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Joker Infinite – Tome 1 : La chasse au clown

Juste après Joker War et en marge de Batman Infinite, Joker Infinite s’intéresse à la traque du célèbre Clown Prince du Crime par James Gordon, commanditée par une mystérieuse personne. Une chasse étonnante qui prolonge également le célèbre… Killing Joke ! Coup de cœur et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Si les trajectoires de Batman et du Joker sont intimement liées, il en va de même pour toutes les victimes collatérales du clown criminel. Parmi celles-ci, Jim Gordon figure parmi les plus sévèrement traumatisés. Depuis les événements qui paralysèrent sa fille Barbara, l’ex-commissaire reste hanté par la barbarie du Joker. Aussi, lorsque la représentante d’une mystérieuse organisation lui propose d’assassiner le Joker, Gordon y voit l’occasion de faire ce que Batman ne se résoudra jamais à faire et de débarrasser une bon fois pour toute le monde de cet avatar du Mal absolu.

[Histoire]
Pas besoin de détailler davantage en lisant le résumé et les trois premiers paragraphes de la critique ci-après.

[Critique]
James Gordon Infinite, tel aurait pu être le titre de cette nouvelle série. Ne pas se fier à son titre ni à sa couverture (un choix audacieux néanmoins), tant ce premier tome met en avant et suit uniquement Gordon. Mais c’est une qualité ! En effet, une bande dessinée avec le Joker en personnage principal est toujours un projet risqué, mieux vaut le laisser vadrouiller en second plan et le faire apparaître aux bons moments plutôt que le placer en continue sur le devant de la scène. C’est donc ce qui se passe dans La chasse au clown, qui poursuit complètement la fin de Joker War, puisque le criminel prenait la fuite, éborgné, sans qu’on sache ce qu’il advienne de lui.

Si la gamme Infinite n’est pas forcément un relaunch (suite au titre DC Infinite Frontier – non chroniqué), elle n’opère aucun changement majeur pour Batman Infinite (déjà suite directe de Joker War) ni ce Joker Infinite (sobrement intitulé en VO The Joker d’ailleurs). Pas besoin donc de pré-requis pour entamer la lecture (connaître Joker War est un plus, éventuellement le premier tome de Batman Infinite, mais rien d’obligatoire) ; il faut en revanche avoir Killing Joke en tête !

Quand on propose à Gordon de tuer une bonne foi pour toute le Joker, l’ancien policier hésite. Sa décision n’est pas arrêtée au cours de la traque qu’il accepte. Si l’on pouvait imaginer une sorte de course poursuite « classique », il n’en est rien ici puisque James Tynion IV fait voyager ses protagonistes un peu partout (dont en France !). Il continue de créer de nouveaux personnages et d’utiliser quelques valeurs sûres (ici Barbara – dont le père lui dévoile qu’il est au courant de sa double identité, de quoi relancer l’intrigue avec un angle novateur).

Le scénariste joue sur l’attentat provoqué par l’Épouvantail et imputé au Joker (cf. Batman Infinité – Tome 1) pour ajouter de nouveaux ennemis au Clown Prince du Crime. Ainsi, trois factions se détachent du lot. La première par le prisme de Cressida, la belle femme qui embauche Gordon – on découvre assez tôt qui est derrière elle et cela renoue avec une mythologie de l’univers de l’homme chauve-souris moyennement exploitée jusqu’ici – on a donc hâte de voir son évolution, passez au paragraphe suivant si vous ne voulez pas savoir. Fin du chapitre deux, nous découvrons que la Cour des Hiboux cherche à se débarrasser du Joker !

Second groupe à la poursuite du Joker : les aficionados de Santa Prisca voulant manger la mort (apparente) de Bane. Ce dernier semble être mort lors du « Jour A » (l’attaque d’Arkham de Crane) et une autre femme mystérieuse endosse son costume et inhale son venin pour décupler ses forces. Si de prime abord, cette « Lady Bane » (comme l’appelle le Joker) est un peu ridicule, elle n’en demeure pas puissante et intéressante (son échange avec Gordon). Enfin, troisième équipe d’individus traquant le célèbre Clown : les Sampson, une famille du Texas dont l’un des membres est également décédé lors du « Jour A ». Famille plutôt dérangée et brutale, on n’est pas loin d’un hommage (ou une copie) à peine déguisée à celle de Massacre à la tronçonneuse (Texas Chainsaw Massacre) – ce qui sera quasiment confirmé dans le tome 2 de Joker Infinite.

Cette multiplication de personnages – parfois clivants – ne fait jamais de l’ombre à Gordon qui évolue « presque » comme dans Batman – Année Un, comprendre avec son journal intime, ses pensées narrées case après case (les fameuses tours Mazzucchelli sont même évoquées, piochant ainsi dans le nom du dessinateur de Year One). Le titre évoque régulièrement les traumatismes survenus dans Killing Joke, quitte à reprendre quelques cases et planches de cette période. Joker Infinite peut même être considéré comme une suite de ce monument (au même titre que le décrié Trois Jokers).

Le pari est risqué et pourtant, le scénariste livre un excellent travail, original, plein de rebondissements, parfois tendre (la relation James/Barbara – parfaite), parfois sanglant (on retrouve un Joker très dangereux) et palpitant ! Il faut dire qu’en plus du handicap de Barbara, le Joker est responsable de la mort de l’autre enfant de Gordon : James Junior [en revanche, impossible de trouver une source sur le sujet, même l’introduction d’Urban Comics ne précise pas dans quel titre cela a lieu – peut-être Le Batman Qui Rit où il était apparu ? Pas encore eu le temps de relire l’ensemble].

L’auteur peut compter sur Guillem March, en très bonne forme et familier de l’univers DC (Catwoman période Renaissance/New52, quelques épisodes de Batman Rebirth, Batman Eternal ou encore Poison Ivy). March jongle habilement entre le fantasque et l’excentricité des meilleurs comics propre au Chevalier Noir (le look du Joker, des scènes d’action, les visions de cauchemar…) – bien aidé par la colorisation d’Arif Prianto – tout en gardant une patte « réaliste », notamment pour l’enquête de Gordon. Le dessinateur cède sa place le temps d’un chapitre flash-back à Francesco Francavilla (écrit par Tynon et Matthew Rosenberg) et son style pulp nappé de pourpre partout. De quoi renouer avec Sombre Reflet (où apparaissait également Gordon Jr.) et conserver une bonne homogénéité graphique entre le présent et le passé (où le style visuelle de Francavilla, aperçu brièvement aussi sur le second tome d’All Star Batman, tranche radicalement avec celui de March).

Entre les rebondissements peu prévisibles, l’intrigue générale palpitante, la grande galerie de personnages, le rythme haletant, l’originalité de l’ensemble et les coups de crayon sublimes, Joker Infinite remporte l’adhésion sur à peu près tous les points d’un excellent début de comic book. Attention à conserver une qualité si élevée par la suite, garder l’équilibre entre les œuvres cultes du passé (Killing Joke, Année Un…) et celles du présent (Joker War, Batman Infinite…) tout en jonglant entre les genres (dramatiques voire tragiques, action, aventure, humour noir…) avec brio ! Sur ce site, c’est un coup de cœur pour ce premier tome, La chasse au clown.

À noter que Punchline n’apparaît pas (ce sera dans le prochain tome) même si elle est brièvement mentionnée (et orne quasiment toutes les couvertures variantes en galerie à la fin). Son histoire était présente dans les back-ups en VO mais étonnamment pas ici, probablement pour être compilé dans un récit complet à l’occasion… À l’instar des tomes de la gamme Infinite, un guide de lecture centré sur le personnage phare de l’œuvre (ici le Joker même si Gordon mérite tout autant sa place).

[À propos]
Publié par Urban Comics le 25 février 2022. Contient : The Joker #1-6

Scénario : James Tynion IV, Matthew Rosenberg
Dessin & encrage : Guillem March, Francesco Francavilla
Couleur : Arif Prianto, Francesco Francavilla

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : MAKMA (Sabine Maddin et Stephan Boschat)

Acheter sur amazon.fr : Joker Infinite – Tome 1 : La chasse au clown (16€)





Batman Infinite – Tome 2 : État de terreur (1ère partie)

Suite de Joker War, Batman Infinite a démarré avec un premier tome de bonne facture, pas forcément révolutionnaire ou original sur le fond mais avec quelques nouveautés sympathiques (dont des nouveaux personnages) et, surtout, il était très séduisant sur la forme. État de terreur poursuit la série avec une intrigue étalée dans deux volumes (le premier en vente depuis fin mars 2022, le second prévu pour juin 2022). Découverte et critique.

[Résumé de l’éditeur]
Gotham City est en passe d’instaurer la loi martiale ! Bien malgré lui, Batman a fait le jeu de l’Épouvantail qui, après un an de préparation, a déclenché une attaque coordonnée sur Gotham City en manipulant Simon Saint et Peacekeeper-01. Mais d’autres forces sont à l’œuvre avec l’émergence d’un Anti-Oracle qui diffuse des fake news sur tous les canaux et appelle les habitants de Gotham à céder à la terreur et à la violence dans les rues de la ville !

[Début de l’histoire]
Pas besoin de détailler davantage, le résumé de l’éditeur et la critique ci-dessous suffisent.

[Critique]
La composition du tome est assez particulière. Pour faciliter la lecture, abordons-la dans l’ordre chronologique choisie par l’éditeur. État de terreur (1ère partie) s’ouvre sur un prologue dédié à Miracle Molly, introduite dans le tome précédent de Batman Infinite. Ainsi, Batman Secret Files : Miracle Molly #1 (son titre VO) s’étale sur une quarantaine de pages et montre le passé de Molly, alias Mary Kowalski. James Tynion IV signe évidemment le scénario de sa énième création (et il est bien plus inspiré que pour les origines de Punchline, cf. Joker War – Tome 2). Les dessins et l’encrage sont assurés par Dani, la couleur par Lee Loughridge. La partie graphique est clairement le point fort de ce segment, proche d’une bande dessinée franco-belge indépendante, bien loin des productions mainstreams et leur classicisme stylisé et chromatique (qui peut bien sûr être soigné et réussi).

Côté histoire, on navigue entre présent et flash-back. On comprend mieux la personnalité de Molly – plutôt attachante – et la voie que propose le collectif Unsanity : perte de mémoire de son « ancien moi » pour renaître dans sa forme la plus pure et complète de soi, transhumanisme assumé, corps organique et éventuellement électronique… Et bien sûr un mouvement plutôt anarchiste fondé sur l’émancipation et le diktat de la société actuelle. Il y a, forcément, une résonance assez forte avec notre ère moderne (le récit est plus ou moins féministe aussi). Il n’y a strictement aucune allusion à Batman ou même à Gotham, on reste complètement en marge de l’intrigue principal. Cela n’entache pas le récit, découvrir Mary/Molly est très plaisant et enrichit rétroactivement le volume précédent (dans lequel cet épisode aurait eu davantage sa place qu’ici puisque Molly apparaît dans ce second volume).

Place après à Batman Fear State Alpha #1, cette fois dessiné et encré par Riccardo Federici, colorisé par Chris Sotomayor – on en reparle plus loin – et toujours écrit par Tynion IV. On revient en arrière (à nouveau) pour voir la première rencontre entre Simon Saint et Jonathan Crane, alors enfermé à Arkham. Un court passage qui lève brièvement le voile sur le plan de l’Épouvantail, établi longuement en amont, désireux de retrouver le matériel du Chapelier Fou et d’être directement nommé et reconnu pour le futur état (Futur State, tout le monde l’a ?) de peur qu’il souhaite bâtir, en connexion avec le réseau et l’argent de Saint. Le titre reprend ensuite où s’était achevé le premier tome. On retrouve donc Batman prisonnier de Crane, Harley à la recherche d’Ivy avec Molly, le Peacekeeper en fuite, Montoya en conflit avec le maire Nakano (qui a instauré le programme « Magistrat », laissant trop d’autorité à une entreprise privée pourvu d’une milice dangereuse) et Barbara qui assiste impuissante à un message diffusé partout provenant de… l’Oracle ! S’il ne s’agit bien sûr pas de la justicière, le discours alarme la population : Batman y est déclaré mort et l’annonce stipule qu’il ne faut pas croire le « Magistrat » ni le gouvernement, qu’il faut se préparer à la guerre !

Clairement le chapitre qui contextualise efficacement les enjeux et la situation actuelle si on avait oublié le tome précédent et qui fait avancer la narration de façon pertinente : Poison Ivy est de retour, l’Anti-Oracle est prometteur, quelques têtes connues (ré)apparaissent (Orphan, Spoiler, Catwoman et un mystérieux potentiel justicier – qui devrait être, en toute logique, le Batman noir issu de Futur State (pas encore lu par l’auteur de ces lignes)). Graphiquement, le ton est plus « doux », presque feutré grâce à une colorisation proche de pastelles voire carrément de crayons de couleurs. De quoi connoter fortement avec le précédent épisode ! Mais, une fois encore, ce n’est pas déplaisant, juste non homogène.

Retour à l’équipe artistique habituelle de la série Batman pour le chapitre #112 : Jorge Jimenez au dessin et à l’encrage, Tomeu Morey à la couleur. Un segment dans la droite lignée du précédent, qui poursuit ce qui a été entamé, avec une mise en avant de Simon Saint et, surtout, le retour du Chevalier Noir (pas besoin de le détailler davantage). Les planches sont toujours aussi élégantes, propulsant Queen Ivy et l’Épouvantail au rang des ennemis sublimés graphiquement et qui marqueront durablement la mythologie de Batman. L’illustration de couverture de ce deuxième tome provient d’ailleurs d’ailleurs d’un dessin pleine planche et non d’une couverture classique ou variante (cf. dernière image de cette critique).

Un autre Batman Secret Files s’ajoute aux épisodes, sur Peacekeeper-01 cette fois, toujours écrit par James Tynion IV mais avec Ed Brisson en complément. Dessin et encrage de Joshua Hixson, couleur de Roman Stevens. Comme pour Molly, on navigue entre le passé de Sean, son héritage paternel lourd à assumer, ses échecs pour redorer le blason familial, son sauvetage « héroïque » lors de l’attaque d’Arkham, son retour en Peacekeeper… et le présent où il est simplement en fuite, reprenant donc son statu quo à la fin de l’opus précédent. L’ensemble se lit bien, développe un personnage secondaire de prime abord sympathique et montre encore une nouvelle forme graphique (à la fois avantage et défaut de l’entièreté du livre – on y reviendra).

À nouveau l’équipe habituelle pour la suite (Batman #113 – nommé par erreur #109 dans la BD) puis une incursion chez Nightwing (#84), scénarisé par Tom Taylor (très bon auteur prolifique : DCEASED, Injustice, Suicide Squad Rénégat et, bien sûr, Nightwing Rebirth/Infinite). Les dessins sont cette fois assurés par Robbi Rodriguez et la couleur par Adriano Lucas. Nightwing rejoint Gotham suite à un message crypté d’Oracle mais, forcément, comme ça ne provient pas de Barbarta, il s’agit d’un piège…

Heureusement, le célèbre side-kick retrouve son mentor. Si ce chapitre apporte un peu de légèreté (merci Dick), il reste pour l’instant au stade d’une parenthèse héroïque inachevée et prendra sens dans le prochain tome (qui contiendra les deux épisodes suivants de la série Nightwing). À noter que l’histoire se déroule peu après Nightwing Infinite – Tome 1 (pas encore chroniqué). Enfin, on retrouve un ultime chapitre de Batman (#114) en guise de conclusion de l’ouvrage, toujours aussi élégant et soigné dans sa partie graphique. L’action est omniprésente, extrêmement bien découpée et fluide. Les angles de vues et partis pris visuels sont un régal, très immersif et cinématographique.

En synthèse, ces sept épisodes ont été rassemblés sous le titre État de Terreur (et les sous-titres prologue puis chapitres 1 et 2, puis interlude (sur Peacekeeper-01) et à nouveau chapitres 3 à 5). L’ensemble tient évidemment la route, en droite lignée du tome précédent. Seule ombre au tableau : le rythme décousu, peu aidé par son introduction et son interlude qui cassent une certaine dynamique de récit, sans oublier l’armée de dessinateurs – tous talentueux – qui annulent également une certaine cohérence graphique très présente jusqu’à présent.

Néanmoins, le récit reste palpitant, l’Épouvantail est exploité différemment avec une approche très politique (rappelant le projet d’Ozymandias dans Watchmen !), la présence de fake news et la bascule vers une sécurité accrue et des milices robotiques omniprésentes rappellent à la fois notre ère moderne tout en flirtant habilement avec un brin de science-fiction (donc d’anticipation). La figure de l’homme chauve-souris continue d’évoluer bon gré mal gré grâce à son allié de fortune, Ghost-Maker – sur lequel on a bien du mal à se positionner : comme déjà évoqué dans d’autres critiques (du tome 3 de Joker War notamment), il est apparu soudainement, était soit-disant ancré dans la mythologie de Batman depuis des années puis est devenu le bras droit quasiment indispensable au justicier, permettant d’avancer aisément voire trop facilement parfois…

Si Harley Quinn était présente dans le volume précédent, elle fait ici un peu de figuration, aux côtés de Poison Ivy – superbement croqué par Jimenez. Même Molly apparaît peu, excepté l’épisode d’ouverture qui lui est consacré. C’est Barbara Gordon qui occupe une place plus prononcée au rayon des protagonistes féminines. Il faut dire qu’entre Batman, Ghost-Maker, Nightwing, l’Épouvantail, le Peacekeeper-01 (et un nouveau), Simon Saint et d’autres hommes, difficile de naviguer de façon équilibré. Mais le titre tient ses promesses et pourra surtout être jugé une fois cet arc terminé. Rendez-vous donc le 17 juin prochain pour la suite et fin de cet État de Terreur avec les épisodes complémentaires : la suite de la série Batman bien sûr (#115 à #117), celle de Nightwing (#85-86) et les deux récits complets Batman – Fear State – Omega #1 (Alpha/Omega, forcément…) et un autre Batman Secret Files : The Gardener #1.

Ce second volume de Batman Infinite ne déçoit pas, ne révolutionne pas forcément les comics sur Batman mais arrive paradoxalement à offrir quelque chose d’assez singulier, toujours passionnant et jouit d’excellents dessins et styles graphiques différents. Si l’intrigue principal avance « un peu », il faudra obligatoirement lire la suite avant d’émettre un jugement définitif (cette critique sera mise à jour à ce moment-là). Gotham y est toujours aussi séduisante, différente – plus colorée mais tout aussi anxiogène – à mi-chemin entre le rétro-futuriste et le steampunk. Une vision singulière qui apporte une satisfaction par rapport à l’urbaniste habituelle de la mégalopole.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 25 mars 2022.

Contient Batman Secret Files – Miracle Molly #1, Batman – Fear State – Alpha #1, Batman #112, Batman Secret Files – Peacekeeper-01 #1, Batman #113, Nightwing #84, Batman #114

Scénario : James Tynion IV + collectif (cf. critique)
Dessin & Encrage : Jorge Jimenez + collectif (cf. critique)
Couleurs : Tomeu Morey + collectif (cf. critique)

Traduction & Introduction : Jérôme Wicky & Thomas Davier
Lettrage : Makma

Acheter sur amazon.fr :
Batman Infinite – Tome 2 : État de terreur (1ère partie) (20€)
Batman Infinite – Tome 3 : État de terreur (2ème partie) (20€) – sortie prévue le 17 juin 2022
Batman Infinite – Tome 1 : Lâches par essence (18€)




Batman Infinite – Tome 1 : Lâches par essence

La suite de Joker War est enfin arrivée ! À la fois « nouveau départ » et « continuité », que vaut Lâches par essence, premier tome de Batman Infinite, qui inaugure une pseudo nouvelle ère pour le Chevalier Noir, toujours scénarisée par James Tynion IV et dessinée par Jorge Jimenez ?

[Résumé de l’éditeur]
Après avoir libéré Gotham de l’emprise du Joker et s’être confronté aux nouveaux venus Clownhunter et Ghost Maker, Batman pensait avoir repris les destinées de sa ville en main. Mais le nouveau maire Christopher Nakano, allié à l’industriel Simon Saint, est bien décidé à mettre en place à purger Gotham de ses justiciers masqués qu’il juge être à la source même de la criminalité qui ronge sa ville. Dépossédé de sa fortune, Bruce Wayne parviendra-t-il à mener seul sa croisade contre le crime ?

[Histoire]
Des toxines du Joker sont diffusés dans l’Asile d’Arkham, causant la mort de plusieurs personnes dont Bane (!) et un incendie dans le bâtiment. Cet attentat est nommé « Jour A ». L’Épouvantail, pourtant déclaré mort après cette attaque semble se cacher derrière elle, même si elle est imputée dans un premier temps au Clown Prince du Crime qui a disparu (depuis la fin du tome 2 de Joker War et dont la cavale est à découvrir dans Joker Infinite). Le nouveau maire de Gotham City, Christopher Nakano, ne veut plus que Batman et ses alliés s’occupent de la ville.

Heureusement, le Chevalier Noir peut compter sur l’aide de Ghost Maker, ancien antagoniste qui a rejoint sa croisade (cf. Joker War – Tome 3), Barbara Gordon qui reprend son poste d’Oracle et… Harley Quinn. La nouvelle fidèle alliée est par ailleurs à la recherche de Poison Ivy – dont l’ex petite-amie Bella arpente aussi la ville.

En parallèle, un groupe d’anarchistes nommés le collectif Unsanity et emmenés par l’énigmatique Wyze diffuse des informations pour les citoyens de Gotham. Bruce doit les infiltrer pour comprendre ce qu’ils trament réellement. Il fait la connaissance de Molly

Le mystérieux Simon Saint œuvre avec l’Épouvantail pour accentuer le climat anxiogène dans Gotham. Proche du maire Nakano, il le convainc d’accepter son programme Peacekeeper, milice composée à terme de cinq mercenaires, des hommes puissants et « réparés » avec des technologies avancées, leur conférant une force surhumaine.

[Critique]
Après les bons débuts de Joker War (tomes 1 et 2) puis une certaine déception dans sa « conclusion » (tome 3), ce premier volet de Batman Infinite fait du bien. Les guillemets sont de mises autour du terme « conclusion » car la courte série Joker War n’a jamais été pensée ainsi en VO, elle suivait tout simplement les derniers chapitres de l’ère Rebirth et, surtout, entamait un nouveau cycle. Cycle qu’Urban Comics avait choisi d’appeler Joker War et affublé du terme « série en cours » avant de rétropédaler et de l’achever en « série complète en trois tomes ». En effet, le troisième volume était à la fois une semi-conclusion des deux précédents, une bande dessinée de transition vers un autre arc narratif mais aussi et surtout une introduction multiple à d’autres évènements (avec Ghost Maker par exemple). La suite est à donc à retrouver dans ce premier tome de Batman Infinite.

Lâches par essence s’ouvre sur les quelques pages de Batman puisées dans Infinite Frontier #0. Des planches qui sont clairement le début de l’histoire. Infinite Frontier #0 est un long épisode s’attardant sur douze justiciers ou groupes de super-héros (Superman, Justice League, Green Lantern, Wonder Woman, etc.) inclut dans le récit complet DC Infinite Frontier (qui donne son nom à cette ère « Infinite ») même s’il n’y a absolument aucune obligation de l’avoir lu pour découvrir les séries Infinite (Batman Infinite, Detective Comics Infinite, Joker Infinite, Nightwing Infinite, Robin Infinite… parmi celles de la Bat-Famille). Il s’agit surtout de la continuité des titres qui existaient juste avant (en l’occurrence Batman Rebirth puis Joker War ici).

Dans ce volume, la galerie de personnages (de tous bords) est très dense ! Le scénariste James Tynion IV utilise ses valeurs sûres (Batman, Harley Quinn, Barbara/Oracle et l’Épouvantail en tête), ses créations récentes (Ghost Maker pour l’instant – Clownhunter devrait suivre sous peu) et ses nouvelles têtes : le maire Nakano, homme intègre menant une nouvelle politique, la pétillante Miracle Molly d’Unsanity (arborant quasiment le transhumanisme), Bella, l’ex de Poison Ivy qui semble avoir des pouvoirs similaires, le lugubre Simon Saint et son premier Peacekeeper. Des protagonistes qui parsèment le récit – très bien rythmé – avec un bon équilibre entre eux.

Si le titre suit un sentier narratif assez balisé (peu de surprises ou rebondissements), il séduit tout de même par ce renouveau moderne, cette approche encore plus urbaine qu’auparavant (Gotham ressemble à une ville futuriste bardée de néons, lorgnant vers des univers comme Cyberpunk 2077 par exemple, son architecture moins gothique est exploitée habilement de plusieurs façons) et politique. Pas de justiciers mais une milice armée et contrôlée par la mairie ? Ça sonne comme un déjà-vu (Batman – Tome 8 : La Relève notamment) mais ça continue de fonctionner car on sait que l’Épouvantail se cache derrière tout cela et prépare (forcément) quelque chose de plus grand (le fameux État de terreur, qui donne son titre aux tomes 2 et 3 de Batman Infinite et touche d’autres séries (Nightwing) tout en en créant de nouvelle (Fear State et quelques Secret Files sur les nouveaux personnages (Molly, Peacekeeper…)).

À l’instar des trois volumes de Joker War, le comic multiplie les genres avec brio : action, science-fiction, polar, fantastique, etc. La nouvelle dynamique instaurée par l’équipe d’alliés fonctionne plutôt bien : Batman, Ghost Maker et Harley Quinn, épaulés à distance par Oracle. Des nouvelles têtes, on retient surtout Molly, prometteuse sur le papier (une future collaboratrice de la Bat-Team ?) et le Peacekeeper (Sean Mahoney de sa véritable identité – qui peut avoir une évolution particulièrement intéressante si elle est soignée). L’introduction de l’ouvrage évoquait Future State qui montrait un avenir singulier pour Gotham, débouchant sur les conséquences des actes… apparemment narrés ici. Mais, une fois encore, nul besoin de connaître tout ce background et d’autres titres qu’on pourrait pensait liés (DC Infinite Frontier justement), ce Batman Infinite est clairement l’équivalent de Joker War – Tome 4. Difficile de démarrer les aventures de Batman directement avec ce tome, il est recommandé de passer par les trois précédents Joker War

Si Bruce Wayne a été dépossédé de sa fortune, comme cela a été martelé dans les résumés et au détour de quelques bulles, ça ne change pas grand chose à sa situation : il continue d’opérer depuis un repaire, a toujours quelques gadgets et véhicules, etc. Funfact : Molly se déplace avec lui en drone volant, rappelant énormément Watch Dogs : Legion pour les connaisseurs (encore un jeu vidéo !). Néanmoins, le Chevalier Noir ne peut plus compter sur l’aide du GCPD (Montoya succède à Gordon, absent du titre, occupé à courir après le Joker dans Joker Infinite) ni vraiment sur la confiance des citoyens envers lui – même si cela a peu d’impact concret sur le déroulé de la narration.

Outre l’écriture globalement efficace de James Tynion IV, aussi bien dans les dialogues – bien rythmés comme dit plus haut – que les situations (tour à tour sinistres, complexes, palpitantes), tout le titre doit son mérite (en grande partie) aux superbes dessins et colorisation du duo Jorge Jimenez et Tomeu Morey. Une équipe gagnante qui offre une richesse chromatique pour les protagonistes et les lieux avec une certaine élégance. Le nouveau look de l’Épouvantail (rappelant plus ou moins celui d’Arkham Asylum – encore un jeu vidéo, décidément !) est effrayant et stylé. La cybernétique entourant Peacekeeper est réaliste et séduisante (un côté Robocop, carrément cité dans la BD et dont on sent une certaine inspiration pour l’auteur). Le look atypique de Molly rend la jeune femme encore plus attachante. Les combats et apparitions de Batman sont sublimés comme toujours. Bref, c’est encore un sans faute sur la partie graphique, intégralement réalisée par le binôme.

Sans être révolutionnaire, Batman Infinite – Tome 1 : Lâches par essence est une belle promesse (comme l’était à l’époque Joker War par la même équipe créative/artistique). Des débuts encourageants et passionnants, pas forcément les plus originaux pour le fond de l’histoire mais qui fonctionnent tout de même par sa belle galerie de personnages (bons ou mauvais, anciens ou nouveaux). Une poursuite évidente de ce qu’a instauré Joker War et une bande dessinée particulièrement jolie, complétée par une galerie d’illustrations de couvertures alternatives et crayonnés de bonne facture.

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 28 janvier 2022.

Contient Batman #106-111 + pages de Infinite Frontier #0

Scénario : James Tynion IV
Dessin & Encrage : Jorge Jimenez
Couleurs : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Makma (Sarah Grassart, Gaël Legeard, Sabine Maddin et Stephan Boschat)

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Batman Infinite – Tome 1 : Lâches par essence (18€)
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Batman Infinite – Tome 3 : État de terreur (2ème partie) (20€) – sortie prévue le 17 juin 2022