Archives par mot-clé : Mikel Janin

Batman Rebirth – Tome 04 : La Guerre des Rires et des Énigmes

batman-rebirth-tome-4

[Histoire]
Bruce échange avec Selina * : avant de s’engager plus « sérieusement » dans leur relation, il tient à lui confier un lourd secret. Un secret qui pourrait bien remettre ses valeurs et modifier le sort de la relation entre Batman et Catwoman

Ainsi, le milliardaire raconte qu’à ses débuts (quelques temps après L’An Zéro), il fut au centre d’une guerre entre le Sphinx et le Joker, un conflit meurtrier qui rassemble plusieurs ennemis de Batman. Certains se sont alliés à l’Hommes-Mystère, d’autres au Clown du Crime.

Entre les rires et les énigmes, qui sortira vainqueur de cette guerre ? Comment Batman a pu l’arrêter ?

* Il n’est pas du tout obligatoire d’avoir lu les trois premiers tomes de Batman Rebirth pour découvrir celui-ci mais attention, comme l’histoire principale est sous forme de flash-back, on découvre assez rapidement la « fin » du volume trois avec notamment [attention à la révélation pour ceux qui n’ont pas lus] : la demande en mariage de Bruce à Selina !

Batman vs Sphinx vs Joker

[Critique]
De beaux dessins et une idée originale ne donnent pas forcément un « bon comic ». C’est le constat amer après lecture de ce quatrième tome de Batman Rebirth. Cette fameuse « guerre des rires et des énigmes » était évoquée discrètement dans les précédents volumes, annonçant un évènement meurtrier de grande ampleur, et ayant profondément marqué le Chevalier Noir. Malgré quelques éléments intéressants, l’ensemble a du mal à convaincre, principalement à cause d’énormes improbabilités. Explications.

Le principal problème de l’histoire, au-delà de sa crédibilité fragile, est qu’elle ne semble pas « complète ». On a l’impression d’effleurer le conflit, à travers le prisme de trois ou quatre personnages (pas forcément une mauvaise idée en soi), au lieu de suivre le point de vue de tout le monde (ça aurait été nettement plus efficace ici). C’est justement ce point précis qui est un gros souci. Du jour au lendemain, naissent deux équipes : celle du Joker, composée donc du Clown du Crime avec le Chapelier Fou, Man-Bat, Mister Freeze, le Pingouin, Deathstroke, le Ventriloque… et celle du Sphinx, où l’Homme-Mystère est accompagnée de Poison Ivy, Double-Face, Gueule d’Argile, Killer Croc, Deadshot, L’Épouvantail… On ne sait pas comment ni pourquoi. Notons qu’ils sont tous « en liberté » (!) et toute cette incroyable galerie est malheureusement reléguée à de la figuration (à l’exception de quelques planches s’attardant brièvement sur Poison Ivy — un début d’idylle avec le Sphinx est vaguement amorcé). C’est assez surréaliste et vraiment mal amené (et dommage). Idéalement, il aurait fallu un chapitre spécial sur chacun de ces antagonistes pour expliquer leur motivation et leur ralliement. Cela rappelle vaguement Le Règne du Mal mais le contexte était mieux justifié et se prêter davantage à l’histoire.

Bruce Selina

Par conséquent, il y a des affrontements totalement risibles, par exemple le duel Deadshot vs Deathstroke qui n’en finit plus et Batman qui arrive et tape les deux et voilà… Si on peut ne pas forcément s’attarder sur ce « détail », force est de constater que c’est une succession de « petits problèmes » plus ou moins similaires qui entachent fortement le récit. Toutes les blagues et les énigmes qui parsèment l’histoire ne sont pas vraiment drôles et surprenantes. La dualité entre le Joker et le Sphinx semble décousue, on peine à y croire… Un point intéressant cependant est d’avoir rendu le Joker complètement antipathique : il ne sourit et rit jamais. Son but est justement de retrouver sa folie, corrélée avec Batman, mais cela arrive trop tard et se révèle mal exploitée in fine.

Qui dit guerre, dit morts, c’est inéluctable. À écouter le Chevalier Noir (pas tellement au premier plan du récit), il y a un nombre incroyable de victimes. Problème : on ne les voit jamais. Enfin plus ou moins… Deux ou trois au détour d’une planche (et encore, on a plus l’impression qu’ils sont blessés) et, surtout, des portraits en noir et blanc de toutes ces personnes tuées mis côte à côte pour se rappeler et honorer les morts. Là aussi « ça ne prend pas », il fallait montrer la violence du conflit, il fallait montrer ces citoyens en train de mourir, il fallait montrer ces cadavres s’empiler, impossible de trouver tout cela plausible sinon…

Deadshot Deathstroke

Notons tout de même la mort d’un enfant (un « tabou » parfois abordé dans des comics, dont le très bon La Cible de Deadshot), mise en avant (mais pas dessinée) pour justifier l’évolution d’un personnage secondaire (Kite Man) dont on entendait un peu parler dans les précédents volumes. C’est un des rares autres points intéressants, qui permet une certaine pirouette scénaristique en conclusion de l’œuvre mais malgré tout ça reste bien maigre (les interludes qui lui sont consacrés cassent totalement le rythme et l’immersion — il aurait fallu, comme évoqué plus haut, peut-être tout un volume consacrant un à deux chapitres sur chaque antagoniste pour comprendre leurs motivations avant de revenir au cœur de la guerre dans un autre volume).

Parmi les autres choses surréalistes, ou à lesquelles il est difficile de « croire » : un dîner interminable au Manoir Wayne avec donc Bruce et Alfred qui accueillent… les deux clans ! Le Joker et le Sphinx, ainsi que six autres ennemis venus prêter main forte à leur leader au cas où ça tournerait mal. On se retrouve donc avec quasiment tous les ennemis de Batman au même endroit dans le manoir Wayne pour un repas mondain organisé on ne sait pas comment et durant lequel le milliardaire appelle à la paix entre les deux rivaux. C’est tellement grotesque qu’on a la désagréable sensation d’assister à une parodie !

Sphinx vs Joker

Et malheureusement, les huit chapitres (dont deux entièrement alloués à Kite Man) qui composent ce tome sont du même acabit, oscillant entre une « fausse » violence, des combats ridicules, des situations totalement improbables, des incompréhensions et incohérences majeures, des conséquences risibles, etc. Difficile d’être totalement empathique avec un protagoniste ou de plonger et adhérer complètement à cette guerre des rires et des énigmes. Cela rappelle Le Deuil de la Famille, qui avait deux niveaux de lecture : soit l’histoire principale (donc le tome 3 de la série Batman période Renaissance/New 52), soit l’intégralité avec les petits chapitres annexes (publiés dans Batman Saga) qui permettaient d’avoir le point de vue de toute la Bat-Family. On l’a déjà écrit deux fois : ce second choix ne peut être appliqué ici, reste donc l’impression d’effleurer quelque-chose qui se voulait « gravissime » et qui ne l’est pas plus que ça en fin de compte.

Le côté « pétard mouillé » est aussi de mise (à l’instar du Deuil de la Famille une fois de plus) puisque Batman annonce que la conclusion de son histoire sera décisive pour la suite de sa relation avec Selina. Un secret qu’il n’assume pas et qui remet en cause sa morale et sa personnalité. Rien que ça ? Oui en effet… C’est correct : Batman a voulu tuer une personne. Évidemment il ne l’a pas fait, mais pas parce qu’il s’est arrêté, parce que quelqu’un d’autre l’a stoppé. Et comme ce quelqu’un n’est pas n’importe qui, cela permet d’avoir une nouvelle relation pimentée entre elle et le Dark Knight. Une fois de plus : il faudra constater par la suite si ce micro-évènement aura des conséquences pour la suite (à priori non), mais saluons la petite audace d’avoir narré cela (même si ce n’est pas non plus si extraordinaire que cela puisque ça ne change en rien les bases du Chevalier Noir, éventuellement certaines fondations philosophiques mais pas plus).

Catwoman Guerre énigmes

Heureusement, restent les sublimes dessins, planches et découpages opérés par Mikel Janin (qui alterne un volume sur deux avec David Finch et qui avait donc signé le second, Mon nom est Suicide, particulièrement réussi) et son style élégant, réaliste, bien aidé grâce à la colorisation de June Chong. Quelques jeux de couleur sont sympathiques aussi, avec une dominance de vert/marron/rouge pour la team du Sphinx et une de noir/violet/bleu pour celle du Joker. Certaines séquences sont superbes — cf. les images d’illustration de cet article et celles en tout en bas — et on reconnaît humblement que toute la partie graphique est finalement le point fort de l’œuvre (ce qui ne suffit évidemment pas à en faire une bonne histoire).

Les deux chapitres « interludes » — Kite Man Begins & Kite Man Returns — sont signés Clay Mann qui propose là aussi de jolies choses, un peu plus classique (donc moins bien) que celles de son confrère mais gardant une certaine homogénéité des couleurs et ressemblances. On appréciera ou non les looks du Joker (qui ne sourit donc jamais, et ne donne pas l’impression d’être « le Joker ») et du Sphinx (avec sa chemise ouverte en permanence — sic — un attribut sexué totalement injustifié et ridicule).

La Guerre des Rires et des Énigmes est donc un (gros) ratage sur de multiples points, à commencer par des éléments fondamentaux pour une bande dessinée (et une histoire au sens large du terme) : pas du tout crédible, guère d’empathie, narration bâclée, faux enjeux, etc. Pour l’anecdote, il peut se lire en one-shot, comme un volume indépendant du reste de la mythologie de Batman. Mais on le déconseille fortement et c’est le premier réel « loupé » de Tom King depuis qu’il est à la tête de la série Batman Rebirth. Le cinquième volume, prévu pour septembre 2018, reviendra « au présent » pour proposer la suite de la conclusion du troisième tome : le mariage entre Bruce et Selina. On peut donc faire l’impasse sur celui-ci sans problème.

Guerre Blages Enigmes Joker

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 18 mai 2018. Précédemment publié dans les magazines Batman Rebirth #13 à #17 (juin à septembre 2018).

Contient Batman #25-32

Poisin Ivy Sphinx

Scénario : Tom King
Dessins : Mikel Janin, Clay Mann (#27 et #30)
Encrage : Hugo Petrus, Danny Miki, John Livesay, Clay Mann (#27 et #30)
Couleur : June Chung, Gabe Eltaeb (#27), Jordie Bellaire (#30)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Guerre Enigmes Blagues

Acheter sur amazon.fr :
Batman Rebirth – Tome 04 : La Guerre des Rires et des Énigmes
Batman Rebirth – Tome 03 : Mon nom est Bane
Batman Rebirth – Tome 02 : Mon nom est Suicide
Batman Rebirth – Tome 01 : Mon nom est Gotham

Joker

Sphinx

 

Sphinx Batman Enigmes Guerre

Joker Blague Guerre

 

Batman Rebirth – Tome 02 : Mon nom est Suicide

Suite directe du tome 1 de la nouvelle série Batman Rebirth (Mon nom est Gotham), ce second volet peut se lire indépendamment et est une réussite totale et se classe même dans les coups de cœur du site ! Explications.

batman-rebirth-tome-2

[Histoire]
Batman monte une équipe constituée de certains de ses ennemis qu’il a enfermé à l’Asile d’Arkham : Le Ventriloque (sans Scarface), Ben Turner (le Tigre de Bronze), Poli et Chinelle (un couple d’artistes) et, surtout, Catwoman (qui a 137 inculpations pour meurtre et est condamnée à la peine capitale par injection létale ! — on apprendra pourquoi dans la suite de l’ouvrage).

Objectif : récupérer le Psycho-Pirate à Santa Prisca auprès de Bane.

Batman Rebirth Suicide

[Critique]
L’histoire débute directement avec Batman #9, on saute donc les chapitres 7 et 8 qui sont dans La Nuit des Monstres. Récit qui rassemble aussi deux chapitres des nouvelles séries Rebirth Nightwing et Detective Comics. Étonnamment Urban Comics n’en fait pas mention dans son avant-propos (l’évènement avait pourtant été plus ou moins annoncé dans le tome précédent).

Cela n’entache pas à la lecture puisqu’on plonge directement dans ce qu’on avait laissé aussi en suspens à la fin de Mon nom est Gotham, c’est à dire : Claire dans un triste état, Batman qui accepte la proposition de Waller, Bane qui a récupéré le Pyscho-Pirate, etc.

Poli Chinelle

Tom King propose une version Suicide Squad gérée par Batman. Si Le Ventriloque et, surtout, Catwoman occupent la plus grande place (avec talent), il n’en est pas de même pour Poli et Chinelle (voir image ci-dessus), véritable version low-cost du Joker et Harley Quinn ainsi que du Tigre de Bronze, assez anecdotique in fine.

Cet aspect, avec celui d’un Batman surhumain qui se bat contre des centaines d’ennemis sans sourciller (et en ne se prenant aucune balle), sont les deux réels défauts majeurs du livre.

Catwoman Ventriloque

Le reste est quasi parfait : la narration double enchaînant Catwoman et Batman sied à merveille au récit, flirtant sur l’idylle des deux et navigant sur un plan alambiqué d’une mission passionnante.

Quelques prévisions (une vraie-fausse trahison de Catwoman), des absences notoires (qui seront peut-être comblées dans le tome suivant, comme celles de Claire et Waller), un Bane complètement nu et rasé (un élément divisant, on peut le percevoir comme une facilité artistique ou comme un personnage en proie à ses démons — pour montrer l’addiction à une drogue, puisque le Pyscho-Pirate devait l’aider à vaincre sa dépendance).

Bane Catwoman

De nombreuses références à d’ennemis hyper hyper secondaires sont recensées (Kite-Man, brièvement aperçu dans le tome précédent, Calendar Man (idem), Mayo (!), les jumeaux Tweed & Tweed, la femme « Doe »), des connexions avec Année Un et Batman #1 (1940) sont même à souligner (une postface de l’éditeur aide le lecteur à comprendre cela — complétée par quelques couvertures alternatives).

Holly Robinson est également de la partie, elle était dans les comics pré-cités et plus ou moins dans le film The Dark Knight Rises, interprétée par Juno Temple dont les dessins du personnage ici semblent en être inspirés.

Batman & Catwoman

Pour l’anecdote également, dès le début, il est mentionné par Batman lui-même qu’Arnold Wesker, alias Le Ventriloque, a été inculpé (huit fois) « pour des meurtres commis pendant la tragique guerre des rires et énigmes il y a quelques années« . Interné à perpétuité et clamant que c’est Le Pantin (sa marionnette) qui l’a poussé à faire ça. Ce passage annonce le quatrième tome de la série, intitulé La Guerre des Rires et des Énigmes (sortie prévue en mai 2018). Sans surprise, cette saga mettra en avant le Joker et le Sphinx.

Toute cette histoire ne serait rien sans les deux dessinateurs qui officient sur Mon nom est suicide : Mikel Janin (toute la mission à Santa Prisca) et Mitch Gerads (le retour à Gotham City). Le premier continue d’illustrer les héros et antagonistes de Gotham avec son trait si particulier : élégant, réaliste et fascinant (aidé par la superbe colorisation de June Chung).

Arnold Ventriloque

Le second, qui s’occupe de l’encrage et la couleur lui-même en plus des dessins, pêche un peu sur les visages mais offre un découpage, un univers et une mélancolie (bien aidée par le scénario bien sûr) assez exceptionnels. En somme, tout le côté graphique du tome est un régal et ne souffre d’aucun défauts.

Un tome qui est donc mieux que le précédent, qui peut quasiment se lire en one-shot et qui est rejoint les coups de cœur du site !

Bane vs Batman

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 10 novembre 2017. Précédemment publié dans le magazine Batman Rebirth #4 à #7 (septembre à décembre 2017).

Titre des chapitres :
Batman #9-13 : Mon nom est Suicide
Batman #14-15 : De toit à moi

Scénario : Tom King
Dessins : Mikel Janín (#9-13), Mitch Gerads (#14-15)
Encrage : Mitch Gerads (#14-15)
Couleur : June Chung (#9-13), Mitch Gerads (#14-15)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Selina Kyle

Acheter sur amazon.fr :
Batman Rebirth – Tome 02 : Mon nom est Suicide
Batman Rebirth – Tome 01 : Mon nom est Gotham

Batman My name is Suicide

 

Grayson – Tome 02 : Nemesis

Suite des aventures de l’ancien Robin, puis ex-Nightwing, ayant désormais une série à son nom dont la critique du premier tome est disponible ici.

grayson-tome-2-nemesis

[Histoire]
Helena est désormais à la tête de Spyral, rendant des comptes à Spyder, étrange trio arachnéen. Helena est sommée par d’autres instances d’enquêter sur une série de meurtres à priori commis par Grayson. En effet, chaque fois que l’Agent 37 a combattu quelqu’un, ce dernier a été retrouvé mort peu après. Ses soupçons se dirigent vers l’Agent 1 (Tiger), qui tient Dick responsable de la mort de son ancienne coéquipière : l’Agent 8 (survenue dans le premier tome).

De son côté, Grayson a pour mission de voler un collier et de le remettre à son acheteur, qui s’avère être Lex Luthor. Le bijou étant constitué de kryptonite, et le puissant homme étant devenu membre à part entière de la Ligue de Justice et à la tête de l’A.R.G.U.S. (voir Justice League – Tome 08 : La Ligue d’Injustice), il est de son devoir de trouver des éléments pouvant faire plier ses collègues (Superman en l’occurrence).

L’ancien Robin n’arrive d’ailleurs plus à joindre Batman pour rendre les comptes de son infiltration (pour cause : Bruce Wayne est devenu amnésique après son combat contre le Joker et Alfred ne lui a pas dit qu’il avait été le célèbre justicier masqué — voir Batman – Tome 08 : La Relève (première partie)). Il décide dans la foulée de quitter Spyral et de retourner voir ses anciens alliés pour leur annoncer qu’il est en vie…

Grayson Fly

[Critique]
Ce second tome est clairement supérieur au premier. Il fait même partie des « coups de cœur » du site (même s’il n’est pas exempt de défauts). Outre la partie graphique, toujours autant soignée et agréable (on y reviendra après), l’histoire évolue de façon très intéressante, aussi bien pour le personnage principal, que sur les trames narratives et les connexions avec l’univers de Grayson. Il y a tout d’abord un agréable point de vue changeant du premier chapitre qui reprend le même que dans l’ouvrage précédent mais du point de vue d’un adversaire de Grayson. Ce petit aspect est la première pierre à l’édifice sur la plus grosse enquête dans Nemesis. Qui aboutira à la fois sur un combat contre « le double » de Dick (extrêmement bien écrit et dessiné, en plus d’être drôle) et une révélation qui est surprenante et non prévisible. C’est suffisamment rare dans le monde des comics que cela mérite d’être souligné. En outre, quelques aspects de Spyral, avec notamment Spyder, l’organisation Checkmate et deux ou trois détails rendent un chouilla confus certaines informations, surtout sur la fin, mais ce n’est pas très problématique. Le premier chapitre comporte des dialogues en espagnol non traduits, tandis que ceux du deuxième le sont, étrange (même chose dans les Batman Univers qui publiaient la série).

Grayson Tiger

Le quatrième chapitre narre les retrouvailles de l’ex-Nightwing avec tour à tour Bruce Wayne (amnésique donc) Jason, Tim, Barbara et Damian. Ce qui amène à de nombreuses références, à commencer par quelques échos au Deuil de la Famille sur les mensonges de Dick, similaires à ceux de Bruce à l’époque. Mais surtout au second tome de Batgirl (pour mieux saisir les réactions de Barbara), et plus ou moins au retour de Damian (L’éveil de Robin, Robin : Son of Batman, à lire dans les numéros de Batman Saga) et à la préparation de Robin War (un mini-évènement qui touchera plusieurs séries). Batman Eternal est aussi plus ou moins nommé, et les prémices de sa suite, Batman & Robin Eternal arrivent doucement. Mais pour ces cas des retrouvailles, nul besoin d’être familier avec tout l’univers pour apprécier la bande dessinée. On notera aussi des rappels, plus discrets, aux traditionnels Hiboux (introduits dans La Cour des Hiboux et régulièrement mentionnés) et à L’An Zéro ; et même à un ennemi de seconde zone : le Requin Tigre. Il est vrai par contre, que la série Batman, en particulier le tome 8, livre une clé de compréhension non négligeable sur l’absence de Bruce Wayne/Batman et même son remplaçant très robotique.

Grayson 2 Helena

Dans le même genre, il est évoqué une portion d’autoroute durant le chapitre annual, placé en milieu du tome, sur laquelle Batman avait combattu la Justice League. Il s’agit cette fois du tome 7 de la série Batman (Mascarade). Cette séquence voit Dick s’associer à Superman, un très bon moment, qui fait cette fois référence à Superman : L’Homme de Demain – Tome 02, puisque l’Homme d’Acier a, à priori perdu, ses pouvoirs. À nouveau ce n’est pas très grave de ne pas connaître toutes ses séries annexes pour la compréhension globale (même si c’est toujours un peu dommage), mais cela donne une séquence très « Mad Max Urbaine », assez comique (la moto « Lana » et les échanges entre Clark et Dick). On y retrouve aussi « Die Faust der Kain » (Le Poing de Cain), une équipe de mercenaires (évoquée à la toute fin de Nightwing ; qui servait de transition vers Grayson) qui tue bon nombre de personnes et leur permet de récupérer des points. Ce système, baptisé par Dick « Le Candy Crush du Meurtre« , les motive (sic) à se débarrasser de plusieurs cibles, dont l’Agent 37 et Superman bien sûr.

La seconde partie de Nemesis, Comme un fantôme de la tombe remet l’Agent 37 au sein des mécanismes de Spyral. Ces deux derniers chapitres sont déjà plus convenus, peut-être moins prenants (exceptée la fin), un brin complexe, mais ça continue de fonctionner. Si l’éditeur les avait exclu, on aurait frôlé le tome « parfait » tant tout tenait la route et restait très bon visuellement parlant.

Grayson Mad Max

Une excellente première moitié d’ouvrage, un petit aparté un peu soudain (avec Superman, mais tout de même réussi) et une suite et fin satisfaisante (bien qu’en deça du début mais suffisante quand même). Graphiquement, c’est à nouveau un sans faute avec des planches parfois découpées de façon originale, donnant un bon dynamisme aux acrobaties du héros et lors des scènes de combat. Les traits sont toujours aussi soignés et élégants. À l’instar du tome précédent, seul le chapitre annual, dessiné cette fois par Alvaro Martinez vient casser la belle cohérence d’illustrations jusqu’ici mise en place par Mikel Janin, mais ce n’est pas non plus trop dramatique, juste un peu moins joli. Idem avec le chapitre final, croqué par Stephen Mooney, qui avait déjà opéré sur le premier tome à plusieurs reprises. On s’y retrouve, même si ça ne vaut pas la perfection de Janin.

On notera aussi quelques plans montrant le héros nu (ou son torse, ou encore quelques allusions sexuelles, déjà récurrentes dans le précédent livre). À priori, pas de quoi faire polémique, au contraire. Certains lecteurs y ont vu un côté érotique (!) et homosexuel (!!) ; il est plus pertinent d’y voir un penchant alternatif aux traditionnels dessins sexualisant constamment ses figures féminines. Ce qu’on voit dans Grayson (le corps pas forcément vêtu de Dick) n’est qu’un infime pourcentage de ce que produisent en continue les bandes dessinées américaines classiques mais en « sens inverse », c’est à dire au niveau de la femme (d’habitude ce sont les héroïnes qui sont courtement habillées ou dans des poses suggestives — sans que cela n’émeuve plus que ça). À prendre donc sous un prisme plutôt féministe, voire une évolution intéressante dans le monde malheureusement très sexiste (et encore bien fermé) d’une majorité des lecteurs de comics.

Grayson Tiger Shark

En attendant, cette série propose toujours quelque-chose de résolument original, « frais » et bien écrit. Drôle et parfois surprenante, Grayson souffre un chouilla des multiples références et légères connexions à ses nombreuses séries sœurs. Cela ne gâche pas la lecture mais n’en fait pas forcément une lecture « à part » et intemporelle, ce qui lui aurait permis de pouvoir presque devenir « culte ». Même si l’on est encore éloigné du côté super-héroïque, ce qui n’est absolument pas un reproche, au contraire, et des figures classiques (Batman, Nightwing, Robin), on s’en rapproche doucement sans que cela soit dommageable ou mal amené. Une lecture étonnante, à nouveau plus proche d’un James Bond qu’autre chose, mais particulièrement addictive et visuellement attractive.

Une galerie de couvertures alternatives et de dessins de recherches de personnages concluent l’ouvrage.

Grayson Superman

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 20 mai 2016.
Scénario : Tim Seeley & Tom King
Dessin : Mikel Janin, Alvaro Martinez (Un homme ordinaire) et Stephen Mooney (Comme un fantôme de la tombe — chapitre 2 (Grayson #14))
Encrage : Raul Fernandez (Un homme ordinaire) et Hugo Petrus (Comme un fantôme de la tombe)
Couleur : Jeromy Cox
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Thomas Davier

(Contient : DC Sneak Peek Grayson #1, Grayson #9-14 + Annual #2)
Prologue — Nemesis (3 chapitres) — Sous vos applaudissements — Un homme ordinaire (annual) — Comme un fantôme de la tombe (2 chapitres)
Publié dans Batman Univers #1 à #7 (mars à septembre 2016)

Grayson James Bond Grayson Kiss

► Acheter sur amazon.fr :
Grayon – Tome 01 : Agent de Spyral
Grayon – Tome 02 : Nemesis