Batman – Tome 08 : La Relève (1ère partie)

Avant-dernier tome de la série scénarisée par Scott Snyder, l’artiste va encore plus loin que d’habitude pour casser les codes de la mythologie du Chevalier Noir. Audacieux ou ridicule ? Dans les deux cas, c’est osé et ne laisse pas indifférent. Plongée dans la suite de Mascarade, qui dévoile un nouveau Batman, au sens littéral comme au figuré.

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[Histoire]
Cinq ans avant l’attaque du Joker sur Gotham City, un cadavre était retrouvé par Batman dans les marécages en amont de la ville. Ce dernier aurait un lien avec… Le Pingouin.

De nos jours, alors que Batman est considéré comme mort, c’est l’ancien commissaire Gordon qui est désigné par la puissante compagnie Powers International pour remplacer le Chevalier Noir ! Mais celui-ci travaillera avec la police et n’agira pas en totale indépendance. L’évolution du symbole du justicier s’illustre également à travers un costume radicalement modifié puisque « Batman » est aux commandes, la majeure partie du temps, d’une armure géante/combinaison robotique. Celle-ci ne sera pas de trop pour venir à bout d’ennemis composés d’énergie et aux super-pouvoirs divers.

De son côté, Bruce Wayne est sorti vivant de son combat contre le Joker mais est devenu amnésique. Il est en couple et s’occupe de jeunes enfants dans un refuge de Lucius Fox. Alfred lui a rappelé une partie de son passé mais lui a caché son ancienne identité secrète, afin que son maître continue de vivre heureux et apaisé.

Dans les ruelles de Gotham, un nouveau mal rôde : Mister Bloom, créature longiforme qui a l’air indestructible…

Batman Bunny

[Critique]
Voici une histoire atypique dans l’univers de Batman. Si le chapitre qui ouvre le comic-book (le #44, Un cas comme un autre, sorte de flash-back placé en début d’intrigue pour cette version reliée en librairie) est de facture classique, écrit par Scott Snyder et Brian Azzarello (Dark Knight III, La Cité Brisée), élégamment dessiné par Jock (Sombre Reflet) qui signe aussi la couverture choisie pour cette édition française, les suivants (du #41 au #43 puis le #45) du tandem Snyder-Capullo offrent un renouveau faussement polémique. Tout d’abord, Bruce Wayne écarté de son rôle de justicier a déjà été vu, aussi bien dans le run de Morrison (lorsque Batman était « mort » et remplacé par Dick Grayson) mais également dans la saga Knightfall, où Jean-Paul Valley lui succédait le temps que le milliardaire se remette de sa blessure. Ce fameux « Azraël » évoluait d’ailleurs vers un costume de plus en plus robotique, comme ici et à l’instar de l’armure qu’endosse Batman dans The Dark Knight Returns de Frank Miller (et dans une moindre mesure dans Kingdom Come). Bref, rien de réellement novateur sur ce plan là ; seule l’amnésie de Wayne est « originale ». Plus anecdotique : ce principe de relève (comme le titre du livre) se rapproche de la vision de Christopher Nolan dans son film The Dark Knight Rises, qui concluait sa trilogie.

Par ailleurs, l’idée que Batman soit financé (et « contrôlé ») par une organisation rappelle à nouveau Morrison avec Batman Incorporated (la notion de contrôle en moins, évidemment). Finalement, outre le look d’une armure tourné vers les « mechas » (issus des animes et mangas, donc de la culture japonaise) et plutôt calqué sur un lapin qu’une chauve-souris, c’est surtout que Gordon soit affilié à cette position qui est surprenant. C’est éventuellement réprobateur : le policier, quarante-six ans dans la série, suit un entraînement intensif, se rase le crâne, enchaîne les vannes et les punchlines… En somme, ce Gordon 2.0 devient « cool » et totalement différent du personnage classique. C’est ce parti pris, trahison suprême ou intéressante initiative, qui mérite un débat. Dans l’évolution du travail de Scott Snyder, ça ne choque pas tant que cela mais pour un respect de cohérence, il aurait été plus judicieux de choisir un autre protagoniste pour incarner cette mouture. Pourquoi pas Harper Row, alias Bluebird ? Une jeune fille démunie et un brin punk : une image totalement contrastée avec celle de Bruce Wayne. Introduite dès le début de la série et occupant une place de plus en plus importante (notamment dans Batman Eternal), cela aurait été un choix certainement plus judicieux (mais toujours délicat par rapport au reste).

Bruce Wayne Gordon New Batman

Scott Snyder, très lucide, a anticipé les critiques négatives (une fois de plus) en établissant plusieurs mises en abîme dans sa bande dessinée pour montrer à son lectorat qu’il a bien conscience du traitement totalement hors-norme qu’il fait subir à Batman. Ainsi, l’on découvre en dessin deux enfants qui tiennent chacun une figurine du Chevalier Noir : l’un a celle du Batman « classique », l’autre celle du nouveau (c’est à dire de l’armure/du robot).

« Tu peux raconter ce que tu veux, mais Batman, c’est celui-ci. C’est lui, le vrai.
Ton machin là ? Même s’il a toute une collec’ de jouets assortis, c’est pas Batman.
Et puis, sérieux, il a même pas de Batmobile ! »

Même chose plus loin, avec Gordon qui explique que sa combinaison hight-tech, ressemblant plus à un lapin qu’à une chauve-souris, n’est pas non plus ce qu’est censée représenter le Chevalier Noir. Sans parler de la Batmobile devenue un énorme camion blindé…

« Parce que pour moi, non, hein, c’est pas Batman, ça. […]
On dirait… Un Bat-Lapin. Un Robot-Bat-Lapin ? »
[Gordon lorsqu’il découvre sa future armure.]

Batman La Releve Figurines

À côté de cette version plus ou moins novatrice de Batman, le lecteur découvre un ennemi végétal, créature hybride particulièrement menaçante, encore un peu mystérieuse. Poison Ivy aurait-elle été plus appropriée ? Très certainement. Elle aurait gagée aussi à parfaire un angle « réaliste » plausible qui était sensiblement instauré depuis le premier tome. Le Caped Crusader affronte en plus d’autre étrangetés, monstres organiques et/ou composés d’énergie (!). Ces combats ne transportent pas vraiment le lecteur (d’autant plus qu’on ne comprend pas spécialement leurs enjeux), ils servent surtout à se familiariser avec Gordon/Batman.

Les quatre chapitres de Snyder/Capullo sont encore trop « maigres » pour plonger avec fascination dans ce nouvel arc. Comme pour La Cour/Nuit des Hiboux et L’An Zéro, Snyder préfère étaler (à raison) son histoire sur l’équivalent de deux volumes. Ce n’est pas plus mal car ses « one-shot » (Le Deuil de la Famille et Mascarade) se lisent trop rapidement, confèrent un sentiment de bâclage voire de chapitres expéditifs. Il faudra donc attendre la suite (et fin) de cette relève pour construire un avis définitif, aussi bien sur ce segment que sur son travail global sur la série.

Comme toujours, côté graphique, le triptyque de choc excelle : Greg Capullo et son trait fin, détaillé et fluide, encré par Danny Miki puis colorisé avec brio par Fco Plascencia. Ce dernier procure, depuis L’An Zéro, un rendu visuel parfois « psychédélique », avec de nombreuses couleurs vives : en résultent d’agréables planches. Pour la partie scénaristique, cela devient une habitude : Snyder enchaîne bonnes et mauvaises idées et citent beaucoup ses anciennes et annexes productions (agréable pour le fin connaisseur, déstabilisant pour le néophyte). Par exemple le jeune Duke aperçu enfant dans L’An Zéro est ici adolescent et les connexions avec Batman Eternal et Mascarade sont nombreuses. Mais on navigue entre flashbacks et flashforwards avec une étonnante fluidité (les prémices du nouveau Batman, l’acceptation puis le changement de Gordon, ses affrontements, etc.).

Batman Gordon Suit Costume

Batman Annual #4, Maison de Fous, clôt l’ouvrage. Écrit par James Tynion IV (fidèle compagnon de plume de Snyder, comme le #3 publié dans Mascarade), on y suit Bruce Wayne (qui ignore toujours son ancienne double-identité), sa compagne Julie, mademoiselle Powers (à la tête de la compagnie éponyme qui a recruté Gordon en nouveau Batman) et Alfred dans le manoir familial (qui était devenu provisoirement le lieu d’hébergements des fous de l’asile d’Arkham, suite à son effondrement dans Batman Eternal). Le petit groupe sera confronté à l’Homme-Mystère, Mister Freeze et Gueule d’Argile. Un bon complément, dessiné par Roge Antonio, qui poursuit le statu quo inédit du lieu. La Relève est donc à découvrir, principalement pour son originalité (qui divisera, comme toujours), mais il est nécessaire de prévoir l’achat de la suite, faute de ne pas être totalement satisfait cette fois-ci.

Batman Releve

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 27 mai 2016.
Scénario : Scott Snyder, Brian Azzarello (Un cas comme un autre) et James Tynion IV (Maison de fous)
Dessin : Greg Capullo, Jock (Un cas comme un autre) et Roge Antonio (Maison de fous)
Encrage : Danny Miki
Couleur : Fco Plascencia, Lee Loughridge (Un cas comme un autre) et Dave McCaig (Maison de fous)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

Contient : Batman #41-45 and Free Comic Book Day 2015: DC Comics Divergence #1 + Batman Annual #4

Batman Jock

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Mister Bloom

Superman Univers – Hors Série #01

Critique express du premier hors-série de Superman Univers qui est consacré à ses premiers pas avec Batman (le magazine aurait pu s’appeler Superman & Batman, tant les deux héros sont présents). Même si l’homme d’acier et l’homme chauve-souris se sont rencontrés il y a plusieurs années (à la radio pour leur première fois en 1945 puis en BD en 1952 (plus d’informations dans la chronique de Superman / Batman – Tome 01)), les aventures relatées ici ont lieu juste après Crisis on Infinite Earth, c’est à dire le récit qui relancera l’univers DC Comics en 1986. Ainsi, dans ces nouvelles histoires, Batman et Superman ne se sont pas encore croisés et la méfiance est de mise des deux côtés, mais également un grand respect et le début d’une alliance.

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Man of Steel #3 : Une nuit à Gotham City… (1986)
Superman débarque à Gotham City pour livrer le fameux Batman à la justice. Le surhomme considère le Chevalier Noir comme un hors-la-loi aux méthodes douteuses. Mais après son arrivée, Superman est obligé de reconnaître que Gotham City n’est pas comme Metropolis et que, finalement, Batman n’est peut-être pas si mauvais que cela…
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Malgré une ennemie au look ridicule et à la psychologie très cliché (il eut été plus intéressant de la remplacer par le Joker), cette entrée en matière à le mérite de développer le début de la relation entre les deux super-héros de manière très efficace, à mi-chemin entre le respect, la méfiance et la confiance.

Action Comics Annual #1 : Skeeter (1987)
Batman enquête dans une petite ville de campagne pour suivre la piste de victimes égorgées, comme à Gotham. Il téléphone même à Clark Kent pour avoir de l’aide.
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Seconde association entre Superman et le Chevalier Noir, dans une ambiance très old-school avec une femme « vampire » et par conséquent un petit côté fantastique rétro pas désagréable.

Action Comics #653 : Amour & Mort (1990)
Clark se rapproche de plus en plus de Lois. Le journaliste est également devenu indépendant. Il profite de son temps libre pour simplement voler dans les airs et, comme toujours, protéger les innocents. Une ancienne employé de Lex Luthor, qui a découvert son identité secrète, lui donne rendez-vous pour vérifier que l’homme est bien le super-héros et, surtout, qu’il faillit devant la kryptonite.
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Seul chapitre où Batman n’apparaît pas, celui-ci est une introduction à Le Chevalier Noir  à Metropolis (Dark Knight over Metropolis !), dont la succession de chapitres entre trois séries différentes (Superman, Adventures of Superman et Action Comics) est une première pour l’époque. Plaisant et agréable, cette courte histoire montre surtout le point de vue de Clark Kent/Superman dans sa vie de tous les jours.

Superman #44 : Le Chevalier Noir à Metropolis – 1ère partie (1990)
Adventures of Superman #467 : Le Chevalier Noir à Metropolis – 2ème partie (1990)
Action Comics #654 : Le Chevalier Noir à Metropolis – 3ème partie (1990)
Batman découvre une bague ornée d’un morceau de kryptonite à Gotham, il décide de se rendre à Metropolis. Dans la ville de Superman, une journaliste collègue de Lois Lane et Clark Kent est la cible prioritaire d’un gang. Cette dernière a écrit une série d’articles les dénonçant. L’homme d’acier la suit pour la protéger. Par ailleurs, Clark Kent est invité à une réception chez Lex Luthor, tout comme Bruce Wayne.
>> Suite directe d’Amour et Mort, cette mini-série en trois partie (quatre en comptant le chapitre précédent) montre une nouvelle rencontre entre les deux super-héros. Cette fois, le style old-school et le côté kitch de certains ennemis n’apportent pas forcément la nostalgie agréable des autres publications. Le travail graphique reste très correct, mais l’ensemble s’éparpille un peu inutilement au niveau des « ennemis ». En revanche, toute la partie avec Luthor est très bien traitée, ainsi que l’alliance entre Batman et Superman. Les planches finales, révélant quelques interrogations (qui n’étaient pas nécessaires) alternent une originalité dans leur découpage et un dialogue très convaincant pour conclure le récit, notamment les deux dernières cases.

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(Image tirée de la version originale, pour le magazine, les couleurs ont été retravaillées.)

Magazine de qualité, permettant de (re)découvrir les débuts du célèbre duo iconique de DC Comics dans l’ère moderne des comics, ce Superman Univers HS #1 est fortement conseillé aussi bien aux amoureux du Kryptonien que du Caped Crusader. Fort de ces évènements « historiques », les récits proposent également une plongée vers une époque radicalement différente niveau dessins et textes.

C’est un bon complément aux Superman / Batman de Jeph Loeb, qui assure une belle vision sur les quelques œuvres des aventures du duo. Même s’il n’existe pas (encore) LA bande dessinée qui ne traitera que de ces deux amis alliés et qui restera culte et intergénérationnel, il est nécessaire de lire ce numéro et le run de Loeb. Aucun n’excelle à tous points de vue et sur la durée, mais tous comportent d’excellents passages plutôt marquants (les premiers échanges, mélange de méfiance et respect, puis la confiance et l’alliance ici, la narration croisée en continue pour le travail de Loeb, avec évidemment ses histoires différentes, surtout dans le premier tome).

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Superman / Batman – Tome 02

Suite et fin des aventures de l’Homme d’Acier et de l’Homme Chauve-Souris, entamées dans le premier tome et également scénarisées par Jeph Loeb. Les chapitres #14 à #26 de l’artiste forment son run et conclut cette « mini-série ». *

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[Histoire]
Pouvoir Absolu
Dans ce qui s’apparente à une réalité alternative, Batman et Superman ont été élevés par trois autres personnes, dotées elles-aussi de pouvoirs, et ont fait du célèbre duo de justiciers les hommes les plus puissants du monde, de véritables tyrans dirigeant la Terre sans aucun état d’âme.
Wonder Woman se charge de « réveiller » quelques anciens alliés qui pourraient affronter et venir à bout du binôme dictatorial. Mais chaque fois que l’un des deux anciens justiciers semble être vaincus, les deux frères voyagent dans une autre dimension, totalement différente du monde « classique ».

La Fille d’Acier
Superman et Batman surveillent de loin Kara, la cousine de l’Homme d’Acier, dernière survivante de Krypton. Pour Superman, c’est l’inquiétude qui règne, il veut savoir si cette nouvelle Supergirl peut se débrouiller seule ou s’il doit continuer de la couver. Pour Batman, c’est toujours l’occasion de garder un œil méfiant sur une potentielle force incontrôlable. Mais une autre personne surveille la jolie jeune fille…

Vengeance
Batman et Superman, aussi bien les héros « originels » que leur double maléfique (de Pouvoir Absolu), continuent d’alterner les dimensions et les réalités et croisent d’autres versions d’eux-mêmes plus atypiques : un Batman au féminin, le Superman russe (de Red Son), ou encore Batzarro et Bizarro. Tous ces personnages se combattent et dérivent dans de multiples dimensions, où ils croisent d’autres « héros » : les Maximums notamment, qui seront récurrents, et éphémèrement Jonah Hex, Kamandi, La Légion des Super-Héros, etc. Tour à tour ennemi ou allié. Mais un autre duo se cache derrière ce jeu diabolique, mêlant magie et manipulation…

In Memoriam
Robin se rappelle d’une de ses dernières aventures avec Superboy, quand ils étaient partis à la recherche de Toyman.

Souvenirs de Sam
Le père de Clark Kent se remémore la jeunesse de son fils à Smallville, à l’époque où il côtoyait un de ses amis, Sam, qui était atteint d’un cancer.

superman batman tome 02

[Critique]
Pouvoir Absolu fait partie de ces quelques elseworlds (univers alternatifs) intrigants et réjouissants puisque les figures super-héroïques de Batman et Superman que l’on connaît sont cette fois l’équivalent de dictateurs (leurs anciens alliés sont essentiellement morts, pas forcément par leur faute, et d’autres vont devenir une résistance — ce qui n’est pas sans rappelé la saga Injustice – Les Dieux sont parmi nous). Passé l’effet de surprise, on constate un enchaînement de réalités différentes un peu trop rapide, sans réelles explications suffisantes. La connexion avec le Superman du futur, intervenu en début du premier tome, permet de garder un (léger) lien cohérent entre toutes ces histoires. Même si les cinq chapitres sont largement suffisants pour couvrir ces nouvelles versions du tandem, une plus large exploration de ces univers originaux n’aurait pas été de trop. Au contraire, pour une fois que les « bases » changeaient, il eut été intéressant de les approfondir davantage.

Ce principe sera repris dans Vengance, enchaînant les « tunnel boom » et les voyages dans les dimensions, dans une confusion totale et sans réelle fluidité, avec en prime Bizarro et Batzarro et leur langage vite agaçant (une plongée dans l’absurde trop poussée). Les Maximums sont, quant à eux, clairement revendiqués comme étant une parodie des… Avengers de Marvel (un géant nordique, une femme guêpe petite, un soldat patriote, un enfant se transformant en monstre géant vert, etc.) ! Si l’ensemble est assez indigeste, il est paradoxalement assez « palpitant » car mieux écrit au fur et à mesure, bien rythmé, parfois drôle mais plutôt habile dans sa manière d’amener le lecteur à vouloir connaître la fin et qui tirent les ficelles dans l’ombre. Il s’agit du Joker et de « Mr Mxyztplk », rappelant Empereur Joker, dans lequel le Clown du Crime avait déjà requis à la magie pour satisfaire ses plans. Une œuvre à lire donc de préférence avant ce Superman / Batman. Bourré de références à l’univers DC Comics (de l’âge d’argent) avec tous les rôles tertiaires intervenants, cette Vengeance est tout de même compliquée, dessinée à nouveau par Ed McGuiness qui avait opéré dans la première partie du l’opus précédent. Avec par conséquent son style très cartoonesque, des traits très épais, des musculatures immenses et ainsi de suite. Un parti pris délicat, pas forcément séduisant, au contraire (qui ravira tout de même les adeptes du style, évidemment). La conclusion « définitive », en une seule case, est plutôt décevante.

Maximums Batman Superman

La Fille d’Acier (située entre les deux grands arcs ci-dessus) est un agréable rappel à Le Trésor du tome précédent, extrêmement bien dessiné par Ian Churchill (malgré un corps féminin très longiforme, torse presque élastique et un peu sexué), mais malheureusement la suite sera à découvrir dans Infinite Crisis tome 4 et 5. Sachant que l’histoire de son arrivée sur Terre faisait déjà écho à Infinite Crisis, c’est presque devenu une lecture parallèle obligatoire, dommage.

In Memoriam fait intervenir pléthore d’artistes, avec au scénario : Sam, Jeph et Audrey Loeb, Geoff Johns, Brian K. Vaughan, Allan Heinberg, Paul Levitz, Mark Verheiden, Richard Starkings, Brad Meltzer, Joe Kelly, Joe Casey et Joss Whedon ! Les dessins ne sont pas en reste avec à nouveau Ed McGuiness, Ian Churchill, Carlos Pacheco et Tim Sale, mais aussi Jim Lee, Pat Lee, Mike Kunkel, Duncan Rouleau, Rob Liefeld, Joe Madureira, Art Adams, Joyce Chin, Jeff Matsuda et John Cassaday. Ce concept cache en fait une triste réalité, Sam Loeb, 17 ans, fils de Jeph, avait commencé à scénarisé ce chapitre avant de décéder d’un cancer. Toute la galerie citée ci-dessus est alors intervenue pour achever cette petite histoire (chacun opérant sur une ou deux planches), assez drôle et émouvante par ailleurs, même si la fin nous laisse justement… sur notre faim. L’ouvrage se termine par un autre court récit extrêmement triste, Souvenirs de Sam, qui met à l’honneur un jeune ami de Clark Kent, un certain Sam, forcément, atteint d’un cancer et qui va inexorablement rendre l’âme. Un bel hommage d’un père à son fils, dessiné par le fidèle Tim Sale.

Superman Batman 26

Malgré cette (fausse) fin, plusieurs éléments restent en suspens après ces deux tomes : quid de l’enquête sur le meurtrier des parents de Bruce Wayne ? Comment est mort Superboy ? Que devient Lex Luthor ? Que devient Supergirl ? Pour les deux dernières questions, les réponses sont à priori dans Infinite Crisis, mais peu importe, cela reste assez frustrant. Si le premier tome était une bonne entrée en matière et que celui-ci poursuit efficacement dans la moitié de son récit et les petits chapitres supplémentaires sa route, le contenu total n’est quand même pas « extraordinaire ». Passé la surprise des débuts alternatifs, la suite sera réjouissante par moment (la narration monologue des deux super-héros, toujours efficace ; le retour éphémère de Supergirl et les morceaux d’humour et de tristesse de la fin), mais pénible par d’autres (l’incompréhension globale du second arc, un premier expéditif et mal exploité). Assez inégal donc, de même que pour la partie graphique, plutôt réussie et visuellement attractives dans La Fille d’Acier, In Memoriam et Souvenirs de Sam (soit un quart de l’ouvrage seulement) ce sera moins le cas, pour Pouvoir Absolu, dessinée par Carlos Pacheco, plutôt classique mais parfois inspirée (dans ses découpages notamment), voire l’inverse pour Vengeance, comme évoqué plus haut.

Impression mitigée donc, une lecture à réserver pour ceux qui ont adoré le premier tome, les amoureux de Jeph Loeb ou les inconditionnels des aventures dystopiques, même un peu « farfelues » et confuses, du duo iconique de DC. Pour les autres, une suite originale mais pas forcément réussie et attractive, au contraire, ainsi qu’une certaine frustration sur les fins.

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* la série a continué après le départ de Jeph Loeb et s’est étalée sur près de 90 chapitres jusqu’en 1986. Urban Comics a choisi de ne publier que les 26 premiers chapitres de Superman / Batman, écrit donc par Jeph Loeb.

[A propos]
Publié en France chez Urban Comics le 4 mars 2016
Titre original : Absolute Superman/Batman 2
Scénario : Jeph Loeb (et collectif pour In Memoriam)
Dessin : Carlos Pacheco (Pouvoir Absolu), Ian Churchill (La Fille d’Acier), Ed McGuiness (Vengeance), Tim Sale (Souvenirs de Sam) et collectif (In Memoriam)
Couleur : Laura Martin (Pouvoir Absolu), Christina Strain (La Fille d’Acier) et Lee Loughridge (Vengeance ch. 1 et 2), Dave McCaig (Vengeance ch.3 à 5 + conclusion), Jose Villarrubia (Souvenirs de Sam) et collectif (In Memoriam)
Encrage : Jesus Merino (Pouvoir Absolu), Nrom Rapmund (La Fille d’Acier), Dexter Vines (Vengeance) et collectif (In Memoriam)
Lettrage : Stephan Boschat (Studio Makma)
Traduction : Nicole Duclos et Mathieu Auverdin (Studio Makma)

Titre des chapitres :
Pouvoir Absolu – Chapitre 1 à 4 + conclusion (Superman/Batman #14 à #18)
La Fille d’Acier (Superman/Batman #19)
Vengeance – Chapitre 1 à 5 + conclusion (Superman/Batman #20 à #25)
In Memoriam (Superman/Batman #26)
Souvenirs de Sam (Superman/Batman #26)

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