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Batman : Le Chevalier Noir – Tome 1 (réédition intégrale)

Urban Comics réédite depuis 2018 certaines de leurs séries en compilant en moyenne deux à trois « tomes simples » en un seul, proposant ainsi un nombre réduit de livres (deux à quatre) pour avoir une série complète. C’est le cas de Batman : Le Chevalier Noir, une série initialement divisée en quatre « tomes simples » (Terreurs Nocturnes, Cycle de Violence, Folie Furieuse et De l’Argile) et republiée en 2019 sous forme d’intégrale en deux volumes (comprenant évidemment les deux premiers « tomes simples » pour l’un, les deux derniers pour l’autre). La série s’inscrit plus ou moins en suite du one-shot La Nouvelle Aube (plutôt moyen) — la couverture de l’intégrale provient d’ailleurs de celle d’un chapitre de ce récit — mais nul besoin de connaître cette histoire pour découvrir Batman : Le Chevalier Noir.

Le sommaire propose trois récits reprenant les anciennes éditions :
Terreurs Nocturnes [Batman : The Dark Knight #1-7]
En Pleine Folie [Batman : The Dark Knight #8]
Cycle de Violence [Batman : The Dark Knight #10-15 + #0]
L’absence du chapitre Batman : The Dark Knight #9 est logique, celui-ci était totalement déconnecté de la série puisqu’il était relié à la saga La Nuit des Hiboux et fut publié dans le magazine Batman Saga #10 (en mars 2013) et fut brièvement chroniqué dans cet article récapitulatif.

(Les couvertures des deux « tomes simples », Terreurs Nocturnes et Cycle de Violence — publiés en France en octobre 2012 et août 2013 — aujourd’hui plus en stock et donc réédités sous forme d’intégrale.)

[Histoire – Terreurs Nocturnes]
Plus de trois cent détenus d’Arkham s’évadent ; tous ont injecté un certain sérum (ressemblant à celui de Bane) et sont devenus des montagnes de muscles. Une mystérieuse fille en lingerie et costume de lapin semble connectée à ces libérations et nouveaux pouvoirs des ennemis de Batman

Ce dernier s’efforce donc de combattre tour à tour ses antagonistes habituels : Double-Face, le Joker, Gueule d’Argile, l’Épouvantail, Deathstroke, etc. On ignore qui se cache réellement derrière la toxine décuplant les forces de ces vilains. L’aide de Flash (et même de Superman) ne sera pas de trop !

Dans le civil, Bruce Wayne fait la connaissance de Jaina Hudson, une étrange complicité se noue entre eux. Quant au GCPD, il semble que le commissaire Gordon soit plus est moins la touche et c’est le lieutenant Forbes qui s’occupe de l’investigation de l’évasion ; ce dernier a clairement une dent contre le Chevalier Noir.

[Critique]
Terreurs Nocturnes accumule les défauts et qualités « classiques » de certains comics banals de super-héros (incluant donc ceux sur Batman). Explications.

L’histoire est très basique, on enchaîne des affrontements entre « le gentil mais violent Batman » et « les très très méchants et très très musclés ennemis ». En somme : pas trop de subtilité, du combat bien bourrin comme il faut. Une approche assez primaire mais qui gagne en intérêt au fil des chapitres pour une révélation finale assez étonnante ! Avant celle-ci, on s’ennuie parfois tant les clichés s’accumulent et l’ensemble manque d’une certaine finesse. L’extrême « virilité » (de Batman, de Bruce Wayne même, et de ses ennemis quasiment surhumains) va malheureusement de pair avec le traitement des personnages féminins. Jaina Hudson ne cache pas son intérêt « sexuel » envers Bruce Wayne (« Bénis soient les bonnes nouvelles et les dessous en dentelle. » lui dit-elle au restaurant) ; la jeune fille costumée en « lapin blanc » et en lingerie (un corset, un string et des bas pour habillement) est elle aussi réduite à un objet de fantasme, y compris pour… Alfred ! « J’espérais que le lapin blanc puisse s’enticher d’un justicier d’âge mûr mais raffiné. » évoque le majordome sans retenu. Un contraste détonnant avec l’habituelle production récente des récits sur Batman.

In fine, ce sont ces deux écritures « simplistes » qui empêchent d’apprécier pleinement le récit (pour ceux qui y sont sensibles évidemment, les moins exigeants y trouveront leur compte). Les hommes sont donc des brutes musclées et les femmes une surenchère sexuée de leurs atouts. Sans forcément évoquer un prisme féministe, c’est tout de même flagrant… et du coup vraiment dommage de proposer cela pour des lecteurs jeunes ou adultes, surtout en pleines années 2010.

Mais — heureusement ! — il y a, comme évoqués plus haut, quelques éléments de l’histoire bienvenus car non prévisibles (même s’ils arrivent tardivement) et qui laissent présager du bon pour la suite ! Et puis, surtout, il y a les dessins de David Finch (qui signe également le scénario co-écrit avec Paul Jenkins). Les planches sont sublimes : les héros et vilains sont brillamment croqués, fidèles aux meilleures productions comics modernes. Le découpage permet de vibrer au même rythme que le Chevalier Noir, particulièrement dans ses affrontements. Brutal. Implacable. Cet axe graphique (assez proche du travail de Jim Lee par exemple) gagne en profondeur grâce à l’encrage de Richard Friend (la galerie de bonus montrant les crayonnés de Finch et les encrages noir et blanc des couvertures par Friend sont superbes). La mise en couleur par Alex Sinclair et Jeromy N. Cox enjolivent encore plus l’ensemble (sauf pour certains visages). On peut juste déplorer un côté parfois trop gras pour les plans « de corps » tant il y a une musculature imposante qui manque de finesse.

Terreurs Nocturnes avance en terrain plus ou moins connu. Des connexions avec le reste de la chronologie de Batman (il a été dévoilé que Wayne finançait Batman — référence à Batman Incorporated de la saga Grant Morrison présente Batman qui se déroule juste avant et en parrallèle, Gordon subit les conséquences de Sombre Reflet…) sans que cela gâche la compréhension (la série a été lancée au moment du premier relaunch (New 52) et est donc parfaitement accessible à tous). La plupart des ennemis sont représentés et en action, une partie de la Justice League vient même à la rescousse et la Bat-Family fait office de figuration (ce n’est pas problématique). Une nouvelle enquête et un nouvel antagoniste complètent les affrontements épiques. Sur tous ces points, l’ensemble est quand même très réussi (pour peu, comme on le disait, de ne pas être trop exigeant). Si l’ensemble narratif n’apparaît guère moderne (et rappelle pour les connaisseurs le jeu vidéo Arkham City qui lorgnait vers le même script — qui connu également une adaptation en librairie — et les séquences avec Bane sont clairement pompées sur Knightfall), il séduit quand même grâce à sa fin (qui donne vraiment envie de découvrir la suite) et il est sublimé par ses dessins. En synthèse : de belles planches et une histoire un peu simpliste (qui enchaîne les stéréotypes grossiers) mais qui permet de passer mine de rien un agréable moment sans chercher une grande réflexion. La forme l’emporte donc sur le fond…

[Histoire – En Pleine Folie]
Des citoyens de Gotham se sont entretués dans une rame de métro. Le Chevalier Noir enquête et se retrouve rapidement face aux jumeaux Tweedledum et Tweedledee.

James Gordon est forcé de voir une psy s’il veut conserver ses fonctions.

[Critique]
L’accent était tellement forcé sur « le lapin blanc » (aussi bien textuellement que graphiquement via le nouveau personnage féminin mystérieux — elle n’est pas présente dans ce chapitre malgré sa présence sur la couverture), qu’on ne pouvait que supposer que le Chapelier Fou n’était pas étranger à tout ça. Il apparaît évidemment ici mais finalement plutôt déconnecté de ce qu’on a vu avant. On reste dans un petit récit très classique : Tetch veut provoquer l’anarchie en manipulant les esprits. Rien de novateur dans tout cela… même si ça s’incruste bien dans l’histoire entamée précédemment puisque le Dark Knight n’avait pas encore affronté cet ennemi.

C’est cette fois Joseph Harris qui écrit ce chapitre et Ed Benes qui le dessine. À nouveau : c’est là le point fort puisque les planches sont particulièrement réussites avec en prime d’agréables jeux d’ombre. Seuls des fonds de cases sans décors à part une couleur font tâches. Pour les plus intéressés, Robert Hunter et Jack Purcell s’occupent de l’encrage, tandis que Jeromy N. Cox reste à la colorisation. En conclusion : un chapitre anecdotique donc mais toujours agréable à regarder (mais pas spécialement à lire).

[Histoire – Cycle de Violence]
Bruce Wayne
est en couple avec la pianiste ukrainienne Natalya Trusevich (qui ignore sa double-identité). Leur relation est loin d’être parfaite et le milliardaire peine à se remettre en question.

James Gordon et Batman sont à la poursuite d’un mystérieux Croque-Mitaine qui enlève des enfants et les relâche complètement métamorphosés. Il s’agit évidemment de l’Épouvantail qui kidnappe aussi le commissaire…

Le Chevalier Noir, plus remonté que jamais, compte bien l’affronter.

[Critique]
Une conquête féminine qui débarque de nulle part… voilà qui commence mal ! La musicienne Natalya est en effet déjà avec Bruce depuis un petit moment visiblement et a même ses quartiers (et son piano) dans le Manoir Wayne. Elle reproche au milliardaire de ne pas s’investir au quotidien ; leur couple ne mène à rien vu qu’il ne fait pas d’efforts — plusieurs dialogues du genre confirment donc que la relation existe depuis longtemps. C’est d’autant plus étonnant que, quelques chapitres plus tôt, Wayne semblait conquérir une autre personne : Jaina Hudson (qui était narrativement mieux introduite en tout cas). Natalya est bien vite éclipsée, au même titre que Jaina Hudson et même du « lapin blanc » des épisodes précédents (vont-elles revenir dans les suivants ?).

« Qu’est-ce qu’elle a cette ville ?
Toujours à nous mettre sous le nez
un miroir déformant qui nous renvoie
nos propres peurs. » James Gordon

À la fin de la lecture il y a clairement un manque de cohérence entre le premier et le second tome (rassemblés ici dans l’intégrale donc). En éclipsant cette « mauvaise écriture » sur la vie civile de Bruce Wayne et la « non-suite » entre les deux histoires, le reste est tout de même relativement réussi. Encore une fois, ce qui fait la part belle au récit est bien sûr les dessins, toujours de David Finch. L’ambiance plus sombre, plus gore, plus sale est brillamment croquée. Il faut dire que l’affrontement épique entre l’Épouvantail et l’homme chauve-souris est au cœur de Cycle de Violence. Un ennemi de choix pour laisser libre court à son imagination et une vision noire de l’ensemble. Sans surprise, le questionnement de la peur revient sans cesse, alternant les flash-backs réciproques du justicier et de son ennemi (étrangement communs). La solitude est mise à rude épreuve, noyau dur des tourments de chacun.

Du reste, on retrouve autant d’action que d’incohérences ou de réel intérêt à la réflexion. En synthèse, cette seconde partie s’avère plus maîtrisée mais toujours très classique dans son traitement. Rien de vraiment novateur dans tout cela. In fine, à l’instar de la première moitié de l’ouvrage, c’est avant tout la partie graphique qu’il faut privilégier pour apprécier pleinement ces aventures du Chevalier Noir. Anecdotiquement, on notera quelques connexions avec Damian Wayne et la série Batman & Robin ainsi que des allusions au célèbre Killing Joke.

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 11 janvier 2019.

Scénario : David Finch, Paul Jenkins et Gregg Hurwitch
Dessin : David Finch
Encrage : Richard Friend
Couleur : Sonia Oback

Interlude dessinée par Mico Suayan et Juan Jose Ryp

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Batman – Le Chevalier Noir : Tome 1

Batman Rebirth – Tome 03 : Mon nom est Bane

Après un premier tome prometteur mais un peu bancal puis un second volet globalement réussi (surtout d’un point de vue graphique), suite de l’arc narratif opposant Batman à Bane.

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[Histoire]
Bane est de retour à Gotham City, bien décidé à se venger du Chevalier Noir et récupérer le Psycho-Pirate « pour oublier la douleur » (cf. tome 2). Dick, Jason et Damian comptent bien se frotter au colosse malgré les avertissements de leur mentor. Batman a vu juste : Bane n’a fait qu’une bouchée des trois alliés du Dark Knight. Celui-ci doit affronter seul un de ses pires ennemis.

Bruce Wayne et Alfred continuent d’aider Claire (ex-Gotham Girl – cf. tome 1) à vaincre ses démons et à se relever de la perte de son frère.

Bane

[Critique]
Suite directe du précédent volume, celui-ci se distingue évidemment par l’imposant Bane, qui retrouve ici de sa superbe. Le duel face à Batman est efficace, bien rythmé, découpé avec talent et s’avère extrêmement violent. La puissance de Bane est incommensurable. C’est un sans faute pour cette affrontement ! La plupart des comics sur le Chevalier Noir montrent des combats mais qui sont souvent expéditifs ou avec une issue prévisible. Ici, Batman inverse les codes de la saga Knightfall : c’est Bane lui-même qui est confronté à tous les fous d’Arkham dans le but d’être épuisé avant le final épique contre le Dark Knight.

« Je ne suis ni un clown ! Ni un poseur de devinettes ! Ni un oiseau, ni un chat, ni un pingouin ! Ni un épouvantail, ni une plante, ni un guignol ! Je ne suis ni ton ami schizophrène ! Ni ton mentor ambigu ! Ni un personnage de conte pour enfant ! Ni un tas de boue qui se prend pour Laurence Olivier ! Je ne suis aucun de ces échappés de l’asile qui hurlent à la lune ! Et je suis tout sauf un gosse de riche dans sa panoplie de vampire ! »

Batman Psycho Pirate

Les dessins de David Finch sont plus réussis que dans le premier tome (beaucoup de pleine page ou doubles pages qui sont un régal pour les rétines) et servent à merveille le scénario de Tom King qui met en place un parallèle étonnant entre les enfances de Bruce et de Bane (l’exercice avait déjà eu lieu plus tôt dans la série et avait atteint son point d’orgue dans la narration croisée entre Catwoman et Batman dans l’excellent deuxième volume). Ici, les deux adversaires se revoient adolescents conversant avec leurs défuntes mères. Un habile récit qui permet d’être plus empathique envers Bane.

On retrouve également, avec plaisir, Thomas Duke et Claire (Gotham Girl) pour découvrir leur évolution, un bon point car ils semblaient un peu oubliés. Les membres de la Bat-Famille ne sont pas en reste mais font surtout office de figuration, un peu dommage (Superman aussi est de la partie). La fin du premier chapitre est, à ce titre, particulièrement glaçante mais se révèle dès le suivant être un pétard mouillé… Gordon rejoint aussi le premier plan le temps de quelques planches, une agréable surprise. Enfin, même Alfred a un rôle à jouer important et l’ensemble de ces « seconds rôles », auxquels s’ajoute évidemment Catwoman, est plutôt bien équilibré.

Alfred Batman Rebirth

Parmi les quelques points négatifs, notons la présence trop prononcée de Maxie Zeus, dont tous les monologues plombent la narration. Cassant l’immersion et s’avérant inutile, cet incursion de l’ennemi antique ne dure heureusement que quelques planches. Selon un dialogue en début d’ouvrage, Tim Drake (Red Robin) serait mort… Aucun mot de l’éditeur n’explique cela (avant ou pendant).

De façon anecdotique, comme dans le tome précédent, La Guerre des Rires et des Énigmes est mentionnée (par le Sphinx). C’est le titre du prochain tome, tant d’annonces laissent présager une longue « guerre » qui a eu lieu par le passé. Le Sphinx ayant le look de l’An Zéro et les nombreuses mentions à tous les évènements opérés sous l’égide Snyder (La Cour des Hiboux, Le Deuil de la Famille, Mascarade, L’An Zéro, La Relève…) teasent un autre acte important dans la mythologie de Batman.

Bane vs Double Face

La fin de l’arc avec Bane se termine par une incroyable planche avec une pleine page et une déclaration surprenante mais très réussie (et romantique). La suite se compose d’une courte histoire, Bon Chien, issue de Batman Annual #1 (déjà publié en hors-série kiosque) et une autre en un chapitre, La sève et l’audacieux, où Swamp Thing retrouve Batman.

On remarque que ce dernier est le chapitre #23 de la série régulière Batman (sous l’ère Rebirth). Manquent donc les #21 et #22 qui sont en fait un cross-over avec la série The Flash (et là aussi avec ses chapitres #21 et #22) intitulé Le Badge, faisant suite à ce qui avait été aperçu à la fin de DC Rebirth Univers.

Gordon Swamp Thing

Le Batman Annual est plutôt anecdotique (Alfred récupère un chien qui avait agressé Batman et le dresse —  l’intérêt est surtout d’introduire un nouvel animal de compagnie pour Bruce) tandis que La sève et l’audacieux se révèle très original : il est rare que La Créature du Marais rencontre Le Chevalier Noir. En cause la mort du père biologique d’Alec Holland (Swamp Thing) à Gotham. Le duo atypique s’allie pour enquêter. Le dialogue au Manoir Wayne est un régal de composition en terme de découpage, de dessins soignés et d’une touche d’humour non négligeable (Alfred ramassant les feuilles de Swamp Thing). Les titres des mini-chapitres (qui durent parfois deux ou trois cases) gâchent un peu l’immersion et auraient pu donner lieu à plus de place pour des dessins (signés Mitch Gerads, déjà apparu sur le premier tome de Batman Rebirth). La fin offre une lecture noire et cruelle mais possiblement « spirituelle » pour Batman.

Mon nom est Bane s’achève sur beaucoup de bonus : les traditionnelles galeries de couvertures alternatives mais aussi de nombreux crayonnés encrés en noir et blanc plutôt classes. Un tome qui vient donc conclure une petite période originale et qui se lit aisément à la suite. On retient principalement le volume deux puis ce troisième. La véritable « suite » de ce qui s’est terminée avec Bane (et surtout, ce qui a « commencé » avec Catwoman) sera dans le tome 5, en vente le 7 septembre prochain.

Batman Catwoman Love

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 2 février 2018. Précédemment publié dans les magazines Batman Rebirth #8 à #10 et #12 (janvier à mai 2018).

Titre des chapitres :
Batman #16-20 + #24 : Mon nom est Bane ( + épilogue)
Batman #23 : La sève et l’audacieux
Batman Annual #1 : Bon Chien

Scénario : Tom King
Dessins : David Finch, Mitch Gerads (#24), Clay Mann
Encrage : David Finch, Danny Miki, Trevor Scott, Seth Mann, Mitch Gerads (#24)
Couleur : Jordie Bellaire, Gabe Eltaeb, Mitch Gerads (#24)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

Bane Nygma Sphinx

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Batman vs Bane

DC Univers Rebirth – Le Badge

Le Badge (The Button en VO) est un tome un peu particulier. Il rassemble les chapitres #21 et #22 des séries Batman et The Flash (sous l’ère Rebirth, second relaunch de DC Comics). Ces quatre épisodes font également suite à des éléments distillés dans plusieurs histoires publiées chez l’éditeur ces dernières décennies (principalement sur Le Bolide Écarlate, mais aussi des events de DC Comics, comme Flashpoint et DC Univers Rebirth, le tout planant dans l’ombre du gigantesque et culte Watchmen). Un très bon avant-propos éditorial récapitule tout cela avant de se lancer dans la lecture. Tour d’horizon.

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[Introduction]
Guide de lecture • « Le Mystère de DC Rebirth se dévoile »
Texte entièrement reproduit depuis l’édition librairie d’Urban Comics ©

1. Le Tapis Cosmique | Flash la légende – Tome 01
Barry Allen est l’homme le plus rapide du monde. Il est le catalyseur de l’Univers Renaissance : quand il a tenté de sauver sa mère des griffes de son ennemi, Néga-Flash, il a modifié à jamais le cours de l’Histoire.

2. Flashpoint | Flashpoint
En utilisant le tapis, Barry remonte le temps afin d’empêcher le meurtre de sa mère, Nora, par son pire ennemi, le professeur Zoom, aussi appelé Néga-Flash. Ce faisant, il modifie le cours des évènements et créé un présent au bord de l’Apocalypse. Aidé par Thomas Wayne, le Batman de cette dimension baptisée « Flashpoint » *, qui assassine Zoom, Flash parvient à rétablir la continuité des évènements… sans remarquer que certains éléments ont été modifiés.

* Outre l’histoire de Flash (et de cet important chamboulement) narré dans le tome éponyme, on peut découvrir l’histoire de ce Batman particulier et original dans l’excellent one-shot Cité Brisée et autres histoires… Elle est également disponible dans les deuxième numéro du magazine Flashpoint publié en 2012.

3. Le Retour de Kid Flash | DC Univers Rebirth [mini-critique]
Wally West qui fut le partenaire de Barry Allen, pendant des années sous le pseudonyme de Kid Flash, a disparu suite au Flashpoint. Le monde entier, y compris sa femme, Linda, et Flash, l’a oublié. Lors d’une mystérieuse tempête, Wally parvient à s’extirper de ces limbes et à contacter Barry qui, se souvenant de lui, réussit à le ramener à la réalité. Wally affirme qu’une entité a enlevé dix années aux héros de la Terre, effaçant des souvenirs, des relations ou même des individus.

4. Le Pétase de Mercure | Flash Rebirth – Tome 02
Après ces retrouvailles, Flash perçoit un nouveau mouvement dans la Force Véloce et a une vision d’un objet qu’il ne reconnaît pas mais qui le remplit d’espoir : un pétase de Mercure. Un casque qui appartenait des années auparavant à Jay Garrick, le Flash des années 1940.

Batman Button Badge Comedien

5. Le Badge | Watchmen
La nuit du retour de Wally West, Batman (Bruce Wayne), le plus grand détective du monde, remarque un étrange objet dans un recoin de sa batcave : un badge « smiley » jaune taché de sang. Il s’agit du badge du Comédien, un justicier radical vivant dans une dimension parallèle, dans les évènements ont été altérés par le Dr Manhattan, un être surpuissant capable de modifier la réalité à l’envi.

6. La lettre de Thomas Wayne | Flashpoint
Dans la réalité du Flashpoint, Bruce Wayne a été abattu enfant, son père est alors devenu Batman pour le venger. Avant que cette temporalité soit effacée, Thomas a laissé une lettre à Flash afin qu’elle soit remise à Bruce, une fois la réalité restaurée. Wally West a pointé du doigt cette lettre lors de son retour.

7. Le Masque de Méduse | Batman Rebirth – Tome 03 [critique]
Roger Hayden, le Psycho-Pirate, est un super-vilain dont le Masque de Méduse lui permet de manipuler les émotions de ses adversaires. Batman a ramené le Psycho-Pirate de l’île de Santa Prisca afin d’aider son amie, Claire Clover, alias Gotham Girl. Le Psycho-Pirate est également le seul personnage qui se souvient des dimensions parallèles datant d’avant la première Crise de l’Univers DC (Crisis on Infinite Earths).

8. Johnny Thunder et Saturn Girl | DC Univers Rebirth [mini-critique]
Deux personnages semblent connaître certains secrets de l’univers de DC Rebirth. Le premier est Johnny Thunder, un métahumain retraité, qui faisait partie de la Société de Justice, la plus grande équipe de héros durant la Seconde Guerre mondiale. Il en a effacé le souvenir afin de les protéger des investigations de la Commission des activités anti-américaines, dans les années 1950. Le second est Saturn Girl, une jeune télépathe issue du XXXIème siècle, qui fait partie de la Légion des Super-Héros, une équipe d’adolescents à super-pouvoirs. Elle est actuellement enfermée à l’asile d’Arkham, mais il semblerait qu’elle soit au courant des évènements à venir.

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Le récit est également disponible en kiosque le 6 avril 2018 dans les magazines Batman Rebirth #11
et Justice League Rebirth #11 (couvertures de gauche), pour 5,90€ chacun.
Les deux bénéficient d’une édition collector limitée avec une couverture en noir et blanc, au prix de 9,90€ le magazine (couvertures de droite).
Liens pour les acheter tout en bas de cette critique.
Le recueil en librairie coûte, quant à lui, 14,50€ et sera en vente le 13 avril 2018 (couverture du haut de cet article).

[Histoire]
À Arkham, Saturn Girl regarde un match de hockey et se rappelle qu’un joueur va mourir. Batman visualise le même match, sachant (à priori) également ce qu’il va se dérouler. Le Chevalier Noir lance le badge qu’il avait retrouvé dans la Bat-Cave à côté du Masque de Méduse et le fantôme de son père, costumé également en Dark Knight (le « Batman » de la version Flashpoint) lui apparaît sporadiquement.

En attendant l’aide de Flash pour résoudre ce mystère, Bruce se fait agresser par Eobard Thawne, le professeur Zoom, alias Néga-Flash. Ce dernier avait justement été tué par Thomas Wayne dans l’univers Flashpoint.

Batman et Flash vont devoir voyager dans le temps pour résoudre l’énigme du badge et la mort de quelqu’un…

Batman Nega Flash  Nega Flash Batman

[Critique]
Premier chapitre (Batman #21) écrit par Tom King hyper efficace : un excellent rythme, un combat d’anthologie, des dessins incroyablement beaux et stylés (par David Finch, qui les encre également), un découpage dynamique (qui rend hommage à Watchmen par ses cases type gaufrier — neuf par planche — et l’omniprésence du célèbre jaune des Gardiens — Brad Anderson est à la colorisation), un coup de théâtre final, bref c’est un sans faute !

Deuxième chapitre (The Flash #21) avec une autre équipe artistique, notamment Joshua Williamson à l’écriture, Howard Porter pour les dessins et Hi-Fi pour les couleurs. En résulte un style graphique différent mais extrêmement soigné à sa manière, dont les mouvements colorés de Flahs sont un pur régal visuel. Après l’action et la violence, place à la réflexion et à l’enquête. Des dialogues interminables entre les deux justiciers ont lieu, sans qu’on comprenne clairement tous les enjeux, faute à un certain jargon plus ou moins scientifique. Rien de très grave cependant. La plupart des connexions à d’autres comics mentionnées en introduction sont abordées à nouveau ici (DC Univers Rebirth, Flashpoint, Cité Brisée et autres histoires…, Flash Rebirth – Tome 02, etc.).

De façon anecdotique, on apprend aussi que le sang sur le badge (celui du Comédien de Watchmen) n’est pas recensé dans l’univers actuel. L’ensemble de cette histoire, un chouilla plus centré sur Flash a un côté « psychédélique » grâce aux couleurs vives causées par le voyage dans le temps (ou les univers) de Batman et du Bolide Écarlate. Ce qui donne lieu à une rencontre surréaliste (et fantasmée depuis des années par les fidèles lecteurs fans de Flashpoint) : le Batman de Flashpoint, donc Thomas Wayne, face à « notre » Batman, donc Bruce Wayne !

Flash The Button

Troisième chapitre (Batman #22) replongeant dans l’univers Flashpoint avec un flash-back de Thomas Wayne qui s’était recueilli dans son manoir, attendant les soldats d’Aquaman et Wonder Woman (les deux étaient alors en guerre avant de s’allier). On nous explique qu’il ne s’agissait pas d’un univers alternatif mais d’une histoire alternative et que le lieu est le même. Un brin confus quand même pour le lecteur, qu’il soit connaisseur des œuvres précitées et de l’univers DC (il a tout intérêt à l’être) ou simple néophyte (qui risque d’être totalement largué).

En résulte malgré tout de très beaux moments entre Bruce et Thomas, quand le fils annonce au paternel qu’il est grand-père par exemple, c’est émouvant, le temps d’une case mémorable. La relation entre les deux pourrait faire l’objet d’une série à part, tant il y aurait à proposer avec ce duo original ! Le costume croqué à l’origine par Eduardo Risso est respecté et permet d’identifier aisément quel Chevalier Noir parle ou agit.

Bruce Thomas Wayne Batman

Quatrième chapitre (The Flash #21) flamboyant et coloré ! Avec ce ton pastel unique qui dénote clairement avec la série Batman mais qui passe tout de même très bien. Ce petit manque de cohérence graphique n’est pas très important car les deux sont originaux et soignés.

La conclusion nous (re)présente Jay Garrick, le tout premier Flash (publié pour la première fois en janvier 1940 !) et évidemment un autre personnage célèbre du monde de DC Comics (pas vraiment une surprise de le voir mais assez jouissif quand même).

Un épilogue de deux planches, sans texte, clôt une partie de l’ouvrage avec une élégance rare (à priori lié à l’autre évènement DC « Superman Reborn », disponible dans les magazines Justice League Rebirth #10, #11 et #12 (mars, avril et mai 2018) et dans DC Univers Rebirth : Superman, en vente dès le 29 juin 2018).

Flash Batman Button

La « suite », la confrontation des héros de Watchmen avec ceux de DC Comics est à découvrir dans la série Doomsday Clock, écrite par Geoff Johns et dessinée par Gary Frank. Elle est actuellement en publication et se déroule sur douze chapitres prévus de novembre 2017 à juillet 2019. Superman sera opposé au Dr. Manhattan. Urban Comics propose les six premières pages (en noir et blanc) en exclusivité (The Road to Doomsday Clock). Il s’agit donc de la suite « officielle » de Watchmen (spoiler : le journal de Rorschach a bien été publié par la presse, Adrien Veidt (Ozymandias) a donc été démasqué et est activement recherché).

Que vaut donc Le Badge une fois la lecture terminée ? L’impression de lire un récit « important » dans l’histoire du DC Comics. Une histoire un peu courte qui fait surtout office d’introduction (à Doomsday Clock). Sur les graphismes, il n’y a rien à dire, comme évoqué les deux styles (de David Finch et de Joshua Williamson) se conjuguent à merveille malgré leurs flagrantes différences. Le travail de colorisation est à salué également tant il apporte un plus non négligeable. Le livre comporte de magnifique doubles pages qui sont, une fois de plus, un régal pour les yeux. Par ailleurs, huit superbes couvertures alternatives concluent le tome.

Sur le scénario, le plus gros défaut du titre est son accessibilité. Un novice total de l’univers de DC n’y comprendra pas grand chose (niveau connexions avec les autres personnages et œuvres) et ne saisira aucune référence. Même les fans les plus aguerris auront bien besoin du récapitulatif en début d’ouvrage pour tout bien avoir en tête. Idéalement donc, il faut à minina connaître Flashpoint mais aussi son extension sur Batman, sans oublier Watchmen. Cela fait « beaucoup » pour séduire un nouveau lectorat. Mais ce n’est pas le but ici. L’idée est de proposer un vaste chantier éditorial et une prise de risque énorme dans le paysage des comics. Et à ce niveau là, le pari est gagné haut la main. Le fan de Watchmen et de Batman ne pourra qu’être conquis ! Coup de cœur 2018.

Bruce Wayne Flash

[À propos]
Publié en France le 13 avril 2018 chez Urban Comics.

Scénario : Tom King (Batman #21-22), Joshua Williamson (The Flash #21-22), Geoff Johns (Doomsday Clock)
Dessin : David Finch (Batman #21-22), Howard Porter (The Flash #21-22), Gary Franck (Doomsday Clock)
Couleur : Brad Anderson (Batman #21-22), Hi-Fi (The Flash #21-22)

Traduction : Alex Nikolavitch, Jérôme Wicky, Ed Tourriol
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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Batman Rebirth #11 : Batman / Flash – Le Badge (1/2)
Justice League Rebirth #11 : Batman / Flash – Le Badge (2/2)
Batman Rebirth #11 : Batman / Flash – Le Badge (1/2) • Édition collector limitée noir et blanc
Justice League Rebirth #11 : Batman / Flash – Le Badge (2/2) • Édition collector limitée noir et blanc

Batman Thomas Bruce Wayne

Guide de lecture minimaliste avant de découvrir Le Badge :
1. Watchmen
2. Flashpoint
3. Batman : Cité brisée et autres histoires…
ou version kiosque magazine en occasion : Flashpoint #2
4. DC Univers Rebirth (intégrale)
ou version kiosque magazine en occasion : DC Univers Rebirth #1

5. DC Univers Rebirth – Le Badge (13 avril 2018)
6. DC Univers Rebirth – Superman (29 juin 2018)
7. Doomsday Clock (premier tome au plus tôt fin 2018)

Batman Le Badge The Button Smile Smiley Watchmen