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Batman – Tome 07 : Mascarade

Cette histoire se déroule principalement après Batman – Tome 03 : Le Deuil de la Famille et la série Batman – Eternal (plus de détails dans le premier paragraphe de la critique — sans spoilers).

Batman Mascarade Endgame Fini de Jouer Tome 7


[Histoire]

Un affrontement titanesque a lieu au cœur de Gotham City entre Batman, équipé d’une armure high-tech, et… Wonder Woman ! D’autres membres de la Justice League vont venir en découdre avec le Dark Knight : Flash, Aquaman et même Superman.

Derrière cette attaque commune se cache en fait le Joker. En effet, celui-ci a conçu une toxine rendant les gens hilares et s’attaquant entre eux et, surtout, contre le Chevalier Noir.

Très vite, Batman, aidé d’Alfred et sa fille, Julia, doit trouver un remède et se confronter une ultime fois à son éternel rival.

Batman Mascarade Superman

[Critique]
Nouvel arc du duo Snyder et Capullo, Mascarade contient les qualités et les défauts de toutes les autres œuvres du scénariste. Tout d’abord, il est conseiller de lire ce tome après Batman – Eternal puisque des personnages (Julia Pennyworth et BlueBlird) y jouent un rôle plus ou moins important et que l’Asile d’Arkham est désormais au Manoir Wayne (un statu quo inédit), mais aussi, de façon plus anecdotique, après la série Nightwing (et par conséquent Forever Evil puis Grayson) ; enfin, cet arc s’inscrit naturellement dans la continuité de La Cour des Hiboux, Le Deuil de la Famille et L’An Zéro. Difficile donc pour un nouveau lecteur de prendre cette lecture en cours, même si le plaisir sera là, il n’est pas évidemment de s’y retrouver. Découpé en deux actes : Fini de jouer (le principal, reprenant les six chapitres du duo d’artistes, du #35 au #40) et L’homme pâle (les back-up accompagnant les chapitres). Mon Meilleur Ami, le Batman Annual #3, vient clore l’ouvrage et s’inscrit parfaitement en conclusion du second acte.

Comme toujours avec Scott Snyder, l’idée de départ est assez réjouissante : Batman seul contre la Justice League sans connaître les raisons de cet affrontement. Ce concept, passionnant de prime abord, s’essouffle très rapidement (en un chapitre et demi à peine, trop expéditif) pour dévoiler quelque chose de plus convenu : une attaque du Joker. À partir de là, l’histoire s’emmêle un peu : la création de la toxine (et toute la confusion qui va avec) avec une cellule biologique issue du Clown du Crime lui-même (!), ce dernier présent depuis des siècles dans Gotham City (une idée inachevée, ou plutôt facilement balayée dans l’acte principal, qui trouve un nouvel essor dans les back-up, autour d’une éventuelle immortalité de cet homme pâle), les incontournables Hiboux (qui ne servent finalement pas à grand-chose), etc. Mais d’autres éléments sont plus palpitants : une alliance avec les autres ennemis du Dark Knight, un petit retournement de situation peu prévisible, la confirmation que le Joker sait que Batman est Bruce Wayne —question laissée plus ou moins en suspens depuis Le Deuil dans la Famille, dont Mascarade propose parfois de jolis échos ici—, un duel final extrêmement violent, un Alfred désormais manchot (on sent que sa fille va le remplacer définitivement sous peu) et une fin à priori osée.

Batman Joker EndGame

Snyder devait normalement achever son travail sur le Chevalier Noir à la fin de cette histoire, mais il a entre-temps signé un nouveau contrat pour continuer à écrire la série. Cela se ressent tant ce volume aurait pu terminer son run. Il aurait donc officié depuis Sombre Reflet jusqu’à Mascarade, en remodelant Gotham City entre temps (à travers sa série Batman mais aussi ses autres travaux) et en perturbant l’alliance, fragile, entre les alliés du Dark Knight. Depuis quatre ans maintenant, son travail est à la fois acclamé et très décrié (y compris sur ce site) mais l’auteur ne laisse personne indifférent. C’est là la force de Snyder, de penser peut-être sur la durée, à défaut donc de proposer des récits « parfaits » s’ils ne s’inscrivent pas dans son run. Celui-ci aura le mérite d’être parfaitement cohérent tout du long, et d’apporter un nouveau jugement, après-coup. En ce sens, on pourrait presque considérer que Le Deuil de la Famille n’est finalement que l’équivalent de la première partie de Mascarade. Lire ces deux tomes (le troisième et le septième de la série Batman donc) à la suite permet d’apprécier davantage son premier jet sur le Joker, dont la fin était clairement décevante.

Il y a donc du très bon dans le scénario de cette Mascarade, comme son introduction, sa conclusion et certains passages (cités ci-dessus), mais l’ensemble comporte aussi des scènes plus mitigées. Globalement, ça reste plus que convenable. Notamment grâce aux dessins de Greg Capullo, toujours encrés par Jonathan Glapion et colorisés par Fco Plascencia. Les planches sont superbes et les découpages aussi. À l’instar de L’An Zéro, quelques scènes prennent une tournure « psychédélique » (l’agression par Joe Chill, la parade du Joker), rendant à la fois hommage aux anciens comics mais offrant aussi un aspect visuel détonnant et très plaisant.

Ennemys Endgame

Le deuxième acte, L’homme pâle, s’attarde sur plusieurs patients fous et un de leur médecin, plus ou moins pris en otage. Chacun délivre son passif avec le Joker, prouvant que le Clown du Crime existe depuis des lustres. À moins que chaque histoire soit fausse, exceptée une seule, que validera le Joker ? Plusieurs dessinateurs officient pour ce supplément plutôt pertinent : Kelley Jones, Graham Nolan (Knightfall), John McCrea, Sam Kieth (dont on retrouve la patte inimitable qui faisait le charme de Secrets) et Dustin Nguyen (Futures End : Batman & Robin #1 – Frères d’Armes et Le Vol du Corbeau). Roge Antonio s’occupe du troisième Annual de Batman : Mon Meilleur Ami, narrant l’improbable amitié entre le Joker et un journaliste. Tout est scénarisé par James Tynion IV, fidèle acolyte de Snyder, tête pensante numéro deux de son univers. Quelques couvertures alternatifs servent de bonus complémentaires.

Mascarade est donc un nouvel arc qui continuera de marquer Batman et ses alliés. Tout n’est pas parfait, Scott Snyder utilise encore le même schéma que sur ses précédentes réalisations (on se demande pourquoi il y a encore des habitants dans Gotham City !), son Batman est toujours immortel (un obus de char d’assaut et pas une égratignure) et des choses sont un peu tirées par les cheveux. Il faut fermer les yeux sur certains de ces éléments pour apprécier la série et cela commence à faire un peu beaucoup. Mais le divertissement est là, l’audace aussi, ainsi que la beauté graphique, ce qui permet à Mascarade d’être plutôt agréable à lire, malgré sa rapidité d’exécution (on a l’impression qu’il manque un ou deux chapitres pour comprendre tous les tenants et aboutissants de l’ensemble, en plus de la « fin » de certains combats bien trop rapide, notamment le premier contre la Justice League).

Batman Mascarade Joker Endgame

Comme précisé en début du livre par l’éditeur, « ce nouveau départ, multipliant les coups de théâtre et les rebondissements, n’est que la première étape d’une véritable révolution pour le héros, qui s’opérera dès le prochain album ». Album intitulé La Relève qui sera publié en deux parties en France, la première est prévu pour fin mai 2016. Une fois encore, Scott Snyder se réapproprie tout un univers et en casse les codes. La série arrive vers sa fin (elle est toujours publiée dans le magazine mensuel Batman Univers) mais Snyder prolongera (une ultime fois ?) sa plongée dans Gotham avec All-Star Batman, dont le premier chapitre devrait arriver pour le second semestre 2016 : après le nouveau relaunch de DC Comics : Rebirth.

NB : Un bandeau promotionnel, apposé sur la couverture du livre, informe que 150.000 exemplaires de la série ont été vendus. Il s’agit très certainement des premières éditions et réimpressions des six premiers tomes de la série Batman. Un très beau chiffre dont peut se féliciter Urban Comics.

Batman Joker Parade

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 13 novembre 2015.
Scénario : Scott Snyder (Fini de Jouer) et James Tynion IV (L’Homme Pâle & Mon meilleur ami)
Dessin : Greg Capullo et collectif (voir article)
Encrage : Danny Miki (+ collectif)
Couleur : Fco Plascencia (+ collectif)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

BatFamily Endgame

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Batman Ergot Hiboux Batman Joker Capullo

The Dark Knight Strikes Again

Page récapitulative du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns, qui a révolutionné aussi bien la mythologie de Batman que celle des comics. The Dark Knight Strikes Again, chroniqué ci-dessous, en est la suite directe.

The Dark Knight Strikes Again[Histoire]
Trois ans après la mort supposée de Bruce Wayne/Batman (son identité fut révélée à tout le monde), Carrie Kelly seize ans, ancienne partenaire, qui reprenait le nom de Robin, travaille pour lui en secret. Devenue Catgirl, la jeune fille rassemble, avec l’aide de son armée de BatMen, d’anciens membres de la Ligue de Justice, comme Atom, Flash ou Plastic Man, disparus ou étrangement séquestrés par le gouvernement.

En effet, le règne politique, proche d’une dictature, est aux mains d’un faux président (une image numérique d’un homme montrée aux citoyens) démasqué par Jimmy Olsen . La véritable personne derrière ce faux président est Lex Luthor, épaulé de Brainiac. Ils gardaient donc prisonniers certains anciens super-héros pour mieux les contrôler.

C’est pour renverser cet état totalitaire que Batman cherche à retrouver ses alliés, mais aussi pour trouver la force d’affronter Superman, qui est toujours au service des États-Unis, donc indirectement de Luthor. Le Dark Knight, encore plus nihiliste et brutal, ne peut s’empêcher de constater le déclin des habitants de sa ville, à travers la télévision notamment : un monde superficiel, une perte d’intelligence et de culture, un attrait pour le sexe et les people, etc.

DK 2 Batman Catgirl[Critique]
Difficile d’égaler une œuvre comme The Dark Knight Returns en terme de scénario. Cette suite est indigne du travail que Frank Miller opéra sur le premier opus (et par extension sur Année Un). Il prévient dans la préface que suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, son histoire prend un tournant davantage pessimiste en milieu d’ouvrage (il était en pleine création au moment de l’effondrement du World Trade Center). Cette allusion est effectivement bien visible, à travers la ville en ruine de Metropolis notamment, même si la raison de la catastrophe reste assez confuse, et avec la tournure radicale du discours politique qui se tend à la fin du livre. Même si Batman prévient que « ils ne sont pas là pour semer le chaos et l’anarchie mais mettre fin au règne des criminels ». Cette explication, maladroite, est censée justifier un duel très manichéen et sommaire entre le gouvernement (le grand méchant) et les justiciers (qui ont raison et sont gentils). Outre cet aspect extrêmement réducteur (surtout comparé au précédent volume), le personnage du Chevalier Noir a lui aussi été remanié. Si son aspect radical dans The Dark Knight Returns séduisait, il devient ici un « gros bourrin assoiffé de violence »…

DK 2 CatgirlBatman n’est, de toute façon, qu’un personnage assez en retrait dans cette histoire (ce qui n’est pas forcément un reproche, en revanche des connaissances sur l’univers DC Comics sont requises). Il n’apparaît qu’à la fin du premier chapitre (sur trois, et de loin le meilleur), et les suivants se concentrent principalement sur Carrie, Superman, les anciens membres de la Ligue de Justice et sur les (trop nombreux) témoignages de citoyens. Cet enchevêtrement régulier d’avis vient, encore une fois, casser un certain rythme. L’extrémité des propos, dans le sens où la plupart du monde devient idiot, ne parvient pas vraiment à accorder une voie crédible à l’œuvre. Même si l’afflux des journalistes, de la télévision et d’Internet dépeignent une population s’accaparant à la paresse, au pouvoir de l’image et, en gros, à la débilité profonde (encore une fois, un message que confirme Miller dans sa préface, et qu’il soutenait avoir déjà fait dans The Dark Knight Returns, certes mais en plus subtil !) ne sont pas forcément une mauvaise idée (la société actuelle ne peut que le confirmer), ça passe difficilement comme propos car on a l’impression que le lecteur est, lui-aussi, pris pour un idiot.

Autre élément critique de ce Strikes Agains, et pas des moindres : la partie graphique, qui est totalement bâclée (comme en témoignent les illustrations de cet article). Miller reprend son crayon mais il aurait dû s’abstenir. La pauvreté des décors, se réduisant souvent à un simple fond coloré, conférant des espaces vides un peu partout et les traits carrés (style propre à l’artiste qui fait normalement « son charme ») mais qui sont ici plus grossiers encore qu’à l’accoutumée et donnent l’impression de voir des brouillons encrés et… c’est tout (Miller est seul, sans Klaus Johnson à l’encrage cette fois). Même les visages des civils passants à la télévision sont proches du guignolesque. Certaines cases sont carrément dignes d’avoir été dessinées par des enfants en école primaire. S’il n’y avait pas eu TDKR auparavant, on aurait pu trouver dans ceci une sorte de touche abstraite, un côté expérimental, indépendant, loin des conventions graphiques d’usage, pourquoi pas, et encore ça ne justifierait pas tout, mais ici rien n’est peaufiné, tout est trop vulgaire.

DK2 Superman Wonder Woman(Six pages successives qui piquent les yeux… Cliquez pour agrandir.)

La plupart des planches sont très chaudement colorées, rien à voir avec Returns. Lynn Varley (qui officie à nouveau avec Miller), propose des ambiances que l’ont peut qualifier de « pop et flashy », voire d’un délire complètement psychédélique (là aussi ce n’est pas un forcément un reproche en soi). C’est d’ailleurs sous cet angle qu’il faut peut-être envisager ce comic. À ne pas prendre au sérieux, à lire comme une grosse blague. Malheureusement, le discours de Miller, explicite dans sa préface, implicite dans son œuvre, prouve que le récit est on ne peut plus « important et sérieux ». Pourtant, en caressant l’idée que l’auteur se moque totalement de sa création, la remplit des clichés (qu’il voulait sûrement dénoncer), se la joue provoc’ (sic) et fait un doigt d’honneur à la bien-pensance, on pourrait tenter de l’excuser. Dénoncer la bêtise humaine en la dessinant et en l’extrapolant, pourquoi pas… Mais quand bien même, ça ne passe car c’est tout simplement mal réalisé ; indigeste.

Il est compliqué de trouver des arguments pour défendre cet opus, tant la laideur des dessins va et vient, et que son scénario est à des années lumières du tome précédent. Par ailleurs, le psyché de certains personnages est une insulte à leur création : Superman, faible au possible, Wonder Woman, niaise et ridicule, faire-valoir sexuelle de l’Homme d’Acier (sexisme ?), et même Dick Grayson, pour des raisons à découvrir en fin d’ouvrage. D’autres ne sont guère compréhensibles : La Question, Plastic Man, Le Limier Martien… On est obligé de se forcer à lire un ramassis de clichés (qui pourtant partait d’une idée de départ plutôt bonne) pour connaître l’issue du dernier chapitre. Sans surprise, le ton général est assez douteux ; les thèmes sous-jacents politisés sont sommaires, la caricature grossière anti-Amérique ne fait pas mouche.

DK 2 Batman SupermanCette suite a le mérite d’exister et d’être publiée (sous une couverture extrêmement vendeuse mais un poil « mensongère» ), car, selon certains avis récoltés sur la Toile, elle plaît par son audace. On peut donc la qualifier d’objet insolite à découvrir… en n’oubliant pas qu’il s’agit surtout d’un développement extrême des personnages de l’univers DC, croqués sous une forme primaire et colorés de façon punk. De cette façon, The Dark Knight Strikes Again sera peut-être plus agréable à lire pour certains.

Un troisième et ultime tome est prévu pour l’automne 2015 :  The Dark Knight III – The Master Race (premier tome sur quatre à priori, car il y a huit chapitres prévus, en France le 4 mars 2016). Ce dernier sera co-scénarisé avec Brian Azzarello et Klaus Janson encrera à nouveau cette histoire, cette fois dessinée par Andy Kubert. L’édition d’Urban Comics propose beaucoup de croquis préparatoires, quelques visuels et photos de figurines, ainsi que la préface de l’auteur. La première édition contient un DVD et un Blu-Ray de The Dark Knight Returns2ème partie (la suite de l’adaptation en film de TDKR, et non pas celle de TDKSA). La seconde, dispensée de ses galettes bonus, sera en vente le 4 mars 2016, en même temps que le premier tome de TDKIII.

Pour trouver un futur hypothétique dans lequel officient à nouveau Superman, Batman et les autres membres de la Ligue de Justice il vaut mieux (re)lire le magnifique Kingdom Come, de Mark Waid et Alex Ross.

MàJ : un point de vue différent est à lire dans cet article, qui donnera peut-être envie d’une nouvelle lecture, voire d’une redécouverte complète.

DK 2 Catgirl Carrie[À propos]
Publiée en France chez Urban Comics le 1er mars 2013.
Titre original : The Dark Knight Strikes Again
Scénario et dessin : Frank Miller
Couleur : Lynn Varley
Lettrage : Studio Makma
Traduction : Nicole Duclos

Première publication originale en 2002.
Également sorti en France en 2002 en trois volumes chez Comics USA sous le titre DK2, deux ans plus tard en un seul, toujours chez le même éditeur.
En 2009, Panini Comics publie une version Absolute (format géant) de The Dark Knight Returns accompagnée de cette suite, intitulée alors Dark Knight : La Relève.

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The Dark Knight Returns

Page récapitulative du « Dark Knight Universe de Frank Miller », débuté en 1986 avec The Dark Knight Returns, chroniqué ci-dessous et qui a révolutionné aussi bien la mythologie de Batman que celle des comics.

Comics Batman 20 The Dark Knight Returns[Histoire]
Dix ans après la dernière apparition de Batman, James Gordon, soixante-dix ans, va bientôt prendre sa retraite. Mais Gotham City est loin d’être une ville où l’on se sent en sécurité : le Gang des Mutants multiplie les meurtres gratuits.

Bruce Wayne, cinquante-cinq ans, devenu misanthrope et encore plus renfermé sur lui-même depuis la mort de Jason Todd (ce qui l’a forcé à arrêter ses activités de justicier) ne supporte plus de rester passif devant cet étalage d’agressions. L’homme a aussi envie d’assouvir ses pulsions de violence et de retrouver les sensations du passé.

Il reporte donc son masque et sa cape pour combattre le Gang des Mutants. Son retour coïncide aussi avec celui d’Harvey Dent, apparemment guéri et dont le visage a été entièrement refait. Le Joker est lui aussi ravi de revoir sa némésis et va donc vouloir s’échapper de l’asile d’Arkham.

Une jeune lycéenne, Carrie Kelley, va alors revêtir un costume de Robin pour rejoindre la nouvelle croisade du Chevalier Noir. Ce dernier fascine les médias et la télévision ne parle que ça, sous fond de tensions entre les États-Unis —pour lesquels travaille officiellement Superman (depuis qu’un décret interdit officiellement les super-héros d’œuvrer sans l’accord d’un gouvernement)— et l’U.R.S.S.… Enfin, la police traque Batman lors de cette dernière horde sauvage.

The Dark Knight Returns - Batman Robin[Critique]
Publiée en 1986, cette œuvre écrite et dessinée par Frank Miller révolutionna d’un coup les comics sur Batman et toute la mythologie de celui-ci. En effet, le ton extrêmement sombre de The Dark Knight Returns (plus connu sous le simple titre Dark Knight) donne un coup de fouet à un héros quelque peu en perte de vitesse à ce moment là. L’auteur récidivera l’année suivante, avec cette fois les origines enrichies de Batman, dans Année Un. Près de trente ans après sa sortie, The Dark Knight Returns n’a pas pris une ride, aussi bien son scénario que son aspect graphique.

Résolument mature et noire, la bande dessinée de Miller incorpore des éléments politiques et un ton radical dans son histoire. De la même manière, son découpage des planches, d’environ seize cases par page, sa narration à travers le point de vue de Wayne, Gordon et, principalement, sous le prisme des médias télévisés, tranchent avec ce qui été produit à l’époque. C’est en insufflant cette base d’un homme égoïste, misanthrope et violent, à sa bande dessinée, que le Batman plus « moderne » est arrivé.

The Dark Knight Returns - Bruce WayneLe contexte sociétal proposé dans The Dark Knight Returns offre à Bruce Wayne, vieil aigri solitaire, éternel meurtri, une occasion de redevenir ce qui l’a toujours façonné : son alter ego chauve-souris. Fatigué de voir la passivité des politiciens et la haine gangrener partout dans sa ville, l’homme réveille l’ancien sur-homme qu’il fut jadis. C’est l’occasion d’analyser l’existentialisme de ses ennemis, à commencer par le Joker.

La dualité entre les deux n’est plus à débattre (dont le sommet de celle-ci sera atteint deux ans plus tard, en 1988, par le superbe Killing Joke, signé par Alan Moore, qui scénarisera l’année de publication de The Dark Knight Returns son immense chef-d’œuvre Watchmen, offrant à DC Comics une année de renaissance et, surtout, de reconnaissance critique et public). Le Joker, donc, se réveille littéralement dès qu’il apprend la nouvelle du retour de Batman. Sans lui, ce n’est qu’un pauvre patient insipide et inintéressant. La façon dont Miller montre cet éternel schéma est assez jubilatoire.

The Dark Knight Returns - JokerL’image publique du Chevalier Noir est aussi au cœur du récit, les médias s’en donnent à cœur joie, sous forme de débats (pour/contre), d’interviews de spécialistes et autres flash-infos. Ce parti pris est lui aussi assez inédit dans sa façon d’être montré. Tout comme le sont désormais les combats de Batman. Il réfléchit en tant qu’homme âgé, et donc démuni et en ayant moins d’avantages que ses adversaires, avant de se confronter à un ennemi. Tous ces éléments, ainsi que la patte visuelle de Miller tendent à proposer un ouvrage hors-norme et résolument novateur.

L’éditeur laisse carte blanche à l’artiste pour proposer sa vision. Un dessinateur suggère à Miller un Robin féminin. C’est sans doute l’un des autres atouts de la bande dessinée, du jamais-vu jusqu’ici et un personnage « nouveau » générant immédiatement de la sympathie. Les honneurs reviennent à la coloriste Lynn Varley, qui a quasiment co-crée Carrie, du propre avis de l’auteur, ainsi que tous les dialogues des jeunes, elle fut un apport de qualité indéniable sur l’œuvre. Klaus Janson, fidèle encreur des travaux de Miller (avec qui il a relancé toute la série Daredevil peu de temps avant) magnifie les crayonnés de son associé et Lynn Varley est donc chargée de les coloriser. Elle accentue la noirceaur de l’œuvre avec des tons évidemment sombres, souvent grisâtres et bleuâtres. Mais les écarts chromatiques opérés avec le costume de Robin ou de Superman permettent d’offrir quelques notes de « légèreté » et surtout, de saisir un contraste détonnant avec le reste des cases du plus bel effet.

The Dark Knight Returns - MediasMalheureusement, The Dark Knight Returns souffre de quelques défauts : la multiplicité de sa narration vient casser un certain rythme et il faut parfois se « forcer » à suivre les incessants débats télévisés. Ce ton original est à la fois une force de l’œuvre mais aussi un élément qui pourra rebuter un lecteur novice (ou peu enclin à utiliser son cerveau s’il s’attendait à quelque-chose de beaucoup plus simple). Le style graphique de Miller peut lui aussi déplaire : les hommes, Wayne et Gordon en premier (et même le Joker !), possèdent une musculature imposante, à la limite de la crédibilité. Ses visages et mâchoires carrées parsèment les cases également. Il serait évidemment dommage de s’y arrêter et passer à côté de cette mini-série en quatre chapitres à cause de cela.

En plus d’un nihilisme présent en continue, d’une menace nucléaire constante et d’un message politique plutôt radical (et peut-être trop primaire avec le recul), The Dark Knight Returns possède, paradoxalement, des enjeux plutôt optimistes. La relation entre Bruce et Carrie fait mouche. La jeune fille incarne l’innocence et la fraîcheur, comme tous les Robin avant elle, mais surtout, l’espoir d’une adolescence prête à s’engager, à ne pas sombrer dans les mêmes desseins que la plupart des autres jeunes protagonistes. De même, après l’ultime combat contre Superman (un affrontement d’anthologie !), le sourire de Clark Kent à la compréhension que Bruce continue son combat et l’image de ce dernier quelques mètres sous terre confirment la volonté de changer encore le monde, sous une nouvelle forme cette fois.

The Dark Knight Returns - Bruce Carrie RobinFrank Miller réalisera une suite en 2001-2002 : The Dark Knight Strikes Again, plus controversée et moins acclamée. Un troisième et ultime tome est prévu pour l’automne 2015 :  The Dark Knight III – The Master Race (plus d’infos en fin de critique de TDKSA).
Le film Batman v Superman : Dawn of Justice s’inspirera de la version de The Dark Knight Returns pour le personnage de Batman. En effet, selon plusieurs sources ainsi que la première bande-annonce, le Dark Knight y apparaît plus âgé que Superman, dans un costume et une armure similaires. Idem pour le Joker, et des rumeurs faisant état d’un  Robin au féminin courent… Réponse définitive en mars 2016 !

The Dark Knight Returns - USAL’édition d’Urban Comics propose énormément de bonus : une préface de Miller, une tonne de croquis, des dessins inédits (cf. ci-dessous), la version texte du quatrième chapitre, des photos des figurines, etc. La première édition était enrichie de la version DVD et Blu-Ray de la première partie de l’adaptation éponyme en dessin animé.

TDKR croquis[À propos]

Publiée en France chez Urban Comics le 16 novembre 2012.
Titre original : The Dark Knight Returns
Scénario et dessin : Frank Miller
Encrage : Klaus Johnson
Couleur : Lynn Varley
Lettrage : Studio Makma
Traduction : Nicole Duclos

Titres des chapitres :
Livre Un – Retour (The Dark Knight Returns)
Livre Deux – Triomphe (The Dark Knight Triumphant)
Livre Trois – Traque (Hunt The Dark Knight)
Livre Quatre – Défaite (The Dark Knight Falls)

Première publication originale de mars à juin 1986.
Également publié en France en 1987 en deux tomes chez Aedena (Batman I et II) puis chez Zenda en quatre volumes en 1989. Dix ans après, en 1999 donc, Delcourt publie sous le sobre titre Dark Knight l’intégrale de la série. Encore dix années plus tard, en 2009, Panini Comics republie sous le même nom ce comic, ainsi qu’une version Absolute (format géant) comprenant la suite, The Dark Knight Strikes Again (alors appelé La Rélève).
Urban Comics a sorti une édition avec le DVD/Blu-Ray, une sans et une troisième en noir et blanc, agrandie et en limitée (4.000 exemplaires) pour les 75 ans de Batman en 2014.

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The Dark Knight Strikes Again

The Dark Knight Returns - Batman V Superman