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Catwoman à Rome

Catwoman à Rome se déroule pendant Amère Victoire et est inclus dans la compilation des travaux de Jeph Loeb et Tim Sale Des ombres dans la nuit. Attention donc à ne pas acheter en doublon ! Le titre est ressorti en récit complet le 14 janvier 2022 à l’occasion du film The Batman. Il avait déjà été publié en 2006 chez Panini Comics. La critique ci-après est celle déjà présente sur le site pour Des ombres dans la nuit.

BATMAN-OMBRES-DANS-LA-NUIT

[Résumé de l’éditeur]
Depuis qu’il est devenu le vigilant de Gotham City, le jeune Bruce Wayne a eu l’occasion de croiser de nombreux adversaires, mais depuis quelque temps, les mafieux ont cédé la place à un nouveau genre de criminel. À la suite de la Chauve-souris, ce sont des Épouvantails, Pingouins, Chapeliers déments, Chattes et sinistres Clowns qui, chaque nuit, prennent d’assaut la cité de Gotham. Autant de raisons qui obligeront un Chevalier Noir encore en formation à se forger un code d’honneur sans failles.

[Contexte — cf. Un Long Halloween et Amère Victoire pour plus de détails — attention aux révélations si vous ne les avez pas lus]
Dans Un Long Halloween, le tueur Holiday sévissait les jours de fête. Il fut identifié et emprisonné. Cette affaire eut plusieurs dénouements tragiques : le procureur Harvey Dent devint le terrible Double-Face, Carmine Falcone (le parrain intouchable de Gotham City) fut tué par Dent, sa fille Sofia se retrouva paralysée suite à une chute et un combat contre Catwoman.

Dans Amère Victoire, Selina Kyle se rend aux funérailles de Carmine Falcone. Parallèlement, son idylle avec Bruce Wayne vacille : ce dernier est froid et distant. Catwoman propose à Sofia Falcone de retrouver le corps de son père, mystérieusement disparu, contre un million de dollars. Son enquête la pousse à demander de l’aide au Sphinx, tétanisé de peur. La féline est ensuite assommée et sauvée in extremis par Batman. La relation ambigüe entre les deux prend fin et Selina/Catwoman disparaît ensuite (chapitre 5).

Elle réapparaît en fin de récit (chapitre 13 — qui aurait dû être inclus dans Des ombres dans la nuit selon le site de l’éditeur mais qui ne l’est finalement pas) où Batman, qui la suspecte d’être « la tueuse au pendu », l’interroge pour savoir pourquoi elle est proche de Sofia et où elle était passée depuis trois mois (elle quitte Gotham pour l’Italie peu après la Saint Valentin et revient en mai pour la Fête du Travail). Plus tard, on comprend qu’elle était en Italie pour enquêter sur ses origines : elle est persuadée d’être la fille de Carmine Falcone, donc la demi-sœur de Sofia et culpabilise d’avoir causé le handicap et la défiguration de celle-ci. C’est ce voyage de plusieurs semaines, où elle fut accompagné du Sphinx, qui est narré dans Catwoman à Rome.

[Histoire]
Selina Kyle envole pour Rome, accompagné du Sphinx qui — elle en est persuadée — pourra l’aider à résoudre le mystère de sa vie et ses origines. Pourtant, à peine arrivés, des signes rappelant la galerie d’ennemis de Gotham City surgissent…

[Critique]
Voilà un voyage en Italie doublement rafraîchissant. Graphiquement d’une part, grâce à ses teintes plus chaudes car ici la colorisation est assuré par Dave Stewart et non Gregory Wright (à l’œuvre sur Nuits d’Halloween et le diptyque culte). On y retrouve moins le style « à plat » conférant une ambiance sombre. La légèreté de l’ensemble est assurée par l’écriture d’autre part, avec quelques situations absurdes amusantes et des dialogues épicés agréables (le caractère de Selina lui forge une vraie personnalité intéressante).

L’objectif de Selina Kyle se devine aisément si l’on a lu Amère Victoire avant, il est donc conseillé de lire Catwoman à Rome entre Un Long Halloween et sa suite. Cela permet de mieux comprendre sa position en retrait le long de l’histoire d’Amère Victoire. Toutefois, même si l’ensemble est sympathique, on est loin d’atteindre la maestria des autres travaux du binôme artistique.

Quelques défauts sont en effet à mettre en avant : le scénario est un peu confus, le duo original (Catwoman et le Sphinx) a du mal à prendre, l’ennemie Cheetah dénote un peu par sa « fantaisie » dans un univers jusque là assez réaliste et tout va très vite (le récit s’étale sur six chapitres, chacun correspondant à une journée). Le traitement de la femme fatale est plutôt juste, même s’il y a un peu trop de poses sexistes/dénudées gratuites (accompagnées d’un humour redondant assez plombant, voire carrément beauf, sur les formes de la belle)…

L’absence du Chevalier Noir est nullement problématique, d’autant qu’il apparaît plusieurs fois sous formes de fantasme, tant l’obsession envers Batman par Catwoman est très présente. Curieusement, on comprend que Selina Kyle a beau sortir avec Bruce Wayne, elle ne réalise pas qu’il est le Dark Knight, qu’elle croise pourtant souvent sous son alias félin (surtout quand on lit les deux volumes annexes).

Néanmoins Catwoman à Rome est un spin-off intéressant (mais pas indispensable) à Un Long Halloween et surtout Amère Victoire, pour illuminer une zone d’ombre durant ce dernier. Dans un premier temps, on s’agaçait de devoir débourser 35€ pour le lire, avec trois autres histoires one-shot sur la Fête des Morts, un prix peut-être un peu trop élevé… Une édition « à part » semblait plus judicieuse et c’est ce qu’a fait Urban Comics en proposant désormais ce titre pour 16€ le 14 janvier 2022.

[À propos]
Publié le chez Urban Comics  le 14 janvier 2022.
Précédemment publié chez Panini Comics.

Scénario : Jeph Loeb
Dessin : Tim Sale
Couleurs : Gregory Wright et Dave Stewart
Traduction : Alex Nikolavitch Racunica / Ed Tourriol / Makma

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Des Ombres dans la Nuit (+ Catwoman à Rome)

Des ombres dans la nuit compile les premiers travaux du célèbre duo Jeph Loeb/Tim Sale rassemblés sous le nom Nuits d’Halloween : Peur, Folie et Fantômes. Trois histoires sur Batman se déroulant durant Halloween (conçues donc avant Un Long Halloween et publiées en France en deux tomes chez Semic en 2004, sous le titre Batman Halloween).

Le dernier travail commun du binôme, Catwoman à Rome, est aussi inclus. Celui-ci se déroule pendant Amère Victoire (et avait déjà été publié aussi en 2006, mais chez Panini Comics cette fois) et peut donc être considéré comme un spin-off. MàJ 11/2021 : Urban Comics le republie en récit complet le 14 janvier 2022.

BATMAN-OMBRES-DANS-LA-NUIT
Des ombres dans la nuit, mis en vente par Urban Comics début 2014, est un bon complément du diptyque culte Un Long Halloween/Amère Victoire mais n’est pas indispensable pour autant. Explications.

Batman Halloween(Les couvertures des deux tomes d’Halloween chez Semic
et celle de Catwoman à Rome chez Panini Comics)

NUITS D’HALLOWEEN

[Histoire(s)]

Peur (trois chapitres)
Batman court après l’Épouvantail durant le week-end d’Halloween. En parallèle, il tombe sous le charme d’une séduisante jeune femme. Cette dernière est trop mystérieuse pour le majordome Alfred qui suspecte quelque chose…

Folie (deux chapitres)
Le Chapelier Fou serait responsable de l’enlèvement de plusieurs fugueurs. Batman enquête en repensant au livre Alice au pays des merveilles que lui lisait sa mère enfant… L’affaire prend une nouvelle tournure lorsque Barbara Gordon est à son tour kidnappée pour jouer le rôle d’Alice dans la reconstitution malsaine que souhaite faire le Chapelier.

Fantômes (un chapitre mais au nombre total de pages quasiment équivalent à Folie)
Lors d’une réception mondaine, Le Pingouin débarque et tire sur Bruce Wayne. Batman s’occupe de le pourchasser… Plus tard, le milliardaire navigue entre cauchemars et réalités, où il croise Poison Ivy et le Joker tout en faisant un retour à… Paris !

 

[Critique]
Les dessins de Peur, les premières immersions de l’esthétique de Tim Sale dans l’univers du Chevalier Noir sont une réussite (et remontent à 1993) ! Colorisés par Gregory Wright et oscillant encore entre son style anguleux et ses jeux d’ombre parfaits avec une touche un peu plus réaliste, les planches sont un régal. En revanche l’histoire de Jeph Loeb, moyennement inspiré, est expéditive et un peu convenue. L’Épouvantail ne fait que réciter des comptines sans réellement dévoiler un aspect dangereux et Bruce Wayne se vautre dans les clichés d’une romance un peu trop facile (qui, rétroactivement, peut expliquer pourquoi il sera si sévère envers Selina/Catwoman par la suite, si on considère ce récit comme étant un préquel à Un Long Halloween et Amère Victoire). Quelques écarts dans la psyché de la peur du justicier sont savoureux mais l’ensemble peine toutefois à réellement convaincre.

Folie est plus abouti, meilleur. Les découpages singuliers et les successions de cases sont mieux travaillés, alternant des pleines pages, des enchaînements atypiques, du noir et blanc, du monochrome, diverses couleurs, etc. rendant donc l’ensemble très dynamique, couplé au récit bien rythmé. Un sans faute ! On peut même situer ce récit peu après les débuts de Batman (à l’instar du précédent) tant la partie Gordon/Barbara épouse bien l’héritage d’Année Un. Malheureusement Folie ne s’étale que sur une petite cinquantaine de pages. Bien trop peu pour explorer davantage le traumatisme de Bruce Wayne puis l’éventuelle de Barbara.

Fantômes apporte une introduction plus poussée à Un Long Halloween et surtout l’occasion de croquer trois autres ennemis emblématiques du Chevalier Noir : Le Pingouin, Poison Ivy et le Joker. Un délice graphique avant tout, un scénario correct mais là aussi trop court. On note aussi une sorte d’incohérence flagrante : Wayne se fait tirer dessus par le Pingouin et est censé être mort mais Batman apparaît quelques instants après… Comment le milliardaire a survécu ? Pourquoi personne n’a vu « son corps » bouger et disparaître ? Pourquoi personne n’évoque cette étrange histoire par la suite ? Ce n’est pas forcément très important mais vu la durée du récit et l’entrée en matière avec cette séquence, il est dommage de ne pas revenir dessus.

Les trois histoires non connectées entre elles forment un ensemble particulièrement appréciable ! On peut les intercaler aisément entre Année Un et Un Long Halloween, une aubaine pour s’insérer dans une chronologie toujours complexe du Chevalier Noir. Néanmoins, aucun des trois récits n’est foncièrement indispensable ou mémorable, on les aime surtout pour leur aspect graphique et pour l’introduction plus ou moins officielle dont ils font preuve du diptyque culte à venir.

Le court récit Nuit après nuit, à nouveau dessiné par Tim Sale mais avec cette fois Kelley Puckett au scénario, conclut l’ouvrage (il est proposé après Catwoman à Rome, cf. critique ci-dessous) — il est aussi dans Batman Black & White. Semic l’avait inclus également dans le premier tome de Halloween, accompagné de Quand Clark rencontre Bruce, de Sale et Loeb (absent, en revanche, de la version d’Urban Comics). Le premier est anecdotique là où le second est assez touchant malgré sa très courte durée (deux planches !) mais touche un point sensible efficacement « quand Clark rencontre Bruce » lorsque tous deux sont enfants.

CATWOMAN A ROME


(Nouvelle couverture d’Urban Comics qui a réédité le titre à part le 14 janvier 2022)

[Contexte — cf. Un Long Halloween et Amère Victoire pour plus de détails — attention aux révélations si vous ne les avez pas lus]
Dans Un Long Halloween, le tueur Holiday sévissait les jours de fête. Il fut identifié et emprisonné. Cette affaire eut plusieurs dénouements tragiques : le procureur Harvey Dent devint le terrible Double-Face, Carmine Falcone (le parrain intouchable de Gotham City) fut tué par Dent, sa fille Sofia se retrouva paralysée suite à une chute et un combat contre Catwoman.

Dans Amère Victoire, Selina Kyle se rend aux funérailles de Carmine Falcone. Parallèlement, son idylle avec Bruce Wayne vacille : ce dernier est froid et distant. Catwoman propose à Sofia Falcone de retrouver le corps de son père, mystérieusement disparu, contre un million de dollars. Son enquête la pousse à demander de l’aide au Sphinx, tétanisé de peur. La féline est ensuite assommée et sauvée in extremis par Batman. La relation ambigüe entre les deux prend fin et Selina/Catwoman disparaît ensuite (chapitre 5).

Elle réapparaît en fin de récit (chapitre 13 — qui aurait dû être inclus dans Des ombres dans la nuit selon le site de l’éditeur mais qui ne l’est finalement pas) où Batman, qui la suspecte d’être « la tueuse au pendu », l’interroge pour savoir pourquoi elle est proche de Sofia et où elle était passée depuis trois mois (elle quitte Gotham pour l’Italie peu après la Saint Valentin et revient en mai pour la Fête du Travail). Plus tard, on comprend qu’elle était en Italie pour enquêter sur ses origines : elle est persuadée d’être la fille de Carmine Falcone, donc la demi-sœur de Sofia et culpabilise d’avoir causé le handicap et la défiguration de celle-ci. C’est ce voyage de plusieurs semaines, où elle fut accompagné du Sphinx, qui est narré dans Catwoman à Rome.

[Histoire]
Selina Kyle envole pour Rome, accompagné du Sphinx qui — elle en est persuadée — pourra l’aider à résoudre le mystère de sa vie et ses origines. Pourtant, à peine arrivés, des signes rappelant la galerie d’ennemis de Gotham City surgissent…

[Critique]
Voilà un voyage en Italie doublement rafraîchissant. Graphiquement d’une part, grâce à ses teintes plus chaudes car ici la colorisation est assuré par Dave Stewart et non Gregory Wright (à l’œuvre sur Nuits d’Halloween et le diptyque culte). On y retrouve moins le style « à plat » conférant une ambiance sombre. La légèreté de l’ensemble est assurée par l’écriture d’autre part, avec quelques situations absurdes amusantes et des dialogues épicés agréables (le caractère de Selina lui forge une vraie personnalité intéressante).

L’objectif de Selina Kyle se devine aisément si l’on a lu Amère Victoire avant, il est donc conseillé de lire Catwoman à Rome entre Un Long Halloween et sa suite. Cela permet de mieux comprendre sa position en retrait le long de l’histoire d’Amère Victoire. Toutefois, même si l’ensemble est sympathique, on est loin d’atteindre la maestria des autres travaux du binôme artistique.

Quelques défauts sont en effet à mettre en avant : le scénario est un peu confus, le duo original (Catwoman et le Sphinx) a du mal à prendre, l’ennemie Cheetah dénote un peu par sa « fantaisie » dans un univers jusque là assez réaliste et tout va très vite (le récit s’étale sur six chapitres, chacun correspondant à une journée). Le traitement de la femme fatale est plutôt juste, même s’il y a un peu trop de poses sexistes/dénudées gratuites (accompagnées d’un humour redondant assez plombant, voire carrément beauf, sur les formes de la belle)…

L’absence du Chevalier Noir est nullement problématique, d’autant qu’il apparaît plusieurs fois sous formes de fantasme, tant l’obsession envers Batman par Catwoman est très présente. Curieusement, on comprend que Selina Kyle a beau sortir avec Bruce Wayne, elle ne réalise pas qu’il est le Dark Knight, qu’elle croise pourtant souvent sous son alias félin (surtout quand on lit les deux volumes annexes).

Néanmoins Catwoman à Rome est un spin-off intéressant (mais pas indispensable) à Un Long Halloween et surtout Amère Victoire, pour illuminer une zone d’ombre durant ce dernier. De là à débourser 35€ pour le lire, avec trois autres histoires one-shot sur la Fête des Morts, c’est peut-être un peu trop élevé… Une édition « à part » aurait été plus judicieuse pour scinder les deux segments (Nuits d’Halloween et Catwoman à Rome donc) qui n’ont pas de liens entre eux. L’ancienne version de Panini Comics était vendue à 13€, prix tout à fait correct. En revanche, et c’est une coutume chez cet éditeur, surtout quand il s’occupait de DC Comics, aucune contextualisation ! Ni en introduction ni dans les biographies des auteurs, il n’était absolument pas expliqué l’enjeu ni l’histoire parallèle, un comble.

[Conclusion de l’ensemble]
Des ombres dans la nuit est un très bon comic sur Batman puis Catwoman, indéniablement. Néanmoins il n’est pas aussi indispensable qu’on pourrait le croire (il est souvent qualifié de troisième tome incontournable après Un Long Halloween et Amère Victoire, il n’en est rien). L’ouvrage aurait gagné à être publié en deux tomes complètement distincts : un spécialement sur Halloween, un autre sur Catwoman. Le fait « d’imposer » les deux dans un ouvrage assez onéreux (même si séparés cela revenu à un prix similaire) est un peu dommage, d’autant qu’ils ne sont liés entre eux que par l’équipe artistique et non par la narration (on pourrait même les qualifier de Tome 0 puis de Tome 3 pour correspondre à l’ensemble des aventures conçues par Sale/Loeb — mais comme vu, aucun des deux n’est vraiment incontournable). La logique du marché est toutefois très compréhensible…

L’ensemble se connecte habilement aux origines retravaillées par Frank Miller dans Année Un et se situe donc assez rapidement dans la chronologie des titres à lire. Une galerie de couverture et de croquis ferment l’ouvrage.


[À propos]
Publié le chez Urban Comics  le 10 janvier 2014.
Précédemment publié chez Semic et Panini Comics.

Scénario : Jeph Loeb
Dessin : Tim Sale
Couleurs : Gregory Wright et Dave Stewart
Traduction : Alex Nikolavitch Racunica / Ed Tourriol / Makma (pour Semic)
Première publication originale en 1994, 1995 et 1996 dans Batman: Legends of the Dark Knight Halloween Specials

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Batman – New Gotham | Tome 03 : Le Garde du Corps

New Gotham Tome 03

New Gotham est une série de trois tomes se déroulant après la saga No Man’s Land (mais il n’est pas obligé de l’avoir lu pour découvrir ce nouveau run). Elle est principalement scénarisée par Greg Rucka, bénéficie d’un style graphique particulier et se focalise sur Gordon et Batman. Critique du troisième tome, Le Garde du corps, qui contient douze chapitres.

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[Histoire]
Sasha Bordeaux est garde du corps de Bruce Wayne depuis bientôt quatre mois. Elle le considère comme un mélange improbable de Cary Grant et Jim Carrey, élégant et gaffeur, beau garçon et maladroit. Wayne lui demande de l’aide pour certaines choses basiques (comme faire un nœud papillon) car Alfred n’est plus là. Sasha Bordeaux et Bruce Wayne se rendent au pot de départ de James Gordon.

La jeune femme n’est pas dupe : elle sait que Wayne ne joue pas au golf en journée et n’est finalement pas en compagnie de femmes toutes les nuits comme le laissent penser les rumeurs. Elle sait également que chaque soir il s’éclipse… Et si Sasha Bordeaux devenait une alliée de Batman et non de Bruce Wayne ?

Parallèlement au « quotidien » de Wayne/Bordeaux, le nouveau Président des États-Unis Lex Luthor irrite Lois Lane et Clark Kent. L’homme le plus puissant du monde aurait même de la kryptonite secrètement gardée pour vaincre l’homme d’acier au cas où. L’aide de Batman ne serait pas de trop dans cette affaire.

Sasha Bordeaux Bruce Wayne

[Critique]
Difficile de passer après l’excellent deuxième tome de New Gotham (Un Homme à Terre) mais plus aisé d’être meilleur que le premier (Évolution) qui était plus que moyen. C’est ce que relève haut la main ce troisième volet (Le Garde du Corps). Pour cause : plusieurs courtes histoires (qui globalement se suivent) sont proposées et sont fascinantes à découvrir grâce au prisme plutôt inédit de montrer davantage Bruce Wayne d’une part et par le biais d’une personne extérieure (ladite garde du corps) d’autre part. Explications.

Passé les inquiétudes de se familiariser avec Sasha Bordeaux (dont on avait peur qu’elle ne découvre pas que Wayne soit Batman dès la fin du premier tome), on s’attache in fine très rapidement au personnage. Et c’est avec elle qu’on suit l’étrange jeu de Docteur Bruce et Mister Wayne (en plus de son autre alter ego Batman). En effet, le milliardaire semble jouer un triple jeu des plus étranges : il est festif, lunaire, maladroit… On ne le « connait » pas comme ça. Si la réputation de l’homme d’affaires est d’être souvent aux bras de plusieurs femmes, on le sait par contre efficace comme businessman, ce qui n’est pas forcément le cas ici (de prime abord en tout cas).

chapelier fou new gotham

Il est tellement gauche qu’on dirait un gamin immature. Cela dénote avec l’image qu’on pouvait avoir de lui. Bruce Wayne joue double-jeu en public bien sûr, mais aussi « en privé » puisqu’il entame une relation avec Vesper Fairchild, une journaliste fraîchement arrivée dans Gotham. On ignore l’intérêt de cette idylle (surtout vu comment elle se termine). Et puis derrière, lorsque Wayne est « seul » (ce que voit Bordeaux), c’est un roc malheureux presque aussi froid que Batman. Mais en public, non seulement il n’apparaît pas comme un homme d’affaire philanthrope et à minina sérieux mais vraiment comme un boulet irresponsable ! Un choix scénaristique extrêmement intéressant (et rarement vu).

Cela permet au livre d’alterner de nombreuses scènes humoristiques avec la radicalité de la croisade du Chevalier Noir. Il l’explique d’ailleurs à sa nouvelle complice : « Il s’agit d’une tâche sacrée à mes yeux. Sans droit à l’erreur, et encore moins au pardon ». Le combat solitaire, malgré les alliés du Chevalier Noir, soulève des réflexions sur le fardeau à porter pour un homme seul. Comme s’il était l’unique personne à légitimer sa quête. Une approche qu’on perçoit au fil des comics mais qui atteint ici un degré très pertinent (grâce, toujours, à ce nouveau point de vue vierge et neutre). Sasha Bordeaux accompagne ainsi Bruce Wayne puis Batman durant un an, jusqu’à son incarnation en nouvelle super-héroïne (qu’on retrouvera plus tard, le comic-book s’achevant avec une fin volontairement ouverte).

Harvey Bullock Batman

L’occasion de découvrir que lors des soirées mondaines, Bruce Wayne ne boit pas d’alcool ; cela paraît anecdotique mais explique pourquoi il est toujours concentré (donc sobre) la nuit qui suit quand il officie sous son costume. C’est le genre de détail anodin mais très bien pensé (et qui vient répondre à une question que se posaient peut-être des lecteurs). On peut également lire un passage sur Double Face « gentil ». C’est l’identité du procureur Dent qui salue son ami James Gordon, là encore c’est rarement vu dans des livres, récents ou anciens, sur Batman.

Mais l’autre point fort de ce troisième tome est le quotidien de la police avec la mise en avant de Harvey Bullock et du duo Crispus Allen et Renée Montoya. On avait déjà eu un aperçu plus ou moins convaincant dans les deux volets précédents, ici l’on sublime davantage ce GCPD corrompu et déchiré (ce qui se poursuivra dans la série des mêmes scénaristes Gotham Central). Cela renvoie d’ailleurs à la fin du tome deux qui se terminait de façon mystérieuse (mais tellement nécessaire et jouissive !) tout en évitant une banale conclusion manichéenne. Les absences notoires d’Alfred (qui a démissionné car fâché contre son maître à priori) puis de Gordon (parti à la retraite) lancent une nouvelle dynamique dans les récits, d’un côté pour Bruce Wayne donc, et de l’autre pour le GCPD évidemment. Huntress est brièvement de retour, cela permet de voir ce qu’elle est devenue depuis la fin de No Man’s Land.

superman lois lane new gotham

Si la lecture de cette saga n’est pas obligatoire pour comprendre et apprécier New Gotham, on note tout de même pas mal d’allusions. Les connexions avec les deux autres tomes de New Gotham sont par contre plus légion (l’agression de Gordon, le parc de Poison Ivy…) et des renvois à d’autres histoires de DC Comics parsèment les multiples chapitres : des références à Lex Luthor Président, Justice League of America (le tome 5) et Superman Univers HS #2. Rien d’insurmontable pour la compréhension de l’ensemble pour le néophyte cependant.

Mais Le Garde du Corps comporte tout de même quelques préjudices. Sur le scénario, on peut déplorer l’utilisation abusive des pouvoirs hypnotiques (à priori liée à une certaine haute technologie) du Chapelier Fou. Cela casse clairement l’immersion « réaliste » et l’ambiance polar qui prévalaient dans le tome 2 et celui-ci. On retrouve aux dessins Shawn Martinbrough (à l’exception du petit arc sur Superman par Ed McGuiness et son style si particulier avec des héros exagérément musclés et cartoony) qui avait beaucoup officié sur le premier tome. Par conséquent on est donc face aux même défauts : les visages aux traits grossiers sont parfois ratés mais l’ensemble reste de meilleure qualité que sur Évolution. Il faut dire que le travail de la colorisation (du studio Wildstorm FX) aide à rendre la plupart des planches extrêmement originales et soignées, en plus de leur découpage qui sort de l’ordinaire. Le talentueux mais trop discret Rich Burchett remplace Martinbrough de temps en temps. On notera aussi qu’un chapitre (Prendre l’air) était déjà présent dans le recueil Batman Anthologie. En lecture stand-alone il était sympathique et réussi, ici « à la suite » des autres histoires il perd un peu de sa superbe puisqu’il n’est pas vraiment relié à ce qu’il s’est tramé avant et ce qui arrive ensuite.

Batman Sasha Bordeaux

Le Garde du Corps est donc un très bon tome de New Gotham, moins « culte » que le deuxième mais largement meilleur que le premier. Une des rares choses à regretter est sa fin, beaucoup trop ouverte pour une série en trois volumes. Mais c’est normal puisque la suite est prévue ! En effet, surprise à l’issue de la bande dessinée : Urban Comics annonce la suite directe de New Gotham dans les trois tomes à paraître de Batman Meurtrier & Fugitif (Bruce Wayne est accusé du meurtre de Vesper Fairchild) — premier volet en vente début mai 2018. Les sagas Batman Contagion et Batman Legacy sont également au programme ! Elles se déroulent après Knightfall et avant Cataclysme/No Man’s Land.

[À propos]
Publié en France le 23 février 2018.

Scénario : Greg Rucka et Jeph Loeb
Dessin : Shawn Martinbrough, Rick Burchett, Ed McGuiness, Coy Turnbull
Encrage : Steve Mitchell, Cam Smith, Dan Davis, Rodney Ramos
Couleur : Wildstorm FX, Tanya Horie, Richard Horie

Traduction : Alex Nikolavitch
Lettrage : Moscow ★ Eye

harvey bullock

Contient Detective Comics #756-#765
Titres des chapitres :
Dîner en ville
Avec cet anneau… (Superman #168)
Le seigneur de l’anneau…
Prendre l’air
Sans savoir
Trente Jours
Départs
La Cucilla
Cœurs
Postes à pourvoir

Sasha bordeaux heroine

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