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Dark Knight III – Tome 02

Dark Knight III (en quatre tomes) est le troisième volet du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns et poursuivi avec The Dark Knight Strikes Again.
Page récapitulative | Critique de Dark Knight III – Tome 01

Dark Knight III Tome 2

[Histoire]
Les kryptoniens de Kantor ont retrouvé leur taille humaine grâce à Atom, qui fut rétréci à l’infini par Quar, leur terrible leader despotique. Celui-ci s’en prend désormais aux Terriens et exige leur soumission. Ses « enfants » l’adulent et sont même kamikazes pour le bien commun de Quar et leur peuple.

De son côté, Carrie Kelley retrouve Bruce Wayne, après son évasion lors de son extraction vers la prison Blackgate. Suite aux menaces de Quar, le binôme décide d’aller « réveiller » Superman (dans sa forteresse de glace), seule force restante pouvant les aider.

Lara, la fille de Wonder Woman et l’Homme d’Acier, n’est pas spécialement enclin à défendre les Terriens, elle se sent plus proche des… kryptoniens.

Dark Knight III Superman

[Critique]
Après un premier tome mitigé, l’histoire est cette fois bien lancée et davantage prenante. On ne peut pas vraiment blâmer les auteurs (pour une fois), mais plutôt (et là aussi c’est rare) l’éditeur. En effet, si Dark Knight III avait été publié en France en deux tomes seulement (deux fois quatre chapitres), l’on aurait eu une première salve nettement plus efficace que le volume précédent, plutôt faible et introductif. Mais peu importe.

Dark Knight III Quar

Ici donc, la menace Kantorienne (la fameuse Master Race du titre originel, la « race maîtresse ») est enfin concrète. Le retour de Superman est l’un des points forts de l’ouvrage ; même si sa défaite face à sa fille peut laisser dubitatif. On s’étonnera de la non participation au conflit de Wonder Woman (tout du moins pour cette première bataille).

Du reste, l’accent est cette fois mis en avant sur Batman, plus remonté que jamais mais conscient d’être devenu « un boulet » (de son propre aveu) dans sa croisade. Mais le Chevalier Noir ne perd pas de sa superbe pour autant, bien au contraire, les planches finales du premier chapitre sont, à ce titre, excellentes et rappellent les meilleurs heures du Caped Crusader sous la houlette de Frank Miller.

Dark Knight III Bruce Wayne Carrie Kelly

Frank Miller, toujours scénariste/consultant/conseiller (on ne sait pas vraiment, même si, à nouveau, son « univers » est toujours très présent, surtout dans le récit) officie comme dessinateur des deux backs-up. Ces mini-chapitres sont consacrés à un héros spécifique, se situant légèrement en marge de l’histoire principale tout en y restant ancrés (pour préparer la suite, quand tout va conjecturer).

Après Atom et Wonder Woman/Lara dans le tome précédent, ce sont Green Lantern puis Batgirl — nouvelle « identité » de Carrie Kelley (et brièvement Aquaman) qui y ont droit cette fois. Deux courts récits peu exceptionnels, aussi bien sur la forme que le fond, surtout celui sur le Justicier d’Émeraude, irrespectueux du personnage. Il est agréable de retrouver Miller aux dessins sauf que l’artiste est toujours sur sa lancée type The Dark Knight Strikes Again, autrement dit : très brouillon et assez hideux.

Dark Knight III Green Lantern Miller

Dark Knight III Batgirl

Sur les deux chapitres principaux, qui forment donc le cœur du livre, le dessinateur Andy Kubert s’émancipe peu à peu de son illustre modèle (tout en lui restant vaguement fidèle, mais d’une façon moins prononcée, ce qui n’est pas plus mal) et livre de très belles versions et découpages, notamment sur les retours de Superman et Batman (le « Go to Hell / Va au diable » est puissant et arrive d’excellente façon, cela aurait pu conclure le chapitre d’ailleurs).

Dark Knight III Lara

Sur l’histoire principale, on retrouve les sujets favoris de Miller : fondamentalisme religieux (le gourou kryptonien a plusieurs femmes, ses fidèles sont des kamikazes), anti-conservatisme (Trump apparaît brièvement, au même titre que Obama et Hollande à priori), critique aussi, du langage SMS des « jeunes » et de Twitter (donc des réseaux sociaux)… Difficile de dissocier désormais l’artiste de l’homme, aussi bien à travers ses œuvres (si on les connaît) que ses déclarations « hors bande dessinée ».

Quand bien même, l’ensemble se lit « bien », à défaut d’être réellement surprenant ou original. Une suite plus efficace donc, qui retrouve (en moins subtil) ce qui faisait le sel de la première œuvre d’il y a trente ans (à la demande/pression de l’éditeur ?). La sensation de remake déguisé se fait sentir, mais ça fonctionne tout de même, en tout cas pour l’instant et, surtout, si on enlève les backs-up plutôt ratés. On aimerait bien savoir dans quelle mesure Miller épaule Brian Azzarello, à moins que ce ne soit l’inverse ? Tant rien ne semble réellement de la patte du second cette fois.

          Dark Knight III Yindel Batman

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 2 septembre 2016.
Titre original : The Dark Knight III – The Master Race & Dark Knight Universe Presents : Green Lantern / Batgirl
Scénario : Frank Miller et Brian Azzarello
Dessin : Andy Kubert, Frank Miller (DKUP : Green Lantern #1 (« Finitions ») et Batgirl #1) et John Romita Jr. (« Découpage » sur DKUP : Green Lantern #1)
Encrage additionnel : Klaus Janson
Couleur : Brad Anderson et Alex Sinclair (DKUP : Green Lantern #1 et Batgirl #1)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky
Première publication originale en novembre et décembre 2015.

Dark Knight III Wonder Woman

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Dark Knight III – Tome 01

Dark Knight III Go to Hell

 

 

 

Dark Knight III – Tome 01

Dark Knight III (en quatre tome) est le troisième volet du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns et poursuivi avec The Dark Knight Strikes Again.
Page récapitulative

DK3 tome 1 4 mars

[Histoire]
Six ans après la mort supposée de Batman/Bruce Wayne (son identité avait été révélée au monde entier), les choses n’évoluent guère à Gotham City. C’est justement un « nouveau » Batman (à moins que ce ne soit l’ancien, ou son acolyte Carrie Kelley qui fut respectivement Robin puis Catgirl) revient poursuivre sa croisade de justice, trois années après sa dernière apparition publique.

De son côté, le premier enfant de Superman et Wonder Woman, Lara, se recueille devant son père, figé dans la glace avant de secourir la petite cité de Kandor (qui tient dans une petite cloche en verre). Cette ville provient de Krypton, la planète d’origine de l’Homme d’Acier, et a été miniaturisée peu avant l’explosion de l’astre (par un être qui allait par la suite devenir un ennemi de Superman). À l’intérieur se trouvent donc les derniers kryptoniens en vie. Pour venir en aide à ce peuple, Lara rejoint Atom, alias Ray Palmer, scientifique émérite et spécialiste des nanotechnologies.

DK3 Batman

[Critique]
Très attendue depuis son annonce, cette suite d’un futur hypothétique de Batman, imaginé il y a plus de trente ans par Frank Miller laisse dubitatif dans un premier temps. Il est bien difficile de juger ce début d’œuvre qui met en place les éléments (personnages anciens et nouveaux, lieux, menaces…) et en annoncent d’autres. C’est plutôt faible et se laissera très certainement mieux lire « à la suite » une fois les autres tomes publiés.

Quelques précisions s’imposent : il est recommandé d’avoir lu évidemment The Dark Knight Returns mais aussi The Dark Knight Strikes Again avant ce DKIII. Cela peut paraître logique, mais la suite ayant été tant décriée, elle aurait pu être mise de côté sans avoir pris en compte certains de ses éléments. En effet, la romance très prononcée dans TDKSA entre Superman et Wonder Woman trouve un écho important ici, puisque leur fille Lara est très présente, en instance de devenir un personnage principal à part entière (avec Carrie Kelley) et une autre progéniture est apparue ; le statu quo de la fin de TDKSA apporte un nouvel enjeu (en plus de celui de Batman/Bruce Wayne), ainsi Superman est littéralement figé dans de la glace, s’impose-t-il une punition suite à son rôle, « misérable », quelques années plus tôt ?

« Pourquoi as-tu laissé les fourmis te faire tomber du ciel ? »
Lara, fille de Superman et Wonder Woman, à son père, figé dans la glace

Atom, qui était également très présent dans TDKSA, joue ici une pièce maîtresse dans l’intrigue, élément déclencheur « d’un futur évènement important ». Enfin, la nécessité d’avoir un « vrai » président en chair et en os (par contrôle ADN régulier) est un rappel à TDKSA, dans lequel Jimmy Olsen découvrait que leur leader politique n’était qu’une simple image hologramme. Il n’est évidemment pas impossible de comprendre DK3 sans passer par la case lecture obligatoire de TDKSA, mais mine de rien, un « saut » entre TDKR et ce DK3 n’est peut-être pas idéal.

DK3 Lara

Chose primordiale, aussi bien sur la forme que le fond, le « Dark Knight Universe de Miller » est méthodiquement conservé. On retrouve la narration plus ou moins « journalistique » : ces informations commentées en direct par des médias, augmentées ici par des échanges très simplistes via smartphones avec photos et langages SMS en supplément (un peu lourd de commencer par ce dernier cela dit). Ainsi, DK3 se modernise gentiment tout en restant proche de ses deux prédécesseurs. Brian Azzarello écrit l’histoire, supervisé (ou conseillé) par Miller lui-même. Une fois encore, difficile de distinguer les travaux des deux tant on reconnaît la patte de l’auteur original, sans pour autant lui trouver une folle originalité qui ne serait pas atteinte par Azzarello seul.

Cette fidélité s’accompagne également du point de vue graphique, puisque Andy Kubert s’efforce de dessiner en ressemblance avec les traits de son aîné. C’est globalement réussi (Klaus Johnson rempile pour l’encrage) mais pas sur toutes les cases. De la même façon, la colorisation ne rend pas hommage aux volumes précédents. Beaucoup plus convenue et « classique », exceptée à de rares moments, souvent en pleine page et parfois même à la limite de l’hommage à Sin City, elle ne permet pas à DKIII d’avoir le style bien hors-norme qui définissait TDKR (et TDKSA).

DK3 Carrie

Cette identité graphique propre à l’œuvre de Miller se retrouve éphémèrement dans le mini-comic consacré à Atom qui clôt le premier chapitre, comme un « back-up » (un est prévu à la fin de chaque chapitre, se déroulant dans le Dark Knight Universe). Pour cause : celui-ci est dessiné par Frank Miller lui-même. L’artiste a perdu de sa superbe, mais c’est toujours plaisant. Le deuxième chapitre sera, lui, suivi de quelques planches sur la Reine des Amazones et sa fille. Dessinée par Eduardo Risso, cette courte bande dessinée est très moyenne à tout point de vue ; on insiste juste sur l’importance de Lara et son caractère.

« Comment avons-nous pu laisser faire ça ?
Comment nos distractions ont-elles pu supplanter le principal ?
Quand nous sommes-nous arrêtés de penser ? »
Commissaire Yindel, peu avant l’arrestation de Batman

L’initiative de retrouver l’univers, à la fois visuel et cynique, de TDKR (et TDKSA dans une moindre mesure) est tout à fait louable, l’ensemble est relativement fidèle, bien que moins politisé et violent —pour l’instant tout du moins—, un brin énervé —pas encore assez non plus, mais ce n’est pas plus mal— mais le rendu final reste encore nébuleux sur son histoire ; ce n’est donc pas forcément passionnant, pas non plus inintéressant. On ne peut s’empêcher d’y dresser des métaphores entre les personnages disparus, les Dieux au-dessus des hommes, les mythes qui s’effondrent, les légendes qui se meurent avec évidemment les artistes qui officient sur le titre (la chute de Miller, voire sa fin, la passation de l’œuvre puis la relève).

DK3 Atom

On attend donc la véritable suite, où l’on retrouvera logiquement Bruce Wayne et Superman, en suivant l’évolution du duo féminin Carrie et Lara, tout en contemplant la nouvelle menace de Kandor, la fameuse « race maîtresse » du titre de la version originale (The Master Race). Plus introductif qu’autre chose, ce court premier tome (à peine 100 pages de lecture, aucun bonus alors qu’il y a eu pléthore de couvertures inédites et signées par de prestigieux artistes !) n’en dévoile pas assez pour être addictif, mais suffisamment pour espérer une suite à la hauteur ; pas le droit à l’erreur.

Même si ce Dark Knight III raisonne comme une grosse opération commerciale et que ce début n’est pas spécialement alléchant, la curiosité titille l’envie de connaître la suite et enfin « la fin » de ce fameux futur noir du Caped Crusader. Nul doute que si les prochains chapitres s’avèrent convaincants, une publication en deux volumes, voire un seul, aurait été plus appréciable d’un point de vue qualitatif et économique. Hélas, le choix discutable de publication d’Urban Comics sur ce titre ne permettra pas cette opportunité. Attention donc à ne pas se retrouver avec trop d’invendus des tomes suivantes.

DK3 Wonder Woman Lara

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 4 mars 2016.
Titre original : The Dark Knight III – The Master Race & Dark Knight Universe Presents : The Atom / Wonder Woman
Scénario : Frank Miller et Brian Azzarello
Dessin : Andy Kubert, Frank Miller (DKUP : Atom #1) et Eduardo Risso (DKUP : WW #1)
Encrage : Eduardo Risso et Klaus Janson
Couleur : Brad Anderson, Alex Sinclair et Trish Mulvihill
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky
Première publication originale en novembre et décembre 2015.

Dark Knight III - The Master Race

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Dark Knight III – Tome 02

The Dark Knight Strikes Again

Page récapitulative du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns, qui a révolutionné aussi bien la mythologie de Batman que celle des comics. The Dark Knight Strikes Again, chroniqué ci-dessous, en est la suite directe.

The Dark Knight Strikes Again[Histoire]
Trois ans après la mort supposée de Bruce Wayne/Batman (son identité fut révélée à tout le monde), Carrie Kelly seize ans, ancienne partenaire, qui reprenait le nom de Robin, travaille pour lui en secret. Devenue Catgirl, la jeune fille rassemble, avec l’aide de son armée de BatMen, d’anciens membres de la Ligue de Justice, comme Atom, Flash ou Plastic Man, disparus ou étrangement séquestrés par le gouvernement.

En effet, le règne politique, proche d’une dictature, est aux mains d’un faux président (une image numérique d’un homme montrée aux citoyens) démasqué par Jimmy Olsen . La véritable personne derrière ce faux président est Lex Luthor, épaulé de Brainiac. Ils gardaient donc prisonniers certains anciens super-héros pour mieux les contrôler.

C’est pour renverser cet état totalitaire que Batman cherche à retrouver ses alliés, mais aussi pour trouver la force d’affronter Superman, qui est toujours au service des États-Unis, donc indirectement de Luthor. Le Dark Knight, encore plus nihiliste et brutal, ne peut s’empêcher de constater le déclin des habitants de sa ville, à travers la télévision notamment : un monde superficiel, une perte d’intelligence et de culture, un attrait pour le sexe et les people, etc.

DK 2 Batman Catgirl[Critique]
Difficile d’égaler une œuvre comme The Dark Knight Returns en terme de scénario. Cette suite est indigne du travail que Frank Miller opéra sur le premier opus (et par extension sur Année Un). Il prévient dans la préface que suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, son histoire prend un tournant davantage pessimiste en milieu d’ouvrage (il était en pleine création au moment de l’effondrement du World Trade Center). Cette allusion est effectivement bien visible, à travers la ville en ruine de Metropolis notamment, même si la raison de la catastrophe reste assez confuse, et avec la tournure radicale du discours politique qui se tend à la fin du livre. Même si Batman prévient que « ils ne sont pas là pour semer le chaos et l’anarchie mais mettre fin au règne des criminels ». Cette explication, maladroite, est censée justifier un duel très manichéen et sommaire entre le gouvernement (le grand méchant) et les justiciers (qui ont raison et sont gentils). Outre cet aspect extrêmement réducteur (surtout comparé au précédent volume), le personnage du Chevalier Noir a lui aussi été remanié. Si son aspect radical dans The Dark Knight Returns séduisait, il devient ici un « gros bourrin assoiffé de violence »…

DK 2 CatgirlBatman n’est, de toute façon, qu’un personnage assez en retrait dans cette histoire (ce qui n’est pas forcément un reproche, en revanche des connaissances sur l’univers DC Comics sont requises). Il n’apparaît qu’à la fin du premier chapitre (sur trois, et de loin le meilleur), et les suivants se concentrent principalement sur Carrie, Superman, les anciens membres de la Ligue de Justice et sur les (trop nombreux) témoignages de citoyens. Cet enchevêtrement régulier d’avis vient, encore une fois, casser un certain rythme. L’extrémité des propos, dans le sens où la plupart du monde devient idiot, ne parvient pas vraiment à accorder une voie crédible à l’œuvre. Même si l’afflux des journalistes, de la télévision et d’Internet dépeignent une population s’accaparant à la paresse, au pouvoir de l’image et, en gros, à la débilité profonde (encore une fois, un message que confirme Miller dans sa préface, et qu’il soutenait avoir déjà fait dans The Dark Knight Returns, certes mais en plus subtil !) ne sont pas forcément une mauvaise idée (la société actuelle ne peut que le confirmer), ça passe difficilement comme propos car on a l’impression que le lecteur est, lui-aussi, pris pour un idiot.

Autre élément critique de ce Strikes Agains, et pas des moindres : la partie graphique, qui est totalement bâclée (comme en témoignent les illustrations de cet article). Miller reprend son crayon mais il aurait dû s’abstenir. La pauvreté des décors, se réduisant souvent à un simple fond coloré, conférant des espaces vides un peu partout et les traits carrés (style propre à l’artiste qui fait normalement « son charme ») mais qui sont ici plus grossiers encore qu’à l’accoutumée et donnent l’impression de voir des brouillons encrés et… c’est tout (Miller est seul, sans Klaus Johnson à l’encrage cette fois). Même les visages des civils passants à la télévision sont proches du guignolesque. Certaines cases sont carrément dignes d’avoir été dessinées par des enfants en école primaire. S’il n’y avait pas eu TDKR auparavant, on aurait pu trouver dans ceci une sorte de touche abstraite, un côté expérimental, indépendant, loin des conventions graphiques d’usage, pourquoi pas, et encore ça ne justifierait pas tout, mais ici rien n’est peaufiné, tout est trop vulgaire.

DK2 Superman Wonder Woman(Six pages successives qui piquent les yeux… Cliquez pour agrandir.)

La plupart des planches sont très chaudement colorées, rien à voir avec Returns. Lynn Varley (qui officie à nouveau avec Miller), propose des ambiances que l’ont peut qualifier de « pop et flashy », voire d’un délire complètement psychédélique (là aussi ce n’est pas un forcément un reproche en soi). C’est d’ailleurs sous cet angle qu’il faut peut-être envisager ce comic. À ne pas prendre au sérieux, à lire comme une grosse blague. Malheureusement, le discours de Miller, explicite dans sa préface, implicite dans son œuvre, prouve que le récit est on ne peut plus « important et sérieux ». Pourtant, en caressant l’idée que l’auteur se moque totalement de sa création, la remplit des clichés (qu’il voulait sûrement dénoncer), se la joue provoc’ (sic) et fait un doigt d’honneur à la bien-pensance, on pourrait tenter de l’excuser. Dénoncer la bêtise humaine en la dessinant et en l’extrapolant, pourquoi pas… Mais quand bien même, ça ne passe car c’est tout simplement mal réalisé ; indigeste.

Il est compliqué de trouver des arguments pour défendre cet opus, tant la laideur des dessins va et vient, et que son scénario est à des années lumières du tome précédent. Par ailleurs, le psyché de certains personnages est une insulte à leur création : Superman, faible au possible, Wonder Woman, niaise et ridicule, faire-valoir sexuelle de l’Homme d’Acier (sexisme ?), et même Dick Grayson, pour des raisons à découvrir en fin d’ouvrage. D’autres ne sont guère compréhensibles : La Question, Plastic Man, Le Limier Martien… On est obligé de se forcer à lire un ramassis de clichés (qui pourtant partait d’une idée de départ plutôt bonne) pour connaître l’issue du dernier chapitre. Sans surprise, le ton général est assez douteux ; les thèmes sous-jacents politisés sont sommaires, la caricature grossière anti-Amérique ne fait pas mouche.

DK 2 Batman SupermanCette suite a le mérite d’exister et d’être publiée (sous une couverture extrêmement vendeuse mais un poil « mensongère» ), car, selon certains avis récoltés sur la Toile, elle plaît par son audace. On peut donc la qualifier d’objet insolite à découvrir… en n’oubliant pas qu’il s’agit surtout d’un développement extrême des personnages de l’univers DC, croqués sous une forme primaire et colorés de façon punk. De cette façon, The Dark Knight Strikes Again sera peut-être plus agréable à lire pour certains.

Un troisième et ultime tome est prévu pour l’automne 2015 :  The Dark Knight III – The Master Race (premier tome sur quatre à priori, car il y a huit chapitres prévus, en France le 4 mars 2016). Ce dernier sera co-scénarisé avec Brian Azzarello et Klaus Janson encrera à nouveau cette histoire, cette fois dessinée par Andy Kubert. L’édition d’Urban Comics propose beaucoup de croquis préparatoires, quelques visuels et photos de figurines, ainsi que la préface de l’auteur. La première édition contient un DVD et un Blu-Ray de The Dark Knight Returns2ème partie (la suite de l’adaptation en film de TDKR, et non pas celle de TDKSA). La seconde, dispensée de ses galettes bonus, sera en vente le 4 mars 2016, en même temps que le premier tome de TDKIII.

Pour trouver un futur hypothétique dans lequel officient à nouveau Superman, Batman et les autres membres de la Ligue de Justice il vaut mieux (re)lire le magnifique Kingdom Come, de Mark Waid et Alex Ross.

MàJ : un point de vue différent est à lire dans cet article, qui donnera peut-être envie d’une nouvelle lecture, voire d’une redécouverte complète.

DK 2 Catgirl Carrie[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 1er mars 2013.
Titre original : The Dark Knight Strikes Again
Scénario et dessin : Frank Miller
Couleur : Lynn Varley
Lettrage : Studio Makma
Traduction : Nicole Duclos

Première publication originale en 2002.
Également sorti en France en 2002 en trois volumes chez Comics USA sous le titre DK2, deux ans plus tard en un seul, toujours chez le même éditeur.
En 2009, Panini Comics publie une version Absolute (format géant) de The Dark Knight Returns accompagnée de cette suite, intitulée alors Dark Knight : La Relève.

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