle et… son descendant, Jack Grimm, l’actuel Joker – à moins qu’il ne s’agisse de la même personne ? Grimm est devenu un milliardaire qui effectue des chasses à l’homme sur des îles désertes qu’il possède pour le plaisir sadique de tuer et contenir son appétit de son alter ego, une monstrueuse créature. C’est aussi un homme d’affaires qui vit dans un manoir avec un majordome et dispose d’une cave cachée (belle inversion des rôles évidente avec Bruce Wayne). Absolute Batman: Ark M Special #1 a été publié « à part » aux États-Unis. Il suit le Dr Amadeus Arkham et, à nouveau, le Joker dans un jeu de faux semblant assez prévisible mais globalement efficace (s’achevant sur une fugace apparition de Deathstroke – encore un nouvel antagoniste teasé !).
Il faut donc attendre Absolute Batman #16 pour retrouver Bruce/Batman au présent avec la « suite » de la fin du volet précédent. Mais… l’essentiel de l’épisode se déroule avec Wonder Woman dans les enfers, faisant référence au chapitre Absolute Wonder Woman #15 (qui sera dans le tome 3 de la série prévue le 13 novembre) – où la guerrière était à Gotham avec le Chevalier Noir ; dommage de ne pas l’avoir inclus ici… Enfin, les Absolute Batman #17-18 sont enfin consacrés intégralement au Dark Knight et sa « nouvelle » ennemie : Poison Ivy (il est curieux que l’éditeur accentue son résumé de quatrième de couverture sur elle du coup, encore plus quand sa couverture – un choix très… discutable – est centrée sur le Joker). Pamela est aussi revisitée dans cet univers comme une créature hideuse, cassant un peu l’originalité dont bénéficiait le Joker quelques pages avant même si, graphiquement, l’Empoisonneuse est très stylisée et incroyable. Dans sa dernière ligne droite, L’atelier du diable introduit (encore !) de nouveaux antagonistes (bien célèbres dans la chronologie classique du Caped Crusader).

Sans dévoiler trop de péripéties, il est évident que l’ensemble sature de ce « trop plein » de protagonistes, dont certains mériteraient une exposition plus grande mais cela arrivera peut-être plus tard. Le célèbre Clown du Crime (qui ne rigole pas vraiment – à l’instar du Joker de Batman Rebirth sauf qu’ici c’est cohérent) occupe une place non négligeable et continuera d’être présent dans la suite sans aucun doute. Comme toujours, on a très hâte de découvrir cela, c’est la grande force de Scott Snyder qui sait promettre des rencontres de haut vol et nous garder en haleine (le cliffhanger des ultimes pages aident en ce sens – encore que, pour avoir lu l’épisode suivant, si celui-ci avait été dans ce tome, cela aurait encore été plus osé !).
Malgré la densité d’informations et de personnages, ce troisième opus d’Absolute Batman reste diablement efficace. Comme dit plus haut, on peut pester un peu contre la faible originalité d’avoir conçu deux créatures difformes pour deux ennemis emblématiques (le Joker et Poison Ivy) – même si cela semble être le virage « obligatoire » de l’univers Absolute – mais, une fois de plus, cela se regarde (et lit) sans déplaisir. Autre problème : quelques têtes secondaires (Harley et Nightwing notamment) semblent avoir vécu des péripéties importantes depuis le précédent tome sans que cela soit montré ou évoqué, on a donc un peu l’impression d’être passé à côté de certaines choses… Rappelons à nouveau que la composition et l’ordre de lecture imposé dans ce troisième volet – théoriquement Urban est très libre là-dessus et n’est pas obligé de se calquer sur les US – peut contribuer voire gêner la fluidité de lecture . On espère aussi que Snyder a bien un plan sur le long terme, lui qui est si doué pour happer mais a toujours du mal à retomber après ou conclure ses fictions de façon convenable.

Inutile d’être trop négatif, la série reste une valeur sûre dans l’industrie et les récentes productions. Elle est bien plus alléchante que les deux œuvres phares de la continuité : Batman Prime (Batman) et Ghosts of Gotham (Detective Comics). Plusieurs artistes officient : l’habituel Nick Dragotta mais uniquement pour un épisode (!), remplacé par Eric Canete deux fois (#17-18, sur Poison Ivy) mais aussi Jock (#15) et quelques autres (dont Camuncoli et Nesi pour le premier chapitre, Hixson le segment sur Arkham – voir À propos pour les détails avec les coloristes). Comme toujours, l’ensemble bénéficie d’une homogénéité visuelle, les personnages sont reconnaissables aisément mais on retient principalement les traits inédits, rugueux et singuliers de Canete, qui traite donc intégralement toute l’histoire sur Poison Ivy, de quoi se régaler les rétines avec son style un brin différent mais respectant la « charte graphique » imposée initialement (indirectement ?) par Dragotta.
L’atelier du diable est peut-être « le moins bon » tome d’Absolute Batman mais cela n’en fait pas un mauvais opus pour autant. Il bénéficie de grandes qualités, dont une revisitation du bestiaire de vilains assez prononcée et originale, une aura du Joker extrêmement efficace – en tant qu’ennemi réellement « puissant » sur plein d’aspects –, une sensation de « grand ensemble » anticipé et une envie irrésistible de dévorer la suite. Reste que le livre déçoit par différents aspects listés dans cette critique mais arrive, in extremis, à émouvoir et surprendre de justesse. On ne peut donc que continuer de conseiller à lire la série (et les autres de la même collection) !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 septembre 2026.
Contient : Absolute Batman Ark M Special #1 + Absolute Batman #15-18 + Absolute Evil #1
Nombre de pages : 176 pages
Scénario : Scott Snyder, Al Ewing, Frank Tieri
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Eric Canete, Jock, Giuseppe Camuncoli, Stefano Nesi, Joshua Hixson
Couleur : Frank Martin, Romulo Fajardo Jr, Roman Stevens
Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard)
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