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Batman Ghosts of Gotham – Tome 03 : Le courage qui tue

Après un premier tome plutôt convaincant mais inégal et un second très décevant, place au troisième opus de Ghosts of Gotham, toujours sous la plume de Tom Taylor.

[Résumé de l’éditeur]
Pour faire régner la justice à Gotham City, Batman a toujours utilisé la peur comme une arme pour effrayer une engeance criminelle aussi lâche que superstitieuse. Mais que se passerait-il si les habitants étaient soudainement dépourvus de toute peur ? Cela conduirait-il à une ville sans inhibition, ou chaque individu laisse libre cours à ses pulsions les plus mortelles ? Ou est-ce que cette incapacité à gérer la terreur aurait des conséquences encore plus dramatiques ? Dépossédé de son arme la plus chère, Batman aura fort à faire pour tenir sa ville et élucider cette macabre affaire…

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
On renoue avec « le meilleur » (même si c’est à nuancer) dans Le courage qui tue. Un récit endiablé en six chapitres, véritable course contre la montre ! Pour cause : il reste une poignée d’heures avant que Bruce/Batman soit mis en quarantaine après avoir contacté un virus. Cela dévoile légèrement la raison de l’étrange masque qui orne la couverture du livre (ultra efficace au demeurant) : Batman le porte afin de ne pas contaminer l’extérieur (il s’agit de l’illustration du dernier épisode initialement). Le responsable de ce virus et ses raisons sont malheureusement connus assez tôt dans la fiction…

En effet, un nouvel ennemi, Lion (Leo de son vrai prénom…) a vécu un traumatisme jeune à cause de Batman ; sans aucune surprise car c’est littéralement l’ouverture de la bande dessinée et il n’est guère surprenant de trouver quelques pages plus loin le même personnage adulte, particulièrement suspect, suivi par le Chevalier Noir qui le démasque bien vite. Néanmoins, ce n’est pas tout le propos de ce troisième opus de Ghosts of Gotham. L’enquête a beau s’avérer convenue et concluante, sa « résolution » (les guillemets sont importants) n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît – il se pourrait même que Batman ait mal compris quelque chose à un moment ou un autre…

L’intérêt de l’histoire se trouve dans la réflexion, somme toute relative, de la peur et l’absence de celle-ci pour « libérer » les citoyens de leurs vies : ceux qui refusent de quitter leur travail, leur conjoint ou autres… mais surtout ceux qui ont peur de manifester contre le GCPD. Sans surprise, Jonathan Crane fait partie de l’intrigue mais pas dans son habituel rôle. Enfin, la responsabilité de l’homme chauve-souris est vaguement questionnée mais c’est le point faible de l’ouvrage : il manque une forme de remise en question plus prononcée des actions du justicier (même si on l’a déjà vu par le passé dans d’autres titres).

L’intervention de Superman, Lois Lane et quelques alliés habituels de Batman apportent un peu de fraîcheur à une investigation assez austère (beaucoup de morts) et un ajout qualitatif non négligeable. Pour l’anecdote, impossible de ne pas penser à Bat-Man : Second Knight (sortie le 3 juillet prochain) où l’on voit également Batman, l’Épouvantail, une toxine de peur et… Superman et Lois Lane ! Le parallèle s’arrête là mais il permet de suivre deux récits très vaguement similaires, avec un socle familier solide mais dans deux époques radicalement différentes.

En synthèse, Tom Taylor réussit à emmener son lectorat dans une série prenante, peu originale mais suffisamment bien écrite, et surtout dessinée, pour passer un bon moment. C’est, une fois de plus, la phrase de conclusion déjà prononcée : on est sur un divertissement « sympathique mais sans plus », ni oubliable dans l’immédiat ni révolutionnaire. Un comic mainstream simple et efficace. Il faut dire que les dessins de Mikel Janín aident grandement à l’apprécier. La parfaite homogénéité graphique de l’ensemble permet d’avoir un titre quasiment auto-contenu (on ne serait pas surpris qu’il soit réédité en récit complet en format Nomad dans quelques années – le premier tome de Ghosts of Gotham se prêtait bien aussi à cet exercice de récit indépendant). Car c’est aussi un point important : à ce stade, il n’y a pas vraiment de fil rouge de toute cette nouvelle série (Detective Comics en VO). À voir selon les perceptions de chacun si c’est une bonne chose ou moins bonne.

Janín s’occupe des dessins, de l’encrage et de la colorisation. Un artiste accompli qui lui permet d’avoir sa patte si singulière et appréciable (déjà à l’œuvre sur une bonne partie de Batman Rebirth). Des personnages et des visages reconnaissables et élégants, un découpage dynamique et lisible dans les scènes d’action. Il réinvente même presque la célèbre armure de The Dark Knight Returns dans une version allégée mais qui y fait indéniablement penser. C’est donc l’autre point fort du Courage qui tue : il est visuellement somptueux et sert un scénario globalement satisfaisant. Ce qui devrait permettre au lecteur de savoir s’il passe à l’achat ou non.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 5 juin 2026.
Contient : Detective Comics #1101-1106
Nombre de pages : 152

Scénario : Tom Taylor
Dessin, encrage et couleur : Mikel Janín
Encrage additionnel : Wayne Faucher, Norm Rapmund

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : SCRIBGIT

Acheter sur amazon.frBatman Ghosts of Gotham – Tome 03 : Le courage qui tue (18,50 €)



Batman Ghosts of Gotham – Tome 01 : Clémence et châtiment

Enfin une nouvelle série sur Batman ! Il s’agit (aux États-Unis) de l’éternelle Detective Comics, qui entame un nouveau cycle, un run écrit par Tom Taylor (qu’on ne présente plus ? Si ? Injustice, Nightwing Rebirth, Dark Knights of Steel, DCEASED…). Que valent ces fantômes de Gotham ? Critique d’un renouveau tant attendu.

[Résumé de l’éditeur]
Il y a de cela des années, les meurtres de Thomas et Martha Wayne ont marqué durablement la ville de Gotham, et bouleversé à jamais le destin de leur fils, Bruce. Mais un mystère demeure autour de cette nuit à Crime Alley et de l’origine tragique du Chevalier Noir, et ce mystère s’apprête aujourd’hui à être révélé. Alors que Batman n’a d’autres choix que de contempler sa propre mortalité après une longue carrière à combattre le crime, et que les cadavres s’empilent suite à l’apparition d’un nouveau psychopathe en ville, les fantômes de Gotham pourraient bien finir par le rattraper.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Et si Batman était un piètre détective ? C’est un peu ce que l’on se demande en lisant Ghosts of Gotham – qui ne manque pas de qualités pour autant, on y reviendra. Tom Taylor tisse son récit sur trois angles qui convergent vers une sorte de conclusion où, forcément, ces axes se rassemblent et ses connectent, plus ou moins à la grande surprise du justicier. Mais pas du lecteur ! Aucune révélation majeure dans les propos qui vont suivre, ils sont montrés très tôt dans la bande dessinée.

Premièrement, une connaissance de Bruce Wayne, Scarlett Martha Scott, détient une sorte de formule chimique qui permet d’obtenir « une jeunesse éternelle ». Le milliardaire devient cobaye volontaire pour tester le produit qui a déjà fait ses preuves dans les sphères secrètes de Gotham. Deuxièmement, un tueur en série s’en prend uniquement à des adolescents tout juste sortis de prisons pour mineurs. La corrélation est déjà faite : de très jeunes adultes tués en même temps qu’un médicament qui permet de conserver sa jeunesse… Impossible de ne pas se douter que les deux évènements ne sont pas liés ! Certes, il peut y avoir un peu de nuances et de détails, voire des doutes sur la réelle identité de la personne derrière tout ça, mais il n’y a clairement pas de surprises tout au long de l’investigation – brillamment rythmée au demeurant – et c’est bien dommage.

Troisièmement, l’auteur ajoute un flashback particulièrement important : Thomas Wayne avait sauvé la vie d’un homme qui battait régulièrement sa femme. Lors d’un accident de voiture, la compagne enceinte s’en sort miraculeusement et le bébé aussi. Martha Wayne décide d’aider la jeune mère et le nouveau-né en les éloignant du mari ; ce dernier s’avérant être… Joe Chill ! L’on vient donc à deux points cruciaux de la fiction. Tom Taylor va se servir de cette circonstance pour la relier à l’investigation de Batman dans le présent (cette sombre histoire de jeunesse éternelle) et, encore une fois, il ne faut pas être sorti de St. Cyr pour y déceler « qui est qui » et quel a été/est/sera le cheminement global de tout cela (indice : Bruce connaît [et a une liaison éphémère] avec une femme nommée Sasha MARTHA Scott et on vient de dire que MARTHA Wayne avait impacté l’avenir d’un bébé… on se demande vraiment qui ça peut bien être dis donc !).

Est-ce grave ? Franchement non. Ce n’est pas la première fois qu’une bande dessinée (ou œuvre en général – film, série, roman…) reste efficace malgré son déroulement et dénouement ultra prévisible (bien aidé par ses dessins, on en parle plus loin). Mais… in fine, c’est autre chose qui est très clivant ici (le fameux second point crucial). En réécrivant les origines et le passé de l’homme chauve-souris (la continuité rétroactive – retcon), Tom Taylor chamboule près de neuf décennies de chronologie et d’histoire « officielle ». En effet – vous l’aurez probablement compris – le père de Bruce a donc sauvé la vie de… son futur meurtrier ! Coup de génie ou foutage de gueule ? Difficile de trancher, d’autant que de nouveaux questionnements découlent de cela : et si Chill s’était vengé ? Et si l’assassinat était prémédité ? Le scénariste balaie vite la question, sans oser franchir une certaine ligne rouge. Certains vont trouver ça honteux, d’autres audacieux.

Difficile (à chaud, quelques heures après la lecture), si l’on apprécie ce pari risqué ou non. Peut-être qu’il trouvera un autre écho dans les prochains tomes d’ailleurs ? Pour l’instant, on digère. Cela créé une « boucle » intéressante. Et c’est peut-être ça qui fait le piquant du texte : sortir d’une certaine zone de confort, au risque de trahir modestement un passif théoriquement indéboulonnable. Ce sera donc au fan/lecteur/novice de se faire son propre avis sur la question – non pas qu’on n’ose pas arbitrer sur ce site, mais cela requiert une certaine subjectivité difficilement applicable dans l’exercice critique. L’on pense aussi au très clivant Trois Jokers, qui ramenait également Joe Chill dans l’intrigue tout en réécrivant l’histoire (du et des Jokers donc) mais comme le comic book se situait plus ou moins en marge de la chronologie du Chevalier Noir, cela permettait de le considérer « à part », selon l’envie de son récepteur. Impossible ici vu le contexte (une publication dans la série historique Detective Comics).

Au-delà de ces (vastes) occurrences narratives, que nous montre Clémence et châtiment (un titre qui prend tout son sens rapidement) ? Une omniprésence d’un Bruce Wayne ET d’un Batman particulièrement « assagis » voire « optimistes » ! Après toutes ces années à être « déconstruit », usé, blasé, malmené, ça fait un bien fou de revoir le super-héros en pleine forme. Il protège tout le monde, il accorde la même importance à la vie de chacun, il se veut rassurant envers tous, tour à tour mentor/guide ou simplement aimant (sa relation avec Damian est parfaite). Bien sûr, il a toujours des failles ou des moments de faiblesse (sa romance éphémère – plutôt bien écrite) avec une femme forcément très attirante.

Autre point fort de ce premier opus de Ghosts of Gotham : il est visuellement superbe ! On retrouve Mikel Janín, qui avait majoritairement signé la série Batman Rebirth, très appliqué à la fois aux dessins, à l’encrage et à la colorisation – un sublime art élégant, emmené et imposant. Il croque un Bruce/Batman massif mais humain, obtus mais fragile, un milliardaire expressif, tantôt père de famille, tantôt masqué et secourant la population. Les sept chapitres bénéficient d’une exceptionnelle homogénéité graphique, qui tire le meilleur lors des planches d’action à la fois mainstream mais superbement efficaces. Si l’on reconnaît immédiatement la patte d’un comic book soigné comme l’industrie en vend depuis des années, on apprécie ce cadeau visuel particulièrement travaillé.

En somme, cette nouvelle salve a de bonnes et mauvaises choses, il faut fermer les yeux sur pas mal d’éléments mais on se laisse porter tant l’ensemble est bien dosé, qu’on navigue entre le passé et le présent aisément, qu’on y suit différents morceaux de bravoure, en civil ou en costume de super-héros, avec de multiples protagonistes charismatiques. Reste, en faiblesse, le côté prévisible de la fiction et sa certaine impudence, qui va forcément segmenter son lectorat.

Pour l’anecdote, Urban Comics profite de cette nouvelle collection (DC Prime) pour arborer un doc blanc (idem pour les autres séries, comme Superman Dark Prophecy par exemple) après plus d’une douzaine d’années avec leur célèbre noir uni ! Quelques variations de mise en page et d’adaptations graphiques sont également au programme, comme les chapitrages (cf. images tout en bas). Enfin, réflexion personnelle, la couverture (VO) de Detective Comics 1094 est/aurait été nettement plus représentative du comic book plutôt que celle choisie par l’éditeur, on ne peut s’empêcher de la partager ci-dessous (cliquez pour agrandir).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 27 juin 2025.
Contient : Detective Comics #1090-1096
Nombre de pages : 176

Scénario : Tom Taylor
Dessin : Mikel Janín
Encrage additionnel : Norm Rapmund
Couleur additionnelle : Alex Guimaraes

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : SCRIBGIT

Acheter sur amazon.frBatman Ghosts of Gotham – Tome 01 : Clémence et châtiment (20 €)

 

  

Que vaut l’intégralité de la série Batman Rebirth ?

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Les aventures de Batman se suivent et se ressemblent parfois plus ou moins, au grand dam des lecteurs. Après le run décrié de Scott Snyder, c’est Tom King qui a repris en main le personnage du Chevalier Noir — en bénéficiant du Relaunch Rebirth de 2016 — durant une longévité exceptionnelle (une centaine de chapitres publiés pendant quatre ans, au rythme de deux par mois !). En France, c’est sous l’appellation Batman Rebirth que la série a été proposée par Urban Comics, en 12 tomes (le dernier est sorti en juin 2020). Résumé et critique de l’ensemble (attention, l’article contient donc quelques révélations).

Une porte d’entrée moyenne… (tome 01)

Attirer de nouveaux lecteurs, proposer quelque chose de neuf pour les habitués ; l’éternel relaunch, reboot ou autres fresh start. Ici, la nouveauté porte sur deux nouveaux personnages : Hank et Claire, alias Gotham et Gotham Girl. Un frère et une sœur avides de justice, voulant rejoindre la croisade de Batman grâce à des pouvoirs achetés sur le marché noir mais qui les détruisent à petit feu. Une idée de départ plus ou moins novatrice (dans le milieu de l’industrie), débouchant sur un énième comic-book « mainstream » simple et efficace mais non dénué de défauts et, surtout, peu mémorable niveau scénario.
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Mon nom est Gotham (le titre de ce premier tome) est un semi-échec (ou semi-réussite c’est selon), avec un premier chapitre introductif déconnecté et inutile, et de superbes planches de David Finch (on parlera des dessins de la saga plus loin). Un départ moyen, ni réellement passionnant ni franchement déplaisant. Une production correcte qui est, de facto, un point d’entrée idéal pour de nouveau lecteurs, là-dessus ça fonctionne — malgré des allusions à diverses séries DC Comics, incluant le précédent run de Scott Snyder. Rétroactivement, on peut confirmer que Claire/Gotham Girl aura une certaine importance par la suite (notamment vers la fin) mais elle est écartée peu après et disparaît sans jamais être réellement mentionnée ou (re)mise en avant. De même pour le Psycho-Pirate, ennemi de seconde zone oubliable mais revêtant un certain intérêt tout le long de la fiction.

… puis des aventures fracassantes et originales (tomes 02 et 03) !

Mon nom est Suicide (titre du deuxième volume) peut limite se lire indépendamment et se démarque de son prédécesseur par de réelles qualités d’écriture (et de dessins — tout cet autre aspect, primordial dans une bande dessinée, sera évoqué plus bas).
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Le Chevalier Noir part en mission avec son propre escadron suicide (incluant Catwoman). L’ensemble est passionnant, très joli et original. On y retrouve un peu la patte Morrison tout en s’en émancipant habilement.
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Mon nom est Bane (le troisième) dévoile un incroyable affrontement entre Batman et Bane. Inversant presque le culte Knightfall (ici c’est l’ennemi qui combat les fous d’Arkham avant le justicier) et mettant en avant une longue galerie de personnages secondaires, notamment les alliés (les ennemis l’étaient dans le volume précédent).
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La conclusion du récit ? Une demande en mariage de Bruce à Selina ! Alléchant… mais (rétroactivement une fois de plus), ce mariage n’aura lieu que cinq tomes plus tard, pénible.
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Le premier vrai loupé (tome 04)

La guerre des rires et des énigmes donne son nom à l’album et évidemment à l’événement éponyme.  Plusieurs fois évoquée juste avant, souvent mentionnée ensuite, cette fameuse guerre est pourtant un ratage complet. Bruce partage son lourd secret avec Selina : il a failli dépasser sa limite et tuer un de ses ennemis… Ce qui était censé être un point d’orgue s’avère un pétard mouillé et surtout un conflit meurtrier entre les troupes du Sphinx et celles du Joker, complètement improbable et peu plausible.
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Faussement violent et grotesque, le récrit se vautre dans un survol des personnages, perd en réalisme ce qu’il avait réussi à gagner jusqu’ici en authenticité, et ne sert absolument à rien. Le concept, bon au demeurant, est mal exploité et n’apporte pas grand-chose au passé, au présent ou au futur de Batman (surtout maintenant que la série est terminée). Clairement un volume qu’on peut ne pas lire.

Les égarements… (tomes 05, 06 et une bonne partie du 07)

Sans doute la partie la plus inégale du run. Si rien n’était à sauver dans le tome 04, on retrouve ensuite des choses très moyennes à de rares exceptions, avec donc du bon et du moins bon. Les tomes 05 et 06, En amour comme à la guerre et Tout le monde aime Ivy, proposent des bouts d’histoires en marge du fameux mariage entre Bruce et Selina. On y trouve pèle-mêle un combat entre Selina et Talia al Ghul, dans le but de déterminer qui « mérite » le milliardaire (pfiouh, on en est là…), une sortie amusante entre couples (Loïs et Clark accompagnant Selina et Bruce), Wonder Woman et Batman, piégés dans une dimension où le temps s’écoule plus lentement et devant faire face à des hordes de monstres, Poison Ivy contrôlant les plantes (original…) mais ayant éradiqué le crime, Booster Gold venant du futur, etc.
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Ces chapitres sont tour à tour palpitants et ennuyants, parfois drôles, parfois invraisemblables. Presque hors-sujet aussi, tant l’ensemble stagne et n’avance pas vraiment. Heureusement, un aspect poétique et humaniste (servi par de jolis dessins toujours) contrebalance les défauts évoqués, auxquels on ajoute volontiers un côté parfois sexiste (tant dans la narration que dans les postures féminines hyper sexuées qui plombent des morceaux du run).
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Le tome 07, Sur la route de l’autel, aurait gagné à être divisé en deux parties pour laisser la première dans le volume précédent et s’en passer aisément, la seconde dans le suivant pour le rendre culte voire indispensable même pour un lecteur qui ne lirait que celui-ci. Le titre est en effet composé de cinq chapitres montrant un affrontement entre un allié et un ennemi de Batman (Robin vs. Ra’s al Ghul, Nightwing vs. Hush, Batgirl vs. l’Homme-Mystère, Red Hood vs. Anarky, Harley Quinn vs. Joker) puis de deux épisodes classiques de la série. Les combats sont peu mémorables, ils permettent de mettre brièvement en avant la Bat-Family, peu vue jusqu’ici, et quelques adversaires emblématiques. La vraie force de ce septième volume réside dans ses deux derniers épisodes, d’une écriture magistrale, avec un Joker d’anthologie, au sommet de sa forme. Du grand art !

… avant l’apothéose (fin du tome 07, tome 08, 09 et un volume unique publié en marge)

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Comme on vient de le voir, la fin du septième tome est une pépite. Le huitième, Noces Noires, est sans aucun doute le meilleur de tout le run. Le fameux mariage a enfin lieu, avec des conséquences inattendues. Pour l’occasion (et aussi car il s’agit du 50ème chapitre de la série, augmenté de plusieurs pages), une grande galerie de dessinateurs [1] clament leur amour pour les deux héros à travers des planches incroyables et des réflexions, signés Tom King évidemment, qui font mouchent, qui émeuvent ou touchent. C’est élégant, c’est incontournable pour la (nouvelle) mythologie de Batman. On peut lire en parallèle À la vie, à la mort, one-shot sur l’idylle entre les deux personnages dans un (trop) court récit qui se termine dans un futur plus ou moins lointain. Autre bijou mélancolique.
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La suite de l’histoire n’est pas en reste puisque Bruce Wayne se retrouve juré dans un procès concernant Mister Freeze. Il doit convaincre les autres citoyens de l’innocence de l’accusé et pourquoi Batman n’est pas forcément la représentation idéale de la justice ! Une situation inédite qui se poursuit dans L’aile meurtrière. Ce neuvième tome marque aussi le retour de Nightwing et KGBeast (lui aussi pioché dans la saga Knightfall), un touchant hommage à Alfred et la « renaissance » de… Bane ! Grand absent depuis plusieurs volumes, il revient d’une façon très intéressante.

Tome 10 et 11 – Poursuite en demi-teinte

Après l’interminable partie sur la romance entre Bruce et Selina, la série tombe dans un travers classique du genre : les illusions et rêves déments qui prennent un temps fou au lieu de faire avancer l’intrigue. C’est le cas de Cauchemars, dixième tome qui, comme son titre l’indique, voit le justicier coincé dans une machine à cauchemars. On a connu King plus inspiré même s’il en profite pour mettre en avant, une fois de plus, les démons et la fragilité de l’homme (de Bruce Wayne donc).
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Malgré de jolis moments d’écriture (des échanges entre Batman et Catwoman notamment), il en résulte à nouveau un sentiment de surplace narratif (l’histoire principale n’a quasiment pas avancé et l’on reste presque intégralement dans la psyché de Bruce/Batman tout le long du titre). On retient la présence de Constantine dans ce volume qui pourrait lui aussi se lire comme un one-shot indépendant.
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Le travail de déconstruction psychologique se poursuit dans La chute et les déchus, nettement meilleur mais non exempt de défauts. Bane est (vraiment) de retour cette fois ainsi que… Thomas Wayne ! La version Batman de Flashpoint, difficile de comprendre/suivre si l’on n’est pas familier de ces événements.
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Un voyage initiatique avec le père et le fils s’avère particulièrement émouvant. Mieux : les pièces du puzzle de tout ce qu’on a lu depuis le premier tome commencent à se rassembler pour former un tout cohérent.

Tome 12 – Conclusion réussie, épique et émouvante

Tom King avait-il tout prévu depuis la mise en place de son univers ? Il faut croire que oui (au moins dans les grandes lignes) tant tout se recroise avec une étonnante fluidité. La douzaine de chapitres aurait (une fois de plus) pu être réduite, notamment dans sa première moitié qui s’attarde trop sur Selina et Bruce hors de Gotham City et pas assez sur cette dernière et son statu quo inédit.
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La Cité de Bane (titre de cet ultime tome) enchaîne les séquences marquantes : une ville sous le joug de Bane, le Batman Flashpoint accompagné de Gotham Girl (rappelez-vous le tout premier volume) en guise de justiciers de l’extrême, les emblématiques ennemis incorporés aux forces de l’ordre (le GCPD est dirigé par Strange), une mort marquante par son exécution puis son testament romanesque touchant, une idylle renouée et une fin tout à fait satisfaisante, fermant ce qu’a instauré King et ouvrant habilement une suite [2].
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En somme, une conclusion épique et émouvante, réussie en tous points, et qui permet de conserver une note positive de l’entièreté de l’arc malgré ses égarements narratifs et son côté inutilement étiré.

Des dessinateurs prestigieux et une épopée graphique soignée

On ne l’avait pas encore évoquée pour se concentrer dans un premier temps sur le scénario mais la partie visuelle est évidemment très importante. Un artiste revient régulièrement (impossible d’en avoir un seul vu le rythme de parution de toute façon — deux chapitres de 20 pages chaque mois !) : Mikel Janin. Il aura su apposer son style doux si particulier et ses visages marquants tout au long de la série. D’autres prestigieux noms l’ont accompagné, comme David Finch, Tony S. Daniel, Jorge Fornes, Joëlle Jones et Clay Mann pour les plus importants. Chacun apportant une touche graphique soignée, dans une jolie succession de planches sans réel faux pas. Bien sûr la non homogénéité des styles pourrait déplaire, mais on ne ressort pas choqué de ce mélange des genres.
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Batman Rebirth joue donc sur deux tableaux principaux. Le très long plan de Bane, organisé dans l’ombre avec la complicité inédite du Batman Flashpoint. En ce sens, on est presque dans un remake de Knightfall et de la destruction physique et psychologique de Batman/Bruce. Rien de nouveau si ce n’est une modernité et crédibilité plus poussée, palpitante ! Second intérêt : la romance entre Bruce Wayne et Selina Kyle. Leur relation, particulièrement bien écrite, donne lieu à des scènes aussi touchantes qu’agaçantes. Le jeu du chat et de la (chauve) souris est parfois pénible, chacun se drapant derrière son masque au lieu de lâcher prise et savourer enfin un peu de répit et de bonheur. On retient le huitième tome, Noces Noires, qu’on peut même lire indépendamment du reste — comme les tomes 2 et 10 par exemple, une des forces de la série.
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Tom King réussit où Scott Snyder échouait : son travail est moins clivant, il déconstruit moins le mythe du Chevalier Noir. Il (ré)écrit à sa manière des sujets et thématiques déjà abordés. Mais à l’inverse de son confrère scénariste, il réussit à produire d’authentiques pépites et, à l’opposé, des navets sans nom. Snyder séduisait ou dérangeait mais n’arrivait jamais vraiment à se hisser au sommet sans pour autant tomber non plus dans les égouts, il arrivait à proposer quelque chose au pire vaguement divertissant. Pour vulgariser grossièrement, Snyder a produit du bon et du moins bon là où King a produit de l’excellent et du médiocre. Les deux souffrent d’une qualité hétérogène évidente vu la longueur de leurs runs respectifs (9 tomes pour Snyder, 12 pour King).
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Si Scott Snyder a marqué les esprits avec des créations qui occupent désormais une place plus ou moins importante dans la mythologie de Batman (sa fameuse et surestimée Cour des Hiboux, leurs ergots, la figure singulière du Joker…) ce ne sera pas forcément le cas du travail de Tom King, pourtant meilleur, paradoxalement. Un énième plan de Bane contre un Batman brisé et déchu ? Une idylle avec Selina Kyle, certes détaillée et enrichie ? Tout cela n’est,  in fine, pas réellement nouveau, seul son traitement l’est. Même s’il y a bien sûr des passages marquants et — on le répète — de superbes tomes.
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Les conséquences pour la suite seront probablement minimes. Il y a bien sûr la mort d’un personnage principal historique à prendre en compte. Mais, on le sait, il y a de fortes chances pour que ce dernier revive d’une manière ou d’une autre… Il y a par contre un élément crucial qui sera l’héritier de Batman Rebirth mais… celui-ci n’est bizarrement pas évoqué dans les derniers tomes de la série mais dans une autre production à venir, toujours signée par Tom King. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le fameux élément crucial pour cette œuvre à venir. Finalement, c’est le nouvel ennemi, le Batman Flashpoint, Thomas Wayne donc, qui saura peut-être revenir dans un futur proche en tant qu’allié ou vilain de qualité, qui marquera davantage les esprits.

En synthèse, pour ceux souhaitant piocher le plus intéressant dans leur lecture (l’intégralité revient tout de même à presque 230 €, un investissement important donc !), on conseillera d’acheter les tomes 01, 02, 03, 08, 09, 11 et 12 (éventuellement le 07 pour sa dernière partie remarquable et À la vie, à la mort). On se plaît à imaginer une réédition supprimant les chapitres anecdotiques et tout le surplace narratif peu palpitant. Malgré les défauts et égarements divers, la tendance globale reste sur une note plutôt positive. Bravo donc à Tom King d’avoir réussi à mettre de jolis mots sur des maux particulièrement humains. Un travail appréciable, parfois clivant, parfois passionnant, qui laisse rarement indifférent. L’avenir nous dira si tout cela n’aura pas été vain…
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[1] Jason Fabok, Frank Miller, Lee Bermejo, Neal Adams, Tony S. Daniel, Paul Pope, Tim Sale, Andy Kubert, David Finch, Jim Lee, Greg Capullo… parmi les plus connus de l’industrie !

[2] L’épilogue ouvre sur une autre histoire, qui sera écrite par James Tynion IV, habitué depuis une petite dizaine d’année à signer ou co-signer diverses bandes dessinées sur le Chevalier Noir. Tout cela sera à découvrir dès septembre dans le premier volume (très réussi et accessible) de Batman : Joker War.
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Cet article — se voulant être un bon complément des critiques détaillées, analysant avec le recul l’entièreté du run et le présentant de manière plus synthétique — a initialement été publié sur UMAC (site sur lequel je contribue de temps en temps).

Les points positifs de la série Batman Rebirth :
  • Un ensemble cohérent, dont toutes les intrigues trouvent une résolution.
  • Les dessins majoritairement assurés par Mikel Janin, David Finch, Tony S. Daniel, Jorge Fornes. De jolies planches, un régal !
  • Deux histoires importantes : le plan de Bane et la romance entre Bruce et Selina.
  • Le côté humain et meurtri de Bruce Wayne, bien mis en avant tout le long.
  • Très bon travail éditorial d’Urban Comics (rapidité des sorties au plus près des versions US, contextualisation de l’ensemble, fiches personnages, choix de couvertures pertinents et galeries de bonus systématiques).
  • Des connexions à d’autres bons récits (Flashpoint et le segment sur le Chevalier Noir de cet univers, Le Badge, Heroes in Crisis, diverses séries sur Batman, etc.)…

Les points négatifs :

  • … qui peuvent perdre (un peu) les non connaisseurs.
  • Beaucoup trop long, l’essentiel aurait largement pu tenir en 7 tomes.
  • Un rythme en demi-teinte, parfois passionnant, parfois ennuyant, avec des épisodes inutiles ou de faible qualité.
  • Des passages pouvant parfois être perçus comme sexistes.
  • Moins marquant que d’autres sagas cultes (à part la mort d’un personnage important mais qui reviendra sans doute d’une manière ou d’une autre, comme toujours, même si on espère avoir tort).
  • (Un chapitre complémentaire qui aurait dû être intégré dans la série Rebirth au lieu de bénéficier d’un tirage à part.)