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Dark Night – Une histoire vraie

Récit un peu particulier puisqu’il ne conte pas les aventures de Batman mais d’un de ses auteurs, Paul Dini, qui propose, comme son titre l’indique « une histoire vraie ».

dark-night-une-histoire-vraie

[Histoire]
Paul Dini, scénariste de Batman s’est fait agressé. Avant de revenir sur ce fait, il explique face caméra à ses élèves (ou aux lecteurs directement) les éléments de sa propre vie qui l’ont conduit à devenir artiste. Il débute en évoquant son enfance, durant laquelle il était solitaire et « invisible » pour beaucoup, préférant se réfugier dans son imagination et la culture. Dini propose un bond de vingt-cinq années plus tard, lorsqu’il travaille pour Warner Bros Animation, précisément quand il œuvre avec brio sur la série d’animation Batman. La belle vie selon lui, à l’exception d’une vie sentimentale mise de côté, ou bien d’une tentative de liaison perdu d’avance, et d’une constante visite chez des psychothérapeutes — une introspection qu’il juge avec un regard plus mature aujourd’hui, évidemment. Jouets, loisirs, trophées… Paul Dini est heureux et fier de sa vie de « geek » avant l’heure. Puis un soir, deux hommes le tabassent avec une violence inouïe, l’artiste doit alors remonter la pente.

Dark Night Dini Une Histoire Vraie

[Critique]
Bande dessinée atypique, autobiographique et croquée avec plusieurs styles, « Dark Night – Une histoire vraie » captive de bout en bout. Clairement scindé en deux actes : un premier revenant sur l’enfance de Paul Dini puis son travail de scénariste chez Warner et ses problèmes relationnelles avec les femmes (cf. le résumé) puis un second évoquant l’après-agression, lorsque l’auteur s’apitoie sur son sort et ne s’en relève pas.

« Tu es l’incarnation irréelle et hors de portée du fantasme de puissance d’un gosse. »

Les scènes du début vont intéresser les fans de Dini (Mad Love, Paul Dini présente Batman…), ceux qui veulent connaître son parcours. L’ensemble est assez « basique » : on découvre un type certes acharné de travail et épanoui dans son domaine, mais finalement assez pathétique envers les femmes (voire méprisables), autant que ses conquêtes (le personnage de Vivian est une illustration concrète de Poison Ivy d’ailleurs). Aussi étonnant qu’il puisse paraître, écrire quelques personnages « très clichés » semble être une facilité narrative mais puisque l’ensemble se veut « une histoire vraie », il faut accepter que ceux-ci réagissent exactement comme on peut l’anticiper et de façon tout à fait normal, basique ou convenu.

Dark Night Dini

La partie revenant sur la guérison de Dini, ses doutes et ses craintes, permet de mieux saisir à quel point l’univers de Batman est non seulement important pour lui, mais aussi qui l’amène constamment à réfléchir et à échanger. Ses interactions se font avec les héros et vilains de Gotham : tour à tour Batman, parfois Batgirl, puis la galerie d’ennemis : Double-Face, le Joker, l’Épouvantail, Poison Ivy… un régal non seulement pour un lecteur assidu des aventures du Chevalier Noir, mais également pour un simple connaisseur qui découvre là les multiples facettes de chaque protagoniste, correspondant à un puissant rapport au réel. Ainsi, l’attitude de Dini envers la gente féminine interroge aussi bien Poison Ivy que Double-Face, la volonté de sombrer dans la folie voire l’extrémisme côtoie le Joker, le refuge vers l’alcool a évidemment lieu dans un bar du Pingouin et, bien sûr, les terreurs et la paranoïa servent à merveille des remarques de l’Épouvantail.

Si l’on pouvait naïvement penser que la « force » mentale d’un Batman s’ajouterait à celle de Dini, on constate que c’est tout l’inverse qui se produit. Le Caped Crusader bouscule l’auteur régulièrement, les deux se disputent en se partageant la responsabilité de l’agression. De ce traumatisme (qui remonte à bientôt vingt-cinq ans), l’artiste en propose à la fois un travail d’introspection sur lui-même mais aussi une histoire qu’il juge intéressant de partager (non sans s’être interroger sur cette démarche au préalable).

Dark Night Dini Batman Dark Night Dini Joker

Pour illustrer ce récit original, Eduardo Risso (Citée Brisée) livre de sublimes planches, changeant de style en fonction de ce qui est conté, proposant divers looks aux ennemis de Batman et ainsi de suite (un passage de drague est ainsi digne d’un cartoon). D’une certaine manière, on se rapproche de « C’est un oiseau… » une autre œuvre autobiographique du même genre mais mettant Superman au lieu de Batman dans la propre vie d’un auteur de comics.

Quelques éléments sont à déplorer toutefois, notamment dans l’utilisation du levier nécessaire à Dini pour se relever de son agression. Si son côté non pragmatique (face à ses potentiels agresseurs qu’il repère de loin) peut laisser certains dubitatif, c’est un dialogue avec un être humain qui lui fait prendre conscience « qu’il y a (toujours) pire » dans la vie, et en l’occurrence chez l’autre dont cet interlocuteur. Un aspect un peu « ridicule » (même s’il est vrai) qui survient soudainement dans un processus de dépression et qui agit comme un petit miracle. Il y a aussi une certaine naïveté chez l’auteur qui constate que « oui la vraie vie est injuste et que l’injustice existe », un état de fait assez généralisé pourtant.

Dark Night Dini Scarecrow

Cette conclusion n’entache pas l’ensemble de ce Dark Knight, résolument original et passionnant, malgré sa couverture un poil mensongère. Ce n’est pas la première fois que l’éditeur applique cette recette : un dessin qui ne correspond pas forcément au récit de base mais qui permet d’avoir une couverture « classe et impressionnante ». Pour défendre Urban Comics, il s’agit ici de la même version que l’édition américaine, mais parfois l’éditeur choisit de très belles illustrations certes, mais qui ne reflètent pas forcément le contenu (Cataclysme ou DKIII par exemple). Ce n’est pas très grave en soi mais le non fan, le non connaisseur se doit obligatoirement de lire le résumé au dos et de feuilleter l’ouvrage (ça semble être une évidence, mais on achète parfois sur un coup de coeur d’une couverture, ou bien sur Internet sans se renseigner au préalable). Quoiqu’il en soit, Dark Night – Une histoire vraie est touchant et sort un peu des classiques aventures du Chevalier Noir, en offrant un propos grave, humain et élégamment dessiné sous plusieurs styles. C’est d’ailleurs peut-être cet ensemble de formes différentes (et réussies) qui font la richesse d’un fond sympathique mais pas forcément fédérateur pour tous.

(Une autre critique à lire, celle de Neault sur UMAC qui n’a pas du tout été emballé par la seconde partie et explique quels éléments sont problématiques selon lui.)

Dark Night Dini True Story

[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics [collection Vertigo] le 03 février 2017.
Titre original : Dark Night – A True Batman Story
Scénario : Paul Dini
Dessin et couleur : Eduardo Risso
Lettrage : Moscow Eye
Traduction : Xavier Hanart

Première publication originale en juin 2016.

Dark Night Batman Dini

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 Dark Night Dini Dark Night Dini Histoire Vraie

Dark Knight III – Tome 01

Dark Knight III (en quatre tome) est le troisième volet du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns et poursuivi avec The Dark Knight Strikes Again.
Page récapitulative

DK3 tome 1 4 mars

[Histoire]
Six ans après la mort supposée de Batman/Bruce Wayne (son identité avait été révélée au monde entier), les choses n’évoluent guère à Gotham City. C’est justement un « nouveau » Batman (à moins que ce ne soit l’ancien, ou son acolyte Carrie Kelley qui fut respectivement Robin puis Catgirl) revient poursuivre sa croisade de justice, trois années après sa dernière apparition publique.

De son côté, le premier enfant de Superman et Wonder Woman, Lara, se recueille devant son père, figé dans la glace avant de secourir la petite cité de Kandor (qui tient dans une petite cloche en verre). Cette ville provient de Krypton, la planète d’origine de l’Homme d’Acier, et a été miniaturisée peu avant l’explosion de l’astre (par un être qui allait par la suite devenir un ennemi de Superman). À l’intérieur se trouvent donc les derniers kryptoniens en vie. Pour venir en aide à ce peuple, Lara rejoint Atom, alias Ray Palmer, scientifique émérite et spécialiste des nanotechnologies.

DK3 Batman

[Critique]
Très attendue depuis son annonce, cette suite d’un futur hypothétique de Batman, imaginé il y a plus de trente ans par Frank Miller laisse dubitatif dans un premier temps. Il est bien difficile de juger ce début d’œuvre qui met en place des éléments (personnages anciens et nouveaux, lieux, menaces…) et en annoncent d’autres. C’est plutôt faible et se laissera très certainement mieux lire « à la suite » une fois les autres tomes publiés.

Quelques précisions s’imposent : il est recommandé d’avoir lu évidemment The Dark Knight Returns mais aussi The Dark Knight Strikes Again avant ce DKIII. Cela peut paraître logique, mais la suite ayant été tant décriée, elle aurait pu être mise de côté sans avoir pris en compte certains de ses éléments. En effet, la romance très prononcée dans TDKSA entre Superman et Wonder Woman trouve un écho important ici, puisque leur fille Lara est très présente, en instance de devenir un personnage principal à part entière (avec Carrie Kelley) et une autre progéniture est apparue ; le statu quo de la fin de TDKSA apporte un nouvel enjeu (en plus de celui de Batman/Bruce Wayne), ainsi Superman est littéralement figé dans de la glace, s’impose-t-il une punition suite à son rôle, « misérable », quelques années plus tôt ?

« Pourquoi as-tu laissé les fourmis te faire tomber du ciel ? »
Lara, fille de Superman et Wonder Woman, à son père, figé dans la glace

Atom, qui était également très présent dans TDKSA, joue ici une pièce maîtresse dans l’intrigue, élément déclencheur « d’un futur évènement important ». Enfin, la nécessité d’avoir un « vrai » président en chair et en os (par contrôle ADN régulier) est un rappel à TDKSA, dans lequel Jimmy Olsen découvrait que leur leader politique n’était qu’une simple image hologramme. Il n’est évidemment pas impossible de comprendre DK3 sans passer par la case lecture obligatoire de TDKSA, mais mine de rien, un « saut » entre TDKR et ce DK3 n’est peut-être pas idéal.

DK3 Lara

Chose primordiale, aussi bien sur la forme que le fond, le « Dark Knight Universe de Miller » est méthodiquement conservé. On retrouve la narration plus ou moins « journalistique » : ces informations commentées en direct par des médias, augmentées ici par des échanges très simplistes via smartphones avec photos et langages SMS en supplément (un peu lourd de commencer par ça cela dit). Ainsi, DK3 se modernise gentiment tout en restant proche de ses deux prédécesseurs. Brian Azzarello écrit l’histoire, supervisé (ou conseillé) par Miller lui-même. Une fois encore, difficile de distinguer les travaux des deux tant on reconnaît la patte de l’auteur initial (sans pour autant lui trouver une folle originalité), qui ne serait probablement pas atteinte par Azzarello seul.

Cette fidélité s’accompagne également du point de vue graphique, puisque Andy Kubert s’efforce de dessiner en ressemblance avec les traits de son aîné. C’est globalement réussi (Klaus Johnson rempile pour l’encrage) mais pas sur toutes les cases. De la même façon, la colorisation ne rend pas hommage aux volumes précédents. Beaucoup plus convenue et « classique », exceptée à de rares moments, souvent en pleine page et parfois même à la limite de l’hommage à Sin City, elle ne permet pas à DKIII d’avoir le style bien hors-norme qui définissait TDKR (et TDKSA).

DK3 Carrie

Cette identité graphique propre à l’œuvre de Miller se retrouve éphémèrement dans le mini-comic consacré à Atom qui clôt le premier chapitre, comme un « back-up » (un est prévu à la fin de chaque chapitre, se déroulant dans le Dark Knight Universe – ils seront renommés « appendice » pour la version intégrale). Pour cause : celui-ci est dessiné par Frank Miller lui-même. L’artiste a perdu de sa superbe, indéniablement. Il y a quand même un certain plaisir à le « revoir » à l’œuvre mais cela reste mi-gênant, mi-nostalgique. Le deuxième chapitre sera, lui, suivi de quelques planches sur la Reine des Amazones et sa fille. Dessinée par Eduardo Risso (Cité Brisée…) en très petite forme (certaines cases ressemblent à des brouillons, la pauvreté des décors, des finitions et de la colorisation piquent les yeux, mais serait-ce… volontaire ? Pour se rapprocher du « style » millerien en fin de carrière ?). Cette courte bande dessinée est très moyenne à tous point de vue ; on insiste juste sur l’importance de Lara et son caractère.

« Comment avons-nous pu laisser faire ça ?
Comment nos distractions ont-elles pu supplanter le principal ?
Quand nous sommes-nous arrêtés de penser ? »
Commissaire Yindel, peu avant l’arrestation de Batman

L’initiative de retrouver l’univers, à la fois visuel et cynique, de TDKR (et TDKSA dans une moindre mesure) est tout à fait louable, l’ensemble est relativement fidèle, bien que moins politisé et violent (pour l’instant tout du moins), un brin énervé (pas encore assez non plus, mais ce n’est pas plus mal) mais le rendu final reste encore nébuleux sur son histoire ; ce n’est donc pas forcément passionnant, pas non plus inintéressant. Certains y dresseront des métaphores entre les personnages disparus, les Dieux au-dessus des hommes, les mythes qui s’effondrent, les légendes qui se meurent avec évidemment les artistes qui officient sur le titre (la chute de Miller, voire sa fin, la passation de l’œuvre puis la relève).

DK3 Atom

On attend donc la véritable suite, où l’on retrouvera logiquement Bruce Wayne et Superman, en suivant l’évolution du duo féminin Carrie et Lara, tout en contemplant la nouvelle menace de Kandor, la fameuse « race maîtresse » du titre de la version originale (The Master Race). Plus introductif qu’autre chose, ce court premier tome (à peine 100 pages de lecture, aucun bonus alors qu’il y a eu pléthore de couvertures inédites et signées par de prestigieux artistes !) n’en dévoile pas assez pour être addictif, mais suffisamment pour espérer une suite à la hauteur ; attention, pas le droit à l’erreur.

Même si ce Dark Knight III raisonne comme une grosse opération commerciale et que ce début n’est pas spécialement alléchant, la curiosité titille l’envie de connaître la suite et enfin « la fin » de ce fameux futur noir du Caped Crusader. Nul doute que si les prochains chapitres s’avèrent convaincants, une publication en deux volumes, voire un seul, aurait été plus appréciable d’un point de vue qualitatif et économique. Hélas, le choix discutable de publication d’Urban Comics sur ce titre ne permettra pas cette opportunité. Attention donc à ne pas se retrouver avec trop d’invendus des tomes suivantes.

DK3 Wonder Woman Lara

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 4 mars 2016.
Titre original : The Dark Knight III – The Master Race & Dark Knight Universe Presents : The Atom / Wonder Woman
Scénario : Frank Miller et Brian Azzarello
Dessin : Andy Kubert, Frank Miller (DKUP : Atom #1) et Eduardo Risso (DKUP : WW #1)
Encrage : Eduardo Risso et Klaus Janson
Couleur : Brad Anderson, Alex Sinclair et Trish Mulvihill
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky
Première publication originale en novembre et décembre 2015.

Dark Knight III - The Master Race

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Citée Brisée (et autres histoires…)

Batman Cité Brisée

Cité Brisée et autres histoires… reprend l’intégralité des récits consacrés à Batman réalisés par Brian Azzarello (scénario) et Eduardo Risso (dessin et encrage) — le tandem de l’excellente série 100 Bullets — de 2000 à 2011 (il n’y en a pas eu d’autres depuis). Ce volume unique est constitué (dans l’ordre) de Cicatrices, Cité Brisée, Haute Pègre et Flashpoint : Batman, Chevalier Vengeur.

Cicatrices est une histoire courte en noir et blanc déjà parue dans Batman Black & White vol. 1. Cité Brisée avait été publiée il y a plusieurs années dans des magazines Batman de Semic et avait fait l’objet d’un article (celui-ci, qui est donc actualisée). Haute Pègre est une histoire courte inédite. Enfin, la mini-série Flashpoint : Batman, Chevalier Vengeur pouvait être lue dans le deuxième numéro kiosque (sur trois) de Flashpoint en mars 2012, édité par Urban Comics. Ces quatre histoires (sans lien entre elles) sont chroniquées séparément ci-dessous.

Cicatrices
(Batman : Gotham Knights #81 chapitre)

[Histoire]
Sur une scène de crime aux multiples cadavres, Batman demande à Zsasz pourquoi il a tué des inconnus. Ce dernier lui explique la jouissance procurée par « l’intimité », ce dernier moment où la vérité éclate dans le regard d’une victime, à l’instant où elle comprend qu’elle va mourir…

Batman Cicatrices

[Critique]
Huit pages en noir et blanc simples et efficaces. Proche d’un mini-épisode de Sin City de Frank Miller, tant par le fond (l’approche sombre et violente), que par la forme (les jeux de lumière, le découpage et le côté noir et blanc évidemment). Bonne entrée en matière de l’ouvrage

Citée Brisée
(Batman #620 à #6256 chapitres)

Batman Broken City(La couverture américaine.)

Citée Brisée (Broken City) est un arc narratif en six chapitres (les Batman #620 à #625, situés juste après Silence — sans être une suite directe ou en lien avec). Il a été publié en France par Semic dans leurs magazines Batman #9 à #12, de juin 2004 à janvier 2005, sous le titre La Citée Brisée. Urban Comics le republie le 5 mai 2017.

Magazines Batman(Les couvertures des quatre magazines français qui ont publié Broken City à l’époque.
Aucune ne correspond ou reprend un visuel de la série…)

[Histoire]
Batman interroge Killer Croc : il le suspecte d’avoir sauvagement tué une femme, qui a été dévorée. L’homme-crocodile nie farouchement et c’est le frère de la victime, Angel Lupo, qui est alors désigné comme coupable et activement recherché. Mais cet homme mystérieux a disparu et il semblerait qu’il ait de nombreux liens avec la pègre de Gotham City

Après une course-poursuite dans une ruelle, le Dark Knight découvre un couple tué devant son enfant, unique survivant. Cette scène lui rappelle évidemment son propre traumatisme et le perturbe.

Son enquête le conduit aussi sur les chemins du Pingouin et du Ventriloque

Batman Margo Broken City Cite Brisee

[Critique]
Totalement accessible, Cité Brisée offre une vision extrêmement noire de l’homme chauve-souris. Toute l’histoire se déroule de nuit, accentuant cette approche sombre visuellement, en plus de celle, psychologique, du « héros ». En effet, les deux auteurs dressent le portrait d’un Batman violent, presque sadique. Ce parti pris ressemble étrangement à la vision de Frank Miller, notamment dans le culte The Dark Knight Returns. On peut même y déceler les premiers membres du Gang des Mutants. Hommage ou continuité ? Peu importe, l’ensemble est tout bonnement excellent.

Graphiquement, en plus des ambiances sombres, les traits ressemblent justement à ceux de Miller, principalement ceux de Sin City (à l’instar de Cicatrices) ; certains découpages sont aussi dans la veine de The Dark Knight Returns (l’aspect gaufrier le temps d’une planche par exemple, ainsi que les nombreux jeux de lumière et les contrastes récurrents). Si ce style visuel atypique séduit d’emblée, la pauvreté des décors (souvent un fond uni ou un dégradé de couleurs) jure malheureusement avec le reste. C’est clairement le seul point négatif de l’œuvre. La version très gangster de Killer Croc change par rapport à celle qu’on a l’habitude de voir, c’est d’ailleurs étonnant que celle-ci ne soit pas davantage reprise dans d’autres histoires pour coller à un cadre plus réaliste.

Batman Killer Croc Broken City Cite Brisee

Côté scénario, il s’agit d’un polar baladant le lecteur sur des fausses pistes, tout en préservant plusieurs surprises. La psyché de Batman est omniprésente, sous forme de narration par le Chevalier Noir lui-même, ressassant ses souvenirs, ses doutes, ses peurs, ses craintes, son éternel croisade. Déjà-vu ? Oui et non, la version violente et noire de ce Batman détonne alors qu’on pensait y être habitué. C’est très bien écrit, avec une certaine poésie nihiliste, plutôt hors-norme.

« Hé… Tu te bats selon tes règles… mais tu pourrais nous les expliquer, merde ! »
[Killer Croc à Batman après que ce dernier l’ait tabassé de façon « non loyale ».]

Brian Azzarello manie avec brio sa plume pour cette aventure de l’homme chauve-souris. On y décèle parfois quelques pointes d’humour — noir, évidemment — et même plusieurs sous-entendus sexuels (très rare dans le milieu et vraiment bienvenu). Le parrallèle entre l’enfance de Bruce Wayne, l’assassinat de ses parents et la scène similaire qui s’est produite sous ses yeux (il est arrivé trop tard et était donc impuissant), rend l’histoire encore plus poignante. On pourrait déplorer l’absence, curieuse, d’Alfred et éventuellement d’autres alliés mais c’est une excellente chose, car cela met en avant la solitude extrême d’un « simple » homme.

Batman City Cite Brisee

Haute Pègre
(Wednesday Comics #1-1212 mini-chapitres)

[Histoire]
Franklin Glass, un vieil homme riche, a été kidnappé et tué, aucune rançon n’avait été réclamée. Durant son enterrement, sa veuve, la très jeune et jolie Luna, est victime d’un attentat. Bruce Wayne la sauve et découvre une rivalité entre elle et le fils de Franklin : Carlton.

Batman Haute Pegre

[Critique]
Courte histoire assez prévisible mais dont le format de publication et la conclusion apportent une certaine originalité. Chaque planche avait été publiée de façon hebdomadaire entre juillet et septembre 2009 en fin d’un magazine. (Clem) Robins & (Patricia Trish) Mulvihill sont crédités, pour l’encrage et la couleur (ce n’est pas précisé distinctement mais c’est la même équipe que pour Cité Brisée), ce qui change drastiquement le style de Risso par rapport aux deux récits précédents. La moins bonne histoire jusqu’ici mais l’occasion de voir enfin Alfred et de retrouver un Bruce Wayne en proie à la séduction du cliché de la femme fatale.

Flashpoint : Batman, Chevalier Vengeur (Flashpoint : Batman Knight of Vengeance #1-33 chapitres)

Cette histoire se déroule dans un univers alternatif, durant la saga Flashpoint (un excellent one-shot disponible en librairie et l’évènement qui a donné lieu au Relaunch New 52). Batman n’est pas Bruce Wayne mais… Thomas Wayne !

flashpoint 2(Couverture du deuxième magazine Flashpoint publié en mars 2012 qui comprenait ce récit.)

[Histoire]
À la tête des Wayne Casino, Thomas Wayne, patibulaire et guère sympathique, traite avec Le Pingouin pour mieux contrôler la finance du crime. Accompagné de Jim Gordon, il rend visite au juge Harvey Dent, dont les enfants jumeaux ont été kidnappés par le Joker. Dent ne comprend pas pourquoi Le Joker est inlassablement enfermé à Arkham puisque l’asile est une passoire. Il mentionne les cas de Silence, l’Épouvantail et Poison Ivy, des menaces qui sont mortes.

Thomas Wayne endosse sa cape de Batman et suit une piste le menant face à Killer Croc. Gordon rend visite à Oracle, alias Selina Kyle, tétraplégique…

Batman Joker Flashpoint

[Critique]
L’avantage des univers alternatifs est qu’on peut proposer plein de nouveaux concepts ou des changements drastiquement différents de la mythologie déjà établie d’un super-héros, en l’occurrence ici Batman. Pourquoi Thomas Wayne est le Chevalier Noir ? Qui est le Joker ? Il serait dommage de répondre à ces interrogations et gâcher le plaisir de lecture et donc de découverte. On notera un look du Clown du Crime assez proche de celui du film The Dark Knight.

L’idée extrêmement originale d’Azzarello mériterait d’être poursuivi sur plusieurs chapitres. La fin, peut-être trop abrupte, intervient trop rapidement. Les solides bases narratives (re)créées spécialement pour l’occasion de Flashpoint séduisent à nouveau par leur noirceur, le sort funeste de certains protagonistes et le bousculement de ce qu’on pensait connaître. Trois chapitres, c’est court et on espère sincèrement que l’idée de cet elseworld sera reprise une prochaine fois. Quoiqu’il en soit, les dessins de Risso reprennent ce qui faisait sa force dans Citée Brisée : un style proche de celui de Miller mais cette fois plus détaillé. Le troisième chapitre est d’une rare fluidité dramatique tout en révélant les pans du passé des personnages, le tout dans un esthétisme particulièrement soigné. Une mini-série parfaite pour clore un ouvrage quasiment indispensable.

Batman Joker Flashpoint

Conclusion

Quatre histoires à l’ambiance particulièrement sombre, dont deux qui sont quasiment cultes. L’équipe artistique revisite le mythe de Batman tout en rendant hommage à Frank Miller. Ce recueil est idéal pour les néophytes comme pour les fans les plus fidèles. Les quelques faiblesses de dessins (les fonds vides) et parfois d’écriture (un côté un peu prévisible pour de rares passages) n’entachent absolument pas la qualité globale de l’œuvre.

En bonus, une introduction de Bob Schreck (scénariste et responsable éditorial de DC Comics, entre autres) écrite en 2004, ouvre le tome et une galerie des couvertures de Dave Johnson le conclut, dont celles de Citée Brisée visibles à la fin de cet article.

[À propos]
Scénario : Brian Azzarello
Dessin et encrage : Eduardo Risso
Couleur : Patricia Trish Mulvihill
Traduction : Jérôme Wicky, Edmond Tourriol, Thomas Davier et Alex Nikolavitch
Lettrage : Christophe Semal et Laurence Hingray (studio Myrtille) et Stephan Boschat (Studio Makma)

Batman Ventriloque Scarface Broken City Cite Brisee
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Batman Broken City Cite Brisee(Les couvertures des six chapitres originels.)