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Batman & Robin Année Un – Tome 2/2

Après un premier volume très efficace, la conclusion de Batman & Robin Année Un est disponible ! Pour l’occasion, Urban Comics renoue avec le même soin (dos toilé, etc.) et propose une intégrale en noir et blanc aussi. Critique.

 

[Résumé de l’éditeur]
Alors que Bruce Wayne vient officiellement d’adopter l’orphelin Dick Grayson qu’il forme comme son acolyte, un mystérieux nouveau patron du crime appelé le Général tente de s’approprier les rues de Gotham en annihilant la mafia locale… À la recherche de réponses, Batman et Robin vont devoir mener l’enquête mais aussi gérer les deux aspects de leur relation en tant que père et fils et duo dynamique !

[Critique]
En dissociant en deux opus ce qui aurait pu être un bel ouvrage complet dès sa première commercialisation (depuis le début du projet il était prévu une maxi-série en douze épisodes), Urban Comics a probablement gagné son pari risqué. Pour cause : l’intégrale sort finalement d’abord en noir et blanc (avec une légère polémique sur le choix de couverture dont on reparle tout en bas de cette critique), preuve que le succès fut au rendez-vous et que l’éditeur a confiance en son titre. Pourtant, un second tome se vend normalement toujours moins que le premier ; mais les critiques dithyrambiques du précédent, proposé dans un bel écrin (dos toilé, absence de résumé), auront sans doute raison des bonnes vente de cette suite et fin. Pourtant… force est de constater qu’en lecture « semi-indépendante » (comprendre pas à la suite directe du précédent), cette nouvelle salve est en dessous de l’autre… mais ne gâche pas l’ensemble du titre, heureusement.

Dans ce deuxième volet de Batman & Robin Année Un, on retrouve donc l’ambiance Gothamienne proche de la série animée de 1992. Un Robin/Dick vif et agréable qui effectue son apprentissage avec rigueur et malice, sous l’œil vigilant et bienveillant de Batman/Bruce, accompagné évidemment de l’autre figure paternelle qu’est ce bon vieil Alfred. Comme déjà dit, rien de très nouveau dans les faits mais une formule « simple et efficace » dont on s’accommode aisément tant elle apporte/renoue une forme de légèreté qui manque cruellement à toutes les publications récentes de ces dernières années. Alors, outre cette partie balisée, qu’est-ce qui cloche ?

Il faut se tourner vers les antagonistes pour chipoter sur le scénario de Mark Waid. En utilisant Gueule d’Argile, l’auteur use d’une forme de « facilité narrative » évidente : l’ennemi peut prendre la place de tout le monde et donc usurper l’identité de n’importe qui. Il n’y a donc plus vraiment de suspense ou de complications… Pire : le scénariste créé une multitude de Clayface, conférant donc une armée de transformistes face au dynamique duo. Ce n’est pas désagréable à lire et à suivre mais on perd à la fois en originalité et aussi en certaine « qualité » (Gueule d’Argile est plus impressionnant quand il combat ses propres démons avec une certaine mélancolie plutôt qu’en banal méchant copiant les traits de quiconque). En cela, ce deuxième segment déçoit un petit peu malgré le côté gangster toujours prononcé.

Au-delà du rythme endiablé et la facilité de lecture (un point fort du titre), ce sont les dessins de Chris Samnee qui offrent le meilleur de la fiction. Entre les aventures nocturnes dans une Gotham reconnaissable entre toutes, les différents hommages graphiques qui parsèment la bande dessinée (en premier à Bruce Timm comme évoqué plus haut), les traits élégants et le découpage fluide oscillant entre action et échanges verbaux, il n’y a rien à reprocher à la partie visuelle, au contraire. C’est d’ailleurs peut-être cela qu’il faut garder en tête : Batman & Robin Année Un est avant tout une œuvre parfaite sur « la forme » et peut-être un peu moins sur « le fond » (on préfère les passages éducatifs autour de Robin que les ennemis – c’était plutôt l’inverse dans le tome précédent).

Ne soyons pas trop sévère : aucun doute que la lecture d’une traite de l’ensemble donnerait un avis plus enjoué. Mais pour cela, à défaut d’acheter les deux livres (20 € le premier, 20,50 € le second, l’inflation est passée par là…, soit 40,50 € au total) on préfère attendre une version intégrale en couleur dans une édition aussi soignée que celles déjà proposées. À ce jour (début mai 2026) elle n’a pas été annoncée mais il serait étrange qu’Urban Comics ne le fasse pas dans un ou deux ans – ce qui sera l’occasion de mettre à jour cette critique ! En attendant, il existe une compilation qui regroupe les douze épisodes mais uniquement en noir et blanc (pour 39 €)…

… et, justement, le YouTubeur et libraire Max Faraday s’est indigné sur la « déformation » de la couverture utilisée de cette édition. En effet, il s’agit initialement de celle du second épisode (de Chris Samnee évidemment) qui se voit ici être retouchée de multiples façons. Pour mieux comprendre la démarche décrite textuellement, n’hésitez pas à regarder les illustrations en dessous. D’abord un passage vertical à l’horizontal (afin de profiter d’un effet aussi bien au recto qu’au verso quand on ouvre entièrement le livre, on appelle ça une couverture wraparound). Cela change la dynamique de la position initiale : l’on passe d’une chute assumée (vers la gauche) à une sorte de saut. Ensuite, afin d’avoir les deux justiciers sur la couverture principale, un effet miroir est appliquée… Robin semble ainsi un peu plus en avant que Batman (ce qui n’est pas très grave – mais le « saut » des justiciers va désormais vers la droite). Enfin, pour garder une cohérence de costume, son logo « R » sur sa poitrine de gauche (sur son cœur) a été supprimé (sinon il apparaissait à l’envers en mode miroir ET en plus au mauvais endroit). De même que le bâtiment d’où « tombaient » nos héros est aussi inversé sans que l’on s’en rende vraiment compte si on n’a pas l’information. En synthèse, voici les étapes graphiques obtenues pour ce changement :

1. La couverture initiale puis sans ses ajouts de commercialisation (titres, logos, code barre…)

 

2. Rotation horizontale puis un « effet miroir »

3. Passage en noir et blanc (sans que ce soit la version encrée faute de l’avoir pour cette démonstration)
Division pour la couverture finale française et suppression du logo de Robin (point rouge)

 

4. Couverture finale (en attendant une photo de la version réelle étalée)

Alors, est-ce grave ? Oui et non. C’est une proposition visuelle pour être attractif commercialement parlant. Et en cela, le challenge (nous) semble plutôt réussi ! Néanmoins, il est indéniable que ces modifications dénaturent voire changent (radicalement ?) l’illustration initiale et ce qu’elle souhaitait montrer. Le résultat a beau être pertinent, il va plus ou moins « à l’encontre » de la couverture désirée et du travail de Chris Samnee… C’est à lui, l’artiste d’origine, de se manifester sur ce sujet. A-t-il été consulté ? A-t-il un « droit de regard » (et de validation) ? Ou bien DC Comics ? Bref… Sur ce site, on ne trouve pas ça forcément digne d’une polémique mais il nous paraît indispensable de l’expliquer factuellement afin qu’un client potentiel le sache et reste juge de son achat.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 20 février 2026
Contient : Batman & Robin Year One #7-12
Nombre de pages : 152

Scénario : Mark Waid
Dessin & encrage : Chris Samnee
Couleur : Matheus Lopes

Traduction : Yann Graf
Lettrage : Eric Montesinos

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Batman & Robin Année Un – Intégrale Noir & Blanc (39 €)

 

 

 

Absolute Batman – Tome 02 : Abomination

Après un premier tome convaincant et ambitieux, Absolute Batman se poursuit avec Abomination, confrontant le Chevalier Noir à Freeze (Jr.) puis à Bane. Un récit ultra-violent qui redistribue les cartes de cette mythologie déjà remaniée. À ne pas manquer !

(Comme pour le premier tome, ce second bénéficie d’une couverture inédite
vendue uniquement dans les enseignes Pulp’s Comics.)

[Résumé de l’éditeur]
Bruce Wayne enquête sur le mystérieux site connu sous le nom d’Arche M, et confronte sans le vouloir ses amis face à des dangers qui les dépassent tous – Batman compris. Que se passe-t-il dans ce terrifiant complexe qui cache en son cœur des créatures toutes plus monstrueuses les unes que les autres ? Et qui est Bane, le mystérieux colosse chargé de veiller sur les plus noirs secrets de l’Arche ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Encore une belle réussite de Scott Snyder pour cette série décidément acclamée (par les lecteurs et la critique dite « professionnelle ») et dont le succès commercial (aux États-Unis ET en France) est spectaculaire. Chez nous, le premier opus s’est écoulé en 2025 autour de 20.000 exemplaires, le hissant 4ème des meilleures ventes de comics (cf. article de Comicsblog.fr) – 3ème si on enlève « l’anomalie » Watership Down (non estampillé – dans un premier temps – comics, comprendre bande dessinée américaine/états-unienne).

Les autres titres de la gamme Absolute ne sont pas en reste : Superman en 7ème position, Wonder Woman (qu’on recommande chaudement !) en 10ème, Martian Manhunter en 20ème (malgré sa sortie au 21 novembre dernier !) et Flash en 24ème (idem). Les cinq séries DC Absolute d’Urban Comics occupent donc le Top 25 ! À voir si l’exploit se renouvèle en 2026 (il se murmure un chiffre de 4.000 exemplaires vendus durant les trois premiers jours de la sortie de ce deuxième tome d’Absolute Batman début février !) et si la dernière arrivée Green Lantern se vend également très bien (sortie le 13 février 2026). Mais revenons au comic !

Dans Abomination, le Chevalier Noir va « rejouer » son célèbre affrontement face à Bane (reprenant plus ou moins celui de Knightfall) dans une version modernisée, incroyablement violente et déstabilisante. Ce deuxième tome se décompose d’ailleurs en trois arcs : Zéro Absolu (Absolute Batman #7-8), dessiné par Marcos Martin, Abomination (épisodes #9-14) par Nick Dragotta (et un chapitre par Clay Mann) et le premier annual (sans titre), écrit et dessiné respectivement par Daniel Warren Johnson (pour la première histoire), James Harren pour la seconde (Sanctuary en VO, non traduit en VF) et Meredith McClaren pour le bonus des deux dernières planches (Let’s Learn about Bats ! / Instruisons-nous avec la chauve-souris !).

Zéro Absolu montre, sans surprise, la version Absolute de Mr. Freeze : il ne s’agit pas de Victor Fries mais de… son fils ! Ce dernier se transforme en créature difforme et puissante. L’échange peut paraître « anecdotique » (toutes proportions gardées) mais place quelques pions verbalement : les docteurs Strange, Isley (Poison Ivy) et Crane (L’Épouvantail) sont bien déjà présents dans cet univers (et semblent être des antagonistes). On note aussi une mention à Gueule d’Argile (Clayface en VO, une précision importante dans le cas présent). Mais le cœur de l’ouvrage, auquel il donne son titre, est bien (l’)Abomination. Bane en est une, surgonflée au Venin, il est une monstruosité absolu(t)e dans un mystérieux centre de recherche, gérée par la Dr. Arkham avec, à sa tête dans l’ombre, le mystérieux Joker (teasé en fin du premier opus).

La raison de l’acharnement de Bane est plutôt cohérente par rapport à ce qui est montré (les tests du sujet 27 – Wayne, forcément) même si on ne saisit pas encore l’intégralité du plan de ses supérieurs. Passez au paragraphe suivant pour éviter les révélations. La violence de l’ensemble prend une autre dimension quand Bane s’en prend aux trois amis de Bruce : Eddie, Harvey et Ozzy. Sans en dévoiler davantage, l’on peut se demander si la brutalité infligée à ces trois personnes ne sera pas l’élément déclencheur d’une bascule définitive du mauvais côté ? N’oublions pas que l’entièreté de l’entourage amical du justicier est au courant de sa double-identité (à la surprise générale en début d’ouvrage) ! De quoi redistribuer habilement les cartes de cette dimension si singulière

On apprécie aussi la vague relecture de la relation entre Selina et Bruce et la présence de Martha (vivante dans cet univers), inquiète pour son fils. Cette impression de naviguer dans un univers à la fois familier mais différent, à la fois habituel mais original, est décidément la grande force des titres. On a très hâte de voir la relecture du Joker – qui ne semble pas très excentrique de prime abord du peu qu’il est croqué ici, vivement la suite !

L’écriture de Scott Snyder est sans filtre (quel dommage que les insultes ne soient pas écrit en toutes lettres), on peut lui reprocher une alternance entre passé et présent un peu trop prédominante au risque de casser une certaine immersion et un rythme haletant – principalement le match de boxe et l’amitié entre Waylon et Bruce – mais c’est pour chipoter. Le lot d’improbabilités est toujours élevé : Bruce Wayne presque nu et attaché qui se libère et a immédiatement son costume de Batman (!), le même jeune homme qui cache une aiguille dans sa bouche (!!), qui manipule son urine et ses excréments pour créer un liquide acide (!!!)… Bref. On perçoit encore quelques mystères, certains assumés (comment Waylon est devenu un crocodile géant – et semble pouvoir se transformer en humain tout de même), d’autres ambigus (Nygma  a l’air de rester un allié de Bruce, Dent assume le détester « de moitié », Oswald ne s’est pas encore prononcé sur le sujet). Une fois de plus : hâte de découvrir ce que nous prépare le scénariste !

C’est sans compter sur les dessins de Nick Dragotta, majoritairement à l’œuvre sur cet opus, qui confère à Bane sa stature effrayante, dans des pleines planches parfois incroyables (voir la fin de cette page pour les plus belles). Pas grand chose à dire sur le reste, la colorisation (de multiples artistes – cf. rubrique À propos plus bas – mais principalement par Frank Martin) ou le découpage qui accompagnent brillamment les textes. Comme dit plus haut, Marcos Martin s’occupe des deux épisodes autour de Freeze, reprenant les characters designs des personnages de Dragotta, pas d’incohérences visuelles donc malgré une patte différente, un brin plus arty, moins mainstream. Les fans du style de Daniel Warren Johnson y trouveront aussi leur compte. Le dessinateur de Do a Power Bomb et, entre autres, Jurassic League, (l’excellent) Transformers, livre un épilogue/prologue agréable et sympathique, là aussi accentuant la robustesse de cet Absolute Batman et enrichissant son lore.

Le troisième opus sortira le 25 septembre. Le Joker y sera mis en avant avec l’artiste Jock pour l’occasion. Mais avant cela… un premier petit crossover est à découvrir dans DC Absolute Collector 2026 en noir et blanc. Qu’est-ce que c’est ? Tout simplement une édition au format souple du collectif de libraires Comics Shops Assemble (voir explications en bas de l’index des titres en noir et blanc) qui contient Absolute Evil #1 (un one-shot) puis Absolute Wonder Woman #15 et Absolute Batman #16, montrant les deux justiciers en enfer (où réside Diana) pour aider Waylon Jones ! Ces épisodes seront bien ensuite dans les tomes des séries régulières – selon ComicsBlog (donc à minima pour Batman et Wonder Woman). Disponible depuis le 10 avril 2026 pour 9,90 €. Rappelons que l’an dernier, une publication similaire avait été proposée pour faire découvrir l’univers Absolute en avant-première.

Par ailleurs, fin février 2026, DC Comics a annoncé un premier event dans une nouvelle mini-série dédiée mais qui resterait extrêmement accessible et indépendante. Pas vraiment un crossover donc ? La publication est prévue d’ici la fin de l’année et sera écrite par Jason Aaron, qui signe actuellement Absolute Superman. Au passage, aux USA il y aura la sortie de deux nouvelles mini-séries en six chapitres : Absolute Green Arrow (qui théoriquement fait suite au Absolute Evil évoqué plus haut) et Absolute Catwoman. Vu le succès de l’ensemble de cet univers, aucun doute qu’Urban les proposera chez nous !

  

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 13 février 2026.
Contient : Absolute Batman #7-14 + Annual #1
Nombre de pages : 248

Scénario : Scott Snyder, Daniel Warren Johnson, James Harren, Meredith McClaren
Dessin & encrage : Nick Dragotta, Marcos Mrtin, Clay Mann, Daniel Warren Johnson, James HArren, Meredith McClaren
Couleur : Frank Martin, Muntsa Vicente, IVan Plascencia, Mike Spicer, Dave Stewart, Meredith McClaren

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard et Lorine Roy)

Acheter sur amazon.frAbsolute Batman – Tome 02 : Abomination (25 €)

Batman Prime – Tome 1 : Ennemi public n°1

Nouvelle série sur Batman ! Porte d’entrée idéale ou énième « divertissement sans plus » ? On fait le point sur ce premier volume de Batman Prime, qui inaugure une nouvelle ère.

 

(Le premier chapitre a été publiéefin mars dans la Gotham Gazette – on en parle plus bas.)

[Contextualisation]
Les fans le savent bien, aux États-Unis il y a deux séries historiques sur Batman : Detective Comics et Batman. La seconde a vécu trois relances (relaunch en VO) depuis 1940 (!) pour redémarrer chaque fois au numéro #1. L’idée est simple : attirer le sacro-saint potentiel nouveau lecteur pour l’embarquer dans une nouvelle série qui ne requiert (apparemment) pas trop de connaissances en amont. C’est souvent vrai mais à nuancer. En France, Urban Comics avait profité du relaunch de 2011 (New 52) pour lancer sa première série Batman (de Scott Snyder). En 2016, lors de la deuxième nouvelle numérotation, c’est l’ère Rebirth qui a dominé les séries françaises. Malgré ces relances, les séries restent intitulées Batman aux US – on leur accole l’année de départ (et de fin) quand on les nomme pour ne pas trop s’y perdre, avec également un numéro de volume correspondant aux périodes de publication. Ainsi, cela donne (hors numéros annuals et specials) :

  • Batman vol. 1 (1940-2011) – 713 numéros
  • Batman vol. 2 (2011-2011) – 52 numéros
  • Batman vol. 3 (2016-2025) – 164 numéros – normalement terminé mais toujours en cours à cause de Silence 2
  • Batman vol. 4 (depuis 2025) – En cours

Chez nous, bien difficile de ne pas dissocier autant de séries ; Rebirth est donc devenu Infinite dans un second temps (pour éviter de s’y perdre et de publier des séries à rallonge qui ne sont pas forcément de véritables suites directes entre elles – mais qui changent d’auteurs de l’une à l’autre). Par exemple Batman Rebirth et Joker War sont classés dans la collection DC Rebirth, tandis que Batman Infinite et Batman Dark City dans DC Infinite. Les derniers numéros de Batman vol. 3 sont consacrés à Silence 2 et auraient dû être terminés depuis longtemps. Pour ne pas attendre de trop, DC Comics relance Batman avec un numéro #1 – impossible de savoir si c’est lié au retard de Silence 2 ou prévu de longue date. L’astuce permet de faire co-exister DEUX séries intitulées Batman sans se préoccuper de la continuité et du retard de la première. Derrière cette habile manœuvre, la nouvelle numérotation permet d’avoir une porte d’entrée pour un nouveau lectorat. En France, Urban Comics a choisi de nommer cette nouvelle ère Prime (comme toujours, l’idée est d’anticiper une meilleure dissociation pour les futures séries autour du Chevalier Noir, quand le run d’un auteur sera terminé par exemple).

Problème : le premier chapitre de Batman Prime est clairement la suite des précédents (ceux qui se déroulaient avant Silence 2, donc ceux de Dark City – tout le monde arrive à suivre ?). Il est donc très étrange d’aborder la série comme s’il s’agissait d’une véritable nouveauté (d’autant plus que c’est le même dessinateur – le talentueux Jorge Jiménez – qui est à l’œuvre, comme il l’était sur Dark City). La lecture reste abordable sans difficulté mais on a du mal à l’envisager comme un nouveau départ au sens stricte du terme. Néanmoins, ce n’est pas si grave que cela. Voyons plutôt ça comme une nouvelle série classique autour de Batman, ce qu’elle est de prime (prime, vous l’avez ?) abord, de toute façon !

 

[Introduction d’Urban Comics]
L’éditeur ouvre le volume avec un long texte pertinent récapitulant les évènements récents qui ont eu lieu pour Batman (confirmant qu’on est loin d’un nouveau départ mais passons…). Voici un copié/collé de cette introduction (avec quelques ajouts référentiels pour les comics dans lesquels se déroulent les faits relatés), qui permet d’avoir en tête les éléments importants ou de les découvrir si le lecteur n’est pas à jour et reprend ses lectures (ou débute) Batman avec ce premier opus.

Un nouveau jour

Les dernières années ont été particulièrement difficiles pour le Chevalier Noir. Brisé par Bane (fin de Batman Rebirth), ruiné par le Joker (Joker War) et pris d’assaut par l’Épouvantail (Batman Infinite)… S’il est toujours parvenu, entouré de ses alliés, à se relever et faire face aux menaces, sa vie est loin d’être revenue à la normale. La mort d’Alfred Pennyworth des mains de Bane laisse un vide profond dans le cœur des membres de la Bat-Famille, et cette perte est d’autant plus douloureuse pour Batman qui voit partir son plus précieux allié, conseiller et figure paternelle.

Dans le même temps, Gotham est aussi secouée par un vent de changement au lendemain des crises successives qui ont ravagé la ville. Chris Nakano, un ex-policier qui perdit sa partenaire et fut grièvement blessé lors de la « Guerre du Joker», est élu maire. Véritable symbole du « ras-le-bol» des gothamiens, il estime Batman responsable des catastrophes frappant la ville et mène une stricte politique anti-justiciers.

Ces tensions contribuent à faire réémerger en Bruce Wayne une personnalité de secours amorale et ultraviolente, Zur-en-Arrh (Dark City). Celui-ci le pousse non seulement à faire preuve de plus de méfiance et de radicalité dans son combat, mais surtout à pousser ses alliés à quitter cette vie de dangers. Ainsi, quand Catwoman forme une « Ligue des voleurs » ciblant exclusivement les très riches en évitant toute violence, Batman atteint un point de rupture. Incapable de concilier sa philosophie de lutte contre le crime avec les actions de la voleuse, il part en guerre contre elle, malgré les objections d’une partie de la Bat-Famille. Prêt à tout, il ira jusqu’à manipuler mentalement Jason Todd pour le rendre incapable de se battre, brisant la confiance que ses coéquipiers avaient en lui.

 
(Quelques couvertures des dernières séries Batman et Detective Comics où se déroule les évènements relatés dans ce texte)

Mais cette Ligue n’est en réalité qu’une façade pour les plans de Vandal Savage, immortel né dans la préhistoire et super-vilain notoire. Réalisant que ses pouvoirs sont en déclin, il espère retrouver à Gotham la météorite qui lui a conféré sa longévité légendaire. Avantage de taille, il connait l’identité secrète de la Chauve-Souris et compte bien utiliser cette information à ses fins. Savage rachète le Manoir Wayne, s’y installe, et réunit toute la galerie de vilains gothamiens pour mener bien ses plans et faire tomber le Chevalier Noir. Batman et les siens sont finalement réunis pour un ultime combat face à lui, au terme duquel Catwoman passe pour morte aux yeux du monde, à l’exception de Batman qui garde le secret.

Sans manoir, sans Alfred et désormais isolé, Batman est privé de tout ce qui faisait son identité de Bruce Wayne. Plus paranoïaque que jamais, il est finalement dépassé par son identité de Zur-en-Arrh, qui a trouvé refuge dans l’implacable androïde Failsafe et l’attaque frontalement avant de le faire prisonnier. Ce n’est que par l’intervention d’une Bat-Famille resoudée que Zur-en-Arrh sera finalement vaincu…

Mais le repos n’est que de très courte durée, alors que Vandal Savage est nommé commissaire par Chris Nakano. En effet, si l’immortel est bien parvenu à rentrer en contact avec la précieuse météorite, il constate que ses effets se cantonnent aux frontières de Gotham. Désormais coincé dans la ville, il décide de se rapprocher des puissants pour en prendre le contrôle de l’intérieur. Sa première décision est radicale : aucun «justicier » ne peut agir à Gotham et Batman se retrouve, comme à ses débuts, hors-la-loi.

À ces intrigues s’ajoute une histoire d’amour tuée dans l’œuf : Jim Gordon entame une liaison avec Koyuki Nakano, l’épouse délaissée du maire. Il s’ensuit une dispute entre les deux hommes qui se solde par la mort de Nakano. Batman finira par prouver que Gordon a agi sous l’influence du Sphinx, armé de la technologie de contrôle mental du Chapelier Fou. Une fois innocenté, l’ex-commissaire décide de se réengager dans la police. Bien entendu soumis au bon vouloir de Savage, Gordon doit reprendre sa carrière à zéro, comme agent de terrain en uniforme, et ce malgré ses états de service. Ainsi, Batman et Gordon opèrent tous deux un retour aux sources, dans une Gotham en perpétuelle évolution.

C’est dans ce contexte que Matt Fraction prend les manettes de la nouvelle série Batman. Scénariste reconnu dans l’industrie des comics, récompensé de trois Eisner Awards pour son travail sur The Invincible Iron-Man, Hawkeye et Sex Criminals, il accepte la lourde tâche de reprendre les aventures du Chevalier Noir. Véritable coup de tonnerre aux États-Unis, ce relaunch marque la publication d’un nouveau « Batman #1 », le quatrième seulement depuis la création du personnage en 1939. Un événement historique donc, qui s’accompagne d’un véritable renouveau tout en s’inscrivant dans la continuité de la riche histoire du personnage. Bref, un exercice d’équilibriste pour Fraction, bien résolu à relever ce défi de taille.

Sa recette ? Présenter Gotham sous un nouveau jour, aussi reconnaissable par les lecteurs de longue date qu’accueillante pour les nouveaux lecteurs. Aussi, l’auteur multiplie les surprises: nouveau costume, nouveaux gadgets, nouveaux alliés… et bien sûr nouveaux ennemis. Pour réaliser cette vision, il est accompagné d’un artiste bien connu des fans de la Chauve-Souris: Jorge Jiménez, dessinateur emblématique des séries Batman – Joker War, Batman Infinite et Batman – Dark City. Avec son trait lumineux et dynamique, il vient magnifier cette version inédite de l’univers du Chevalier Noir.

Chaque chapitre est un récit auto-contenu, dessinant une intrigue au long cours. Le cadre parfait pour faire intervenir de nombreux personnages de l’univers gothamien, en passant de diner mondain en course-poursuite, de whodunit en combat épique. Les intentions de l’auteur sont claires : proposer des épisodes mettant autant Batman que Bruce Wayne sous le feu des projecteurs dans une Gotham où le crime organisé tend à se structurer autour de nouveaux visages. Autre particularité: après une période particulièrement sombre, Fraction souhaite écrire un Batman plus optimiste, empathique, tout en respectant l’ADN de ce qui fait le Croisé à la Cape. Un aspect souvent mis de côté par les auteurs, et qui transparaît ici dès les premiers chapitres.

Mais une Gotham lumineuse reste une Gotham dangereuse. Ainsi, les nouvelles Tours Arkham se fixent pour but de réhabiliter ses dangereux patients, mais peut-on s’y fier ? Chris Nakano a laissé sa place à un super-vilain au service d’une organisation criminelle, la Cour des Hiboux, elle-même infiltrée par des espions russes… Mais les élections approchant doit-on craindre l’arrivée d’un nouveau maire aux sombres desseins ? Enfin, Batman fait face à l’avenir doté d’une motivation nouvelle, mais doit toujours affronter le vide laissé par la mort d’Alfred. Le Chevalier Noir parviendra-t-il à faire son deuil pour véritablement tourner la page ?

[Résumé de l’éditeur]
Batman a connu des années difficiles : brisé par Bane, ruiné par le Joker et attaqué par sa propre création, Failsafe. Mais le Chevalier Noir, entouré de ses alliés, a toujours su se relever et faire face aux menaces. Ainsi, quand Vandal Savage, nouveau commissaire du G.C.P.D., déclare Batman hors-la-loi, notre héros ne recule pas et se lance dans une nouvelle ère d’héroïsme. Une nouvelle page, plus lumineuse, s’ouvre pour le plus Grand détective du monde !

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Comme évoqué, ce Batman Prime est un vrai/faux départ. Un vrai car le Chevalier Noir est plus ou moins revenu à zéro et il se lance dans de nouvelles investigations et de nouveaux affrontements… Un faux car le statu quo prolonge le précédent : Vandal Savage est à la tête du GCPD, Gordon est un simple agent de terrain, Alfred est toujours mort (remplacé par un hologramme – on en reparlera), la politique de feu Nakano toujours plus ou moins présente, les cheminements des différents Robin reprennent où ils étaient, etc. Le cadre est donc posé, pas tout à fait « classique/habituel » mais suffisamment familier pour le comprendre.

Alors, qu’est-ce que racontent ces six premiers chapitres ? Malheureusement pas grand chose de très original… Contrairement à ce qui est annoncé par Urban Comics, les épisodes ne sont pas vraiment auto-contenus et se suivent bien entre eux avec, à la fin de chacun, une petite séquence qui donne envie de lire la suite. Le premier chapitre montre ainsi Batman à la poursuite de Killer Croc (avec une conclusion moins brutale qu’à l’accoutumée), le deuxième Red Robin/Tim Drake avec un mix entre passé (flashback quand il s’essayait à conduire la Batmobile) et présent (il se prend une balle par un policier avant d’en sortir presque indemne  – première forme d’incohérence/facilité narrative qui casse de suite l’immersion/l’émotion). Le troisième épisode met en avant Bruce Wayne (en civil donc) en visite à l’hôpital puis dans ses entreprises – Batman et Robin sont décrétés hors-la-loi à ce stade –, avant une confrontation avec le Sphinx.

Il faut attendre le quatrième chapitre – le meilleur de la bande dessinée avec le cinquième – pour découvrir Le Minotaure, nouvel ennemi affublé, évidemment, d’un masque de taureau et possédant deux doigts supplémentaires (donc sept) à la main gauche. Manipulateur de finances et personne cruelle, ce Minotaure va-t-il se hisser au panthéon des antagonistes emblématiques du Dark Knight ? L’avenir nous le dira… L’occasion aussi de découvrir Annika Zeller, émérite docteur qui travaille au siège du département de sciences expérimentales Wayne (et déjà croisée en amont de l’histoire). Un rencard entre elle et Bruce est au cœur du cinquième épisode où se croisent des motards ninja (!) et une mystérieuse femme pouvant se transformer en plusieurs corbeaux (!!).

De nouveaux personnages donc (le Minotaure, Zeller et la femme aux corbeaux), quelques apparitions d’habituels (le Sphinx et le Pingouin) et une nouvelle menace encore opaque. Les jalons sont posés pour créer un nouveau mini-univers au sein d’un plus vaste. Celui de Matt Fraction donc. Le scénariste jongle comme il peut entre ce qu’il doit conserver de la continuité et en essayant d’avoir une semi carte blanche pour opérer son début d’arc. En cela l’ensemble est globalement réussi (bien aidé par sa partie graphique, on y reviendra). Le rythme est le point fort de la fiction, tout se lit vite et bien, avec une certaine hâte. Il faut attendre la seconde moitié de l’ouvrage pour être (enfin) un peu plus happé par l’intrigue. C’est donc une entrée en matière globalement convaincante mais pas non plus follement singulière. En somme ça devrait contenter les lecteurs habituels à la recherche d’une sympathique aventure de Batman mais, comme toujours, les deuxième et troisième tomes seront réellement décisifs pour trancher (la promesse de fin du premier est suffisamment palpitante pour avoir de beaux espoirs).

Côté écriture, si les échanges sont vifs et ciselés, sans temps morts, quelques points sont à soulever. Comme dit par l’éditeur en début d’ouvrage, Batman est doté de nouveaux gadgets. Très bien. Ça se traduit par une petite fiche signalétique qui le définit… Alfred est décédé ? Il est désormais remplacé par un hologramme (voire une IA – on ne sait pas trop) et amorce peut-être un chemin de résurrection future (comme avec Damian en son temps, cf. la série Batman & Robin). Timothy (Red Robin) annonce quitter Gotham pour s’installer avec son petit ami Bernard (cf. Dark City – Tome 2). En somme, des choses plus ou moins impactantes, pas vraiment révolutionnaires pour autant.

Une anecdote pour chipoter : le terme « boilermarker » est utilisé en VO pour qualifier un personnage secondaire, suivi de l’expression « back like a bad penny ». Cela signifie qu’il s’agit d’une personne pot de colle, qui revient sans cesse et dont on se débarrasse difficilement. Pour la version française, le traducteur (Jérôme Wicky) a curieusement choisi… « le sparadrap du capitaine Haddock ». La référence parlera évidemment à tous ceux qui ont lu ou vu les aventures de Tintin (et si ce n’est pas le cas, impossible de comprendre de quoi il en retourne) mais elle casse clairement une sorte d’immersion dans l’univers de Batman ! Quel dommage, il y avait des traductions plus simples possibles pour éviter cela. Voir les cases concernées tout en bas de cette critique. On le répète : c’est anecdotique mais à souligner néanmoins car ce n’est pas la première fois que cela arrive et pour le lectorat le plus exigeant, ce sont des choses qui peuvent agacer.

Dans Ennemi public n°1, le véritable héros est peut-être Jorge Jiménez. Il magnifie son homme chauve-souris et son alias civil à de multiples reprises. Des plans en pleine page (ou doubles pages), de la lumière (superbe colorisation de Tomeu Morey – habituel compagnon de route), un Bruce un brin plus léger et solaire qu’à l’accoutumée, ce sont surtout les véritables ingrédients rafraichissants de la série ! Le dessinateur impose un nouveau logo, un costume légèrement remanié et une Gotham lumineuse, vivante et appréciable (un parti pris de s’éloigner de l’habituelle cité trop sombre et morose). Ne serait-ce que pour la qualité visuelle et chromatique, on aurait tendance à conseiller ce Batman Prime (aux plus prudents : attendons à minima le second tome – sortie prévue fin 2026/début 2027).

Pour l’occasion, Urban Comics avait publié le premier épisode le 27 mars dernier dans une superbe Gotham Gazette à 3,90 € (cf. couverture en haut de cette page). Un faux journal dont la Une mériterait d’être encadrée (ou certaines planches dedans), à la fois objet atypique, preview accessible et édition limitée (déjà épuisée). L’éditeur ne sait pas à l’heure actuelle s’il réitérera l’opération pour d’autres séries. Quant à la version cartonnée classique, elle sera disponible le 22 mai prochain. Urban réitère sa maquette blanche pour l’occasion (comme pour Ghosts of Gotham), conférant cette impression de « beau livre » pour les nouveaux venus (seront-ils un peu perdus ou emportés ? à vous de nous le dire en commentaire) ou les lecteurs de longue date (seront-ils décontenancés ou satisfaits de cette nouvelle proposition ? idem, à vous de le manifester).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 22 mai 2026
Contient : Batman (2025) #1-6
Nombre de pages : 168

Scénario : Matt Fraction
Dessin et encrage : Jorge Jimenez
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Scribgit

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