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Batman : Joker War – Tome 3

Après deux excellents tomes (surtout le premier, le second baissant très légèrement en qualité), Joker War perd un petit peu de sa superbe dans son troisième volume. Explications et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Le Joker est parvenu un temps à ses fins en prenant le contrôle de la ville et en ruinant Bruce Wayne ! Laissé exsangue à l’issue de leur combat, Batman doit désormais rebâtir sa vie et retrouver la confiance de ses alliés comme des citoyens de Gotham. Car de nouveaux ennemis, comme Punchline et le Ghost Maker ne vont pas lui laisser le temps de reprendre son souffle !

[Histoire]
Batman doit changer ses méthodes de travail, à commencer par un nouveau lieu : une résidence en plein centre de Gotham à la place de son traditionnel manoir. Suite aux chutes de l’Empire Wayne, Lucius Fox peut couvrir Bruce Wayne mais moins investir d’argent dans les équipements du Chevalier Noir.

Selina donne une année à son conjoint afin de régler les problèmes de sa ville ; à l’issue de ce temps, ils décideront de la façon de gérer leur vie de couple, c’est-à-dire en quittant Gotham ou en continuant leur double-vie respective.

Dans les rues, quelques zonards sous l’emprise de la toxine du Joker — appelés les Souriards — rôdent. Clownhunter a poursuivi sa vendetta et cherche à nuire à Harley Quinn quand un ancien adversaire de Batman surgit dans la métropole : Ghost-Maker. Ce dernier connaît parfaitement Bruce Wayne et sa double identité depuis des années !

Ghost-Maker et Batman semblent avoir passé un marché, Ghost-Maker ne devait jamais se rendre à Gotham. Oracle (Barbara Gordon) ne trouve rien sur ce mystérieux antagoniste…

[Critique]
Composé de sept chapitres (Batman #101-105, Punchline #1 et Batman Annual #5), cette troisième salve de Joker War est dans l’ensemble convaincante mais en deçà de ses prédécesseures. Les cinq chapitres de la série Batman (un épisode nommé Fini de rire ! puis quatre regroupés sous le titre Histoire de fantômes) forment une étrange narration étant à la fois une conclusion (aux deux tomes d’avant donc), un moment « de transition » (l’impression de stagner entre deux grandes histoires, une passée et une à venir) et… une introduction (la fin est ouverte et relance un peu la saga avec un nouvel allié notamment).

Parmi les trois personnages créés par James Tynion IV depuis le début de Joker War, on déplore l’absence de Punchline (elle sera au centre du récit dans le chapitre d’après qui lui est entièrement consacrée), on apprécie le cheminement de Clownhunter (il n’a pas suivi les directives de Batman, a continué de se venger mais tout à la fin refusera de mener à terme son objectif en écoutant… Harley Quinn — puis il disparaît, inaugurant un futur ambigu, on le souhaite en tout cas… — le dernier épisode du livre lui sera aussi dédié) et l’on est mitigé quant au traitement du fameux Ghost-Maker.

Littéralement sorti de nulle part, c’est un homme que connaît Bruce depuis son apprentissage exilé de Gotham. Ne jamais avoir été mentionné auparavant est toujours un peu risqué (on se souvient de Tommy Elliott dans Silence, davantage ami d’enfance que partenaire d’entraînement durant plusieurs années et donc plus plausible à une incursion de la mythologie du Chevalier Noir). Ici, on a du mal à « croire » que cet énigmatique antagoniste existe depuis des lustres… Techniquement irréprochable, au look futuriste soigné (étrange mélange d’Iron Fist et Moon Knight — donc plutôt chez la concurrence que DC), Ghost-Maker n’est finalement qu’un autre énième ennemi aux ambitions radicales proches d’un Ra’s al Ghul notamment (pas forcément incohérent vu le passif commun entre Bruce Wayne et Ghost-Maker). En gros : on tue les « criminels », pas de place aux sentiments et à l’émotion.

Un peu faible et trop stéréotypé comme caractéristiques, c’est dommage (pour pas dire incompréhensible) de la part d’un talentueux scénariste comme James Tynion IV de se vautrer dans ce genre de facilité d’écriture (que ce soit pour les origines de Ghost-Maker ou celles de Punchline justement — cf. tome 2). Attention à la révélation à venir si vous n’avez pas lu le comic (passez au paragraphe suivant si jamais) : en quelques cases lors de la conclusion de l’aventure, Ghost-Maker décide de rejoindre la croisade de Bruce/Batman et de devenir un de ses alliés ! Pourquoi pas dans le fond (et c’est vrai qu’on a hâte de revoir cet anti-héros — surtout s’il rencontre Red Hood avec qui il partage de nombreux points communs), mais c’est assez mal amené et trop abrupte comme décision.

Le développement de Ghost-Maker laissait un peu à désirer, ce retournement de situation plus ou moins improbable déçoit pas mal, même s’il amène à une situation (un petit peu) excitante quant à l’avenir des justiciers dans Gotham. S’il ne faut retenir que le bon de l’entièreté de ces cinq chapitres, on apprécie le rythme, toujours aussi efficace, les dialogues travaillés du premier épisode surtout (entre Fox et Batman puis entre Catwoman et son mari), une bonne partie des dessins (on y reviendra car une myriade d’artistes opère tour à tour) et un ensemble qui reste correct à défaut d’être réellement marquant (comme le furent davantage les deux premiers volets — après tout il n’y a plus de guerre ni de Joker dans ce qui faisait l’intérêt principale de cette… Joker War).

Le chapitre sur Punchline (Sur le devant de la scène) reprend ce qui avait été vu fin du tome précédent avec la vidéo virale d’Alexis/Punchline clamant son innocence. On retrouve la version civile de cette nouvelle compagne du Joker le temps d’un flash-back puis on la découvre davantage via l’écoute de ses témoignages par… Cullen Row ! Personnage très secondaire apparu dans La Cour puis La nuit des Hiboux (créé par Scott Snyder donc). Le jeune homme est fasciné par Punchline, ce qui inquiète sa sœur, Harper Row, alias Bluebird puis Siala. C’est une agréable surprise, on avait surtout vu cette récente alliée du Chevalier Noir dans la saga Batman Eternal.

A la veille de son procès, difficile de savoir si Alexis/Punchline a été manipulée par le Joker ou si elle était consciente de la gravité de ses actes et donc complice. Leslie Thompkins (proche d’Harper Row) est consultée à titre professionnelle pour analyser la psychologie de l’accusée. Une foule de fans de Punchline clame sa libération et s’organise devant le tribunal où se tient son jugement. L’ensemble se tient bien, reste agréable à lire et n’a qu’un (gros) défaut : il n’y a pas de fin concrète ! C’est même indiqué : « Fin… et commencement. » On a clairement lu une introduction qui a étoffé un personnage intéressant (mieux que dans le tome 2) mais, hélas, se termine trop vite (on ignore le résultat du jugement, ce que font faire Harper et son frère, etc.), c’est très frustrant !

Enfin, l’ultime épisode qui clôt l’ouvrage, Il reste un espoir à Crime Alley (Batman Annual #5) s’attarde sur Bao, alias Clownhunter. La mort de ses parents causée par le Joker est enfin révélée tout en poursuivant son évolution globale puisque l’adolescent se rend chez Leslie Thompkins suite aux recommandations de Batman. En plus d’étoffer un protagoniste plutôt intéressant, le véritable tour de force de ce segment est son approche graphique, signée James Stokoe (aussi bien aux pinceaux qu’aux couleurs). Son style tranche avec les productions comics habituelles, mixant un improbable mélange entre Geof Darrow (The Shaolin Cowboy), Juan Jose Ryp (la trilogie Black Summer – No Hero – Supergod et aperçu dans le tome 7 de Batman & Robin), Franck Quitely (L’Autre Terre) et même un peu de Paul Pope (Batman – Année 100). En résulte un aspect à la frontière du surréalisme et de l’horrifique, un régal (qui ne plaira pas à tout le monde) !

Côté dessins justement, sur ce tome 3, Jorge Jimenez est malheureusement absent, remplacé par quelques valeurs sûres, comme Guillem March (#101, #103, #104) et Carlo Pagulayan par exemple (#102, #103, #105) puis par une armée d’artistes opérant parfois sur les mêmes épisodes : Carlos d’Anda (#102), Alvaro Martinez (#105), Christian Duce (#105), Ryan Benjamin (#104), Bengal, (#104) Mirka Andolfo (Punchline #1) et enfin James Stokoe (Batman Annual #05) ! En conservant Tomeu Morey à la colorisation le temps du premier épisode on retrouve un peu l’univers visuel instauré initialement mais Jimenez manque cruellement à l’ensemble (il reviendra dans le quatrième tome — qui sortira dans un délai plus long, le chapitre #106 étant prévu en mars 2021 après une pause liée à l’évènement Future State). David Baron s’occupe des couleurs d’autres chapitres (#102, #103, #104, #105), secondé par Romulo Fajardo Jr. et James Stokoe pour la suite et fin. Parmi les couvertures alternatives proposées en fin d’ouvrage, on retient celles de Francesco Mattina, superbes à tous points de vue.

En synthèse, ce troisième volet de Joker War 3 se lit très bien mais pêche pas un scénario plus convenu, un manque d’audace et une non-homogénéité graphique globale (qui reste qualitative tout de même — cf. les images illustrant cette critique). Les deux derniers chapitres, nettement plus longs, relèvent le niveau des précédents qui ne sont pas désagréables en soi mais loin d’atteindre les moments épiques des deux premiers tomes, que ce soit à l’écriture ou aux pinceaux. Sorte d’épilogue poussif avec l’insertion maladroite d’un antagoniste (à deux doigts d’une continuité rétroactive), on attend malgré tout ma suite avec impatience, surtout que les premières images sont alléchantes. Rendez-vous probablement fin 2021 pour la découvrir.

[A propos]
Publié chez Urban Comics l 16 avril 2021

Scénario : James Tynion IV (+ Sam Johns)
Dessins : collectif (cf. article)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : collectif (cf. article)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sarah Grassart et Stephan Boschat)

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Batman : Joker War – Tome 2

Après un excellent premier tome proposant une sorte de nouveau départ pour le Chevalier Noir, que vaut ce deuxième volume de Joker War ?

[Résumé de l’éditeur]
Après avoir affronté le Designer, Batman réalise que son ennemi de toujours, le Joker, tirait en réalité les ficelles des événements récents. Le Clown prince du crime a, de son côté, trouvé une nouvelle compagne, Punchline, qui ne tarde pas à s’opposer à son ancienne conquête, Harley Quinn ! La ville de Gotham sombre dans le chaos tandis que la vie de Bruce Wayne, privé de sa fortune, se trouve à jamais bouleversée !

[Histoire]
Après avoir torturé Lucius Fox, Punchline sait où Batman se rend dans une de ses caves secrètes. Le Chevalier Noir y remarque une nouvelle armure scintillante (il pense que Fox qui l’a faite, ce dernier croyait que c’était Batman). Obligé de fuir, le justicier découvre sa ville à feu et à sang… le Joker a acheté tous les gangs, l’anarchie règne en maître, c’est une catastrophe.

Un nouveau justicier tâche de tuer tous les criminels : Clownhunter.

Dans le civil, rien ne va plus pour Bruce Wayne et sa fortune : les actions de Wayne Enterprises chutent…

Le Joker a aussi récupéré une bobine du film Zorro, le long-métrage qu’a vu Bruce enfant avec ses parents avant que ces derniers se fassent tuer en sortant de la séance. Le Joker souhaite le projeter dans le cinéma de l’époque à des morts-vivants (!) mais aussi et surtout à tous les habitants de Gotham à qui il propose de l’argent en échange.

En parallèle, le Clown Prince du Crime élabore une nouvelle toxine qui rend fou.

[Critique]
Légèrement en dessous du premier tome (passé la surprise forcément), cette incursion dans la guerre du Joker reste quand même particulièrement réjouissante à bien des égards ! Avant même d’aborder la narration et le récit en tant que tel, un constat évident à mentionner d’entrée de jeu : les planches assurées par les dessins de Jorge Jiminez et la colorisation de Tomeu Morey sont somptueuses ! Elles reflètent la majorité de l’ouvrage, c’est à dire les six épisodes #95 à #100. Le comic-book bénéficie également d’une courte introduction sur Punchline et d’un chapitre composé de mini-histoires centrées sur des personnages secondaires durant le conflit qui oppose l’homme chauve-souris au Clown (Joker War Zone #1 en VO).

Le trait fin, précis et élégant de Jiminez épouse à merveille son découpage dynamique, aéré (donc lisible) que ce soit dans l’action ou l’intimisme. Quant aux couleurs de Morey, les quelques exemples d’illustrations de cet article devraient convaincre les plus réfractaires. L’artiste magnifie les registres qui se succèdent : l’horreur, la guerre, le polar, la folie, le merveilleux… en choisissant habilement sa palette chromatique, mention spéciale aux tonalités chaudes prononcées pour les guérillas urbaines — prédominant le livre — et les clartés pourpres et scintillantes de la forêt d’Ivy (en exclusivité sur ce site sans les bulles de textes afin d’admirer correctement le travail commun du binôme, diablement efficace).

Ce deuxième segment de Joker War s’ouvre sur un interlude consacré à Punchline (The Joker 80th Anniversary 100-page Super Spectacular #1). C’était clairement ce qu’il manquait au volume précédent (erreur réparée donc), probablement car ces origines sur la nouvelle compagne du Joker furent publiés à peu près en même temps (en France) dans la chouette compilation Joker 80 ans. On les découvre donc enfin si on ne l’avait pas acheté (un recueil qui contient de multiples récits autour du célèbre Clown pour ses 80 printemps d’existence, incluant lesdites 100 pages « spectaculaires »). James Tynion IV a bien sûr rédigé ces premiers pas (il a créé le personnage) accompagné de Mikel Janin aux pinceaux, artiste qui avait fait la part belle à la série Batman Rebirth. Comment bien conclure une blague ? (le titre de cet épisode particulier) n’est malheureusement pas exceptionnel, pour pas dire franchement décevant.

La jeune étudiante Alexis dans le civil est simplement « une fan » du Joker. L’ironie est que face à ce dernier elle clame : « T’as demandé que je te prouve que j’étais sérieuse avant de me recruter pour ton grand projet. Tu voulais être sûr que je n’étais pas une autre groupie zarb’. La voilà, ta preuve. » Une groupie bizarre… C’est pourtant ce que Punchline semble être du peu qu’on la voit. Le personnage n’est pas bien fouillé, en quelques lignes l’on connaît ses motivations (pas envie d’être gentille — sic, avoir son propre monde — sic (bis), etc.). Des « origines » relativement pauvres et banales. « Ce monde que vous avez bâti est une blague et j’en suis la punchline » clame-t-elle… Heureusement, passé cette introduction peu brillante (qui ne représente que 10 pages sur 228 de BD environ, soit moins de 5% de l’ensemble) , tout le reste est beaucoup plus palpitant !

On retrouve donc le Chevalier Noir presque seul face au Joker et ses sbires. Même si on ne comprend pas tout des transactions financières qui ont causé la chute de l’empire Wayne (pour l’instant assez relégué en second plan), on prend plaisir à le voir en mauvaise posture. Entre l’anarchie provoquée par le Clown (qui n’est pas sans rappelé l’excellent film Joker de 2019), le difficile et douloureux deuil d’Alfred (nettement plus évoqué ici que dans le tome précédent), l’arrivée d’un nouveau protagoniste plutôt réussi (le fameux Clownhunter — qui sera davantage exploré dans le troisième volume), le retour de la Bat-Family… il y a de quoi se réjouir ! L’équilibre entre tous ces éléments est bien dosé, on regrette juste le traitement de Punchline, assez décevant (à l’instar de ses origines donc) et le manque de surprises (on n’aurait pas été contre un retournement de situation, une traîtrise par une tête connue par exemple, de l’imprévu dans l’évolution de certaines phases narratives…). Mais ça fonctionne, c’est le principal. Le Diable se cache dans les détails tout au long de l’œuvre : les allusions morbides à Alfred, la barbe de trois jours de Bruce sous son masque de Batman… Le texte et les dessins se rendent la pareille et se servent mutuellement. Les fans de Nightwing apprécieront aussi son retour en grâce.

Arrivé à la moitié du tome on enchaîne plein de courts chapitres se déroulant durant le siège de Gotham par le Joker et ses hommes de main. Chaque épisode (écrit et dessiné par différents artistes) se concentre sur un ou plusieurs alliés du Chevalier Noir, ou certains de ses antagonistes. Ainsi on découvre ce qu’il est advenu de Bane depuis la fin de Batman Rebirth et on peut voir également le fils de Lucius Fox ainsi que Spoiler et Orphan. Comme souvent dans ce genre d’entreprise, l’ensemble est inégal (aussi bien narrativement que graphiquement) mais il y a peu à redire : là aussi on est sur un pan de lecture assez rapide et court, on ferme donc aisément les yeux sur les quelques passages un peu moins palpitants. Le centième chapitre (le dernier du comic-book) offre une conclusion épique malgré quelques légers loupés. Il laisse un statu quo intéressant (dont un Joker… borgne !). On apprécie aussi la relation amicale entre Batman et Harley, rappelant celle, plus ambigüe, de Curse of the White Knight.

Comme toujours, le recueil se termine par une grande galerie de couvertures et si on a tendance à saluer le travail d’Urban Comics au global (prix, qualité d’édition, notes éditoriales…) on est parfois surpris par quelques erreurs de traduction (dont des flagrantes relayées ici et par exemple — avec une certaine ampleur début décembre 2020 qu’on peut déplorer sur la forme (à la limite du lynchage public comme trop souvent)). Dans le présent tome, c’est le célèbre « Home Sweet Home » qui a été littéralement traduit « Foyer, doux foyer », étonnant de proposer ceci en 2021 (personne ne dit ça en français, autant conserver le terme anglais). Rien de grave au demeurant, c’est du détail anecdotique…

En synthèse, malgré quelques défauts d’écriture ici ou là (caractérisation de personnages, prévisibilité de certaines choses…) Joker War – Tome 2 vaut complètement le détour. Assurément pour sa partie graphique et globalement pour son traitement narratif. Dans la droite lignée du premier, on ne peut que conseiller de le lire, aussi bien par les fans de longue date que les nouveaux venus.

Rendez-vous le 16 avril prochain pour le troisième tome qui contiendra les épisodes Batman #101 à #105, Batman Annual #5 et Punchline #1, soit sept chapitres au total. On y découvrira le mystérieux Ghost-Maker et probablement qui a conçu la nouvelle armure spéciale de Batman (qu’il n’a pas encore endossée, à moins que ce soit pour Justice League – Endless Winter, prévu en rayon au même moment ?). Pour avoir parcouru en VO ce troisième opus, on va perdre un peu en maestria graphique et en intérêt (MàJ 2021 : mais ça reste encore globalement bon — cf. critique en ligne).

Dans tous les cas « mini-histoire » auto-contenue dans les deux premiers tomes est (largement) suffisante pour avoir un récit de qualité avec un début, un milieu et une fin. On conseille donc les deux premiers volets de Joker War quoiqu’il arrive (sans obligation d’acheter la suite) !

[A propos]
Publié le 26 février 2021 chez Urban Comics.

Scénario : James Tynion IV (+ collectif additionnel)
Dessin : Jorge Jimenez, Guillem March, Mikel Janin (+ collectif additionnel)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : Tomeu Morey, Jordie Bellaire, Fco Plascencia (+ collectif additionnel)

Traduction : Jérôme Wicky (et Xavier Hanart)
Lettrage : MAKMA (Sarah Grassart et Stephan Boschat)

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Batman : Joker War – Tome 1

Se déroulant après la très longue série Batman Rebirth (12 tomes), Joker War se veut accessible (il l’est) et relançant l’univers du Chevalier Noir avec plusieurs nouvelles bases inédites (détaillées dans la critique). Pas besoin de se farcir les tomes de Rebirth pour profiter de cette nouvelle « guerre » mais un rappel d’informations est nécessaire, habilement évoquées en avant-propos par l’auteur James Tynion IV, qui succède à Tom King et Scott Snyder (tout en ayant été un de leur complice par le passé). Critique.

[Résumé de l’éditeur]
À présent que la ville de Gotham est libérée du joug de Bane, Batman et Catwoman ont décidé de s’associer pour rendre la justice dans la ville déchue. Mais une affaire ancienne qui a impliqué la féline cambrioleuse et les plus grands ennemis du Chevalier Noir menace de refaire surface quand le Designer, un super-vilain oublié, fait sa réapparition. Selina va devoir faire un choix entre ses anciennes et ses nouvelles relations.

[Histoire]
Dans un passé plus ou moins proche puis de nos jours, Batman combat quatre mercenaires redoutables : Cheshire, Merlyn, Mr Teeth et Gunsmith. Le Chevalier Noir les « retrouve » ensuite sous l’égide du terrible Deathstroke. Que prépare le fameux Slade Wilson ?

En parallèle, Catwoman, le Pingouin et le Sphinx reprennent contact pour évoquer un mystérieux souvenir incluant le Joker et un certain « Designer ».

Alternant les affrontements et les enquêtes, Batman ne comprend pas où veulent en venir ses ennemis, tous se jouent de lui et restent énigmatique quant à leur objectif.

Le Clown Prince du Crime se cache pourtant derrière ces nouvelles manipulations, aidé par Punchline, sa nouvelle compagne. Le Joker connaît en effet l’identité du justicier de Gotham et compte bien en profiter !

[Critique]
Coup de cœur ! C’est réjouissant de débuter (enfin !) une « nouvelle » aventure du Chevalier Noir avec autant d’intérêt et d’aisance. D’entrée de jeu, on sait que Joker War s’annonce différent de bon nombre de productions récentes (à la qualité variable). En effet, le comic-book propose de multiples nouveautés à tous points de vue. Ainsi, quatre personnages ont été conçus : Mr Teeth (alias Mr Dentition — sic) et Gunsmith, deux mercenaires (peu mis en avant pour l’instant) travaillant avec Deathstroke, le Designer, énigmatique homme de l’ombre tirant certaines ficelles et, surtout, Punchline, la nouvelle muse du Joker qui succède donc à Harley Quinn — celle-ci étant fraîchement émancipée de son Clown (dans à peu près tous les médiums où elle apparaît : comics, films, série animée…).

Lucius Fox remplace Alfred au rôle d’équipier à distance (avec de jolies mentions à l’ancien majordome, des moments qu’on peut qualifier de « deuil » par petites touches, particulièrement réussis). Bullock supplante Gordon (sur la touche lui aussi mais à cause du Batman Qui Rit — cf. le tome Les Infectés). Néanmoins aucune complication pour comprendre l’ensemble, qu’on soit novice ou non.

Certes le récit est assez dense avec foule de personnages mais si on est familier, même un peu, avec l’univers de Batman on s’y retrouve sans trop de problème. Une mention à Doom War est évoquée mais n’a aucune incidence sur la trame narrative globale. Un nouveau véhicule est également de la partie, le Nigthclimber, variante du Batplane et un gadget inédit de Fox permet aussi « l’appropriation » d’automobiles donnant l’illusion d’une Batmobile. L’enjeu scénaristique est lui aussi novateur : le Joker connaît l’identité de Batman et s’attaque à voler la fortune de… Bruce Wayne !

Résumons : d’un côté Batman, épaulé par Catwoman et Lucius, d’un autre les pions du Joker : sa compagne Punchline, Deathstroke et quatre autres mercenaires. Le Pingouin et Nygma gravitent également autour de ces protagonistes. Il semble que ces deux ennemis emblématiques cachent un lourd secret avec deux autres vilains habituels : le Joker, à nouveau, et… Catwoman ! Ils parlent d’un autre antagoniste : l’énigmatique Designer.

De l’aventure, de l’action, des mystères, une touche émouvante par-ci par-là, voilà un livre qui réussit le tour de force de séduire le lectorat habituel tout autant que les néophytes et qui devrait raviver la passion chez les fans du Chevalier Noir qui avaient du mal à s’y retrouver depuis quelques années (les égarements « grandiloquents » et teintés de SF/fantastiques dans la saga Metal, la romance décousue et parfois ennuyante de l’ère Rebirth, le manque de « prise de risque » mais aussi de « renouveau », etc.).

Dans Joker War, Batman se retrouve (presque) seul, quasiment à l’ancienne, face à une galerie de vilains charismatiques, un nouveau jeu de piste qui n’est pas sans rappeler la première saison en quatre volumes de Batman Eternal (qu’on conseille grandement) sur laquelle opérait déjà James Tynion IV. En somme, la bande dessinée est un nouveau départ réussi !

Tout n’est peut-être pas parfait mais on peut aisément fermer les yeux sur les défauts mineurs. Les premières pages de présentation des mercenaires par exemple ne sont pas forcément les plus palpitantes (d’autant qu’ils ne sont pas très bien exploités au long de la fiction, à l’exception d’un(e) — peut-être davantage par la suite) mais l’écriture presque soutenue sort du lot et on prend plaisir à parcourir les pages. Malgré les différents dessinateurs (voir ci-après) on trouve une homogénéité graphique notable et plaisante. Les origines de Punchline (en illustration en fin de cet article) ont été publiées dans le recueil des Joker 80 ans qui est sorti à peu près en même, ce qui est un peu dommage aussi (mais heureusement elles sont proposées dans le deuxième tome de Joker War !).

Du reste, difficile de s’épancher (on aimerait bien mais freinons nous) sans gâcher le plaisir de la découverte ! Entre la froideur et l’intelligence d’un Deathstroke, la complicité entre Harley et Catwoman (et les allusions au nouveau statu quo presque traîtresse de cette dernière), l’intensité des duels verbaux et physiques de Punchline et Harley… il y a vraiment beaucoup d’éléments appréciables, servis dans un mélange des genres très bien équilibré (drame, romance, mystère, aventure, action, légère science-fiction, soupçon de fantastique, etc.). On apprécie aussi les figures féminines parfois sexy mais sans tomber dans un sexisme primaire dont souffrait parfois Rebirth. L’écriture de tous les personnages est relativement soignée, fluide et palpitante.

Pour les passionnés, le tome est construit ainsi dans sa version française. D’abord quatre prologues issus de Batman Secret Files #3 : Cheshire dans Ne retiens pas ton souffle (scénario : Vita Ayala, dessin : Andie Tong), Merlyn dans Prédateurs (Phillip Kennedy Johnson / Victor Ibanez), Mr Teeth dans Muet (Mariko Tamaki / Riley Rossmo) et Gunsmith dans Qui a peur de l’Amérique ? (Dan Watters / John Paul Leon — vu récemment dans Créature de la nuit). Viennent ensuite les chapitres de la série Batman (toujours ère Rebirth depuis 2016) du #86 au #94 (sobrement intitulés Chapitre 1 à 10 contre Dark Design en VO), avec donc James Tynion IV au scénario et principalement aux dessins Tony S. Daniel, Guillem March et surtout Jorge Jimenez, tous trois livrant de superbes planches, des traits fins, un découpage dynamique, des plans épiques, tous servis par les colorisations sublimes de Tomeu Morey, Alejandro Sanchez, Jordie Bellaire et Fco Plascencia. Des noms qui parleront aux familiers de l’industrie et qui sont des « valeurs sûres » pour des productions mainstream de ce genre.

En synthèse, Joker War rejoint la liste des coups de cœur du site, le guide des comics Batman « par où commencer » mais aussi le haut du panier des meilleures nouveautés 2020 presque indispensables (avec Harleen notamment). Il est aussi une porte d’entrée pour les nouveaux venus, cela se faisait rare depuis plusieurs années, c’est donc une bonne chose !

[A propos]
Publié le 18 septembre 2020 chez Urban Comics.

Scénario : James Tynion IV (+ collectif additionnel)
Dessin : Tony S. Daniel, Guillem March, Jorge Jimenez, Carlo Pagulayan, Ragael Albuquerque (+ collectif additionnel)
Encrage additionnel : Danny Miki
Couleur : Tomeu Morey, Alejandro Sanchez, Jordie Bellaire, Fco Plascencia

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sabine Maddin et Stephan Boschat)

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