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Robin – Année Un

Cet ouvrage est composé de deux histoires qui se suivent. L’Épreuve de Force (Batman Chronicles : The Gauntlet en version originale), déjà publiée dans un hors-série paru chez Semic en août 1999, sous le titre Le Défi ; puis les quatre chapitres de Robin : Année Un (Robin : Year One) qui s’ajustent parfaitement dans la continuité.

Robin Annee Un[Histoire — L’Épreuve de Force]
Batman pense que Robin peut enfin l’accompagner dans ses sorties nocturnes pour combattre le crime. Pour cela, il lui impose un dernier et ultime test : le jeune rouge-gorge doit passer une nuit seul dans Gotham City, face à quelques criminels locaux.

[Histoire — Robin : Année Un]
Les premiers faits d’armes du Dynamique Duo ! Dick Grayson jongle entre son école le jour et son costume la nuit mais Alfred désapprouve la décision d’inclure un adolescent dans la croisade de son maître. Un avis partagé par Gordon qui souhaite protéger un enfant de tous les dangers qu’il s’apprête à affronter.

En ville, plusieurs jeunes filles sont enlevées par Le Chevalier Fou. Les raisons semblent impliquer un homme politique, connaissance de Bruce Wayne. Par ailleurs, Double Face comprend que le nouvel allié de Batman peut également être son talon d’Achille…

Robin Annee Un Epreuve de Force[Critique]
En voilà une bonne surprise ! Un récit presque indispensable en termes « d’origines » de l’univers du Dark Knight. En effet, il y avait d’abord Batman – Année Un, qui avait imposé une nouvelle mythologie, un côté sombre et torturé dans une ambiance polar. Les auteurs de Robin – Année Un ont repris cette idée. Le premier récit, L’Épreuve de Force (voir tout en bas la couverture originale avec un léger changement), plonge en effet le lecteur dans un univers très proche de l’œuvre de Miller, aussi bien graphiquement que scénaristiquement. Évidemment, Robin en slip prête à sourire, une photo de femme nue définie comme étant de la pornographie aussi, mais tout ceci donne l’illusion (volontaire ?) que la bande dessinée est sortie dans la foulée de Batman – Année Un, soit en 1987. Hors, elle a été publiée dix ans après : en 1997 !

La suite de l’ouvrage qui compose le plus gros du volume, à savoir les quatre chapitres de Robin : Year One, sont dessinées de façon plus « cartoon », ce qui peut clairement rebuter un lecteur. N’hésitez pas à feuilleter l’ouvrage avant pour vous donner une idée. Ce style rappelle un peu celui de Darwyn Cooke (Before Watchmen : Minutemen). Mais pour autant, l’écriture n’en est pas moins sombre : enlèvement de jeunes filles, meurtres, scènes « parfois insoutenables »… le contraste est saisissant et le rendu global original. Léger reproche : Urban Comics a choisi une police de caractère pas forcément lisible pour les textes du narrateur (Batman puis Alfred), notamment pour la lettre E, voir ci-dessous (cliquez pour agrandir).

Robin Anne Un BatmanSelon l’introduction, l’affrontement entre Robin et Double-Face est un souvenir qui hantera longtemps le jeune sidekick, notamment dans Le Fils Prodigue, quand Dick endossera le costume de Batman. Raison de plus pour découvrir ce comic. Néanmoins il n’est pas sans quelques légers défauts : outre l’aspect graphique évoqué qui peut décontenancer, on peut trouver dommage l’utilisation du Chapelier Fou et de Mister Freeze. L’un est dans son éternel délire d’Alice au Pays des Merveilles, en transformant les jeunes filles enlevées pour lesquelles il touche de l’argent, et l’autre réclame une rançon contre des poches de sang. Bref, on sent une sous-exploitation des personnages, un peu trop cliché et œuvrant uniquement dans un but vénal, c’est dommage. À l’inverse, Double-Face est effrayant tout le long de l’histoire. C’est sans doute un des meilleurs ouvrages qui lui rend hommage. Toute sa folie explose et c’est… glaçant.

Autre bon point : la narration omni-présente d’Alfred. Le célèbre majordome tient en effet un journal dans lequel il fait part de ses doutes et inquiétudes. On y découvre de jolies tournures : « Monsieur Richard porte un bien lourd fardeau sur ses jeunes épaules : les soucis de l’adolescence associés à ceux de la croisade de Monsieur Bruce. Je me demande s’il se rend compte de la nonchalance avec laquelle il abandonne sa jeunesse. Et si, au bout du compte, il estimera que ça en valait la peine. » La relation entre Alfred et ses deux « enfants » et le rapport entre Bruce et Dick sont très émouvants, chose rare dans les comics consacrés à Batman ! Le récit revient souvent sur l’optimisme du rouge-gorge et ce que cela implique : Bruce Wayne qui sourit, un côté plus « léger » (en apparence) et cela fait vraiment du bien, cette fraîcheur naïve est la bienvenue dans le monde toujours très sombre de l’homme chauve-souris.

Robin Annee  Un Two FaceLes histoires ne mettent pas en scène l’accident qui tua les parents de Dick, elles commencent quand Bruce l’a déjà adopté. Ce n’est pas plus mal, ça permet d’enchaîner rapidement avec du concret – malgré la confusion des noms des truands et leurs buts qui parsème le comic. On retrouve, entre autre, Chuck Dixon au scénario, qui avait participé à la saga Knightfall. Certes son récit est moins percutant que le Batman – Année Un, sans doute aussi à cause du style de dessin choisi, mais cette histoire du Jeune Prodige n’en demeure pas moins des plus intéressantes.

La colorisation accentue les tons pastels, proches d’un dessin animé, pour Robin : Year One. Le premier récit est plus dans le traditionnel old-school avec des couleurs moins vives mais tout aussi efficaces pour représenter une ambiance. Les nombreuses scènes de nuit ou d’intérieur sont ainsi extrêmement bien rendues, notamment dans la Bat-Cave ou lors d’un cambriolage. Il y a par ailleurs quelques jeux d’ombres et des planches successives sans texte, qui permettent d’admirer le dynamisme réalisé. Peu de bonus pour clore le livre : deux pages de croquis. Un grand format agréable à prendre en main, une lecture passionnante et le début du fameux duo, que demander de plus ?

Robin Annee Un Alfie[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 5 septembre 2014.
Titre original : Batman Chronicles : The Gauntlet et Robin : Year One
Scénario : Bruce Canwall (L’Épreuve de Force), Scott Beatty et Chuck Dixon (Robin : Année Un #1)
Dessin : Lee Weeks (L’Épreuve de Force), Javier Pulido (Robin : Année Un #1-4), Marcos Martin (Robin : Année Un #4)
Couleur : Matt Hollingsworth (L’Épreuve de Force), Lee Loughridge (Robin : Année Un #1-4)
Encrage : Robert Campanella (Robin : Année Un #1-4)
Lettrage : Calix-Ltée
Traduction : Mathieu Auverdin

L’Épreuve de Force avait déjà été édité par Semic, dans le dixième hors-série du magazine Batman en août 1999, sous le titre Batman – The Gauntlet – Le Défi.

Première publication originale : Batman Chronicles : The Gauntlet (1997) et Batgirl/Robin Year One (Robin : Year One #1-4 — 2000-01).

Robin Annee Un Gauntlet DefiDe gauche à droite : la couverture originale, celle de Semic et enfin celle d’Urban Comics. On remarquera que les yeux de Batman ont été supprimés pour faire une immense ombre du Dark Knight ( et ainsi enlever, peut-être, le côté trop menaçant que cela imposait ?).

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Les Patients d’Arkham

batman les patients d'arkham[Histoire]
Warren White
, surnommé Le Requin Blanc, a plaidé la folie pour échapper aux accusations d’escroquerie financière qui ont ruiné énormément de personnes. Persuadé que c’était une bonne solution, il va vite déchanter quand le juge le condamnera à purger sa peine à l’Asile d’Arkham.

Appelé Viande Fraîche dès son arrivée, Warren tente alors de survivre dans cet établissement si particulier accueillant les pires psychopathes de Gotham City : le Joker, Double-Face, L’Épouvantail, etc.

Dans cette prison pour aliénés, personne ne peut le sauver ou l’épauler, pas même Batman… Son seul moment d’apaisement est lors des séances de consultation avec le Docteur Carver.

Patients Arkham Joker[Critique]
Les Patients d’Arkham
est une mini-série qui ajoutera quelques éléments à la mythologie de Batman, grâce à ses personnages, dans de futures histoires ainsi que le jeu vidéo Arkham Asylum (et ses suites). Pourtant, l’œuvre ne touche pas autant qu’on aurait pu le croire, pire encore : le dernier tiers du récit -mais pas sa fin- est très maladroit voire bâclée.

[ /!\ Quelques révélations sont listées dans le paragraphe ci-dessous ]
En effet, le récit démarre comme un thriller horrifique, avec un côté anxiogène, poisseux mais délicieusement réjouissant. Puis, peu à peu, quelques indices suggèrent discrètement des phases d’occultisme, de magie noire, de fantastique… C’est ainsi que le démon Etrigan (vu aussi dans La Nouvelle Aube) intervient, au cœur des catacombes d’Arkham dans la dernière partie de l’histoire pour un final clairement raté.

Et c’est bien dommage car tout ce qui était entrepris jusqu’ici s’avérait excellent. Batman est absent de l’histoire (deux brèves apparitions seulement), ses ennemis classiques sont relégués au second plan, comme Le Joker, Double Face, Le Sphynx, L’Épouvantail… L’œuvre se concentre sur Warren White, évidemment, mais aussi sur des prisonniers peu connus : Jane Doe, tueuse en série prenant littéralement la place et l’existence de n’importe qui, Humpty Dumpty, malchanceux au physique de nounours capable de tout monter et remonter, y compris les humains, Le Chien Errant, véritable ordure, au sens propre comme au figuré, Le Griffonneur (Doodlebug en VO), artiste du graffiti sur des bâtiments et des corps humains et Cri d’Agonie, medium communiquant avec les morts. C’est autour d’eux que gravitent Les Patients d’Arkham, un titre qui porte donc bien son nom. Le personnel de l’hôpital, à commencer par Aaron Cash, à la tête des gardes d’Arkham, et le Docteur Carver sont également très bien exploité.

Patients Arkham HumptyLes passages sur le quotidien, ou le passé, de ces derniers sont d’ailleurs très touchants. Idem avec toute l’histoire personnelle d’Humpty Dumpty (visiblement à lire dans une des séries de Batgirl), qui est à elle seule un véritable petit bijou, autant par sa narration que son style, volontairement plus « enfantin », comme un conte, que ceux du récit principal (cf. image ci-dessus).

Côté graphisme, justement, rien à redire, tout est de très bonne facture, les traits de Ryan Sook concèdent un côté indépendant, une patte personnelle de l’artiste, se rapprochant plus ou moins du travail de Tim Sale. Colorisation très correcte, avec beaucoup de jeux d’ombres, peu de dégradés. L’ensemble est très beau, c’est indéniable.

Patients Arkham Double FaceSi Les Patients d’Arkham était resté dans un univers réaliste, non-fantastique, avec une descente aux enfers dans l’antre de la folie dépeinte autrement (comme dans Arkham Asylum), nul doute que ce comic serait considéré comme un élément incontournable dans l’univers de Batman. Hélas, faute d’audace visuelle, malgré un découpage de planches soigné, et d’un derniers tiers rocambolesque, le récit échappe de peu à ce statut. Néanmoins il serait dommage de passer à côté, ne serait-ce que pour découvrir une histoire originale, avec de nouveaux personnages, parfaitement accessible !

Œuvre indépendante, cette bande dessinée ravira les fans « non pointilleux » et acceptant une petite partie fantastique. Les couvertures, superbes, d’Eric Powell sont proposées, ainsi que les travaux de recherches du scénariste et du dessinateur.

Patients Arkham Powell[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 11 juillet 2014.
Titre original : Arkham Asylym : Living Hell
Scénario : Dan Slott
Dessin : Ryan Sook
Couleur : Lee Loughridge
Illustration de couverture : Eric Powell
Lettrage : Christophe Semal et Laurence Hingray — Studio Myrtille
Traduction : Jean-Marc Lainé

Titres des chapitres :
01 – Bien dans sa tête
02 – En morceaux
03 – Tout cassé
04 – Tic Tac
05 – Motifs
06 – Sans rimes ni raison

Première publication originale de juillet à décembre 2003.

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