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Batman – New Gotham | Tome 01 : Évolution

Batman New Gotham

New Gotham est une série de trois tomes se déroulant après la saga No Man’s Land (mais il n’est pas obligé de l’avoir lu pour découvrir ce nouveau run). Elle est principalement scénarisée par Greg Rucka, bénéficie d’un style graphique particulier et se focalise sur Gordon et Batman. Critique du premier tome, Évolution, qui contient douze chapitres de la série Detective Comics : du #742 à #753).

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[Histoire]
Au lendemain de la fin du no man’s land, Gotham est à la reconstruction. Gordon, toujours endeuillée par la mort de sa femme par le Joker, reprend du service au GCPD. Batman veille et arpente sa ville…

La recrudescence du crime organisé complexifie la situation. Le commissaire et le Chevalier Noir mènent l’enquête sur un meurtre d’un policier récent. Les indices conduisent à un certain Vassili Kosov de la mafia russe.

Mais dans l’ombre, Ra’s Al Ghul dirige un plan secret, aidée de sa complice « Murmure De Défi »…

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[Critique]

Évolution est un tome très moyen, aussi bien sur son travail scénaristique (Rucka fut plus inspiré dans No Man’s Land et le sera davantage peu après dans Gotham Central) que graphique (sur lequel on s’attardera plus tard). S’il n’est nul besoin d’avoir lu la saga No Man’s Land (NML) pour apprécier ce premier volet (sur trois) de New Gotham, des références explicites ou non à cette ancienne situation particulière * apparaissent de nombreuses fois. À commencer par la dissociation entre les V.G. (Vrais Gothamiens) et les DEZ (Déserteurs) — dont est affublé Bruce Wayne — qui revient régulièrement et donne naissance à divers conflits. Malheureusement, ceux-ci ne seront pas exploités convenablement.

Le livre se scinde en effet en plusieurs parties et à peu près quatre fils rouges narratifs répartis sur douze chapitres. Le plus important, qui occupe plus de la moitié de l’ouvrage, est la relation entre Batman/Bruce et « Murmure de Défi » (sic). Cette dernière sert donc Ra’s Al Ghul, peu présent in fine. Son plan n’est pas très clair et les nombreux protagonistes issus de mafias et gangs différents n’aident pas du tout à la compréhension. Pire : les transformations en serpent ou en loup des sbires de l’immortel ennemi du Chevalier Noir cassent l’ambiance « hard boiled » qui était pas mal instaurée. C’est à dire un côté polar, urbain et relativement noir (à l’instar de la série Gotham Central, plus aboutie, du même Rucka). Les autres arcs sont plus captivants mais durent moins longtemps. L’un englobe ce qu’on voit en filigrane tout au long du récit (avec quelques mises en avant de temps en temps) : le retour de Gordon (endeuillé), la vie des flics (Crispus, Bullock, Montoya…), la politique à Gotham (un maire peu populaire), etc. bref, ce qui peut clairement se nommer « l’après NML ».

 Batman New Gotham

Batman New Gotham

Toujours dans cette optique post-NML, une histoires s’attarde sur Montoya et sa relation avec Harvey Dent/Double-Face (ce dernier étant tombée sous le charme de la policière dans NML) puis la lecture d’un comic-book écrit et dessiné par Dent lui-même le met en scène dans des aventures héroïques (un côté clairement WTF assumé et amusant). Enfin, pour conclure sur cet après NML, on retrouve Poison Ivy qui avait élu domicile dans un parc végétal durant un an où plusieurs orphelins l’avaient rejoint (pendant le no man’s land donc). On récapitule les quatre récits qui s’entrecroisent : Batman contre la mafia et Ra’s Al Ghul via sa sbire « Murmure De Défi », Gordon et ses équipes dans un Gotham qui se reconstruit, Montoya et sa relation ambigüe avec Harvey Dent et enfin Poison Ivy condamnée à quitter un parc où elle n’a jamais blessé ou tué qui que ce soit.

Comme évoqué, toute la partie avec « Murmure De Défi » occupe une place prédominante (la première moitié du livre puis un retour entre deux autres histoires). Celle-ci est plutôt frustrante car l’on retrouve un Batman axé en mode détective (même si pas mal de choses restent confuses dans les résolutions d’énigmes, les nombreux noms de mafieux…) mais avec des problèmes scénaristiques flagrants : manque d’empathie pour « Murmure De Défi » (ce nom…), transformations en animaux surréalistes, manque de clarté sur les enjeux et le plan à long terme de Ghul.

New Gotham Bullock

Du côté des graphismes, pas de demi-mesure : ça passe ou ça casse. Deux aspects à prendre en compte, une sur laquelle il est assez simple de faire l’unanimité : la colorisation, effectuée intégralement par le studio Wildstorm FX, qui est excellente puisqu’elle se concentre sur une couleur seulement par chapitre, le reste étant en nuances de gris ou de bleu. Ainsi on retrouve beaucoup de planches mélangeant une couleur froide principale (du bleuté) avec des variations colorisées d’une couleur chaude (orange, rouge…). Presque bichrome donc, ce pari graphique audacieux est réussi (rappelant parfois brièvement Sin City). Malheureusement, le second aspect sur lequel on est plus critique est tout simplement « le dessin ». Huit chapitres sur douze sont ainsi signés par Shawn Martinbrough. Ses traits anguleux et gras (pas tout à fait cartoony quand même mais presque — cf. les nombreuses images d’illustrations de cette critique), manquent cruellement de détails et ressemblent à des brouillons, fan-arts ratés ou des résumés grossiers. L’ensemble (dessins et couleurs) se rejoignent plutôt bien mais on tique quand même devant trop de cases pour apprécier le tout et être émerveillé. Dommage, il y avait clairement un coup à jouer. Heureusement, les quatre chapitres restant sont dessinés par quatre autres artistes et sont nettement plus réussis, ancrés dans un certain réalisme et plutôt élégant, avec toujours ce même jeu de couleur quasi bichromique qui sert à merveille l’ouvrage.

Anecdotiquement, sur le plan éditorial, on sera aussi rebuté par une police d’écriture assez illisible, choisie le temps de quelques planches. Trop de poins négatifs donc, pour véritablement apprécier Évolution. Mitigé aussi par quelques incohérences d’écriture qui sautent aux yeux. Par exemple, Bruce Wayne est affublée par Lucius Fox d’une garde du corps (Mlle Bordeaux). Sans tomber dans un sexisme primaire, on peut s’étonner de ne pas avoir choisi plutôt un voire deux hommes robustes pour ce travail. Peu importe, cette mise en situation inédite pourra déboucher sur des scènes intéressantes (à voir ce que donnera le tome deux). Seulement, dès l’arrivée de cette garde du corps, Bruce s’éclipse de son bureau juste devant elle et ressort peu après en Batman devant les fenêtres. La jeune femme est surprise mais ne fait pas le lien entre le milliardaire et le justicier…

Ras Al Ghul New Gotham

Il faut reconnaître à Rucka quelques idées novatrices ou en tant cas plutôt intéressantes. Wayne apparaît beaucoup en civil, décrit comme un homme à femme et un type maladroit. C’est quelque chose qu’on voit de moins en moins dans les comics sur Batman, c’est donc tout à fait plaisant de (re)trouver cela. On se focalise à nouveau sur lui et Gordon, un peu comme à l’époque d’Année Un, récit initiatique des (nouvelles) origines du Chevalier Noir. Ce retour aux sources parsème Évolution, durant lequel les autres figures d’alliées résonnent par leur absence notoire : quid de toute la Bat-Family qui peuplait NML ? Même Alfred n’officie qu’en figurant le temps de quelques cases.

Un premier tome plutôt moyen, avec des partis pris graphiques et scénaristiques alléchants mais pas forcément bien exploités ou finalisés. À suivre dans les deux volets suivant…

Batman New Gotham

* À noter également, des références aux évènements survenus dans La Tour de Babel et un affrontement avec Hugo Strange mentionné (on ignore de quelle histoire précise il s’agit, peut-être La Proie de Hugo Strange).

Gordon Bullock New Gotham

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 16 juin 2017.
Publication originale en 2000 à 2001 dans Detective Comics #742 à #753.

Titres des chapitres :
– Honneur à nos morts [DC#742]
– Évolution (Chapitre 1 à 4) [DC #743-746]
– Évolution I : Murmures dans les Ténèbres
– Évolution II : Unité de but
– Évolution III : Les Lois du Pays
– Évolution IV : Arrière-goût
– Joie-deux Anniversaire
[DC #747]
– Rénovation Urbain (Chapitre 1 à 2) [DC #748-9]
– Dépendance [DC #750]
– Balade dans le Parc (Chapitre 1 à 2) [DC#751-2]
– Les Aventures de Copernic Dent [#DC 753]

New Gotham Batman

Scénario : Greg Rucka
Dessin : Shawn Martinbrough | John Watkiss (+ DC #745-6), William Rosado (DC #747), Phil Hester (DC #748-9), Steve Mannion & Brad Rader (DC #753)
Encrage : Steve Mitchell | Hilary Barta & John Lowe(DC #753)
Couleurs : [Studio] Wildstorm FX
Traduction : Alex Nikolavitch
Lettrage : Moscow ★ Eye

Poison Ivy New Gotham

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Bruce Wayne Murmures de defi new gotham  Gordon Batman New Gotham

Ci-dessous, deux exemples des « transformations animales » de deux personnages…

New Gotham Snake  New Gotham Wolf Lycanthrope

Dark Night – Une histoire vraie

Récit un peu particulier puisqu’il ne conte pas les aventures de Batman mais d’un de ses auteurs, Paul Dini, qui propose, comme son titre l’indique « une histoire vraie ».

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[Histoire]
Paul Dini, scénariste de Batman s’est fait agressé. Avant de revenir sur ce fait, il explique face caméra à ses élèves (ou aux lecteurs directement) les éléments de sa propre vie qui l’ont conduit à devenir artiste. Il débute en évoquant son enfance, durant laquelle il était solitaire et « invisible » pour beaucoup, préférant se réfugier dans son imagination et la culture. Dini propose un bond de vingt-cinq années plus tard, lorsqu’il travaille pour Warner Bros Animation, précisément quand il œuvre avec brio sur la série d’animation Batman. La belle vie selon lui, à l’exception d’une vie sentimentale mise de côté, ou bien d’une tentative de liaison perdu d’avance, et d’une constante visite chez des psychothérapeutes — une introspection qu’il juge avec un regard plus mature aujourd’hui, évidemment. Jouets, loisirs, trophées… Paul Dini est heureux et fier de sa vie de « geek » avant l’heure. Puis un soir, deux hommes le tabassent avec une violence inouïe, l’artiste doit alors remonter la pente.

Dark Night Dini Une Histoire Vraie

[Critique]
Bande dessinée atypique, autobiographique et croquée avec plusieurs styles, « Dark Night – Une histoire vraie » captive de bout en bout. Clairement scindé en deux actes : un premier revenant sur l’enfance de Paul Dini puis son travail de scénariste chez Warner et ses problèmes relationnelles avec les femmes (cf. le résumé) puis un second évoquant l’après-agression, lorsque l’auteur s’apitoie sur son sort et ne s’en relève pas.

« Tu es l’incarnation irréelle et hors de portée du fantasme de puissance d’un gosse. »

Les scènes du début vont intéresser les fans de Dini (Mad Love, Paul Dini présente Batman…), ceux qui veulent connaître son parcours. L’ensemble est assez « basique » : on découvre un type certes acharné de travail et épanoui dans son domaine, mais finalement assez pathétique envers les femmes (voire méprisables), autant que ses conquêtes (le personnage de Vivian est une illustration concrète de Poison Ivy d’ailleurs). Aussi étonnant qu’il puisse paraître, écrire quelques personnages « très clichés » semble être une facilité narrative mais puisque l’ensemble se veut « une histoire vraie », il faut accepter que ceux-ci réagissent exactement comme on peut l’anticiper et de façon tout à fait normal, basique ou convenu.

Dark Night Dini

La partie revenant sur la guérison de Dini, ses doutes et ses craintes, permet de mieux saisir à quel point l’univers de Batman est non seulement important pour lui, mais aussi qui l’amène constamment à réfléchir et à échanger. Ses interactions se font avec les héros et vilains de Gotham : tour à tour Batman, parfois Batgirl, puis la galerie d’ennemis : Double-Face, le Joker, l’Épouvantail, Poison Ivy… un régal non seulement pour un lecteur assidu des aventures du Chevalier Noir, mais également pour un simple connaisseur qui découvre là les multiples facettes de chaque protagoniste, correspondant à un puissant rapport au réel. Ainsi, l’attitude de Dini envers la gente féminine interroge aussi bien Poison Ivy que Double-Face, la volonté de sombrer dans la folie voire l’extrémisme côtoie le Joker, le refuge vers l’alcool a évidemment lieu dans un bar du Pingouin et, bien sûr, les terreurs et la paranoïa servent à merveille des remarques de l’Épouvantail.

Si l’on pouvait naïvement penser que la « force » mentale d’un Batman s’ajouterait à celle de Dini, on constate que c’est tout l’inverse qui se produit. Le Caped Crusader bouscule l’auteur régulièrement, les deux se disputent en se partageant la responsabilité de l’agression. De ce traumatisme (qui remonte à bientôt vingt-cinq ans), l’artiste en propose à la fois un travail d’introspection sur lui-même mais aussi une histoire qu’il juge intéressant de partager (non sans s’être interroger sur cette démarche au préalable).

Dark Night Dini Batman Dark Night Dini Joker

Pour illustrer ce récit original, Eduardo Risso (Citée Brisée) livre de sublimes planches, changeant de style en fonction de ce qui est conté, proposant divers looks aux ennemis de Batman et ainsi de suite (un passage de drague est ainsi digne d’un cartoon). D’une certaine manière, on se rapproche de « C’est un oiseau… » une autre œuvre autobiographique du même genre mais mettant Superman au lieu de Batman dans la propre vie d’un auteur de comics.

Quelques éléments sont à déplorer toutefois, notamment dans l’utilisation du levier nécessaire à Dini pour se relever de son agression. Si son côté non pragmatique (face à ses potentiels agresseurs qu’il repère de loin) peut laisser certains dubitatif, c’est un dialogue avec un être humain qui lui fait prendre conscience « qu’il y a (toujours) pire » dans la vie, et en l’occurrence chez l’autre dont cet interlocuteur. Un aspect un peu « ridicule » (même s’il est vrai) qui survient soudainement dans un processus de dépression et qui agit comme un petit miracle. Il y a aussi une certaine naïveté chez l’auteur qui constate que « oui la vraie vie est injuste et que l’injustice existe », un état de fait assez généralisé pourtant.

Dark Night Dini Scarecrow

Cette conclusion n’entache pas l’ensemble de ce Dark Knight, résolument original et passionnant, malgré sa couverture un poil mensongère. Ce n’est pas la première fois que l’éditeur applique cette recette : un dessin qui ne correspond pas forcément au récit de base mais qui permet d’avoir une couverture « classe et impressionnante ». Pour défendre Urban Comics, il s’agit ici de la même version que l’édition américaine, mais parfois l’éditeur choisit de très belles illustrations certes, mais qui ne reflètent pas forcément le contenu (Cataclysme ou DKIII par exemple). Ce n’est pas très grave en soi mais le non fan, le non connaisseur se doit obligatoirement de lire le résumé au dos et de feuilleter l’ouvrage (ça semble être une évidence, mais on achète parfois sur un coup de coeur d’une couverture, ou bien sur Internet sans se renseigner au préalable). Quoiqu’il en soit, Dark Night – Une histoire vraie est touchant et sort un peu des classiques aventures du Chevalier Noir, en offrant un propos grave, humain et élégamment dessiné sous plusieurs styles. C’est d’ailleurs peut-être cet ensemble de formes différentes (et réussies) qui font la richesse d’un fond sympathique mais pas forcément fédérateur pour tous.

(Une autre critique à lire, celle de Neault sur UMAC qui n’a pas du tout été emballé par la seconde partie et explique quels éléments sont problématiques selon lui.)

Dark Night Dini True Story

[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics [collection Vertigo] le 03 février 2017.
Titre original : Dark Night – A True Batman Story
Scénario : Paul Dini
Dessin et couleur : Eduardo Risso
Lettrage : Moscow Eye
Traduction : Xavier Hanart

Première publication originale en juin 2016.

Dark Night Batman Dini

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 Dark Night Dini Dark Night Dini Histoire Vraie

Cataclysme

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[Histoire]
Gotham City, 19h03, un tremblement de terre d’intensité 7.6 sur l’échelle de Richter détruit la ville. Les immeubles s’effondrent, les incendies font rage, des citoyens innocents meurent dans les décombres ou sous l’eau…

Les différents justiciers (Batman, Nightwing…), les héros du quotidien (Gordon, Bullock…) et même les antagonistes pas forcément du bon côté de la loi (Catwoman, Azraël…) font face à une menace naturelle, sans précédent, bien plus grave qu’à l’accoutumée.

Chacun aide comme il peut et affronte cette épreuve, aussi injuste soit-elle et face à laquelle il ne peuvent concrètement « rien faire ».

Batman Cataclysme Gotham City

[Critique]
Ouvrage assez conséquent de 462 pages, Cataclysme se divise en seize chapitres et plusieurs interludes, ainsi qu’un court prologue et épilogue. Chaque chapitre provient d’une série différente du Batverse (comme pour Knightfall) : Batman, Detective Comics, Shadow of the Bat, Catwoman, Nightwing, etc. (détails dans la section À propos). Certains sont même inédits pour cette version française, à savoir Azrael #40, Catwoman #57, Robin #52 et Batman Arkham Asylum – Tales of Madness #1, qui sont parfois volontairement « coupés » pour rester focaliser sur l’histoire principale.

On y suit donc les points de vue de différents protagonistes durant cet évènement majeur, très important dans la mythologie du Chevalier Noir. En effet, Cataclysme poursuit la « chute » psychologique (et même physique) de Bruce Wayne/Batman après Knightfall, Legacy et Contagion. Ces deux derniers sont (étrangement) inédits en France et narrent la propagation du virus Ébola dans Gotham City. Peu après il y a donc ce tremblement de terre qui vient mettre à mal un peu plus le(s) justicier(s) avant de se poursuivre dans la grande saga No Man’s Land. En effet, et c’est à la fois la force et la faiblesse de Cataclysme, il s’agit avant-tout d’une introduction à No Man’s Land (série complète en six tomes). Celui-ci peut donc se lire comme un volume unique (one-shot) mais sous-entend clairement une suite que le lecteur souhaite logiquement découvrir.

Batman Cataclysme Nightwing Harold Alfred

L’intérêt de Cataclysme se situe dans la multiplicité des regards vers cette catastrophe, quasiment tous débutants (dans la première partie du livre tout du moins) juste avant que ne se déclenchent les premières secousses. Nightwing songe en premier lieu à savoir si Barbara Gordon est vivante, Robin, alias Timothy Drake, (en voyage en Europe) est dans un avion quand le tremblement de terre se produit et s’inquiète avant tout pour son père, Batman est tiraillé entre secourir les citoyens, empêcher une évasion de prisonniers de Blackgate et (plus ou moins) conserver son identité secrète (le Manoir Wayne s’est effondré sur la Bat-Cave), et ainsi de suite.

À ce titre, les meilleurs moments concernent, contre toute attente, des inconnus : un chapitre consacré à des gangsters chargés d’aider des passants coincés sous des décombres et un condamné à mort (à Blackgate) qui clame son innocence à son avocate peu avant son exécution. Le tremblement de terre vient lui apporter le miracle dont il avait besoin pour ne pas être tué puisque celui-ci lui permet de s’échapper. Le duo composé d’Huntress et Spoiler apporte un peu de nouveauté, d’ailleurs toute l’évolution d’Huntress au cour de l’ouvrage est intéressante. Le personnage souhaite s’émanciper des justiciers « classiques » en n’hésitant pas à tuer certains criminels. Un choix que ne cautionne évidemment pas le Dark Knight. Un chapitre centré sur Catwoman, très prenant, se concentre sur la peur et la solitude de Seline Kyle ; son individualisme mêlé à la forte empathie pour des êtres en détresse sont très bien écrits.

Batman Cataclysme Spoiler Huntress

Les autres épisodes se suivent et sont plus ou moins « classiques » (par rapport à la catastrophe subit), il y a même une certaine répétition mais qui n’est pas soporifique ou agaçante (contrairement à des passages de Knightfall, notamment les tomes 3 et 4, assez indigestes).

On note un certain fil rouge dans la seconde moitié de l’œuvre avec un homme (le Maître-Secousses – sic) clamant être responsable du tremblement de terre et souhaitant une rançon de la part de la ville afin qu’il ne déclenche pas un séisme encore plus meurtrier. De prime abord, ce nouvel ennemi paraît bien ridicule, d’autant plus qu’il demande de l’argent (re-sic) mais une fois son identité révélée, cela fait sens et est même plutôt bien trouvé.

Batman Cataclysme Maitre Secousses

La galerie des ennemis classiques de Batman fait ici de la figuration (Double-Face, le Pingouin, Bane, Poison Ivy…) intervenant en personnage très secondaire le temps de quelques planches, exception faite du chapitre divisé en trois parties se déroulant à l’Asile d’Arkham avec le Joker, le Sphinx, l’Épouvantail et Killer Croc notamment.

C’est justement une question qu’on se pose dès le début de Cataclysme : quid des « méchants » durant cette catastrophe ? Nous avons nos réponses, promettant de rudes aventures à la Bat-Family pour la suite de l’histoire.

Batman Cataclysme Joker Vilains

Le récit mentionne un nombre conséquent de victimes (blessés et morts) et en montre quelques-unes mais clairement pas assez pour véritablement s’émouvoir ou « prendre une énorme claque ». Les morts ne sont pas aux abonnés absents mais au vu de la tragédie, l’impact aurait été plus fort pour le lecteur d’afficher, ou suggérer, davantage de cadavres (suggérer par dessin et non par texte, comme cela est fait plusieurs fois). Cela rappelle un peu les reproches qui avaient été fait à propos de la fin du film Man of Steel (à raison). On s’étonne d’ailleurs de l’absence de Superman pour la rescousse et l’aide qu’il aurait pu apporter (lui ou la Justice League), nulle mention dans le scénario alors qu’il y a (logiquement) une explication plausible à cela.

Le scénario est écrit à plusieurs mains, avec une nette dominance pour Chuck Dixon et Doug Moench (déjà aux manettes des années plus tôt sur Knightfall). Les dessins se suivent et ne se ressemblent pas (dans leur style) mais aucun ne dégage un esthétisme plus important que d’autres (éventuellement Rick Taylor pour Arkham Asylum : Tales of Madness #1) ; il n’y a pas non plus de planches « ratées », globalement la cohérence se tient pour savoir qui est qui, pour découvrir les ruines de Gotham. L’intérêt se situe davantage dans l’histoire pour Cataclysme : une tension palpable, des héros impuissants face aux forces de la nature, des échos très personnels pour certains protagonistes, etc.

Batman Cataclysme Batman

Proposer Cataclysme comme un one-shot est un poil mensonger, de même que sa couverture, très graphique et réussie certes (signée Bill Sienkiewicz) mais peu représentative de l’œuvre. Prenant et plutôt original, ce début d’une nouvelle saga de Batman est clairement efficace et abouti. Les auteurs prennent leur temps (parfois un peu trop mais l’équilibre est plutôt « juste ») et on a envie de lire la suite.

NB : Alfred chantonne Mon amant de Saint-Jean en nettoyant l’argenterie. Une enquête est en cours pour savoir si cette référence à Edith Piaf était dans la version originelle ou non. C’est important.

Batman Cataclysme Pingouin

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 21 mars 2014
Premières publications originales en 1998.

Contient :

Batman #553-554 (écrit par Doug Moench et dessiné par Klaus Janson)
Shadow of the Bat #73-74 (écrit par Alan Grant et dessiné par Mark Buckingham)
Detective Comics #720-721 (écrit par Chuck Dixon et dessiné par Graham Nolan)
Nightwing #19-20 (écrit par Chuck Dixon et dessiné par Scott McDaniel)
Azrael #40 (écrit par Dennis O’Neil et dessiné par Roger Robinson)
Catwoman #56-57 (écrit par Devin Grayson et dessiné par Jim Balent)
Robin #52–53 (écrit par Chuck Dixon et dessiné par Staz Johnson)
Batman Chronicles #12 (écrit par Devin Grayson, Klaus Janson, Chris Renaud et Kelley Puckett et dessiné par Marcos Martin, Klaus Janson, Alex Maleev et Rick Burchett)
Batman Blackgate : Isle of Men #1 (écrit par Doug Moench et dessiné par Jim Aparo)
Batman : Huntress/Spoiler #1 (écrit par Chuck Dixon et dessiné par Eduardo Barreto)
Batman – Arkham Asylum : Tales of Madness #1 (écrit par Alan Grant et dessiné par Rick Taylor)

Lettrage : Stephan Boschat (Studio Makma)
Traduction : Jean-Marc Lainé
Adaptation Graphique : Pascal Chirat

Batman Cataclysme Wayne

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Batman Cataclysme Catwoman