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Batman Rebirth – Tome 5 : En amour comme à la guerre

Ce cinquième volume reprend là où s’était terminée le tome 3 (le tome 4 — décevant et très moyen — étant quasiment un long flash-back), avec la demande en mariage de Bruce à Selina. Le couple est désormais « officiel » et on le suit dans de nouvelles péripéties.

[Histoire]
Batman
et Catwoman se rendent à Kathym. C’est dans ce lieu mystérieux que se cache Talia Al Ghul, mère de Damian. Le couple justicier cherche aussi à retrouver Holly Robinson, dont les crimes sont imputés à Selina Kyle, et qui serait au même endroit.

Au Manoir Wayne, Alfred dévoile aux compagnons du justicier que Bruce a demandé Mademoiselle Kyle de l’épouser. Damian et Dick décident de rejoindre le couple, tandis que Superman va aussi sur les lieux.

[Critique]
Ce cinquième tome est composé de trois récits : En amour comme à la guerre (The Rules of Engagement — #33 à #35, dessiné par Joëlle Jones), Le plein de super (SuperFriends / Double Date — #36 et #37, dessiné par Clay Mann) et un segment un peu à part, Les Origines de Bruce Wayne (#38, dessiné par Travis Moore). Le premier est assez moyen, le deuxième plus réussi et le troisième complètement anecdotique. Explications.

En amour comme à la guerre manque un peu de contexte. On ne comprend pas bien le lieu où se rend le couple ni pourquoi. Les personnages secondaires (la Bat-Family) sont trop en retrait par rapport à ce qui est annoncé en amont (on notera aussi une petite connexion avec la série Super Sons, qui suit les fils de Batman et Superman (Damian et Jon)) et, surtout, il y a une certaine dimension un peu puérile, voire presque machiste et pleine de clichés à propos des « femmes de Bruce Wayne ».

Selina et Talia sont ainsi pas mal sexualisées par leur tenue (pas forcément problématique, cela a toujours été l’un des aspects de Catwoman après tout) mais l’affrontement entre les deux, façon « la nouvelle compagne versus l’ex-girlfriend » n’est pas très original. La fiction mérite mieux, les personnages méritent meilleur traitement. Si on échappe au sempiternel dialogue type « il ne te mérite pas, il est à moi, prouve que tu es forte » (encore que…), la finalité de l’affrontement se vautre dans une paresse d’écriture à base de « elle me plaît », donc « je la valide ». Paradoxalement, de jolis morceaux d’écriture s’intercalent ici et là.

« Il est fêlé. Et cela, depuis l’enfance.
Il n’oubliera jamais son serment…
Cette promesse de gosse, cette « guerre contre le crime »…
Il la placera toujours en première place avant quiconque.
Quel que soit l’amour que tu puisses… que je puisse lui porter.
J’aurais beau souhaiter être son seul amour…
Je passerai toujours après son stupide délire de gamin. »
[Selina Kyle à Talia al Ghul]

Le plein de super suit Lois Lane et Clark Kent en parrallèle du nouveau couple de Gotham puis tous quatre réunis à une fête foraine. Si certains dialogues sont drôles (qui est le meilleur ami de Batman ? Gordon, Alfred, Superman ?), d’autres sont, une fois de plus, un peu ridicule. Superman estime que c’est à Batman de le contacter pour lui annoncer la nouvelle des fiançailles là où le Chevalier Noir pense que c’est à l’homme d’acier de se manifester pour le féliciter. Un combat d’ego de mâles alpha bien puéril à nouveau… En revanche, l’inquiétude de kryptonien envers Selina, alias « une délinquante » fait sens (et rappelle des réactions similaires de… Batman). Là aussi, on retrouve quelques travers plus ou moins sexistes sur les deux femmes, notamment par les poses suggestives de Selina dans des contextes qui ne s’y prêtent pas.

Mais une fois de plus, de très beaux moments d’écriture (la réciprocité des échanges de Batman à propos de Superman et vice-versa — qu’on préfère laisser découvrir plutôt que de détailler) viennent contrebalancer les autres défauts de la bande dessinée. Toute la séquence à la fête foraine est réussie, drôle et tendre à la fois, sans aucun doute le chapitre (#38) le plus intéressant et abouti de ce tome.

Les origines de Bruce Wayne s’attarde sur un enfant dont les parents sont morts et qui se trouve orphelin, entouré de son majordome et à la tête d’une grande fortune. Comme Bruce Wayne donc, qui vient en aide à cet enfant. Le suspect principal est Zsasz, pourtant enfermé à Arkham. Sans en dévoiler davantage, ce chapitre one-shot est complètement anecdotique : peu d’intérêt et sans doute aucune conséquence. Il « bouche » un peu le tome histoire d’avoir six chapitres au total.

L’ensemble donne donc un résultat pour le moins mitigé, à la qualité scénaristique hétérogène. Côté graphique, rien à redire par contre : les styles de chaque artiste sont beaux et élégants à leur manière (l’esthétique de Batman dans le désert et à cheval rappelle indéniablement la version Knightmare du film Batman v Superman). Hélas, l’écriture oscille entre le catastrophique et l’excellent, voire le poétique. Tom King est plus ou moins inspiré et, in fine, l’histoire n’avance pas vraiment (le mariage n’a toujours pas eu lieu, deux tomes après la demande), ce n’est guère palpitant et on se retrouve avec un volume moyen, à l’instar du premier par exemple. Une plongée dans l’intime du couple plutôt raté…

On peut, à ce stade, dresser un parrallèle pertinent avec le run de Scott Snyder, beaucoup décrié car il a à la fois déconstruit une certaine idée du mythe de Batman, mais aussi lancé des idées et concepts novateurs sans réellement savoir les conclure. Chez King, l’on poursuit la même histoire depuis le début, en sortant des aventures un peu classiques, avec de temps en temps une certaine originalité. C’est moderne et assez nouveau mais ça manque, paradoxalement, d’une certaine fraîcheur et d’un intérêt plus poussé, aussi bien pour les récents lecteurs que les anciens. En synthèse, ce cinquième volume est passable et pourra, très certainement, être sauté quand on (re)lira l’intégralité de Batman Rebirth à la suite (à ce stade, seuls les tomes 1, 2 et 3 restent intéressants, malgré les faiblesses du premier).

Un résumé des volumes précédents, quasiment obligatoire, ouvre aussi l’album et la traditionnelle galerie de couvertures alternatives le ferme. Certaines avec la Justice League car la publication des premiers chapitres dataient de la sortie du film éponyme (donc fin 2017) et une avec le chiffre 800 car le 35ème chapitre est l’équivalent du 800ème des aventures de Batman si on ne prend pas en compte la numérotation de la période New52 (Renaissance en VF) et Rebirth (idem).

NB : ce cinquième tome peut se compléter avec le one-shot À la vie, à la mort (vendu comme tel), qui s’intègre parfaitement dans le run de King et qui était sorti à peu près au même moment.

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 7 septembre 2018.

Contient Batman Rebirth #33 à #38.
Précédemment publié dans les magazines Batman Rebirth #17 à #19 (octobre à novembre 2018).

Scénario : Tom King
Dessins : Joëlle Jones, Clay Mann, Travis Moore
Encrage additionnel : Seth Mann
Couleur : Jordie Bellaire, Giulia Brusco

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat (Studio MAKMA)

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