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Batman – Absolution

Publié aux États-Unis en 2002 puis en France en 2006 chez Panini Comics, Absolution n’a jamais été réédité depuis. Ce récit complet, qualifié de « roman graphique », emmène Batman en Inde dans une superbe odyssée graphique – entièrement en peinture – au détriment d’un scénario peu palpitant, dommage. Explications.

[Résumé de l’éditeur]
Il y a dix ans, une bombe a explosé à Wayne Enterprises. La femme responsable de cet attentat a plusieurs fois échappé à Batman, mais le Chevalier Noir a enfin retrouvé sa trace en Inde. Le chasseur va débusquer sa proie, mais il sera aussi confronté à ses démons intérieurs, à ses propres contradictions… Quand la justice devient vengeance, mérite-t-on l’absolution ?

[Critique]
En moins d’une centaine de pages, à la lecture rapide (beaucoup de cases voire planches muettes), Absolution ne fait ni chaud ni froid… La traque du Chevalier Noir ne passionne guère, faute à une écriture de J.M. DeMatteis assez maladroite d’un côté (peu d’empathie pour tous les nouveaux personnages) et plutôt convenue d’un autre et paradoxalement éloignée de la nature de Batman (l’éternel discours sur la rédemption – l’absolution en l’occurrence, dont le dictionnaire propose deux définitions : terme qui désigne une décision de justice constatant l’impossibilité de prononcer une condamnation lorsque l’infraction n’est pas prévue par la loi pénale, lorsqu’elle est prescrite ou amnistiée, ou bien encore lorsque l’accusé ou le prévenu bénéficie d’une excuse absolutoire ou bien acte par lequel le prêtre pardonne les péchés).

En somme, un titre qui colle bien à l’histoire sans trop de surprises. Comme souvent chez Batman, le suivre le temps d’une aventure en récit complet avec un nouvel antagoniste, au lieu de piocher dans la grande galerie de vilains légendaires, est quitte ou double. Parmi les comics récents, on pense à One Dark Knight qui se loupait en partie à cause de cela (le « méchant » E.M.P.) ou à Imposter qui, à l’inverse, se hissait au rang des indispensables grâce à son écriture subtile et sa passionnante enquête fleuve.

Dans Absolution, on découvre donc la fanatique et terroriste Jennifer Blake, responsable d’un attentat dans les entreprises Wayne (une idée de départ intéressante). Quand son ancien partenaire de crime revient à Gotham, Batman – obsédé par la tragédie ayant eu lieu il y a une dizaine d’années et implacable dans sa quête – l’interroge et se lance sur une piste. D’abord Londres, puis l’Inde (en passant par Chicago dans un flash-back). Il est déjà surprenant de voir l’homme chauve-souris quitter Gotham mais aussi – et surtout – le faire pour une sorte de vengeance personnelle pour mettre la main sur une simple « humaine » (impossible de croire que le détective n’avait pas réussi cela plus tôt) ; mais bon… pourquoi pas (encore une fois : face à un ennemi « habituel », ça passerait mieux, comme Gueule d’Argile par exemple).

Comme le montre la bande dessinée dès ses premières planches (ce n’est donc pas une surprise ni une révélation), Blake est devenue sœur dans un couvent et se repend (le titre de l’œuvre l’indiquait également). La femme sauve même Batman (qu’elle apprécie – il avait sauvé son fils jadis si on a bien compris) mais vouait une haine à Wayne (et, d’une manière générale, aux élites richissimes de la ville). Pour le soigner, elle lui enlève son masque… La confrontation aura-t-elle lieu ? De quelle manière ?

Ce point de jonction apparaît bien tard dans la lecture et était l’occasion parfaite d’écrire un beau discours sur « l’humanité » (ce qui en découle : la justice, le pardon, la rédemption… – un petit peu ce qu’on trouvait en fin d’ouvrage du clivant Trois Jokers). Malheureusement ici le scénariste DeMatteis loupe l’occasion de marquer la mythologie de Batman avec un récit fort, mature et bouleversant. Ses réflexions avaient déjà été vues et revues (et le seront sans cesse par la suite) sur le « masque » que l’on porte tous, les actions que l’on effectue sur lesquels nous sommes jugés, l’ajout de nuances par rapport aux premières impressions qu’on se fait d’une personne en fonction de ses actes et son comportement, la psyché du justicier, etc. Bref, l’écriture est assez poussive et effleure son sujet (dans le même genre, on lui préfère nettement Batman – Ego, sur lequel on était pourtant déjà sévère) sans compter les autres défauts déjà évoqués et la confusion de l’ensemble (une navigation constante entre passé et présent qui n’aide pas, des personnages secondaires peu reconnaissables ou dont on ne comprend pas les motivations).

DeMatteis est pourtant une pointure et très prolifique chez DC et Marvel. On lui doit, entre autres, le cultissime Spider-Man – La Dernière Chasse de Kraven par exemple ou encore de longs runs sur la Justice League (cf. en France Justice League International) ou Dr. Fate. Il avait signé également Sain d’esprit, une histoire (assez moyenne) sur le Joker à retrouver avec le segment (excellent lui) L’avocat du diable dans Joker – Fini de rire. Dans sa dernière ligne droite d’Absolution, DeMatteis décrit un Batman étrangement éloigné de son ADN (encore…), dont l’ambiguïté morale ne lui sied guère. Si le justicier était dans ses premières années, on pardonnerait cet écart, là après une décennie d’expérience, on est dubitatif sur cette « vision » (il se murmure que DeMatteis avait cette idée à la base pour une aventure du Punisher et qu’il l’a recyclé pour le Caped Crusader…).

Heureusement, les dessins, l’encrage et la colorisation de Brian Ashmore sur Absolution offrent une lecture visuelle bien agréable. Il faut dire que son style assez réaliste et entièrement en peinture à l’aquarelle dénotent avec les productions habituelles de l’industrie ; d’où l’appellation de « graphic novel ». Entre les visages d’effroi, les segments d’action plutôt lisibles (mais tristement figés), les paysages urbains ou dépaysants à l’étranger, il y a de jolis moments qu’on se plaît à contempler plusieurs fois (comme évoqué plus haut, les passages mutiques sont légion et probablement les meilleurs). Étonnamment, le lettrage de la version originelle, assurée par Sean Konot (cf. sur certaines images de cette critique) est nettement moins bien que celui de la version française, opéré par Gianluca Pini. L’utilisation d’une police d’écriture plus lisible et moins « scolaire » confère une lecture plus aisée.

Ashmore est peu fructueux dans le milieu (on ne lui attribue pas d’autres comics de super-héros) mais on pense aux deux autres artistes avec une patte similaire : l’immense Alex Ross (Kingdom Come, Justice League – La promesse…) et le plus discret Scott Hampton (Des cris dans la nuit – dont les graphismes se prêtaient bien à l’histoire, il est vrai –, Outre-tombe, American Gods…). Si Batman – Absolution n’a toujours pas été réédité, à l’instar d’Outre-tombe et Secrets (tous trois provenant de la gamme DC Icons de Panini Comics dans les années 2000), peut-être qu’il sera inclus dans un volume de la collection Batman Chronicles quand celle-ci atteindra l’année 2002 ? Néanmoins, la BD se trouve assez facilement en occasion entre dix et vingt euros (son prix initial était de 15,50 € à l’époque en 2006). Mais, vous l’aurez compris, on a tendance à le déconseiller…

[À propos]
Publié chez Panini Comics en octobre 2006.
Contient : Batman – Absolution

Scénario : J.D. DeMatteis
Dessin, encrage & couleur : Brian Ashmore

Traduction : Jérémy Manesse
Lettrage : Gianluca Pini

Acheter sur amazon.fr : Batman – Absolution (15,50 €)

 

Batman : Detective – Tome 5 : Briser le miroir

Cinquième et dernier tome de Batman : Detective, Briser le miroir propose une histoire éponyme en six chapitres (dont un prologue déconnecté) suivi d’une foule d’épisodes Detective Comics #1027 (dont un inédit non publié auparavant), numéro emblématique de la célèbre série (on explique plus loin pourquoi). Critique.

[Résumé de l’éditeur]
Un nouvel adversaire, se faisant appeler le Miroir, rode dans les rues de Gotham. Mais est-il réellement aussi mauvais que ce qu’il laisse à penser ? Ou est-il simplement le reflet de la perversion du monde qui l’entoure ? Pendant que la Bat-Family doit lutter contre la véritable armée qu’il a levée, Damian Wayne se cache dans l’ombre, planifiant son prochain mouvement dans la traque qu’il mène contre son père, le Chevalier Noir.

[Début de l’histoire]
Pas besoin de détailler davantage, se référer à la critique ci-après pour l’ensemble des histoires.

[Critique]
Encore un volume très décousu mais tout de même plus intéressant que le précédent. Le premier chapitre (Detective Comics #1028, intitulé Sang neuf dans Batman Bimestriel et Interlude ici) n’a aucun intérêt. Il montre la vengeance d’un mystérieux homme qui tue des personnes corrompues. En quelques planches, on découvre l’identité du criminel (un inconnu) et ses victimes. Les rares cases avec Batman à cheval permettent de montrer une situation un peu inédite (dessinées par Nicola Scott plus ou moins inspiré)… Difficile de comprendre pourquoi l’éditeur inclut systématique ces morceaux d’épisodes complètement anecdotiques. Même les plus complétistes devraient faire l’impasse dessus.

Heureusement, les cinq chapitres suivants (Detective Comics #1029-1033), forment un arc narratif à peu près complet. On y suit dans un premier temps l’arrivée d’un antagoniste peu connu, le Miroir. Se réclamant du peuple, il mène une vendetta contre les super-héros masqués qui engendrent trop de dégâts selon lui. Son masque réfléchissant se voulant renvoyant la violence envers ceux qui le regardent… Il y a un côté Anarky dans cet ennemi, qui était déjà apparu dans le premier volet de la série Batgirl de l’ère New 52 – créé par Gail Simone. Jonathan Mills de sa vraie identité (on ne sait pas trop s’il s’agit du « même Miroir » ici) a une vision étrange de la justice et estime que des personnes ayant échappé à la mort doivent être tués…

Mais dans Briser le miroir, ce n’est pas cet aspect là qui est mis en avant, le Miroir n’est d’ailleurs pas mentionné sous son identité civile et le scénariste Peter Tomasi (toujours à l’œuvre sur la série depuis le début) le survole plus qu’autre chose… Tout se déroule après le deuxième tome de Joker War mais on ne s’y perd pas. Le Miroir arrive carrément à rassembler la Bat-Famille dans un même lieu, à l’exception de Robin, alias Damian Wayne, qui semble détaché des activités nocturnes de son père et lui-même ne portant plus le costume du jeune justicier.

On ne sait pas trop pourquoi même s’il est sous-entendu que le décès d’Alfred (cf. douzième tome de Batman Rebirth) pourrait avoir causé cette émancipation. L’enfant est en revanche concentré sur le Dossier Noir de Batman, vaguement mentionné dans le tome précédent, afin de suivre une piste prometteuse (où l’auteur Peter Tomasi cite sans aucune subtilité Ed Brubaker et Greg Rucka pour un hommage aux artistes qui ont signé, entre autres, Gotham Central). La fiction prend un tournant à mi-chemin qu’il convient de dévoiler. Passez au septième paragraphe et ne regardez pas les dernières images de cette critique pour ne pas voir de révélations (celles sous les citoyens de Gotham qui arborent des masques de justiciers).

En effet, en marge de Miroir, le fameux Silence (Hush en VO), alias Tommy Elliot sévit dans l’ombre. Il arrive même à kidnapper sans sourciller l’ensemble des alliés du Chevalier Noir ! Le célèbre ennemi est apparu dans Silence puis dans quelques arcs à droite à gauche avec du bon (Paul Dini présente Batman – Tome 2, Batman Eternal…) et du moins bon (Hush Returns, inédit en France chez Urban Comics mais fut publié par Panini Comics en mensuel). Elliot rejoue sa sempiternelle jalousie au détriment d’une amitié d’enfance sacrifiée.

Proposer Silence est une chose plaisante (il est souvent sous-utiliser voire sous-estimer) mais cela arrive un peu tard, a un côté déjà-vu, peu original et la situation est vite réglée malheureusement… Et comme on sait qu’il s’agit du dernier tome de la série sous l’égide de Tomasi, on doute d’une réutilisation proche connectée à ce qu’on vient de voir, c’est assez dommage (comme l’entièreté des volumes de Batman : Detective de toute façon, cf. conclusion de l’ensemble plus loin).

En parallèle, on suit l’ascension du nouveau maire de Gotham, Christopher Nakano qui avait déjà un rôle assez avancé dans Joker War et se poursuivra dans Batman Infinite (qui en est la suite directe). Là aussi, on peine à s’attacher à ce protagoniste et on a l’impression d’être face à une « conclusion » de son parcours et paradoxalement son « introduction ». Heureusement, les dessins de Kenneth Rocafort puis Bilquis Evely et enfin Brad Walker confèrent au récit un voyage graphique plutôt séduisant et coloré. L’action est dynamique, les séquences s’enchaînent à un bon rythme, c’est toujours ça de pris malgré la conclusion un peu abrupte et la déception de savoir qu’il n’y aura jamais de suite sur tout ce que Tomasi avait (maladroitement) mis en place.

Passé cette aventure « sympathique mais sans plus », c’est un festival d’histoires courtes autour du Chevalier Noir qui sont offertes au lecteur. En effet, Batman est apparu dans Detective Comics #27 en 1939 (en vente le 30 mars de cette année mais daté au mois de mai 1939). Mille numéros plus tard (!), une myriade d’artistes prestigieux lui rendent hommage à travers des tranches de vie du justicier et diverses illustrations généreusement compilées en fin d’ouvrage. Tom King, Greg Rucka, Brian Michael Bendis, Marv Wolfman, James Tynion IV, Grant Morrison, Scott Snyder et quelques autres se succèdent donc pour célébrer l’évènement. Un anniversaire de près de quatre-vingt-une années plus tard (à l’époque de la publication, donc en 2020) qui s’étale sur douze épisodes inédits, d’une douzaine de pages chacun et passés en revue ci-après.

 

Notons qu’onze d’entre eux ont été publiés dans les quatre derniers numéros de Batman Bimestriel, donc du #13 au #16. Le treizième avait même bénéficié d’une couverture alternative (provenant de la série Joker War). Enfin, à l’instar des multiples épisodes de Detective Comics #1000 (bientôt compilés dans un article), ceux du #1027 sont sortis dans un recueil aux États-Unis. Étonnamment, la lecture via les Batman Bimestriel est plus agréable que celle de la version librairie car les chapitres étaient séparés par une note éditoriale et une présentation des artistes opérant dessus. Dans la compilation ressortie, tout s’enchaîne à la suite, manquant d’une certaine respiration (narrative) bienvenue.

Dans Reflux (le dernier chapitre écrit par Peter J. Tomasi et dessiné par Brad Walker, relativement actif tout au long de la série), Batman est enfermé dans une cuve et se remémore tous les ennemis qu’il a affronté au long de sa croisade, chacun lui ayant appris quelque chose dont il pourrait se servir pour s’en sortir. Si la fin est soudaine (on ne comprend pas qui a piégé le Chevalier Noir), c’est l’occasion d’admirer de jolies planches rendant hommage à une grande galerie de vilains (manque curieusement Killer Croc et Bane).

Cours magistral (Brian Michael Bendis / David Marquez) montre tous les alliés de Batman se retrouver au même endroit d’un cadavre. S’agit-il d’une épreuve ou d’une coïncidence ? Tout le monde collabore et permet au Chevalier Noir de se remémorer le talent de détective de ses protégés. Là aussi l’intérêt se situe dans les dessins montrant la Bat-Famille complice. Ces deux épisodes sont vaguement connectés avec le « suivant », c’est-à-dire le #1028 qui… ouvrait le tome (avec notamment les flics ripoux et corrompus). S’il semble logique de les placer en seconde moitié du livre pour conserver une certaine cohérence éditoriale, il manque une certaine note d’intention pour clarifier tout cela (à l’exception d’un banal renvoi « voir Detective Comics #1027 » lu au tout début).

Un bien bon anniversaire (Matt Fraction / Chip Zdarsky) met en avant le Joker et ses fameux « cadeaux d’anniversaire » envoyés religieusement chaque mois depuis la première rencontre entre le Chevalier Noir et le Prince Clown du Crime. Mais au bout d’une vingtaine d’année, arrivé à la fin du mois, Batman n’a pas reçu son cadeau et s’inquiète. Il imagine le pire et cherche son ennemi juré… qui connaît son identité réelle. C’est probablement ce qu’il faut retenir de ce segment, le Joker s’adresse à Bruce et la carte d’anniversaire est envoyée au Manoir Wayne. Cela relance le débat sur le fait que le Joker se moque de qui est Batman et le sait depuis longtemps…

Dans Bleusaille (Greg Rucka / Eduardo Risso), une nouvelle recrue du GCPD découvre la corruption au sein de la police et la dangerosité de Gotham. Mais la jeune femme ne faiblit pas et comprend que quelques collègues, Gordon et bien sûr Batman sont légion face la criminalité. Un segment qui permet d’enrichir (modestement) la célèbre série Gotham Central, déjà scénarisée par Rucka à l’époque. Histoire de fantômes (James Tynion IV / Riley Rossmo) met en avant l’improbable alliance entre Batman, Robin et… Deadman, alias Boston Brand, le justicier de l’au-delà capable de prendre possession des vivants. Un récit un peu à part qui offre une élégante connexion avec la mort des parents de Bruce.

À l’avant (Kelly Sue DeConnick / John Romita Jr.) suit cette fois Bruce Wayne, en tant qu’homme d’affaire, dans un échange tendu avec un potentiel acheteur, en pleine partie de golf. Le milliardaire travaille en réalité avec Gordon pour piéger son hôte corrompu… Probablement l’épisode le plus faible jusqu’à présent. Odyssey (Marv Wolfman / Emanuela Lupacchino) conte la destruction du navire éponyme au sein duquel le grand-père de Bruce Wayne avait caché des œuvres d’art pour échapper aux nazis. Des années plus tard, l’épave semble avoir été trouvée et une expédition plonge pour y retrouver ces trésors. Si l’ensemble se lit bien, on a l’impression de lire l’introduction à une histoire plus grande qui mériterait d’être enrichie. Dommage.

Dans Détective n°26 (Grant Morrison / Chris Burnham), on découvre « Le Spectre d’Argent », un justicier qui s’apprête à nettoyer Gotham de la criminalité. Mais un homme revêtant un costume de chauve-souris fait également ses premiers pas dans la ville et semble plus efficace que lui… Encore une fois, le récit et trop court et ferme une promesse inédite intéressante (un nouveau super-héros ou un antagoniste ?). Testament (Tom King / Walt Simonson) met en avant le Docteur Phosphorus face à Batman, interrogeant vaguement l’impact des combats sur l’équilibre mental des deux protagonistes.

Comme toujours (Scott Snyder / Ivan Reis) se met du point de vue de Gordon qui s’interroge sur les actions du Chevalier Noir et son inextricable espoir. En l’occurrence la disparition du soleil (!) et la solution pensée par Batman et ses alliés de la Justice League. L »épisode le plus coloré et « cosmique » de la sélection dont les actions des justiciers tranchent visuellement avec la noirceur de Gotham et Gordon.

Générations : fracturées (Dan Jurgens / Kevin Nowland) est le chapitre « inédit » car il n’avait été pas proposé dans les Batman Bimestriel. Dans un premier temps, il semble s’agir d’un prologue à Future State. En effet, Batman poursuit quelques ennemis dans un musée le soir d’Halloween puis est projeté dans le passé (en 1939 très exactement) et rencontre Kamandi, envoyé par Booster Gold. Un épisode un peu cryptique qui donne surtout envie de découvrir la suite (annoncé en dernière case avec la mention « à suivre »). Pourtant, en lisant l’avant-propos d’Urban Comics, c’est le dernier chapitre, Un Cadeau (voir ci-dessous) qui semble ouvrir Future State (alors – qu’à chaud – rien n’y est connecté, au contraire). Bizarre…

Un cadeau (Mariko Tamaki / Dan Mora) se déroule durant Joker War et là aussi aurait mérité d’être publié plutôt dans un volume de Joker War qu’ici tant il ne se prête pas vraiment à la célébration commune des ces numéros #1027. Difficile d’imaginer (comme l’indique l’éditeur) que cela va se poursuivre dans Future State (pas encore lu et chroniqué) alors que l’épisode précédent mentionnait des voyages dans le temps et appelait une suite…

En synthèse, les douze chapitres sont, sans surprise, inégaux mais restent une lecture plaisante, sans investissement de durée malgré une certaine frustration de ne pas avoir de suite (existante ou non). Étrangement, Urban Comics n’a pas mis en avant cet anniversaire en couverture ou, idéalement, via une sortie à part – et pourquoi pas rassembler les Detective Comics #1000 et #1027 ? Les premiers sont déjà dans Batman 80 ans, les seconds sont donc jetés ici dans le cinquième et dernier volume d’une série peu mémorable, ce qui est, une fois de plus, assez dommage – surtout vu les prestigieux noms associés à ces épisodes.

Heureusement, une tonne de couvertures alternatives clôturent l’ouvrage (appelée « pin-up de Detective Comics #1027 » !). Une trentaine dont une bonne partie signées Lee Bermejo, qu’on aurait adoré avoir en poster. Briser le miroir est une conclusion de run décevante avec des promesses non tenues, des pistes ouvertes qui ne seront jamais terminées (l’auteur Peter Tomasi a quitté la série après ces derniers chapitres). Ce cinquième volume reste néanmoins le second « meilleur » de la série (après le troisième) pour son histoire autour de Miroir assez intéressante et la célébration des Detective Comics #1027.

[Conclusion de l’ensemble de la série Batman : Detective]
Encore une série très moyenne, fortement inégale et relativement mal découpée. Peter Tomasi ne parvient pas à insuffler des émotions, des moments épiques ou tragiques… Pire : il fractionne ses tomes avec une personnalité (ou un enjeu) indépendant qu’on ne revoie jamais. Le Chevalier d’Arkham, Nora Fries, Double-Face, le Miroir, un autre ennemi emblématique et les multiples antagonistes éphémères arrivent aussitôt qu’ils repartent et c’est bien dommage. On retient surtout le troisième tome et son affrontement avec Mr Freeze et ce cinquième pour les raisons évoquées dans la critique.

Malgré tout, impossible de conseiller les cinq volumes pour cette série complètement dispensable, éventuellement les trois et cinq donc, et encore… C’est un des paradoxes des aventures du Chevalier Noir, celles qui restent en mémoire et passent habilement l’épreuve du temps sont des volumes uniques (ou enrichis d’un ou deux tomes), comme la plupart des incontournables, ou bien les séries longues, inégales mais proposant des choses singulières (Grant Morrison présente Batman, Batman de Scott Snyder, Batman Rebirth de Tom King, etc.).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 2 avril 2021.
Contient : Detective Comics #1027-1033

Scénario : Peter Tomasi, collectif (voir article)
Dessin : Brad Walker, collectif (voir article)
Encrage : Collectif
Couleur : Collectif

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Stephan Boschat (studio MAKMA)

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Batman : Detective – Tome 4 : Un cœur hideux

Après deux tomes très moyens (Mythologie et Médiéval) et un troisième plus réussi mais inégal (De sang-froid), Urban Comics nous propose un opus en demi-teinte : une couverture un brin mensongère (c’est Double-Face qui au cœur de l’ouvrage et non le Joker), plusieurs histoires indépendantes (dont une non publiée dans Batman Bimestriel et donc inédite jusqu’à présent) et une composition étrange… Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Alors que Mister Freeze déchainait des vagues de froid sur Gotham pour récupérer sa femme, Nora, Batman finit par réussir à le neutraliser et le remettre à sa place : l’Asile d’Arkham. Mais dans l’ombre, une nouvelle menace grandit. Harvey Dent joue à Pile ou Face avec le destin des citoyens de Gotham, et créé une secte pour mener la ville à sa perte…

[Début de l’histoire]
Pas besoin de décrire davantage, mieux vaut se tourner vers la critique ci-après pour découvrir chaque segment narratif proposé…

[Critique]
Difficile de comprendre la logique de composition de cet avant-dernier tome de la série Batman : Detective. Un cœur hideux se divise de la façon suivante : Prologue (Detective Comics Annual #2), Survivor – très proche du titre d’un arc du tome précédent – en deux chapitres (Detective Comics #1018-1019), Un cœur hideux en trois épisodes (Detective Comics #1020-1022), interrompu après seulement un épisode par un interlude (le Detective Comics Annual #3 – qui n’a strictement rien à voir avec le reste de l’histoire) et, enfin, Prélude à Joker War découpé sobrement en quatre parties (Detective Comics #1023-1026) dont la première moitié fait suite à Un cœur hideux. Quel bazar !

Il convient donc de décrire chacune de ces quatre histoires – dont la dernière se déroule quasiment sur trois axes distincts – afin de mieux cerner l’ouvrage et comprendre de quoi il en retourne. Tout est à nouveau écrit par le scénariste Peter Tomasi, à moitié coincé entre les obligations éditoriales (de Joker War) et son run qu’il tente tant bien que mal de rendre indépendant entre chaque volume, cassant à la fois un rythme déjà décousu mais permettant de ne pas « tout lire » et ne garder que le meilleur. Problème : à part l’histoire avec Freeze dans le volet précédent, il n’y a pas grand chose à sauver au global. C’est un peu pareil ici, les complétistes apprécieront les connexions à Joker War mais regretteront le passage à la caisse onéreux pour lire uniquement cela – on en reparlera.

Dans Prologue, l’auteur nous emmène en Grèce où Bruce Wayne/Batman retrouve… le Faucheur ! Le charismatique ennemi instauré dans Year Two / Année Deux semble en effet de retour. Travis Moore et Max Raynor croquent cette enquête pleine d’action avec une certaine élégance et une production relativement mainstream. Visuellement, c’est donc agréable. Scénaristiquement c’est plus délicat : l’identité de ce nouveau faucheur est connecté au précédent mais avec une création propre à la fiction donc un élément sorti de nulle part… De quoi user d’un élément retcon (continuité rétroactive – insérer un personnage ou autre dans une suite d’histoire en faisant croire qu’il était là depuis le début).

Ce n’est pas forcément gênant en soi mais ici c’est très frustrant car Prologue ne débouche sur rien d’autre que l’introduction de ce « nouvel » antagoniste. Batman ne l’arrête pas et on ne le revoie plus du tout ensuite (dans le tome) alors qu’il a été présenté en ouverture du livre. De même que Sophia Zervas, visiblement ancienne relation de Bruce Wayne, qui apparaît comme si le lecteur la connaissait de longue date (alors qu’elle a été créée pour cet épisode) puis est mise en retrait… Là aussi c’est dommage, à moins que tous deux (Sophia et le Faucheur) reviennent ultérieurement ? Seul le fameux « dossier noir » – carnet où Batman consignes ses aventures non résolues, relevant d’intrigues surnaturelles ou étranges, conçu par Grant Morrison dans sa saga – reviendra dans le tome suivant. Dans tous les cas, cet épisode n’a pas vraiment sa place ici, complètement indépendant du reste et n’apportant rien à l’opus en lui-même…

Survivor (plus justement nommé Hiver mortel dans Batman Bimestriel) est probablement le pire segment du livre voire de la série. On y suit un viking (!) puis une secte parlant islandais et adorant une sorte de Dieu démoniaque, qui se matérialisera à Gotham sous une forme de créature géante. Les dessins de Scott Godlewski ne sauvent pas la bande dessinée, assez plate et improbable. Batman affronte l’ensemble et on enchaîne sans rien retenir de ce court récit si ce n’est la solitude du milliardaire devant compenser avec l’absence d’Alfred – tué en parallèle dans l’autre série Batman, dans le douzième et dernier tome de Batman Rebirth. Là aussi, on est surpris du manque de contextualisation d’Urban Comics car dans l’histoire précédente (Prologue), Alfred était bien présent (normal, elle a été publiée avant… mais il faut le savoir !). Il est nécessaire d’attendre l’interlude quelques pages plus tard, consacrés à Alfred, pour comprendre ce qu’il s’est passé.

C’est en effet le chapitre Detective Comics Annual #3, jamais publié auparavant, qui donne la part belle au célèbre majordome. Pas de sanglots ou tristesse aisément mise en scène mais un épisode hommage pas trop mal où Bruce Wayne rencontre l’agent Marigold Sinclair, ancienne co-équipière d’Alfred. On navigue dans le passé avec un Pennyworth en action et dans le présent avec une mission s’y connectant où le Chevalier Noir en costume prend le relai. Si le chapitre ne révolutionne pas la mythologie de Batman (ou d’Alfred), il propose une parenthèse sympathique – agréablement croquée par Sumit Kumar puis une courte seconde par Eduardo Risso (Cité Brisée…), étonnamment pas crédité – et délicatement émouvante sans tomber dans le pathos. En revanche, on s’étonne de la voir proposée au beau milieu des trois chapitres d’Un cœur hideux centrés sur… Double-Face !

En effet, Tomasi reprend Harvey Dent pour une aventure en demi-teinte. On retrouve Double-Face toujours tiraillé entre sa personnalité maléfique et bienveillante, cette fois accompagné… d’une secte. L’ancien procureur semble être un gourou criminel avec plusieurs sbires à ses ordres. Au lieu d’avoir des hommes de main « classiques », Double-Face a réellement des malfrats adeptes d’une croyance « au nom de nous deux » (forcément), formant un tout unique. Un délire assez ridicule (même après les vikings chamaniques) qui n’a pas vraiment sa place dans l’aventure…

Le scénario gagne en intérêt essentiellement dans sa conclusion, quand il est connecté à un autre titre du même scénariste (Batman & Robin – Tome 5 avec la tentative de suicide de Dent) et, surtout, quand on comprend que le Joker a mis une puce dans le cerveau de Dent grâce à Strange, ouvrant l’ensemble sur les prémices de Joker War. Graphiquement, c’est Brad Walker qui officie sur Un cœur hideux, livrant de belles propositions avec, entre autres, un visage de Double-Face proprement… hideux. C’est ce qu’on retient surtout du titre : les dessins et sa fin…

Dans la première partie de Prélude à Joker War, on suit le Clown Prince du Crime ouvrir la tombe de Lincoln March, célèbre ergot de la Cour des Hiboux. En même temps, Batman poursuit son enquête sur L’Église des Deux (initiée par Double-Face) et, après avoir croisé Hugo Strange et le Chapelier Fou, il renoue avec Harvey Dent, porteur de l’armure robotique de Batman, à l’époque où c’était Gordon qui l’endossait (cf. La Relève et ce costume high-tech surnommé Chappie).

La deuxième partie – intitulé Terrible symétrie dans la version kiosque mais pas dans la version librairie – montre tout ce beau monde s’affronter (les ergots, Batman, Double-Face en armure, etc.). Le Joker observe au loin, fier d’avoir utilisé plusieurs sérums (le sien, celui de la Cour des Hiboux…) pour concevoir ce « début de chaos ». Mais le plus intéressant reste la conclusion de l’arc sur Dent qui arrive à terme après cinq épisodes donc, lui rendant une humanité intéressante. C’est à nouveau Brad Walker qui dessine ces deux épisodes, offrant une homogénéité graphique à tout l’arc sur Dent, mais très inégal côté écriture…

Vient ensuite la troisième partie de Prélude à Joker War (nommée L’attaque des entreprises Wayne dans Batman Bimestriel) où Batwoman est propulsée au cœur du récit dans « la zone de guerre » de Gotham créée par le Joker. Comment ? Pourquoi ? On ne le saura pas vraiment… Il semble y avoir une ellipse temporelle avec plusieurs éléments qui échappent au lecteur. Ce qui n’est malheureusement pas anormal car l’entièreté de la saga Joker War a été éparpillée dans plusieurs titres (magazines et librairies). Une mise à jour d’un article récapitulatif sera proposé prochainement sur ce site afin de ne pas s’y perdre… Sans surprise, le titre renvoie aussi au dernier volume de Batman Detective Comics qui avait montré la séparation de Batwoman et du Chevalier Noir.

Enfin, dans la quatrième et dernière partie de Prélude à Joker War, le Chevalier Noir affronte Killer Croc et plusieurs de ses complices : des anciens humains transformés en animaux. L’ensemble est censé se conclure dans le cinquième et dernier tome de Batman : Detective. On ne voit pas non plus trop le rapport avec Joker War (pour cause, le titre de cet épisode était simplement Monstres humains dans le magazine et n’avait pas de mention à ladite guerre du Joker). Kenneth Rocafort impose un style différent de ses prédécesseurs pour ces deux derniers chapitres. Des traits plus aérés, davantage de détails dans les décors, visages et costumes, conférant à l’ensemble un style riche et agréable, bénéficiant d’une parfaite colorisation (de Dan Brown – succédant au célèbre Brad Anderson, habitué de l’industrie pour des titres blockbusters), équilibrant suffisamment de tonalités austères et « réalistes » mais avec assez d’envolées chromatiques propres à l’ADN « comic book ». Une réussite visuelle appréciable.

Un cœur hideux est donc fortement inégal ! En lisant à la suite le tome précédent et celui-ci, on se dit qu’il aurait été plus judicieux de les diviser autrement. D’abord l’histoire de Mr Freeze/Nora dans un tome à part (le troisième par exemple), ensuite un tome un peu « fourre-tout » contenant les épisodes indépendants (et passables) de De sang-froid et du présent quatrième volet (à l’instar du sixième opus de la série Batman), enfin un tome centré sur Double-Face et ouvrant sur Joker War aurait mieux découper la narration (pourquoi pas proposer un tome zéro à cette série d’ailleurs).

Bref à ce stade, un lecteur qui ne suivrait « que » Batman : Detective doit être complètement désarçonné devant tous ces récits qui partent dans tous les sens, introduisent des personnages avant de les faire disparaître, mêlent plusieurs intrigues qui n’ont rien à voir entre elles, montrent de « vieux » récits indépendants, etc. Heureusement, il ne reste plus qu’un ultime volume pour clore ce run de Tomasi, peu intéressant jusqu’à présent… Il est assez décevant de voir le prestigieux titre Detective Comics et son millième numéro dans tout ça, c’était l’occasion en or de proposer un titre culte et mémorable, c’est tout l’inverse qui s’est produit… Lot de consolation avec les couvertures alternatives en fin d’ouvrage et notamment celles de Lee Bermejo.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 22 janvier 2021.
Contient : Detective Comics #1018-1026 + Detective Comics Annual #2-3

Scénario : Peter Tomasi (Brad Walker est mentionné dans la version librairie mais c’est une erreur)
Dessin : Brad Walker, Travis Moore, Max Raynor, Scott Godlewski, Sumit Kumar, Kenneth Rocafort (non mentionné dans la version librairie, là aussi une erreur), Eduardo Risso (idem)
Encrage : Andrew Hennessy, Scott Godlewski, Travis Moore, Max Raynor, Sumit Kumar
Couleur : Brad Anderson, David Baron, Tamra Bonvillain, Nick Filardi, Romulo Fajardo Jr.

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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