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Gotham – Sans peur et cent reproches

Cet article a été écrit en juin 2018 et publié dans le magazine Séries Saga #13 peu après. Il s’attarde uniquement sur les quatre premières saison de la série et s’inspire partiellement d’une ébauche d’analyse mise en ligne sur ce site qui en est devenu le complément efficace. Rappel : tous les épisodes et critiques du show sont regroupés sur cette page.

Gotham est un vrai paradoxe : une série sur la ville de Batman et sur ses ennemis mais sans la présence du Chevalier Noir, un casting totalement inégal, une qualité (d’écriture et de réalisation) oscillant constamment entre le médiocre et le bon, des audiences en baisse alors que le show s’améliore… Décryptage.

En mai 2018, les fans de Gotham ont retenu leur souffle. La quatrième saison venait de se terminer et il était possible que ce soit la dernière car la série ne serait pas forcément renouvelée. Mais il y aura finalement davantage que 88 épisodes : elle a décroché de justesse une ultime saison, raccourcie de moitié (12 épisodes au lieu des 22 habituels, portant le total à 100). Cette cinquième salve, diffusée depuis début 2019, a la lourde tâche de conclure efficacement la fiction, surtout si Gotham veut passer la difficile épreuve de la postérité.

La série avait rassemblé plus de 8 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du pilote, à l’automne 2014 sur la chaîne Fox, avant de tomber à un peu plus de 2 millions en mai 2018 lors du dernier épisode de la quatrième saison (No man’s land). Emmenée par Bruno Heller, créateur et showrunner de l’excellente mini-série Rome (2005) et de la célèbre mais plus moyenne The Mentalist (2008-2015), Gotham a en effet immédiatement divisé son public. Les épisodes initiaux empilaient maladresses et défauts. Et malheureusement, la série (qui a pris pour point de départ l’assassinat des parents de Bruce Wayne) a continué sur la même voie tortueuse, sans trouver le réel équilibre « parfait », entre action, drame et policier (et même fantastique) aux yeux des fans — toujours exigeants — de l’indémodable Batman, qui fête ses 80 en 2019. Reste tout de même des éléments fascinants. Et d’incontestables réussites. On récapitule.

Une galerie de vilains quasiment complète

Axer son récit sur des enquêtes de James Gordon à Gotham City, tout en montrant l’évolution d’un jeune Bruce Wayne endeuillé et la « naissance » de plusieurs ennemis emblématiques de Batman ? Sur le papier, le projet était ambitieux et audacieux. Très séduisant, aussi, forcément, pour les passionnés de la mythologie du Chevalier Noir. Mais à l’écran, le rendu est vite bancal car les scénaristes s’entêtent à vouloir tout montrer très vite au lieu de « prendre leur temps ». On suit donc l’ascension de James Gordon, campé par un Ben McKenzie peu charismatique, au sein du GCPD (la police de la ville, pas mal corrompue). Il est épaulé par son acolyte Harvey Bullock, bourru mais sympathique (Donald Logue, impeccable), l’une des bonnes idées de la série. Les forces de l’ordre ont beaucoup de travail entre les criminels de seconde zone et les fous qui « s’émancipent » dans la ville.

En parallèle, le futur milliardaire Bruce Wayne devient donc orphelin (le meurtre de ses parents ouvre la série) et débute un entraînement pour rendre la justice et combattre le crime et la pègre à sa manière. Bruce est joué par David Mazouz qui est « LA » principale erreur de Gotham tant l’enfant (puis adolescent) est agaçant et ne brille pas particulièrement par son jeu d’acteur. Ce double problème de casting (Ben McKenzie et David Mazouz) ne se résout malheureusement pas avec le temps mais on reconnaîtra volontiers quelques beaux moments à McKenzie. Les deux personnages principaux de la série souffrent à la fois d’une écriture maladroite (l’évolution de Bruce est parfois risible) et d’une performance d’acteur plutôt limitée. Dommage…

Certains personnages « gentils » sont plus réussis et charismatiques, comme Alfred Pennyworth (Sean Pertwee), autoritaire, violent mais protecteur, et Lucius Fox (Chris Chalk), figure paternaliste complémentaire, déjà portée sur les inventions. Mais il faut se tourner vers les criminels de Gotham pour apprécier de bonnes idées de casting (mais pas toujours, comme nous allons le voir). On se rend compte, d’abord, que Gotham s’éloigne de la chronologie plus ou moins officielle de Batman (celle des comics et des films) puisqu’une dizaine d’années avant que le justicier masqué ne signe ses premiers faits d’armes, quasiment tous ses ennemis sont déjà présents dans la ville ! La plupart sont même déjà adultes et « à l’œuvre » (en tant que méchants donc). Un aspect inédit qu’il faut se forcer à accepter pour apprécier pleinement Gotham (quitte à considérer la fiction comme un elseworld). Le show réussit donc l’exploit, en 88 épisodes (4 saisons de 22 épisodes), de présenter pêle-mêle le Pingouin, l’Homme-Mystère (le Sphinx), Le Chapelier Fou, L’Épouvantail, Hugo Strange, Victor Zsasz, Poison Ivy, Gueule d’Argile, la Cour des Hiboux, Mister Freeze, le Professeur Pyg, Ra’s Al Ghul, Carmine et Sofia Falcone, Salvatore Maroni, Firefly et deux versions du Joker (on y reviendra plus tard), ainsi que d’autres antagonistes très secondaires ou créés pour cette adaptation télé. Ne manquent donc que Killer Croc, le Ventriloque, Bane et Man-Bat, sachant que ces trois derniers seront (normalement) dans la cinquième et ultime saison (même si Man-Bat et Killer Croc ont déjà été brièvement aperçus en caméo ou rôle tertiaire).

Des réussites exemplaires…

Parmi cette galerie de criminels, certains excellent. Le  traitement des personnages est plus ou moins fidèles à leurs versions de papier et quand il propose une lecture totalement inédite, celle-ci se révèle parfois très réussie. C’est le cas d’Oswald Cobblebot, alias le Pingouin (excellent Robin Lord Taylor), qui débute comme homme de main avant de gravir les échelons de la pègre et se faire un nom, avec une cruauté « sans faille », une dimension théâtrale mais aussi un côté très torturé. On lui prête même un penchant amoureux pour… Edward Nygma ! Une situation sans précédent mais bien écrite. Oswald ne ressemble d’ailleurs pas à l’image collective nourrie par les comics, le film Batman, le Défi (de Tim Burton) et la série d’animation de 1992 puisqu’il est maigre et doté d’une coiffure atypique. Bien loin du « petit obèse » qu’on imagine.

Le personnage du Sphinx (The Riddler en VO), alias Edward Nygma, est également soigné. Il gagne en maturité et en charisme au fil des épisodes. Il est d’ailleurs collègue de Gordon au GCPD dans un premier temps ! Cet Homme-Mystère (parfait Cory Michael Smith) apporte une réelle plus-value au show puisque ses dernières apparitions à l’écran (Frank Gorshin dans la série Batman des années 1960 puis Jim Carrey dans le film Batman Forever de 1995, signé Joel Schumacher) étaient plutôt « comiques » et oubliables. Autres franches réussites : Jarvis Tetch, a.k.a. le Chapelier Fou (Benedict Samuel, aperçu dans The Walking Dead), qui rend « crédible » un ennemi plutôt discret habituellement dans les comics, jeux vidéo et films consacrés au Caped Crusader, et pourtant passionnant, le Professeur Pyg, alias Lazlo Valentin (Michael Cerveris), véritable boucher effrayant qui donne du fil à retordre aux héros durant plusieurs épisodes (de la quatrième saison), Sofia Falcone (Crystal Reed), rusée et ambitieuse, plus intéressante que son père (Carmine Falcone, joué par John Doman) et, enfin, la deuxième mouture de l’Épouvantail, Jonathan Crane de son vrai nom. Deux acteurs se succèdent dans ce rôle (Charlie Tahan puis David W. Thompson) et on retient surtout la version « définitive » de cet ennemi se nourrissant des peurs de ses victimes, celle costumée et effroyable (donc en quatrième saison principalement).

Impossible de ne pas parler du « proto Joker », de Jerome et Jeremiah Valenska, quand on analyse Gotham (et, surtout, quand on évoque ses atouts). Qui sont Jerome et Jeremiah Valenska ? Deux frères jumeaux qui seront tour à tour deux incarnations différentes du « Joker ». Mais attention, il ne s’agit pas de la version définitive du Joker : pour l’instant il s’agit du « proto Joker », surnom dont les fans ont affublé ce personnage en gestation. Les deux frangins sont magnifiquement campés par Cameron Monaghan, qui mystifie l’éternel Clown du Crime et s’avère être la véritable révélation de la série. On l’avait principalement vu dans la sixième saison de Malcom et, surtout, dans le rôle de Ian Gallagher dans la version américaine de la série Shameless (depuis 2011).

Dans un premier temps, Jerome est présenté comme une personne normale avant de dévoiler sa folie destructive et d’être enfermé à Arkham. De plus en plus déjanté et meurtrier, il est tué puis ressuscité (et mutilé) avant de mourir « à nouveau » et de transmettre son héritage par l’intermédiaire de son frère Jeremiah. Ce dernier, nettement plus sérieux et studieux mais tout aussi effrayant, poursuit la « mise en place » de l’anarchie dans Gotham. Une vision totalement inédite du Joker, rappelant aussi bien Jack Nicholson (dans le Batman de Tim Burton) que Heath Ledger (dans The Dark Knight de Christopher Nolan). Si Monaghan semble s’inspirer des deux, il apporte à son personnage une originalité rarement atteinte jusqu’ici et il a déjà rejoint les meilleures performances du Clown du Crime. Les téléspectateurs  les plus exigeants regretteront peut-être les pirouettes scénaristiques un peu trop faciles (la résurrection puis le frère jumeau qui débarque de nulle part). Les fans intransigeants, eux, déploreront peut-être une approche finalement trop semblable au Joker des autres médiums (comics, films…). Une amitié entre lui et Bruce Wayne, à la manière de ce qu’avait proposé le jeu Batman : The Telltale Series, aurait été davantage surprenante et singulière.

…et des loupés épiques

Malheureusement Gotham souffre de la présence d’une autre galerie d’ennemis complètement ratés. Il y a tout d’abord l’insupportable trio féminin composé de Barbara Kean (Erin Richards), Fish Mooney (Jada Pinkett Smith) et Tabitha Galavan (Jessica Lucas). On a ici à la fois un problème d’écriture et de casting. Les trois femmes jouent globalement mal et leurs rôles sont ridicules. On ne sait pas trop si Barbara Kean était censée être « LA » Barbara Gordon (elle est en couple avec James Gordon dans les premiers épisodes) mais sa trajectoire est surréaliste (elle devient la reine du crime, la protégée de Ra’s Al Ghul puis se retrouve à la tête de la Ligue des Ombres, etc.). Jamais le spectateur n’est effrayé par Barbara ou n’arrive à la prendre au sérieux. Idem avec Fish Mooney, créée spécialement pour le show : impossible de la trouver crédible malgré de beaux moments, trop rares pour être véritablement marquants. Quant à Tabitha, si son arrivée (en saison 2) a été bénéfique à la série, son histoire d’amour improbable avec Butch (cf. paragraphe suivant) et sa piètre évolution l’ont rapidement rendue inintéressante. Il est incompréhensible que les showrunners tardent à les tuer tant les trois sont décriées et conspuées sur la Toile (Mooney est enfin morte mais vu que la résurrection est monnaie courante dans  la fiction, on ne sait jamais). Selina Kyle (Camren Bicondova), future Catwoman, empiète sur les plates-bandes des trois mais son parcours reste un chouïa plus palpitant que celui de ses aînées (même s’il est aussi assez ennuyant quand il est corrélé à celui de Bruce — et c’est souvent le cas).

Butch Gilzean — in fine Solomon Grundy (Drew Powell) — a quelques belles envolées mais se montre le plus souvent peu passionnant et, lui aussi, plutôt ridicule. Même son de cloche pour Hugo Strange, pourtant interprété par B.D. Wong (Oz, Mr. Robot…). Ce n’est pas forcément l’écriture du personnage qui fait tâche mais ses mimiques et son côté « low-cost » bizarre… Victor Zsasz (Anthony Carrigan) a un problème inverse : le comédien est plutôt bon et particulièrement charismatique mais le criminel suit une voie totalement improbable, surtout par rapport à sa version comics. Gueule d’Argile (Brian McManamon) est complètement sous-exploité alors qu’il apportait une certaine originalité et de multiples possibilités d’histoires. Là aussi, c’est dommage. Victor Fries (Nathan Darrow) était un peu soigné au départ (la trame reprenant l’histoire de sa romance tragique) avant de devenir un antagoniste de seconde zone. C’est l’inverse aussi pour Ra’s Al Ghul (Alexander Siddig) : dans un premier temps plutôt pitoyable, le grand immortel revient, dans un second temps, sous forme spectrale et zombiesque terrifiante. Mais, hélas, de façon trop éphémère.

L’insoluble équation qualitative (1)

On l’a vu, le profond déséquilibre du casting (et encore, on n’a pas parlé de tout le monde ! — Azrael, Poison Ivy… (1)), que ce soit dans l’écriture et l’évolution des personnages ou le jeu des acteurs et actrices, a pour effet de priver Gotham d’un intérêt plus prononcé. On constate malheureusement la même chose pour tous les aspects techniques du show. Certains sont réussis, d’autres complètement ratés. On applaudit, par exemple, la photographie plutôt soignée de chaque épisode, ainsi que le rythme (on ne s’ennuie pas). On apprécie aussi les costumes, les maquillages et les effets spéciaux (mais pas tous). On doit aussi saluer un « certain respect » de la mythologie de Batman (voir encadré sur les comics en bas de cet article). Celle-ci est parfois bousculée intelligemment. Ou désacralisée risiblement… Le résultat, c’est qu’on a du mal, une fois de plus, à apprécier pleinement Gotham devant un scénario tantôt malin, tantôt affligeant. De même, les incohérences sont nombreuses et la crédibilité de l’ensemble est bien mise à mal. Enfin, une musique peu mémorable et divers petits défauts (trop de plans d’intérieurs de Gotham, etc.) plombent une série qui possédait pourtant un potentiel énorme.

Ne sachant jamais quel spectateur viser, la Fox a d’abord tenté le « grand public familial » en imposant une enquête par épisode. La production a revu sa copie pour améliorer le show et proposer des arcs narratifs s’étalant sur plusieurs épisodes, tout en ciblant un public plus « adulte » grâce à une veine plus sombre, voire franchement gore. Les errements sont peut-être aussi imputables à la Warner Bros qui a imposé des restrictions discutables à la Fox, comme le dévoilait l’acteur Cameron Monaghan sur son compte Twitter en mai 2018. L’utilisation du nom du Joker est ainsi prohibé dans Gotham ! Idem pour les cheveux verts iconiques du Clown du Crime ! Un comble pour une série sur Batman… Il se murmure d’ailleurs aussi que le nom « Batman » ne doit pas être utilisé (seul « Dark Knight » est affiché en promotion et, pour l’instant en tout cas, jamais prononcé dans le show). Le but serait de préserver ces prestigieuses appellations pour le cinéma, afin de ne pas embrouiller les spectateurs (les croit-on si stupides que cela ?). Du côté du grand écran, entre le Joker de Jared Leto (Suicide Squad) et celui de Joaquin Phœnix (dans le film de Todd Phillips, actuellement en post-production), on ne sera a priori pas perdus, donc les craintes paraissent quelque peu infondées.  Si l’on comprend la volonté de ne pas céder à la tentation d’un univers partagé entre petit et grand écrans (ArrowVerse, Gotham, DCEU, « Titans »…), cette suppression de termes officiaux au sein de la série la dessert plus qu’autre chose.

La dernière chance

Il reste une ultime occasion de se rattraper pour Bruno Heller (qui travaille en parrallèle sur une fiction centrée sur… la jeunesse d’Alfred ! — voir dernier encadré en bas de cette page) et ses scénaristes dans la cinquième et dernière saison. Pour cela, il faut gommer les défauts de la série évoqués plus haut, oser tuer tous les personnages inutiles, voire pathétiques, et proposer une ellipse temporelle de plusieurs années pour changer l’acteur principal qui joue Bruce Wayne (David Mazouz) et qui devrait, en toute logique, devenir l’homme chauve-souris en fin de show. Le jeune comédien pourrait intervenir dans les premiers épisodes avant de laisser place à une version plus adulte de lui, par exemple. Si cette saison 5 réussit le tour de force de balayer les (nombreux) problèmes qu’on a listés pour offrir une œuvre aboutie (donc « une forte proposition de série »), avec une vraie patte artistique et une écriture plus pointue, alors Gotham pourra se targuer d’avoir rejoint la courte liste des séries de super-héros incontournables (Daredevil trône sans peine tout en haut actuellement). On n’est pas très optimistes quand même et on craint que ce programme finira au cimetière des séries à fort potentiel exploitées maladroitement. Un objet vaguement divertissant et vite oublié. Début de réponse en janvier 2019.

(1) – Titre originel de cette analyse publiée sur ce site après la vision des quatre saisons dans laquelle sont effectivement listés TOUS les personnages sous forme de tableau. Ce présent article se veut la « suite et fin » qui le complémente aisément.

LES INSPIRATIONS COMICS

Gotham puise dans quelques séries de bandes dessinées de Batman pour alimenter ses épisodes. Impossible de ne pas penser à Gotham Central, une excellente histoire se concentrant sur le quotidien du GCPD (l’homme chauve-souris est relativement en retrait puisque le but est de s’attarder sur les policiers). Scénarisée principalement par Greg Rucka et Ed Brubaker, cette série est disponible en quatre tomes chez l’éditeur Urban Comics. Elle a obtenu un grand succès critique et de nombreuses récompenses, indispensable pour les fans ! On pense également à quelques histoires moins connues du « grand public », comme Batman – Terre Un (Earth One en version originale). Une version alternative de la mythologie de Batman dans laquelle Alfred est proche de la vision de Gotham : svelte, bagarreur, radical, autoritaire, etc. Batman – Terre Un compte actuellement deux tomes, tous deux en vente en France. Le troisième devrait sortir aux États-Unis en 2019 (sans doute la même année chez nous).

 

Enfin, la fin de la saison 4 (et surtout la 5 désormais) évoque l’immense arc narratif No Man’s Land. Cette très bonne saga s’éparpille sur six tomes ainsi qu’un autre introductif, Cataclysme, et se poursuit plus ou moins dans New Gotham (en trois volumes). On y retrouve principalement Greg Rucka à l’écriture des scénarios, ainsi qu’Ed Brubaker, comme pour Gotham Central, et Jeph Loeb. Soit trois valeurs sûres dans le milieu. Tous ces volumes sont disponibles en France, toujours chez Urban Comics. La  cinquième saison de Gotham s’inspire d’ailleurs davantage de No Man’s Land avec une ville coupée de tous les accès extérieurs, à l’instar du film The Dark Knight Rises (son réalisateur, Christopher Nolan, avait déjà pioché dans cette saga culte).

L’histoire L’An Zéro, qui correspond aux tomes 4 et 5 de la série Batman (qui en compte neuf au total), devrait elle aussi au cœur de la cinquième saison (même si son premier épisode éponyme n’a finalement pas du tout pioché dedans). D’une manière générale, le show de Bruno Heller se sert surtout des personnages de la mythologie du Chevalier Noir, très connus ou plus confidentiels, et non dans des arcs narratifs de bandes dessinées spécifiques. Comme le personnage de Sofia Falcone (brillamment jouée par l’actrice Crystal Reed), principalement puisée dans l’excellent Batman – Amère Victoire, suite du tout aussi indispensable Batman – Un Long Halloween, dans lequel elle apparaissait brièvement. À noter également que le visage du premier « proto Joker », lorsqu’il est mutilé et « enlevé », correspond à la version papier aperçue dans le troisième volume de la série de comics Batman (celle en neuf tomes). De même, l’un des looks du second « proto Joker » (en fin de saison 4, avec son chapeau notamment) est très semblable à celui du livre Killing Joke, autre comic-book incontournable.

UNE SÉRIE SUR… LA JEUNESSE D’ALFRED !

En mai 2018, Bruno Heller, tête pensante de Gotham, a dévoilé son nouveau projet : une série sur le passé du célèbre majordome des Wayne, Alfred Pennyworth ! Un autre préquel de l’univers de Batman qui s’intitulera tout simplement Pennyworth. Il comportera 10 épisodes et sera diffusé sur la chaine américaine Epix. Le show explorera les origines d’Alfred dans le Londres des années 1960. Avant d’être majordome, Alfred était soldat, ancien des forces spéciales des Forces armées britanniques, le SAS (Special Air Service). Il est ensuite devenu gérant d’une entreprise de sécurité, ouverte avec Thomas Wayne, le père de Bruce. Ce sont ces deux éléments qui seront mis en avant dans Pennyworth. On sait aussi, à travers les comics, qu’Alfred fut comédien et espion (et il a eu plusieurs histoires d’amour) mais on ignore si cela sera reprit dans la série qui, problème de droits entre les chaînes oblige, ne se déroulera pas officiellement dans le même univers que Gotham (diffusée par la Fox). On ne verra donc pas l’acteur Sean Pertwee reprendre son rôle, plutôt marquant et réussi au demeurant.

Gotham – S05E01 : Year Zero

Page récapitulative de la série Gotham.

Afin de coller à l’actualité du début d’année 2019 et en complément d’un long article sur la série Gotham publié en magazine en été 2018 (et fortement inspiré de l’analyse sur le site), voici la critique du premier épisode de la cinquième et dernière saison du show — sous-titrée Legend of the Dark Knight. Les suivants seront peut-être aussi chroniqués « un par un » et feront l’objet quoiqu’il arrive (et à l’instar de tous les autres), d’un papier global revenant sur l’entièreté de la saison (et, forcément, de l’analyse générale de toute la série).

No man’s land, 391ème jour. Plus d’un an après les évènements de la fin de la saison précédente (l’anarchie totale provoquée en partie par Jeremiah « le Joker » Valeska), Gotham City vit en no man’s land. Les connexions avec le monde extérieur n’existent plus, les ponts ont été détruits, la métropole est livrée à elle-même. Jim Gordon, Harvey Bullock, Le Pingouin et l’Homme-Mystère se préparent chacun dans leur coin en s’armant… pour mieux s’allier face à un groupe de mercenaires (ceux de Bane ?) !

Flash-back : 87ème jour. Quelques explications bienvenues (de quoi satisfaire les nouveaux spectateurs — s’il y en a ! — et un rappel pour les connaisseurs) grâce à un dialogue entre Gordon et visiblement une personne du gouvernement. Le policier explique que la ville est aux mains des criminels. Chacun régnant sur sa zone : le Pingouin, Barbara « et les sirènes », l’Épouvantail, Victor Fries, Firefly, Zsasz (lu sur une carte mais pas mentionné oralement)… Seul Jeremiah Valeska est introuvable. Reste évidemment des civils démunis, aidés par le GCPD  (incluant Lucius Fox et Harvey Bullock, en plus de Jim Gordon bien sûr) mais les vivres et les munitions manquent cruellement… Sans compter la difficulté de tenir un semblant d’ordre dans une communauté épuisée et énervée. De son côté, Selina Kyle doit être opérée de sa colonne vertébrale pour recouvrer l’usage de son corps (une variation de ce qui est arrivée à Barbara Gordon dans les comics ?). Edward Nygma semble toujours autant schizophrène (et si c’était lui la version télévisuelle de Double-Face ?). Quant à Bruce Wayne, il est déterminé à aider la ville à sa façon…

Sans dévoiler trop d’autres éléments de l’histoire — chaque protagoniste avance petit à petit avec plus ou moins d’intérêt et de situations classiques par rapport à leur caractère — on apprécie ce retour de Gotham, plus mature, plus inédit aussi. Bien sûr on s’étonne de certaines incohérences (beaucoup de citoyens ont l’air toujours aussi propre et bien habillé au bout de trois mois de cette situation par exemple) mais l’ensemble n’est franchement pas déplaisant, au contraire.

Côté technique, on retrouve ce qui fait les forces et faiblesses de Gotham. La photographie est particulièrement soignée — encore plus dans cet épisode qui joue énormément sur la lumière et les ombres —, les costumes et les décors réalistes sont un régal, l’ensemble a (enfin) une patte résolument violente et sombre. L’épisode pêche par ses classiques défauts à commencer par le casting. Pas l’ensemble de celui-ci, évidemment, mais toujours les têtes habituelles : David Mazouz en Bruce Wayne et Erin Richards en Barbara Kean. Le premier est devenu grand adolescent très très sérieux mais manquant toujours autant cruellement de charisme. Toutefois, le jeune acteur, pas forcément mauvais au demeurant, apporte une touche moins irritante à son personnage vu le contexte — il va bientôt faire ses premiers pas en tant que justicier.  La seconde (Barbara) souffre toujours d’une écriture maladroite qui s’ajuste mal au reste du show. Un problème récurrent depuis le première saison. Toutefois, les scénaristes ont enfin osé tuer un autre personnage peu fascinant (voire carrément inutile) ! Mais, on le sait, dans Gotham une mort n’est pas forcément définitive…

Il faut se tourner vers la galerie de vilains, à commencer par l’Épouvantail et le Pingouin, pour être davantage conquis par cet épisode qui inaugure (quand même) de belles choses et laisse planer l’espoir d’une conclusion satisfaisante de la série. Le maître du cauchemar et l’excentrique mafioso livrent les meilleures séquences de l’épisode. À titre anecdotique, on peut  supposer qu’un homme de main du Pingouin deviendra Le Ventriloque (il est prévu dans cette saison, au même titre que Bane et Man-Bat notamment). Selina et Alfred sont de passage pour des scènes peu marquantes et Gordon est au cœur de ce retour : pour l’instant, le « héros » c’est lui : roc et faillible mais déterminer lui aussi.

Les inspirations comics sont évidemment à piocher dans l’immense (et très réussie) saga No Man’s Land dont la série reprend exactement la même trame narrative (et qu’avait aussi abordé Christopher Nolan dans The Dark Knight Rises). Étrangement, le titre de l’épisode (Year Zero) n’a finalement pas grand chose à voir avec le livre éponyme (L’An Zéro — lui aussi réussi et modernisant les origines du Chevalier Noir).

Côté audience, cet épisode a rassemblé près de 2,6 millions de spectateurs, un score plutôt honorable (correspondant à la moyenne de la saison 4), loin des anciennes saisons mais cela ne jouera pas sur une éventuelle annulation puisque cette saison 5 sera la dernière (sauf si Netflix ou autre souhaite la racheter mais peu de chance que cela arrive). La fin de l’épisode laisse présager le retour de Jeremiah et la bande-annonce de l’épisode suivant annonce même le Chevalier Noir d’un plan furtif. De quoi imaginer une prémonition ou, sans doute, un flash-forward puisque l’introduction de cette nouvelle saison en était déjà un.

 

 

La postérité de « Batman v Superman »

Le film de Zack Snyder, Batman v Superman : l’Aube de la Justice, a fait couler beaucoup d’encre, réelle ou virtuelle, et continue d’alimenter, près de deux ans et demi après sa sortie de nombreux débats. Les raisons sont multiples : le long-métrage est sans cesse analyser sous de nouveaux prismes, il est réévalué suite à sa version longue sortie en Blu-Ray ainsi qu’avec les multiples déclarations et révélations de Snyder sur le réseau social Vero et, bien évidemment, depuis l’échec de Justice League (également réalisé par Zack Snyder mais, in fine, devenu un film hybride davantage chapeauté par Joss Whedon et la Warner Bros).

Cet article (plus ou moins le prolongement de cet autre long papier) se veut à mi-chemin entre l’analyse objective (factuelle, technique, sourcée, chiffrée…) et subjective (réflexions personnelles, points de vue exclusifs, avis individuel…), mais aussi compilation des nombreux petits éclairages apportés par Zack Snyder au fil des mois qui ont suivi la sortie de Batman v Superman (une liste qui sera donc actualisée si besoin).

Conjoncture au lancement du film

Il est nécessaire de situer le contexte de départ. En mars 2016, contre toute attente, Deadpool (sorti en février) vient de casser la baraque avec son ton original et son humour noir. La production de la Fox a récolté plus qu’espéré et la Warner a sans doute quelques craintes. D’autant plus que Captain America : Civil War est prévu quelques semaines après Batman v Superman (en avril), et que X-Men : Apocalypse suivra également dans la foulée (en mai). Quatre films de super-héros en quatre mois. Qui plus est, Bat v Sup se veut fer de lancement du nouvel univers partagé de DC Comics, appelé DCEU (pour DC Extented Universe) à l’époque de façon non-officielle — et a priori devenu depuis juillet 2018 « The Worlds of DC ». Les premiers retours presse (l’avant-première eut lieu la veille de la sortie du film — ce qui n’est jamais bon signe) sont très négatifs et Warner annonce d’emblée qu’une version longue verra le jour lors de la sortie DVD et Blu-Ray (là aussi ce n’est pas forcément un bon signe). Sans surprise, Batman v Superman réussit une belle percée lors de ses premiers jours d’exploitation avant de chuter drastiquement. Néanmoins, si le succès critique n’est pas au rendez-vous (on y revient juste après), le long-métrage de Snyder n’est pas forcément un flop économique (à terme, il rapportera près de 875 millions de dollars pour 250 de budget, hors marketing et promo — mais il n’atteint pas le milliard espéré et récolte « seulement » 330 millions sur le territoire américain).

Le bouche-à-oreilles très négatif n’aide évidemment pas Bat v Sup à se forger une belle réputation. Jugé trop long, trop compliqué, trop noir, trop sombre (ce qui avait pourtant réussi à Christopher Nolan et sa trilogie The Dark Knight)… seuls quelques éléments sont critiqués positivement (de façon presque unanime) : la prestation de Ben Affleck dans la peau du Chevalier Noir (il succède à Christian Bale et tout le monde craignait qu’il ne lui arrive pas à la hauteur — ce fut l’inverse pour certains, Affleck s’avérant meilleur que Bale), la présence de Wonder Woman grâce au charisme de son interprète, Gal Gadot, peu connue jusqu’alors, et un certain soin apporté à la photographie et la composition de plans. Mais Bat v Sup récolte sur l’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes la douloureuse note de 4,9/10 (là où le public accorde 7/10). Sur l’IMDb 6,6/10 et, enfin, en France sur AlloCiné 2,6/5 par la presse et 3,5 par le public. On constate donc des spectateurs moins sévères que la critique dite « spécialisée ». Sur ComicsBatman.fr, la critique du film lorgnait vers une note de 3,5/5 également — loin d’un chef-d’œuvre donc, mais loin d’un ratage total également. La conclusion était même « un parti pris certain qu’on va, au mieux apprécier, au pire détester, mais peu de chances de l’adorer ». Est ensuite venu le lynchage massif envers le film, jugé (par l’auteur de ces lignes) plutôt inapproprié et injuste, ce qui a conduit à avoir cœur à le « défendre » . Enfin, la version longue de Batman v Superman a gommé beaucoup de défauts de sa version cinéma et vaudrait (toujours selon la perception de ce site) un bon 4,5/5 pour son approche relativement original d’un film de genre qui conserve tout de même des gros soucis (introduction maladroite de la Justice League, bouillie numérique lors d’un combat final trop grandiloquent…). Une seconde critique, plus enthousiaste, avait alors été ajoutée sur ce site.

Hypothèse : un autre titre et une promotion plus mystérieuse pour une meilleure attente

Dès le début du projet, le problème qui se pose est dans le titre. « Batman v Superman : l’Aube de la Justice ». La première partie est souvent « confondue » avec « Batman VS Superman », donc un « versus », donc un affrontement. Ce n’est pas tout à fait faux puisque le « v » se veut être le diminutif de « vs » mais il peut également se traduire par une association plus ambigüe entre deux êtres, symbolisé par un « v » (aux États-Unis). Point de départ bancal donc, puisqu’une simple esperluette aurait été une approche plus logique pour le film. Un « Batman & Superman », accentuant donc une association qui se serait d’abord corrélée par une confrontation. Car personne n’est dupe : si un combat peut avoir lieu entre l’homme d’acier et l’homme chauve-souris, on sait qu’aucun ne va périr sous les coups de l’autre et, surtout, qu’à terme les deux seront dans le même camp. La seconde partie du titre, « l’Aube de la Justice » (qui connaît plusieurs dérives syntaxiques avec la majuscule appliquée parfois qu’à « Justice » ou à « L’aube », ou encore « L’Aube », peu importe…) est à la fois poétique et annonciatrice (de la Justice League entre autres). Encore une fois, ce terme reste maladroit, un peu « cliché » et, surtout, voulant afficher bien trop tôt l’idée d’un rassemblement de super-héros (esquissée à la toute fin du métrage et dont les potentiels membres sont brièvement exposés au milieu). Il y avait sans doute quelque chose à trouver avec le terme « justice », c’est indéniable. Puisque Superman pense rendre justice à sa façon et Batman à la sienne. Un petit « Batman & Superman : Justice Paradox » aurait certainement été plus judicieux, plus malin…

Mais ce qu’il fallait proposer est tout simplement la suite de Man of Steel. Même si le premier du nom n’a joui que d’un semi-succès (critique et public), un des meilleurs titres aurait été, pour ce nouveau segment mettant Superman au centre du récit, « Man of Steel 2 : The Batman Complex » ou « Man of Steel 2 : The Batman Paradox ». Avec bien sûr, des petites variantes avec un tiret (-) au lieu des deux points (:), ou bien le chiffre 2 en latin (II), voire la mention d’un chapitre (« Man of Steel – Chapitre II : The Batman Complex » par exemple). En renommant le film ainsi, les spectateurs savent seulement deux choses : il s’agit de la suite de Man of Steel, donc de Superman, Batman y sera présent mais « différent » de ce qu’on a l’habitude de voir. Et c’est justement là un des aspects pointés du doigt par certains fans : la violence ultime dont fait preuve Batman, quitte à tuer (ou sous-entendre qu’il tue) et son ton nihiliste, désabusé. Même s’il s’est inspiré de The Dark Knight Returns (de Frank Miller), Zack Snyder a été « plus loin » que l’auteur et dessinateur de comics puisqu’il a montré une ligne que Batman ne franchit pas dans ses aventures papier (en réalité, c’est arrivé lors de ses débuts). Cela est d’ailleurs accentué dans TDKR avec une case spécifiant bien que le Chevalier Noir n’utilise pas d’armes à feu et, dans une moindre mesure, dans la trilogie de Nolan — principalement The Dark Knight où le justicier souligne à nouveau son souhait de ne pas tuer (même si dans les premiers films de Tim Burton, on constate aussi que le Chevalier Noir ne s’encombre pas de « sauver » des assaillants et leur sort, souvent hors-champ, fait peu de doutes même si ce n’est pas montrer à l’écran). Dans les faits, on ne voit pas réellement Batman « tuer » quelqu’un de sang-froid dans Batman v Superman mais il n’hésite pas à tirer sur plusieurs criminels depuis sa Batmobile, à laisser des grenades exploser dans un endroit confiné où d’autres ennemis étaient et, enfin, à marquer au fer rouge des coupables enfermés en prison afin qu’ils soient tabassés voire assassinés par d’autres incarcérés. Bien sûr, à froid comme cela, c’est très choquant et inadmissible sauf que le film apporte des justifications mais ne les prononcent peut-être pas assez pour certains spectateurs. Deux explications sont à mettre en avant : la mort de Robin (Snyder a confirmé fin juillet 2018 qu’il s’agissait de Richard Dick Grayson, soit le premier Robin, qui n’a a priori jamais été remplacé ensuite par un autre allié) sous les coups du Joker (et de Harley Quinn, comme le confirme le film Suicide Squad). Cela a profondément affecté et choqué le Chevalier Noir qui exerce depuis plus de vingt ans son activité de justicier. Et c’est là la seconde explication : le Caped Crusader le dit lui-même : sa croisade est inutile, il n’y croit plus du tout, c’est (aussi) pour ça qu’il est plus radical. Peut-être qu’ajouter un carton en début du film revenant et insistant sur ces éléments aurait été bénéfique.

« Man of Steel 2 – The Batman Complex »

Zack Snyder ne voulait pas d’un Batman « classique » (et il a eu raison), il a voulu déconstruire le mythe (à l’instar de son confrère artistique éponyme Scott Snyder qui œuvre, lui, sur les comics — mais ceci est un autre débat) mais l’a sans doute traité maladroitement. Il avait opté pour un angle similaire sur le personnage de Superman (avec les doutes, le rapport à la divinité, à la justice… — et également un meurtre, là aussi comme, une fois de plus, dans certains comics méconnus) et cela s’inscrivait dans un certain cadre « réaliste » ou tout du moins plus moderne avec notre époque. Pour le Chevalier Noir, il a touché au sacré et cela n’a pas forcément séduit les spectateurs « lambda » ni les fans du super-héros. C’est dommage, car la fin du film axe précisément vers ce chemin de rédemption de Batman : il retrouve foi en l’humanité (et c’est ce qu’il devra explorer dans Justice League, avec à l’inverse un Superman déchu — ce qui n’a finalement pas vraiment eu lieu mais on y reviendra plus tard). Trop ambitieux ? Oui et non, encore un fois le titre (et la promotion comme nous allons le voir) est à pointer du doigt. D’où l’idée d’un « Batman Complex » ou d’un « Batman Paradox ». Le complexe de Batman serait celui d’avoir franchi sa ligne rouge, d’être devenu aussi nihiliste que les personnes qu’il combat et de ne voir en Superman qu’une menace au lieu d’un allié (même si cet aspect est tout de même très proche des comics récents). Le paradoxe de Batman rejoint cette idée avec un Chevalier Noir paradoxal dans son application de la justice (ça l’a toujours plus ou moins été). Deux mots (« Complex » et « Paradox ») qui sont peut-être plus mystérieux et plus en phase avec le propos du film. Des fans arguent que cette double déconstruction (de Superman et de Batman) ne rend pas hommage aux icônes et qu’il aurait mieux fallu concevoir ses propres super-héros (à la manière d’un Mark Millar sur Kick-Ass) au lieu de sacrifier l’homme d’acier et l’homme chauve-souris. Quelle erreur ! C’est justement cette « vision » de Snyder qui fait la force du film, de la même manière que chaque auteur de comics se réapproprie l’univers de Batman, certes codifié, mais n’hésite pas à le bousculer pour accoucher de certaines originalités (on pense à nouveau à Scott Snyder, adulé et décrié, ne laissant personne indifférent). Difficile de rester dans la postérité en convenant d’un classicisme banal qui, pourtant, gangrène petit à petit la plupart des productions de cinéma de genre.

Au-delà du titre, ce sont évidemment les affiches et vidéos promotionnelles qui ont été très mal gérées par Warner Bros. En effet, celles-ci dévoilaient la venue de Wonder Woman et de Doomsday ! Nul doute que si Wonder Woman avait été une réelle « surprise » avec sa découverte durant la vision de Batman v Superman, il y aurait eu un engouement voire un bouche-à-oreilles peut-être plus positif. Le combat final contre Doomsday, se voulant être LA véritable séquence d’action de fin de métrage, a été trop montrée aussi et nombreux sont les fans qui n’ont pas été étonnés. Bien évidemment, il ne faut pas analyser par le prisme des « fans », justement, ceux qui avaient suivi la production et la promotion du film avec intensité et qui avaient, de façon légitime, plusieurs attentes (qui causent donc des déceptions et font naître des critiques peut-être plus violentes que s’il n’y en avait pas eues). Et bien sûr, cela n’empêche pas Batman v Superman de comporter de flagrants défauts de rythme ou de cohérences. Sa version longue frôle la perfection là où sa version cinéma reste trop bancale. Des fans ont donc imaginé de nouveaux montages, allégés et allant à l’essentiel, ou carrément des fusions avec Man of Steel. Le résultat se trouve dépoussiéré d’enjeux secondaires et nettement plus rythmé. Mais, on l’a dit, la version longue, quant à elle, n’a quasiment rien à jeter sur le travail de l’écriture et la cohérence (oui on aimerait des changements de dialogue ou d’autres éléments mais qui sont impossibles pour le coup).

Alors, imaginez un peu. Retournons en juillet 2013, peu après la sortie de Man of Steel. Un indice donné au public : la suite s’officialise, elle s’intitulera « Man of Steel 2 – The Batman Complex ». Les mois s’écoulent, quelques rumeurs parlent d’un rôle féminin mystérieux mais ça s’arrête là. Zack Snyder et la Warner ne dévoilent pas des masses les coulisses du film. Les premières bandes-annonces arrivent : l’une montre le début du film (qui reprend la fin de Man of Steel mais d’un point de vue humain — celui de Bruce Wayne donc) et quelques scènes « calmes », avec un focus sur les dialogues et un peu de Lex Luthor (on avait caressé l’idée de voir Bryan Cranston en Luthor Sr. a minima mais tant pis…). Seconde bande-annonce, cette fois accès sur l’affrontement entre Superman et Batman et, éventuellement, une troisième avec leur dialogue où ils parlent de Wonder Woman mais sans qu’elle soit montrée à l’écran. Le tout restant majoritairement dans un ton sombre et violent pour ne pas tenir de fausses promesses (avec un film léger, fun et cool — plus proche de ce que fait la concurrence avec le MCU, et qu’essaiera de copier la Warner dans un second temps avec Suicide Squad puis Justice League). Enfin, bonus suprême : la version longue sort directement en salle, faisant un pied-de-nez aux diffuseurs et au studio de production lui-même qui prend un risque (moins de rentabilité) mais actant une vraie proposition de cinéma et d’auteur. Bref, même si on ne le saura jamais, il y a de fortes chances que ce projet renommé et markété différemment aurait jouit d’une meilleure réputation. Même s’il est compliqué de donner une seconde chance au film, certains l’ont fait en se procurant la version longue et celle-ci est unanimement saluée comme meilleure. L’un des producteurs de Bat v Sup avançait même dans une interview en juillet 2018 que le film faisait partie des 50 meilleures ventes de Blu-Ray de tous les temps mais impossible de vérifier cette information.

Quoiqu’il en soit, en à peine deux ans et demi, Batman v Superman continue son petit bonhomme de chemin et fait toujours parler de lui sur la Toile, où Snyder est relativement actif, via Vero, et dévoile ce qu’il avait en tête ou ce qu’il a montré dans le film (et que peu ont relevé). Il évoque l’univers qu’il bâtissait (à travers Batman v Superman et Justice League) mais qui a chuté. Snyder a reconnu, fin juillet, qu’il n’avait peut-être pas « tous » les détails qu’il annonce sur Vero au moment de la construction de sa saga (en cinq films — on y reviendra aussi). Il en « invente » donc certains, maintenant qu’il sait que tout ce qu’il avait entrepris ne verra jamais le jour (on reparlera aussi du fameux #ReleaseTheSnyderCut). Les débats enflamment les forums et les réseaux sociaux et, petit à petit, lentement mais sûrement, Batman v Superman trouve une seconde vie. À l’instar de Watchmen, déjà signé Snyder, qui n’avait pas convaincu la presse et le public lors de sa sortie avant de s’émanciper au fil des années, gonflé de plusieurs versions différentes (dont l’excellent Director’s Cut et un Ultimate Cut incluant un dessin animé) et finissant par devenir « culte » et dans de nombreux classements de meilleurs films (de super-héros, de science-fiction, etc.). Bat v Sup emprunte-t-il la même voie ? On aimerait y croire tant la suite du DCEU s’est révélée globalement décevante et plus que moyenne (paradoxalement à cause ce Batman v Superman justement).

Les errements de Warner Bros

Cette suite est connue (et récapitulée en détail dans cet autre long article) : Warner change son fusil d’épaule et livre un Suicide Squad hyper convenu, peu « violent et noir » à l’inverse de ce que promettaient les premières images. Le résultat est paradoxal : le film cartonne, récoltant près de 750 millions de dollars à travers le monde pour le « faible » budget de 175 (hors promo), gagne même un Oscar (pour les costumes et maquillages) mais essuie un four critique et se fait dégommer partout. Seul le personnage de Harley Quinn (parfaite Margot Robbie) est acclamée à juste titre. Vient ensuite Wonder Woman et son succès planétaire pour une formule plus classique (origines de super-héros) mais toujours avec la « patte » Snyderienne pour son traitement de l’image : photographie soignée, abus de ralentis, questionnement du divin, etc. Reste donc Justice League à mettre en place. Le studio ne sait toujours pas sur quel pied danser : lorgner vers le divertissement populaire « sympa » avec punchlines et humour léger ou poursuivre la veine sombre (mais devenant lumineuse par la cohérence de son scénario et l’évolution des personnes) et le ton plus adulte ? Si Zack Snyder tient toujours la barre et semble poursuivre son point de vue « réaliste » mâtinée de fantastique et de science-fiction, qu’il maîtrise avec un certain brio, une tragédie le met à l’écart de la post-production du film (le suicide de sa fille adoptive). Plusieurs mois après, on apprendra que Snyder avait déjà été viré par la Warner, ou tout du moins qu’ils avaient prévu de le faire avant que Justice League sorte en salles… On ne saura sans doute jamais. Les bandes-annonces ne reflètent pas le produit final, entaché de scènes retournées par Joss Whedon (le réalisateur des deux premiers Avengers qui a pris le relai sous l’approbation de Snyder soi-disant), d’une moustache maladroitement effacée numériquement et d’un côté grivois qui détonne avec le reste de l’univers qu’avait mis en place Zack Snyder. Tout n’est pas à jeter bien sûr, (cf. la critique sur le site et ce thread sur Twitter qui revient sur la beauté des compositions de certains plans) mais force est de constater qu’on est loin des promesses virales et, à défaut d’une réelle conclusion de la trilogie Snyderienne, d’un véritable film pivot et épique qui s’avère être le moins rentable des cinq films du DCEU alors qu’il aurait dû en être le point d’orgue. Warner en profite pour faire le ménage (parmi ses capitaines de ces projets et notamment les producteurs) et se calme : seuls Aquaman et Wonder Woman 2 continuent leur voie, s’y greffe un Shazam ! plus léger et un film sur le Joker se voulant hors continuité de l’univers partagé (à l’inverse des trois autres). À l’instar de Batman v Superman, Zack Snyder publie de temps en temps des informations sur « sa » version de Justice League et ce qu’il avait en tête (mais est donc tombée dans l’oubli).

Zack Snyder : à l’ombre de Vero

Depuis qu’il a quitté Justice League en pleine post-production, Zack Snyder donne donc de temps en temps des informations sur Batman v Superman sur le réseau social Vero qu’il affectionne tant. Il a plusieurs fois confirmé qu’il n’avait toujours pas vu, justement, Justice League (finalisé par Joss Whedon) et évoque de temps à autre des éléments de ce film qu’il ne connaît pas, comme la famille russe à sauver par exemple. Au fil de ces publications, on perçoit ce que Snyder voulait bâtir. L’architecte d’un univers qui s’est effrité avant de réellement naître. Car Zack Snyder est donc associé à une trilogie, Man of Steel, Batman v Superman : l’Aube de la Justice et Justice League, mais initialement, il devait diriger cinq films dès la mise en place du second. En effet, il est souvent évoqué que dès la création de Man of Steel, Warner Bros avait dans l’idée de concevoir un univers partagé mais rien ne le justifie réellement dans le film (si ce n’est de mini easter eggs montrant les logos de Lexcorps et Wayne Enterprises) et qu’il est impossible de savoir si ces propos sont vrais ou s’ils ont été plus ou moins « improvisés » suite au succès (relatif) du film et la mise en chantier des suivants peu après. Toutefois, une fois le projet Batman v Superman sur les rails, il est vrai qu’il était prévu deux segments de Justice League (qu’on détaillera plus loin), mis en scène par Snyder et, c’est là la surprise, un cinquième film toujours réalisé par Snyder (sans doute Man of Steel 2 ou The Batman mais impossible de le savoir jusqu’à présent). Malheureusement, Snyder ne mettra pas intégralement en boîte « sa version » de Justice League, la seconde partie de ce film est (pour l’instant) annulée — et si elle voit le jour ce ne sera sans doute pas sous l’égide de Snyder, Le réalisateur quitte plus ou moins le DCEU (il reste producteur des Wonder Woman et, malgré lui, « créateur » de la version badass d’Aquaman campé par Jason Momoa).

Ses plans étaient plus ou moins simples et formaient un tout cohérent et palpitant, aperçu donc dans la version longue de Bat v Sup avant d’être sacrifiés par la Warner. De ce qu’on sait : Man of Steel présentait donc Superman et son arrivée sur Terre. Batman v Superman montrait la confrontation entre les deux, l’arrivée de Wonder Woman, les prémices de la construction d’une ligue, l’existence de Darkseid (on y revient peu après) puis la mort de l’homme d’acier. Le premier film Justice League mettait bien évidemment en avant la ligue de super-héros sans Superman d’abord, face à Steppenwolf et ses paradémons, puis associée à un Superman violent et radical (on ignore s’il l’était jusqu’à la fin du film ou s’il redevenait « bon » avant — a priori oui selon ce qu’on a pu voir dans le long-métrage). C’était aussi l’occasion d’introduire Green Lantern et explorer des pans mystiques du DC Universe. Ensuite, dans le second film Justice League, tous les justiciers s’associaient pour combattre Darkseid, grand ennemi de l’ombre teasé dans le cauchemar de Bruce dans Batman v Superman (dans la séquence intitulée Knightmare). Entre temps, plusieurs films étaient prévus (par d’autres réalisateurs), et on les imaginait « plus ou moins à tort » comme on va le constater comme un grand univers partagé chapeauté par Snyder (alors qu’il s’agissait surtout des pontes de Warner et non de lui) : Wonder Woman bien sûr, mais aussi Aquaman et Shazam (tous deux en pleine post-production), The Batman, qui devait explorer le « nouveau Batman » (Ben Affleck, aka Batfleck), vu aussi dans Suicide Squad, et moult projets dont on ignore encore leur aboutissement (The Batman compris) : Flash, Green Lantern, Cyborg, etc. Peut-être que Shazam devait apparaître dans la suite de Justice League. Pour le reste, peu d’informations… On le sait, un cinquième film mis en scène par Zack Snyder devait compléter les quatre autres. On peut légitimement penser à une suite de Man of Steel, qui s’intercalait soit entre les deux segments de Justice League (pour justement montrer le retour à la vie de l’homme d’acier et son évolution) ou bien après pour démarrer de nouvelles aventures, plus « classiques ».

Dans cet ambitieux projet, Zack Snyder a dévoilé, par exemple, fin juillet 2018 que le Robin mort (dont le costume tagué par le Joker est aperçu dans Batman v Superman) était… Richard Dick Grayson. C’est à dire le « premier » Robin (dans la chronologie de Batman) là où tout le monde pensait qu’il s’agissait de Jason Todd, le second Robin (qui est tué par le Joker et qui revient plus tard à la vie sous la forme de l’antagoniste Red Hood). Une théorie avançait même qu’il pouvait aussi s’agir de Dick Grayson qui serait devenu le Joker (comme dans… The Dark Knight Returns de Frank Miller). De plus, Snyder a révélé qu’il voulait instaurer un second Robin… féminin ! En la personne de Carrie Kelley, un personnage iconique toujours puisé dans le TDKR de Miller. De vieilles rumeurs avançait que l’actrice Jena Malone avait été casté pour ce rôle ou celui de Batgirl. Finalement, Malone était écartée du montage cinéma de Bat v Sup et apparaissait dans la version longue comme collègue journaliste de Lois Lane. Kelley serait sans doute intervenue dans le deuxième film Justice League ou le cinquième film de Snyder (Man of Steel 2 ou carrément… The Batman ?). Dans la foulée, Snyder a reconnu (ce qu’on évoquait plus haut), qu’il souhaitait avant tout à bâtir « sa trilogie » (ou ses cinq films, peu importe à ce stade) et non forcément « un univers partagé » avec d’autres films (donc les Wonder Woman, Cyborg, Flash, etc.). Une révélation étonnante mais qui ne change, in fine, pas grand chose puisque l’important pour les fans, et pour Snyder, était avant tout l’histoire de Superman, puis de Batman, puis de la Justice League, ainsi que leurs ennemis communs incluant Luthor et Darkseid bien sûr. Zack Snyder divulguait aussi, pêle-mêle ces derniers mois directement ou indirectement, que l’équation « anti-vie » devait être au cœur de la seconde partie de Justice League — un élément cohérent avec la venue de Darkseid (la scène du Knightmare était bien causée par la mort de Lois). Darkseid devait d’ailleurs apparaître dans une vision de Cyborg dans le premier Justice League, vision qui prolongeait ce fameux Knightmare. Plus anecdotique, on sait aussi que Victor Stone justement (Cyborg) faisait partie des joueurs de l’équipe de football américain de Metropolis et qu’il était abordé indirectement par Perry White dans Batman v Superman lorsque ce dernier somme Clark Kent d’écrire un papier pour les pages sport (au lieu d’enquêter sur le Batman de Gotham).

Début octobre 2018, une (nouvelle) révélation éclate : Snyder avait prévu de tuer Batman dans ses films. A priori peut-être à la fin du film The Batman (le mystérieux cinquième film souvent évoqué mais qui devait être réalisé par Ben Affleck à la base — désormais ce serait Matt Reeves et sans Affleck dans le rôle) ou dans Justice League 2. Pour cela, le réalisateur s’inspire de Final Crisis (de Grant Morrison), dans lequel le Chevalier Noir succombait sous les coups de Darkseid (en vrai il avait « seulement » voyagé dans le temps). L’âge avancée du Caped Crusader est un sujet qui revient dans Batman v Superman et, surtout, dans Justice League. L’idée que le justicier passe la relève semble évident et, connaissant les ambitions de Snyder, un homologue plus jeune voire une femme — comme évoqué plus haut : Carrie Kelley ? Batgirl ? — aurait sans doute été logique… Évidemment, on ne verra jamais cela mais il serait intéressant de publier sous forme de comics (ou de romans) toutes les idées de Snyder, quitte à proposer à nouveau ses deux premiers chapitres (MoS et BvS) sous la même forme. Attention toutefois, il est nécessaire de rappeler que Snyder étant désormais « libre » il peut inventer un peu ce qu’il veut « au fil de l’eau » pour justifier un plan qui n’était peut-être pas aussi établi et précis que ce qu’il avance.

#ReleaseTheSnyderCut

La chimère éternelle depuis la sortie de Justice League… Puisque Batman v Superman a bénéficié d’une version longue et que Justice League a eu énormément de scènes tournées, dont certaines montrées dans les bandes-annonces, mais finalement pas utilisées, il était logique d’attendre une potentielle autre version du film, cette fois bien signée par Zack Snyder et non Joss Whedon. La croyance en cette version est légitime et est rapidement devenue un véritable objet de combat à travers le hashtag #ReleaseTheSnyderCut envoyé massivement tous les jours à la Warner sur Twitter ou par d’autres moyens. Snyder lui-même laisse planer le doute quant à son existence (il partageait, toujours sur Vero, une photo de son pouce avec une petite coupure (« cut ») et des images inédites de tournage, de là à imaginer un Snyder Cut il n’y a qu’un pas). Il est bien sûr évident qu’une version « de travail » existe, contenant des scènes non finalisées (en terme d’effets spéciaux) et brouillonnes. Mais les fans fantasment sur une version définitive. Il est peu problabe que Warner Bros finance la finalisation de tout cela et sa sortie physique.

[Crédit : @RameshDeSilva2]

De nombreuses rumeurs assuraient que Snyder s’en occupait dans son coin et compter en parler au Comic Con de San Diego de juillet 2018. Il n’en fut rien. Pire : l’existence de cette version a carrément été abordée dans The Wall Street Journal pour confirmer qu’elle… n’existait pas ! Certains acteurs ignorent aussi si elle existe (Henry Cavill) là où d’autres répondent, quelques jours après la mise en ligne de l’article du Wall Street Journal qu’elle existe (et qu’elle est même meilleure selon eux, Jason Momoa). Divers techniciens qui ont œuvré dans l’ombre ou des artistes spécifiques, comme Jay Oliva qui s’est occupé des story-boards, confirment aussi l’existence de cette version (avec ou sans effets spéciaux finalisés, à force on ne sait plus…). Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une version « non-finalisée » existe, c’est une évidence puisqu’elle avait même été montrée aux producteurs de Warner Bros. Mais cette version ne correspond pas à la « Snyder Cut » puisque la musique n’était pas non plus accolée dessus (Junkie XL a été remplacée par Danny Elfman) et évidemment les effets spéciaux non terminées. Cette version ne sera (sans doute) jamais dévoilée au public, au mieux la publication du story-board initial, cher à Snyder — qui les dessine lui-même — et toujours très précis pourrait être publié. La « finalisation » de ce brouillon de « Snyder Cut » pourra-t-elle voir le jour ? Peut-être… il aura bien fallu près de 30 ans à Richard Donner pour livrer son Director’s Cut sur son second volet de Superman.

Youtube et Réseaux Sociaux

On pourrait lister les nombreuses personnes qui parlent de Batman v Superman sur les réseaux sociaux, avec plus ou moins de pertinence et plus ou moins d’influence. Ce serait fastidieux et, in fine, peu utile à écrire ici mais on peut évoquer une vidéo du célèbre Fossoyeur de films datée du… 15 novembre 2018 ! Lui aussi revient sur le film si longuement après sa sortie. Le sujet ? Le fameux « point Martha » qui a fait couler beaucoup d’encre. On en a peu parler sur le site car on ne l’a jamais trouvé risible, bien au contraire. Maladroitement exécuté certes mais plutôt pertinent. C’est ce qu’explique d’ailleurs le YouTubeur : ce n’était pas une idée stupide mais elle était mal exécutée, complémentée par d’autres idées similaires intéressantes mais pas forcément bien écrites. Il est curieux de voir ce vidéaste à la si large audience s’attarder sur ce détail alors qu’il n’est pas forcément féru de cinéma de super-héros et encore moins des adaptations DC.

On note aussi que ce « point Martha » trouve une autre résonance outre-Atlantique puisque, de notre prisme français, nous appelons à tout âge nos parents « maman » et « papa », on pouvait trouver surprenant que Clark ne dise pas « sauve ma mère » (ou « sauve ma maman ») mais directement « sauve Martha » ; hors aux États-Unis il est de coutume d’appeler ses parents par leurs prénoms une fois au stade adulte (voire dès l’adolescence). Ce qui donne à l’ensemble un aspect moins ridicule, davantage logique (même si un « sauve ma mère, sauve Martha » aurait été plus judicieux, indéniablement). Un autre YouTubeur a proposé, en 2020, une analyse plutôt juste sur la fiction et son « ambition démésurée » (tout en clamant, une fois de plus, que la version longue apporte bien plus d’éléments qualitatifs).

2020, DC(EU) Rebirth et l’année de tous les possibles !

Aussi inespéré qu’attendu (et l’occasion de reprendre la plume sur ce sujet deux ans après la dernière mise à jour de cette analyse), le fameux « Snyder Cut » de Justice League va être diffusée en 2021 ! Le mouvement #ReleaseTheSnyderCut a porté ses fruits et fait plier la Warner. Avec des intentions louables autant artistiques que pécuniaires bien sûr. Sans omettre non plus la minorité toxique qui se cache derrière le fameux hashtag (voir le billet d’humeur très argumenté de ComicsBlog pour l’occasion), cette victoire ouvre le champ des possibles pour conclure élégamment le DCEU de l’ère Snyder, corrélée à la pré-production actuelle du film The Flash. Explications.

20 mai 2020. Date historique : Zack Snyder révèle que la version longue de son film Justice League va voir le jour sur la plate-forme de streaming HBO Max en 2021. Le long-métrage devrait durer entre quatre et six heures et pourrait être découpé en plusieurs chapitres sous forme de mini-série. Trente millions de dollars au minimum seront injectés pour financer cette « nouvelle » post-production, qui s’intitule désormais Zack Snyder’s Justice League (ZSJL). Le metteur en scène visionnaire a déjà partagé une vidéo montrant Diana Prince (Gal Gadot) découvrir un vestige archéologique sur Darkseid puis ce dernier dans un flash-back (où il remplace Steppenwolf dans un plan déjà vu en 2017). Le tout sur une musique issue de Batman v Superman et une narration de Lex Luthor (Jesse Eisenberg), également puisé dans BvS. On devrait en (sa)voir plus fin août 2020 à l’occasion de l’évènement virtuel DC Fandom qui reviendra sur toute l’actualité DC Comics (jeux vidéo, séries TV, films, comics…).

Zack Snyder assure que le film sorti en 2017 ne contient environ qu’un quart de son travail. Rappelons que cette version durait 1h50 hors générique et qu’effectivement, en toute logique, le ZLJL devrait radicalement changer la donne malgré une ligne narrative certainement similaire. Il faut aussi évoquer qu’il était prévu une trilogie autour de Justice League. Avec (en gros) un premier volet qui montrait la constitution de l’équipe et leur défaite face à Darkseid, un second qui avec Superman davantage présent et la fiction qui s’aventurait dans le cosmique puis faisait suite au Knightmare de Batman v Superman. Enfin, le troisième et dernier opus aurait été l’apothéose finale avec la victoire de la ligue mais la mort de Batman (et pourquoi pas le renfort de Shazam (introduit au cinéma entre temps) et des Green Lantern). Il est évident que ces suites ne verront jamais le jour : l’univers partagé de DC a pris une orientation différente, l’acteur Ben Affleck a rendu définitivement sa cape de l’homme chauve-souris, etc. Néanmoins cet hypothétique « futur » de la Justice League pourrait être habilement mentionné puis conclut grâce au film The Flash.

Andy Muschietti (réalisateur des deux chapitres Ça/It) tournera en effet l’adaptation du justicier éponyme dans les prochains mois pour une sortie prévue en juin 2022 pour l’instant. Ezra Miller tiendra toujours le rôle de Barry Allen malgré ses performances décriées (dont le responsable n’est pas le comédien mais plutôt Zack Snyder qui a orienté le personnage ainsi). Serpent de mer au sein du DCEU, longtemps annulé, reporté, réécrit… un temps évoqué comme l’adaptation du comic-book Flashpoint (le long-métrage portait le même titre durant un moment), la fiction devrait permettre de relancer l’univers partagé de DC Comics au cinéma de multiples façons. Tout d’abord en faisant (presque) table rase du passé (comprendre Batman v Superman, éventuellement Suicide Squad et surtout Justice League) en jouant la carte du multivers. Grâce à cette notion, plusieurs super-héros issus de Terres différentes, d’univers différents, pourraient coexister en justifiant les changements d’acteurs et la remise à neuf de l’ensemble (même si cela n’a d’intérêt pour l’instant que pour Batman — on en reparle plus loin).

Ensuite, en repartant à zéro, l’on pourrait conserver malgré tout les « origin-stories » d’une bonne partie de la ligue : Aquaman, Wonder Woman, Shazam (s’il l’intègre) et Flash qui en bénéficiera durant ce film. On ne renierait donc pas le passé, comprendre les films qui ont marché, et on module plus ou moins élégamment ceux qui ont divisé (Man of Steel et Batman v Superman, donc Clark Kent/Superman et Bruce Wayne/Batman, peut-être à nouveau Suicide Squad qui aura aussi droit à une nouvelle adaptation prochainement — on aborde cet autre sujet après également). C’est là qu’intervient l’étrange rumeur du 22 juin 2020 avec… le retour de Michael Keaton dans le role de l’homme chauve-souris pour The Flash mais aussi pour d’autres futures productions (il est évoqué qu’il serait un peu l’équivalent de Nick Fury dans ce DCEU 2.0) ! Surprenant et audacieux. Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Le multivers évidemment, déjà évoqué et qui a fait ses preuves en version télé dans l’Arrowverse, mais aussi le voyage dans le temps et les paradoxes qui en découlent.

On peut aisément imaginer Barry Allen remonter au meurtre des Wayne (vu en ouverture dans BvS) mais causer une faille temporelle dans laquelle c’est Bruce qui est tué et son père, Thomas, qui endosse la cape du justicier. C’est ce que laisse entendre une autre rumeur persistante sur le retour de Jeffrey Dean Morgan pour reprendre son rôle de Thomas Wayne (il a confirmé à plusieurs reprises être partant et très excité par le personnage) qui mettrait donc en avant ce nouvel anti-héros, toujours conçu dans le comic-book Flashpoint et revu récemment (surtout vers la fin) dans le long run Batman Rebirth. [Malgré tout, la venue de Keaton semble compromettre sérieusement cette information, portant déjà à trois Batman (Affleck, Pattinson et Keaton) dans un univers semi-partagé déjà bien compliqué… Un quatrième avec Dean Morgan embrouillerait sans doute le novice.] Afin de réparer ce paradoxe (le fameux Flashpoint donc), Barry Allen devra s’aider d’un ancien Batman, celui campé par Keaton dans les production de Tim Burton. A partir de là, le champs des possibles est sans limite, Ben Affleck pourrait juste dire quelques mots à l’oral afin de parler des suites (annulées) de Justice League. « On s’est battus, on a perdu, j’ai été un mauvais Batman… » c’est suffisant, pas besoin de plus. Le bolide écarlate le rassure en évoquant ses autres versions de lui-même, incluant celle, pourquoi pas, interprétée par Robert Pattinson dans la future trilogie The Batman de Matt Reeves. L’incorporation de cette dernière au sein du DCEU a toujours été floue, le scénariste/réalisateur évoquant à la fois une trilogie indépendante (à l’instar de celle de Christopher Nolan) sans lui aussi renier le DCEU avec de très brèves connexion. Sachant que les rôles de Gordon et évidemment du Chevalier Noir ne sont pas tenus par des mêmes acteurs, soit ça se justifiera par une Terre parallèle (multivers à nouveau donc), soit par une démarcation indépendante assumée (mais quel bazar pour les neophytes !).

Ces quelques pistes de réflexion permettraient de fermer une bonne fois pour toute le DCEU de l’ère Snyder, de passer à autre chose et de repartir sur des bases saines. Le film Flash pourrait donc tout à la fois faire référence à la Justice League du cinéma que celle de HBO (qui contiendra d’ailleurs une plus grande exploration de Barry Allen mais, là aussi, c’est quelque chose qui peut être effacé aisément par la suite grâce au long-métrage). Reste qu’avant cette adaptation cinéma du bolide écarlate, Warner sortira Wonder Woman 1984 (octobre 2020), The Suicide Squad, The Batman et Black Adam (tous trois prévus pour 2021) ! La suite des aventures de l’amazone ne devrait pas avoir d’impact majeur pour l’univers partagé, Black Adam non plus (qui se connectera à terme à Shazam). The Batman, comme on l’a dit, est toujours dans le brouillard concernant son incrustation dans le DCEU ou non. Qu’en est-il de The Suicide Squad ? Il est annoncé comme un semi-reboot, reprenant quelques rôles du premier film, à commencer par celui d’Harley Quinn par Margot Robbie bien sûr (qui a eu droit à son propre métrage dans Birds of Prey, sorte de Suicide Squad 1.5). Là aussi cette (fausse) suite ne reniera pas le premier film mais s’en démarquera. Réalisé par James « Les Gardiens de la Galaxie » Gunn, la succession à David Ayer semble évidente. Ce dernier espère toujours néanmoins proposer son cut (et son Joker Leto plus imposant que celui qu’on a vu) façon Snyder et HBO pour sa Justice League

Dans ce joyeux bordel, les aventures d’Harley Quinn et ses bandes (de mecs dans les deux Suicides Squad, de filles dans Birds of Prey) apparaissent un peu déconnectées du reste. Là aussi la solution du multivers rétroactivement permettrait d’achever convenablement ce mini-univers au sein d’un autre plus vaste tant les directions proposées par chaque metteur en scène semblent diversifiées. The Flash arrivant après, Warner pourrait corriger le tir prudemment en attendant les résultats au box-office de The Suicide Squad… Beaucoup d’hypothèses, de « si » et d’imagination durant ces derniers paragraphes, moins portés sur « les faits » mais une certaine stimulation à imaginer l’avenir DC au cinéma qui reste un objet d’étude passionnant à plusieurs niveaux. Si en 2017 Wonder Woman puis Justice League apparaissaient commes les fictions avec lequelles Warner « n’avait plus le droit à l’erreur » (pour reprendre le titre de cet article), c’est peut-être The Flash qui corrigera les loupées, sept ans environ après les premiers désastres critiques de 2016 de Suicide Squad et… Batman v Superman : l’aube de la Justice.