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Joker – Fini de rire

Fini de rire propose deux récits autour du Joker : Sain d’esprit (en quatre chapitres formant une centaine de pages) qui, comme son nom l’indique, propose un Joker sain d’esprit, ainsi que L’avocat du diable, dans lequel Batman doit innocenter son pire ennemi et donc être « l’avocat du diable » (initialement publié en one-shot et se déroulant, lui aussi, sur une centaine de pages). Cette histoire avait déjà été publiée par Semic sous forme de hors-série en février 2020 (couverture de l’époque tout en bas de cette critique). L’éditeur précise en préambule : réalisés respectivement en 1994 et 1996, les deux récits présents dans cet album mettent en scène le Chevalier Noir face à son plus grand ennemi à deux moments de leur existence. Le premier revient sur les premières années et rencontres des deux adversaires, le second se situe au présent, alors que Batman fait équipe avec un nouveau Robin (nda : Timothy Drake) et que la précédente Batgirl est devenue Oracle après avoir été agressée par le Joker dans le fameux Killing Joke. (Re)découverte.

[Résumé de l’éditeur – ]
Le Joker est enfin parvenu à ses fins : il a tué Batman au cours d’un duel explosif ! Mais à présent que son plus cher ennemi n’est plus que lui reste-t-il à faire de ses journées ? Ainsi, l’ancien Clown Prince du Crime devient Joe Kerr, un simple citoyen de Gotham, et ne tarde pas à tomber amoureux. Mais l’ancien maniaque est-il véritablement devenu sain d’esprit ?

[Histoire — Sain d’esprit]
Le résumé juste au-dessus colle parfaitement au début du récit, il n’y a rien d’autre de particulier à évoquer, c’est amplement suffisant.

[Critique]
N’y allons pas par quatre chemins : Sain d’esprit a beau être « sympathique », il a plutôt mal vieilli… Faute à un scénario réitéré depuis en nettement meilleur (White Knight), à un rythme en demi-teinte (on s’attarde sur des choses peu intéressantes et on survole celles qui le sont) et éventuellement (pour certains) les dessins un peu « vintage » — que l’auteur de ces lignes a apprécié. Autre problème : de nombreuses références à des artistes ou acteurs humoristiques et… leur traduction (compliquée au demeurant, personne n’est à blâmer). Voici ce qu’on peut lire en début d’ouvrage de la bouche du Joker par exemple : « Je leur donne une petite pincée de Fernand Raynaud, un soupçon de Louis de Funès et je saupoudre d’un peu de Raymond Devos ». En version originelle, ce sont Lou Costello, Harry Langdon et Dennis Day qui sont mentionnés. Plus loin on retrouve « Harold Lloyd, Laurel & Hardy, Charlie (Chaplin), Martin & Lewis ». Des noms qui ne parleront évidemment pas à tout le monde… Si Louis de Funès, Laurel & Hardy ou encore Charlie Chaplin ont un côté intemporel et sont connus de la plupart des Français, pas sûr qu’un lectorat (surtout s’il est jeune) sache qui sont Harold Lloyd, Martin & Lewis ou même Fernand Raynaud et Raymond Devos — à partir des trentenaires peut-être ? Quels noms auraient été plus judicieux ? Des comiques contemporains ? Des Français ? Difficile de jauger mais force est de constater que toutes ces mentions cassent une immersion déjà difficile.

Côté traduction, si l’on accuse souvent (à raison) Panini Comics d’être mauvais sur ce point, on retrouve quelques expressions un peu étrange ici aussi. Comme par exemple un criminel qui s’exclame « Oh… Flûte de zut ! » en voyant Batman ! Ne pouvait-on pas traduire ça par un « Oh… Putain de merde ! » ou quelque chose du genre ? Personne ne dit « Flûte de zut ! », encore moins un malfrat. D’autant que le scénario évoquera plus tard un viol, entre autres thèmes plutôt « durs »… Pas besoin donc d’éviter un langage « adulte » ou une vulgarité évidente…

Passées ces quelques anecdotes, que vaut vraiment ce récit ? Comme plus ou moins dit, ce n’est pas excellent, ce n’est pas mauvais non plus. Ce n’est pas divulgâcher de confirmer que… Batman n’est pas mort. On s’en doute avant d’entamer le comic mais on le sait immédiatement dans la lecture puisque quelques cases après sa mort (supposée), son corps est retrouvé en vie par deux enfants qui le confient à une femme médecin (comme par hasard…). Quelques planches plus loin, c’est toute la convalescence de Bruce qui est mise en avant. Aucune surprise donc sur ce sujet et c’est dommage, il aurait sans doute fallu conserver un certain suspense et montrer davantage le quotidien de Gordon et Alfred sans leur ami/allié (c’est survolé quelques cases à peine… — même si elles sont belles).

« S’il n’y a pas de Batman à rendre dingue,
à quoi ça sert, d’être dingue ?

Je… Je crois que je vais vomir.
Je crois que je vais pleurer.

Mais je ne peux pas, le maquillage serait foutu.
Mais ce n’est pas du maquillage.
C’est moi ! »

Au cœur de l’ouvrage : la folie (ou non) du Joker. Si sa « guérison » est beaucoup trop soudaine — dès la mort de Batman il redevient presque normal — son état psychologique suivi au quotidien gomme un peu ce défaut. On constate évidemment que le Joker est toujours fou et qu’il se bat jour après jour pour que sa figure du Mal ne reprenne pas le dessus ; de quoi générer une certaine empathie pour le criminel !

Le traitement narratif demeure un peu bancal (comme dit, certaines choses vont trop vites, d’autres sont trop longues) mais il y a de jolis passages, comme une pleine planche dans les pensées torturées du Joker (cf. tout en bas de cette page). De même, on peut théoriser une énième fois si le Joker est fou « à cause » de Batman ou non. C’est tout ce segment qui aurait dû être enrichi, plus sombre et détaillé. En effet miroir, côté Bruce/Batman, on retrouve un homme aimant les choses « simples » et nouant une idylle intéressante avec Lynn (un personnage qu’on ne retrouvera plus du tout dans d’autres séries sur le Chevalier Noir, dommage).

Ainsi, les deux romances qui naviguent dans le livre, l’une entre Rebecca et Joseph/Joker, l’autre entre Lynn et Lazare/Bruce, auraient gagnées — elles aussi — à être explorée. C’est peut-être là LE défaut de Sain d’esprit, il est trop épuré de quelques épisodes bienvenus… Avec deux à huit chapitres complémentaires, le lecteur aurait été plongé plus longtemps et de façon plus palpitante dans ce statu quo inédit.

Le récit tient en effet en quatre chapitres (Batman : Legends of the Dark Knight #65-68)  : Emporté par le courant, Apprendre à nager, Remonter à la surface et Le déluge. Certaines incohérences et improbabilités sont jugées dans un premier temps comme de la paresse d’écriture avant de comprendre leurs justifications à posteriori (qu’on ne dévoilera pas ici). Même si certaines demeurent un peu « faciles ».

Difficile de s’extasier donc, tant il y a plusieurs petits éléments ici et là qui ne convaient pas totalement mais la bande dessinée conserve un certain charme, « vintage » dans ses dessins d’une part, assurés par Joe Staton (co-créteur de Huntress), et dans sa situation si singulière d’autre part, inédite pour l’époque, signée J.M. DeMatteis (Justice League International). En synthèse, Sain d’esprit a trouvé une quinzaine d’année après sa publication un héritier moderne plus abouti, fascinant et réussi dans l’œuvre qu’est White Knight.

[Histoire — L’avocat du diable]

Une série de timbres illustrés de célèbres comédiens décédés est en circulation. Le Joker s’insurge : il n’est pas représenté dessus ! Dans Gotham, certains habitants meurent empoisonnés après avoir léché ces timbre, leur visage restant figé du terrible rictus souriant du Clown du Crime.

Une opération signée le Joker pour Batman, Robin et le GCPD, qui arrivent à capturer le criminel fou lors d’une de ses attaques contre des employés postaux.

Problème : le Joker n’a aucun rapport avec l’empoisonnement des timbres !
Pire : les morts continuent malgré l’arrestation du célèbre criminel et la mise en retrait des timbres.

Le Joker est jugé pour ces meurtres qu’il n’a pas commis et condamné à la peine de mort. Il va être conduit pour la première en prison à Blackgate (et non à l’asile à Arkham).

Batman sait que son pire ennemi n’a pas commis ces meurtres.
Il va enquêter pour découvrir la vérité.
Pour « défendre » son pire cauchemar.
Il va devenir… l’avocat du diable.

[Critique]
Cette fois, c’est l’inverse, le script est particulièrement soigné, original et audacieux mais ce sont les dessins (plus particulièrement la colorisation — on y reviendra) qui gâchent un peu le tout. Néanmoins rien à redire côté écriture : la centaine de pages se lit très bien, c’est rythmé, avec un certain sens du suspense et un ensemble plutôt mystérieux. Batman qui doit prouver l’innocence de sa Némésis est stimulant comme jamais !

Les notions de justice et vengeance sont une fois de plus mises en avant dans un contexte de la mythologie du Dark Knight relativement spécifique. En effet, comme évoqué en début d’article, chez les Gordon, le traumatisme de Killing Joke est encore frais : Barbara (devenue Oracle) refuse ainsi d’aider ses alliés et Gordon ferme volontairement les yeux sur la « vérité » de l’affaire. On retrouve aussi un nouveau Robin, Timothy Drake, qui fait ses premières armes sur cette enquête peu banale et doit suivre les recommandations de son mentor.De son côté, le Clown du Crime est savamment retranscrit, tantôt drôle, tantôt colérique, faisant peur tour à tour pour diverses raisons. Incontournable pour les fans de l’ennemi emblématique.

Il est dommage de dévoiler (en dessin dans un premier temps) le coupable (un « inconnu » qui plus est) dès le début de l’histoire. Il aurait été intéressant de conserver son aura énigmatique plus longuement — ce qui, paradoxalement, est tout de même brillamment accompli mais on n’en dira pas plus plus. Nul doute qu’en utilisant la galerie de vilains emblématiques (comme le Pingouin, Double-Face et l’Homme-Mystère), le récit aurait pu se hisser parmi les titres cultes et « connus » du grand public au fil du temps. Gageons que cette réédition aide en ce sens.

Batman à Gordon :
– Il n’est pas coupable. Il n’a rien à voir avec les timbres empoisonnés, ni avec la tentative d’extorsion. […]
J’ai toujours cru que vous préfériez la justice à la loi. Le Joker risque la peine de mort pour un crime qu’il n’a pas commis.
Il l’a méritée une bonne centaine de fois. Cette fois-ci, il n’y coupera pas.
– Vous savez que ça ne fonctionne pas comme ça.
– Ouais. Mais ça devrait. Au moins cette fois.

L’avocat du diable est écrit par Chuck Dixon, scénariste fin connaisseur du Chevalier Noir qui a œuvré sur de nombreux titres comme les sagas Knightfall et No Man’s Land par exemple, ou encore les excellents Robin – Année Un et Batgirl – Année Un. Il est aussi le co-créateur de Bane. Une pointure donc, dont le texte passionne d’emblée.

C’est son fidèle compère Graham Nolan qui a la charge des dessins, lui aussi a travaillé sur Knightfall, entre autres. Si Nolan a un trait plutôt simple et précis, il perd en crédibilité dès que les visages sont en gros plans… Pire : la colorisation, visiblement effectuée avec les débuts du numérique, est particulièrement affreuse, surtout sur les visages à nouveau. Le comic serait très certainement meilleur en noir et blanc, lui conférant une ambiance plus sombre qui siérait à ravir au titre.

Ce récit a lui aussi trouvé une sorte d’héritier moderne dans l’excellent huitième tome de la série Batman Rebirth (Noces Noires) dans lequel (dans sa deuxième partie) Bruce Wayne fait partie des jurés d’un procès contre Mr. Freeze, arrêté par Batman. Wayne doit convaincre ses pairs que le Chevalier Noir ne représente pas la justice et « défendre » indirectement son ennemi !

[Conclusion de l’ensemble]
Malgré les défauts inhérents et évidents aux deux histoires, il serait dommage de passer à côté de Joker – Fini de rire pour plusieurs raisons. Son prix abordable tout d’abord (19€ les 200 pages), la singularité et l’originalité des deux titres ensuite (un Joker sain d’esprit puis un Joker à innocenter), le charme vintage des dessins enfin.

On ajoute bien volontiers que le titre est sans aucun doute incontournable pour les fans du Clown Prince du Crime (peut-être un peu moins pour les férus du Chevalier Noir uniquement, un peu en retrait). C’est aussi une curiosité intéressante pour ceux qui ont aimé les très contemporains White Knight et le second acte de Batman Rebirth – Noces Noires car on trouve, d’une certaine façon, dans Joker – Fini de rire les prémices de ces deux récits désormais cultes ! On recommande donc la découverte tout en ayant à l’esprit que ce n’est pas ça qui révolutionnera/a révolutionné l’industrie ou le personnage du Joker.

[A propos]
Publié chez Urban Comics le 28 août 2020.

Scénario : J.M. DeMatteis (1), Chuck Dixon (2)
Dessin : Joe Staton (1), Graham Nolan (2)
Encrage : Steve Mitchell (1), Scott Hanna (2)
Couleur : Digital Chameleon (1), Pat Garrahy et Heroic Age (2)

(1) Sain d’esprit
(2) L’avocat du diable

Traduction : Jean-Marc Laîné
Lettrage : Cromatik Ltée – Île Maurice

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Ci-dessus, la couverture de la précédente édition française (chez Semic) de L’avocat du diable, second segment de Fini de rire.

 

 

Joker – L’homme qui rit

Joker – L’homme qui rit rassemble deux histoires déjà publiées dans d’autres ouvrages : le chapitre unique L’homme qui rit, disponible dans Joker Anthologie et les quatre chapitres centrés sur le Joker issus de Gotham Central. Cette petite compilation est surtout destiné au public amateur qui souhaiterait découvrir le Clown du Crime dans deux récits accessibles.

L’homme qui rit avait déjà bénéficié d’une petite critique qu’on remet ci-après. Gotham Central n’étant toujours pas chroniqué, cet article sera mis à jour quand ce sera fait.

L’Homme qui Rit Batman : The Man Who Laughs (2005)
Un mystérieux « bouffon » apparaît à la télévision et annonce les futures morts à venir de certaines personnes : toutes faisant partie de l’élite de Gotham. C’est la première fois que le Joker (son surnom donné par la presse) apparaît à Gotham, trois mois après la chute de Red Hood dans une cuve d’acide causée par Batman.

Joker l'homme qui rit

Sans aucun doute l’un des meilleurs récits de l’anthologie, si ce n’est LE meilleur. Calqué sur Année Un, à qui il rend hommage, en reprenant le même système de narration croisée entre Gordon (alors simple capitaine de police) et Batman (qui n’est encore qu’une rumeur urbaine). Le titre, quant à lui, s’inspire évidemment du film éponyme, lui-même adaptation d’un roman du Victor Hugo. C’est la photo de l’acteur interprétant un saltimbanque défiguré qui donnera la matière première à Bill Finger pour la conception du personnage (dont la paternité s’attribue également à Bob Kane et Jerry Robinson). Au scénario, l’on retrouve Greg Rucka (Gotham Central) et Doug Menhke aux dessins (L’énigme du Red Hood). Seule la colorisation sera le point noir de ce long chapitre. Soixante-trois pages le compose (plus que Killing Joke (!) et l’équivalent de deux tiers de Année Un). Entre les monologues alternés, le côté glauque de l’œuvre, les parties énigmatiques et clairement la réapparition moderne de l’excentrique et manipulateur Joker, on pourrait presque regretter une non publication en librairie de L’Homme qui Rit ! La dernière case, avec le Bat-Signal conclut à merveille cette histoire, qu’on pourrait légitimement appelée  » Joker : Année Un ».
[Scénario : Ed Brubaker / Dessin : Doug Mahnke]

Quels comics lire sur le Joker ?

Le 9 octobre 2019, à l’occasion de la sortie du film Joker, j’ai publié un « guide de lecture » sur le Clown du Crime sur Le Huffpost (anciennement Le Huffington Post). Il est à découvrir sur ce lien mais ci-dessous vous trouverez une version adaptée et mise en page pour le site : les liens sur les titres et les images de couverture renvoient vers les critiques sur le site, ceux sur les prix vers amazon.fr pour un achat en ligne. Les autres vers des dossiers ou analyses également sur ce site.

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Quelles bandes dessinées sur le célèbre Clown du Crime peut-on lire en France ?

L’excellent film Joker est actuellement au cinéma. Quelles ont été les sources d’inspiration côté comics? Quelles bandes dessinées sur le célèbre Clown du Crime peut-on lire en France? Sélection d’incontournables.

Les deux co-scénaristes de Joker, Todd Phillips (également réalisateur) et Scott Silver, avaient annoncé que leur version du Joker ne serait pas issue des comics. Oui et non. Il est indéniable qu’un récit culte, Killing Joke, a servi pour la conception du personnage. Écrit par le génial Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta…), qui renie désormais cette œuvre, dessiné par Brian Bolland très impliqué dans l’histoire, Killing Joke (très abordable pour qui veut découvrir le Joker) a été publié en 1988, au moment où les aventures de Batman prenaient un tournant extrêmement sombre et radical.

Les origines du Joker

Les auteurs nous montrent en effet pour la première fois des origines plausibles pour le Joker, avant qu’il ne sombre dans la folie. Homme démuni vivant dans la précarité avec sa compagne enceinte et humoriste raté, il n’a d’autre choix que de devenir complice d’un cambriolage qui tournera mal… Le reste est à découvrir dans le livre, publié en France chez Urban Comics (comme toutes les œuvres citées dans ce billet).

 

(À gauche la version classique du livre (13,50€),
à droite sa version limitée collector (28€))

Pour profiter de la sortie du film, l’éditeur a d’ailleurs proposé Killing Joke dans une nouvelle édition limitée collector. Ainsi, on peut toujours acheter la première, contenant juste l’histoire qui s’étale sur 46 pages seulement (13,50€), ou bien la nouvelle (28€), enrichie de nombreux bonus comme le script intégral et, surtout, les deux versions de la bande dessinée colorisées différemment. L’initiale plutôt psychédélique (de 1988) et la moderne nettement plus froide et réaliste (2008). Deux visions, deux oppositions, deux récits à la fois similaires et différents.

Killing Joke est aussi connu pour sa violence extrême : c’est dans cette fiction que le Joker kidnappe Barbara Gordon, lui tire dessus et la rend handicapée (il est même suggéré qu’elle a été violée). La force de la narration est aussi de montrer la dualité entre le Chevalier Noir (très en retrait au global) et le Prince du Crime : tous deux entretenant une relation ambiguë. En synthèse, s’il y a une œuvre qui a au moins “un peu” inspirée les scénaristes du film Joker, c’est celle-ci (Brian Bolland est d’ailleurs remercié dans le générique de fin) !

Autre comic culte (à petit prix, 15,50€) et revenant sur les origines du célèbre clown : Joker – L’homme qui rit. Scénarisé en 2005 par Ed Brubaker (Gotham Central) cette courte histoire pioche dans les premières apparitions comics du Joker pour la moderniser efficacement. Trois mois après la chute du mystérieux Red Hood dans une cave d’acide (causée par Batman), un bouffon énigmatique apparaît à la télévision et annonce les futures morts de l’élite de Gotham. Avec son système de narration croisée (identique à celui de Batman – Année Un à qui il rend hommage — il aurait clairement pu s’appeler Joker – Année Un), son côté glauque et son aspect intemporel, L’homme qui rit est un must-have pour tous fans du Joker.

Le titre s’inspire du roman éponyme de Victor Hugo, qui a servi de source pour la création du personnage. Pour compléter les 63 pages du récit, l’édition contient quatre chapitres issus de l’excellente série Gotham Central (toujours écrite par Brubaker, accompagné de Greg Rucka) et centrés sur le Joker.

Plusieurs versions du Joker

En autre incontournable, Joker Anthologie (25€) permet de découvrir près de huit décennies consacrées au Clown criminel. À travers une sélection de vingt histoires, de sa première apparition en 1940 aux plus récentes des années 2000 et 2010, en passant par les différents époques éditoriales qui ont vu fleurir plusieurs versions du Joker. En effet, au fil du temps, le Joker passe du fou furieux et tueur sans remords à habile manipulateur, en passant par le “simple bouffon” adepte des farces et attrapes.

Une plongée dans l’histoire du plus grand criminel de la pop culture corrélée à celle de son éditeur et ses différents auteurs. Attention tout de même : l’histoire L’homme qui rit est elle aussi incluse dans Joker Anthologie !

Avec Joker (15,50€) et Mad Love (15,50€ également), on découvre deux récits sur le même personnage mais à l’ambiance complètement différente. L’une est résolument sombre, l’autre plus “enfantine”. Dans Joker — pas encore chroniqué sur le site —, écrit par Brian Azzarello et dessiné (de façon très réaliste) par Lee Bermejo, le célèbre Clown sort de l’asile d’Arkham et compte bien retrouver son titre du plus grand criminel de Gotham. Avec son ambiance glauque, sa violence extrême et son univers lugubre, Joker semble prolonger la version du fou dépeinte dans le film The Dark Knight et interprété par Heath Ledger. Le look de cette itération comics est d’ailleurs assez proche de celle du chef-d’œuvre de Christopher Nolan.

Dans Mad Love à l’inverse, c’est l’incarnation de la version de la série d’animation Batman de 1992 qui est à l’honneur. Écrit par Paul Dini et Bruce Timm (ce dernier est également dessinateur), tous deux déjà auteurs du dessin animé, Mad Love est la transposition d’un épisode culte sur le Joker et Harley Quinn. Dans ce récit, le Joker quitte sa muse, la jugeant responsable de ses échecs. Quinn se rappelle alors de sa rencontre avec « monsieur J. », quand elle était psychiatre à Arkham. Si Mad Love flirte avec une certaine nostalgie pour les fans de la série d’animation, c’est aussi l’occasion de découvrir un Joker plus “léger” graphiquement mais tout aussi violent dans ses actes et ses propos. Double lecture, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, cette histoire est, là aussi, incontournable pour découvrir le Joker sous toutes ses coutures.

Le renouveau

Si tous les comics évoqués jusqu’à présent placent le Joker au cœur du récit, quasiment en tant que personnage principal, il faut s’attarder sur deux autres livres beaucoup plus récents dans lequel Batman occupe une place plus importante.  Joker Renaissance (35€) est la compilation de deux volumes de la série Batman entamée en 2011 par le scénariste Scott Snyder et le dessinateur Greg Capullo. Cet épais ouvrage contient donc deux histoires : Le deuil de la famille (à ne pas confondre avec Un deuil dans la famille) et Mascarade. Dans la première, le Joker réussit à kidnapper tous les alliés de Batman et avance connaître l’identité de celui-ci. Dans la seconde, le Clown déverse une toxine dans Gotham City et voit le Chevalier Noir affronter… la Justice League avant d’autres péripéties psychologiques et physiques.

Si les planches sont un régal pour les yeux grâce à la finesse des traits de Capullo et son style atypique, les histoires de Snyder divisent. Cela démarre toujours très bien, avec un concept novateur et des idées intéressantes mais l’évolution et la conclusion de ses récits sont bancales, avec un résultat final mitigé. Certains apprécient son audace, notamment de proposer une vision axée sur la confiance (brisée) entre Batman et sa “famille”, d’autres déplorent une facilité narrative et des “non-évènements” sans impacts majeurs. À découvrir tout de même, pour la proposition graphique et le look du Joker post-2010’s, ainsi qu’un parti pris narratif déroutant ou passionnant.

Dans White Knight, publié l’an dernier (et dont une suite — pas nécessaire — est attendue en France en 2020), le Joker est guéri de sa folie ! Jack Napier, son nom dans le civil, devient alors le « Chevalier Blanc » de Gotham (d’où le titre du comic-book). Il compte d’ailleurs attaquer en justice Batman et la police pour la violence dont ont fait preuve ceux-ci envers lui mais aussi… se présenter aux élections municipales de la ville ! Bon orateur, intelligent et charismatique, Napier bouleverse l’opinion publique au fur et à mesure qu’il gravit les échelons politiques. Sean Murphy (Punk Rock Jesus — qu’on recommande !) a écrit et dessiné cette histoire très rapidement devenue culte, qui peut sans rougir intégrer les Top 10 des meilleures aventures du Chevalier Noir (elle fait d’ailleurs partie des huit incontournables sur ce site). White Knight (22,50€) est sans aucun doute LA pépite la plus récente et originale dans son traitement du Joker.

Pour les plus curieux, on ne peut que conseiller le célèbre Arkham Asylum (19€), dans lequel Batman s’enfonce dans le célèbre asile pour une expérience détonante et fascinante (pour le lecteur). Une plongée dans la psyché de l’homme chauve-souris et, entre autres, sa némésis. Empereur Joker (22,50€) montre le Clown du Crime face à… Superman. Une étrange histoire servie par des dessins très « cartoonesque » qui peut freiner certains.

Enfin, le beau livre Tout l’art du Joker (29€) s’attarde sur l’évolution et les différentes interprétations du Clown fou à travers les âges et les supports artistiques, incluant bien sûr nombreux dessinateurs de comics.

 

Couvertures originales des tomes 3 et 7 de la série Batman,
tous deux inclus dans Joker Renaissance.

On récapitule ! Pour les « petits budgets », on conseille la version simple de Killing Joke (13,50€), L’homme qui rit, Joker et Mad Love (tous trois à 15,50€). Pour les plus aisés, la version limitée de Killing Joke (28€), l’Anthologie “Joker” (25€) et certains récits comme Joker (15,50€) et White Knight” (22,50€).