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DC Universe & Batman Rebirth / Batman #1 / Detective Comics #934

Comme expliqué dans l’article consacré au Relaunch Rebirth, plusieurs nouvelles séries voient le jour dans cette « relance » de l’univers DC Comics. Il y a tout d’abord le numéro unique DC Universe Rebirth, puis ensuite un numéro Rebirth #1 one-shot de plusieurs super-héros (Batman, Superman, Aquaman…) avant que chacun d’entre eux ne retrouve un rythme normal et une appellation classique.

Ici, ce sont DC Universe Rebirth, Batman Rebirth #1 puis Batman #01 et Detective Comics #934 qui sont brièvement chroniqués.

DC Rebirth

Attention ! Même si les résumés ci-dessous sont sommaires et les critiques courtes, il y a des révélations majeures. De plus, l’ensemble de ces séries se déroulent après La Guerre de Darkseid mais également après la fin de la série Superman des NEW52 (le chapitre #50 pour être plus précis).

Si vous voulez conserver les éléments de surprises intacts, il est fortement déconseillé de lire la suite (aussi bien les résumés que les critiques) !

NB : il est fort probable qu’Urban Comics publiera en français chacun des chapitres évoqués ci-après, mais très certainement pas avant début 2017.

DC Universe Rebirth

DC Universe Rebirth
Wally West, ancien Kid Flash puis Flash (après les évènements survenus à la fin de Crisis on Infinite Earth) qui avait « disparu » il y a quelques années (à la fin de Infinite Crisis) voyage plus ou moins dans le temps et requiert l’aide de Batman (pour l’avertir d’un danger imminent), sans succès car il est « aspiré » par la force véloce. Il fait de même avec d’autres personnes, en vain. De son côté, Ray Palmer, alias Captain Atom, est lui aussi « perdu » dans une dimension nanotechnologique dont il ne peut sortir.
Après avoir rendu de brèves visites et s’être remémoré des souvenirs avec d’anciens justiciers, Wally West réussit à revenir définitivement « dans le présent » grâce à Barry Allen, l’actuel Flash. Superman est porté disparu et un Clark Kent d’un autre monde mène une vie rangée avec sa femme et sa fille mais fait une rencontre inattendue. Au fond de la Batcave, le Chevalier Noir découvre un étrange badge. Ils sont observés depuis longtemps…

Après Flashpoint il y a cinq ans, ce Rebirth s’annonce beaucoup plus épique (et réfléchi) car il propose —pour l’instant en tout cas— une continuité claire et nette (aussi bien après le chronologie classique que celle des NEw52), mais également une possibilité de jonction de quelques années perdues. L’ensemble est parfaitement compréhensible et a le culot monstre d’ajouter définitivement Watchmen comme œuvre incorporée dans l’univers des super-héros DC. Un gage à la fois salvateur puisque cela permet(rait) une cohérence plausible grâce au statut de « Dieu » et créateur de monde du Dr Manhattan. Mais cette surprenante raccroche en irritera plus d’un (à commencer par le créateur de l’œuvre mère, Alan Moore — qui n’a sans doute pas été consulté) : le comic culte, même si publié chez DC et usant de vieux personnages, prévalait par son statut « d’indépendant » et non rattaché à quoique ce soit (déjà polémique à l’époque de la sortie des préquelles — auxquelles le site Before Watchmen est consacré, créé par l’auteur de ces lignes) ; il n’y avait pas non plus d’obligation de le lire pour suivre la suite de DCVerse. Bref c’est à la fois ingénieux, osé et risqué. L’ensemble est donc très intrigant, réussi et bien écrit, à nouveau par Geoff Johns (déjà scénariste de Flashpoint puis de la série Justice League entre autres). Les dessins sont assurés par des artistes de valeur sûre : Gary Frank et Ivan Reis en tête, ainsi qu’Ethan Van Sciver et Phil Jimenez. Quatre chapitres (Lost, Legacy, Love, Life) et un épilogue composent le tout, pour près de soixante-dix pages de bandes dessinées.

BATMAN_REBIRTH

Batman Rebirth #1
Julian Day, alias Calendar Man, menace de déverser des spores dans la ville qui chamboulent le cycle des saisons et de la nature. Duke, nouvel allié de Batman mais pas un nouveau Robin (rencontré dans la série Batman puis mis en avant dans l’event We are Robin) est convié par Bruce Wayne à vivre au Manoir, afin justement d’être entraîné pour être « quelque-chose de nouveau »…
Un chapitre unique écrit par Scott Snyder, qui a opéré la précédente « renaissance » du Chevalier Noir avec sa longue série et Tom King, qui était sur la série Grayson, en compagnie du dessinateur Mikel Janin qui officie justement ici. C’est beau, très beau, mais clairement moyen sur l’histoire, très expéditive. Pas de réels enjeux dramatique ni le temps de s’attarder réellement sur un personnage en particulier. L’ennemi, rarement utilisé, n’est pas mis en avant sous un beau jour, même si on découvre qu’il « mue » et vieillit, telles la faune et la flore. Une belle réinvention esthétique du personnage toutefois, mais qu’on espère voir davantage. On nous promet d’ailleurs une suite, toujours par Tom King, dans Batman #1 (voir ci-après) et une autre dans All-Star Batman #1, par Scott Snyder (prévue en août 2016). Ce Batman Rebirth sonne volontairement comme une métaphore du renouveau, plus ou moins accentué par ce qu’on voit et qu’on lit, mais c’est clairement pas très pertinent et trop redondant pour donner un one-shot de qualité, au contraire c’est surtout une introduction à un nouvel univers, dont on attend la suite. En ce sens, le lecteur peut se sentir lésé, à raison.

Detective Comics 934

Detective Comics #934
Batman combat Azrael (Jean-Paul Valley) dans une église et découvre qu’un mini-drône, en forme de chauve-souris qui plus est, le surveille. Il rend visite à Batwoman (Kathy Kane) car elle était aussi espionnée par les mêmes gadgets. Le Chevalier Noir fait d’elle sa partenaire et tous deux sont chargés d’entraîner chaque justicier de Gotham qui était suivi par un drône : Red Robin (Tim Drake), Spoiler (Stephanie Brown), Orphelin (Cassandra Cain) et… Gueule d’Argile, à qui Batman souhaite donner une seconde chance.
Excellent début pour une série emblématique de l’éditeur. Joliment dessinée par Eddy Barrow (qui officiait sur les trois premiers tomes de Nightwing) et écrite par James Tynion IV, on sent l’influence de Batman Eternal, avec un fort concept d’entrée, plusieurs héros ou antagonistes et un gros potentiel derrière. Attention donc à la suite, mais cette entrée en matière est fortement agréable, élégante et convaincante !

batman-1

Batman #01
Batman tente de sauver le crash d’un avion en se posant carrément dessus !
Tom King qui avait co-écrit Batman Rebirth (et scénarisé Grayson) empile pour cette suite, plus aboutie, avec David Finch aux dessins (qui s’occupait de la série très mitigée Le Chevalier Noir et La Nouvelle Aube). Les planches sont sublimes, la scène principale fonctionne bien : beaucoup de tension, de suspense, une belle émotion sur la fin également (même si un peu surprenante et peu crédible, ça fonctionne quand même) et une surprise de taille. En effet, deux nouveaux personnages font leur apparition, chacun doué de force surhumaine pour l’instant, mais qui ne sont pas forcément dans le camp des ennemis : Gotham et Gotham Girl. Des noms certes risibles mais du changement, à suivre donc ! Une seule case sonne comme un léger rappel à DC Universe Rebirth, à chacun d’y faire sa petite théorie.

Si le DC Universe Rebirth chamboule « un peu » l’univers déjà connu de DC (au moins dans les dernières planches avec des révélations), les séries suivantes consacrées à Batman restent globalement dans la continuité de ce qu’il s’est fait durant la période New52 (excepté Alfred, qui n’est plus manchot, dommage, mais elles reprennent le personnage de Duke Thomas par exemple). Bref, même si ce Relaunch ne fait pas vraiment office de pétard mouillé (trop tôt pour juger par rapport aux autres séries et à la suite de la trame principale), pour Batman rien ne change vraiment, comme il y a cinq ans, ce fut quasiment la même chose, seul le Dark Knight n’avait pas vraiment été impacté par Flashpoint, les séries suivaient alors le travail de Morrison de l’époque et de la chronologie « classique » avec les mêmes alliés et ennemis. Ce n’est peut-être pas plus mal. Les deux nouvelles séries régulières sont de bons points d’entrée, même si forcément pas extrêmement limpides pour le pur débutant, et donnent envie de lire la suite, en plus d’être extrêmement bien dessiné. C’est là le principal.

Justice League – Tome 9 : La Guerre de Darkseid
(1ère partie)

Dernière ligne droite pour la série Justice League dont la publication française atteindra dix tomes. Les deux derniers couvrent (et s’intitulent) La Guerre de Darkseid : la première partie est disponible depuis le 17 juin (Tome 09 de la série, chroniqué ici) et la seconde débarquera le 21 octobre prochain (Tome 10).
À noter le 26 août : la sortie en kiosque de Justice League Univers Hors-Série #2 qui sera un excellent complément du Tome 10 (six chapitres qui se déroule en même temps et suivent chacun un super-héros) et qui ne sera pas proposé en librairie par la suite.

justice-league-tome-9-guerre-de-darkseid

[Histoire]
Devant la complexité de l’histoire, voici tout d’abord le résumé très synthétisé de l’éditeur.
La bataille qui couvait depuis des années a enfin commencé : Darkseid contre l’Anti-Monitor ! Poursuivi à travers toutes les dimensions par cette entité cosmique, le tyran d’Apokolips dresse ses troupes les plus acharnées afin de le protéger de ses assauts. C’est une fois de plus à la Ligue de Justice de protéger la Terre de ce malfaisant extraterrestre, mais leurs enveloppes humaines suffiront-elles à affronter des Néo-Dieux ?

Voici ensuite un résumé des deux prologues qui ouvrent l’histoire et situent le contexte très précis ainsi que les (nombreux) acteurs de cette guerre à venir.
Metron siège sur l’ancien trône de Mobius (alias l’Anti-Monitor) : il est « le Témoin » de ce qu’il se passe dans l’Histoire, à travers les multiples dimensions et les nombreuses guerres. Il observe en silence et possède tout le savoir et la connaissance de l’univers possible (grâce à son fauteuil notamment).

Metron Darkseid War

« Je suis Metron. Je suis le gardien des connaissances passées et présentes. L’archiviste des idées et des lignes temporelles.
L’observateur de cet univers et de ceux qui sont au-delà de ce dernier. J’ai vu l’horizon des sombres lendemains.
Une guerre est sur le point d’éclater, entre les deux êtres les plus puissants et les plus malfaisants de l’existence.
Et si je n’empêche pas cette guerre, une fois de plus, l’histoire va se désagréger…
mais cette fois, la réalité ne sera peut-être pas assez stable pour y survivre. […]
Je siège sur le trône de Mobius depuis toujours. J’observe et je demeure silencieux.
Car en vérité, la vie ou la mort de ces êtres ne m’affectent que très peu.
Cependant, si je n’ai plus à les surveiller, je n’ai plus rien à faire. Je scrute le néant.
Aussi, bien qu’il me soit interdit de me servir de mon savoir pour interférer, j’ai déjà désobéi quand j’estimais la menace trop grande. »

Il est en effet à l’origine d’un vieux pacte (une manigance de sa part donc) avec Darkseid pour mettre fin à une guerre entre les planètes Neo-Genesis et Apokolips *. Il avait fait échanger un enfant de Darkseid (le tyran d’Apokolips, monde cauchemardesque) avec un fils du Haut-Père (alias Highfather, le bienveillant de Neo-Genesis), vantant que cela arrêterait le « conflit » (qui a bien entendu eu lieu). L’enfant du Haut-Père est Scott, qui deviendra par la suite Mister Miracle (voir le résumé suivant). Metron a aussi assisté aux différentes crises de l’univers (fin du multivers, dans Crisis on Infinite Earth, puis réhabilitation de celui-ci, dans Infinite Crisis, et enfin la renaissance, via Flashpoint).

Il rend visite à l’Anti-Monitor (anciennement nommé Mobius), entité cosmique (créée pour Crisis on Infinite Earth, en 1986, et antagoniste de Green Lantern Corps) qui règne actuellement sur une dimension jadis dirigée par Le Syndicat du Crime (que l’Anti-Monitor a mis en déroute déchirant ainsi le multivers et créant une convergence de lignes temporelles et d’univers, qui est à découvrir dans Earth 2 – Tome 06 : Convergence, qui sortira le 16 septembre 2016). C’est suite à la destruction de cette Terre-3 par l’Anti-Monitor que Le Syndicat du Crime avait investi la Terre de la Justice League (dans Le Règne du Mal). L’Anti-Monitor est maudit : c’est « le destructeur » qui détruit des univers qui peuvent renaître.

Mobius Anti-Monitor Metron

Metron lui propose un pacte : si l’Anti-Monitor cesse ses assauts contre la Terre, il cherchera un moyen de lui rendre son identité de jadis et le sauvera de sa malédiction. Ce dernier refuse, car il a trouvé une solution : en déclarant la guerre à Darkseid, la mort de celui-ci serait la clé de sa libération. Metron l’avertit que s’il se lance dans cette croisade, la réalité ne survivra pas à cette nouvelle crise. L’Anti-Monitor s’en moque et sera même secondé par Graal, la propre fille de Darkseid, dans son combat.

Il y a plusieurs années, sur l’île de Themyscira, le jour de la naissance de Diana, future Wonder Woman, une amazone du nom de Myrina met secrètement au monde Graal, justement, une enfant née d’une union avec Darkseid. Si le bébé survit, « cet univers mourra et l’anti-Dieu renaîtra » clame une prêtresse qui assiste à l’accouchement et est prise de visions futuristes (dans lesquelles elle voit le « destin » des membres de la Ligue de Justice et la guerre entre Darkseid et l’Anti-Monitor). Myrina tue les deux amazones qui ont vu l’enfant naître et qui souhaitaient le tuer afin d’éviter la « mort » de l’univers qu’elles connaissent, puis la mère s’enfuit et jure de protéger sa fille toute sa vie.

Darkseid Antimonithor

Enfin, voici le résumé global de la suite, plus accessible et parlant très certainement davantage aux lecteurs. Il est volontairement assez détaillé (donc avec de potentielles légères révélations).
Deux sbires de Darkseid, Cravachina, une de ses furies et Kanto, l’assassin favori, tuent plusieurs femmes s’appelant Myrina. Ils cherchent évidemment à tuer Miryna Black, la mère de Graal (et dans la foulée ramener la fille maudite amazone à son père, à Darkseid). La Justice League enquête sur un de ces meurtres.

De son côté, Mister Miracle (anciennement Scott Free, qui avait été esclave sur Apokolips avant de s’en évader) retourne sur Apokolips pour vérifier que Darkseid prépare bien une armée et une guerre. Mister Miracle comprend qu’il va devoir demander l’aide de la Justice League afin de sauver la Terre pour combattre Darkseid (qu’elle a fait choir il y a quelques années, cf. le premier tome de la série). Il copie des données de combat sur une « boîte mère » qui fait également office de « tunnel boom » (permettant ainsi de voyager dans l’espace). Mais le tyran d’Apokolips le surprend…

Graal, la fille de Darkseid souhaitant la mort de celui-ci, s’est alliée avec l’Anti-Monitor (également appelé Anti-Dieu), qu’elle cherche à amener sur Terre et vient combattre la Ligue de Justice. Les super-héros, composés de Batman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern, Jessica (Power Ring), Cyborg, Shazam et Steve Trevor seront aidés par Metron.

La mère de Graal, Myrina Black, se consacre également à tenter de tuer Darkseid. Son chemin croise celui de Mister Miracle.

De leur côté, Superman et Lex Luthor tentent de guérir des survivants du virus Amazo. Mais les deux vont se retrouver sur Apokolyps, où Steppenwolf, fidèle élite de Darkseid jure d’anéantir le kryptonien. Il est chargé de préparer les troupes de Darkseid, avec notamment Kalibak, frère de Graal (et donc fils de Darkseid), afin de combattre l’Anti-Monitor sur… la Terre.

Justice League Darkseid War

[Critique]
Attention, ce tome de Justice League est réservé aux fin connaisseurs de l’univers DC (ce qui n’est pas spécialement le cas de l’auteur de ces lignes, contrairement à ce qu’on pourrait croire). Les chapitres introductifs évoquent les multiples crises opérées ces dernières années (Crisis on Infinite Earth, Identity Crisis, Flashpoint — un article est en cours d’écriture pour expliciter tout cela) et bon nombres de personnages oscillent dans ces nouvelles aventures, mettant presque toute la Ligue de Justice en retrait, à l’exception notable de Wonder Woman. C’est en effet la Reine des Amazones qui est ici une des narratrices principales (avec Metron et Mister Miracle). Cela change des précédentes aventures et ce n’est pas plus mal.

Après un début rempli d’informations pas forcément évidentes à saisir aux premiers abords (une seconde lecture une fois le tome lu est conseillée), les chapitres reprennent un rythme plus agréable. Outre le grand aspect introductif, avec chaque protagoniste avançant tel un pion sur un échiquier, de nombreux changements de lieux se produisent, entrecoupé par plusieurs combats. Le point d’orgue sera l’alliance forcée entre Superman et Lex Luthor sur Apokolypse, Batman sur le fauteuil de Metron devenant ainsi un être rempli de savoirs et connaissances (le Chevalier Noir en profite pour avoir confirmation que le tueur de ses parents est bien Joe Chill et demande l’identité du Joker — non dévoilée aux lecteurs (pour l’instant) mais Batman a l’air très surpris en l’apprenant). L’homme chauve-souris explore l’endroit de création de l’Anti-Monitor, accompagné par Green Lantern. Le reste de la ligue (Cyborg, Shazam, Flash, Wonder Woman) prend part au combat entre l’Anti-Dieu et Darkseid, plus ou moins au centre de cet immense champ de bataille. Évidemment, tous ces éléments surviennent principalement en fin d’ouvrage après une efficace montée de tension (et de suspense).

Darkseid War Antomonithor

Clairement, le scénariste Geoff Johns atteint un point de non-retour, à la fois destiné « au grand public » (avec toujours ce côté mainstream ou blockbuster qui n’est absolument pas un défaut, bien au contraire dans le cas présent) mais paradoxalement très dense, en terme d’informations et références, pour un lecteur peu ou prou calé sur le sujet. Si l’artiste sait indéniablement où il se dirige, il prend le temps d’écrire avec élégance les enjeux et aboutissements de quasiment tout le monde. Complexe, oui, mais pas inaccessible pour autant, et permettant une plongée plus intrigante et fouillée que certains volumes précédents (les deux premiers notamment, dont la « légèreté » semble fort lointaine).

Côté écriture toujours, il y a à nouveau le bon binôme Shazam/Cyborg, magie et science, jeunesse inconsciente d’un côté et profondément mature de l’autre. Même si on les voit peu, ils sont efficaces (ils mériteraient une série à part). Comme dit plus haut, le duo Superman et Lex Luthor fonctionne bien aussi, surtout pour les passionnés de l’Homme d’Acier, à qui on offre une situation très inédite de ces deux personnages.

Darkseid War Superman Lex Luthor

Diana/Wonder Woman est (très bien) mise en avant, mais Green Lantern, Jessica (Power Ring), Flash et même Batman sont plutôt relégués au second plan, sans parler de Steve Trevor, presque figurant. Difficile avec tant de justiciers et autres antagonistes de trouver un bon équilibre de toute façon, c’est mieux construit sur la fin du volume et globalement réussi tout de même. On peut déplorer la non « suite » des humains victimes du virus Amazo et qui s’étaient vus agencés de super-pouvoirs, de même que Captain Cold, personnage très important dans La Ligue d’Injustice relégué ici en fond de quelques cases pour sortir une ou deux vannes.

« Je suis Diana, fille des Amazones. En tant que Wonder Woman, je protège l’humanité des Dieux et des Monstres qui cherchent à la détruire.
Quand il est possible d’empêcher une guerre. Je le fais. Mais celle-ci est déjà déclarée. […] Je suis parée au combat. Puis, un Dieu touche Terre.

– Qui es tu ?
– Je suis… désespéré. »
(Wonder Woman à l’Anti-Monitor, alias l’Anti-Dieu, anciennement Mobius)

Les dessins sont assurés par Jason Fabok, d’une exceptionnelle beauté à nouveau (il avait œuvré sur la seconde partie du tome précédent). Des traits précis et fins, un style élégant et sublime, avec une colorisation de Brad Anderson. Chaque personnage est reconnaissable, les scènes d’action sont d’une parfaite fluidité, l’esthétisme de l’ensemble est une véritable claque visuelle.

Darkseid War

L’artiste illustre quasiment tout le tome, à l’exception du premier prologue (le chapitre #40 de la série Justice League), où il est épaulé par six dessinateurs différents (dont Jim Lee pour le plus connu et apprécié d’entre eux), sans que cela gène la cohérence graphique. D’ailleurs la couverture cite Jim Lee et Kevin McGuire parmi les artistes principaux de l’album, mais c’est un poil « mensonger », ces deux là n’ayant participé qu’à quelques planches d’un seul chapitre. Il aurait été plus logique de citer uniquement Johns et Fabok, ou bien, par soucis d’équité, d’ajouter Anderson.

La Guerre de Darkseid est composé de Justice League #40, faisant donc office du premier prologue, puis de New 52 Divergence FCBD Special Edition #1, constituant le second (et plus court) prologue. Les chapitres #41 à #44 complètent l’histoire qui se terminera dans un dixième et dernier tome, très attendu, qui contiendra les chapitres #45 à #50 (sortie prévue le 21 octobre).

Graal Darkseid War

En attendant, cette avant-dernière salve de la Ligue de Justice façon New52 est totalement réussite. Elle nécessite des connaissance en amont mais livre avec brio des scènes remarquables, aussi bien les affrontements « simples » que les épiques. Chaque planche est un régal pour les rétines et les dialogues, ainsi que les discours narratifs, sont loin d’être enfantins ou « superficiels », d’excellents atouts qui font de cette Guerre de Darkseid l’une des meilleures production du Relaunch opéré en 2011 et indéniablement un « coup de cœur » du site.

Quelques couvertures alternatives complètent  le livre ; celui-ci propose également la traditionnelle « Présentation des personnages » en ouverture, en l’occurrence celle des membres de la Ligue de Justice, et non de l’Anti-Monitor, Darkseid ou Mister Miracle par exemple, c’est tout de même dommageable. L’introduction à l’histoire de manière générale est davantage un résumé (bien rédigé) des principaux arcs narratifs précédents. Pour la galerie des nombreux personnages relatés dans les prologues, un simple renvoi vers les ouvrages des « trois crises » (Crisis on Infinite Earth, Infinite Crisis et Flashpoint — Johns a scénarisé ou participé à l’écriture des deux dernières) est précisé, un peu trop faible. Entre ceci et les deux noms racoleurs sur la couverture, c’est un défaut sur lequel l’on peut pinailler.

Rêvons un peu : l’éditeur pourrait sortir une version « de luxe » en compilant ce tome avec le prochain, et en incorporant les chapitres qui seront dans un hors-série du magazine Justice League Univers (qui sortira le 26 août prochain) et qui reviendra sur six super-héros devenus des Dieux cosmiques (comme le montre déjà une partie de la fin du récit). Un livre qui ne contiendrait pas de numérotation et qui bénéficierait d’un agrandissement de format, voilà qui serait un beau cadeau pour les lecteurs, pour fêter dignement la fin des New52.

Darkseid Miracle Man(Mister Miracle face à Miryna Black, la mère de Graal.)

* Création de Jack Kirby dans les années 70 avec « Le Quatrième Monde », qui dévoilait des Néo-dieux (New Gods) et notamment Darkseid et le Haut-Père (Highfather), sur leurs planètes utopiques respectives : Apokolips et Neo-Genesis. Leurs affrontements se répercuteront sur la Terre et par conséquent sur l’univers et les super-héros de DC Comics. Inspirés par les religions juives et chrétiennes, ces mythes fondateurs —longtemps inédits en France— sont disponibles en deux tomes chez Urban Comics. On y découvrait également Mister Miracle, pour la première fois, qui fait donc son apparition « New52 » dans ce neuvième tome de la Justice League.

NB : Si un-e lecteure-rice sait s’il y avait des séries plus spécifiques à celle de Justice League à lire en amont de ce neuvième tome, qu’il/elle n’hésite pas à se manifester par commentaire ou sur la page Facebook. Il semble assez étrange qu’Urban n’en fasse pas mention (les séries Wonder Woman ou Green Lantern peut-être ?). Idem si certaines des informations sont fausses ou incomplètes, selon les recherches effectuées non, mais on ne sait jamais. Merci d’avance ! 🙂

Darkseid Wonder Woman

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 17 juin 2016

Scénario : Geoff Johns
Dessin : Jason Fabok | (ainsi que Kevin Maguire, Jim Lee, Phil Jimenez, Dan Jurgens, Jerry Ordway, Scott Kolins pour le JL#40)
Encrage additionnel pour le JL#40 : Scott Williams
Couleur : Brad Anderson pour tout | Alex Sinclair, Rob Leigh (en plus de Brad Anderson) uniquement pour le JL#40
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Edmond Tourriol — Studio Makma

(Contient : JL #40-44 + New 52 Divergence FCBD Special Edition #1)

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Batman God

Batman – Tome 08 : La Relève (1ère partie)

Avant-dernier tome de la série scénarisée par Scott Snyder, l’artiste va encore plus loin que d’habitude pour casser les codes de la mythologie du Chevalier Noir. Audacieux ou ridicule ? Dans les deux cas, c’est osé et ne laisse pas indifférent. Plongée dans la suite de Mascarade, qui dévoile un nouveau Batman, au sens littéral comme au figuré.

batman-tome-8-la-releve

[Histoire]
Cinq ans avant l’attaque du Joker sur Gotham City, un cadavre était retrouvé par Batman dans les marécages en amont de la ville. Ce dernier aurait un lien avec… Le Pingouin.

De nos jours, alors que Batman est considéré comme mort, c’est l’ancien commissaire Gordon qui est désigné par la puissante compagnie Powers International pour remplacer le Chevalier Noir ! Mais celui-ci travaillera avec la police et n’agira pas en totale indépendance. L’évolution du symbole du justicier s’illustre également à travers un costume radicalement modifié puisque « Batman » est aux commandes, la majeure partie du temps, d’une armure géante/combinaison robotique. Celle-ci ne sera pas de trop pour venir à bout d’ennemis composés d’énergie et aux super-pouvoirs divers.

De son côté, Bruce Wayne est sorti vivant de son combat contre le Joker mais est devenu amnésique. Il est en couple et s’occupe de jeunes enfants dans un refuge de Lucius Fox. Alfred lui a rappelé une partie de son passé mais lui a caché son ancienne identité secrète, afin que son maître continue de vivre heureux et apaisé.

Dans les ruelles de Gotham, un nouveau mal rôde : Mister Bloom, créature longiforme qui a l’air indestructible…

Batman Bunny

[Critique]
Voici une histoire atypique dans l’univers de Batman. Si le chapitre qui ouvre le comic-book (le #44, Un cas comme un autre, sorte de flash-back placé en début d’intrigue pour cette version reliée en librairie) est de facture classique, écrit par Scott Snyder et Brian Azzarello (Dark Knight III, La Cité Brisée), élégamment dessiné par Jock (Sombre Reflet) qui signe aussi la couverture choisie pour cette édition française, les suivants (du #41 au #43 puis le #45) du tandem Snyder-Capullo offrent un renouveau faussement polémique. Tout d’abord, Bruce Wayne écarté de son rôle de justicier a déjà été vu, aussi bien dans le run de Morrison (lorsque Batman était « mort » et remplacé par Dick Grayson) mais également dans la saga Knightfall, où Jean-Paul Valley lui succédait le temps que le milliardaire se remette de sa blessure. Ce fameux « Azraël » évoluait d’ailleurs vers un costume de plus en plus robotique, comme ici et à l’instar de l’armure qu’endosse Batman dans The Dark Knight Returns de Frank Miller (et dans une moindre mesure dans Kingdom Come). Bref, rien de réellement novateur sur ce plan là ; seule l’amnésie de Wayne est « originale ». Plus anecdotique : ce principe de relève (comme le titre du livre) se rapproche de la vision de Christopher Nolan dans son film The Dark Knight Rises, qui concluait sa trilogie.

Par ailleurs, l’idée que Batman soit financé (et « contrôlé ») par une organisation rappelle à nouveau Morrison avec Batman Incorporated (la notion de contrôle en moins, évidemment). Finalement, outre le look d’une armure tourné vers les « mechas » (issus des animes et mangas, donc de la culture japonaise) et plutôt calqué sur un lapin qu’une chauve-souris, c’est surtout que Gordon soit affilié à cette position qui est surprenant. C’est éventuellement réprobateur : le policier, quarante-six ans dans la série, suit un entraînement intensif, se rase le crâne, enchaîne les vannes et les punchlines… En somme, ce Gordon 2.0 devient « cool » et totalement différent du personnage classique. C’est ce parti pris, trahison suprême ou intéressante initiative, qui mérite un débat. Dans l’évolution du travail de Scott Snyder, ça ne choque pas tant que cela mais pour un respect de cohérence, il aurait été plus judicieux de choisir un autre protagoniste pour incarner cette mouture. Pourquoi pas Harper Row, alias Bluebird ? Une jeune fille démunie et un brin punk : une image totalement contrastée avec celle de Bruce Wayne. Introduite dès le début de la série et occupant une place de plus en plus importante (notamment dans Batman Eternal), cela aurait été un choix certainement plus judicieux (mais toujours délicat par rapport au reste).

Bruce Wayne Gordon New Batman

Scott Snyder, très lucide, a anticipé les critiques négatives (une fois de plus) en établissant plusieurs mises en abîme dans sa bande dessinée pour montrer à son lectorat qu’il a bien conscience du traitement totalement hors-norme qu’il fait subir à Batman. Ainsi, l’on découvre en dessin deux enfants qui tiennent chacun une figurine du Chevalier Noir : l’un a celle du Batman « classique », l’autre celle du nouveau (c’est à dire de l’armure/du robot).

« Tu peux raconter ce que tu veux, mais Batman, c’est celui-ci. C’est lui, le vrai.
Ton machin là ? Même s’il a toute une collec’ de jouets assortis, c’est pas Batman.
Et puis, sérieux, il a même pas de Batmobile ! »

Même chose plus loin, avec Gordon qui explique que sa combinaison hight-tech, ressemblant plus à un lapin qu’à une chauve-souris, n’est pas non plus ce qu’est censée représenter le Chevalier Noir. Sans parler de la Batmobile devenue un énorme camion blindé…

« Parce que pour moi, non, hein, c’est pas Batman, ça. […]
On dirait… Un Bat-Lapin. Un Robot-Bat-Lapin ? »
[Gordon lorsqu’il découvre sa future armure.]

Batman La Releve Figurines

À côté de cette version plus ou moins novatrice de Batman, le lecteur découvre un ennemi végétal, créature hybride particulièrement menaçante, encore un peu mystérieuse. Poison Ivy aurait-elle été plus appropriée ? Très certainement. Elle aurait gagée aussi à parfaire un angle « réaliste » plausible qui était sensiblement instauré depuis le premier tome. Le Caped Crusader affronte en plus d’autre étrangetés, monstres organiques et/ou composés d’énergie (!). Ces combats ne transportent pas vraiment le lecteur (d’autant plus qu’on ne comprend pas spécialement leurs enjeux), ils servent surtout à se familiariser avec Gordon/Batman.

Les quatre chapitres de Snyder/Capullo sont encore trop « maigres » pour plonger avec fascination dans ce nouvel arc. Comme pour La Cour/Nuit des Hiboux et L’An Zéro, Snyder préfère étaler (à raison) son histoire sur l’équivalent de deux volumes. Ce n’est pas plus mal car ses « one-shot » (Le Deuil de la Famille et Mascarade) se lisent trop rapidement, confèrent un sentiment de bâclage voire de chapitres expéditifs. Il faudra donc attendre la suite (et fin) de cette relève pour construire un avis définitif, aussi bien sur ce segment que sur son travail global sur la série.

Comme toujours, côté graphique, le triptyque de choc excelle : Greg Capullo et son trait fin, détaillé et fluide, encré par Danny Miki puis colorisé avec brio par Fco Plascencia. Ce dernier procure, depuis L’An Zéro, un rendu visuel parfois « psychédélique », avec de nombreuses couleurs vives : en résultent d’agréables planches. Pour la partie scénaristique, cela devient une habitude : Snyder enchaîne bonnes et mauvaises idées et citent beaucoup ses anciennes et annexes productions (agréable pour le fin connaisseur, déstabilisant pour le néophyte). Par exemple le jeune Duke aperçu enfant dans L’An Zéro est ici adolescent et les connexions avec Batman Eternal et Mascarade sont nombreuses. Mais on navigue entre flashbacks et flashforwards avec une étonnante fluidité (les prémices du nouveau Batman, l’acceptation puis le changement de Gordon, ses affrontements, etc.).

Batman Gordon Suit Costume

Batman Annual #4, Maison de Fous, clôt l’ouvrage. Écrit par James Tynion IV (fidèle compagnon de plume de Snyder, comme le #3 publié dans Mascarade), on y suit Bruce Wayne (qui ignore toujours son ancienne double-identité), sa compagne Julie, mademoiselle Powers (à la tête de la compagnie éponyme qui a recruté Gordon en nouveau Batman) et Alfred dans le manoir familial (qui était devenu provisoirement le lieu d’hébergements des fous de l’asile d’Arkham, suite à son effondrement dans Batman Eternal). Le petit groupe sera confronté à l’Homme-Mystère, Mister Freeze et Gueule d’Argile. Un bon complément, dessiné par Roge Antonio, qui poursuit le statu quo inédit du lieu. La Relève est donc à découvrir, principalement pour son originalité (qui divisera, comme toujours), mais il est nécessaire de prévoir l’achat de la suite, faute de ne pas être totalement satisfait cette fois-ci.

Batman Releve

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 27 mai 2016.
Scénario : Scott Snyder, Brian Azzarello (Un cas comme un autre) et James Tynion IV (Maison de fous)
Dessin : Greg Capullo, Jock (Un cas comme un autre) et Roge Antonio (Maison de fous)
Encrage : Danny Miki
Couleur : Fco Plascencia, Lee Loughridge (Un cas comme un autre) et Dave McCaig (Maison de fous)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Jérôme Wicky

Contient : Batman #41-45 and Free Comic Book Day 2015: DC Comics Divergence #1 + Batman Annual #4

Batman Jock

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Mister Bloom