Justice League – Tome 8 : La Ligue d’Injustice

Ligue Justice Tome 8 Ligue d'Injustice

[Histoire]
Après les évènements survenus durant Le Règne du Mal, la Ligue de Justice intègre Shazam dans ses rangs, qui se lie d’amitié avec Cyborg. Considéré comme le sauveur de la Terre, Lex Luthor, souhaite lui aussi rejoindre l’équipe mais ses membres sont réticents.

Luthor a déduit l’identité de Batman et se rend au Manoir Wayne pour en informer le principal intéressé. Il souhaite avoir l’avantage sur une proposition de partenariat économique avec les entreprises Wayne (quitte à faire du chantage). Le terrible homme d’affaires recrute également Captain Cold (ennemi de Flash normalement) pour assurer sa sécurité.

Par ailleurs, l’anneau de Power Ring a pris possession de l’esprit de Jessica, une « simple » citoyenne. Véritable entité maléfique, l’artefact contrôle directement la jeune femme qui commet des actes de destruction à son insu. Pour l’aider, c’est la Doom Patrol qui doit intervenir, petite équipe hétéroclite dont les membres sont rejetés par la société à cause de leurs « gueules cassées ».

Enfin, Superwoman, une des trois survivantes du Syndicat du Crima est emprisonnée et… enceinte !

Injustice League

[Critique]
Transition obligatoire, les chapitres de l’après Règne du Mal sont davantage contemplatifs et (un peu) moins portés vers l’action (surtout dans sa moitié initiale). Cela n’est pas une mauvaise chose, mais l’on y découvre un fourre-tout pas forcément très bien équilibré. Les membres de la Ligue de Justice se résument au trio emblématique (Superman, Batman et Wonder Woman) gravitant autour de Lex Luthor. Les autres (Flash, Aquaman…) font office de figuration. Cette façon de faire n’est pas forcément déplaisante mais on se sent un peu lésé par rapport aux autres protagonistes (un « défaut » par ailleurs récurrent sur l’ensemble de la série). Les quelques échanges entre Shazam et Cyborg fonctionnent bien et apportent une touche d’humour non négligeable.

Shazam à Cyborg :
– Qu’est-ce que vous faîtes pour vous amuser, par ici ? Parce que là, bonjour l’ambiance ! On doit bien pouvoir faire autre chose que de surveiller, non ? Il n’y avait pas de table de ping-pong dans l’ancienne tour de garde ?

– Non.
– Il vous en faut une. Sérieux. Et une piscine, aussi.
– Aquaman en voulait une.
– Tu as déjà remarqué qu’il dégageait comme un léger parfum de poissonnerie ? Ne lui dis pas que j’ai dit ça, hein ?
– T’inquiète.
– Bon. Vous avez au moins une XBox, quand même ?
– Moi, ouais. Dans mon épaule gauche.
– Sérieux ?! On se fait une partie ?

Bruce Wayne Luthor

L’ouvrage contient deux arcs : La Ligue d’Injustice (curieuse appellation) et Le Virus Amazo. Si la première est plutôt « originale » sur son histoire (centrée sur Luthor donc), elle oscille entre l’agréable et le moyen (qu’advient-il de la Doom Patrol, soudainement survenue ?). Constat surtout imputable à cause des planches de Doug Mahnke, qui manquent clairement de « style », c’est très banal, pas forcément esthétique ni extraordinaire. Les visages sonnent « faux ». La seconde est plus efficace grâce aux dessins de Jason Fabok. Ses traits sont somptueux, détaillés et léchés, se rapprochant de ceux de David Finch et de Jim Lee ; ces trois artistes ayant un style assez similaires et très efficaces. Les scènes d’action sont d’une fluidité exemplaire. Visuellement sublime.

Fabok Wonder Woman

Scénaristiquement plus faible (et très prévisible), l’aspect graphique prime quand même avant tout et relance l’intérêt de la série, qui avait tendance à se centrer beaucoup trop autour de Lex Luthor. Ce parti pris (discutable) s’avère toutefois payant puisqu’en un volume on assiste à l’ascension puis la chute de l’éternel ennemi de Superman ; bien que son sort (au sein de la Justice League) ne soit pas définitivement statué à la fin. Fin qui annonce d’ailleurs le retour de Green Lantern, dans l’apprentissage du Power Ring pour Jessica (à lire dans la série de Green Lantern à priori). L’ensemble du récit est toujours écrit par Geoff Johns (depuis le tout début de la série). L’auteur soigne son histoire et sait où il va, il est par contre dommage que certains passages lui échappent ou ne soient qu’éphémères (la Doom Patrol en est le parfait exemple, on pourrait en rajouter beaucoup d’autres, la plupart étant à suivre dans les séries d’autres super-héros, ce qui est parfois agaçant). Le fil rouge narratif principal est, en tout cas, toujours solide et passionnant, c’est l’essentiel.

« Ma Doom Patrol est un groupe de soutien pour méta-humains
incapables de devenir les dieux et les déesses qui constituent la ligue de justice. »
Niles Caulder, chef de la Doom Patrol

Le chef antipathique Niles Caulder de l’équipe des Doom Patrol n’aide pas à générer de la sympathie pour lui, voire pour ses membres, peu fouillés et débarquant un peu brusquement (Element Woman servant de lien avec les anciens chapitres puisqu’elle apparaissait en amont dans la série mais aussi dans Flashpoint et dans La Ligue de Justice d’Amérique).

Doom Patrol

Un chapitre un peu particulier vient clore ce huitième tome, il s’agit de Compte Rendu qui achevait Justice League of America, courte série conçue uniquement pour faire le lien avec la Guerre des Ligues. En quatorze chapitres (dont presque la moitié ont été publiés dans le tome 4 de Justice League pour une meilleure cohérence en France), cette ligue particulière n’a pas été bien exploitée (elle n’était qu’un prétexte à être une troisième équipe qui prendrait part à un event) et s’est terminée en se scindant en plusieurs mini-séries. Une de ses « suites » est Justice League United (inédite chez nous) se concentrant sur Le Limier Martien et Stargirl qui prennent la tête de leur nouvelle league.

Ces deux personnages sont justement au cœur de cet ultime chapitre, servant de conclusion à la fois au livre, mais aussi à la série éponyme (et qui fait donc suite au quatrième tome). Saluons le choix d’Urban de le placer ici. D’autant plus que cette « fin » n’est pas spécialement épique. Se succèdent ainsi bon nombre de dessinateurs pour dévoiler un Limier Martien bien trop impulsif et colérique qui rejoint une jolie et maline Stargirl, avant de devenir un duo s’éloignant de la Terre. Entre-temps, le lecteur découvre ce qu’il est advenu de chaque ancien membre (Katana, Green Arrow, Catwoman…).

Stargirl

La Ligue d’Injustice sonne donc comme une transition post-Forever Evil (ce qui est logique), beaucoup trop orienté sur Lex Luthor (cela peut déplaire), ne mettant pas assez en avant des membres de la Ligue de Justice et contenant trop d’annonces laissées en suspens : Owl Man, Superwoman, la Doom Patrol, les futurs métahumains (et quid de Metal Men et des autres ligues des volumes précédents ?)… Néanmoins, l’ensemble fonctionne et se lit très bien. Il devrait déboucher sur quelque-chose de plus grand, comme le prouve le dernier chapitre du Virus Amazo. Il tend vers une épopée plus cosmique (La Guerre de Darkseid — qui sera en effet le titre des deux derniers tomes de la série) et dirige vers Convergence, un nouvel évènement massif qui impactera toutes les séries (oui, encore) et pourrait même causer un relaunch (MàJ mai 2016 : c’est effectivement le cas avec Rebirth). Du côté de Batman : du mal à anticiper la suite puisque Luthor, clairement en mauvaise posture au sein de la Ligue, connaît son identité. Entre cette information et les nouvelles, découvertes dans l’œuvre, on espère que la suite et fin de la série les utilisera à bon escient.

Malgré les défauts évoqués, la série, injustement qualifiée de mainstream et/ou « destinée au grand public » (pourquoi serait-ce un défaut ? pourquoi penser que, par conséquent, ce n’est « pas bien » ? la qualité peut être au rendez-vous également, c’est le cas depuis le début de toute façon), gagne en profondeur et assure une lecture divertissante et agréable.

Batman Superman Virus Amazo

« Vois-tu, chère sœur, les criminels méta-humains tuent des centaines de personnes, chaque année.
Aucune prison sur Terre n’est en mesure de les retenir bien longtemps.
Plus de 87% des méta-humains violents s’évadent moins de trois mois après leur incarcération.
En moins d’un mois à Arkham.
Après avoir rencontré les familles des victimes, je leur ai juré que je trouverais un meilleur moyen de neutraliser ces terribles criminels.
J’ai alors cherché comment bloquer les pouvoirs méta-humains.
Le Virus Amazo a été conçu pour les inhiber temporairement.
»
Lex Luthor

Luthor

 

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 23 octobre 2015
Scénario : Geoff Johns + Matt Kindt (Compte Rendu)
Dessin : Doug Mahnke (La Ligue d’Injustice #1-4 + Le Virus Amazo Prologue), Ivan Reis (La Ligue d’Injustice #1 + Le Virus Amazo Prologue), Jason Fabok (Le Virus Amazo #1-5), Scott Kolins (épilogue La Ligue d’Injustice) et collectif (Compte Rendu)
Encrage : Scott Hanna (La Ligue d’Injustice), Christian Alamy (La Ligue d’Injustice + Le Virus Amazo Prologue) et Keith Champagne (La Ligue d’Injustice #2-4 + Le Virus Amazo Prologue) et collectif ( Le Virus Amazo Prologue et Compte Rendu)
Couleur : Rod Reis (La Ligue d’Injustice #1-2), Andrew Dalhouse (La Ligue d’Injustice #3-4-ép.), Brad Anderson ( Le Virus Amazo), Brian Miller (Hi-Fi) (pour Compte Rendu)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Edmond Tourriol — Studio Makma

(Contient : JL #30-39 + JLA #14)
La Ligue d’Injustice (JL#30-34 + ép.) / Le Virus Amazo (prologue + JL#35-39) / Compte Rendu (JLA#14)

Power Ring Jessica

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Lex Luthor Alfred

Grayson – Tome 02 : Nemesis

Suite des aventures de l’ancien Robin, puis ex-Nightwing, ayant désormais une série à son nom dont la critique du premier tome est disponible ici.

grayson-tome-2-nemesis

[Histoire]
Helena est désormais à la tête de Spyral, rendant des comptes à Spyder, étrange trio arachnéen. Helena est sommée par d’autres instances d’enquêter sur une série de meurtres à priori commis par Grayson. En effet, chaque fois que l’Agent 37 a combattu quelqu’un, ce dernier a été retrouvé mort peu après. Ses soupçons se dirigent vers l’Agent 1 (Tiger), qui tient Dick responsable de la mort de son ancienne coéquipière : l’Agent 8 (survenue dans le premier tome).

De son côté, Grayson a pour mission de voler un collier et de le remettre à son acheteur, qui s’avère être Lex Luthor. Le bijou étant constitué de kryptonite, et le puissant homme étant devenu membre à part entière de la Ligue de Justice et à la tête de l’A.R.G.U.S. (voir Justice League – Tome 08 : La Ligue d’Injustice), il est de son devoir de trouver des éléments pouvant faire plier ses collègues (Superman en l’occurrence).

L’ancien Robin n’arrive d’ailleurs plus à joindre Batman pour rendre les comptes de son infiltration (pour cause : Bruce Wayne est devenu amnésique après son combat contre le Joker et Alfred ne lui a pas dit qu’il avait été le célèbre justicier masqué — voir Batman – Tome 08 : La Relève (première partie)). Il décide dans la foulée de quitter Spyral et de retourner voir ses anciens alliés pour leur annoncer qu’il est en vie…

Grayson Fly

[Critique]
Ce second tome est clairement supérieur au premier. Il fait même partie des « coups de cœur » du site (même s’il n’est pas exempt de défauts). Outre la partie graphique, toujours autant soignée et agréable (on y reviendra après), l’histoire évolue de façon très intéressante, aussi bien pour le personnage principal, que sur les trames narratives et les connexions avec l’univers de Grayson. Il y a tout d’abord un agréable point de vue changeant du premier chapitre qui reprend le même que dans l’ouvrage précédent mais du point de vue d’un adversaire de Grayson. Ce petit aspect est la première pierre à l’édifice sur la plus grosse enquête dans Nemesis. Qui aboutira à la fois sur un combat contre « le double » de Dick (extrêmement bien écrit et dessiné, en plus d’être drôle) et une révélation qui est surprenante et non prévisible. C’est suffisamment rare dans le monde des comics que cela mérite d’être souligné. En outre, quelques aspects de Spyral, avec notamment Spyder, l’organisation Checkmate et deux ou trois détails rendent un chouilla confus certaines informations, surtout sur la fin, mais ce n’est pas très problématique. Le premier chapitre comporte des dialogues en espagnol non traduits, tandis que ceux du deuxième le sont, étrange (même chose dans les Batman Univers qui publiaient la série).

Grayson Tiger

Le quatrième chapitre narre les retrouvailles de l’ex-Nightwing avec tour à tour Bruce Wayne (amnésique donc) Jason, Tim, Barbara et Damian. Ce qui amène à de nombreuses références, à commencer par quelques échos au Deuil de la Famille sur les mensonges de Dick, similaires à ceux de Bruce à l’époque. Mais surtout au second tome de Batgirl (pour mieux saisir les réactions de Barbara), et plus ou moins au retour de Damian (L’éveil de Robin, Robin : Son of Batman, à lire dans les numéros de Batman Saga) et à la préparation de Robin War (un mini-évènement qui touchera plusieurs séries). Batman Eternal est aussi plus ou moins nommé, et les prémices de sa suite, Batman & Robin Eternal arrivent doucement. Mais pour ces cas des retrouvailles, nul besoin d’être familier avec tout l’univers pour apprécier la bande dessinée. On notera aussi des rappels, plus discrets, aux traditionnels Hiboux (introduits dans La Cour des Hiboux et régulièrement mentionnés) et à L’An Zéro ; et même à un ennemi de seconde zone : le Requin Tigre. Il est vrai par contre, que la série Batman, en particulier le tome 8, livre une clé de compréhension non négligeable sur l’absence de Bruce Wayne/Batman et même son remplaçant très robotique.

Grayson 2 Helena

Dans le même genre, il est évoqué une portion d’autoroute durant le chapitre annual, placé en milieu du tome, sur laquelle Batman avait combattu la Justice League. Il s’agit cette fois du tome 7 de la série Batman (Mascarade). Cette séquence voit Dick s’associer à Superman, un très bon moment, qui fait cette fois référence à Superman : L’Homme de Demain – Tome 02, puisque l’Homme d’Acier a, à priori perdu, ses pouvoirs. À nouveau ce n’est pas très grave de ne pas connaître toutes ses séries annexes pour la compréhension globale (même si c’est toujours un peu dommage), mais cela donne une séquence très « Mad Max Urbaine », assez comique (la moto « Lana » et les échanges entre Clark et Dick). On y retrouve aussi « Die Faust der Kain » (Le Poing de Cain), une équipe de mercenaires (évoquée à la toute fin de Nightwing ; qui servait de transition vers Grayson) qui tue bon nombre de personnes et leur permet de récupérer des points. Ce système, baptisé par Dick « Le Candy Crush du Meurtre », les motive (sic) à se débarrasser de plusieurs cibles, dont l’Agent 37 et Superman bien sûr.

La seconde partie de Nemesis, Comme un fantôme de la tombe remet l’Agent 37 au sein des mécanismes de Spyral. Ces deux derniers chapitres sont déjà plus convenus, peut-être moins prenants (exceptée la fin), un brin complexe, mais ça continue de fonctionner. Si l’éditeur les avait exclu, on aurait frôlé le tome « parfait » tant tout tenait la route et restait très bon visuellement parlant.

Grayson Mad Max

Une excellente première moitié d’ouvrage, un petit aparté un peu soudain (avec Superman, mais tout de même réussi) et une suite et fin satisfaisante (bien qu’en deça du début mais suffisante quand même). Graphiquement, c’est à nouveau un sans faute avec des planches parfois découpées de façon originale, donnant un bon dynamisme aux acrobaties du héros et lors des scènes de combat. Les traits sont toujours aussi soignés et élégants. À l’instar du tome précédent, seul le chapitre annual, dessiné cette fois par Alvaro Martinez vient casser la belle cohérence d’illustrations jusqu’ici mise en place par Mikel Janin, mais ce n’est pas non plus trop dramatique, juste un peu moins joli. Idem avec le chapitre final, croqué par Stephen Mooney, qui avait déjà opéré sur le premier tome à plusieurs reprises. On s’y retrouve, même si ça ne vaut pas la perfection de Janin.

On notera aussi quelques plans montrant le héros nu (ou son torse, ou encore quelques allusions sexuelles, déjà récurrentes dans le précédent livre). À priori, pas de quoi faire polémique, au contraire. Certains lecteurs y ont vu un côté érotique (!) et homosexuel (!!) ; il est plus pertinent d’y voir un penchant alternatif aux traditionnels dessins sexualisant constamment ses figures féminines. Ce qu’on voit dans Grayson (le corps pas forcément vêtu de Dick) n’est qu’un infime pourcentage de ce que produisent en continue les bandes dessinées américaines classiques mais en « sens inverse », c’est à dire au niveau de la femme (d’habitude ce sont les héroïnes qui sont courtement habillées ou dans des poses suggestives — sans que cela n’émeuve plus que ça). À prendre donc sous un prisme plutôt féministe, voire une évolution intéressante dans le monde malheureusement très sexiste (et encore bien fermé) d’une majorité des lecteurs de comics.

Grayson Tiger Shark

En attendant, cette série propose toujours quelque-chose de résolument original, « frais » et bien écrit. Drôle et parfois surprenante, Grayson souffre un chouilla des multiples références et légères connexions à ses nombreuses séries sœurs. Cela ne gâche pas la lecture mais n’en fait pas forcément une lecture « à part » et intemporelle, ce qui lui aurait permis de pouvoir presque devenir « culte ». Même si l’on est encore éloigné du côté super-héroïque, ce qui n’est absolument pas un reproche, au contraire, et des figures classiques (Batman, Nightwing, Robin), on s’en rapproche doucement sans que cela soit dommageable ou mal amené. Une lecture étonnante, à nouveau plus proche d’un James Bond qu’autre chose, mais particulièrement addictive et visuellement attractive.

Une galerie de couvertures alternatives et de dessins de recherches de personnages concluent l’ouvrage.

Grayson Superman

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 20 mai 2016.
Scénario : Tim Seeley & Tom King
Dessin : Mikel Janin, Alvaro Martinez (Un homme ordinaire) et Stephen Mooney (Comme un fantôme de la tombe — chapitre 2 (Grayson #14))
Encrage : Raul Fernandez (Un homme ordinaire) et Hugo Petrus (Comme un fantôme de la tombe)
Couleur : Jeromy Cox
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Thomas Davier

(Contient : DC Sneak Peek Grayson #1, Grayson #9-14 + Annual #2)
Prologue — Nemesis (3 chapitres) — Sous vos applaudissements — Un homme ordinaire (annual) — Comme un fantôme de la tombe (2 chapitres)
Publié dans Batman Univers #1 à #7 (mars à septembre 2016)

Grayson James Bond Grayson Kiss

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Grayson – Tome 02 : Nemesis

Grayson – Tome 01 : Agent de Spyral

Après les cinq tomes de la série Nightwing, d’une qualité très hétérogène, pour ne pas dire assez pauvre, et d’une conclusion ratée, Dick continue ses aventures dans Grayson. L’identité civile de l’ancien Robin ayant été dévoilée au monde entier durant Le Règne du Mal, il ne pouvait plus agir sous le costume de Nightwing.
Critique du premier tome, contenant les huit premiers chapitres, l’annual et un secret origin, tous déjà publiés dans les magazines Batman Saga d’avril à décembre 2015.

grayson-tome-1-agent-spyral

[Histoire]
À bord d’un train, Grayson, alias l’Agent 37 cherche à « récupérer » un homme, qui serait un « méta-humain » (qui possèderait donc de potentiels pouvoirs). Il est aidé par sa coéquipière Helena Bertinelli (aka la Matrone) ; tous deux travaillent pour Spyral, dont la base est le pensionnat St Hadrian, fausse école pour jeunes filles masquant en réalité l’entraînement de nouvelles recrues. Spyral est une organisation discrète qui œuvre en secret pour éradiquer les hommes dangereux. L’homme à sa tête, Monsieur Minos (dont le visage est justement une spirale — en tout cas aux yeux de tous), ne jure que par la transparence lorsqu’il l’estime nécessaire. Il peut d’ailleurs dévoiler les identités secrètes de tous les super-héros puisqu’il possède déjà un dossier très fourni et quasiment exact pour chaque justicier (Flash, Cyborg, Batman…).

C’est afin de lutter contre cette menace que Dick Grayson a infiltré Spyral, à la demande de Batman — auprès duquel il dresse un rapport régulièrement. Le jeune homme a en effet vu son identité civile révélée au monde entier et est censé être mort (voir Le Règne du Mal), une couverture idéale pour mener a bien sa mission secrète. Seul Batman est au courant que l’ex jeune prodige est en vie, même Alfred ne le sait pas !

En attendant de découvrir qui se cache derrière Monsieur Minos, ainsi que les sombres desseins de Spyral, Grayson et Bertinelli, accompagnés parfois d’autres agents, sont chargés de récupérer les organes de Parangon, conférant à ceux sur qui ils sont greffés des propriétés surhumaines. Leur route croisera à plusieurs reprises celle du violent Midnighter.

Grayson & Helena

[Critique]
Le dernier chapitre de Nightwing (le trentième) servait de transition, voire d’introduction à cette nouvelle série. On nous y présentait vaguement l’organisation terroriste Le Poing de Caïn (qui reviendra dans ce tome) ainsi que Spyral, et un ultime affrontement, un poil primitif et illogique, entre Batman et l’ex premier Robin. Il aurait été judicieux de le placer en début d’ouvrage pour rappeler ces éléments pour les lecteurs, nouveaux ou non.

« Fils. Acrobate. Le Grayson volant. Dick.
Acolyte. Phénomène. Le Jeune Prodige. Robin.
Héros. Protecteur. L’héritier noir. Nightwing.
Prisonnier. Victime. Le martyr démasqué.
Agent. Taupe. L’espion ressuscité. Grayson. »

Peu importe, on prend plaisir à suivre ce nouveau Dick, dans un savant mélange de thriller et de science-fiction. Un croisement entre James Bond/Jason Bourne/Mission : Impossible et un improbable jeu vidéo où la quête principale serait de récupérer des objets à chaque niveau (ici des organes). À côté de cela, la psychologie des héros n’est pas forcément très fouillée : peu ou prou d’interrogations sur la psyché et l’évolution de Dick. Son rapport à « sa mort », ses proches. Le tome se focalise sur ses missions, entraînant donc pas mal de scènes d’actions, plutôt réussies, et des dialogues inspirés, avec une bonne dose d’humour, comme dans les meilleurs moment de Nightwing (et qui rappelaient déjà plus ou moins l’ADN de Spider-Man). Le pensionnat St Hadrian n’est pas en reste avec pas mal de moments sympathiques voire franchement drôles avec les élèves (et surtout groupies) de Dick. Ces dernières, petits seconds rôles, mériteraient un développement plus abouti, peut-être par la suite, il y a du potentiel.

Grayson Midnighter

Malgré tout, ce premier tome contient quelques failles : un côté prévisible dans le déroulement des chapitres et principalement dans sa fin, expéditive et guère surprenante, une facilité scénariste avec l’hypnos, outil de manipulation greffé dans l’œil des agents *, des incompréhensions assez loufoques (le visage de Minos *, le rôle du « Jardinier » ?), une romance entamée (avec l’Agent 8) puis radicalement terminée sans revenir dessus, etc. Nonobstant, l’ensemble reste original et « frais », il est conseillé.

L’occasion aussi de (re)voir Midnighter, un anti-héros issu de Stormwatch, un univers de comics créé par Jim Lee en 1993 via son label Image Comics/WildStorm. Midnighter est plus connu, en France, pour ses apparitions dans les séries The Authority (signées par Warren Ellis à l’aube des années 2000 — qu’Urban rééditera à terme). Plus qu’une simple copie homosexuelle de Batman (costume similaire, violence excessive), Midnighter fait office ici d’antagoniste, tour à tour ennemi puis allié forcé. Impossible évidemment de ne pas y voir une alternative à l’ancienne relation (professionnelle et amicale) de Robin envers son mentor. On découvre également la version New52 de Helena Bertinelli, plus connue sous son alias de Huntress. Fille d’un mafieux et super-héroïne violente et radicale dans la continuité et la chronologie « classique », Huntress apparaît surtout dans la saga No Man’s Land et plus anecdotiquement dans Silence. Ici elle est une « simple » agent et co-équipière de Dick, plutôt sympathique.

En plus des qualités d’écritures (même s’il y a les imperfections évoquées plus haut) de Tim Seeley et Tom King, la partie graphique est extrêmement réussie. Mikel Janin a un style très fin et réaliste, la colorisation de Jeromy Cox donne ainsi un aspect se rapprochant d’un jeu vidéo en 2D (un peu comme du cell-shading) en beaucoup plus élégant. L’ensemble confère une légère fausse impression de relief, parfaitement léchée. Le quatrième chapitre, se déroulant quasi intégralement dans le désert est somptueux, sans nul doute le passage le plus abouti visuellement parlant. L’annual est assuré par Stephen Mooney, pas déplaisant non plus mais dans un style sensiblement différent, valant le détour pour ses paysages irlandais (d’où provient le dessinateur justement). Si cet annual n’est finalement pas très « original » car il reste dans le ton des autres chapitres (ce n’est pas un reproche en soi), le secret origin, à nouveau dessiné par Mooney, est moins convenu : le passé du héros étant narré par Helena lorsqu’elle conseillait Mr Minos de recruter Dick. Un joli écho à un passif super-héroïque qu’on aurait presque tendance à oublier en lisant les aventures de ses « agents très spéciaux ». Mooney rempilera pour un autre chapitre (le septième) avant que Janin ne termine l’arc en reprenant la main. La cohérence reste de mise entre les deux, même si clairement les traits de Mooney, plus gras, et l’absence de détails dans certaines cases sont à relever.

Grayson Desert

Reste que, légitimement parlant, nous ne sommes pas vraiment dans une histoire de super-héros mais plutôt d’espionnage. Loin d’être un défaut, cela va dérouter les lecteurs s’attendant à trouver des justiciers costumés et des références à Batman. Celles-ci sont éparses, entre une communication entre l’ancien élève et son mentor (noms de code des deux : Ornithologue et Monsieur Malone) sur une courte planche par chapitre, et quelques références à Batman Eternal (qui se déroulait en même temps). Beaucoup de changements donc, et pas de Robin ni de Nightwing.

Une lecture soignée, imparfaite mais rafraîchissante, drôle et qui change de l’univers « classique » de Batman, voire de DC Comics. La part belle aux illustrations et aux couvertures compensent les faiblesses d’écriture. Chaudement recommandé.

Grayson Dick Sex

« Oh, oui, vous, les nobles super-héros, vous tirez des rayons laser, des flèches, des batatrucs, mais un flingue, non, non, jamais.
Seigneur Dieu ! Pas un flingue !
Vous êtes tous comme Batman. Des petits garçons cachés sous leur masque, qui pleurent leur maman décédée. […]
Tu n’es pas un super-héros. Tu es un espion avec un flingue. Tu n’es pas Wing-Knight, Night-Wing ou quoi que ce soit. »

NB : Le chapitre one-shot de Grayson « Futures End » (se déroulent dans le futur) a été publié entre les chapitres 2 et 3 de la série. Intitulé Un lieu unique pour mourir, ce dernier était plutôt audacieux (se déroulant dans le désordre chronologique) et mérite sa place dans un ouvrage en librairie (peut-être dans les tomes suivants ?) car même si l’histoire décrite dans ce dernier (dans un possible futur cinq ans après « le présent ») ne se réalise pas, il vaut le détour.

Grayson Hypnos

* en détail : la « technologie hypnos de distorsion visuelle et de manipulation mémorielle » permet d’hypnotiser les personnes regardant les visages de ceux qui portent l’hypnos ; ainsi ceux qui croisent les agents sont incapables de se souvenir de la face de leur agresseur, ils ne voient qu’une spirale à la place d’un visage. C’est ce même principe qui est appliqué à Monsieur Minos, rendant son visage méconnaissable également pour ses propres agents. Le tome 2 viendra davantage éclairer ce concept.

La critique du tome 2 (la suite directe) est en ligne.

Grayson Mr Minos

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 6 novembre 2015.

Scénario : Tim Seeley & Tom King
Dessin : Mikel Janin et Stephen Mooney (Grayson #7 + Secret Origins #8 + Annual #1)
Couleur : Jeromy Cox
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Thomas Davier
Publié dans Batman Saga #35 à #43 (avril à décembre 2015)

(Contient : Grayson #1-8, Annual 1 + Secret Origins #8)

Grayson Action

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Grayson Helena