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Batman Prime – Tome 1 : Ennemi public n°1

Nouvelle série sur Batman ! Porte d’entrée idéale ou énième « divertissement sans plus » ? On fait le point sur ce premier volume de Batman Prime, qui inaugure une nouvelle ère.

 

(Le premier chapitre a été publiéefin mars dans la Gotham Gazette – on en parle plus bas.)

[Contextualisation]
Les fans le savent bien, aux États-Unis il y a deux séries historiques sur Batman : Detective Comics et Batman. La seconde a vécu trois relances (relaunch en VO) depuis 1940 (!) pour redémarrer chaque fois au numéro #1. L’idée est simple : attirer le sacro-saint potentiel nouveau lecteur pour l’embarquer dans une nouvelle série qui ne requiert (apparemment) pas trop de connaissances en amont. C’est souvent vrai mais à nuancer. En France, Urban Comics avait profité du relaunch de 2011 (New 52) pour lancer sa première série Batman (de Scott Snyder). En 2016, lors de la deuxième nouvelle numérotation, c’est l’ère Rebirth qui a dominé les séries françaises. Malgré ces relances, les séries restent intitulées Batman aux US – on leur accole l’année de départ (et de fin) quand on les nomme pour ne pas trop s’y perdre, avec également un numéro de volume correspondant aux périodes de publication. Ainsi, cela donne (hors numéros annuals et specials) :

  • Batman vol. 1 (1940-2011) – 713 numéros
  • Batman vol. 2 (2011-2011) – 52 numéros
  • Batman vol. 3 (2016-2025) – 164 numéros – normalement terminé mais toujours en cours à cause de Silence 2
  • Batman vol. 4 (depuis 2025) – En cours

Chez nous, bien difficile de ne pas dissocier autant de séries ; Rebirth est donc devenu Infinite dans un second temps (pour éviter de s’y perdre et de publier des séries à rallonge qui ne sont pas forcément de véritables suites directes entre elles – mais qui changent d’auteurs de l’une à l’autre). Par exemple Batman Rebirth et Joker War sont classés dans la collection DC Rebirth, tandis que Batman Infinite et Batman Dark City dans DC Infinite. Les derniers numéros de Batman vol. 3 sont consacrés à Silence 2 et auraient dû être terminés depuis longtemps. Pour ne pas attendre de trop, DC Comics relance Batman avec un numéro #1 – impossible de savoir si c’est lié au retard de Silence 2 ou prévu de longue date. L’astuce permet de faire co-exister DEUX séries intitulées Batman sans se préoccuper de la continuité et du retard de la première. Derrière cette habile manœuvre, la nouvelle numérotation permet d’avoir une porte d’entrée pour un nouveau lectorat. En France, Urban Comics a choisi de nommer cette nouvelle ère Prime (comme toujours, l’idée est d’anticiper une meilleure dissociation pour les futures séries autour du Chevalier Noir, quand le run d’un auteur sera terminé par exemple).

Problème : le premier chapitre de Batman Prime est clairement la suite des précédents (ceux qui se déroulaient avant Silence 2, donc ceux de Dark City – tout le monde arrive à suivre ?). Il est donc très étrange d’aborder la série comme s’il s’agissait d’une véritable nouveauté (d’autant plus que c’est le même dessinateur – le talentueux Jorge Jiménez – qui est à l’œuvre, comme il l’était sur Dark City). La lecture reste abordable sans difficulté mais on a du mal à l’envisager comme un nouveau départ au sens stricte du terme. Néanmoins, ce n’est pas si grave que cela. Voyons plutôt ça comme une nouvelle série classique autour de Batman, ce qu’elle est de prime (prime, vous l’avez ?) abord, de toute façon !

 

[Introduction d’Urban Comics]
L’éditeur ouvre le volume avec un long texte pertinent récapitulant les évènements récents qui ont eu lieu pour Batman (confirmant qu’on est loin d’un nouveau départ mais passons…). Voici un copié/collé de cette introduction (avec quelques ajouts référentiels pour les comics dans lesquels se déroulent les faits relatés), qui permet d’avoir en tête les éléments importants ou de les découvrir si le lecteur n’est pas à jour et reprend ses lectures (ou débute) Batman avec ce premier opus.

Un nouveau jour

Les dernières années ont été particulièrement difficiles pour le Chevalier Noir. Brisé par Bane (fin de Batman Rebirth), ruiné par le Joker (Joker War) et pris d’assaut par l’Épouvantail (Batman Infinite)… S’il est toujours parvenu, entouré de ses alliés, à se relever et faire face aux menaces, sa vie est loin d’être revenue à la normale. La mort d’Alfred Pennyworth des mains de Bane laisse un vide profond dans le cœur des membres de la Bat-Famille, et cette perte est d’autant plus douloureuse pour Batman qui voit partir son plus précieux allié, conseiller et figure paternelle.

Dans le même temps, Gotham est aussi secouée par un vent de changement au lendemain des crises successives qui ont ravagé la ville. Chris Nakano, un ex-policier qui perdit sa partenaire et fut grièvement blessé lors de la « Guerre du Joker», est élu maire. Véritable symbole du « ras-le-bol» des gothamiens, il estime Batman responsable des catastrophes frappant la ville et mène une stricte politique anti-justiciers.

Ces tensions contribuent à faire réémerger en Bruce Wayne une personnalité de secours amorale et ultraviolente, Zur-en-Arrh (Dark City). Celui-ci le pousse non seulement à faire preuve de plus de méfiance et de radicalité dans son combat, mais surtout à pousser ses alliés à quitter cette vie de dangers. Ainsi, quand Catwoman forme une « Ligue des voleurs » ciblant exclusivement les très riches en évitant toute violence, Batman atteint un point de rupture. Incapable de concilier sa philosophie de lutte contre le crime avec les actions de la voleuse, il part en guerre contre elle, malgré les objections d’une partie de la Bat-Famille. Prêt à tout, il ira jusqu’à manipuler mentalement Jason Todd pour le rendre incapable de se battre, brisant la confiance que ses coéquipiers avaient en lui.

 
(Quelques couvertures des dernières séries Batman et Detective Comics où se déroule les évènements relatés dans ce texte)

Mais cette Ligue n’est en réalité qu’une façade pour les plans de Vandal Savage, immortel né dans la préhistoire et super-vilain notoire. Réalisant que ses pouvoirs sont en déclin, il espère retrouver à Gotham la météorite qui lui a conféré sa longévité légendaire. Avantage de taille, il connait l’identité secrète de la Chauve-Souris et compte bien utiliser cette information à ses fins. Savage rachète le Manoir Wayne, s’y installe, et réunit toute la galerie de vilains gothamiens pour mener bien ses plans et faire tomber le Chevalier Noir. Batman et les siens sont finalement réunis pour un ultime combat face à lui, au terme duquel Catwoman passe pour morte aux yeux du monde, à l’exception de Batman qui garde le secret.

Sans manoir, sans Alfred et désormais isolé, Batman est privé de tout ce qui faisait son identité de Bruce Wayne. Plus paranoïaque que jamais, il est finalement dépassé par son identité de Zur-en-Arrh, qui a trouvé refuge dans l’implacable androïde Failsafe et l’attaque frontalement avant de le faire prisonnier. Ce n’est que par l’intervention d’une Bat-Famille resoudée que Zur-en-Arrh sera finalement vaincu…

Mais le repos n’est que de très courte durée, alors que Vandal Savage est nommé commissaire par Chris Nakano. En effet, si l’immortel est bien parvenu à rentrer en contact avec la précieuse météorite, il constate que ses effets se cantonnent aux frontières de Gotham. Désormais coincé dans la ville, il décide de se rapprocher des puissants pour en prendre le contrôle de l’intérieur. Sa première décision est radicale : aucun «justicier » ne peut agir à Gotham et Batman se retrouve, comme à ses débuts, hors-la-loi.

À ces intrigues s’ajoute une histoire d’amour tuée dans l’œuf : Jim Gordon entame une liaison avec Koyuki Nakano, l’épouse délaissée du maire. Il s’ensuit une dispute entre les deux hommes qui se solde par la mort de Nakano. Batman finira par prouver que Gordon a agi sous l’influence du Sphinx, armé de la technologie de contrôle mental du Chapelier Fou. Une fois innocenté, l’ex-commissaire décide de se réengager dans la police. Bien entendu soumis au bon vouloir de Savage, Gordon doit reprendre sa carrière à zéro, comme agent de terrain en uniforme, et ce malgré ses états de service. Ainsi, Batman et Gordon opèrent tous deux un retour aux sources, dans une Gotham en perpétuelle évolution.

C’est dans ce contexte que Matt Fraction prend les manettes de la nouvelle série Batman. Scénariste reconnu dans l’industrie des comics, récompensé de trois Eisner Awards pour son travail sur The Invincible Iron-Man, Hawkeye et Sex Criminals, il accepte la lourde tâche de reprendre les aventures du Chevalier Noir. Véritable coup de tonnerre aux États-Unis, ce relaunch marque la publication d’un nouveau « Batman #1 », le quatrième seulement depuis la création du personnage en 1939. Un événement historique donc, qui s’accompagne d’un véritable renouveau tout en s’inscrivant dans la continuité de la riche histoire du personnage. Bref, un exercice d’équilibriste pour Fraction, bien résolu à relever ce défi de taille.

Sa recette ? Présenter Gotham sous un nouveau jour, aussi reconnaissable par les lecteurs de longue date qu’accueillante pour les nouveaux lecteurs. Aussi, l’auteur multiplie les surprises: nouveau costume, nouveaux gadgets, nouveaux alliés… et bien sûr nouveaux ennemis. Pour réaliser cette vision, il est accompagné d’un artiste bien connu des fans de la Chauve-Souris: Jorge Jiménez, dessinateur emblématique des séries Batman – Joker War, Batman Infinite et Batman – Dark City. Avec son trait lumineux et dynamique, il vient magnifier cette version inédite de l’univers du Chevalier Noir.

Chaque chapitre est un récit auto-contenu, dessinant une intrigue au long cours. Le cadre parfait pour faire intervenir de nombreux personnages de l’univers gothamien, en passant de diner mondain en course-poursuite, de whodunit en combat épique. Les intentions de l’auteur sont claires : proposer des épisodes mettant autant Batman que Bruce Wayne sous le feu des projecteurs dans une Gotham où le crime organisé tend à se structurer autour de nouveaux visages. Autre particularité: après une période particulièrement sombre, Fraction souhaite écrire un Batman plus optimiste, empathique, tout en respectant l’ADN de ce qui fait le Croisé à la Cape. Un aspect souvent mis de côté par les auteurs, et qui transparaît ici dès les premiers chapitres.

Mais une Gotham lumineuse reste une Gotham dangereuse. Ainsi, les nouvelles Tours Arkham se fixent pour but de réhabiliter ses dangereux patients, mais peut-on s’y fier ? Chris Nakano a laissé sa place à un super-vilain au service d’une organisation criminelle, la Cour des Hiboux, elle-même infiltrée par des espions russes… Mais les élections approchant doit-on craindre l’arrivée d’un nouveau maire aux sombres desseins ? Enfin, Batman fait face à l’avenir doté d’une motivation nouvelle, mais doit toujours affronter le vide laissé par la mort d’Alfred. Le Chevalier Noir parviendra-t-il à faire son deuil pour véritablement tourner la page ?

[Résumé de l’éditeur]
Batman a connu des années difficiles : brisé par Bane, ruiné par le Joker et attaqué par sa propre création, Failsafe. Mais le Chevalier Noir, entouré de ses alliés, a toujours su se relever et faire face aux menaces. Ainsi, quand Vandal Savage, nouveau commissaire du G.C.P.D., déclare Batman hors-la-loi, notre héros ne recule pas et se lance dans une nouvelle ère d’héroïsme. Une nouvelle page, plus lumineuse, s’ouvre pour le plus Grand détective du monde !

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Comme évoqué, ce Batman Prime est un vrai/faux départ. Un vrai car le Chevalier Noir est plus ou moins revenu à zéro et il se lance dans de nouvelles investigations et de nouveaux affrontements… Un faux car le statu quo prolonge le précédent : Vandal Savage est à la tête du GCPD, Gordon est un simple agent de terrain, Alfred est toujours mort (remplacé par un hologramme – on en reparlera), la politique de feu Nakano toujours plus ou moins présente, les cheminements des différents Robin reprennent où ils étaient, etc. Le cadre est donc posé, pas tout à fait « classique/habituel » mais suffisamment familier pour le comprendre.

Alors, qu’est-ce que racontent ces six premiers chapitres ? Malheureusement pas grand chose de très original… Contrairement à ce qui est annoncé par Urban Comics, les épisodes ne sont pas vraiment auto-contenus et se suivent bien entre eux avec, à la fin de chacun, une petite séquence qui donne envie de lire la suite. Le premier chapitre montre ainsi Batman à la poursuite de Killer Croc (avec une conclusion moins brutale qu’à l’accoutumée), le deuxième Red Robin/Tim Drake avec un mix entre passé (flashback quand il s’essayait à conduire la Batmobile) et présent (il se prend une balle par un policier avant d’en sortir presque indemne  – première forme d’incohérence/facilité narrative qui casse de suite l’immersion/l’émotion). Le troisième épisode met en avant Bruce Wayne (en civil donc) en visite à l’hôpital puis dans ses entreprises – Batman et Robin sont décrétés hors-la-loi à ce stade –, avant une confrontation avec le Sphinx.

Il faut attendre le quatrième chapitre – le meilleur de la bande dessinée avec le cinquième – pour découvrir Le Minotaure, nouvel ennemi affublé, évidemment, d’un masque de taureau et possédant deux doigts supplémentaires (donc sept) à la main gauche. Manipulateur de finances et personne cruelle, ce Minotaure va-t-il se hisser au panthéon des antagonistes emblématiques du Dark Knight ? L’avenir nous le dira… L’occasion aussi de découvrir Annika Zeller, émérite docteur qui travaille au siège du département de sciences expérimentales Wayne (et déjà croisée en amont de l’histoire). Un rencard entre elle et Bruce est au cœur du cinquième épisode où se croisent des motards ninja (!) et une mystérieuse femme pouvant se transformer en plusieurs corbeaux (!!).

De nouveaux personnages donc (le Minotaure, Zeller et la femme aux corbeaux), quelques apparitions d’habituels (le Sphinx et le Pingouin) et une nouvelle menace encore opaque. Les jalons sont posés pour créer un nouveau mini-univers au sein d’un plus vaste. Celui de Matt Fraction donc. Le scénariste jongle comme il peut entre ce qu’il doit conserver de la continuité et en essayant d’avoir une semi carte blanche pour opérer son début d’arc. En cela l’ensemble est globalement réussi (bien aidé par sa partie graphique, on y reviendra). Le rythme est le point fort de la fiction, tout se lit vite et bien, avec une certaine hâte. Il faut attendre la seconde moitié de l’ouvrage pour être (enfin) un peu plus happé par l’intrigue. C’est donc une entrée en matière globalement convaincante mais pas non plus follement singulière. En somme ça devrait contenter les lecteurs habituels à la recherche d’une sympathique aventure de Batman mais, comme toujours, les deuxième et troisième tomes seront réellement décisifs pour trancher (la promesse de fin du premier est suffisamment palpitante pour avoir de beaux espoirs).

Côté écriture, si les échanges sont vifs et ciselés, sans temps morts, quelques points sont à soulever. Comme dit par l’éditeur en début d’ouvrage, Batman est doté de nouveaux gadgets. Très bien. Ça se traduit par une petite fiche signalétique qui le définit… Alfred est décédé ? Il est désormais remplacé par un hologramme (voire une IA – on ne sait pas trop) et amorce peut-être un chemin de résurrection future (comme avec Damian en son temps, cf. la série Batman & Robin). Timothy (Red Robin) annonce quitter Gotham pour s’installer avec son petit ami Bernard (cf. Dark City – Tome 2). En somme, des choses plus ou moins impactantes, pas vraiment révolutionnaires pour autant.

Une anecdote pour chipoter : le terme « boilermarker » est utilisé en VO pour qualifier un personnage secondaire, suivi de l’expression « back like a bad penny ». Cela signifie qu’il s’agit d’une personne pot de colle, qui revient sans cesse et dont on se débarrasse difficilement. Pour la version française, le traducteur (Jérôme Wicky) a curieusement choisi… « le sparadrap du capitaine Haddock ». La référence parlera évidemment à tous ceux qui ont lu ou vu les aventures de Tintin (et si ce n’est pas le cas, impossible de comprendre de quoi il en retourne) mais elle casse clairement une sorte d’immersion dans l’univers de Batman ! Quel dommage, il y avait des traductions plus simples possibles pour éviter cela. Voir les cases concernées tout en bas de cette critique. On le répète : c’est anecdotique mais à souligner néanmoins car ce n’est pas la première fois que cela arrive et pour le lectorat le plus exigeant, ce sont des choses qui peuvent agacer.

Dans Ennemi public n°1, le véritable héros est peut-être Jorge Jiménez. Il magnifie son homme chauve-souris et son alias civil à de multiples reprises. Des plans en pleine page (ou doubles pages), de la lumière (superbe colorisation de Tomeu Morey – habituel compagnon de route), un Bruce un brin plus léger et solaire qu’à l’accoutumée, ce sont surtout les véritables ingrédients rafraichissants de la série ! Le dessinateur impose un nouveau logo, un costume légèrement remanié et une Gotham lumineuse, vivante et appréciable (un parti pris de s’éloigner de l’habituelle cité trop sombre et morose). Ne serait-ce que pour la qualité visuelle et chromatique, on aurait tendance à conseiller ce Batman Prime (aux plus prudents : attendons à minima le second tome – sortie prévue fin 2026/début 2027).

Pour l’occasion, Urban Comics avait publié le premier épisode le 27 mars dernier dans une superbe Gotham Gazette à 3,90 € (cf. couverture en haut de cette page). Un faux journal dont la Une mériterait d’être encadrée (ou certaines planches dedans), à la fois objet atypique, preview accessible et édition limitée (déjà épuisée). L’éditeur ne sait pas à l’heure actuelle s’il réitérera l’opération pour d’autres séries. Quant à la version cartonnée classique, elle sera disponible le 22 mai prochain. Urban réitère sa maquette blanche pour l’occasion (comme pour Ghosts of Gotham), conférant cette impression de « beau livre » pour les nouveaux venus (seront-ils un peu perdus ou emportés ? à vous de nous le dire en commentaire) ou les lecteurs de longue date (seront-ils décontenancés ou satisfaits de cette nouvelle proposition ? idem, à vous de le manifester).

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 22 mai 2026
Contient : Batman (2025) #1-6
Nombre de pages : 168

Scénario : Matt Fraction
Dessin et encrage : Jorge Jimenez
Couleur : Tomeu Morey

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Scribgit

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Batman Ghosts of Gotham – Tome 02 : Élixir

Après un premier opus accessible, moyennement convaincant dans son écriture mais séduisant dans son approche graphique, élégante et homogène, que vaut le deuxième volet de Ghosts of Gotham ?

[Résumé de l’éditeur]
Asema a été mise hors d’état de nuire, mais ses agissements restent entourés de mystère alors que déjà, une nouvelle menace plane sur Gotham… et sur le monde entier. Toujours ébranlé par les révélations sur son propre passé, Batman n’a d’autres choix que de quitter Gotham pour mener l’enquête sur une mystérieuse secte obsédée par l’immortalité, et qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins… ni même à s’attaquer à un ami très cher du Chevalier Noir.

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Attention, lecture très dispensable ! Pas forcément désagréable mais qui est tellement oubliable, semble déconnectée du précédent ouvrage et qui compile plusieurs petits bouts d’histoires, qu’on n’a pas l’impression de lire un ensemble conséquent et qui se suit… En effet, Elixir se compose de Batman, ne résous pas mon meurtre, correspondant à l’annual #1 de la série Detective Comics 2025, suivi de Batman et David Rosales, élève de cinquième. Le premier récit offre une enquête inédite au Chevalier Noir : le cadavre d’un homme qui a écrit avec son sang de ne pas résoudre son meurtre (d’où le titre, cf. image également ci-dessus). La fiction est plutôt sombrement rocambolesque, piochant dans le monde de l’édition (!) et… des équations (!). C’est complètement anecdotique. Le second segment, relativement court, propose une courte collaboration entre le justicier et un collégien qui suspecte l’Épouvantail d’avoir son ancienne planque dans l’établissement scolaire. Là aussi c’est sans intérêt…

Il faut atteindre la cinquantième page pour trouver le récit le plus conséquent éponyme à l’œuvre. Elixir s’étale sur trois chapitres (Detective Comics #1097-1099), tous trois écrits par Tom Taylor et dessinés par Lee Garbett (là où tout le reste de la bande dessinée enchaîne différents artistes – voir bloc À propos). On y suit Batman et Bullock, dans une (en)quête autour de deux malfrats semblant immortels et d’anciennes légendes du GCPD corrompues. Le Pingouin s’invite à la fête – comme allié inattendu – et l’ensemble reste assez convenu dans sa démonstration.

Place ensuite à Perdus et retrouvés « suivi de trois récits complets » (sans titre pour chacun d’eux, tous tenant sur une dizaine de planches, en VO ils sont nommés – Your role in the community, The Knife and Gun Club, The Fall), correspondant à des historiettes de Detective Comics #1100, il fallait donc marquer le coup… La première remet en scène Batman avec un enfant, dans un ensemble muet (sans aucune bulle de texte donc) – la communication s’effectuant en langue des signes entre Batman et le jeune garçon à la recherche de son chien.

Le second récit montre Bruce Wayne à un dîner caritatif où il échange avec un journaliste sur les actions pour servir la ville. Le milliardaire arguant signer des chèques, agaçant son interlocuteur préférant du concret, avec en toile de fond les actions de l’alter ego justicier bien plus productives et tangibles. L’avant-dernier récit complet expose une nuit à l’hôpital où deux infirmières échangent leur point de vue quant à la croisade du Chevalier Noir et ses conséquences pour le corps médical. Enfin, l’ultime récit est une chute de Batman pour sauver (ou non) un criminel – on en retient principalement l’art de Bill Sienkiewicz.

Et voilà… Lecture rapide, sans réelle importance, rien de révolutionnaire, rien qui fait avancer le run de Tom Taylor (s’il a un plan en tête – le contraire serait surprenant), à la brève exception de l’histoire Elixir qui renoue un peu avec ce qui avait été vu dans Clémence et châtiment. Ce second opus rappelle le sixième de la série Batman de Scott Snyder (Passé, présent, futur), complètement superflu.  Aparté : on peut d’ailleurs s’étonner qu’Urban Comics publie ces segments (même si on leur reprocherait s’ils ne le faisaient pas) à l’heure où ils assument n’éditer que ce qu’ils aiment/souhaitent ou se targuent d’une forme de complétisme pour certaines œuvres (qui ne le méritent pas, cf. ces deux exemples), alors que d’autres titres n’en bénéficient pas…

À ce stade, si vous avez aimé le premier tome, vous pouvez faire l’impasse sur cette première « suite » ; il faudra attendre le troisième pour véritablement replonger dans la série et espérer une intrigue plus solide et stimulante. Comme évoqué plus haut, l’ensemble est dessiné par une myriade d’artistes différents. Aucun n’est spécialement honteux, aucun ne sort non plus du lot (sauf Sienkiewicz évidemment mais c’est bien trop court). On a donc un ensemble graphiquement hétérogène (mais pas désagréable pour autant) pour sept récits (dont cinq extrêmement courts) totalement dispensables et oubliables, comme déjà dit en ouverture de critique. Bref, on était en droit d’espérer mieux de Tom Taylor d’une part, mais aussi pour « fêter » le chapitre #1100 de Detective Comics d’autre part. On garde espoir pour le volet suivant ?

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 28 novembre 2025
Contient : Detective Comics #1097-1100 + Detective Comics 2025 Annual #1
Nombre de pages : 176

Scénario : Tom Taylor, Mariko Tamaki, Greg Rucka, Dan Watters, Al Ewing, Joshua Hale Fialkov
Dessin et encrage : Lee Garbett, Mikel Janin, Alvaro Martinez Bueno, Amancay Nahuelpan, Bill Sienkiewicz, Stefano Raffaele, John McCrea, Fico Ossio, Mike Norton
Couleur : Lee Loughridge, Mikel Janin, Bill Sienkiewicz, Triona Farrell, Ulises Arreola, Arif Prianto, Giovanna Niro, Nick Filardi

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : SCRIBGIT

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Batman – Le Dernier Halloween

Nouvelle suite du célèbre et incontournable Un Long Halloween (et son successeur Amère Victoire), Le Dernier Halloween voit le jour fin 2021 quand Jeph Loeb et Tim Sale – les deux artistes initiaux à l’origine de cet univers – publient un chapitre bonus en guise d’introduction à une histoire plus vaste. La maladie emporte Tim Sale quelques mois après (16 juin 2022) et le projet reste en stand-by avant que dix dessinateurs reprennent le flambeau, livrant chacun un épisode (à partir de fin 2024) et un ensemble conclusif hautement satisfaisant, découverte.

 

Sorti le 6 février 2026, Batman – Le Dernier Halloween bénéficie de trois éditions :
une classique à 36 € (couverture de Tim Sale) et deux limitées sans texte avec dos toilé,
deux beaux écrins plus onéreux 45 € : une rouge de Juanjo Guarnido et une orangée d’Enrico Marini.

[Résumé de l’éditeur]
Gotham City réapprend à craindre Halloween alors qu’un terrible événement menace de détruire la vie de Jim Gordon et met plus à l’épreuve que jamais le travail d’équipe de Batman et Robin. Dans une ville peuplée de menteurs, de justiciers masqués et de criminels… peut-on encore faire confiance à qui que ce soit ?

Pas besoin de détailler davantage le début de l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement.

[Critique]
Qu’il est bon de revenir dans l’univers créé par Jeph Loeb et Tim Sale, inauguré en 1996 dans trois épisodes spéciaux (compilés et renommés Haunted Knight – publiés chez nous d’abord chez Semic sous le titre Halloween et repris chez Urban Comics dans le recueil Des ombres dans la nuit) puis dans l’indispensable récit fleuve Un Long Halloween (1996-1997) ! Deux autres titres gravitent autour : la suite tout aussi culte Amère Victoire – Dark Victory en VO – avec la première apparition de Robin (1999-2000) ainsi que le complément moins connu Catwoman à Rome (2004, lui aussi inclus dans Des ombres dans la nuit puis réédité à part dans le comic éponyme). Le Dernier Halloween se réfère à chacun de ces comics, apportant une sorte « d’œuvre-somme conclusive » fortement appréciable.

Jeph Loeb renoue avec son sens du rythme, d’une enquête passionnante, globalement accessible (un arbre généalogique de la famille Falcone n’aurait pas été de trop !) et qui met autant en avant sa multiple investigation (Holiday est-il de retour ? que cache Catwoman ? qui tire sur toutes les « bêtes de foire » de Gotham ?) que ses nombreux protagonistes. Au-delà de Batman, on apprécie particulièrement la place du jeune Robin qui gravite dans ce nouveau monde violent et complexe (de quoi rappeler le très chouette et tout aussi récent Batman & Robin – Année Un). Le prodige doit faire sa place mais également apprendre de son mentor et développer ses propres facultés.

Selina Kyle/Catwoman n’est pas en reste, accentuant autant sa relation ambigüe avec Batman que son propre destin – le personnage est bien loin d’être un simple faire-valoir féminin, bien au contraire, sa riche individualité permet de se connecter à d’autres antagonistes pour améliorer la structure de l’ensemble. James Gordon n’est pas oublié non plus, les conséquences de ses choix sur sa vie personnelle sont également au cœur de la première partie de la fiction (le kidnapping de son fils vient probablement ajouter rétroactivement une nouvelle « couche » de traumatisme à ce dernier). Seule figure familière un peu en retrait : Alfred. Le célèbre majordome reste efficace dans ses échanges verbaux mais on le voit peu, de même que Bruce Wayne en civil, complètement inexistant (ce n’est pas grave mais cela aurait apporté une autre palette qualitative – dans un douzième épisode par exemple).

Si le scénario est soigné et se lit d’une traite, la partie graphique n’est pas en reste avec un choix audacieux et risqué : « remplacer » Tim Sale par un autre artiste pour chaque chapitre. La liste est prestigieuse : Eduardo Risso, Klaus Janson, Mark Chiarello, Cliff Chiang, Bill Sienkiewicz, Enrico Marini, Dave Johnson, Becky Cloonan, Chris Samnee et Matteo Scalero. Quasiment tous ont déjà œuvré sur Batman (voir paragraphe suivant) et ont réussi à garder leur propre style tout en conservant le « chara-design » de Tim Sale pour une homogénéité visuelle (comme c’est expliqué dans les bonus – voir plus loin), celui de Catwoman en tête, au costume et masque reconnaissable entre tous. La colorisation est assuré par Brennan Wagner et principalement Dave Stewart.

Pour rappel, on doit à chacun (sélection non-exhaustive) Cité Brisée et autres histoires par Eduardo Risso, l’encrage de la saga The Dark Knight Returns par Klaus Janson, Catwoman – Lonely City par Cliff Chiang, The Dark Prince Charming par Enrico Marini, Batman & Robin – Année Un par Chris Samnee, One Bad Day – Mr. Freeze par Matteo Scalero. Les autres ont signé quelques épisodes par-ci par-là ou des couvertures sur Batman. Une liste impressionnante qui ajoute un cachet inédit et élégant au livre.

Le Dernier Halloween croque donc de long en large toute la vaste galerie de vilains du Chevalier Noir (avec un accent sur Harvey Dent/Double-Face bien entendu), ses lieux emblématiques (le toit du GCPD, la Batcave, l’asile d’Arkham…) et une Gotham City nocturne et poisseuse. Un voyage palpitant pour les yeux tant on navigue en terrain connu mais dans une dimension paradoxalement nouvelle (un synopsis inédit) et habituelle (l’impression de lire un long épilogue qui était une évidence – redonnant aussi quelques lettres de noblesse à des ennemis de seconde zone). Difficile de détailler davantage sans révéler des éléments narratifs imprévus mais l’accent sur le côté détective est de nouveau au centre de la fiction, pour le plus grand plaisir des lecteurs (un aspect plutôt oublié ces dernières années…).

Différentes couvertures inédites de Tim Sale de ces dernières années ont été récupérées dans ses archives et séparent les épisodes. Une soixantaine de pages bonus complètent le beau livre (qui devrait être disponible dans trois éditions différentes – à un mois de sa sortie (4 janvier – 6 février), on s’étonne de cet oubli de communication d’Urban, à suivre !). Parmi elles, un entretien avec Jeph Loeb et une interview de chaque dessinateur (les mêmes questions y sont posées systématiquement). De quoi découvrir quelques anecdotes et, surtout, une forme de complaisance commune et un hommage collectif à Sale. C’est sympathique et relativement sage… Différents croquis ou story-boards sont proposés pour les plus complétistes.

L’année 2026 commence donc bien avec Le Dernier Halloween, un titre improbable, de même que Silence 2, lui aussi écrit par Jeph Loeb – mais moins bien à ce stade – et qui situe Batman dans ses premières années, rappelant une forme de nostalgie agréable (sans pour autant faire du « fan service ») et car on atteint une certaine saturation des séries habituelles (Batman et Detective Comics). En synthèse, aucune raison de faire l’impasse sur Le Dernier Halloween mais attention, il est crucial d’avoir lu les autres segments de cet univers voire de bien les avoir en tête avant histoire de ne pas être trop perdu !

MàJ 06/02/26 : Sans aucune communication de la part d’Urban Comics au préalable, les lecteurs ont pu constater l’existence de deux versions limitées de l’ouvrage (1.500 exemplaires chacune) mises en haut de cette chronique. Deux beaux écrins disponibles dans certaines enseignes (Excalibur Comics, Album Comics…) et théoriquement commandables en librairies. Une énième étrangeté à ajouter à la liste des « couacs » de l’éditeur (ceux qui avaient précommandé la version simple se sentent – légitimement – lésés)…

[À propos]
Publié chez Urban Comics le 06 février 2026.
Contient : Batman The Long Halloween Special #1 + Batman The Last Halloween #1-10
Nombre de pages : 368

Scénario : Jeph Loeb
Dessin : collectif, voir article
Couleur : Brennan Wagner, Dave Stewart

Traduction : Thomas Davier
Lettrage : Nube Consulting (Yasmin Govoni et Tlalli Atl)

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