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Absolute Power

Critique des trois tomes d’Absolute Power, l’évènement qui regroupe plusieurs séries et met fin à l’ère Infinite (tout en ouvrant doucement sur la nouvelle : DC Prime – cf. cet article) !

[Contextualisation éditoriale]
Ce n’est pas une « crise » à proprement parler (cf. guide) mais un crossover important qui vient conclure les multiples séries de l’ère Infinite de DC Comics. Pour le Chevalier Noir, il y a eu (sans forcément de fil conducteur) Batman Infinite puis Dark City (et Nocturne en parallèle), pour les autres justiciers, il s’agissait surtout des collections Dawn of (Superman, Green Arrow & Black Canary, Titans…). Comme souvent, nul besoin d’avoir lu ces œuvres précédentes même si ça aide (par exemple, connaître le personnage androïde de Failsafe (dans Batman… Failsafe) facilite la compréhension mais, une fois encore, rien d’obligatoire). Absolute Power reste accessible et propose une situation inédite : la terrible Amanda Waller réussi à priver les super-héros de leurs pouvoirs ! Cette antagoniste mythique bénéficie d’un avant-propos rédigé par Urban Comics sur son site et dans le premier tome, à découvrir également ci-dessous.

À noter que le premier tome est sorti dans une édition limitée en janvier 2025 à l’occasion du Festival d’Angoulême.

  

[Avant-propos de l’éditeur issu du premier tome – nécessaire pour tout avoir en tête avant la découverte]
Les super-héros de l’Univers DC ont affronté d’innombrables êtres surpuissants au cours de leur existence : des monstres, des Dieux, des menaces venues d’autres planètes, d’autres dimensions… Pour autant, c’est bien une simple humaine, sans le moindre pouvoir, qui pourrait finir par causer leur perte.

Amanda Waller fait sa première apparition en 1986 dans la mini-série Legends, écrite par John Ostrander et Len Wein et dessinée par John Byrne, où Darkseid élabore un nouveau plan pour nuire aux super-héros : saper leur image auprès du grand public. En manipulant les médias, le maître d’Apokolips orchestre une campagne anti-justiciers pour retourner la population contre ses icônes. Influencé par le climat ambiant, le gouvernement américain déclare tous les super-héros, dont la Ligue de Justice, hors la loi. Amanda Waller est alors réquisitionnée pour monter une équipe de super-vilains afin de protéger le mont Rushmore de l’attaque du monstre Brimstone. Suite à cela, Waller réussit à convaincre le président Reagan de la nécessité de disposer d’agents secrets impitoyables et sacrifiables pour mener à bien les missions les plus dangereuses en échange d’une réduction de peine : la Suicide Squad est née !

L’introduction de Waller dans Legends marque un tournant pour DC, à un moment où l’éditeur cherche à explorer des thématiques plus politiques et sociales, notamment après la fin du Multivers durant Crisis on Infinite Earths. La vision cynique et jusqu’au-boutiste du personnage résonne avec une période où les figures super-héroïques classiques sont remises en cause afin de satisfaire l’appétence du lectorat pour des personnages plus atypiques, plus proches des anti-héros.

Pour preuve, le succès du concept de la Suicide Squad est immédiat et conduit rapidement à une série régulière en 1986 (Les archives de la Suicide Squad). Amanda Waller y dirige d’une main de fer l’escadron avec des méthodes pour le moins coercitives et n’hésite pas à tenir tête à quiconque s’oppose à elle, que ce soient les membres de sa propre équipe comme Captain Boomerang, ses supérieurs hiérarchiques ou encore certains super-héros comme Batman…

Originaire d’un quartier difficile de Chicago, et suite à des événements traumatiques que vous pourrez découvrir dans le tome 3 de la présente série, Waller a su rapidement gravir les échelons pour devenir une figure aussi respectée que crainte, que ce soit de ses collègues ou de la communauté super-héroïque. Au fil des années, elle cumula la direction de plusieurs agences de renseignement. Elle prit notamment la tête de l’agence secrète Checkmate, appartenant à la Task Force X comme la Suicide Squad, pour entreprendre des missions secrètes dans le monde afin d’assurer la sécurité des États-Unis. Pendant un temps, elle dirigea même l’Agence de Renseignement, de Gestion, d’Unification et de Soutien (A.R.G.U.S.), en charge de régir les interactions entre le gouvernement et les super-héros avant d’intégrer le Département des Événements Ultra-Spéciaux (D.E.U.S.), chargé de surveiller et prévenir toute menace métahumaine sur le sol américain. Elle devint même secrétaire des affaires méta-humaines au sein de l’administration de Lex Luthor lorsque ce dernier était président des États-Unis (à découvrir dans le récit complet Président Lex Luthor).

Pendant les périodes Renaissance et Rebirth, Amanda Waller continue d’être décrite comme une personne aux convictions les plus froides et calculatrices au travers des missions qu’elle confie à la Suicide Squad. Mais c’est bien durant la période Infinite qu’Amanda Waller prend une place prépondérante dans l’Univers DC, déployant tout son machiavélisme pour mener à bien ses plans contre la communauté méta-humaine. En tant que directrice de la Suicide Squad, Waller orchestre de nombreuses opérations controversées sans aucune autorisation gouvernementale. Parmi les plus audacieuses figure son projet de créer sa propre Ligue de Justice pour envahir et dominer Terre-3, monde gouverné depuis des décennies par le redoutable Syndicat du Crime. Rick Flag, épaulé par les Titans et sa propre Suicide Squad dissidente, tenta de stopper Amanda Waller, en vain puisque cette dernière réussit à manipuler Ultraman, version corrompue de Superman, pour prendre le contrôle de Terre.

  

Elle fut ensuite rapatriée sur Terre-Prime par le mystérieux Conseil de la Lumière, avec pour mission d’éliminer la communauté des superhumains, héros comme vilains. Si pendant plusieurs mois, Waller resta apparemment inactive, elle agissait en réalité dans l’ombre pour accumuler de nombreux artefacts et consolider son pouvoir : le Casque de la Haine sur l’île de Lazare grâce à Peacemaker, Peacewrecker et Gunsmith, ou encore la Pierre des Cauchemars lors de l’attaque d’Insomnia sur la Terre (Justice League – Knight Terrors). Lors de l’évènement Beast World (Dawn of Titans – Tome 2 : Beast World), Beast Boy est transformé en créature féroce par le Doctor Hate.

Amanda Waller s’en prend à l’équipe des Titans, alors seuls garants de la paix en l’absence de la Ligue de Justice, en manipulant l’opinion publique pour justifier l’élimination des super-héros. Malgré la victoire des Titans face à Waller, cette dernière réussit à obtenir la création du Bureau de la Souveraineté dont les locaux se situent dans l’ancien quartier général de la Ligue de Justice, rebaptisé « Le Hall de l’Ordre »…

Durant cette période, Waller resta en veille permanente, observant les faits et gestes de la communauté super-héroïque, scrutant la moindre occasion. Parmi ses cibles se trouve le Chevalier Noir, qui pendant plusieurs mois a dû faire face au redoutable Failsafe, un « Bat-robot » implacable conçu pour l’éliminer si jamais il devait s’écarter de son credo et attenter à une vie humaine. Batman réussit finalement à désactiver Failsafe (Dark City – Tome 5 : Sombres prisons) envoyant, selon toute vraisemblance, le robot à la casse…

 

En parallèle, Amanda Waller manipula Green Arrow pour qu’il travaille à ses côtés après avoir dispersé sa famille dans le temps et l’espace (à lire dans les deux tomes de Dawn of Green Arrow & Black Canary). Mais la rhétorique de Waller semble aujourd’hui convaincre Oliver, qui se met à douter de sa mission et de ses alliances… Waller aurait-elle gagné un atout de poids dans la guerre qui se prépare ?

Enfin, après plusieurs mois de collaboration avec l’énigmatique Conseil de la Lumière, Waller découvrit finalement la véritable identité de ses membres : il s’agissait d’une coalition de variants de Brainiac provenant de différentes réalités ! Surprise par cette révélation, Waller choisit de s’éloigner de cet ennemi dangereux et imprévisible. Qu’à cela ne tienne, le Collectionneur de mondes lance un énième assaut contre Superman et Metropolis en créant la Reine Brainiac, un androïde capable d’anéantir toute vie dans l’univers. Au terme d’un féroce combat, (à découvrir dans Dawn of Superman – Tome 3), la super-famille réussit à repousser la menace de la Reine Brainiac. Mais pour combien de temps ?

Après une vie entière à préparer dans l’ombre la chute des super-héros, toutes les pièces finissent de se mettre en place. Amanda Waller est plus que jamais prête à lancer l’assaut final de sa croisade contre les méta-humains, et à tenir entre ses mains le pouvoir absolu…

[Résumés de l’éditeur]
Tome 1/3 : Peu d’être humains ont su tenir tête aux super-héros avec autant de zèle et de détermination qu’Amanda Waller. Après une carrière de machinations, et grâce à la puissance combinée de l’inarrêtable Failsafe et de la glaçante Reine Brainiac, Waller a finalement atteint son but : priver tous les héros et vilains de la planète Terre de leurs capacités métahumaines. Alors que le chaos inonde les rues et qu’une vaste campagne de désinformation fait basculer l’opinion publique de son côté, la fondatrice de la Suicide Squad déclenche une véritable guerre éclair pour faire tomber tous les super-héros, les uns après les autres. En ces heures sombres, une résistance se forme… mais ces  héros impuissants peuvent-ils vraiment vaincre la Trinité du Mal et leurs implacables sbires ?

Tome 2/3 : Après l‘attaque dévastatrice d’Amanda Waller et de ses sbires sur la forteresse de Solitude, les plus grands super-héros de l’histoire sont dos au mur, et contraints de prendre la fuite… Sans pouvoir, et privé d’un Jonathan Kent plus dangereux que jamais qui a rejoint les lignes ennemies, les derniers espoirs de la Terre se sont exilés à Themyscira, bastion de la Résistance. Mais s’ils ont réussi à éviter de succomber aux assauts de la Trinité du Mal jusqu’ici, ils sont loin d’avoir gagné la guerre…

Tome 3/3 : Alors que les derniers super-héros se battent corps et âme sur l’île de Gamorra, Batman et Superman sont mis en difficultés par les forces de la Trinité du Mal. Amanda Waller, quant à elle, a franchi la ligne rouge lorsqu’elle fait appel à des renforts venus de tout le Multivers pour écraser les derniers rebelles. l’espoir est-il encore permis pour les super-héros ?

[Critique]
Et si Amanda Waller était plus forte que Darkseid ? Et si c’était l’ennemie la plus puissante et féroce de l’univers DC ? C’est ce postulat poussé à l’extrême (principalement par le scénariste Mark Waid) que nous propose Absolute Power. Publié en France au premier semestre 2025 (fin janvier puis début mars puis fin avril), les lecteurs ont donc pu découvrir en à peine trois mois l’entièreté de cette conclusion épique et inédite (d’où le délai – sur ce site – préférant tout lire à la suite et tout chroniquer en une seule fois). Ce qui ressort de l’ensemble est globalement positif : un excellent rythme (on ne s’ennuie pas) malgré un côté inégal entre les multiples séries proposées (on y reviendra), des binômes originaux et agréables à découvrir (idem), un concept tiré par les cheveux mais qui fonctionne à peu près, de l’action et une homogénéité graphique honorable. En somme : c’est une aventure XXL sympathique, un divertissement efficace, pas si révolutionnaire que cela, pas forcément incroyable mais pas oubliable pour autant. Tour d’horizon.

D’entrée de jeu, il faut accepter l’improbable : Waller trouve un moyen de priver les méta-humains de leurs pouvoirs. Les explications sont complexes et bordéliques mais bon, dans ce genre de cas, il faut clairement fermer les yeux sur ça et avancer. Ce qui en résulte est à la fois passionnant et, parfois, décevant. En effet, au-delà de cette situation inédite, Waller enchaîne la diffusion de fausses informations pour retourner le cerveau du citoyen lambda et manipuler les foules. À l’heure des fake news en tout genre, notamment aux États-Unis, impossible de ne pas y voir un écho (« gentiment ») politique… Passé cela, on aurait pu croire que la Bat-Famille serait mise en avant : pour cause, ce sont les rares justiciers de DC qui n’ont pas de pouvoirs ou n’utilisent pas la magie. Hélas, à part quelques segments sur Batman, Damian et Nightwing, il n’en est rien. C’est justement Nightwing qui devient leader de la Résistance mais, une fois encore, ça reste anecdotique et n’est jamais vraiment exploré.

Ce qui est exposé en marge de tout cela est, en revanche, plutôt pertinent. D’un côté les origines de Waller (trois chapitres en ouverture du troisième tome) afin de comprendre son parcours, ses motivations et générer une éventuelle empathie. De quoi découvrir que la terrible femme a perdu un mari et un fils par le passé, est vite devenue une redoutable manipulatrice dans des élections et a gravi les échelons dans l’ombre, au détriment d’une relation apaisée avec ses autres enfants. D’un autre côté, parmi les épisodes proposés, Absolute Power regroupe les séries « habituelles » Batman, Wonder Woman, Superman, Green Arrow et Green Lantern (ainsi que celles spécifique à l’eventAbsolute Power et Absolute Power : Task Force VII principalement). Et c’est dans tout ça qu’il faut piocher les bonnes idées.

En effet, le titre nous offre alors de longs passages avec des duos inédits. Ainsi, Wonder Woman se retrouve avec Damian Wayne où chacun favorise sa méthode d’interrogatoire (la douceur et l’amour vs. la peur et la violence – en gros) dans une relation atypique. Superman, lui, accompagne Zatanna dans l’univers de la magie – elle-aussi n’a plus ses pouvoirs –, que l’homme d’acier déteste en temps normal. Là aussi le binôme détonne et n’est pas souvent vu ensemble. Pour Batman, c’est avec Catwoman qu’il exécute une mission, c’est donc déjà un peu plus classique… On apprécie également les parcours croisés des différents Green Lantern, notamment Alan Scott qui arrive à donner un début de conscience à un de ses ennemis robotiques.

Tous ces chapitres additionnels ne freinent nullement l’intrigue principale et ajoutent une dimension non négligeable tout en bénéficiant d’un rythme endiablé qui se greffe habilement au fil rouge stricte d’Absolute Power (qui ne se déroule que sur quatre épisodes !). Ceux sur la Task Force VII sont moins palpitants et, si l’ensemble a un déroulé parfois convenu (les gentils gagnent à la fin, on repart à peu près à la situation initiale – d’où le terme soft reboot pour la suite : que ce soit pour les séries de DC ou la Justice League Unlimited (suite presque directe)), le côté divertissement mainstream prend le dessus.

Mark Waid signe un titre dense mais accessible et fluide, épaulé par tous les scénaristes des séries habituelles (Chip Zdarsky pour Batman, Joshua Williamson pour Superman, Tom King pour Wonder Woman – qui écrira comme d’habitude des dialogues remplis de mots vulgaires #fatigue – et ainsi de suite). On aurait aimé un zoom sur les Flash, Aquaman et Cyborg, tous relégués à de la figuration et, dans une moindre mesure, sur différents ennemis – ceux de Batman en tête. Il y a donc un sentiment d’incomplet mais qui ne gâche pas l’ensemble. Pour ceux qui ont suivi Failsafe dans la série Dark City, Reine Brainiac dans Dawn of Superman et, entre autres, les aventures de Green Arrow (cf. plus haut), l’impression d’un regroupement majeur entre tous ces titres est particulièrement jouissif. Le fidèle lecteur est récompensé, sans pour autant avoir l’impression d’une sorte d’artificialité entre ses connexions ou un appui forcé.

Côté dessin, une myriade d’artistes se succède sur les trois tomes, sans compter les coloristes. Citons les plus notables sur les dizaines qui opèrent : Dan Mora, Tony S. Daniel, Mikel Janin, Mike Hawthorne et Fernando Pasarin par exemple. Rien de particulier à relever, les planches se suivent et tout le monde est identifiable, tout est globalement homogène et appréciable, colorisés dans la pure veine d’un « comic book grand public ». Certaines pleines planches (voire doubles) sont savoureuses, on aurait aimé en avoir davantage, surtout dans sa dernière ligne droite.

Comme souvent face à ce genre de propositions, il est difficile de conseiller ou non la lecture. Comme dit plus haut, un énième « divertissement sympathique mais sans plus » à la longue liste déjà existante… Si ça (vous) fait toujours son petit effet alors ne pas hésiter. Pour un total de 83 €, on peut exiger du mieux tout de même… d’autant que la lecture n’est pas obligatoire pour comprendre les futures suites et se résument en quelques lignes. Néanmoins, si tout l’univers Infinite (vous) a séduit, que les connexions entre Superman, Green Arrow, Wonder Woman et tous les autres (vous) stimulent et que vous souhaitez voir où tout cela converge, c’est évidemment une lecture indispensable ! Ici, on a surtout été séduit par les origines d’Amanda Waller, personnage de la « zone grise » de DC, aussi fascinant que détestable. Rien que pour elle, ça vaut, in fine, le coup/coût.

[À propos]
Publiés chez Urban Comics les 31 janvier, 7 mars et 25 avril.
Contenu par opus.
Tome 1 (320 pages) : Green Arrow #13-14 + Absolute Power: Free Comic Book Day 2024 + Absolute Power: Ground Zero + Absolute Power #1-2 + Superman #16 + Batman #151 + Wonder Woman #11 + Absolute Power: Task Force Seven #1-3 + Green Lantern #13
Tome 2 (240 pages) : Green Arrow #15 + Absolute Power #3 + Superman #17 + Batman #151-152 + Wonder Woman #12 + Task Force Seven #4-5 + Green Lantern #14
Tome 3 (288 pages) : Green Arrow #16 + Absolute Power #4 + Superman #18 + Wonder Woman #13 + Task Force Seven #6-7 + Absolute Power: Super Son + Green Lantern #15 + Absolute Power: Origins #1-3

Scénario : Mark Waid, Chip Zdarsky, Joshua Williamson, Tom King, Jeremy Adams, John Layman, Leah Williams, Nicole Maines, Tini Howard, Pornsak Pichetshote, Alex Paknadel, John Ridley, Sina Grace, Dan Watters

Dessin & encrage :  Dan Mora, Amancay Nahuelpan, Mike Hawthorne, Fernando Pasarin, Jamal Campbell, Tony S. Daniel, Max Raynor, Mikel Janin, Skylar Patridge, V. Ken Marion, Gleb Melnikov, Caitlin Yarsky, Sean Izaakse, Marco Santucci, Claire Roe, Marianna Ignazzi, Pete Woods, Alitha Martinez, Khary Randolph, John Timms, Travis Mercer, Sean Izaakser, Fran Galan

Couleur : Alejandro Sanchez, Romulo Fajardo Jr., Trish Mulvihill, Patricio Delpeche, Gleb Melnikov, Alex Guimaraes, Jamal Campbell, Jay David Ramos, Luis Gerrero, Arif Prianto, Giovanna Niro, Lee Loughridge, Leonardo Paciarotti, Pete Woods, Andrew Dalhouse, Romulo Fajardo Jr., Hi-Fi, Adriano Lucas, Pete Pantazis, Rex Lokus, Fran Galan

Traduction : Jérôme Wicky, Yann Graf, Thomas Davier
Lettrage : MAKMA (Gaël Legeard et Lorine Roy)

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Batman Superman World’s Finest – Tome 1 : Le diable Nezha

Le grand retour d’une série consacrée à Batman et Superman ! Affublé du titre historique (World’s Finest), ce premier tome place son intrigue à l’époque où Robin est encore Dick Grayson. Découverte.

[Résumé de l’éditeur]
Depuis une attaque chimique dévastatrice, suite à une confrontation avec Metallo, les pouvoirs de Superman ne sont plus ce qu’ils étaient… Pour retrouver sa force d’antan, l’Homme d’Acier n’a d’autre choix que de se tourner vers le justicier de Gotham : le Chevalier Noir. Ensemble, les deux plus grands super-héros que le monde ait jamais connus vont devoir explorer toutes les pistes possibles pour délivrer l’Homme de Demain de son mal… allant jusqu’à enrôler une nouvelle équipe : la Doom Patrol.

[Début de l’histoire]
Metropolis est attaqué par Poison Ivy et Metallo ! Superman les combat avec l’aide de Batman et Robin (Dick Grayson). Zod ne tarde pas non plus à se montrer face à… la Doom Patrol !

Dans l’ombre, un autre ennemi fait surface : le diable Nezha. Les justiciers vont devoir s’allier et repousser leur limite pour affronter ces multiples menaces.

[Critique]
L’homme d’acier et l’homme chauve-souris en comics, c’est une longue histoire. Elle est résumée dans l’avant-propos du livre mais contentons-nous, sur ce site, de rappeler les quelques sorties existantes en France. Tout d’abord les deux ouvrages de Jeph Loeb, sobrement intitulés Superman Batman (cf. les critiques du tome 1 , pas trop mal au scénario, davantage clivant aux dessins, et du tome 2, moins réussi et plus indigeste). Ensuite, le célèbre récit complet L’étoffe des héros (pas encore chroniqué sur ce site mais assez moyen selon les modestes souvenirs de l’auteur de ces lignes). Enfin, la dernière série en date (avant cette World’s Finest) était tout simplement (en VO) Batman/Superman et s’était répartie en France dans Le Batman Qui Rit – Les Infectés (2020) puis dans les volumes 3 et 4 de Batman Bimestriel Infinite (fin 2022 et début 2023, cf. index – pas encore lu).

Aujourd’hui, la relance d’une aventure commune entre les deux super-héros apporte un vent de fraîcheur où brille notamment une partie graphique haute en couleur, un scénario simpliste mais efficace (contenant une excellente idée mais peu développée – on y reviendra) et une vaste galerie de protagonistes. Supergirl, Robin, la Doom Patrol et quelques autres figures de DC Comics gravitent autour de Batman et Superman. En cinq chapitres, l’équipe va affronter le puissant diable Nezha (titre de ce premier tome) – un sixième épisode un peu déconnecté ferme l’ouvrage. L’intrigue permet surtout à son auteur Mark Waid et au binôme Dan Monra/Tamra Bonvillain (dessinateur/coloriste) de s’éclater. On est dans un pur blockbuster mainstream (comme pouvaient l’être Justice League vs. Suicide Squad dans une moindre mesure).

Mark Waid est un scénariste réputé chez DC qui a signé des titres mémorables. On lui doit un long travail exemplaire (huit ans !) sur Flash par exemple (à découvrir dès juin 2023 dans The Flash Chronicles 1992) mais aussi le chef-d’œuvre Kingdom Come ou encore Superman – Les origines (très conseillé). Il a également travaillé sur l’excellente série 52, se déroulant après Infinite Crisis (cf. index des crises DC) et la série Justice League of America (rééditée en sept volumes après avoir eu droit à des sorties sous forme de récits complets pour La tour de Babel et Ascension).

Un artiste accompli également responsable éditorial chez DC Comics qui a contribué à des créations d’univers comme Gotham by Gaslight par exemple. Après plusieurs années chez Marvel ou ailleurs, Mark Waid a signé son grand retour chez DC et élabore un nouvel univers. Urban Comics le mettra en avant en juin prochain (cf. leur article récapitulatif), en plus de la publication de son début de run sur Flash, le très attendu Planet Lazarus – Tome 1 : Batman vs. Robin sera proposé,  ainsi que le second tome de Batman Superman World’s Finest.

Revenons sur le premier justement. La lecture est limpide, rythmée (on ne s’ennuie pas) et globalement accessible (si vous n’avez pas lu de comics sur la Doom Patrol mais que vous avez vu l’excellente adaptation en série TV ça devrait aller, sinon ce n’est pas très grave). On sent l’amour de Waid pour l’âge d’argent des comics, une époque moins sombre où les super-héros étaient davantage « optimistes ». Succession de combats, stratégies et retournements de situation agrémentées de la fidèle amitié et complicité des deux justiciers et leurs alliés de marque. C’est pile ce qu’on vient chercher dans World’s Finest donc rien à dire de plus à ce niveau-là. Certes le récit n’est pas forcément marquant, il remplit le contrat du fameux « divertissement efficace » (c’est, certes, peu exigeant mais ce n’est pas toujours aussi aisé que ce qu’on pourrait penser pour y arriver – cf. Justice League – Endless Winter qui cumulait poncifs et restait anecdotique, in fine).

Au cours de la fiction (attention aux révélations qui vont suivre – passez au paragraphe suivant et ne descendez pas jusqu’en bas de cette critique pour ne pas voir l’illustration associée), un être improbable fait son apparition : la fusion de Batman et Superman ! Difficile de savoir s’il s’agit d’une sorte de rapprochement mental entre les deux surhommes ou autre chose mais c’est terriblement jouissif ! Malheureusement cela ne dure que quelques planches… On aimerait revoir cet incroyable personnage dans une série entièrement consacrée à « lui ». Les guillemets sont de mise car on lit bien les pensées des deux héros, il y a donc une coexistence simultanée. Une anomalie encore jamais explorée chez DC Comics et qui mériterait un traitement à part.

Du reste, pas grand chose à dire, on apprécie la dynamique globale de l’ensemble et les différentes interactions de groupes, aussi bien celles de Batman et Superman que Batman et Robin, Robin et Supergirl, la Doom Patrol, etc. Il ne faut pas s’attendre à une œuvre « intellectuelle » (ce n’est pas un défaut) ou proposant des réflexions et analyses très poussées (comme beaucoup de comics du genre de toute façon) mais un festival de jolies scènes d’action et figures familières de DC attachantes, au-delà du duo du titre.

Visuellement, l’ensemble du titre est superbe ! Il faut dire qu’il bénéficie du duo de choc évoqué plus haut : Dan Mora et Tamra Bonvillain (déjà en équipe sur la série Once and Future, écrite par Kieron Gillen). L’action est hyper lisible, fluide et dynamique. Les personnages aisément reconnaissables et leurs émotions palpables. Ça fourmille de plein de couleurs vives, c’est soigné, c’est joli, ça fait le taf. Mora gagne en couleurs « vives » grâce à Bonvillain mais perd (peut-être) l’austérité et l’approche plus « réaliste » que lorsqu’il travaille avec Jordie Bellaire pour la colorisation, cf. Batman Detective Comics Infinite. Travis Moore s’occupe de l’épilogue dans un style plus conventionnel (cf. avant-dernière image de cet article). En synthèse, pour 17 € ce premier opus vaut clairement le coup si vous savez ce que vous venez chercher. La suite est alléchante (sortie prévue le 30 juin prochain) car elle verra une personne extraterrestre atterrir sur Terre (comme Superman en son temps) et pris sous l’aile aussi bien par Batman et le kryptonien que… le Joker (et The Key) !

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 6 janvier 2023.
Contient : Batman / Superman World’s Finest #1-6

Scénario : Mark Waid
Dessin & encrage : Dan Mora, Travis Moore
Couleur : Tamra Bonvillain

Traduction : Yann Graf
Lettrage : Makma (Gaël Legeard, Maurine Denoual, Lorine Roy et Stephan Boschat)

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No Man’s Land – Tome 02

No Man’s Land est une longue saga constituée de plusieurs tomes : le volume unique Cataclysme, qui en était l’introduction, puis le récit « principal » de No Man’s Land en six tomes et, enfin, New Gotham en trois volumes. Voir la page récapitulative si besoin.
Afin d’établir des résumés et critiques plus visibles qu’un gros bloc reprenant l’ensemble de l’ouvrage, celles-ci sont divisées par les différentes (petites) histoires qui composent le tome. Le résumé est en italique sous le titre et la critique est précédée d’une petite flèche.

Rappel : après un énorme cataclysme, Gotham City est déclaré no man’s land : personne n’y entre et personne n’en sort. Les rues sont aux mains des criminels, divisés par zones spécifiques. La police et quelques justiciers tentent d’en reprendre le contrôle et de sauver les plus démunis qui n’ont pas pu partir.

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À noter que tous les chapitres commencent par cette introduction : « … Au lendemain du cataclysme qui jeta à terre les fiers buildings de Gotham City, la nation américaine abandonna le peuple de la cité réduite en cendres. Seuls survivront les braves, les calculateurs et les fous dans cet enfer sur Terre appelé NO MAN’S LAND »

Équilibre
scénario : Greg Rucka | dessin : Jason Pearson
Batman : Legends of the Dark Knight #118

Alfred raconte l’histoire d’un chevalier et son écuyer à des enfants dans un endroit sécurisé de Gotham géré par lui-même et Leslie Thompkins. Il y explique la disparition du chevalier (Batman donc) et ce qu’a fait son écuyer (Alfred forcément) en attendant le retour de son maître. Alfred a aidé du mieux qu’il le peut les plus démunis et, surtout, observer les factions en place.

alfred no mans land

► Un point de vue intéressant sur Alfred, qui était absent du tome précédent (sans qu’on s’en rende compte réellement). Cela fait donc « du bien » de découvrir ce qu’il était advenu du célèbre majordome. Peu d’éléments sur le départ de Bruce/Batman (à priori, selon les résumés du volet précédent il essayait de convaincre le gouvernement de sauver Gotham City) mais un beau retour, un peu épique et très « visuel » malgré des dessins globalement ratés sur les visages mais réussis sur le reste (décors, découpage, couleurs)…

Harold / Bien chez soi
scénario : Dennis O’Neil / Scott Beatty | dessin : Chris Renaud / Damion Scott
The Batman Chronicles #16

Harold, bricoleur muet, bossu et chassé de chez lui pour sa laideur, travaillait avec Alfred et Batman dans la Bat-Cave (personnage manipulé par Le Pingouin puis recueilli par le Chevalier Noir). Le génie mécanique est sommé par Alfred de retourner en ville après le cataclysme…

harold batman

Un couple de voleurs se retrouve dans l’appartement… du Joker ! Une ombre en forme de chauve-souris les surveille…

no mans land robin dead

► Deux courts chapitres, surtout celui sur Harold. Ce personnage tertiaire est brièvement au centre du récit pour découvrir, à l’instar d’Alfred juste avant, ce qu’il faisait durant le cataclysme. Anecdotique et pas assez long pour vraiment s’attacher à Harold, on espère le revoir plus tard mais nul doute que ce petit segment est nécessaire pour revenir sur tous les protagonistes, même les moins présents.

L’autre chapitre est nettement plus prenant, glauque et réussi. L’omniprésence du Joker est glaçante alors que le célèbre clown n’apparaît absolument pas durant cette histoire. Les éléments décoratifs et divers (attention aux surprises malsaines) suffisent pour laisser planer l’ombre de l’éternel ennemi du Chevalier Noir.

Home Sweet Home
scénario : Lisa Klink | dessin : Guy Davis
Batman : Shadow of the Bat #86

Le sergent retraité William S. Riley a refusé de quitter Gotham City et continue de défendre sa maison corps et âme. Elle est pourtant située dans un bloc conquis par Killer Croc et que le gang de Zsasz souhaite récupérer. Même Batgirl n’a pas la force de les combattre et se voit contrainte de fuir les lieux…

no mans land tome 2

► Un chapitre qui se focalise sur un parfait inconnu pour mieux faire comprendre au lecteur l’état d’esprit des habitants de Gotham. Ils sont sur le qui-vive puisque les différents criminels s’approprient leur territoire voire leur maison, ils doivent payer un tribut (nourriture…) pour rester en vie, etc. En plus de montrer cet aspect (important et nécessaire), les souvenirs du vieil homme, sa propre vie familiale plutôt triste, la Seconde Guerre Mondiale et l’évolution de jeunes de la ville qu’il a vu grandir font de cette histoire, au style graphique proche d’une BD franco-belge, une curiosité élégante et réussite. Peut-être parce que le point de vue est foncièrement humain sous tous rapports…

Attentat au bonbon piégé
scénario : Dennis O’Neil | dessin : Roger Robinson
Azrael : Agent of the Bat #53

Azraël est toujours à la recherche de Calibax (cf. tome précédent) lorsque Batman lui confie la lourde tâche de retrouver le Joker et de le capturer. Tiraillé entre son désir de justice et agacé par l’autorité paternaliste effectuée par le Chevalier Noir, Azraël accepte cette mission. Ça tombe bien, le Clown du Crime est particulièrement impatient et cherche à tout prix à revoir Batman…

joker no mans land

► Si de prime abord le titre et le mot « dragibus » (les fameux bonbons dudit titre) prêtent à sourire, ce chapitre redore clairement le blason de Jean-Paul Valley et de cet arc narratif qui avait mal débuté. Véritable menace, le Joker est typiquement celui du dessin animé de la série de Bruce Timm et Paul Dini (voire même le Nicholson de Burton) : drôle et effrayant. Le dilemme moral entre la justice et la vengeance dans le rôle des quêtes que se sont données Batman et Azraël vient clore efficacement cette petite histoire. L’homme chauve-souris apparaît brièvement mais déterminé comme jamais pour reprendre le contrôle de sa ville, comprenant que sa présence en plein jour est gage de qualité pour effrayer ses ennemis. Seule ombre au tableau : des bulles narratives expliquant l’action en cours (et peut-être une colorisation trop vive pour des dessins des héros moins réussis que ceux du Joker, stylé au possible).

Le Visiteur
scénario : Kelley Puckett | dessin : Jon Bogdanove
Batman #566

Superman vient (enfin) en aide à Gotham City. Batman y est réticent et lui donne 24 heures pour faire autant « de bien » qu’il le peut. L’Homme d’Acier compte bien en profiter mais les habitants de la ville sont-ils prêt à être solidaire ?

superman no mans land

► L’ouvrage poursuit les points de vue différents (et c’est tant mieux) avec cette fois le surhomme de Metropolis, curieusement absent dans les volumes précédents. Cette entrée en matière ravit mais son côté éphémère et le fatalisme facile imposé (en gros Superman abandonne) gâche un peu l’ensemble — même si le justicier kryptonien n’a pas dit son dernier mot, il revient d’ailleurs dès le chapitre suivant —, servi par des dessins globalement ratés et encrés de façon très grossière et grasse.

Infiltration
scénario : Devin K. Grayson / Mark Waid | dessin : Mark Pajarillo
JLA #32

Huntress communique avec Superman et en veut terriblement à la Ligue de Justice de ne pas être intervenu et de continuer de rester en retrait. De leur côté, les membres affrontent diverses menaces et suivent une piste qui les mène au groupe de scientifiques Locus qui auraient peut-être manipuler le Sénat pour voter le décret no man’s land, interdisant à quiconque d’entrer dans Gotham. C’est l’une des raisons pour laquelle l’Homme d’Acier n’intervient pas, puisque cela est « illégal ».

Huntress No Mans Land

► Ce chapitre arrive pile au bon moment car ça faisait un bout de temps qu’on ne comprenait pas l’absence de la Justice League à Gotham. Si des raisons évoquées ne sont pas forcément les plus pertinentes (cette histoire d’illégalité), l’idée que chaque membre travaille dans l’ombre pour enquêter sur divers groupuscules souhaitant prendre le pouvoir depuis l’extérieur sur la ville est par contre tout à fait « plausible » et intéressante. Du reste, on poursuit le développent de Huntress et l’ensemble est agréable, un peu confus tout de même, avec de jolis dessins qui tranchent avec le chapitre précédent.

Nuances de gris
scénario : Bob Gale | dessin : Phil Winslade
Detective Comics #733

Dans Gotham, Batgirl constate que Gordon ne veut ni d’elle ni de Batman (accusé d’avoir abandonné sa ville). Le Chevalier Noir est lui même pris de doutes sur les bonnes méthodes à adopter pour sécuriser le maximum de personnes. Les choix « justes » sont-ils tous légaux et moraux ? À nouveau le justicier s’interroge et Alfred lui conte un souvenir similaire qui a eu lieu avec Thomas Wayne, à l’époque où Bruce n’était qu’un enfant.

Batman No Mans Land

► Sans nul doute le récit le plus intelligemment écrit jusqu’ici (avec Ni Loi ni Ordre qui ouvrait le tome précédent, déjà scénarisé par le même Bob Gale). La question du dilemme moral est une fois de plus soulevé sans réelle réponse. Tout n’est pas noir ou blanc, il y des nuances de gris, titre du chapitre donc. L’ensemble est passionnant, se recentre (enfin) sur le Chevalier Noir et est d’une rare élégance en terme de dessins particulièrement fins et soignés.

Danse de miséricorde
scénario : Dennis O’Neil | dessin : Roger Robinson
Azrael : Agent of the Bat #54-55

Azrael recherche toujours trois personnes : le Joker, Nicholas Scratch et Calibax. Il va voir l’Oracle pour recueillir des informations mais son parcours croise, forcément, celui de quelques démunis, malfrats et d’un mystérieux nouvel ennemi : le danseur de la mort, qui ôte la vie à ceux qui souffrent du no man’s land.

azrael no man land

► On retrouve quelques explications bienvenues, notamment pourquoi des habitants n’ont pas quitté Gotham City : la plupart pensait que le gouvernement ne les abandonnerait pas, ne croyait pas cela possible tellement ça semblait surréaliste. Ça se tient, peut-être pas à si grande échelle mais ça reste plausible (plus que l’inaction de la Justice League). Outre trouvaille, ou plutôt bonne idée, à peine esquissée jusqu’ici : le rechargement par panneau solaire, révolutionnaire pour l’époque (le récit date de l’été 1999). C’est comme cela qu’Oracle utilise des ressources. Une étrange relation entre elle et Azrael , qui se voient pour la première fois après plusieurs journées de conversation téléphonique (dommage qu’on ne les perçoit pas ainsi), se noue.

Le fille de Gordon « flirtait » avec Azrael, Jean Paul Valley de sa véritable identité, qui avait pris tout cela au premier degré (on ne badine pas avec l’amour !). Une certaine complicité nait entre eux deux et c’est clairement… sympathique et original ! En se recentrant sur Azrael durant ces deux chapitres, on s’aperçoit d’ailleurs que ce « justicier » est clairement partagé entre plusieurs éléments : il a pitié des plus pauvres mais une part de lui pense que c’est bien fait pour eux. Il y a toute une ambivalence, cher et coutumière du personnage, qui est ici nettement mieux écrit que d’habitude. Le justicier attire clairement une empathie plus poussée que dans d’autres histoires (plus anciennes comme Knightfall ou plus récentes comme Batman & Robin Eternal).

En bref, ces deux chapitres sont un sans faute si on accepte cette colorisation un peu trop vive qui tranche avec les autres planches de l’ouvrage, plus sombres voire monochromes, ainsi que le costume mi-armure mi-cosplay d’Azrael, un poil too much.

Oracle Azrael No Mans Land

— Tu es avec Batman ?
— Comment avez-vous deviné ? Oh… Le costume bien sûr.
— Non. La violence.

Leslie Thompkins à Azraël.

« Souffrir, c’est le prix que nous payons pour vivre. Et il n’est pas négociable.
Tout ce que nous pouvons faire, c’est l’accepter et aller de l’avant.
La pire chose que nous puissions faire, c’est nous apitoyer sur notre sort. »

Road Trip
scénario : Chuck Dixon / Scott Beatty | dessin : Andy Kuhn
Young Justice : No Man’s Land #1

Batman a viré Robin (Timothy Drake) de Gotham. Le jeune homme a en plus déménagé à Keystone City et ne supporte plus de rester inactif face à la situation actuelle de son ancienne ville. Le fait que son co-équipier ne lui demande pas de l’aide l’enrage et il en discute avec deux membres de la Young Justice : le sexiste (assumé) Superboy et Impulse (Bart Allen). Après un bref débat,  les trois jeunes justiciers partent en croisade à Gotham tandis que Red Tornado reste au QG (ainsi que Wonder Girl et Arrowette). De son côté, un jeune atlante, Lagoon Boy, nage pour la première fois vers Gotham City mais se fait attaquer par Kobra Prime, ennemi de la Young Justice.

Robin No Mans Land

► Petit aparté « fraîcheur et couleur » avec ce chapitre qui montre une jeunesse souriante et dynamique, d’un style graphique très moderne. Robin apparaît enfin, une fois de plus c’est un prisme d’explications qui arrive : le jeune rouge-gorge a été interdit de Gotham par son mentor, d’où son absence, c’est aussi simple que cela. Si le combat final (contre Kobra Prime) est expéditif et très moyen, celui contre la création de Poison Ivy (cette dernière n’apparaît pas mais elle a clairement son territoire et un pacte avec le Chevalier Noir) est très réussi. Il est d’ailleurs étonnant que trois jeunes justiciers n’en arrivent pas à bout, preuve que ce no man’s land n’est pas pour eux. Bon, pourquoi pas… L’ensemble apporte en tout cas ce vent de légèreté qui devient presque nécessaire tant l’ensemble est (un peu) anxiogène (sans que cela soit un défaut, bien entendu).

Titre de propriété
scénario : Greg Rucka | dessin : Mike Deodato Jr.
Batman : Legends of the Dark Knight #119 | Batman : Shadow of the Bat #87

Plus de quatre mois après le début du no man’s land, une carte de territoire montre l’avancée de chaque gangs, certains sont désormais rayés (Black Mask, l’Epouvantail, Scarface…), d’autres sont toujours en place (Double-Face, le Pingouin…) et Batman a presque la moitié de Gotham, une autre partie étant aux mains de la police. Le Pingouin et Double-Face décident de s’associer pour récupérer quelques territoires. Côté GCPD, Gordon prépare un assaut également.

double face no mans land

► Une histoire pleine d’action et particulièrement sombre. Peut-être ce qui « manquait » à l’ouvrage pour nous montrer le « vrai quotidien » du no man’s land en terme d’affrontement et des difficultés rencontrées par Batman pour garantir un semblant de paix. Si graphiquement des passages sont très réussis (notamment Double-Face), d’autres sont clairement ratés (Batman est une montage de muscles bodybuildé). Gordon semble avoir pactisé avec le diable, suffisamment alléchant pour vouloir connaître la suite et Oracle affirme avoir trouvé l’identité secrète de la nouvelle Batgirl. Cette dernière n’est toujours pas acceptée à 100% par Batman qui semble encore sur la réserve pour obtenir une aide plus concrète de sa part. Bref, dans ces deux chapitres, les pièces de l’échiquier avancent lentement mais sûrement, tout le monde a sa propre façon d’agir et trahit ses convictions (alliés comme ennemis). L’image finale est particulièrement réussie.

La marque de Caïn
scénario : Kelley Puckett | dessin : Damion Scott
Batman #567 | Detective Comics #734

Dans un passé proche, une jeune fille ne parlant pas l’anglais s’est liée d’amitié avec Barbara Gordon et a même sauvé la vie de son père. Pour cause, le tueur à gages Caïn est le père de cette jeune fille. Il l’a entraîné pour qu’elle soit une redoutable combattante mais celle-ci ne souhaite pas « tuer des gens ».

Batgirl Batman No Mans Land

Alternant flash-back se situant avant et durant le no man’s land, on ignore un peu les repères chronologiques précis de cette histoire un brin confuse. Son point fort réside dans son mutisme, les trois quarts de l’ensemble n’ont pas de bulle et se « lisent » très bien. On s’attache facilement à la jeune Cain, Cassandra de son prénom (qu’on connaît si on est déjà familier de l’univers Batman), il est difficile de comprendre les tenants et aboutissants de tout le récit tant ces nouveaux personnages ont l’air de sortir de nulle part. Le Chevalier Noir a un look différent de l’histoire précédente mais le début de celle-ci semble se dérouler juste après. Bref c’est un peu le bazar, avec un style cartoonesque étrange et qui ne colle pas à l’ensemble du tome. Sans doute la partie la moins réussie de l’ouvrage mais pas déplaisant totalement non plus grâce à l’introduction « civile » de la jeune fille de Caïn.

Conclusion : La saga poursuit sa très bonne lancée et livre un second tome aussi bon que le(s) précédent(s). Cette fois-ci, l’action est mise sur plusieurs justiciers ou antagonistes bien précis et cette nouvelle salve répond (avec plus ou moins de crédibilité) à bon nombre d’interrogations soulevées légitimement depuis le début de No Man’s Land (inaction de Superman, point de vue de Robin, etc.). Certaines histoires se lisent à travers le prisme d’inconnus ou de personnages très très secondaires, ce qui est une force de ce tome. On peut déplorer des styles graphiques assez différents mais l’ensemble restent très cohérent avec tout de même une qualité plus qu’honorable. Ne pas s’attendre à de gros changements majeurs au sein de l’évènement ni à beaucoup d’actions permettent de mieux savourer ce tome.

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